Et me revoilà, cette fois-ci à l'heure! Nouveau chapitre, assez sombre vous allez voir pourquoi.

Bonne semaine tout le monde!

Chapitre Huit

8 Avril CE 81

Il jubilait : ils se disputaient, encore ! Cette fois-ci ce n'était pas lui qui criait mais elle. Elle s'époumonait contre lui, lui jetait à la figure un nombre incalculable de reproches qu'elle ne pensait sans doute pas. Entre autres, elle l'accusait d'être un mauvais père et un mari exécrable. Si elle savait ce qu'il faisait pour elle, elle ne lui dirait certainement pas tout ceci…

Le pauvre agissait ainsi pour la protéger de lui ! S'il se comportait contre sa nature c'était pour qu'il ne s'attaque pas elle ! Et elle, elle ne comprenait rien. Elle lui hurlait dessus, le traitait de menteur, d'égoïste, de père indigne…

« Tu es le pire mari qu'une femme puisse jamais avoir ! Cracha-t-elle. »

Il éclata de rire. Lui le pire mari ? Il était tout le contraire !

Un sourire fendit son visage. Ah quand elle apprendrait ce qu'il avait fait pour elle, elle regrettait toutes les horreurs qu'elle avait pu bien lui lancer au visage. Seulement il serait trop tard : il ne serait plus là pour entendre ses excuses. La culpabilité la rongerait et elle devrait vivre avec et surtout sans lui…

Il rit pendant un bon moment. Les voir se déchirer comme ça était vraiment le meilleur spectacle auquel il pouvait assister. Son pire ennemi rejeté par sa femme alors qu'il l'aimait au point de se sacrifier pour elle. Quelle plaie cette femme tout de même ! Elle ne comprenait jamais rien ! Et en plus elle voulait jouer la forte alors qu'en fait elle était tout aussi faible et manipulable que les autres ! Elle était tombée en plein de son piège : aveuglée par la tristesse, elle n'essayait pas de percer son mari à jour et lui reprochait de la protéger contre un malade, lui. Quand elle saurait…

Elle continua de l'incendier et lui encaissait fièrement toutes ses paroles atroces. Il la laissait vider son sac sans rien dire. Il avait mal. Très mal. Ne voyait-elle pas qu'elle lui enfonçait un poignard en plein cœur ! Son regard s'assombrissait de secondes en secondes et il palissait. Tant de méchancetés en un si court moment, c'était de trop pour son petit cœur qu'il avait fragilisé à l'excès avec ses lettres de menaces.

Le malheureux menaçait de s'effondrer à tout instant. Elle le détruisait un peu plus moralement à chacune de ses accusations. Déjà qu'il n'était pas en très bon état physique…

Il était épuisé ; ses gros cernes noirs témoignaient de l'intense fatigue qu'il avait accumulée depuis plusieurs jours. A en croire ce qu'il avait pu observer au cours de ses dernières semaines, il dormait très mal et très peu. A peine deux heures par nuit, et encore quand il réussissait à fermer l'œil. L'inquiétude l'avait rongé et le lourd secret qu'il portait n'avait rien arrangé.

Il était tout simplement au bout du rouleau et sa femme ne voyait rien ! Elle ne cessait de le calomnier, de l'injurier. Il avait pitié de lui : il allait mourir après avoir entendu toutes ces abominations de la part de la seule femme qu'il n'avait jamais aimée.

Heureusement pour lui, il allait mettre fin à son calvaire. Dans quelques heures, il ne serait plus de ce monde. Il aurait perdu la vie avec sa fille dans un accident de voiture dû en partie à sa fatigue et principalement à lui : il allait les faucher sur le chemin du retour. Triste destin ! Mourir si jeune alors qu'un avenir radieux s'offrait à lui. Ce que le monde pouvait être cruel…

Non, ce qu'Il pouvait être cruel ! C'était vrai finalement il n'avait pratiquement plus aucune raison de le tuer. Il avait sa petite vie maintenant : une femme charmante et de toute beauté, un appartement certes un peu petit mais très accueillant, un poste bien payé presque qu'en poche. Tout allait bien : il avait oublié l'affront qu'il lui avait fait subir et surtout Elle. Elle ne le hantait plus et c'était ça le principal. Bon d'accord, il était un peu frustré mais bon ce sentiment partirait avec le temps, il était patient maintenant.

Ouais tout allait bien et pourtant il n'avait pas pu s'arrêter en si bon chemin. Cela serait si bon de le savoir six milles pied sous terre et elle dans un état de désespoir profond. Ces nouvelles ne feraient que rendre sa vie encore meilleure, mais ce n'était pas indispensable. Il vivrait très bien sans. Seulement pourquoi s'en priver alors qu'il était presque au but ? C'est vrai quoi, ils étaient juste à point ! Ce n'était pas comme si il devait tout mettre en place et passer des mois et des mois à les observer et l'affoler ! Autant finir ce qu'il avait commencé non ?

Il sourit. Il était dans un état de béatitude extrême. Sa vie serait bientôt rose, sans plus aucune tâche d'ombre : le symbole de sa déchéance passée enterré et la femme qui ne lui avait jamais appartenu dans un état misérable.

« Je veux divorcer ! Hurla-t-elle. »

Il pouffa de rire avant de céder à la tentation. Ce qu'elle pouvait être stupide ! Demander le divorce alors qu'elle serait veuve dans quelle heure ! Qu'elle appelle donc son avocat ! Stupide ! Elle était vraiment idiote !

Son mari se retourna et annonça sur un ton plat.

« Je vais chercher Léonore.

- C'est ça pars ! Et ne remets jamais les pieds ici ! »

Quelle cruauté ! Elle était pire que lui…

Quelqu'un frappa à la porte arrière et il sursauta. Deux coups rapides, un silence puis un troisième coup. Hiroto ! Ah mais oui voyons, il l'avait oublié ! C'était vrai : il devait venir. Il voulait lui parler d'un truc important. Une broutille certainement.

