Hello everyone !

Non je ne suis pas morte ni ne suis partie me cacher dans un autre pays (ah, j'aimerais bien !)

J'ai eu beaucoup de travail, pas mal de fatigue et surtout, j'ai égaré pendant deux semaines mon carnet de notes, ce qui m'a beaucoup ralentie, j'ai cru l'avoir perdu et l'idée de devoir tout réécrire était insupportable ! Alors quand je l'ai retrouvé dans un endroit improbable hier, je me suis dépêchée de tout taper !

Merci pour vos commentaires, et bonne lecture !


Chapitre 9

Où on ne s'embarrasse ni de plan d'action, ni de protocole


Anna luttait pour rester éveillée. Elle avait extrêmement froid, et avec sa blessure à la tête qui était beaucoup plus douloureuse qu'auparavant, elle avait peur de ce qu'il risquait de se passer si elle succombait au sommeil.

Elle s'était assise contre la couchette, pour pouvoir garder à la fois un œil sur la porte du couloir, et un autre sur sa reine, et s'était emmitouflée le plus possible dans sa cape. Heureusement, c'était un vêtement appartenant à Kristoff, beaucoup trop grand pour elle, et l'excédent de laine était plus que bienvenu en cet instant.

Clong

- Hmmh...

Les sons parvinrent lentement aux oreilles d'Anna. Elle sombrait lentement vers l'assoupissement, malgré ses efforts pour rester alerte. Elle pesta mentalement contre le bruit qui l'empêchait de se laisser porter par le sommeil.

Clong

Elle cligna des yeux. D'où pouvait venir ce bruit de métal, sinon des barreaux ?

Sa vision était floue. Un peu plus vive que quelques secondes auparavant, elle tourna la tête vers quelque chose en mouvement dans la cellule d'à côté.

Ce n'était pas le bruit des barreaux, c'était celui des chaînes qui maintenaient prisonnières les mains d'Elsa.


C'est l'inconfort, et non le froid, qui tira Elsa de son sommeil. Son dos était raide, et ses membres ankylosés. Elle se sentait nauséeuse, et n'avait que de vagues souvenirs des instants ayant précédé son... son quoi ? Son sommeil ? Sa perte de connaissance ?

Elle ne parvenait qu'à se rappeler de Mérida, l'archère aux cheveux rouges. Elle était certaine de l'avoir vue. Ou bien avait-elle rêvé ?

- Votre Majesté ! s'exclama une voix.

Elsa sursauta. Elle s'était crue seule, et c'est à ce moment qu'elle prit conscience de l'endroit où elle se trouvait. Ce n'était ni le palais d'Arendelle, ni son palais de glace, au sommet de la montagne. Elle essaya de s'asseoir, et réalisa à cet instant que ses mains avaient été enfermées dans des sortes de coques en métal, reliées l'une à l'autre par de lourdes chaînes.

Elle savait où elle se trouvait, maintenant. Elle était dans les cachots.

Elle s'assit avec difficulté et essaya de regarder dans la direction d'où était venue la voix. C'était une voix fatiguée et excitée à la fois, et aussi - cela la rassura, même si elle n'en eut pas conscience - c'était une voix de femme.

- Je suis là, dans l'autre cellule.

Non, la voix n'était pas seulement fatiguée. Elle était surtout faible, comme si la personne était blessée.

Cette fois, Elsa vit l'ombre accroupie près des barreaux. Elle s'avança vers elle en faisant tinter les chaînes qui reliaient ses poignets, et reconnut à la faible lueur pénétrant par la lucarne la jeune femme qui se redressait. Sa garde. Anna.

Son cœur se mit immédiatement à battre plus vite dans sa poitrine. Elle mit ça sur le dos du soulagement.

- Tu es vivante ! s'exclama-t-elle.

