Bien le bonjour !

*Ouais, c'est trop moche, comme manière de dire bonjour, mais…j'avais envie d'originalité !*

On est mardi, alors je publie mon nouveau chapitre.

Je dois dire que j'ai de plus en plus de mal à trouver du temps pour écrire tout ça. Du coup, vous remarquerez bien vite que celui-là est carrément plus long que les autres chapitres.

Et histoire de raconter ma vie…aujourd'hui, j'ai regardé Esprits Criminels. Mon amie et moi, on est d'accord sur le fait que découper des corps pour en reconstituer un autre et espérer lui redonner vie au milieu d'une tornade, c'est gore et qu'il ne faut surtout pas regarder ça en mangeant !

Bref, je vous laisse à la lecture de ce looooong chapitre.


Chapitre 9 : Toutes les choses vraiment terribles naissent dans l'innocence.

Plic-ploc. Plic-ploc. Plic...

J'enfouis ma tête dans mon oreiller, couvrant mes oreilles du mieux possible. D'où vient ce bruit incessant ? On dirait….on dirait….un robinet qui goutte. J'ai dû mal le refermer, hier soir : dans la précipitation, et puis, avec la fatigue… Je regrette de ne pas l'avoir entendu plus tôt, maintenant. Car je sais que je vais devoir me lever pour aller le fermer. Quitter la chaleur de mon lit m'est difficile, surtout au vu des conditions dans lesquelles je vis. Grommelant, balançant l'oreiller aussi loin du lit que ma force me le permet, je me lève précipitamment, entre en trombe dans la salle de bain et ferme le robinet du lavabo avec violence. M'appuyant sur celui-ci, j'observe avec attention la jeune fille qui s'y reflète.

...

- Laisse, je vais t'aider.

Peeta se tourne vers moi, abandonnant son bras rougi par les frottements qu'il lui inflige. Il paraît surpris, ne s'attendant sûrement pas à me voir aussi proche de lui. Faisant fi de son expression d'étonnement, je lui saisis le bras avec toute la douceur dont je suis capable et commence à faire passer de l'eau froide dessus. Du coin de l'œil, j'aperçois un Peeta troublé qui ne regarde rien d'autre que son bras. Une fois que l'eau a suffisamment coulé, j'entreprends de frotter son avant-bras, espérant réussir à effacer toute trace des baies. Comme à l'habitude, pendant que je l'aide, Peeta ne pipe mot, examinant soigneusement mes mains s'activer. Après quelques minutes de frottements intenses, la couleur a presque entièrement disparue. Je lâche enfin le bras de mon partenaire.

...

Mon reflet fait peine à voir : bien que je ne me sois pas couchée très tard, hier soir, j'ai d'énormes valises sous les yeux. À croire que le fait de dormir plus de huit heures m'est nuisible. Mon teint est cireux, mais je commence à croire que ça, rien ne pourra le changer. Finalement, mes cheveux sont bien l'unique chose dont je sois un temps soit peu contente : même si la tresse que je me suis faite la veille a quasiment disparue, ils sont plutôt disciplinés. Je sors de la salle de bain, ne prenant pas la peine de refermer la porte derrière moi et me recouche. Là, au chaud, sous mes couvertures, je me sens étrangement bien. Remontant la couette jusqu'à mon menton, j'inspire profondément et ferme les yeux. Je sais parfaitement que je ne me rendormirais pas. Trop de pensées s'agitent derrière mes paupières closes . Quelques secondes passent, puis des minutes et sûrement des heures. Lorsque je rouvre les yeux, il est déjà 9h20. Je vais rater le petit-déjeuner. Tant pis. Me levant pour la seconde fois avec prudence, je prends le temps d'étirer mes muscles douloureux. Suite à quoi j'entreprends de choisir des vêtements et de me coiffer.