Il se releva et se dirigea mollement vers la portière. Un bruit de porte qui claque lui apprit que le monstre avait quitté le manoir. Un grand sourire se dessina sur son visage et il fit coulisser la porte.

« Ah Hiroto ! Je t'attendais justement. Vas-y monte. »

Il s'exécuta et entra à l'intérieur de l'arrière de la camionnette. Des yeux, il fit le tour de la pièce avant de poser son regard sur lui.

« Tu comptes arrêter ce cirque quand ? »

Son ton agressif ne lui plaisait pas du tout mais il n'en laissa rien paraitre. De toute façon, il n'aurait bientôt plus aucun contact avec lui puisque tout serait terminé dans quelques heures.

« Ce soir ! Annonça-t-il gaiement. »

Son complice soupira et se laissa tomber sur le canapé. Il entendit sa voiture quitter lentement leur allée : il était parti, laissant sa femme penser qu'il ne reviendrait plus comme elle le lui avait ordonné. Ça pour ne plus revenir, il ne reviendrait plus jamais !

« Ouf, tu me rassures. »

Il haussa les sourcils. Il le rassurait ? Il n'avait donc aucune idée de ce qu'il allait faire ?

« Pourquoi ça ? Demanda-t-il naïvement.

- J'avais peur que tu fasses une grosse connerie. Mais puisque tu arrêtes, je n'ai plus de soucis à me faire. »

Il éclata de rire. Il ne se doutait vraiment de rien !

« Oui, tu as raison. »

Il se réinstalla dans son fauteuil et se réjouit de la voir repliée sur elle-même dans son canapé. Elle pleurait, toujours et encore. Décidément, plus rien n'allait entre eux ! Il avait vraiment bien réussi son coup quand même : les faire se déchirer si rapidement alors qu'ils étaient un couple modèle. Ah qu'il était fier de lui ! Très fier de son ingéniosité.

« Pourquoi voulais-tu me parler au fait ? Lui demanda-t-il après un court instant de silence.

- Je voulais m'assurer que tu mettes un terme à cette stupide lubie de les espionner. Franchement ça t'apportait quoi de les surveiller sans arrêt comme ça ? »

Ce que ça lui apportait ? Il en posait de bonnes lui !

« Beaucoup de choses. Mais maintenant tout est terminé.

- Pourquoi tu n'as pas tiré un trait sur ton passé plus tôt ? »

Sa question lui coupa de souffle. Tirer un trait sur son passé ? Alors il avait fait des recherches sur lui… Qu'avait-il donc appris ?

« Parce que je voulais savoir ce qu'elle était devenue, commença-t-il.

- Mais toi et elle n'êtes plus lié par quoi que ce soit : elle a annulé votre engagement juste après la guerre ! »

Ouf ! Il savait simplement la version officielle de l'histoire.

« Je sais. Mais je voulais savoir si elle était heureuse, mentit-il avec convictions.

- Je vois… Tu l'aimes encore un peu, même après toutes ces années ? »

Il se retint de rire. La presse et leurs conneries…Il ne l'avait jamais aimé ! C'était son corps et tout ce qu'elle pouvait lui apporter de matériel qu'il aimait, pas elle ! Elle, cette femme souillée par un monstre, il la haïssait ! Qui avait bien pu lancer de telles inepties ?!

« L'aimer ? Non, c'est un bien grand mot. Disons que je la connais depuis que nous sommes jeunes et que je ne peux m'empêcher d'avoir toujours un peu d'affection pour elle.

- Oui je comprends. Elle est un peu comme ton amie d'enfance alors?

- C'est ça ! Tu as tout compris ! »

Un sourire se dessina sur le visage du jeune homme. Ce qu'il pouvait être naïf ! Ah les jeunes gens de nos jours !

« Je craignais que tu sois l'un de ces malades qui espionne les gens par pur plaisir d'entrer dans leur vie privée, avoua-t-il comme si cette idée était complètement stupide. »

Mais qu'il était bête ! Bien-sûr qu'il était l'un de ces malades ! Il était même sans doute le pire puisqu'il n'aspirait qu'à la mort de son « ennemi ».

« Non, loin de moi cette idée ! S'exclama-t-il, amusé. Je voulais juste m'assurer que son mari prenait bien soin d'elle et de sa fille.

- Tu es rassuré donc ?

- Oui. C'est le mari et le père que toutes les femmes rêveraient d'avoir.

- Bon alors tout va bien. Je t'aide à ranger tout ça ? Proposa-t-il gentiment.

- Oui. Je vais rapatrier ton œuvre.

- D'accord. »

Son complice se leva et commença à ramasser les divers journaux qui jonchaient le sol. Pendant ce temps-là, il s'occupa de faire voler le petit oiseau mécanique jusqu'à la camionnette. Il le fit se poser sur le toit et sortit pour le récupérer.

Lorsqu'il revint quelque secondes plus tard, le robot dans les mains, Hiroto admirait la lame courbe du monstre. Il se figea en la voyant. C'était à cause de ce charmant poignard qu'il arborait désormais une horrible cicatrice sur son ventre. Une marque qu'elle lui avait faite ! Maintenant il était défiguré ! Tout ça parce qu'elle n'avait pas su rester calme et docile !

Pourquoi n'avait-elle donc pas été paralysée comme toutes les autres femmes ? Tout aurait été tellement plus simple et plus rapide, pour lui comme pour elle. Mais non elle s'était débattue sauvagement, au risque de se blesser encore plus ! C'était un véritable mystère pour lui…

Il referma lentement la porte et lorsque le cliquetis annonçant sa fermeture retentit dans le véhicule, le jeune homme sortit de sa contemplation.

« Ce n'est pas une des lames utilisées par les soldats de ZAFT ?

- Si. Elle appartient à un très vieil ami.

- Je ne savais pas que tu connaissais des militaires de Plants !

- Ex-pilote d'armure mobile pour être précis.

- Il devait être doué !

