Et on se marre encore avec le joyeux Tseng... Le pauvre il apprécie pas trop le retournement de situation!


Rufus était bien satisfait de son coup. Il venait de kidnapper Dolly, et il l'emmenait avec lui à Healin. À part le fait qu'elle ne portait qu'un peignoir et des chaussons (en forme de mogs), elle n'avait pas l'air trop mécontente de la situation. C'était bien à son tour de la kidnapper...

Rude lui avait prêté son PHS pour qu'elle annule ses rendez-vous de la journée – heureusement elle ne semblait pas avoir grand chose à Junon. Finalement, après un trajet rapide sur la route poussiéreuse, ils parvinrent à Healin. Tseng gara la camionnette près de la clinique, avant d'aller chercher le fauteuil de Rufus bien rangé dans le coffre, puis de lui ouvrir la porte. Il lui tendit la main pour qu'il l'aide à s'installer, comme d'habitude, mais il remarqua une certaine raideur dans les gestes de Tseng. Il ne se demandait pas pourquoi.

Rude fit aussi sortir Dolly. Ils étaient toujours menottés, et il la trimballait derrière lui comme si elle n'était qu'un sac de patates et en évitant de la regarder dans sa petite tenue. La délicatesse n'avait jamais été son fort, le pauvre.

-J'imagine que le médecin m'attend, soupira Rufus qui se faisait pousser par Tseng.

-En effet, je vous ramène à votre chambre, le médecin vous y attend.

Il était temps de donner les ordres, histoire que tout le monde y voie un peu plus clair.

-Bon, Tseng, tu me conduis à ma chambre, pas trop le choix. Rude, emmène-là à la salle des employés, les infirmières lui trouveront bien quelque chose de plus décent à se mettre... ensuite tu l'emmèneras à ma chambre.

Ainsi une fois entrés dans la clinique, au premier couloir venu, ils se séparèrent. Rufus regrettait de ne pas pouvoir encore s'adresser directement à Dolly, mais ici il avait un sale rôle à jouer, et il comptait bien jouer sa part jusqu'au bout. Avant de s'abandonner finalement avec elle.

Évidemment, comme prévu, le médecin l'attendait dans sa chambre, les bras croisés et l'air pas content du tout.

-OÙ étiez-vous passé la nuit dernière, monsieur le Président?

Rufus lui répondit, tout à fait angélique :

-J'étais avec une femme, et vous, où étiez-vous la nuit passée?

-Moi j'étais ici, attendant VOTRE retour.

-Vous auriez dû vous trouver quelqu'un, vous aussi...

Tseng le punit bien de son insolence en le déposant (ou plutôt en le jetant) sans ménagement dans son lit, et le médecin se jeta sur lui pour lui faire subir une batterie de tests rapides. Rufus laissa passer la tempête, de toute façon il n'avait pas trop le choix, même s'il était fatigué et écoeuré.

-Bon, rien d'anormal, fit le médecin une fois qu'il eut terminé. Alors maintenant vous vous REPOSEZ!

-Mais je ne demande que ça, moi...

Le médecin fulminant quitta la pièce, mais Tseng y resta, montant la garde, et attendant les ordres. Rufus osa un regard vers lui, et souffla :

-Je suis désolé, hm?

-C'est de l'inconscience, et vous le savez. Non seulement pour votre santé, mais aussi...

-Je n'ai pas l'intention de me justifier, l'interrompit Rufus.

Comme il s'y attendait, Tseng explosa.

-C'est pourtant vous il y a deux ans qui aviez donné des ordres, et aujourd'hui vous vous comportez comme un gamin avec cette même fille! Mais n'oubliez pas qu'elle est fichée dans nos données comme potentiellement dangereuse, c'est un spécimen de recherche qui s'est évadé... et moi je fais mon boulot en me préoccupant de vous, et...

-Si tu n'as rien de plus intéressant de plus intéressant à me dire, tu peux prendre congé, je ne te retiens pas.

Et puis quoi, il lui demanderait des excuses avec génuflexion? Mais qui est-ce qui signe les chèques de paye ici, par Odin!

De rage, Tseng donna un coup de poing dans le mur avant de quitter la pièce – et Rufus vit que Rude et Dolly attendaient devant la porte. Ils avaient dû entendre, pour ce que ça lui faisait... il était si fatigué qu'il en baillait.

