Chapitre 9
Le lendemain, Stiles n'avait toujours pas élucidé le mystère du comportement étrange de Derek. Il s'était pourtant réveillé tôt, son esprit cogitant déjà à toute allure, mais rien ni fit, il ne put mettre de mot sur l'attitude inattendue du loup-garou.
Les Collins et lui venaient de terminer de déjeuner. Deucalion avait à nouveau monopolisé la conversation et Stiles -quasi muet- était resté plongé dans ses pensées.
« Est-ce que tout va bien Stiles ? Il fut un temps où tu ne gardais pas la langue dans ta poche, il me semble, lui fit remarquer Deucalion.
-Oui ça va, j'ai un peu mal à me remettre de la soirée. Il s'est passé pas mal de choses.
-Comme quoi ? demanda le plus âgé, avide de connaître tout ce qui pouvait relier de près ou de loin Sir Peter de Bourgh.
-Rien d'important, déclara Stiles sur un ton qui indiquait que la conversation était close. »
Deucalion haussa les épaules et se leva avant d'annoncer qu'il irait s'occuper du jardin aujourd'hui. Il quitta la pièce en sifflotant gaiement.
« Stiles, tu as prévu quelque chose pour cet après-midi ? » demanda étonnamment Jennifer, qui n'avait –elle non plus- pas décroché un mot du repas.
La jeune femme avait été très discrète depuis son arrivée et, comme elle dégageait une aura de gentillesse, le jeune homme était content qu'elle lui adresse enfin la parole.
Il réfléchit rapidement à sa question, se disant qu'il ne pouvait pas lui avouer qu'il comptait passer le reste de la journée enfermé dans sa chambre à ruminer ses pensées, alors il lui répondit finalement par la négation.
« J'aimerais faire une promenade dans le petit bois derrière la maison, tu m'accompagnes ? »
Il haussa les épaules, mais acquiesça tout de même. Ça me changera peut-être les idées, pensa-t-il.
Stiles et Jennifer quittèrent donc la salle à manger et se dirigèrent vers leurs chambres respectives pour se changer et mettre des habits adaptés à la marche en forêt, avant de se rejoindre sur le perron de la maison. Stiles portait son sweat à capuche rouge préféré et Jennifer une veste kaki cintrée qui lui allait à merveille. Ils traversèrent le jardin, où Deucalion leur fit signe de la main, puis ils se dirigèrent jusqu'au bois.
« Il fait encore beau, mais je doute que le temps se maintienne. Il y aura bientôt de l'orage, je pense », commença à converser Jennifer.
Pourquoi les gens d'Alphasford voulaient-ils toujours parler du temps qu'il faisait au lieu d'aller droit au but ? Déjà Derek hier, puis Jennifer aujourd'hui. L'atmosphère météorologique de la région était-elle si spéciale ou alors servait-elle d'une bonne approche pour en venir au fait juste après ? A en croire le comportement étrange de Derek la veille, ça ne devait sûrement pas être la dernière proposition. Le loup-garou avait préféré s'en aller sans élaborer et sans lui avouer la véritable raison de sa visite. Qu'avait-il bien pu vouloir lui dire ou lui demander ? Stiles revoyait encore son regard agité qui se posait tantôt sur lui, tantôt sur les alentours, sans véritablement se fixer. Il avait vu Derek sous un nouveau jour, celui d'un homme hésitant et non sûr de lui. Il était très loin du loup-garou intimidant qui, de son air hautain, invitait tout le monde à le mépriser. Quelque chose avait dû le…
« Stiles ! appela Jennifer d'une voix qui indiquait clairement que ce n'était pas la première fois qu'elle l'interpellait.
-Désolé, je pensais à… Peu importe. Vous disiez ? répondit-il d'une manière gênée car Derek avait une nouvelle fois obnubilé ses pensées.
-S'il-te-plaît, tutoie-moi, ça me ferait plaisir, lui demanda-t-elle. »
Stiles acquiesça et afficha un petit sourire. Il fallait qu'il se concentre sur la conversation pour que son cerveau ne se remette pas à divaguer.