- Oui. Il a participé aux deux guerres. C'était un as dans son domaine. Il a pris sa retraite pour vivre une petite vie de famille avec son épouse qu'il a connue pendant la guerre.

- Et tu l'as revu depuis ta sortie de prison ? »

Voilà ca y est, il commençait à être curieux ! Vivement qu'il en soit débarrassé aussi ! Il jeta un coup d'œil à sa montre. Déjà 16h ! Il fallait qu'il se dépêche s'il voulait les attendre sur le chemin du retour…

« On en parle sur le chemin, tu veux bien ? J'ai un dernier truc à faire avant de rentrer.

- Oui bien-sûr ! Tiens je te la rends. Elle traînait par terre. »

Il lui tendit la lame et il l'accepta, en évitant de montrer ses légers tremblements de mains. Elle lui rappelait de mauvais souvenirs…

« Merci. Je pensais l'avoir perdue… »

Il la prit dans ses mains, l'observa un instant puis sourit. Il allait la lui rendre sous peu… Enfin lui rendre à titre posthume tout du moins !

Ils quittèrent l'arrière de la camionnette et il s'installa au volant. Son coéquipier –qui en fait ne l'était pas vraiment puisqu'il ne connaissait pratiquement rien de son plan, pour le moment en tous cas-, lui, monta de l'autre côté et s'attacha fébrilement. Il avait bien raison vu ce qui risquait de se passer : cela serait vraiment dommage s'il passait à travers le pare-brise tout de même !

Au moment où il démarra le moteur, le jeune homme se raidit et se cramponna au siège.

« Tu pourrais conduire doucement, s'il te plait ? »

Ah oui c'était vrai ! Il n'était pas très voiture… C'était un motard, pur et dur, qui ne montait dans une automobile que s'il en était contraint et forcé. Mais attendez, il n'allait pas laisser sa moto en pleine rue sans surveillance ?

« Ta moto, tu en as fait quoi ?

- Elle est devant chez ma copine. C'est elle qui m'amené. »

Il s'énerva.

« Je t'avais dit de pas la mêler à tout ça !

- Elle ne sait rien ! Elle m'a déposé devant chez un autre ami et j'ai attendu qu'elle parte pour rejoindre ta planque.

- T'as eu chaud mon vieux ! »

Alors comme ça, il ne dépendait que de lui… Très intéressant ! S'il s'enfuyait après ses révélations, il ne pourrait pas aller bien loin. Il pourrait l'éliminer rapidement comme ça !

« Bon ok, je vais essayer de pas conduire trop vite. T'as du bol, parce que je ne suis pas pressé aujourd'hui !

- Comme tu dis, j'ai de la chance…. »

Il manqua d'exploser de rire. De la chance, lui ? Non pas vraiment vu ce qui allait se passer en sa présence. Il allait être complice d'un meurtre ! Quelle chance ! En plus, il avait touché la lame …Qui allait être sur les lieux de l'accident… Avec donc ses empreintes !

Il ria intérieurement. Ce qu'il pouvait être malin ! Il avait tout prévu du début jusqu'à la fin. Pendant que lui allait se la couler douce à l'autre bout de la planète avec sa chère et tendre, qu'il allait d'ailleurs bientôt épouser, ce brave Hiroto serait en prison jusqu'à la fin de ses jours pour un double meurtre sur les personnes d'Athrun Zala et de sa fille Léonore Athha-Zala. Son plan était diabolique !

Il lâcha lentement l'embrayage tout en continuant d'accélérer puis passa la seconde. Il s'engagea de la rue de leur manoir et lança un dernier regard à cette charmante maison qui serait bientôt rempli du désespoir d'une femme.

Il sortit de leur petit hameau, loin de tout, et s'emmancha sur l'une des routes les plus dangereuses de toute l'île : la longue descente entre leur manoir et Yamagata. Cette route était très sinueuse et brodée par une falaise, certes pas très haute mais qui était une véritable source d'accidents. Bon nombres avaient d'ailleurs eu lieu au croissement qui serait juste à leur gauche, quelques kilomètres après la fin de la descente : un stop que jamais personne ne respectait et qui se trouvait pile après un virage très serré. C'était là qu'il les attendrait.

La descente prit fin et il mit quelques minutes avant d'atteindre le croissement. Il tourna dans la petite route et fit demi-tour un peu plus loin. Il s'arrêta ensuite sur le bas côté et Hiroto lui demanda :

« Qu'est ce qu'on fait là ?

- On les attend.

- Les ? Qui ça ?

- Voyons mon vieil ami et sa fille ! »

Il ricana comme un fou furieux et il vit une lueur de peur éclairer le regard du jeune homme.

« Tout sera fini dans quelques minutes. Ils vont bientôt revenir de l'école. Il prend toujours cette route là, sauf que cette fois-ci il n'atteindra jamais leur manoir. »

Son ami se détacha avec angoisse et posa ses doigts sur la poignée. Il ferma à clé la voiture et annonça :

« Tu n'iras nulle part comme ça mon cher Hiroto ! »

Son « complice » le dévisagea avec horreur. Il avait enfin compris. Il attrapa le poignard qu'il avait glissé dans le côté de sa portière et joua avec.

« Tu vois cette lame ? C'est celle de son mari, tu sais mon vieil ami dont je t'ai parlé. En fait, ce n'est pas vraiment un ami, c'est même d'ailleurs mon pire ennemi. Il m'a tout pris : ma vie, la femme qu'on m'avait donnée en mariage, mon argent, mon statut. Tout ! Ce sale rat m'a tout volé, il est arrivé de nulle part et m'a tout arraché en un claquement de doigt ! »

La rage se mit à bouillir en lui ainsi que l'excitation. Bientôt il serait mort !

« Ca n'a jamais été rendu publique mais tu sais si je suis allé en prison, ce n'est pas seulement parce que j'ai été condamné pour haute trahison mais aussi et surtout parce que j'ai agressée la Représentante. Je l'ai battue alors qu'elle était enceinte…de sa fille. Comme tu peux le constater, j'ai raté mon coup mais cette fois-ci tout est parfait ! »

Il tourna la tête vers la gauche et vit que deux voitures arrivaient au loin. Un sourire sadique se dessina sur ses lèvres. Très bientôt il serait lavé de son humiliation.