Elle ne se rendit pas compte qu'elle se rappelait maintenant de tout ce qui s'était passé. Elle revoyait l'homme et son arbalète, Anna tomber par terre, le sang qui s'écoulait sous son visage gisant sur le sol.

- C'est Mérida et Mulan qui vous ont sauvée. Je suis désolée.

La petite rousse avait baissé les yeux, puis baissé la tête.

- Désolée pour quoi ? demanda la reine, surprise.

- Je n'ai pas été assez forte pour vous protéger. J'aurais dû vous sauver, vous emmener loin de ces types, je ne sais même pas ce qu'ils faisaient là, et regardez où on est maintenant !

Toi au moins tu es partie à ma recherche pour m'aider, pensa Elsa. Ce n'était pas rien. Si c'est l'intention qui compte, alors Anna ne devait avoir aucune raison de s'en vouloir à elle-même. Et vu le choc qu'elle avait reçu, elle n'était sans doute pour pas grand-chose dans son enfermement.

- Pourquoi t'ont-ils emprisonnée?

- Parce que.. Oh, parce que, ma reine ! s'exclama Anna en se jetant d'un bond contre les barreaux qu'elle serra entre ses poings. J'aurais dû vous le dire tout de suite ! Il y a un complot pour s'emparer du trône !

L'un des sourcils d'Elsa se leva si haut qu'il disparut presque dans la racine de ses cheveux. Un complot ?

- Attend, quoi ?

- Ils... ils avaient prévu de vous enfermer. Ils n'avaient pas l'intention de vous ramener en sécurité. Et ça n'a rien à voir avec la glace et tout ! Je veux dire, d'accord il y a vos pouvoirs et ça leur a donné une raison pour agir, mais ils conspiraient bien avant ça, j'en suis sûre !

La révélation frappa Elsa comme un coup physique. Un complot, une conspiration ? On n'essayait pas uniquement de la punir pour ses pouvoirs maléfiques ?

Elle tendit la main comme pour agripper les barreaux, imitant la gestuelle de la jeune militaire, mais les coques d'acier qui enserraient ses doigts rebondirent sur les grilles.

- Tu es sûre de tout cela ? demanda-t-elle.

- J'ai entendu cet homme, un de vos conseiller, dire que l'ère des reines d'Arendelle était révolue. Le prince aussi, il est dans le coup, j'en suis certaine.

Elsa regarda la jeune femme au visage à moitié caché dans la pénombre et garda le silence. Elle qui avait si longtemps lutté pour cacher ses pouvoirs, voilà qu'elle découvrait que des membres de sa cour ourdissaient une machination pour se débarrasser d'elle, sans aucune raison ! Même si je n'avais pas eu mes pouvoirs, j'aurais fini dans cette cellule. La déception et le découragement lui sucèrent son énergie, et elle glissa le long de la grille pour s'asseoir sur le sol.

Mimant son action, ou bien peut-être parce qu'elle n'osait pas être assise alors que la reine était debout, Anna s'assit à son tour. C'est à ce moment qu'Elsa réalisa qu'Anna tremblait de tous ses membres.

- Tu as froid ? demanda-t-elle avec inquiétude.

- J-je suis gelée, avoua la garde.

Elsa regarda ses mains prisonnières avec impuissance. Elle savait créer de la glace, mais elle ne pouvait générer de la chaleur. Elle se dirigea vers la paillasse miteuse qui lui était destinée, et attrapa la vieille couverture rongée aux mites qui s'y trouvait.

- Tiens, prends ça, dit-elle en tendant maladroitement la couverture qu'elle tenait entre ses mains coquées.

Anna s'enveloppa dans la loque comme si ça pouvait vraiment l'aider à conserver sa chaleur. La reine s'adossa contre la grille et soupira.

- Je suis désolée, Anna.

- Désolé de quoi ? s'exclama la garde avec une passion étonnante. Vous n'y êtes pour rien !