Il les invita à entrer, et ordonna à Rude d'enlever les menottes avant de les laisser, ce qu'il fit dans son style cool et calme habituel. Dolly vint s'asseoir sur le bord de son matelas, se frottant encore le poignet, mais le blond la prit par la taille et la tira contre lui sans dire un mot. Tout ce qu'il voulait, c'était dormir encore un peu, juste un peu, avec elle. Comme elle comprenait vite, elle ne lui posa aucune question et ramena simplement la couverture sur eux, avant de le serrer doucement contre lui. C'est en respirant son odeur douce qu'il s'endormit.

OoOoO

Rude savait qu'il allait entendre gueuler.

Après avoir laissé Tseng et Rufus, et avoir conduit Victoria Whitestone dans la salle des infirmières pour qu'elle enfile quelque chose de décent (le problème étant qu'ils devaient rester menottés, ce qui ne donna pas de résultats très décents au final, mais Rude était un professionnel avant tout), il espérait encore s'en tirer, mais une fois revenus à la chambre du Président, voilà que celui-ci se faisait crier dessus par Tseng. Et le Président rembarrait Tseng comme il en avait le droit, et Tseng était maintenant très en colère. Il avait donc laissé Victoria aux mains du Président comme demandé, et maintenant il se préparait mentalement à affronter la tempête qu'il sentait déjà gronder dans la petite salle des employés réservée aux Turks.

Lorsqu'il pénétra finalement dans la pièce, Rude vit cinq gobelets de café devant un Tseng en train de boire son sixième. Ça s'annonçait mal. Rude s'alluma une cigarette, comme si la tension dans l'air allait s'atténuer avec la fumée. On fait ce qu'on peut avec ce qu'on a...

-Mais à quoi ça rime, cette histoire? cria Tseng d'un ton rageur. Ça va mener à quoi?

Ne pas le contrarier encore plus, ne pas le contrarier encore plus...

-Probablement nulle part.

-C'est ce que je pense aussi, figure toi! Perte de temps et d'énergie! Et puis il pourrait trouver des filles bien mieux qu'elle et pas bricolées dans un labo...

Tseng serra le poing, écrasant son sixième gobelet de café maintenant vide jusqu'à en faire de la charpie plastique. Puis il sortit son revolver et commença à l'astiquer un peu trop minutieusement. Heureusement qu'Elena n'était pas encore là, se dit Rude, elle en aurait fait une crise de larmes de le voir dans cet état. En attendant il fallait bien le calmer, jusqu'à ce qu'il se résigne de lui-même.

-Mais si c'est elle qu'il veut... souffla Rude en laissant tomber mécaniquement la cendre de sa cigarette dans son cendrier.

-Hm, on y peut rien, dit Tseng toujours énervé, mais sans gueuler au moins. Mais par Leviathan, j'aimerais bien qu'ils arrêtent de se comporter comme des gosses et de s'échapper comme ça sans prévenir, quand bon leur semble! Il faudrait un peu de concret, c'est tout. J'ai les nerfs qui vont exploser, moi, déjà avec Kadaj qui se ballade dans la nature, je n'ai pas besoin de ce genre d'histoires en plus.

-S'ils sentent qu'ils n'ont pas d'autre choix, parce que le concret n'est pas possible...

-C'est un problème sans fin, alors, soupira Tseng en remontant son revolver.

-S'il arrive à faire son boulot sans trop se brûler, ça devrait aller, ajouta Rude en écrasant sa cigarette déjà consumée dans un cendrier.

-Mouais... et que les hélicos arrêtent de disparaître...

-Ça...

Rude laissa sa phrase en suspens en se permettant de sourire légèrement. Tseng se releva en secouant la tête, ses longs cheveux noirs retombant de chaque côté de son visage, avant qu'il ne les replace vers l'arrière. Puis il alla préparer les papiers que Rufus lui avait demandé plus tôt. Décidément, Rude admirait le professionnalisme de son patron. Et son opiniâtreté. À moins qu'il soit simplement tête de mule.

OoOoO

Quelques heures après s'être endormie auprès de Rufus, Dolly s'éveilla. Pendant un instant, elle ne comprit pas trop où elle en était, mais la vision angélique du visage du Président endormi la rassura aussitôt. Elle caressa son visage du bout des doigts, en se disant que la vie pourrait être plus chiante que ça quand elle vous réservait des surprises. Comme celle que venait de lui faire Rufus en l'emmenant avec lui.

Évidemment, c'est quand on est bien et qu'on relaxe dans les bras de son amant qu'on vient vous interrompre. En l'occurence, ce fut Tseng qui entra dans la chambre, déposa un paquet de documents sur la table de chevet, et s'en alla, sans même les regarder, l'air toujours aussi amical. Comme Rufus n'avait pas l'air de se réveiller, Dolly se demanda si elle pouvait l'aider avec la paperasserie, au moins... elle prit donc le premier document broché – au moins une cinquantaine de pages – et commença à le survoler du regard. Par Odin, s'il devait se taper des trucs comme ça tous les jours, qu'est-ce qu'il devait se faire chier, le Président Shin-Ra!