9h36. Peut-être que si je me dépêche un peu, j'arriverai à attraper un petit pain au fromage avant de partir pour l'entraînement. Malgré tout, lorsque j'entre dans le salon, plus personne ne s'y trouve. La table a été débarrassée, la nappe est enlevée, les chaises sont replacées correctement. Pourquoi n'ont-ils pas pris la peine de laisser la table en place ? Se sont-ils dit que j'avais déjà dû manger dans ma chambre ? Un Muet m'observe, depuis le coin de la pièce. Se demande-t-il s'il est nécessaire de remettre le couvert ? Désireuse de ne pas me faire remarquer : Peeta est assis dans le canapé, les yeux dans le vide, face à un Haymitch qui joue avec ses glaçons, je prétexte ne pas avoir très faim et m'assoit dans le canapé en cuir, aux côtés de Peeta. Ce dernier tourne instantanément la tête vers moi et me sourit.

...

Il me lance un sourire en coin. Il semble ravi que la couleur atroce de ses baies ai disparue. Je lui rends son sourire, consciente des dizaines de regards qui nous jaugent. Que font-ils ? Sont-ils amis ? Plus que ça ? Est-elle consciente qu'elle devra le tuer pour survivre ? Pourquoi sourit-il aussi bêtement ? Pourquoi prennent-ils la peine de faire semblant ? Semblant…faisons-nous vraiment semblant ? Non, je ne crois pas. Peeta est sincère, j'en reste persuadée. Mon instinct me dicte de lui faire confiance. Et mon instinct ne me trompe jamais. Je ferai confiance à n'importe qui, sur simple ordre de mon esprit. Les yeux fermés.

- Merci, c'est gentil. Je ne m'en sortais pas, tout seul.

- J'ai vu ça.

Une sonnerie retentit : l'heure de la pause a sonné.

...

Ding ! Nous descendons de l'ascenseur. Ni l'un ni l'autre n'est en retard, pour une fois. Atala nous lâche rapidement, nous laissant vagabonder d'un atelier à l'autre. Après avoir appris à construire un abri, nous entreprenons de reconnaître quelques plantes utiles. Peeta m'observe souvent, alors qu'il pense que je ne le vois pas. Il semble fasciné par la vitesse avec laquelle j'identifie les plantes toxiques. Alors qu'il se trompe pour la troisième fois sur la même fleur, je commence :

- Non, regarde. Celles-là ne sont pas toxiques. Ce sont des katniss. Tu vois leurs fleurs blanches en forme de pointes ? C'est comme ça qu'on les reconnaît. Leurs bulbes sont très bons. Mon père disait souvent que tant que je me trouvais, je ne mourrais pas de faim.

Sur ces paroles, je sens mon regard s'embuer. Agitant discrètement la tête, espérant chasser ce liquide traître de mes yeux, je remarque à peine que Peeta m'a attrapé la main. Sa main chaude et forte enserre la mienne avec douceur. Je devrais l'enlever. Dégager ma main. Mais je n'y parviens pas. Peeta ne sert pas si fort, pourtant. Non, la volonté me manque. Etrangement, ce geste simple me réconforte. Voilà donc à quoi servent les amis. Après avoir avalé difficilement ma salive, je la retire tout de même, sachant pertinemment que nous sommes observés. Je lui souris timidement alors que Peeta déclare sur un ton fier :

- Je ferais mieux d'apprendre à te reconnaître les yeux fermés, alors. Tu pourrais m'être très utile. M'éviter de mourir de faim, par exemple.

- Je suis toujours très utile, Peeta, enfin !

Je prends un air outré alors qu'il rit doucement, se concentrant de nouveau sur son écran digital. Après quelques minutes de réflexion intense, Peeta parvient enfin à reconnaître plus de la moitié des plantes toxiques du plateau. Il semble vraiment très heureux. Je suis certaine qu'un rien suffit à lui faire plaisir : un regard, un sourire, un geste bien placé…

Une sonnerie retentit, nous annonçant l'heure de la pause de midi. Nous mangeons tous ensemble, habituellement. Mais cette fois, c'est différent. Cette après-midi, nous passons tous devant les Juges, un par un. A cette pensée, mon estomac fait un bon dans mon ventre. Je serre les dents et descends tranquillement de l'ascenseur, vagabondant quelques instants dans l'appartement. Peeta me suit de près, ne pipant mot. La table est dressée et Haymitch y est déjà attablé, claironnant qu'un peu plus et il engloutissait toute cette nourriture seul. Effie prend un air outré, déclarant que même un homme aussi impoli qu'Haymitch n'oserait jamais tout manger sans nous en laisser. Je m'assoie à ma place, sagement, amusée. Je suis certaine que ces deux là s'entendent bien mieux que ce qu'ils laissent paraître. Peeta s'assoit à mes côtés, piochant déjà avec avidité dans les plats présents. Je me saisis d'un petit pain aux fruits secs que je mâchonne consciencieusement.