« Je te demandais donc si tu avais vu Mr Darcy hier. Il était venu voir Deucalion dans l'après-midi et je me demandais si tu l'avais remarqué. »
Venu voir Deucalion ? Il devait y avoir un problème là. Derek était venu le voir lui, pas ce vieux Collins simple d'esprit. Etait-il allé le voir avant d'aller parler à Stiles ? Est-ce pour ça que Derek avait eu un comportement aussi étrange ? Deucalion lui avait-il raconté quelque chose qui ne lui avait pas plu ?
« Euh… Non, je ne l'avais pas remarqué, mentit Stiles en évitant le regard de Jennifer. Il peut se faire très discret quand il veut.
-Oui, c'est vrai, acquiesça la jeune femme. Je crois qu'il est venu pour annoncer qu'il restait encore quelques jours dans la région. Il avait encore deux trois petites choses à régler avant de s'en aller.
-Quels genres de choses ? demanda Stiles, intrigué. (Et si Jennifer lui donnait les réponses aux questions qu'il s'était posé toute la journée ?)
-Il doit signer des papiers pour la mise en vente du manoir Halebourne. Il a dit que le propriétaire, un certain Scott Bingley, n'était pas en état de venir le faire lui-même. »
Le jeune homme se figea à l'évocation de son ami, -ou ancien ami ?- et son cerveau se mit à cogiter à une allure folle. Derek ne lui avait-il pas assuré que Scott allait bien ? S'il n'était pas en état de venir jusqu'ici, c'est qu'il n'allait définitivement pas bien, non ? Pourquoi Derek lui avait-il menti ? Pourquoi lui avait-il caché des choses sur Scott ? Ils avaient été pourtant proches à une époque, Derek l'avait-il oublié ? Il tenta tout de même de reprendre ses esprits, et quand il répondit à Jennifer, sa voix ne trembla quasiment pas.
« C-comment ça ? Bingley est malade ?
-Non, non, ce n'est pas ça. Il ne revient plus dans la région car il a eu une histoire de cœur qui s'est mal terminée. »
Devant le regard perplexe et intrigué du jeune homme, Jennifer continua son explication.
« Bingley était très proche d'une jeune fille qui habitait Beaconshire. Ils se voyaient très souvent, mais des bruits ont très vite courus sur la malhonnêteté de la jeune fille. »
Stiles écarquilla les yeux en comprenant qui était la « jeune fille » en question. Ça ne pouvait être qu'elle, ça ne pouvait être qu'Allison. Comment des gens avaient pu mettre en doute l'honnêteté de sa sœur ? C'était la fille la plus serviable, aimable et sincère qu'il connaissait. Qu'avaient bien pu raconter les vieilles commères de Beaconshire pour tarir ainsi sa réputation ?
« Ses intentions n'étaient pas bonnes ? demanda le jeune homme en secouant la tête, incrédule.
-Sa famille ne roulait pas sur l'or, d'après ce que j'ai compris. Les gens disaient qu'elle ne s'intéressait qu'à Bingley pour son argent et que sa famille l'a poussé à le faire, surtout sa mère. Ils ont tous été jugés indésirables et manipulateurs. »
Stiles n'en croyait pas ses oreilles. Les mots de la jeune femme l'atteignaient en plein cœur, et sa gorge se serra. Alors c'était comme ça que la population de Beaconshire voyait sa famille ? Comme des êtres menteurs dont les actions n'étaient motivées que par l'argent ? Ces pensées lui donnaient envie de vomir.
« Heureusement que Mr Dracy était là pour repérer tout ça. Il a tout expliqué à Bingley et ils ont quitté la région pour s'installer ailleurs et oublier cette famille qui avait bien failli les mettre sur la paille. C'est un brave homme, ce Darcy. Sa future épouse sera la plus heureuse des femmes », termina Jennifer en affichant un petit sourire.
