Exercice supplémentaire :
Rester mystérieuse A
« Trixie thought she said the Great and Powerful Trixie
did not want to be disturbed! »
En temps qu'écrivain quand même un peu au courant de ce qui va se passer ensuite, je vous propose de nous intéresser plus spécialement à ce qui se passe dehors, vu que de toutes façons Trixie aura bien le temps de nous raconter ce qu'elle aura trouvé dans cette bibliothèque par la suite. En plus cette histoire commence à cruellement manquer d'action.
Vous savez, c'est bientôt le festival des fruits argentés. Pour cela, on apporte des fruits, comme des pommes de Sweet Apple Acres par exemple, puis on les fait transmuter par des unicornes alchimistes, comme Vive Étoile par exemple, et ensuite on décore les villes, comme Canterlot par exemple.
Canterlot étant une ville peuplée majoritairement pas des licornes, on y compte peu d'activités agricole. Mais c'est tout de même la capitale, donc ils font venir de très grandes quantités de fruits de tous les villages alentours pour avoir un maximum de fruits argentés et ainsi être la ville la plus majestueuse à l'occasion de ce festival.
Il y a tellement de fruits qui viennent de partout que les trains de marchandises sont complets : c'est l'une des raisons pour lesquelles Applejack avait dû se rendre à la capitale en chariot, et non en train. Mais parmi tous ses fruits, certains ne sont pas transformés : déjà parce que seuls les plus beaux fruits sont sélectionnés, et ensuite parce que certains fruits ne se laissent tout simplement pas faire (eh oui, même les bonnes poires peuvent être caractérielles).
Ainsi, dans les quelques jours précédent le festival, une immense quantité de fruits divers et variés se retrouvent rejetés. Entreposés dans des grands cageots non loin des laboratoires de transmutation, la tradition veut que n'importe quel poney puisse s'en servir.
En fin d'après-midi (oui parce que je ne vous l'avais pas dit, mais Célestia commença doucement à faire pointer le Soleil vers l'horizon, et l'orage de la nuit dernière avait totalement été calmé), il ne reste plus beaucoup de fruits, et souvent ce sont des fruits un peu attaqués, ou qui ont pris un coup, et qui ont donc l'air moins appétissants. Ils sont donc récupérés par des poneys qui en profitent pour les envoyer sur leurs rivaux. Quelques jours avant le Festival des Fruits Argentés, les rivalités entre les lycées, entre les académies, et parfois même entre les boutiques, sont comme soulignées par ces petites guéguerres dans les rues.
Pif Lenain, lycéen charismatique de l'établissement Pierre Décupla (du nom du célèbre mathématicien), menait donc une petit troupe d'étudiants en direction du lycée Pain Levain (du nom du célèbre boulanger) pour leur petite lutte annuelle, les uns avec des pèches, des bananes, des pommes, des poires, et même quelques melons, les autres avec des couvercles divers pour se protéger des ripostes ennemies. Ils rencontrèrent bientôt la bande de Parc Rayon, lycéen tout aussi charismatique de Pain Levain, qu'il interpella :
« Alors, prêts à vous prendre la pâtée ?! »
La réponse fut gravé sur la pastèque qui roula jusqu'aux pieds de Pif : « Vous ne passerez pas. »
« Ah ! On se croit malin à citer du Pandalf ? Vient donc tâter de mon aubergine ! » (Oui parce que quelqu'un avait quand même envoyé une aubergine au laboratoire en pensant qu'aucun poney ne se rendraient compte que ce n'était pas un fruit.)
Sur ce, les premières grappes de raisins commencèrent à voler, mais Parc Rayon se battait sur son terrain. Bientôt, d'autres petits groupes de lycéens de Pain Levain déboulèrent dans les rues et encerclèrent le groupe de Pif.
« Pierre Décupla vaincra ! »
Pif ne se laissa pas intimider. Il charge avec ses camarades en direction de Parc Rayon en mitraillant ses réserves de fruits. L'étudiant, plutôt grand et fin pour son âge, dû se résoudre à battre en retraite face aux assauts du petit teigneux qui lui fonçait dessus.
Mais les lycéens de Pain Levain étaient particulièrement doués en tir longue distance, et les fruits tombaient en pluie sur le groupe de Pif. Difficile de courir et de lever les "boucliers" au bon moment !
Cependant la stratégie un peu bourrine des élèves de Pierre Décupla portait ses fruits – oh mon dieu que je suis hilarant - : ils arrivèrent bientôt aux portes du lycée Pain Levain, lesquelles avaient été fermées en hâte pour éviter toute intrusion en cette période si belliqueuse. On ouvrit le cageot de tomates (car elles sont considérées comme des fruits), et les attaquants, déjà couverts de fruits et de peaux de bananes, commença à repeindre les grilles et les murs.
