Je vous rassure je suis parfaitement saine de corps et d'esprit bien que ce chapitre puisse faire douter le contraire lol
Chapitre 9 : A qui le tour?
Satisfait et en paix pour le moment d'avoir accompli sa mission, il entra dans ses quartiers et sans même prendre le temps d'ôter sa veste, il sortit de son placard quatre bougies qu'il posa par terre, trois pour les femmes qui avaient été sauvées, et une pour celle qui ne l'était pas encore, mais qui le serait bientôt. Agenouillé, il pria avec désespoir. Il lui arrivait de douter parfois de la pureté de son travail. Après tout, une vie est sacrée. Ici, il en avait même pris trois et n'ignorait pas qu'aux yeux du monde, il passait pour un monstre. Si ses collègues de croyance étaient au courant, ils le mépriseraient, le jetteraient en prison, le plaindraient.
La chair est éphémère. La vie n'a de sacré que l'âme. Or, ce sont justement les âmes qu'il sauvait et sauverait jusqu'à ce qu'il ait rétabli l'équilibre. Douter constituait donc un péché.
Si seulement il avait une personne à qui parler, une personne qui le comprendrait, qui le rassurerait sur sa mission. Une immense vague de désespoir le submergea. S'épancher l'aurait soulagé, mais il ne pouvait faire confiance à personne ici. Dès lors, il devra porter son fardeau seul, sans aucun soutien.
Quand la voix se taisait, il se sentait si seul.
Il avait perdu Anna.
Anna s'était perdue en emportant ce qu'il y avait de meilleur en lui. Parfois, quand il faisait nuit, que tout était calme, Anna lui apparaissait. Son visage lui paressait si livide, si douloureux, alors il reprenait confiance. Elle l'attendait dans l'ombre et lorsqu'il aura enfin achevait cette mission, elle sera libre, enfin.
Il pencha la tête en avant, croisa les doigts avec ferveur et il pria pour que la grâce soit avec lui dans les épreuves qui l'attendaient.
Elizabeth ne l'aurait pas avouer, mais la venue du docteur James, et notamment la réunion qui s'en était suivie, l'avait énormément ébranlée. Cette femme dégageait une trop grande confiance en elle, en plus d'un ego égal, voire pire, à celui de Rodney. Voilà pourquoi elle passa une bonne partie de la soirée à vérifier ses références, voulant ainsi se rassurer sur les compétences de la jeune femme. Et à croire les dossiers qu'elle avait résolu, Sarah était excellente, la meilleure même dans son domaine. Dressant des portraits psychologiques des tueurs avec une précision déconcertante, elle avait amené le FBI, en outre, à résoudre des affaires qui étaient des vrais casse-tête.
Autant lui laisser le temps de faire ses preuves?
Sauf que l'alchimie naissant entre elle et John l'avait agacée, au point même qu'elle avait fini par ce demander si l'entente entre eux n'était pas à l'origine de ses doutes sur les compétences de Sarah. Pourquoi devait-il constamment jouer aux jolies coeurs à la moindre minette qui passe? Elle ne devrait pas attacher autant d'importance aux manies - plus que discutables - de son second du moment que cela n'interférait pas dans son travail, sauf que c'était plus fort qu'elle.
Elizabeth secoua la tête lorsqu'une idée farfelue lui traversa l'esprit. Non, il ne s'agissait pas de jalousie. Pour qu'il y ait de la jalousie, encore faut-il éprouver des sentiments amoureux, ce qui n'était pas le cas.
Trop plongée dans ses pensées, elle n'entendit, ni ne vit John entrer dans son bureau. Elle sursauta donc lorsqu'il s'annonça.
- « Je savais que je vous trouverai ici à cette heure-ci »
- «Qu'est- ce qui vous amène ... » commença t-elle à parler avant de s'interrompre en voyant la mine sombre du militaire. « Quoi? »
- « Il a recommencé. »
Elizabeth ferma les yeux un fragment de seconde. Sa poitrine se comprima. Encore une fois, il lui faudra se montrer forte.
- « Qui? »
- « Anita Meyers »
- « L'amie de Laura! » s'étrangla t-elle.