...

Déchiquetant un pain au fromage, j'écoute attentivement Peeta me raconter les étapes de fabrication du pain de notre district.

- Alors après ça, tu mélanges le tout et tu laisses reposer quelques heures. Il suffit ensuite de faire cuire.

- Tu en sais, des choses.

- Seulement sur le pain.

- Non, je suis certaine que tu sais énormément de choses. Tiens, cette biche, comment l'as-tu reconnu ?

Mon partenaire lève la tête de son assiette en plastique, reposant avec soin le petit pain brun qu'il me tendait jusque là : il sait de quoi je parle, pas de doute. Il hausse les sourcils et avant même qu'il commence, je sais qu'il me cache quelque chose.

- J'ai juste dit ça au hasard.

Il hausse les épaules, pressé que j'oublie ce sujet, retournant bien vite à l'étalement de cette bouillie qui nous sert de repas. Bien qu'elle soit d'apparence assez repoussante, elle n'est pas si mauvaise. Peeta semble ne pas la trouver à son goût, cependant. Et soudain, je me demande : se pourrait-il que le Peeta que je côtoie, le Peeta que je pense être droit dans ses bottes, respectueux des lois, fils de commerçant, soit déjà sorti du district ? À moins qu'il ne dispose simplement de livres aux sujets des animaux de la forêt. Étant une famille assez prospère, les Mellark doivent avoir quelques livres. Mais quand bien même possèderait-il des livres sur le sujet, ma biche était cachée sous des fourrés, lorsque Peeta est arrivé vers moi. Mais peut-être m'observait-il depuis sa boutique… ?

La sonnerie retentit une seconde fois et c'est dans le brouillard le plus complet que je rejoins Peeta à l'extérieur du réfectoire.

...

- Comment ça, je mange comme un porc ?!

- Parfaitement, mon ami ! Non, mais regardez-moi cette magnifique nappe ! Vous l'avez tout bonnement saccagée !

- Veuillez excuser mon impudence, ma mie.

Effie croit le tenir. Mais suite à une légère courbette, Haymitch prend un malin plaisir à essuyer ses doigts couverts de sauce brune sur la nappe. Effie hoquète et porte une main à sa bouche. Elle détourne rapidement le regard, marmonnant qu'un homme de la trempe d'Haymitch ne devrait pas s'abaisser à ce genre de comportement. Ce dernier, ravi d'avoir réussi à la mettre en rogne, lui donne un coup de coude violent dans les côtes, répliquant qu'un homme de sa trempe se moque pas mal de l'avis d'une dame engoncée. Je m'attends à ce que notre hôtesse se mette à hurler de douleur : elle n'est pas bien forte, après tout, il pourrait très bien lui briser les côtes, s'il le voulait. Mais elle reste parfaitement stoïque et s'empare de son verre d'eau avec un geste théâtral. Cette femme m'impressionnera toujours : comment peut-elle rester aussi calme alors qu'Haymitch ne cesse de lui chercher des noises ? Je comprends finalement que son travail lui convient parfaitement : elle a la patience requise et une maitrise de soi incomparable. Voilà bien deux choses dont la nature ne m'a pas dotée. Le repas étant terminé, nous nous levons tous et faisons quelques pas vers le couloir des ascenseurs.

- Peeta, Katniss, –notre mentor nous attrape par les épaules- cette après-midi, ce sont les passages individuels. Impressionnez-les. –il se tourne vers moi.- Katniss, sers-toi d'un arc, fais quelque chose d'incroyable. Quoique tu t'es déjà suffisamment faite remarquer… - il me lance un regard entendu et se tourne vers mon partenaire.- Peeta, il y aura des poids. Montres leur que tu es puissant : envoies bouler deux ou trois de ces masses. Vous êtes doués, intelligents, bien bâtis, forts et vous avez assez de charme. Servez-vous en.