Soudain, on frappa timidement à la porte. Mais Dolly était tellement concentrée à tenter de comprendre tous ces termes techniques et juridiques qu'elle n'avait jamais vus hors d'un dictionnaire, qu'elle en sursauta, laissant tomber les papiers en désordre sur le lit. Elle les rassembla rapidement, avant d'oser répondre un timide « oui? », Rufus étant toujours dans son mode de bûche endormie.

-Rude m'a dit que vous n'aviez pas grand chose à porter...

Une tête blonde, rapidement suivie du corps d'une jeune femme assez frêle portant l'uniforme noir des Turks, fit timidement irruption dans la pièce, en serrant contre elle un grand sac de plastique.

-C'est vrai, j'ai piqué un uniforme aux infirmières, mais je n'ai rien en-dessous, quand même, ça fait pas grand chose...

La petite blonde rougit en lui tendant maladroitement le sac.

-Ce sont quelques uns de mes trucs, annonça-t-elle, ça sera probablement trop court, mais ça sera toujours mieux que rien en attendant que j'aille chercher mieux... Vous en faites pas hein, c'est bien lavé!

-Je vous remercie, c'est gentil, dit Dolly en jetant un coup d'oeil dans le sac.

Quelques vêtements simples, bien pliés, et un paquet de petites culottes blanches et neuves encore emballées. Elle était quand même plus délicate que l'autre Wutaien, la petite.

-Moi c'est Elena, dit la blonde en s'inclinant légèrement. Si vous avez quelque chose vous n'avez qu'à m'appeller. Tseng a décidé que je serais en charge de votre surveillance.

-D'accord, pas de problème, répondit Dolly en retenant un léger rire devant les manières d'Elena.

-Il avait vraiment l'air fâché...

Celle-ci se redressa, et esquissa un léger sourire, son attitude générale devenant soudainement moins formelle. La sentant plus à l'aise, Dolly se glissa hors des couvertures en faisant attention de ne pas réveiller Rufus, et commença à se changer. Une jupe et un débardeur, c'était quand même moins louche qu'une tenue d'infirmière un peu courte et pas de petite culotte en dessous, même si les manches du débardeur étaient un peu courtes. La blonde rougit un peu, mais ne semblait pas plus choquée que ça.

-Tseng a rarement l'air de bonne humeur, de toute façon, soupira Dolly en enfilant une paire de bas.

-Peut-être parce que vous lui piquez son Président et son hélico, ça fait beaucoup pour lui...

-Mais ce n'est ni SON hélico, ni SON Président!... pas plus que le mien, d'ailleurs, ajouta Dolly à voix plus basse.

Rufus s'agita dans son sommeil. Dolly s'en voulut d'avoir haussé le ton, mais le blond n'avait pas l'air de se réveiller plus que ça, et la blonde haussait les épaules en souriant.

-Vous voyez quand même ce que je veux dire... il prend les choses à coeur, Tseng.

-Oui, je vois, répondit Dolly en souriant. Elena, c'est ça? Je vous remercie...

Elle était sincère. Même si elle se souvenait de cette tête blonde qui l'avait emmenée subir l'enfer des labos qu'elle avait subi, avec d'autres Turks d'ailleurs, Elena ne semblait pas s'en souvenir elle-même. Et de toute façon, depuis sa nuit de liberté avec Rufus, elle s'était promis de ne plus en vouloir aveuglément à la Shin-Ra, et à ses employés (sauf Scarlet et Heidegger, mais là il faut pas trop en demander!) Et la petite blonde avait l'air bien mignonne et sympa. À ce demander ce qu'elle faisait parmi les Turks.

-Ce n'est rien, répliqua Elena en faisant un sourire de gamine. Si vous avez besoin de quoique ce soit, vous n'avez qu'à m'appeller dans le couloir, je serai jamais bien loin mais je n'ai pas l'intention de vous coller dessus, ça vous va?

-C'est parfait. À plus tard dans ce cas!

Elena s'inclina à nouveau, très professionnellement, avant de quitter la pièce. Enfin quelqu'un qui n'avait pas l'air de trop la détester ici... Dolly se sentait assez soulagée, en fait. Elle retourna auprès de Rufus dans le lit, s'y asseyant pour tenter de remettre de l'ordre dans tous ces foutus papiers.