Ils échangèrent un regard, un long regard où chacun put ressentir l'incompréhension et la peur de l'autre. Une autre femme venait de se faire tuer, et seulement trois jours après le précédent. Le tueur semblait enclencher la vitesse supérieure, ses crises se rapprochaient. Plusieurs pensées frappèrent simultanément l'esprit déjà chargé d'émotions de Elizabeth. Qui sera la prochaine? Car oui, il y en aura une autre. Et quand ? Peut être demain soir. Qui? Une autre femme perdra la vie, à moins d'attraper ce montre avant.
- « Je vous suis » fit-elle en se levant
Ils marchèrent en silence dans les couloirs de la cité jusqu'au gymnase. Et là, comme elle put s'y attendre, Elizabeth vit le corps de Anita positionné comme les deux autres. Elle réprima un haut de coeur, et s'approcha de la défunte pour vérifier si le même mot était accroché sur ses vêtements.
Pardonné. Toujours le même mot. Toujours le même mystère.
- « Qui a trouvé le corps? » s'enquit Elizabeth en s'adressant à un des militaires de garde.
- « Teyla » répondit John. « Si vous voulez savoir pourquoi elle n'est pas là, c'est parce qu'elle est à l'infirmerie suite à une crise d'angoisse. »
De panique! Il était difficile d'imaginer que Teyla, en femme forte, puisse faire une crise de panique après tout ce que la vie lui avait fait enduré.
- « Qu'elle y reste, on lui parlera plus tard. » ordonna Elizabeth.
Des talons claquant sur le sol se firent entendre, la dirigeante pivota, et vit Sarah arriver. Au vu son air négligé, on avait dû la réveiller, ce qui n'empêcha pas John de la reluquer brièvement de haut en bas.
- « Bonsoir. »
- « Vous venez examiner la scène? » demanda Elizabeth alors même qu'elle connaissait la réponse.
- « Effectivement. Je ne pensais pas avoir ce travail dès mon premier jour ici »
Etait-ce une tentative d'humour? La jeune femme brune ne le savait pas, mais espérait ardemment que non.
Sarah prit quelques photos, après quoi, elle se pencha sur le corps de la victime et l'examina sous toutes les coutures. Les photos sont une aide pour profiler les victimes et son assassin, mais rien n'est mieux que le contact réel avec la scène au moment de la découverte du corps. Comprendre la logique particulière de cette personne ne pouvait se faire qu'en appréciant le contexte, l'environnement, dans lesquels la victime a circulé avant d'être fauchée par son assaillant.
Examiner un cadavre pourrait passer pour du masochisme, une activité malsaine; or Sarah en avait cure sachant ô combien cet examen est révélateur en règle générale. D'ailleurs, lors de ses débuts, il lui avait été particulièrement difficile de faire abstraction du corps et de passer outre. Mais l'expérience et le temps oeuvrant sur elle, la jeune femme blonde avait su rester neutre devant l'atrocité des actes pour n'en retenir que des éléments purement factuels, afin, justement, de rendre justice à ces morts.
Sarah resta un long moment à examiner le corps de Anita dans un silence quasi religieux. Personne n'osa l'interrompre ni la déranger, tous respectant ce travail que - pour rien au monde - ils n'auraient voulu faire à sa place. Car au delà du simple relève de constations, il s'agissait de rentrer dans la tête du tueur, de comprendre son moteur, ses motivations. Le tout, étant après de garder sa santé mentale intacte, de rester neutre face aux atrocités que peuvent commettre certains êtres humains.
- « J'ai terminé. Le docteur Keller peut à présent s'occuper d'elle. »
Elizabeth dévisagea la jeune femme, et ne fut pas surprise de n'y voir aucune émotions. C'était le seul moyen pour elle de ne pas flancher, de continuer. L'indifférence. Une auto-protection.
Et sans un mot, Sarah tourna les talons et partit.
- « Elle va travailler toute la nuit » constata Elizabeth.
- « Mais vous non plus vous n'allez pas dormir » lui rétorqua le militaire.
Il la connaissait si bien... Effectivement, elle passera la nuit à ruminer et à broyer du noir, tout comme lui, même s'il feignait le contraire...
à suivre...
