Son teint était plus animé, moins blâfard. Plus de couleurs teintaient ses joues, mettant en valeur de légères cernes. Ses prunelles semblaient moins endormies, plus alertes. Ses lèvres étaient moins pâles, plus rosées. En somme, il allait mieux. Le bref repos qu'il s'était octroyé lui avait permis de se remettre sur pied. Pomfresh était sans aucun doute, l'infirmière la plus qualifiée de Grande-Bretagne mais Ginny la talonnait de près. Pensant à cette dernière, il passa une main dans sa chevelure brune, emmêlant ses mèches davantage. Elle avait été si présente et il ne pouvait empêcher son imagination de fonctionner, de les voir tous les deux, exactement au même endroit que deux matinées auparavant. A la différence qu'elle l'aurait enlacé après qu'il lui ait volé un chaste baiser. Ils auraient été un couple. Et lorsqu'il lui aurait dit qu'il pouvait se débrouiller seul, elle aurait répliquée, taquine, que c'était son rôle de prendre soin de son petit ami. Petit ami? Il devait arrêter de se faire du mal, jamais cela se passerait ainsi. Il n'avait pas le droit d'y songer. Se glissant sous le jet d'eau glacé, il frissonna. Il voulait juste recouvrir la raison. Même s'ils se rendaient au bal ensemble, cela ne serait qu'en tant qu'amis. Rien de plus.
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_ De retour Potter? S'enquit Ernie MacMillan en lui tendant la main.
Harry opina en lui serrant la main avant de saluer Hannah Abbot qui était installé à ses côtés. Ils étaient ensemble depuis deux ans et étaient le couple le plus apprécié de Poudlard. D'une nature sympathique et ouverte, Hannah comblait les lacunes d'Ernie en matière de sociabilité. Comme il le disait lui-même, il n'avait jamais su être plus lui-même qu'aux côtés de sa chère amie. Drago considérait cela comme d'une niaiserie étouffante. Selon lui, si une fille devait lui apprendre quelque chose, ce serait comment la satisfaire davantage. Les mots crus de son meilleur ami ne dérangeaient plus vraiment Harry. Ce dernier savait que si Drago entretenait une relation complexe avec la gente féminine, seul Lucius Malefoy était à blâmer.
A peine Harry installé à sa table que Hermione lui sauta au cou, l'enlaçant fortement, l'étouffant presque.
_ J'étais si inquiète.
_ Hermione, tu as pris de ses nouvelles hier soir s'exclama Ron, levant les yeux au ciel.
_ Justement, il avait l'air si mal.
_ Je suis toujours là...Plus d'air grogna Harry.
Sa jeune amie s'excusa d'un sourire avant de lui caresser la joue. Il lui rendit son sourire, amusé. Elle déposa un baiser sur son front avant que Ron ne la barricade dans ses bras.
_ Ah non, jeune fille! Tes baisers me sont réservés.
Ses mots provoquèrent les rires de la tablée. La jeune fille releva le menton, déposant un baiser sur la mâchoire du jeune Weasley qui rit davantage. Harry détourna discrètement les yeux devant cette tendre scène, et se servit, affamé. Neville l'entretenait des derniers cours qu'il avait raté lorsque Drago arriva par derrière, lui assénant une tape magistrale sur l'épaule, faisant grimacer le jeune Potter.
_ Merci Malefoy.
_ Mon chou, tu es de retour! Comme tu as pu me manquer...S'écria-t-il avant de coller un baiser baveux sur la joue de son ami.
Harry grogna avant de s'essuyer la joue, morose. Cette réaction amusa de nouveau leurs amis. Et dans cette mélodie que formait tout rire assemblé, un se détacha, telle une note isolée, parfaitement reconnaissable pour le jeune Potter. Il l'avait tant de fois entendu. Il s'était parfois tant battu pour que jamais il ne cesse de s'élever. Il ne put empêcher son regard d'accrocher le sien, quelques sièges plus loin. Elle lui fit un signe de la tête auquel il lui répondit avant que son meilleur ami n'entre de nouveau en jeu.