Elle ne pensait pas faire de mal à Stiles en lui racontant cette petite histoire. Elle pensait simplement lui faire la conversation, pour faire un peu plus ample connaissance. Elle n'imaginait pas l'effet que ces révélations avaient pu faire au jeune homme en face d'elle. Mais elle vit dans ses yeux, quand elle termina de parler, que quelque chose n'allait pas.
Stiles avait la gorgée serrée d'amertume et d'incompréhension. Il se sentait minable aussi. Minable d'avoir pu faire confiance à Derek, d'avoir cru ressentir des choses pour lui alors que pendant ce temps ce dernier le poignardait dans le dos. Il s'était bien moqué de lui avec son air innocent, ses regards brillants comme si de rien n'était. Comment avait-il pu lui faire ça ? Comment avait-il pu revenir le voir et prendre soin de lui quand il s'était brûlé alors qu'il avait causé le malheur de sa sœur ? Sa sœur qui avait été terriblement malheureuse, qui s'était rendue malade du départ soudain de Scott et qui essayait de remonter la pente même si elle n'arrivait toujours pas à passer à autre chose. Comment Derek avait-il pu être aussi cruel ?
Stiles secoua la tête et rit jaune intérieurement. La réponse était évidente en y repensant. Derek avait toujours été dur, sans cœur et considérait tout le monde comme inférieur à lui. Il s'était déjà comporté de la même façon avec Kate, lui rendant la vie impossible et sans avenir. Stiles avait pensé qu'il avait changé, ou du moins qu'il ne se comporterait jamais comme ça avec lui ou sa famille. Mais il s'était lamentablement trompé. Cette histoire lui avait montré qu'il devait arrêter de croire que les gens pouvaient apprendre de leurs erreurs et ne plus les reproduire. Derek resterait le même jusqu'à la fin de sa vie, un être sans scrupule qui ne pense qu'à lui-même. Stiles se trouvait pathétique d'avoir pu avoir des sentiments pour un homme comme ça. Il se dégoûtait d'avoir pu éprouver des choses comme ça.
« Je crois qu'il est l'heure de rentrer, je vais aller préparer du thé, qu'est-ce que tu en dis ? demanda Jennifer, sortant ainsi Stiles de ses pensées amères.
-Je-je vais rester encore un peu. Je vais faire un tour, réussit-il à répondre malgré l'énorme poids qu'il avait en travers de la gorge. »
La jeune femme acquiesça puis lui sourit comme pour lui redonner courage. Elle lui tapota l'épaule sans lui poser de questions puis s'en alla.
Stiles, quant à lui, se mit à marcher droit devant lui, sans véritable but. Les paroles de Jennifer tournaient et retournaient dans sa tête inlassablement et il tentait toujours plus de comprendre comment Derek avait-il pu faire une chose pareille. Etait-ce ce qu'il avait voulu lui dire la veille ? Voulait-il que Stiles le pardonne ? Non, ça ne pouvait pas être ça, le loup-garou ne regrettait jamais rien. Il était peut-être même fier d'avoir fait ça. Briser le bonheur des gens était peut-être un passe-temps pour lui, qui sait. Le jeune homme secoua la tête, consterné par cette pensée.
Il marchait encore, la tête basse et l'esprit agité, quand une goutte de pluie lui tomba sur la tête. Il leva la tête vers le ciel et jura entre ses dents cette journée était vraiment un pur désastre. Les nuages au-dessus de sa tête étaient devenus gris-noir et il entendit le tonnerre au loin. De plus en plus de gouttes tombèrent sur le sol et bientôt une averse éclata. L'odeur de la terre mélangée à l'eau de pluie entoura Stiles et il se mit à marcher plus vite pour tenter de trouver un abri. Il s'était beaucoup éloigné de la maison des Collins et un retour en arrière ne servait à rien. Il n'avait plus qu'à prier pour que l'orage ne l'atteigne pas avant qu'il n'ait trouvé quelque chose pour se protéger.