Là-dessus, il nous pousse dans l'ascenseur sans qu'Effie n'ait pu placer le moindre mot. J'inspire profondément, stressée. Peeta me regarde quelques secondes, s'apprête à dire quelque chose, mais se retient lorsque la sonnerie retentit. Nous descendons et un Pacificateur nous entraîne dans une salle aux murs blancs, où les autres tributs sont déjà installés. Un silence de mort règne dans la pièce. Tous ou presque se tournent vers nous lorsque nous entrons. Certains nous regardant d'un air mauvais, d'autres craintifs. Se pourrait-il qu'ils aient peur de nous ? De Peeta ? De moi ? J'en doute. Quasiment la plupart d'entre eux pourraient me briser les os, s'ils le voulaient. Sans doute le voudront-ils un jour. Je ne suis pas bien imposante, c'est un fait. Leurs regards seraient-ils dû au fait que je me sois opposée au grand Cato ?

Nous nous asseyons à notre place, l'un à côté de l'autre, n'osant dire un mot. Quelques heures passent. Un, deux, quatre et puis vingt-et-un tributs s'en vont, faisant couiner leurs chaussures en cuir sur le lino blanc. Il me semble que cela fait des jours que je suis assise sur ce siège pâle lorsque je vois enfin Rue se lever de sa chaise et partir à son tour. Le dernier Pacificateur quitte la pièce, nous laissant seuls, Peeta et moi. Ne craignent-ils pas que je me jette sur mon partenaire pour lui faire du mal ? Pensent-ils que je lui suis complètement dévouée et que je n'oserai jamais l'attaquer ? Je fronce les sourcils, perdue dans mes pensées alors que Peeta fait tressauter sa jambe gauche, les mains croisées sur ses genoux, le regard planté sur le sol depuis maintenant quelques heures. Cela fait un moment qu'il a arrêté de lever la tête à chaque départ de tribut. Je l'observe : il se mord la lèvre inférieure, visiblement très nerveux. A-t-il peur ? Sait-il ce qu'il va présenter aux Juges ? J'essaie de croiser son regard, désireuse d'en savoir plus sur son état d'esprit. Mais je n'aperçois pas ses yeux, ses cheveux blonds soleil me cachant son regard. Je l'imagine angoissé. Sans vraiment savoir pourquoi, je repense à ce moment, dans sa chambre, hier matin. Quand il faisait son cauchemar. Je suppose que c'était un cauchemar. Je n'ai même pas cherché à savoir quel genre de rêve c'était. Tout s'est enchaîné assez vite : Moi, entrant dans sa chambre, le réveillant malgré moi, la discussion qui n'en était pas vraiment une, Peeta qui sort de sa salle de bain, torse nu, les cheveux encore humides, les joues rosies par la chaleur de l'eau brûlante... J'aimerai lui poser la question, savoir ce qu'il en était, mais un Pacificateur approche déjà, annonçant que c'est au tour de mon partenaire d'y aller. Peeta se tourne vers moi, inspire profondément, me sourit calmement, comme pour m'assurer que tout ira bien et amorce un mouvement pour se lever. Complètement inconsciente, je lui attrape le bras. Le Pacificateur fait un pas en avant, une main sur sa matraque, s'attendant au pire.

- Peeta !

Je m'en veux d'avoir l'impression de crier son nom. Je me stoppe rapidement, et reprends sur un ton plus calme :

- Tu sais ce que tu as à faire, ça va aller, d'accord ?

Il regarde fixement ma main serrer son bras avec force. Je ne pense pas que je dois lui faire mal, mais que cette position lui est inconfortable car je desserre doucement ma prise et le lâche enfin. Le Pacificateur s'impatiente. Peeta ouvre la bouche, regarde la mienne, remonte vers mes yeux, qu'il fixe quelques secondes et referme sa bouche, renonçant. Il hoche finalement la tête.