_Alors chéri, revenu de l'au-delà?...Hey! S'écria-t-il en recevant une tape de la jeune Granger.
_ Ne dis pas de telles choses.
_ Elle est barge cette fille s'indigna-t-il en se frottant le sommet de la tête avant de se rapprocher du jeune Potter.
_Malefoy, retires ce que tu viens de dire menaça Ron.
_ Sinon quoi Ouistiti?
Le bruit de centaines de bruissements d'ailes interrompit leur dispute. C'était l'heure du courrier. Harry chercha Hedwige parmi les nombreux volatiles. Sa mère lui avait sûrement envoyé un énième courrier, lui signifiant qu'il ne donnait pas assez de nouvelles. Il ne voyait pas ce qu'il pourrait bien lui raconter pour satisfaire sa maladive curiosité. Sur cette pensée, il vit Hedwige atterrir majestueusement devant lui. Il lui tendit un biscuit avant de défaire son fardeau. Il s'agissait d'une enveloppe portant le sceau des Potters. Avec un soupir las, il ouvrit le courrier, reconnaissant dès les premières lignes, l'écriture de sa génitrice.
Mon chéri,
Comment vas-tu? Comment se passent tes cours? Nous avons appris que tu étais tombé récemment malade. T'es-tu rétabli? Pourrais-tu donner davantage de nouvelles? Je dois presque te harceler pour te soutirer quelques informations. Que se passe-t-il, Harry? Aurais-tu quelques soucis? Tu peux m'en parler, en as-tu conscience au moins? Mon chéri, je ne cherche qu'à comprendre ce qui t'arrive. Ton père me demande d'être moins « collante », c'est le terme qu'il a utilisé. C'est juste que je suis ta mère, Harry. Une mère sent le désarroi de son fils.
Je t'aime
Lily.
Harry leva les yeux au ciel. Qui lui avait parlé de son refroidissement? Comment pouvait-elle savoir tant de choses alors qu'elle était si loin de lui? Ils savaient qu'aucun de ses amis ne l'auraient fait, il leur avait spécifié qu'il ne souhaitait pas cela. Peut-être McGonagall? Pourquoi fallait-il que sa mère soit si proche du corps professoral de Poudlard? Il replia la feuille, se concentrant de nouveau sur son repas. Il était temps que sa mère comprenne qu'il était capable de gérer ses affaires, seul. Elle avait toujours su lire en lui, quoique soit le problème, au point que cela en devenait effrayant. A présent, pour la première fois, il avait besoin d'être seul, seul face à ses pensées, à son problème, face à Ginny Weasley.
_ Par Merlin!
Cette exclamation survint de deux côtés simultanément. Harry se tourna vers celui qui l'importait le plus et vit Ginny, les yeux embués, regardant sans le voir, le parchemin qu'elle tenait entre ses mains. Inquiet, il se tenait prêt à intervenir pour la soutenir, imaginant toute sorte de situation chaotique, allant d'un accident incluant un membre de sa famille à l'inévitable perte d'un être cher. Mais le rire qui résonna de l'autre côté le décontenança. Ron semblait extatique. Il serra fortement contre lui Hermione avant d'escalader la large table envoyant valser quelques plats et retomber près de sa soeur. Quelques murmures de désapprobations s'élevèrent du côté du corps professoral mais nul n'en tint compte, bien trop surpris par l'attitude des deux Weasleys. Ron souleva sa petite soeur docilement, la faisant tournoyer si aisément avant de la reposer sous ses éclats de rire.
_ C'est merveilleux! S'exclama-t-elle.
Harry se rasséréna. Ce n'était rien de grave et à l'instant, c'était tout ce qui l'importait. Elle n'était pas en danger. Ils ne l'étaient pas. La curiosité prit le dessus cependant. Quelle merveilleuse nouvelle arrivait à cette chère famille Weasley? Ginny se tourna vers lui, tout sourire et déclara d'une voix qui résonna si forte dans cette silencieuse salle:
_Fleur est enceinte.