Il rabattit la capuche de son sweat rouge sur la tête et se mit à courir. Il pensa que se dépêcher pouvait le sauver de l'orage, ou peut-être de la situation qu'il avait laissée derrière lui. Qu'avait-il fait au bon Dieu pour mériter ça ? Pourquoi était-il toujours aussi naïf et altruiste ? Pourquoi être aussi humain le blessait-il autant ?
Le jeune homme aperçut enfin une clairière où se situait une rotonde en marbre au milieu. Il remercia le ciel pour cet abri et s'y dirigea comme s'il s'agissait de son salut. Une fois à l'intérieur, il s'appuya contre une des colonnes en pierre qui soutenaient le toit en forme de dôme et ferma les yeux.
« Inspire, un, deux, trois, expire, un, deux, trois… » se dit-il à haute voix pour calmer les battements de son cœur bien trop élevés.
Il laissa ses pensées divaguer et se diriger inexorablement vers le responsable de son état actuel. Il se revoyait dans la salle de bain à Halebourne des mois auparavant. Il avait les mains sur les joues de Derek, leurs regards étaient plongés l'un dans l'autre. Le loup-garou avait semblé si parfait à ce moment-là. Comment Stiles aurait-il pu croire un seul instant qu'il allait faire du mal à sa sœur et lui gâcher ainsi un avenir comblé et heureux avec Scott ? Comment aurait-il…
« Stiles ! »
Quelqu'un lui toucha l'épaule. Il ouvrit rapidement les yeux et recula d'un bond en voyant la personne qui se tenait devant lui : Derek je-cache-bien-mon-jeu Darcy.
« Est-ce que ça va ? » demanda le loup-garou avec un air inquiet sur le visage.
Il jouait drôlement bien son rôle, Stiles aurait presque pu tomber dans le panneau. Dommage que maintenant le jeune homme connaisse enfin la vraie nature de l'homme en face de lui.
« Stiles, je… je ne peux plus rien garder pour moi. J'ai besoin de te l'avouer car je vais devenir fou à force de te le cacher, commença Derek d'une voix hésitante et timide qui ne lui ressemblait pas. J'ai déjà voulu te le dire hier, mais je me suis dégonflé. Ces derniers mois ont été terribles pour moi, je devais toujours faire attention à ce que je disais ou à ce que je faisais. Je ne suis pas venu à Alphasford pour Peter mais uniquement pour toi, pour te voir. »
C'était la première fois que le jeune humain entendait Derek parler aussi longtemps. Que lui était-il arrivé pour qu'il devienne si subitement loquace ? Stiles ne comprenait rien à la situation et afficha un froncement de sourcils. Son énervement s'était transformé en incompréhension totale, mais sa colère n'avait pas disparue pour autant.
« Qu'est-ce que tu veux dire ? Je suis pas certain d'avoir tout compris, réussit-il tout de même à articuler en paraissant le moins amer possible.
-Je t'aime Stiles, répondit immédiatement Derek comme s'il savait que s'il ne le disait pas tout de suite il ne le dirait jamais. »
Le jeune homme hoqueta de surprise et son cœur loupa un battement. Si un jour quelqu'un lui avait dit que Derek Darcy aurait de tels sentiments pour lui, il aurait bien pu lui rire au nez. Et si Derek lui avait avoué son amour quelques jours auparavant... Mais les si ne l'amèneraient à rien. Aujourd'hui tout était différent. Derek n'était plus l'homme attentionné et mystérieux qu'il avait paru être, non, il était à présent l'être manipulateur, orgueilleux et égoïste qui détruisait le bonheur des gens en un claquement de doigt. Cette déclaration était-elle sincère ou était-elle encore une manipulation du loup-garou ?
Derek interpréta le silence du jeune humain comme un temps de réflexion, alors il reprit.