- Tout ira bien.

Cette simple phrase me fait du bien. J'opine du chef, me mordant l'intérieur des joues. Le stress que j'ai accumulé redescend quelque peu et alors qu'il me tourne le dos, j'essuie mes mains moites sur mon pantalon. Quelques bruits de pas résonnent. Une porte claque, un peu plus loin. Et puis plus rien. Rien sinon le silence oppressant. Soudain, je ne tiens plus en place. Je me lève, fait quelques pas, me rassois, me relève, m'avance dans le couloir, guette des bruits de bottes sur le lino, abandonne, caresse le cuir de ma chaise, m'interromps lorsque j'entends tousser dans mon dos. Je sursaute et me retourne brusquement. Ce n'est que le Pacificateur qui s'approche de moi, une main encore sur sa matraque. Me considère-t-il comme un danger potentiel ? Vais-je me faire tabasser dans un recoin sombre du couloir ?

...

J'arpente le couloir, accompagné de Peeta. L'après-midi s'est plutôt bien passée. Je n'ai pas fait de vague et mon partenaire et moi semblons presque être de vrais amis. Je me prends souvent à être heureuse qu'il me raconte quelques souvenirs de notre district, de sa vie. Pour ma part, je n'ai pas grand-chose à raconter, alors je reste souvent silencieuse, ne perdant pas une miette de ce qu'il me raconte, mais ne commençant jamais à narrer mes souvenirs. Les miens sont aussi tristes que les siens sont gais. Il prend plaisir à me raconter que ce n'est que tout récemment qu'il a pu battre son frère en lutte. Parfois, alors que j'ai les yeux dans le vague, repensant à ma triste vie, il s'interrompt et me regarde, attendant patiemment que je revienne. Il ne fait rien pour me brusquer et attend juste que je retrouve mes esprits. Que je reprenne pied. Dans ces cas-là, je lui adresse un sourire penaud, baisse les yeux et il comprend qu'il peut continuer son histoire. Ce qu'il fait avec beaucoup d'entrain. Jamais encore je n'ai vu Peeta être maussade ou triste à l'annonce de ses souvenirs. Car que peut-il espérer, à part que ces souvenirs lui permettent d'attendre la mort plus sereinement ? Au moins pourra-t-il, quand il sera allongé dans la boue, un pieu enfoncé dans le cœur, repenser à de joyeux souvenirs. J'entre dans ma chambre, après que Peeta m'ait murmuré l'habituel bonne nuit.

...

Une douzaine de paires d'yeux sont braqués sur moi. Je ne pensais pas qu'ils suivraient avec autant de rigueur chacun de mes mouvements. S'attendent-ils à ce que je leur fasse découvrir quelque chose d'incroyable ? J'ai la soudaine impression que quelque chose d'étrange se trame. Et l'impression d'être un de ces animaux de foire que l'on expose avec plaisir. Me prend-t-on pour une sauvage ? Une de ces filles capables de dévorer le cœur de ses victimes ? Pinçant les lèvres, je m'avance néanmoins, sûre de moi.

- Katniss Everdeen, District Douze.

J'énonce mon prénom d'une voix forte. Je suis certaine que l'on m'aurait reconnu, même si je l'avais chuchoté. Un phénomène, voilà ce que je suis. La fille qui attaque ses adversaires à coup de fourchette. Pitoyable. Avec toute cette attention, la pression monte : je n'ai pas intérêt de rater ma cible. Peeta a-t-il eu autant d'attention, lui ? A-t-il au moins réussi à les impressionner ? Je n'en doute pas. M'approchant de l'arc, trônant au centre de la pièce, qui me crie presque de le saisir, je l'attrape et le palpe du bout des doigts. Le métal frais glace le bout de mes doigts déjà froid. Cet arc est vraiment raide. On voit bien qu'il n'a pas dû servir beaucoup. Je me doute qu'il doit s'agir d'une fabrication de l'année, mais je pense qu'aucun autre tribut n'a dû s'en servir. Mis à part cette fille…la blonde, Glimmer. Mais d'après ce que j'en ai vu, elle ne me semblait pas très douée.

