Quelques heures plus tard, Addison observait quelques heures de repos méritées en salle de garde. Le Seattle Grâce Hospital n'avait pas perdu son aura dramatique, elle traînait à nouveau dans son sillage sa notoriété diabolique. Elle venait de ruiner la vie de son amie. Quoi de plus logique pour Satan ? Le visage terré dans un oreiller, elle spéculait sur les réactions auxquelles elle devrait faire face. La fatigue dopait sa lucidité, elle finissait par se persuader que tout le monde lui en voudrait. Elle ne voulu pas quitter son refuge jusqu'à ce que Meredith Grey frappe à la porte.
-« Docteur Montgomery ? »
Addison émit un grognement à peine perceptible. Un peu embarrassée, Meredith haussa légèrement le ton :
-« Docteur Montgomery. Le doc… Callie Torres est réveillée. Elle n'est plus sédatée, et semble beaucoup plus calme. Elle veut vous parler. »
Addison entrouvrit ses paupières. Elle distingua la silhouette fluette de la jeune résidente dans le chambranle de la porte. Un halo lumineux semblait entourer la jeune femme, porteuse de nouvelles providentielles. Tu délires, ma pauvre fille, se raisonna Addie.
Elle se leva, et suivit Meredith jusqu'à la chambre de Callie. Elle la remercia, puis pénétra dans la pièce. Callie lui offrit un léger sourire en guise de drapeau blanc. Addison se cramponna à son courage et fit quelques pas en direction du lit de son amie.
-« Tu peux t'approcher, je en vais pas te mordre » ironisa l'orthopédiste.
-« Il y a quelques heures, je n'en aurais pas mis ma main à couper » renchérit Addison.
Les deux femmes sourirent.
-« je suis désolée… » plaida Callie après un long silence.
-« Callie, tu n'as pas à … »
-« Si, je le dois, ce que je t'ai dit, c'était infect. Je n'aurais pas du reporter ma douleur sur toi, je sais que tu as fait… »
-« Tu avais mal. Je comprends ta réaction. »
-« pas moi, c'était stupide et irrationnel. Je me sens tellement vide, tellement… »
-« Inutile »
Les deux amies échangèrent un regard lourd de sens. Addison s'assit sur le rebord du lit, prit la main de Callie. Les circonstances étaient différentes, ma la douleur n'en demeurait pas moins analogue. Addison n'avait jamais sentie son amie si fragile. Elle était soulagée d'avoir retrouvé son amitié. La culpabilité qui l'avait envahie ne s'était pas émoussée pour autant. Elle savait qu'elle aurait du refuser cette intervention. Mêler vie privée et vie professionnelle ne générait rien de bon.
Elle se remémorait aisément les séquelles de son avortement. Les séquelles de l'annonce de sa stérilité. Cette sorte d'anesthésie psychologique qui avait mis des mois à s'estomper. La douleur teintée de solitude et d'impuissance. Une douleur qu'elle avait cherché à nier, mais qui ne perdait pas une seule occasion de se manifester. C'était à la fois si loin et si proche. Jamais elle n'aurait souhaité ça à Callie.
-« Tu as besoin de quelque chose ? » demanda-t-elle
-« Je... je suis un peu perdue, je ne sais pas trop. George est venu me voir tout à l'heure. Il m'a serré dans ses bras, il est resté un long moment avec moi. Tu en peux pas savoir à quel point tout ça m'a fait du bien… »
-« C'est une bonne chose »
-« Oui mais je ne sais pas trop ou j'en suis avec lui, avec Stevens et toute cette histoire. Je crois que j'ai besoin de toi… mais je ne sais pas si tu peux… »
-« Ne t'inquiète pas, je vais m'arranger et je resterais aussi longtemps que tu en as besoin. »
-« Merci »
-« Maintenant, je vais te laisser te reposer, je repasserais un peu plus tard » Elle joignit l'acte aux paroles et se dirigea vers la porte.
-« Hé ! » apostropha Callie, laissant Addison se retourner. « Tu m'as manqué Montgomery. »
-« Toi aussi Torres »
Addison sortit de la chambre, le cœur galvanisé par ce soudain regain d'amitié. Elle se dirigea vers le poste des infirmières, prit un téléphone et entreprit un discours diplomatique des plus périlleux pour justifier à Naomi le prolongement de ses congés. D'abord furieuse, cette dernière concéda finalement à son amie le nombre de jours qu'elle réclamait. Addison remercia chaleureusement son amie avant de raccrocher. Elle informa Richard de son désir de s'établir à nouveau quelques jours à Seattle pour soulager Callie. Celui-ci fut ravi de voir la chirurgienne sillonner à nouveau les allées de son hôpital, gageant qu'il ferait son possible pour la convaincre de poser définitivement ses valises. Addison apprécia sa démarche mais maintint sa position quant à son retour à Seattle : ce n'était pas une option envisageable. Toutefois, Richard argua qu'il ne s'avouerait pas aussi facilement vaincu.