Je ne suis pas certaine, pensa sombrement Elsa. Sans mes pouvoirs, on ne serait pas là toutes les deux. Ou alors tu aurais moins froid.

Elle garda ces mots pour elle. D'une certaine façon, elle n'avait pas envie de se morfondre et d'attirer la pitié d'Anna par un excès de culpabilité. Ces pouvoirs, elle ne les avaient jamais voulus, sans eux...

Elle ferma les yeux comme si cela pouvait couper net le train de ses pensées. Elle ne voulait pas penser à elle, pas maintenant. Pas alors que son héritage était compromis.

Et elle ne voulait pas pleure. Pas devant Anna.

- J'ai faim, grommela soudainement la jeune garde. J'imagine que les serviteurs ne sont pas autorisés à venir vous apporter à manger. Je ne pense pas qu'on aura un traitement de faveur, même si j'aurais bien apprécié un chocolat chaud.

Oui, elle adorerait avoir un bon bol fumant elle aussi. Elle avait toujours aimé le chocolat chaud. La dernière fois, ça remontait à... à l'anniversaire. Quelqu'un avait glissé tout un plateau de douceurs dans sa chambre. Elle n'avait jamais su qui était à l'origine de cette attention.

Une pensée soudaine lui traversa l'esprit. Anna était-elle déjà garde à ce moment-là ? Elle réalisa avec honte qu'elle n'y avait jamais vraiment fait attention. Les gardes allaient et venaient, et ils ne lui parlaient jamais, alors...

Elle ne pouvait pas dire qu'elle connaissait la jeune femme - une heure de conversation dans un cachot n'était pas suffisant, et leurs échanges étaient trop maigres, et contaminés par le protocole - mais ça ne paraissait pas impossible. Ni surprenant.

- Est-ce que c'est toi qui m'a apporté un plateau de chocolats, une fois ? osa-t-elle demander. Dans ma chambre ?

Dans la pénombre, elle vit la jeune femme se tortiller les doigts avant de répondre.

J'ai donc raison, pensa la reine.

- Oui, admit la garde. Je suis désolée, je sais que je n'avais pas du tout le droit d'ouvrir votre porte, que c'était déplacé et tout, mais...

- Merci, coupa Elsa.

Vraiment, elle n'en pouvait plus d'être la reine, parfois.

- C'était exactement ce qu'il me fallait à ce moment-là, dit-elle d'une voix douce. Ça m'a donné l'impression d'avoir un ami, dehors, qui prenait soin de moi.

Il y eut quelques instants de silence. Elle regretta ses derniers mots, qui ne pouvaient qu'attirer la pitié, et Anna était sûrement mal à l'aise, maintenant.

- Pourquoi étiez-vous si triste ? demanda finalement Anna. Pardonnez-moi ! se reprit-elle immédiatement, et Elsa la vit se plaquer ses doigts sur sa bouche en signe d'effarement. Je ne devrais pas poser ce genre de question !

Elsa poussa un soupir et pinça l'arête de son nez.

- J'en ai plus qu'assez du protocole, dit-elle brusquement. Je n'ai pas de véritable ami, que des serviteurs qui obéissent au moindre de mes ordres, ou des nobles qui me parlent en faisant des courbettes. J'aimerais que.. je voudrais que tu m'appelles Elsa.

- Je ne pourrai jamais ! s'exclama Anna.

La reine nota avec une sorte d'amusement sombre que sa demande avait rendu les joues d'Anna aussi rouges que ses cheveux.

- S'il te plaît. Plus de « votre majesté » ou de « ma reine ». Mon nom est Elsa. Et si on pouvait en finir avec le vouvoiement, ce serait encore mieux. J'aimerais que tu ne sois plus seulement ma garde, Anna, mais...