Mais Pif et ses compagnons étaient bientôt rattrapés par les élèves de Pain Levain ayant tenté de les prendre en tenailles. Ils ne pouvaient rester plus longtemps, et encore moins faire demi-tour. Ils prirent donc une rue parallèle perpendiculaire : cela représentait un assez long détour, d'autant plus que toute cette course les avaient déjà bien éprouvé, mais ils évitaient le plus gros des forces rivales.
Néanmoins, évidemment, les lycéens de Pain Levain avaient prévu le coup, et un autre petit groupe du même lycée, dirigé par Vintage Irréel, autre lycéen charismatique de Pain Levain, leur barra le passage. Les boucliers passèrent à l'avant, et les camarades de Pif tentaient de passer la ruelle malgré les assauts et en se défendant avec les quelques munitions qui leur restaient. Les oranges et autres mandarines représentaient un fruit de prédilection pour ce genre d'affrontement, étant à la fois mou, aérodynamique et éventuellement "explosif" à l'impact.
Ils finirent par passer la ruelle, mais Parc Rayon et ses alliés avait eu le temps de faire le tour du pâté de maison pour les accueillir à l'autre bout. Pif et ses comparses ne pouvaient plus que battre en retraite, n'ayant plus suffisamment de munitions. Ils courraient en zigzag, se dispersant un peu partout pour rendre la tâche plus difficile aux assaillants. Pif fit carrément un détour jusqu'aux alentours de la célèbre aile de Star Swirl le barbu.
C'est là que Vintage Irréel le rattrapa. Embusqué derrière un puit, il lança une de ses dernières pommes le plus fort possible sur le leader adverse. Ce dernier eut le réflexe de baisser la tête : la pomme continua son chemin, frôla le garde qui, sur ce, poussa un cri de mise en garde à l'attention des jeunes avant de commencer à fermer la porte pour éviter que d'autres fruits ne pénètrent l'enceinte. Le lancer de la pomme ayant été assisté par la magie, celle-ci garda une trajectoire relativement rectiligne encore quelque mètres avant d'être brutalement stoppée par une licorne chapeautée à l'intérieur du bâtiment d'archives. C'est à ce moment que la porte bloqua totalement l'entrée, rendant le reste de la scène invisibles aux belligérants qui, notons-le bien, n'en avaient de toutes façons positivement rien à faire.
Pif pris cet assaut comme une provocation en duel. Il dévia sa route pour se diriger vers le puit. Il était petit, ce qui lui permit d'esquiver les différents projectiles que Vintage Irréel lui envoyait dessus pour le ralentir, en vain. Quand il fut quasiment à bout portant, Pif saisit son aubergine et l'envoya tout gentiment à son adversaire, lequel surpris lâcha ses munitions pour rattraper le légume. Il n'eut pas le temps de se demander ce qui lui arrivait que l'aubergine lui explosa à la figure. Pif s'éloigna avec un sourire victorieux : une aubergine farcie avec un pétard magique, du jamais-vu ! Il allait marquer l'histoire des deux lycées, pour sûr !
Il poursuivit sa route jusqu'à son lycée, Parc Rayon ayant abandonné la poursuite pour aider Vintage Irréel à se débarbouiller. Il ralentit un peu, pour souffler, et retrouva au passage quelques uns de ses alliés ayant eux aussi semé leurs poursuivants.
« Alors Pif ? Ca a marché le coup de l'aubergine ?
A merveille ! Je lui ai explosé la figure, c'était du délire ! T'aurais vu sa tête ! Im-pa-yable ! »
Sur ce il commença une série d'imitations de la grimace de surprise qu'avait faite Vintage Irréel lorsque l'aubergine avait éclaté. Ses potes étaient pliés de rire.
Mais ils étaient loin d'être sortis d'affaire. Les cours étaient peut-être finis, mais il fallait encore qu'ils retournent au lycée chercher leurs affaires (et notamment les vêtements de rechange qu'ils avaient prévu à l'occasion). Or ils n'étaient pas les seuls à avoir lancé un assaut sur le lycée adverse. Quelques lycéens de Pain Levain se dressaient encore aux portes de Pierre Décupla. Ils étaient organisés par groupes mobiles de quatre, deux défenseurs et deux attaquants, qui leur permettaient de continuer à tirer sur les murs du lycée tout en se défendant contre les bombardements.
Pif fit signe à ses quelques compagnons restants de se cacher.
« Il vous reste encore des munitions ?
- Il doit me rester un raisin, fit l'un.