« Tiens, on dirait qu'ils arrivent… Passe-moi les jumelles ! Ordonna-t-il sèchement. »

Le jeune homme resta figé et il s'énerva.

« Ne joues pas avec moi, Hiroto ! Tu sais très bien comment ça peut se finir… »

Apeuré, il s'exécuta et fouilla dans la boîte à gant. Il tendit les jumelles à son tortionnaire qui les lui arracha des mains.

Il les posa sur son nez et observa les passagers de la voiture. C'étaient bien eux ! Et exceptionnellement sa fille était …devant ! Elle allait être touchée de plein fouet ! Il se mit à rire comme un fou et démarra le moteur.

« Un bon conseil, attache-toi et accroche-toi bien ! »

Il quitta le bas-côté et appuya sur l'accélérateur. Ils se rapprochaient. Il arriverait juste à temps. Les secondes qui suivirent lui parurent durée une éternité et il ne cessa d'appuyer sur la pédale d'accélérateur en espérant aller toujours plus vite.

Le choc avec leur voiture fut violent et lui coupa le souffle. Une pointe de déception l'envahit lorsqu'il constata qu'il avait heurté de plein fouet la portière arrière et le coffre au lieu de la portière avant. Elle s'évanouit cependant très rapidement lorsqu'il assista au spectacle suivant : leur voiture faisant un tonneau et s'encastrant dans la falaise quelques mètres plus loin.

Il se mit à rire comme il n'avait jamais encore rit de toute sa vie. Il avait réussi ! Il était lavé, blanchi de tout ! Il était mort en emportant avec lui sa fille ! En ce jeudi, neuvième jour du mois d'Avril de l'ère Cosmique 81 Athrun Zala et sa fille Léonore étaient décédés dans un accident de la route !

(POV Athrun)

Une ombre pointa une arme vers Cagalli et elle ne bougea pas, elle était paralysée par la peur. Je me précipitai vers elle mais la distance qui nous séparait ne faisait qu'augmenter. L'ombre continua de se rapprocher toujours et encore plus et elle restait planter là, incapable de s'enfuir. Je hurlai son prénom mais elle ne m'entendait pas.

Puis un coup de feu retentit et elle tomba à la renverse.

« Non ! Hurlai-je. »


J'émergeai brutalement du sommeil et manquai de tomber de mon fauteuil. Encore ce cauchemar...

Je revis son corps chuter lentement et je secouai la tête pour chasser cette image. J'avais beau essayé de l'oublier, elle restait ancrée dans mon esprit. Chaque jour, elle était de plus en plus détaillée et précise : je distinguais à présent parfaitement son visage et son expression de terreur, le mouvement de ses lèvres lors de son dernier soupir, la lueur de ses yeux qui déclinait au fur à mesure qu'elle se rapprochait du sol. Tout était si réel…

J'inspirai et expirai profondément mais rien à faire, elle ne voulait pas partir…Je fermai les yeux et priai pour que cette image disparaisse. Je ne voulais pas la perdre…


Je me réveillai de nouveau en sursaut. Je m'étais rendormi ! Je cherchai le réveil du regard. Il indiquait 5h30. Encore une courte nuit, la quatorzième…

Je tournai la tête et mon regard se posa sur la photo qui trônait sur mon bureau. Nous quatre unis et heureux… Elle et moi si proche… Comme ce temps-là me manquait. Comme elle me manquait…

C'était une véritable torture que de m'éloigner d'elle, de la faire pleurer. Je l'aimais tellement que d'être ce salopard me brisait le cœur en milles morceaux. J'avais tellement mal de la mettre à l'écart, de me disputer sans cesse avec elle pour des broutilles, des petits détails sans importance qui avaient toujours fait partie de notre quotidien.

J'avais mal parce que je la faisais souffrir, parce que je rompais cette promesse que je lui avais faite ainsi que celle que je m'étais juré de tenir.

J'avais beau me dire que c'était la meilleure solution, que je la protégeais de lui et de ce qu'il pourrait lui faire si je faisais le moindre faux pas. Mais j'avais mal parce que plus les jours passaient et plus je me rendais compte que je faisais une grave erreur. Je voulais simplement protéger ma famille mais je ne faisais que la détruire un peu plus à chaque mensonge. J'étais devenu si odieux, si distant avec tout le monde…

J'étais en train de devenir comme mon père et ça je ne pouvais pas le tolérer. Il m'avait brisé sans s'en rendre compte, il m'avait fallut des mois pour m'en remettre. Je ne voulais pas infliger ça à ma femme et à ma fille. Je les aimais trop. Je préférais largement mourir que de continuer à m'enfermer un jour de plus dans cette situation.

Il fallait que je parle, que je lui dise la vérité. Je devais arrêter de m'entêter, de croire que je pouvais appréhender ce malade seul. Elle avait besoin de connaître la menace qui planait au dessus de notre famille.

Oui c'était notre famille, notre vie, celle que nous avions construite ensemble pierre après pierre. C'était notre fille, ce que nous avions de plus précieux au monde, notre raison de vivre. C'était ma femme, la personne en qui j'avais aveuglément confiance et pour qui je donnerais ma vie.

C'était ma vie, ma famille ce à quoi je tenais le plus. Je ne pouvais pas me permettre de perdre ça. Je devais lui montrer ces lettres, lui expliquer la raison de mon comportement. Il fallait que j'arrête. Fini les mensonges, le faire semblant.

Oui, je n'allais pas bien ! Ryũ avait entièrement raison. J'étais dans un état lamentable : j'étais angoissé, stressé, à cran, j'étais pâle et j'avais l'air d'un fantôme, je ne mangeais presque plus, ne dormais même pas deux heures par nuit. J'étais mal et je rendais tout le monde autour de moi malheureux.