Elle hésita avant de finir sa phrase, et détourna le regard. Allait-elle s'attirer la pitié d'Anna ? C'était complètement à l'opposé de ce qu'elle voulait. Mais était-ce uniquement par souci du devoir qu'Anna l'avait suivie, ramenée, défendue au point de se retrouver enfermée avec elle ? Non, elle avait l'impression qu'il y avait autre chose. Ce n'était certainement pas par souci du devoir qu'elle lui avait servi un chocolat chaud, le soir où elle avait pleuré la mort de ses parents.

- Je voudrais que tu sois mon amie, dit-elle finalement.

Et elle tendit sa main vers Anna.

Elle avait oublié les menottes en métal, et sa main prisonnière cogna contre les barreaux sans pouvoir passer entre eux. Elle soupira à nouveau. L'effet dramatique était fichu.

- D'accord, dit Anna. Pour être vo... ton amie.

Elle tendit sa propre main à travers les barreaux et Elsa la regarda avec une surprise d'autant plus grande qu'elle s'était attendue à une réaction au mieux indifférente. La main d'Anna se posa sur la coque en métal.

Elle avait beau ne rien ressentir, puisque la jeune femme ne la touchait pas vraiment, elle se mit soudain à frissonner de tous ses membres. Et ça n'avait rien à voir avec le froid.


Mulan n'avait jamais mis les pieds au manoir DunBroch. L'intérieur de la salle à manger était en bois, avec de lourdes poutres de pin, et des murs de pierre grise. La table était en bois brute, comme un immense tronc d'arbre tranché en deux, mais la vaisselle était raffinée, et les sièges étaient recouverts d'un petit coussin en velours. Une cheminée dans laquelle un grand feu ronflait occupait une bonne partie du mur, et au-dessus de celle-ci, deux haches de guerre massives étaient entrecroisées. Elle imaginait bien Lord DunBroch au cœur du combat avec une hache dans chaque main, tel un géant des anciennes légendes.

Le serviteur qui l'avait fait entrer la conduisit à un canapé, et quelques instants plus tard (elle n'avait pas encore eu le temps de se lever pour regarder les peintures de plus près - surtout une qui ressemblait assez fortement à une Mérida de treize ans, l'air espiègle et un arc dans les mains), Lady Elinor DunBroch entra.

En voyant le visage sévère de la mère de son amie, elle se rappela qu'elle avait bien fait de forcer Mushu à rester à la caserne.

- Madame, je vous remercie pour l'invitation, dit Mulan en s'inclinant.

Elle remarqua que la mère de Mérida l'avait détaillée presque des pieds à la tête, comme si elle jaugeait son apparence. Elle se demanda si elle devait se sentir vexée.

- Vous êtes ingénieure, n'est-ce pas ? demanda Elinor après quelques instants de conversation polie et protocolaire.

- C'est exact, madame.

- J'ose en déduire que vous êtes quelqu'un de réfléchi.

Mulan hésita. Se cachait-il un reproche, un sarcasme derrière cette réflexion ?

- Puis-je vous demander...

Lady DunBroch eut soudain l'air hésitante, ce qui attira l'attention de Mulan.

- Protégez Mérida, dit-elle. C'est une tête brûlée, et... elle aurait bien besoin de quelqu'un qui a la tête sur les épaules pour surveiller ses arrières.

Tête brûlée, c'est bien gentil. Je dirais volontiers barbare sans cervelle, parfois.

La mère de Mérida jeta un regard furtif sur la pièce et sur les escaliers, comme pour s'assurer que sa fille, quelque part, ne l'avait pas entendue.

Mulan hésita avec plusieurs réponses. Cette requête ne ressemblait pas à l'idée qu'elle s'était faite de la mère de son amie, d'après ce qu'elle lui avait raconté. Sûrement, le point de vue de l'archère était biaisé, car il s'agissait de sa propre mère. Une pensée la frappa tout à coup. Son point de vue sur ses parents était-il biaisé lui aussi ? Était-il possible qu'ils s'inquiètent à son sujet tout comme la mère de Mérida ?

- C'est déjà prévu, répondit-elle finalement.