- Je n'ai plus que mon couvercle, fit une autre [1].
- J'ai deux mandarines, c'est tout. » fit un troisième.
Les trois autres étaient complètement à sec. Pif se gratta la tête, puis esquissa son petit sourire malin habituel :
« Eh bien allons leur piquer les leurs ! »
Trop occupés par leurs assauts, les élèves de Pain Levain ne virent pas arriver, derrière eux, les six attaquants de Pierre Décupla menés par Pif Lenain. Ce dernier s'approcha suffisamment pour s'emparer d'un de leurs cageots de fruits - à la grande surprise d'un des tireurs qui, alors qui baissait le sabot pour piocher une nouvelle banane, ne rencontra que la pierre - et commença à tirer à bout portant sur les assaillants qui durent bien vite s'évader, ne pouvant en même temps se défendre contre les bombardements des élèves restés dans l'enceinte de l'établissement et contre les attaques des revenants. De la même façon, petit à petit, Pif Lenain et ses camarades parvinrent à déloger l'ensemble des combattants du camp de Pain Levain.
Mais au moment où ils croyaient enfin sortis d'affaire, voilà que Vintage Irréel surgit de derrière une boutique de restauration rapide armé d'un carquois rempli de poireaux.
« Toi ! Tu vas me le payer ! »
Pif sentit que c'était à lui qu'on parlait. Non seulement parce qu'il reconnaissait la voix du type qu'il avait barbouillé d'aubergine, mais surtout parce qu'un poireau vola près de son oreille et s'écrasa contre le mur. Il se retourna doucement.
« Hey ! s'écria-t-il. Les poireaux ce sont pas des légumes !
- Parce que les aubergines en sont, peut-être, tête d'endive ?
- Je l'ai trouvé dans les cageots du labo ! Ca compte !
- Ah ouais ? Ben regarde ce que j'ai trouvé sur le chemin, moi ! »
Sur ce, Vintage Irréel encocha un nouveau poireau dans son arc inexistant et tira à nouveau sur son adversaire. On pourrait croire que faire semblant d'avoir un arc alors que l'on envoie les projectiles uniquement avec la magie est juste une façon de se la péter un peu plus, mais cela lui permettait effectivement d'être beaucoup plus précis, car il mettait ainsi à contribution ses capacités de tireur : Vintage Irréel était très connu pour ses talents au tir à l'arc. Sans compter que beaucoup d'autres jeunes faisaient semblant d'avoir des armes juste pour s'amuser ou pour leurrer leurs adversaires. Des frondes, des javelots, des marteaux de lancer, des dagues… tout fruit était ainsi lancé comme une arme de guerre, mais sans plus de matériel que le fruit lui-même, et la magie du lanceur.
Pif baissa la tête et le poireau lui rasa le crâne. Il avait eu chaud. Il échafauda une stratégie puis commença à s'enfuir au galop tout en provoquant son adversaire : « Alors, c'est tout ce que tu sais faire ? »
Ils descendirent ainsi tout une ruelle, tous les deux déjà épuisés par leurs sprints respectifs, mais motivés comme jamais à l'idée de ridiculiser une dernière fois leur adversaire. Tous les deux couverts de jus sucré et de sueur salée, ils sautaient par dessus les charrettes, bousculaient les passants et slalomaient entre les restes de fruits éparpillés. Vintage Irréel parvint, suite à un tir en cloche remarquablement bien calculé, à toucher Pif au niveau du sabot, ce qui eut pour effet principal de le faire un peu plus accélérer. Aucun poney au monde ne s'avouait vaincu après avoir été touché au talon [2].
Il arrivèrent près du canal qui traversait une partie de Canterlot et en bordure duquel beaucoup d'espaces de détente avaient été créés. Enfin, je vois pas trop pourquoi je vous parle d'espaces de détente vu qu'ils en sont bien loin, et qu'ils sont tout sauf détendus. En tout cas si vous avez envie de vous détendre à Canterlot, bah vous pouvez chercher au bord de l'eau. Voilà.
Pif tourna brutalement au bout de la rue, disparaissant aux yeux de son adversaire qui pressa encore le trot. Hors de question de le laisser s'échapper. Mais alors qu'il arrivait lui aussi au croisement, sa route fut soudainement barrée par une énorme citrouille qui le stoppa net dans sa course. Il tomba au sol, tandis que Pif savourait sa victoire : cette fois-ci, il était sur son territoire, et il connaissait bien les alentours du lycée Pierre Décupla. Il avait tenté le diable en dévalant la rue pour atteindre le marchand de citrouilles le plus proche, s'en emparer d'une [3] et l'interposer face à son poursuivant. Ca avait fonctionné.