Je tenais à peine debout, j'avais tout juste la force de me lever le matin pour aller donner cours. Je me demandais même comment j'arrivais à atteindre la faculté sans avoir d'accident. Mes yeux se fermaient tout seul et pourtant je n'arrivais pas à me reposer. Dés que j'essayais de dormir quelques heures, je ne cessais de repenser à ce qu'il s'était passé ces derniers mois et à ce qu'il pourrait bien leur faire si je ne respectais ses mises en gardes.

J'étais même devenu un professeur minable. Je donnais des cours qui ne tenaient pas la route, je me mélangeais les pinceaux sans arrêt et je n'étais même plus capable de corriger un bête devoir de mécanique ! Depuis trois semaines j'avais quarante copies sur mon bureau et je n'en avais pas encore noté la moitié alors que j'y travaillais toutes les nuits.

Je n'arrivais plus à rien faire. J'étais constamment ailleurs. J'étais préoccupé par un problème trop gros pour moi comme l'avait si bien remarqué ma femme.

Elle me connaissait très bien et continuer à lui mentir n'arrangerait rien. Tout ce que j'allais obtenir au fin de compte, c'est me détruire la santé et perdre les seules personnes qui comptaient dans ma vie : ma famille.

Je devais lui dire. En rentrant de la fac, j'allais lui dire la vérité. Lui expliquer tout. M'excuser pour tout le mal que je lui avais fait.

Je me levai de mon siège. Soudainement tout se mit à tourner autour de moi. Encore un malaise…

Je m'accrochai à mon bureau pour ne pas tomber. Je n'allais pas tenir. Je savais parfaitement que je pouvais m'effondrer n'importe quand au cours de la journée. Le manque de sommeil, l'angoisse, mon refus de m'alimenter correctement, la pression que je me mettais, tout ça avait raison de mes dernières forces.

Je fermai les yeux et attendis qu'il se termine. Il fallait absolument que je tienne encore un peu. Encore jusqu'à demain.

Lorsque je rouvris les yeux quelques minutes plus tard, la pièce s'était arrêtée de tourner. Le malaise était passé…jusqu'à ce que le prochain survienne.

Je quittai mon bureau, après un dernier coup d'œil à la photo. Un petit sourire m'échappa. Je voulais les retrouver, tous les trois.

Je me dirigeai vers notre chambre. J'avais envie de la voir, de l'observer pendant qu'elle dormait. Je rêvai tellement de la serrer dans mes bras comme avant ...

Une fois arrivé devant, je poussai doucement la porte et soufflai de soulagement lorsque je constatai qu'elle dormait encore. J'entrai et vins m'asseoir lentement sur le bord du lit, à côté d'elle. Elle poussa un petit soupir et je l'observais un instant. Elle était tellement belle.

J'approchai ma main de son visage et effleurai sa joue en repoussant ses quelques mèches rebelles.

« Quoique tu puisses penser, je t'aime, murmurai-je tout bas. »

Un faible sourire se dessina sur ses lèvres et je l'entendis murmurer mon prénom.

Une heure et demie. Elle n'allait pas tarder à rentrer. Il était temps que je me mette aux fourneaux. Elle n'allait certainement pas avoir beaucoup de temps ce midi, comme tous les jeudis d'ailleurs.

Je m'engageai dans le couloir et entrai dans la cuisine. J'ouvris le frigidaire : il n'y avait plus grand-chose… Il faudrait que j'aille faire des courses sous peu. Je fouillai dans les placards à la recherche de quelque chose à lui faire à manger quand la porte d'entrée s'ouvrit. Cagalli. Ma gorge se noua. Elle n'avait rien dit. Elle fit quelques pas dans le couloir et s'arrêta devant la cuisine.

« Ne t'embêtes donc pas pour moi, je n'ai pas faim. »

Elle allait mal. Aussi mal que moi…

« Tu devrais manger un peu…, voulus-je essayer de la raisonner.

- Je n'ai pas faim, n'insiste pas ! Me rétorqua-t-elle sèchement »

J'abandonnai immédiatement. De toute façon ce n'était pas la peine que je continue, la discussion allait encore tourner à la dispute…

Elle continua son chemin sans un regard pour moi. Inconsciemment elle se vengeait. Je m'appuyai sur le plan de travail et soufflai. Elle avait mal que je le dénigre comme ça. Il fallait que ca s'arrête. Maintenant !

Je m'engageai à mon tour dans le salon et la rejoignis. Elle était installée sur la table du salon et avait le nez plongé dans ses dossiers. Une réunion sans doute. Je m'approchai d'elle en demandant gentiment :

« Tu as beaucoup de travail ? »

Elle se figea.

« Non. Pourquoi ? »

Toujours ce ton sec…

« Je voudrais te parler. Quand tu auras fini, bien-sûr. »

Elle releva la tête et me dévisagea avec surprise.

« Tu veux me parler ? Eh ben vas-y, j'ai tout mon temps !

- Cela peut attendre que tu aies fini de préparer ta réunion. »

Je voulais dormir, je n'avais pas envie d'avoir un accident en allant chercher Léonore à cause d'un manque de vigilance dû à la fatigue.

« Je n'ai pas de réunion aujourd'hui. Je ne retourne pas non plus au parlement, je t'avais réservé cette après-midi depuis des mois ! Mais vu que tu ne m'adresse plus la parole ces dernières semaines, j'ai emmené un peu de travail, histoire de m'occuper voilà tout. »

Elle ferma son dossier et se leva pour se planter en face de moi.

« Je t'écoute. Parlons.

- Pas maintenant, Cagalli. J'aimerais dormir un peu avant d'aller chercher Léonore…

- Il y a cinq secondes tu voulais parler et maintenant tu ne veux plus ! Tu te fous de ma gueule c'est ça ? J'en ai marre de tes « Plus tard, pas maintenant Cagalli » ! Alors parlons, maintenant ! M'ordonna-t-elle. »

Je savais que je lui avais servi le même discours pendant des semaines, mais là je ne fuyais pas. Je voulais vraiment dormir, j'arrivais à peine à tenir debout.