Une certaine fluidité semblait s'installer dans son quotidien. La réconciliation post traumatique avec Callie, la coopération de Naomi, les compliments du chef. Le poids de la fatigue s'amoindrissait, et, après un bref détour pour vérifier que Callie dormait toujours, Addison décida de s'octroyer un break à L'Emerald City Bar avant de rejoindre son hôtel.
Lorsqu'elle pénétra dans l'antre nébuleux de Joe, Alex la remarqua immédiatement. Ce n'était pas le tintement de la clochette juchée sur la porte, ni les regards masculins en direction de la jolie rouquine qui l'alertèrent. En réalité, Alex écumait les bières depuis plusieurs heures en attendant, imperturbable, son hypothétique arrivée. Il n'avait pas décroché son regard de la porte depuis son arrivée. Depuis leur accolade électrique dans l'ascenseur, il n'avait pu lui parler, et malgré les heures qui le séparaient de cet instant quasi-onirique, les papillons ne l'avaient pas quitté. Il désirait cette femme, il admirait cette femme, il l'aimait jusqu'à la démence. Il n'était plus tout à fait lui-même depuis son retour à Seattle. Il se sentait changé depuis le décès de Lily. Grandi. Avec l'impétuosité d'un gamin découvrant son idole, il se leva et se dirigea vers Addison. Il stoppa son épopée valeureuse au travers de la foule agglutinée au comptoir lorsqu'il remarqua qu'un inconnu avait déjà accosté la jolie chirurgienne. Pas si inconnu que ça, d'ailleurs, se dit Alex en détaillant un peu plus cet homme. Mark Sloan. Merde. Alex fit demi tour et s'installa au bar, ne quittant pas du regard les deux anciens amants. Leur complicité l'agaçait plus que moyennement. Il détestait sa façon de poser sa main sur son épaule lorsqu'il l'a taquinait et les sourires mielleux qu'il lui adressait. Elle ne lui devait rien, il n'était qu' « amis » mais cette jalousie brutalement dégourdie ne fit qu'accroître son désir de lui révéler ses sentiments. Ses desseins. Pour lui. Pour eux.
Constatant que Sloan ne semblait pas enclin à la libérer de son emprise, il décida de couper court à la parade du chirurgien en rut. Il marcha d'un pas décidé en leur direction et les salua. Pris à contre-pied par cet uppercut verbal, Mark darda un regard noir à l'encontre du jeune homme. Addison salua Alex en retour, tentant habilement de masquer toute gêne éventuelle.
-« Docteur Montgomery, je voudrais vous parler. »
Addison fut un peu surprise par sa démarche. Plus que tout, elle redoutait ce dont il voulait lui parler.
-« Je ne vais pas tarder à rentrer ». C'était l'excuse la plus ridicule qu'il soit (elle venait d'arriver), mais la seule qu'elle pu trouver sur le moment.
-« Addison, j'ai vraiment besoin de te parler » lâcha-t-il.
Son regard vint se planter dans le sien. Un silence électrisa ce moment, ni le décor, ni ses protagonistes, ne semblaient exister.
Mark Sloan, se sentant soudainement complètement transparent, jugeât sa présence facultative et se résolut à s'éclipser. Karev ou pas, il savait qu'il avait perdu Addison bien auparavant.
Addison reprit ses esprits et consentit à prendre un verre en compagnie d'Alex. Un fourmillement désagréable lui pesait sur l'estomac. Elle commanda un Manhattan et s'attabla. Il remarqua immédiatement son apparente nervosité et posa sa main sur la sienne, l'invitant à retrouver son calme. Ce qui provoqua l'effet inverse. Addison se sentit prise au piège et ne tarda pas à manifester d'autres signes d'anxiété. La journée s'achevait sur une note positive et elle redoutait de mettre leur relation psychodramatique sur le gril à nouveau. Elle savait que quelle que soit leurs arguments, ils finiraient par un consensus ridicule dont elle ne retiendrait que l'amertume.
« Cette journée a été… riche en émotion » débuta-t-il.
-« C'est le moins que l'on puisse dire» marmonna-t-elle, sur les nerfs.