Fermant mes doigts sur le métal gris, je bande l'arc, ma flèche en place. M'entraînant sur quelques cibles insignifiantes, je finis par croire que je vais perdre bien vite l'attention que l'on m'accorde. Me retournant subrepticement, je constate qu'il n'en ai rien. Tous me regardent encore avec ardeur. Qu'attend-t-on de moi, bon sang ? Que je me mette à hurler comme une forcenée ? Que je me flagelle ? Que je m'écorche vive ? Un monstre, voilà donc ce à quoi ils s'attendaient en me voyant entrer. Agacée, je décide tout de même de leur présenter mon petit numéro. Prête, je me met à courir, de ça, de là, dégommant deux trois mannequins, sautant avec agilité au-dessus des poids et des masses, roulant sur une épaule, tranchant la corde d'un sac de frappe, brisant le verre d'un des projecteurs, faisant tomber une pluie d'étincelles. Suite à quoi je m'arrête, et me retourne vers eux. Ma foi, je suis plutôt fière et cela doit se voir sur mon visage. Alors que j'observe les visages des Juges, je comprends une chose : eux sont déçus. Profondément. Certains hochent la tête d'un air entendu, d'autres pincent les lèvres, mécontents. D'autres encore se parlent d'un air ennuyé. Soudainement, je trouve que c'est un juste retour des choses : je ne passe plus pour un monstre, maintenant. Peut-être ai-je l'air plus accessible et calme que ce qu'ils croyaient. Peut-être se prend-on à préférer la prestation de Peeta à la mienne. On me congédie avec froideur, balayant ma présence d'un revers de la main. Du mépris, voilà ce à quoi j'ai droit, à présent. Ces personnes m'ont toutes l'air plus odieuses les unes que les autres. Je préférais presque quand elles me prenaient pour une bête de foire. J'ai eu l'attention que je voulais, certes, mais pourquoi prendre un air aussi déçu ? Je me dis soudain que ces gens-là doivent tous nous prendre pour des sauvages. Sont-ils déjà seulement sortis de leurs petits appartements bien décorés pour prendre la peine de se rendre dans l'un des districts les plus éloignés ? J'en doute. Leur petit confort compte sûrement plus que tout. J'aimerai leur faire comprendre que je pourrais les abattre, au moins deux d'entre eux, si l'envie me prenait. Mais je repense soudain à Peeta. Tout ce que je fais rejaillira sur lui. Le positif comme le négatif. Enfin, surtout le négatif. A propos…qu'en est-il de ma punition ? Auraient-ils décidé d'abandonner les poursuites ? Je n'ai pas le temps de cogiter plus amplement qu'ils sont déjà tous attroupés autour de ce qui me semble être un cochon. Ni une ni deux, je me mets à hurler :

- Vous étouffez pas avec ! Mourir à cause de l'un de vos pairs, ce serez quand même dommage ! Enfin, ce n'est pas comme si j'en avais quelque chose à faire.

Je sors précipitamment de la salle, balançant avec force l'arc dans un coin de la pièce, abandonnant les Juges qui arborent tous des mines choquées. Là, j'espère qu'ils ont été contents de constater que la bête de foire qui sommeille en moi ne manque pas d'humour. Mi fière, mi déçue, j'entre dans l'ascenseur et ressors quelques minutes plus tard, dans l'appartement encore vide. Haymitch et Effie doivent être chacun dans leur chambre, ou en train de vagabonder dans les immenses pièces de notre étage. Peeta est dans le canapé, avec ce que je crois reconnaître comme son carnet de croquis sur les genoux. Il semble tellement absorbé par son œuvre qu'il ne m'entend même pas arriver. Je me glisse derrière lui et fait mine de m'intéresser à son dessin. A peine ai-je le temps d'apercevoir une natte que Peeta sent mon souffle dans son cou, se lève précipitamment du canapé et referme tout aussi vite son carnet, les joues rosies.

- Qu'est-ce que tu fais là ?

- Je dors ici, moi aussi, tu as oublié ?

Son ton sec me pique au vif. Quel genre de cachotteries me vaut une attaque aussi rude de la part de mon partenaire ?