Mais Vintage Irréel n'était pas vraiment très bon perdant. Même mis à terre par son adversaire, il tenta de le fouetter avec le dernier poireau qui lui restait. Pif, surpris, se le prit en plein dans le pif – désolé, j'ai pas pu résister – et recula sous la douleur. Wow ! Mais il était fou furieux !
Une des raisons pour lesquelles la guerre du pré-festival des fruits argentés était possible, c'était que tous les fruits passant par le laboratoire était légèrement ramollis pour éviter qu'ils ne puisse vraiment blesser quelqu'un. C'est pourquoi seuls les fruits (et les éventuels légumes) présents dans les cageots devant le laboratoire étaient réglementaires lors de ces affrontements. Ici, ni la citrouille, ni les poireaux n'ayant été traités pour ça, l'affrontement entre les deux lycéens était véritablement dangereux.
Si Vintage Irréel était doué en tir à l'arc, Pif l'était autant en golf. Son sang ne fit qu'un tour suite à cette agression trop violente. Il fit quelques pas en arrière tandis qu'un manche de parasol se détachait du stand de cucurbitacées, se plantait dans la citrouille, décrivait une large courbe dans les airs avant de frapper dans l'unicorne qui essayait de se relever. Le coup était si puissant qu'il décolla, traversa la rue, passa par dessus le petit muret du canal, et tomba à l'eau, une bonne dizaine de mètres plus bas.
Pif resta un instant sur place, relâchant sa pression magique sur le manche et la citrouille qui retombent par terre, soufflant comme un buffle à la fois de fatigue et de colère. Mais bientôt il s'inquiète et se rue jusqu'au muret pour vérifier si son adversaire s'en était sorti. Et s'il ne savait pas nager ? Et si le coup l'avait assommé ?
Il arrive juste à temps pour voir une vague surnaturelle soulever l'unicorne et le déposer délicatement sur la berge, indemne, mais inconscient. Capable de sentir la magie lui-même, Pif tourna instinctivement la tête vers le pont, où se trouvait le lanceur du sort. Une licorne, à contre-jour, dos à la Lune levante, la cape au vent, se détournait avec son large chapeau. Elle était trop loin pour qu'il l'interpelle, il n'essaya même pas.
L'unicorne hésita un instant, puis alla chercher Vintage Irréel. Il ne pouvait pas l'abandonner là. Quelques camarades des deux lycées vinrent bientôt l'aider à le ranimer et à le ramener chez lui.
Sur le chemin, les commerçants rouvraient enfin leurs volets, tandis que les étudiants des deux camps rentraient chez eux en s'esclaffant bruyamment tandis qu'ils se racontaient leurs exploits respectifs. Ils étaient tous d'accord : c'était le meilleur pré-festival des fruits argentés de leur vie !
Notes :
1. Il y avait peu de filles, mais il y en avait. Comme il s'agissait de lutte essentiellement licornes contre licornes, les garçons avaient les boulots essentiellement offensifs et les filles les boulots essentiellement défensifs. C'était aussi traditionnel : s'il y avait des origines machistes à cette idée, c'était maintenant juste une tendance. On comptait évidemment aussi des unicornes défenseurs et des licornes attaquantes, mais en moindre nombre.
2. A l'exception du légendaire Facile l'Acide, cet invincible guerrier minotaure qui avait le talon comme seul et unique point faible.
3. Il paierait plus tard. Il connaissait bien le marchand en question.
Pif Lenain, Parc Rayon et Vintage Irréel sont trois unicornes dont les noms respectifs sont des références à des personnages RPG de potes et de moi-même (Pix le Nain, Arkhéion et Whingal Finrael).
Le lycée Pierre Décupla parodie le véritable Lycée Pierre de Fermat, à Toulouse (France). Le lycée Pain Levain parodie le lycée voisin, St Sernin. La rivalité de ces deux lycées est soulignée notamment lors du Carnaval annuel. Que de références !
Le personnage mythologique d'Achille étant aussi nommé Éacide de part ses ascendances, c'est de là que je tiens "Facile l'Acide" dans la note 2.
Message : ne pas faire ça chez vous ! Les fruits ramollis d'Equestria sont une chose, les nôtres en sont une autre, sans compter qu'on a peu de ponettes de ménage spécialisées dans les chiffons, de notre côté !
Jeu de l'exercice supplémentaire : A vous de jouer !
Beaucoup d'autres fruits auraient pu être utilisés, non ? Les pommes, les mandarines, c'est bien beau, mais qu'en est-il des baies, ou des cerises, ou des citrons ? Répondez en vous demandant ceci : Quel serait votre fruit de prédilection dans un tel affrontement ?