« Je suis épuisé Cagalli… Je voudrais juste me reposer une heure…, essayai-je de lui expliquer.

- Tu es épuisé, ca tombe bien moi aussi ! J'en ai ras le dos de tes mensonges !

- Je sais…Je…

- Si tu sais, pourquoi continues-tu ? Tu sais parfaitement que je déteste quand tu me mens et que tu me caches des choses ! S'il y a quelque chose qui ne vas pas, tu peux m'en parler, tu le sais, non ?

- Oui…mais cette fois-ci c'est différent.

- Différent de quoi ? En quoi est-ce différent ?

- C'est compliqué…Je t'expliquerais mais laisse-moi dormir avant, s'il te plaît…

- Tout est toujours compliqué avec toi ! C'est compliqué parce que tu fais comme si tu devais tout régler par toi-même ! Tu ne peux pas Athrun, tu n'es pas un surhomme bon sang ! »

Non je ne l'étais pas… Je n'étais même plus capable de les protéger par moi-même. Je n'étais qu'un homme ordinaire maintenant et plus un militaire entrainé.

« Arrête de toujours tout vouloir résoudre par toi-même ! Parle-moi, dis moi ce qui se passe ! C'est quelque chose de grave non ? »

Elle commença une nouvelle phrase que je ne compris pas. Ma tête s'était remise à tourner, c'était pire que ce matin.

« Je… je ne me sens vraiment pas bien Cagalli…

- N'essaie pas de fuir ! J'en ai marre de tes fausses excuses ! Parle puisque tu voulais parler ! »

Je me sentis perdre l'équilibre. J'allais m'effondrer… Je me rattrapai à la table en espérant que ce malaise passe aussi vite que celui de ce matin.

« Quoi tu as perdu ta langue ? Tu veux que je te dise moi ce qui ne va pas ! Toi, c'est toi le problème ! Tu t'obstines à faire comme si de rien, à vouloir nous faire croire que tout va bien, que tu vas bien. Mais regarde-toi ! Tu es tellement préoccupé par ce problème que tu oublies tout autour de toi ! »

Je savais… J'en étais parfaitement conscient…

La pièce tournait toujours. Pourquoi ne voyait-elle pas que ca n'allait pas du tout ? Je ne mentais pas…

« Ta fille, tu la délaisses ! Tu ne lui parles plus, tu ne joues plus avec elle ! D'accord, c'est bien au moins tu vas la chercher à la sortie de l'école mais s'occuper d'elle ce n'est pas lui servir de chauffeur ! Tu es devenu comme ton père, aussi pitoyable que lui ! Je pensais que tu avais appris de ton passé, que tu savais à quel point c'était douloureux et destructeur que de perdre un père alors qu'il est toujours en vie ! Mais non j'avais tort ! »

Je savais tout ça…Je comprenais parfaitement sa colère….

« Et s'il n'y avait que ça ! Non même pas ! Nous n'avons plus aucune vie de famille, tu es cloitré dans ton bureau toutes les soirées ! Tu travailles, hein ? Qu'est-ce qui peux te prendre autant de temps ? Corriger des copies ? Non, tu es rapide. Préparer tes cours ? A force tu sais ce qu'il faut dire non ? Hein, qu'est ce que tu fais dans ton bureau ? Tu ne travailles pas en fait, tu nous fuis ! Tu fuis ta famille, Ryũ, ta fille et moi ! »

Elle reprit son souffle et me lança un regard rageur. Elle m'en voulait énormément…

« Je ne te parle même pas de comment tu es avec moi. Exécrable ! Tu me hurles dessus dés que j'ai deux pauvres minutes de retard. Tu crois que je contrôle les bouchons et les feux sur la roue moi ? Non ! J'arrive à l'heure que j'arrive, je fais toujours le maximum pour être ponctuelle ! Et si je ne le suis pas excuse moi, c'est sans doute que j'ai passé quelques minutes supplémentaires à terminer mon travail pour passer une soirée avec notre fille ! Chose que toi tu ne fais plus !

Pardonne moi aussi si par mégarde j'ai oublié mon portable ou si je l'ai éteint ! Moi aussi des fois je suis fatiguée, pressée, la tête ailleurs ! Je suis humaine comme toi, j'ose te rappeler ! »

J'avais trop attendu…

« Mais parle bon sang ! Défends-toi ! Explique-moi pourquoi subitement tu as changé ! Dis-moi pourquoi tu m'évites ! Dis-moi pourquoi tu ne me touches plus ! Dis-moi pourquoi tu ne dors même plus avec moi ! Qu'est ce que j'ai fait ? Dis le moi !

- Rien…

- Alors pourquoi ? Pourquoi me fais-tu ça ? Pourquoi étais-tu devenu comme ça ?

- Je t'en supplie Cagalli, arrête ! Je n'ai pas envie de me disputer.

- Je m'en fous de ce que tu veux ou de ce que tu ne veux pas ! J'ai accepté cette situation pendant trois semaines, sans rien dire. Mais maintenant c'est toi qui va m'écouter. Tu es le pire mari qu'une femme puisse jamais avoir ! Tu es égoïste, menteur ! Et tu fuis les problèmes ! Tu penses que ca va les résoudre ? Eh bien tu as tort ! Parce que je ne te laisserai pas pourrir la vie de ma fille, ni la mienne ! Alors si tu as quelque chose à me dire fais le maintenant ! Dis-moi ce qu'il se passe, ce qui t'as poussé à devenir cet homme que tu es ! Tu as une maîtresse, c'est ça ?