- Tu dessinais ?

Je me jette littéralement dans le canapé confortable, assise, la nuque posée sur le dossier, la tête légèrement renversée en arrière. Peeta fait mine de me regarder quelques instants et se rassoit, plaçant son épaule contre la mienne, mais posant son carnet aussi loin de moi que possible. Allons bon.

- Si on veut.

- C'est pas une réponse, ça.

- C'est tout ce que tu auras, pourtant.

Je me renfrogne. Décidément…

- Comment ça s'est passé ?

- Plutôt bien. J'ai tiré deux trois flèches, ils ont fait mine d'avoir l'air passionné, mais…

Je minimise la réaction des Juges. Sans même savoir pourquoi.

- Et toi ?

- Oh, moi, tu sais…j'ai balancé deux poids par-ci, par-là et ils m'ont dit que je pouvais repartir. C'est à peine s'ils ont daigné tourner la tête vers moi, en fait.

Peeta hausse les épaules, faisant mine de s'en moquer royalement. Je doute qu'il ne s'en moque vraiment. Pourquoi s'acharne-t-il à me faire croire qu'il est fort ? Qu'il se fiche pas mal de l'avis des Juges. Je sais que c'est faux. Sa chambre qu'il a saccagé après ma petite provocation en est bien la preuve. Soudainement extrêmement fatiguée, je laisse tomber ma tête sur son épaule, fermant les yeux quelques secondes. Et les rouvre aussi sec. Qu'est-ce que je viens de faire ? Alors que je suis là, la tête sur l'épaule d'un Peeta à peine gêné, je me demande déjà comment je vais faire pour lui expliquer ce geste. Ne le sentant pas particulièrement outré par ce que je viens de faire, je décide de rester là quelques secondes de plus, histoire de ne pas lui faire croire que son contact me rebute. Il soupire et je vois là mon échappatoire. Je relève la tête. Il était temps, car Haymitch débarque déjà dans le salon, nous jaugeant quelques secondes, se demandant sans doute ce que nous faisons, seuls, assis l'un contre l'autre dans le canapé pourtant bien grand. Je me lève précipitamment alors que Peeta pouffe doucement dans mon dos. J'espère qu'il ne se moque pas vraiment de moi. Après quelques minutes de battements, Effie entre dans la salle, nous priant tous de nous asseoir autour de la table.

- Alors ? Comment c'était ?

- Pas fameux.

- Vraiment pas fameux, reprend Peeta.

Haymitch se ressert pour la troisième fois de ragoût et nous regarde maintenant d'un air étrange. Effie a carrément l'air inquiète. Je reprends :

- Enfin, quand je dis pas fameux…j'ai fait quelque chose que j'estime correct pour ma part. Mais les Juges s'attendaient à voir…autre chose.

- Autre chose ?

Les sourcils d'Haymitch forment deux arcs au-dessus de ses yeux. Je n'hésite pas longtemps.

- On aurait dit qu'ils pensaient voir une bête. Un monstre de foire. Pour un peu, j'ai cru qu'ils allaient me lancer de la nourriture à la figure.

Peeta pouffe alors que je termine, très sérieuse :

- Non, mais c'est vrai, quoi. Du coup, quand je leur ai montré mon petit numéro et ils ont eu l'air vraiment déçus. Je ne comprends pas bien pourquoi. J'imagine que les Carrières ont tous faits des numéros plus incroyables les uns que les autres. Quoi que pour ce qui est de Glimmer…Bref. Je me suis énervée et…

J'hésite alors que tous sont pendus à mes lèvres.

- Ils étaient tous attroupés autour d'un cochon de lait alors j'ai crié qu'il vaudrait mieux pour eux ne pas s'étouffer avec leur pair. Que ce serait dommage mais que je m'en fichais pas mal, finalement. Après quoi j'ai balancé mon arc dans un coin de la pièce et suis repartit.

Effie manque de recracher l'eau qu'elle a dans la bouche, Haymitch laisse tomber la cuillère dans le plat de ragoût : cette dernière s'écrase mollement dans le liquide, aspergeant la nappe au passage. Peeta se met à rire. Au moins je suis certaine qu'il ne se moque pas de moi.