-« Je ne sais pas trop par où commencer… »
-« Je vais te simplifier les choses, Alex : ne commence pas » Elle vit son regard se durcir « Ne le prends pas mal, je ne veux pas me battre avec toi mais je suis fatiguées de toutes ces tergiversations incessantes. C'est usant, à la fin. Et ça ne mène à rien de sain, pour toi, comme pour moi. »
-« C'est différent, cette fois-ci. »
« Différent jusqu'à quand, Alex ? Jusqu'à ce que tu prennes peur une nouvelle fois et que tu m'abandonnes sur un air de nostalgie ? »
Cette fois-ci, ses prunelles reflétèrent la colère qui s'éveillait. « Je pensais que... dans l'ascenseur, il y avait eu un moment… je pensais qu'il y avait eu un moment entre nous ! »
-« Alex, baisse le ton, je t'en prie. Je me suis assez de fois donnée en spectacle ici. »
Il voulu ôter sa main de la sienne, mais cette fois-ci, ce fut elle qui le retint avant de poursuivre « Je tiens à toi, Alex, je tiens vraiment à toi, mais parfois, il faut se rendre à l'évidence : entre nous, c'est impossible. Trop de différences, trop d'incompatibilités. » Elle vit son regard s'adoucir. « Je vais rester quelques jours, peut être même quelques semaines à Seattle pour aider Callie. Je ne veux pas passer mon temps à t'éviter. Je ne veux pas que nous soyons mal à l'aise, l'un vis-à-vis de l'autre. Nous valons mieux que ça. Et… finalement, l'amitié ne nous va peut être pas si mal… »
-« C'était une idée stupide » objecta Alex « J'ai dit ça parce que je ne voulais pas te faire du mal , j'ai dit que je préférais l'amitié parce que j'avais peur de ne pas être à la hauteur… mais maintenant je sais que… »
-« Tu ne sais pas, je ne sais pas non plus. Et c'est maintenant, Alex, que tu me fais du mal. Je n'ai plus la force d'y croire. Tu sais, après ce que Callie a enduré… tout ça semble bien dérisoire maintenant. »
Alex avait l'impression de s'être jeté d'un ravin vertigineux et de ne jamais voir la fin de sa chute. Tout cela lui semblait interminable et aux antipodes de ce qu'il avait imaginé. Il ne voulait pas la blesser, il savait qu'il avait usé de toutes ses chances et qu'il l'avait d'ores et déjà déçu. Il décida d'obtempérer pour le moment et de lui accorder son amitié le temps de voir si les choses iraient mieux.
xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx
Deux semaines s'écoulèrent. A la fois banales et singulières. Le rythme effréné des interventions avait repris ses droits au sein du Seattle Grace, et cette machine bien rodée n'était altérée que par la présence d'Addison dans ses entrailles. Son retour avait suscité de nombreuses interrogations de part et d'autre : allait-elle revenir pour de bon ? Pourquoi était-elle partie ?
Davantage sensible au moral de son amie plutôt qu'aux potins de l'hôpital, Addison dépensait la plupart de son énergie à distraire Callie. De papotages en partie de cartes, de larmes en fous rire, elle ne laissait pas à son acolyte le soin de s'ennuyer. Au fon d'elle-même, elle admirait la force et le courage de Callie qui ne semblait ne jamais ployer sous la douleur. Une philosophie qu'Addison connaissait bien. Au fur et à mesure des jours qui s'égrenaient, elle sentait une certaine rage gagner son maie, comme un besoin de croquer la vie à pleine dents. Certes, il lui arrivait de laisser échapper quelques amers regrets, mais Addison aimait à penser que ces moments se faisaient de plus en plus rares.
Elle arriva ce matin là les bras chargés de magazines féminins qu'elle comptait éplucher en compagnie de son amie. Lorsqu'elle ouvrit la porte de sa chambre, elle fut surprise de trouver Callie endormie et… George, à son chevet, assoupi lui aussi. Elle referma la porte discrètement et fila en salle de garde. Elle déposa ses revues sur une table et se servit une tasse de café. Karev pénétra à son tour dans la pièce. Il la salua et se dirigea lui aussi vers la cafetière.
Leur relation avait prit une tournure des plus étranges depuis leur discussion chez Joe. Ils avaient bien tenté de n'être que des amis, d'arborer un sourire consensuel lorsqu'ils se voyaient et faire table rase du passé. Mais le naturel revint bien vite au galop et bientôt les petits jeux de séductions reprirent leur droit, à l'abri des regards indiscrets. Cela ne dépassait jamais le stade du flirt, pas un baiser n'avait été échangé, tout au plus quelques regards qui en disaient longs. Alex ne savait pas trop quoi en penser, c'était à la fois exquis et néfaste. Avec un soupçon de frustration pour exacerber le tout. Il lui arrivait souvent, après une longue garde, de se promettre à lui-même qu'il arrêterait tout ça, qu'il regagnerait le terrain de l'amitié et se trouverait une autre camarade de jeu. Mais elle était Addison. Et aucune autre femme n'avait le charisme de cette femme. Elle était la seule à qui il avait ouvert son cœur, la seule à laquelle il avait montré ses blessures, la seule qu'il avait aimé. La seule qu'il aimait. Mais à défaut de mode d'emploi, il s'était fourvoyé sur cette route qu'il n'avait jamais empruntée et avait joué de maladresse. Il ne lui restait plus qu'à accepter le maigre lot de consolation qu'elle voulait bien lui offrir. Et à vrai dire, il redoutait de la blesser davantage.