- Non ! Hurlai-je. Non, je t'aime, je t'ai toujours aimée…

- Encore un mensonge… En fait c'est ça, tu penses qu'en me dégoûtant de toi, je finirais par te foutre à la porte ! Eh bien cette fois-ci, tu as tout à fait raison ! Je veux divorcer ! Oui divorcer, tu as bien entendu ! Puisque tu je t'insupporte et que ta famille est devenue gênante, je t'en libère ! »

Tout ça c'était de ma faute… Si elle souffrait c'était à cause de moi ; si elle se mettait à imager pareille chose, c'était à cause de moi. Tout était à cause de moi… J'aurais mieux fait de mourir ce jour-là… Je me retournai. Je ne voulais pas qu'elle voit que j'étais sur le point de craquer.

« Je vais chercher Léonore, annonçai-je platement.

- C'est ça pars ! Et ne remets jamais les pieds ici ! »

Si c'était ce qu'elle voulait, alors je partirais.

Je pris mes clé de voiture sur le table de téléphone et sortis du manoir. La porte claqua derrière moi.

Si je pouvais avoir un accident de voiture, là sur le trajet de l'aller, tout serait réglé…

Je montai dans la voiture et démarrai le moteur. Des larmes se mirent à couler le long de mes joues. En voulant protéger ceux que j'aimais le plus, j'avais tout perdu… Pourquoi avais-je gardé ça pour moi… ? C'est vrai, pourquoi ne lui avais-je rien dit ? Pourquoi n'avais-je pas tenu ma promesse ? Pourquoi faisais-je toujours tout mal… ?

Je restai quelques minutes, abattu devant mon volant, puis retirai le frein à main en regardant le manoir. Elle était devant la baie-vitrée de la fenêtre et me regardait. Je lui fis un petit sourire. Un vrai, un sourire d'adieu…

Je conduisis jusqu'à la capitale en n'étant pas très attentif. A quoi bon, de toute façon elle ne voulait plus de moi…

Après avoir passé une bonne heure dans les bouchons à cause de travaux, j'arrivai devant son école, sain et sauf. A croire que le destin s'acharnait à me maintenir en vie alors que je ne le voulais pas.

Je me garai sur l'une des places vides en face de la grille et descendis. Il y avait déjà quelques parents, heureusement aucun que je connaissais. Je ne voulais pas qu'ils me voient dans cet état.

Je sortis de la voiture et traversai la rue pour m'adosser à l'une des rambardes. J'attendis là le regard perdus dans le vague une bonne vingtaine de minutes jusqu'à ce que quelqu'un m'interpelle.

« Athrun ? »

Je me redressai et fis face à la personne.

« Kira ! Que fais-tu là ? On ne t'attendait que demain !

- J'ai réussi à négocier une permission plus longue alors je me suis dit que ce ne serait pas plus mal d'être avec vous un jour de plus. J'ai pris le premier avion ce matin et me voilà !

- C'est Cagalli qui sera contente de te voir, elle trépigne d'impatience depuis ta dernière lettre. »

J'essayai de lui sourire.

« Tout va bien Athrun ? Tu as l'air…

- Epuisé. Oui je sais.

- Oui, ça se voit à tes cernes. C'est Cagalli qui te fait passer des nuits de folies ?

- Non… J'ai juste eu beaucoup de boulot, c'est tout, mentis-je.

- Toujours aussi perfectionniste dans tes cours toi !

- Oui… »

C'est Cagalli qui te fait passer des nuits de folies ? Sa question résonna dans me tête. Une nuit avec Cagalli… je n'en avais pas passé depuis trois semaines…

« Athrun ? Tu es sûr que tout va bien ?

- Oui je t'assure.

- Bon d'accord. Je ne te crois pas, mais si tu ne veux pas parler je n'insiste pas.

- Merci. »

Il allait bientôt découvrir la vérité de toute façon. Dés qu'il poserait les pieds dans le manoir, il serait vite confronté à l'ambiance tendue qui y régnait. Il se rendrait compte bien assez tôt des problèmes que Cagalli et moi traversions. Peut-être que Kira arriverait à me sortir de là…

La sonnerie retentit et les cris des enfants emplirent la cour. Leurs échos résonnèrent dans ma tête et augmentèrent mon mal de crâne. J'allais m'effondrer avant ce soir, c'était certain…

« Papa ! Tonton ! » S'écria une petite voix fluette bien connue de mes oreilles.

Léonore accourut vers nous, un magnifique sourire aux lèvres, et je la réceptionnai non sans difficulté. Je n'avais même plus la force d'encaisser un choc si faible…

Elle passa ses bras autour de mon cou et je me sentis instantanément apaisé. Elle était mon ange, ma raison de vivre. Je la serrai contre moi en posant mon front contre le sien et fermai les yeux quelques secondes. Je retins avec beaucoup de mal de nouvelles larmes de couler le long de mes joues. Comment avais-je pu en arriver là ?

Je rouvris les yeux et elle croisa mon regard triste. Elle me fit un petit sourire et je sentis une larme rouler le long de ma joue gauche. Elle posa sa main sur mon visage et l'essuya avec tendresse.

« Pardonne-moi ma puce, murmurai-je. »

Un nouveau sourire et je me sentis défaillir. Je ne voulais pas craquer devant elle. Je la reposai au sol et elle se jeta dans les bras de Kira.

« Coucou ma petite nièce adorée ! Alors tu vas bien ? »

Ils se mirent à parler et leur discussion me parut lointaine. Je mettais toute mon énergie dans une simple et unique action : ne pas m'effondrer aussi bien moralement que physiquement. J'avais vraiment besoin d'aide…

« On rentre ? Proposa mon beau-frère.

- Oui.

- Dis Papa je peux me mettre devant ?

- Non Léonore, tu n'as pas encore l'âge.

- Allez s'il te plaît ! Juste aujourd'hui !

- D'accord, juste aujourd'hui. »

Je n'avais pas la force de lui résister.

« Si Maman nous voit, elle va m'étriper.

- Je dirais rien ! C'est promis.

- Je te fais confiance alors. »

Elle attrapa ma main et nous traversâmes au passage piéton. Une fois sur le trottoir d'en face, elle la lâcha et courut jusqu'à la voiture.