Des éclats de rire envahirent la Grande Salle alors que tous commentaient la nouvelle. Leurs amis vinrent les féliciter tour à tour, ravis par cette nouvelle. La troisième génération de Weasley naîtra dans peu de temps. Fleur Delacour Weasley était l'épouse de William Weasley, l'aîné de la fatrie, depuis un peu plus de deux ans. Il travaillait en Egypte alors qu'elle étudiait à l'école de sorcellerie de Beauxbâtons. Elle connaissait d'ailleurs Lauren et avait toujours trouvé qu'elle ne convenait pas à Harry. Ils s'étaient rencontrés lors de la quatrième année du jeune Potter. Tous deux souhaitaient être engagés par Gringott. Fleur venait de perdre son père et cherchait par tout moyen à quitter la France, berceau d'une enfance dont elle n'arrivait plus à supporter la présence. Ils étaient tombés follement amoureux et cela les avait mené à un enfant près de trois années plus tard.
Lorsque vint le tour de Harry, il la vit irradiant de plaisir et ne put s'empêcher de sourire à son tour. Elle avait une joie si communicative, une bonhommie si agréable. Il déposa un baiser sur son front, retenant un frisson avant de croiser son regard si flamboyant.
_ Félicitations Ginny!
_ Espérant que mini-Ouistiti sera une bonne tati plaisanta Drago, apparaissant à sa suite.
Tati Ginny, cela sonne parfaitement bien.
_Tu veux dire mieux que Tante Bella le taquina Harry, légèrement irrité que ce dernier les ait interrompus.
Peut-être qu'elle aurait ajouté quelque chose, qu'elle lui aurait de nouveau sourit, bouleversant davantage son univers, ce qu'il était et la certitude de ce qu'il l'entourait. Il avait l'impression de devenir de plus en plus niais à chaque foutu seconde qui s'écoulait. Mais c'était ce qu'il ressentait, ce qu'il percevait en sa présence.
Pour seule réponse, son meilleur ami grogna. Bellatrix Lestrange était la tante de Drago, une véritable cinglée sans aucun doute. Sirius Black, qui était d'ailleurs le cousin de Bella, avait plusieurs fois tenté de l'interner sans succès. Les dînées de la famille Black étaient très mouvementés aux dires de chacun. Harry s'amusait de chaque anecdote que lui contait son parrain.
_Boucles-la, Potter maugréa ce dernier
Le jeune Potter secoua la tête hilare. Bella avait toujours été une si piètre marraine, car oui, elle était bien la marraine du jeune Drago Malefoy. Pour ses onze ans, elle lui avait offert un manuel farfelu intitulé « Comment devenir le Mage noir le plus puissant de notre siècle? ». A ses treize ans, elle lui avait offert un prétendu Horcruxe, ce qui correspondrait à un morceau d'âme d'un ancien sorcier, trouvé chez Barjow & Beurk. Drago s'en était débarrassé le plus rapidement possible. Mais la plus formidable surprise que la famille Lestrange lui accorda fut pour ses seize ans. Son oncle Rodolphus l'avait mené dans l'allée des Embrumes, un des quartiers les plus mal famés du monde sorcier. A son retour, Drago avait été si traumatisé que Harry avait été forcé de le faire dormir dans un matelas près de son lit pour lui permettre de fermer l'oeil. Quelques semaines plus tard, le jeune Potter avait su que ce périple avait été une sorte d'initiation à la magie noire. Il avait été mené dans une sorte de rituel où on lui avait forcé à boire le sang d'un prétendu mage surpuissant. Depuis lors, Drago Malefoy avait du mal à supporter la vue du sang, son odeur encore plus.
_ Tu sais ce qui me ferait vraiment taire Malefoy,ce serait une de ses délicieuses concoctions dont ton oncle a le sacré, tu sais cette boisson d'un rouge sanguinaire. Oh Zut! J'en oublie le nom prétendit Harry avant de voir son meilleur ami pâlir considérablement.
Oui. Drago Malefoy ne serait plus jamais le même.