Elles levèrent la tête en entendant des bruits dans les escaliers, et virent Mérida qui descendait les marches pour les rejoindre. Au même moment, Fergus DunBroch arrivait depuis la porte d'entrée, recouvert d'un manteau saupoudré de neige.

Mérida ne s'était pas changée, contrairement à Mulan qui avait revêtu une robe de laine violette avec d'épais bas couleur crème. Elle avait eu du mal à trouver des vêtements seyants, adaptés à une soirée chez d'éminents membres de la noblesse Arendellienne, et qui lui permettrait de supporter le froid magique. Mais en voyant la tenue de son amie - braies de cuir, justaucorps et cape en laine bleue - elle se demanda si elle n'aurait pas mieux fait de garder son accoutrement militaire. Elle n'a quand même pas l'intention de partir au combat dès ce soir ?

- La bienséance voudrait que l'on commence à parler politique après le dîner, déclara Fergus alors qu'ils venaient tout juste de s'asseoir.

Mulan échangea avec Mérida un regard entendu. Elles allaient enfin savoir pour quelle raison le Lord Commandant les avait conviées ce soir. Et quelque chose lui disait que la reine n'était certainement pas étrangère à tout ça.

- Notre reine va être jugée et exécutée pour sorcellerie et tentative de destruction délibérée du royaume, poursuivit-il, la mine sombre.

- QUOI ? hurlèrent les deux soldates.

Fergus leva une main massive pour demander le silence alors que Mérida s'était dressée sur ses jambes.

- Les preuves sont accablantes, reprit-il. Acte de sorcellerie devant de nombreux témoins, destruction par la glace de la flotte d'Arendelle et de toutes les récoltes du royaume, mise en danger des habitants, tentative d'agression envers le prince des Îles du Sud, et deux soldats vont témoigner de ses intentions belliqueuses suite à l'expédition dans les montagnes.

- Les deux hommes de Weselton, je parie, dit Mulan tandis que l'archère s'épanchait en exclamations outragées et en injures envers le Prince Hans.

- Et qu'est-ce qu'on fait là à dîner comme si tout allait bien ? hurla Mérida.

- Mérida, je te prierais de garder une contenance convenable à table, gronda Elinor.

L'archère renifla dédaigneusement. Mulan nota que sa mère levait les yeux au ciel, comme si elle se rendait compte qu'elle avait définitivement raté l'éducation de sa fille unique, qui était désormais une guerrière d'Elite, et non une princesse.

- Malheureusement, je ne peux pas faire grand chose, dit Fergus en fronçant ses épais sourcils écarlates. J'ai prêté serment de défendre le royaume... quel que soit ce qui le met en danger.

Mulan voyait que son amie bouillonnait de rage, mais elle comprenait, elle, la logique du Commandant. S'il se rebellait de manière trop impulsive, il serait immédiatement destitué, emprisonné, voire exécuté. Et il valait mieux éviter que leurs ennemis, quels qu'ils soient, placent un de leurs pions à sa place.

- Toi en revanche, reprit le Commandant en s'adressant à sa fille, en tant que guerrière d'Elite tu as juré de défendre ta reine.

Il n'eut pas besoin d'en dire plus pour que Mérida se lève à nouveau, prête à en découdre.

- Inutile de partir maintenant, dit-il en secouant la tête. La reine est enfermée dans les cachots les plus profonds, ceux qui donnent sur le fjord, et vous n'arriverez jamais à la faire s'évader. Il y a des gardes à chaque entrée du couloir, les murs sont épais et les grilles solides, et surtout, je n'ai pas la clé. Le plan est plutôt d'agir lorsqu'on viendra la chercher.

- À deux contre tous, on ne risque pas d'être efficaces, objecta l'archère.

Ah, tu te préoccupes de ça ? pensa narquoisement l'ingénieure tout en mangeant calmement son plat - un ragout d'agneau particulièrement savoureux.