« Tu es sûr que tu vas arriver à conduire ?

- Oui, il n'y a qu'une petite demi-heure de route, c'est rien.

- Certain ? Parce que tu n'as pas l'air en forme du tout. Ca ne me dérange pas de revenir chercher ta voiture demain tu sais.

- Ne t'en fais pas. J'ai conduit à l'aller, alors au retour avec Léonore qui va me parler tout ira bien.

- D'accord. Je te fais confiance. Mais si tu ne te sens pas bien, arrête-toi d'accord ?

- Promis Kira. »

Il commença à s'éloigner pour rejoindre sa voiture.

« Attends moi pour démarrer, il y a des travaux dans l'avenue principale. On va prendre un autre chemin, sinon on va mettre trois heures pour rentrer.

- Ca marche ! »

Il partit et je rejoignis Léonore. Elle attendait sagement devant la portière avant. Je lui ouvris et l'installai. Elle était toute excitée à l'idée de voir la route.

« Pas de bêtises d'accord ?

- Oui Papa. »

Je montai à mon tour à l'avant et m'attachai. Il fallait absolument que je sois prudent. Je ne pouvais pas me permettre d'être aussi peu vigilant qu'à l'aller.

Je sortis de la place et dépassai la voiture que Dearka avait prêté à Kira. Il s'emboîta à ma suite et nous traversâmes la ville en passant par des petites rues. Nous eûmes beaucoup de feu et Léonore ne cessa de me demander à quoi il servait. Je lui expliquai :

« C'est pour réguler la circulation Léonore. Tu vois là, on est à un croissement et pendant que nous sommes arrêtés les gens à notre droite et à notre gauche peuvent traverser notre voie. Comme ça il n'y a pas d'accident.

- Et le feu orange, il veut dire quoi ?

- Il indique que le feu va bientôt passer au rouge et qu'il faut s'arrêter.

- D'accord. »

Le feu passa au vert et elle continua de scruter le paysage. Le panneau de sortie de ville l'intrigua et je lui expliquai toutes ces significations. Il fallut que je lui fasse comprendre la notion de vitesse ainsi que l'utilité des limitations. Elle m'écoutait avec attention. L'espace de cet instant, je redevenais son père. Ce père qui lui avait fait défaut pendant trois semaines…

« Papa ca sert à quoi ces traits blancs au milieu de la route ? Me questionna-t-elle peu après que nous ayons quitté la capitale.

- Ils délimitent les voies de circulation et ils indiquent aussi ce qu'on a le droit de faire et de pas faire. Par exemple, il est interdit de franchir une ligne continue. Par contre ces petits traits indiquent qu'on a le droit d'aller sur la voie d'à côté, à condition qu'il n'y ait personne qui arrive en face.

- Et toutes ces règles, elles sont marquées quelque part ?

- Oui. Dans un petit livre qu'on appelle le code de la route. On doit le savoir sur le bout des doigts pour pouvoir apprendre à conduire.

- Ca a l'air compliqué…

- Mais non tu verras. Et puis Maman et moi on t'apprendra quand tu auras l'âge.

- C'est vrai ?

- Oui, c'est promis. »

Elle s'arrêta de me questionner et reprit son observation. Je quittai la route cinq secondes des yeux pour voir si Kira nous suivait toujours : il était juste derrière nous.

Lorsque je reportai mon attention sur la route, je vis une voiture foncer à toute allure sur la route à notre droite. Elle n'avait pas l'air décidé à s'arrêter, elle allait griller le stop…

Je calculai rapidement la distance qui nous séparait de l'intersection : deux cent mètres à peine… En huit secondes (*), je n'aurais jamais le temps de m'arrêter et je risquais surtout de tuer Kira en freinant brusquement…

La seule chose que je pouvais encore faire c'était protéger Léonore. Je me détachai et me jetai sur elle. Elle cria de surprise.

L'instant d'après, un puissant choc fit dévier la voiture vers la falaise à ma gauche. L'un des côté ne toucha plus le sol et la voiture bascula. Nous allions faire un tonneau…

Ce fut ma dernière pensée cohérente avant de ne me concentrer que sur une seule chose : ma fille et sa protection. Elle hurla puis plus rien. Elle avait perdu connaissance. Plusieurs chocs suivirent le premier et je perdis conscience à mon tour.


Lorsque je repris pied à la réalité, j'avais mal partout. Mon dos particulièrement, j'avais l'impression qu'on m'y avait planté une multitude d'aiguilles et qu'on les enfonçait dans ma colonne. C'était horrible comme douleur…

Quelqu'un se mit à tousser. Léonore ! Je me décollai de ma fille et appuyai mes paumes contre le dossier de son siège pour tenir debout. Ouf elle n'avait rien, même pas une égratignure. Elle s'était juste évanouie…mais alors pourquoi avait-elle toussé ?

Je l'appelai tout en la détachant. Elle gémit et ouvrit faiblement les yeux.

« Papa…

- Accroche-toi ma puce. »

Je me mis à tousser à mon tour. Ma gorge me brûlait. J'avais l'impression d'étouffer.

De la fumée... La voiture était en train de prendre feu…Le réservoir…Si le feu l'atteignait, la voiture allait exploser…

Je pris dans mes bras ma fille, encore choquée, qui s'agrippa à mon cou et frappai la portière à plusieurs reprises. Chaque coup de pied aggravait la douleur dans mon dos, mais je n'en avais que faire. Il fallait que nous sortions ou nous allions être rôtis vivants. Elle finit par s'ouvrir et je sortis.

J'avançai aussi vite que je pus mais ma tête tournait si vite que je n'arrivais pas à avancer droit. Même si j'avais mal, je continuai. Il fallait sortir de la zone du souffle.

Quelques secondes plus tard, une onde de choc me frappa en plein dos et quelque chose de dur heurta ma tête. Je m'écroulai au sol en tenant ma fille contre moi. Je me sentis sombrer.

Le noir complet…

(*) J'ai considéré qu'il roulait à 90km/h