« J'ai de sincères sentiments pour toi, Stiles. J'ai murement réfléchi et je me fiche de ce que les gens peuvent penser. Est-ce que euh… »
Il marqua une pause, respira un bon coup, puis tenta de fixer son regard dans celui du jeune homme en face de lui avant de demander :
« Est-ce que c'est réciproque ? »
Stiles n'en cru pas ses oreilles. Il écarquilla les yeux de surprise et une idée passa rapidement dans sa tête… Mais non, c'était de la pure folie, alors il se ressaisit. Derek n'était absolument pas le genre d'homme qui lui fallait, il détruisait toutes les personnes proches de lui. Il fallait que Stiles lui réponde par la négation et que sa réponse lui fasse autant de mal que ce qu'il a fait endurer à Kate ou à Allison.
Le jeune homme se mit enfin d'accord avec ses pensées et son visage étonné se transforma rapidement en un visage dur, prêt à avouer à Derek tout ce qu'il pensait de lui, quitte à mentir pour arriver à ses fins.
« Je suis flatté des sentiments que tu peux éprouver, Derek. Je suis désolé qu'ils t'aient fait souffrir ces derniers mois, je ne m'en étais pas rendu compte, répondit Stiles avec une once d'ironie dans la voix.
-Est-ce que tu te moques de moi ? demanda le loup-garou en fronçant les sourcils, un regard incompréhensif sur le visage.
-Non.
-Tu me rejettes, alors ? C'est ça ta réponse ? demanda-t-il plus incrédule encore.
-Tu as peut-être souffert à cause de moi, mais moi au moins je n'en avais pas conscience.
-Qu'est-ce que tu veux dire ?
-Comment tu peux faire autant de mal autour de toi sans même t'en préoccuper ? Pourquoi détruire le bonheur d'Allison en éloignant Scott ? N'était-elle pas aussi bien pour lui ? Ne répond-elle pas à tes critères juste parce qu'elle est humaine et qu'elle n'a pas assez d'argent comparée à lui ? s'énerva Stiles.
-De quoi tu parles ?
-De toi et de ton aptitude à détruire le bonheur des autres ! s'emporta-t-il en levant les bras au ciel, exaspéré de voir que Derek n'assumait même pas ses actes.
-Je ne… commença le loup-garou.
-Et Kate, alors ? continua Stiles sur le même ton.
-Quoi, Kate ? répondit Derek en s'avançant vers Stiles, les yeux légèrement plissés.
-Elle m'a tout raconté. A la fois sur votre histoire mais aussi sur la manière dont ça s'est terminé. T'as pas honte de lui avoir fait et de toujours lui faire autant de mal ? Tu réalises que tu gâches tout son bonheur ?
-Oh, pardon, Kate doit vraiment être très malheureuse ! s'écria Derek plein d'amertume.
-Attends je rêve ou j'entends de l'ironie là ? T'es à ce point insensible aux autres ? Tu peux au moins nier le fait que tu l'as menacé de mort ? »
Kate lui avait fait part des différentes menaces qu'elle avait reçues de la part de Derek. Aller jusque-là pour une simple rupture mal digérée était inacceptable.
A l'entente de ces mots, Derek ouvrit la bouche pour répliquer mais se ravisa. Il fixa le sol et sembla se calmer du mieux qu'il pouvait avant de répondre d'une voix mi-hésitante mi-énervée.
« Je…Non. C'est la vérité, je ne peux pas nier. »
Stiles prit cette révélation comme un coup de poignard en plein cœur. Alors tout était vrai, Kate ne lui avait pas menti. Il était bien le Derek manipulateur et égoïste qu'il s'était imaginé. Savoir que tout ce qu'il avait pensé d'horrible sur le loup-garou était vrai lui donna la nausée. Une petite partie de lui-même avait encore espéré se tromper, être allé trop loin dans son imagination, avoir exagéré les faits ou les traits de caractère de Derek, mais non. La vérité lui éclatait en pleine figure et Stiles lutta contre le paysage qui valsait devant ses yeux.
« Pourquoi Kate a mérité ça ? Toutes tes conquêtes finissent comme ça ? demanda le jeune homme après avoir repris ses esprits.
-Non, Kate était une exception.
-Comment veux-tu que je… commença Stiles.