- Tu es sérieuse ? Mais enfin, Katniss ! Où avais-tu la tête ?!

Effie s'est levée et tourne déjà comme un lion en cage dans la pièce, marmonnant que je suis idiote, que je ne sais décidément pas me comporter en société. Haymitch sourit doucement et m'annonce que ma foi, ce n'est pas pour cette petite remarque déplacée qu'ils risquent de me tuer. Peeta essuie les quelques larmes qui coulent au coin de ses yeux et me félicite pour mon sens de la répartie. Après quelques minutes à tenter de calmer Effie, nous nous asseyons tous dans l'immense canapé du salon : Effie se tient debout, derrière nous, Haymitch est assis dans son fauteuil et Peeta et moi sommes au centre du canapé, en face de l'écran. Il a dû juger l'expérience de ma tête sur son épaule assez plaisante puisqu'il s'asseoit tout à côté de moi, nos épaules s'effleurant, comme tout à l'heure. Je fais mine de ne rien remarquer alors qu'il m'observe du coin de l'œil. Voudrait-il profiter d'un second moment de fatigue de ma part ? Cinna et Portia entre essoufflés, nous annonçant qu'ils ont enfin terminé les quelques retouches nécessaires à nos costumes de demain. J'hausse les épaules, peu intéressée par ce genre de détails. Alors qu'Effie piaille, annonçant à nos deux stylistes « l'horrible action de Mlle Everdeen », Ceasar apparaît à l'écran, vêtu de bleu, aux côtés de son acolyte de toujours. Il commence en énonçant les résultats des autres concurrents : beaucoup de 10 et de 9 pour les Carrières, énormément de 5 et de 3 pour les autres tributs des districts plus éloignés. Cato décroche un 10 haut la main, d'après les deux commentateurs : je me prends à imaginer ce que cette armoire à glace a bien pu leur présenter. Rien de bien délicat, à mon avis. Glimmer, la blonde incendiaire qui maniait mon arc avec peu de précision lors des entrainements se retrouve tout de même avec un joli 9. A-t-elle tenté de les séduire ? Je la vois mal avoir essayé de tirer à l'arc, cependant. Même elle devait bien voir à quel point elle était médiocre. La petite Rue obtient tout de même un sept : ce qui est plus que respectable pour une petite fille de sa carrure. Vient enfin le tour de Peeta : il s'approche du bord du canapé, comme à l'habitude et pose son menton dans la paume de sa main, impatient mais néanmoins anxieux car il commence déjà à faire tressauter sa jambe. Ce qui ne manque pas de m'agacer. Ceasar annonce un 8 et mon partenaire ouvre grand sa bouche, n'y croyant pas. Haymitch lui flanque une claque dans le dos, le congratulant, Effie l'applaudit, Portia le récompense d'un câlin amical. Lui qui pensait avoir eu une sale note…je suis tout de même contente pour lui. Avec ce joli 8, Peeta vient d'entrer dans la course et peut espérer décrocher quelques sponsors. Je le félicite et reporte bien vite mon attention sur la télévision.

- Et enfin…Katniss Everdeen ! Mon cher, je crois que cette petite va être à suivre !

Il jette un coup d'œil à sa feuille, cherchant mon nom dans sa liste. Il le trouve enfin et ses yeux s'agrandissent.

- Incroyable ! Que dire, que dire !? C'est vraiment…douze ! Katniss Everdeen vient de remporter un douze ! Qui aurait pu croire qu'une pauvre fille d'un district aussi mal famé que le Douze décroche une aussi jolie note ?

Je vais mourir. Dans d'atroces souffrances. Je vais vraiment mourir.


Me revoilà !

*Et oui, encore*

Alors, alors, qu'en avez-vous pensé ? Bien ou bien ? :p

Non, sans déconner ? Parce que j'ai longtemps hésité, surtout pour la fin. Je remercie d'ailleurs Rhubarbe qui m'a sacrément aidé –comme toujours- à rendre tout ça plus clair.

J'attends vos reviews avec impatience !