- Sauf si vous bénéficiez de l'effet de surprise. Le jugement est à deux heures, et elle sera escortée pour se confesser auprès de l'évêque à midi. C'est à ce moment-là qu'il faudra intervenir.


La jambe de Mérida gigotait sans pouvoir s'arrêter sous la table. Elle avait englouti son dîner à une vitesse folle, prête à partir immédiatement à l'action, et elle était piégée à table, comme une enfant pressée d'aller jouer qui doit attendre que toutes les grandes personnes aient fini leur assiette.

Le plan de son père était simple : elle tirait une flèche sur chaque personne qui escorterait la reine, et elles prendraient la fuite. Lui de son côté se chargerait de leur garder un passage ouvert pour s'échapper. Ils avaient dessiné des plans des couloirs, pointé les endroits où elle pourrait s'embusquer, retracé les chemins entre les cachots et la cathédrale, identifié chacun des points de sortie. Mulan s'était contentée de hocher la tête à chaque fois qu'on lui avait demandé son avis.

Le calme de Mulan l'exaspérait. Comment pouvait-elle boire silencieusement son thé alors que leur reine croupissait dans un cachot ? Et Anna ? Comment allaient-elles la sauver ? D'après son père, elle était emprisonnée avec Elsa. À moins qu'ils ne la fassent sortir en même temps que la reine, ce qui était peu probable, elles étaient bonnes pour se payer une deuxième mission sauvetage. Et en plus, Anna était blessée, ce qui rendrait beaucoup plus difficile leur fuite à travers le château. Mulan avait intérêt à avoir un bon plan pour ça.

Ça la tuait de se l'avouer, mais ce qui l'énervait le plus, c'était qu'Anna soit emprisonnée pour avoir pris la défense de leur reine. Anna, du haut de sa petite taille, blessée, épuisée et sans armes, s'était interposée pour remplir son devoir de garde royale (et surtout, de garde royale amoureuse). Alors qu'elle, Guerrière d'Elite, était bien sagement rentrée dans son dortoir quand on lui en avait donné l'ordre. Elle se haïssait pour ça.

Quand elles furent enfin libérées de ce dîner (elle n'osait pas se l'avouer, mais le repas riche et copieux lui avait fait du bien après leur expédition dans le blizzard), Mulan et Mérida se retrouvèrent à marcher en direction des baraquements. Elle aurait pu rester dormir chez ses parents, mais elle préférait se trouver à l'intérieur du château pour éviter tout contretemps - si par exemple ils avaient la bonne idée de fermer les portes ou de contrôler l'entrée.

Au bout de quelques minutes de marche, elles avaient quitté les rues animées, et étaient sur la route pavée menant aux portes du palais d'Arendelle. Le sol était recouvert d'une épaisse couche de neige, et elles se retrouvèrent rapidement frigorifiées.

Soudain, alors qu'elles étaient silencieuses depuis qu'elles avaient quitté le manoir DunBroch, Mulan s'arrêta et se tourna vers l'archère.

- On se retrouve ici, à deux heures du matin, dit-elle sans préambule, comme si cela faisait directement suite à ses pensées.

- Pourquoi ? demanda Mérida. Mon père a dit qu'il était inutile d'agir avant midi.

- On ne va pas attendre midi. On va la sortir de sa cellule cette nuit. On va les sortir toutes les deux.

Et c'est moi l'imbécile qui agit d'abord et réfléchit ensuite ?

- Et comment comptes-tu faire ? demanda l'archère, les poings sur les hanches. On n'a pas les clés !

- On ne va pas ouvrir les portes, admit Mulan.

Ses lèvres s'étirèrent en un sourire malicieux, le genre de sourire qui redonnait des forces à Mérida. Elle fit une pause théâtrale.

- On va les faire sauter.


Ça va faire boum, c'est moi qui vous le dis !

À bientôt !

Ankou