-Alors tu ne me fais pas confiance ? l'interrompit Derek en relevant les yeux. Après tout ce que j'ai fait pour toi ?
-Comment faire confiance à une personne aussi manipulatrice, égoïste et hautaine que toi ? s'écria Stiles en le pointant du doigt d'une manière énervée. »
Derek hoqueta et sembla blessé par ces derniers propos.
« Alors c'est comme ça que tu me vois ? répondit ce dernier en haussant le ton. Comment je peux être égoïste alors que je viens de te dire que je t'aime ? Toi, un simple humain sans argent et dont la famille semble si peu instruite que les parents cherchent à tout prix à marier leurs enfants plutôt qu'à travailler ! »
Stiles resta bouche-bée, le regard fixant Derek avec rage. Comment avait-il pu avoir des sentiments pour un tel homme ? Comment avait-il pu lui trouver des qualités ? Ces propos lui avaient noué la gorge et il dut se retenir pour ne pas s'effondrer. Le loup-garou paru le remarquer car il ravala tout de suite ses paroles, mais le mal était déjà fait.
« Excuse-moi, ce n'était pas ce que je voulais dire. J'étais énervé, je ne sais pas ce qui m'a…
-Comment aurais-tu pu croire que je puisse accepter d'être avec toi ? le coupa Stiles d'une voix pleine d'amertume. La première fois que je t'ai vu je me suis demandé pourquoi tu étais toujours tout seul, mais maintenant j'ai compris. La suffisance et l'orgueil que j'ai remarqué en un coup d'œil font de toi un être détestable. Derek, tu es bien la dernière personne avec qui j'aurais envie de partager ma vie, tu entends ? La dernière, cracha-t-il entre ses dents. »
Derek voulut répliquer, mais se rétracta. Il releva la tête et tenta de faire bonne figure pour ne pas s'effondrer devant le jeune humain. Il plongea son regard dans celui de Stiles pour tenter d'y déceler un brin de mensonges, mais il n'y trouva rien que de la vérité. Il ne se rendit pas compte qu'il s'approchait toujours plus de l'humain et qu'il se retrouvait maintenant qu'à quelques centimètres seulement de son visage. Leurs regards étaient plongés l'un dans l'autre et plus aucun des deux hommes ne bougeaient. Le cerveau de Stiles ne fonctionnait plus, mélangé entre l'énervement, l'amertume, la honte mais aussi quelque chose d'incontrôlable qui ne faisait que grandir en voyant Derek de si près. Ce dernier détacha son regard de celui de Stiles pour se diriger plus bas, droit sur ses lèvres. Il déglutit pour tenter de ravaler toute l'appréhension et le doute qu'il ressentait en ce moment même et s'approcha finalement plus près. Il sentait maintenant sur son visage le souffle chaud et la respiration rapide de Stiles. Il entendait les battements de son cœur s'affoler et il eut bien peur que le jeune homme fasse une crise de panique pile à ce moment-là. Derek avança encore, comme poussé par un être invisible qui l'attirait irrévocablement vers Stiles. Ce dernier ne sembla plus réfléchir et ferma les yeux, prêt à…
Rencontrer le vide.
Il ouvrit les yeux, incrédule et surpris. Il observa autour de lui, mais Derek était déjà loin. Il se précipita à l'extérieur de la rotonde, la pluie battante le trempant à nouveau. Il regarda à nouveau les alentours, mais ses émotions s'abattirent sur lui toutes en même temps. Il se laissa tomber sur l'herbe mouillée, anéanti par les derniers événements. Il replia ses jambes devant lui et les entoura de ses bras. Il se persuada ensuite que ce n'étaient que des gouttes de pluie qui coulaient sur son visage et non des larmes d'amertume et de déception.
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Note de l'auteur: Outch, quel chapitre !
Merci beaucoup à tous les lecteurs, fantômes ou non, à tous ceux qui mettent l'histoire en favorite, qui la suivent ou qui laissent des reviews. C'est vraiment un moteur pour moi et je vous envoie toute ma gratitude ! A bientôt.