Il s'approcha d'elle, pris une tasse sur l'étagère située au dessus d'eux. Il se colla volontairement contre son dos, humant avec plaisir le parfum de son shampoing. Elle ne sourcilla pas, jouissant elle aussi de ce contact physique inopiné. De son bras, il contourna sa taille pour agripper l'anse de la cafetière. Il resserra un peu plus son étreinte, approcha la cafetière de sa tasse, posa son menton sur son épaule pour pouvoir verser correctement son café.
« Tu sens bon » murmura-t-il au creux de l'oreille avant de la libérer de son étreinte.
Un large sourire se dessina sur son visage. Elle aimait la façon dont elle se sentait belle dans le miroir de ses yeux. Cette relation n'en était que plus délectable. Ils frôlaient le désir, le contournaient, le dupaient, sans jamais avoir à affronter les conséquences.
Ils échangèrent quelques banalités avant qu'il ne soit bipé. Ce n'était pas plus mal, se dit Addison. L'atmosphère s'était considérablement réchauffée depuis son arrivée et il fallait faire chuter la température.
Elle retrouva Callie dans sa chambre, curieuse de savoir ce qu'il s'était passé entre son amie et son (presque) ex-mari.
-« Bonjour, Comment te sens-tu aujourd'hui ? » questionna Addison.
-« Bien, la nuit a été calme, j'ai bien dormi. Et toi ? Tout va bien ? »
-« Bien, merci » sourit-t-elle. « Mais n'essaie pas détourner le sujet de conversation… Il semble que ta nuit n'ait pas été très « solitaire » ? » Demanda t'elle en insistant délibérément sur le terme « solitaire ».
Callie rit aux éclats.
-« Alors comme ça, on joue les voyeuses ? » Puis, devant l'air interdit d'Addison expliqua que George était venu lui rendre visite, qu'ils avaient beaucoup discuté et qu'à bouts de mots, ils s'étaient endormis l'un à coté de l'autre. « C'est la première fois que nous discutons ainsi. Même pendant notre mariage, je crois que nous n'avions jamais partagé ce genre de complicité » s'extasia-t-elle.
-« Je suis contente pour toi… Vous allez…. Vous allez refaire une tentative ? »
-« Je ne sais pas trop… si je me laisse emporter par l'euphorie du moment, je dirais volontiers « oui », mais après réflexion, je ne suis pas sure que ce soit une si bonne idée »
-« Je ne saurais que trop te conseiller la prudence, mais peut être devrais-tu envisager cette éventualité avec lui. Tu es quelqu'un de bien. Tu as besoin d'un homme à tes cotés. »
-« Tu peux parler, miss je-ne-veux-plus-de-rencards ! »
-« C'est différent… » rétorqua Addison avant d'embrayer sur un autre sujet de conversation.
En fin de matinée, Alex pénétra dans la chambre, porteur de bonnes nouvelles. Les derniers résultats de Callie étaient excellents et il pourrait la laisser sortir le lendemain. Callie se réjouit de cette nouvelle mais nota dans l'expression de son interne quelque chose de tout aussi intéressant : il n'avait presque pas quitté Addison des yeux depuis son arrivée. De même, lorsqu'il s'approcha de Callie pour prendre sa tension, les yeux du beau résident restèrent figés sur les traits de son amie. De son coté, les prunelles azures de l'obstétricienne ne le lâchaient pas non plus. Il esquissa un petit sourire avant de quitter la pièce, assurant à Callie que médicalement, plus rien ne la retenait ici et qu'un psychiatre viendrait en début d'après midi confirmer son diagnostic.
-« C'est génial, tu vas pouvoir sortir de cet hôpital ! » lâcha Addison
-« Ne sois pas si contente de rentrer chez toi ! » ironisa Callie
-« Tu sais très bien que je resterais le temps dont tu auras besoin. Hors de question que je t'abandonne avant que je sois sure que tu vas bien… je veux dire, réellement bien. »
Callie sourit. « Mais es-tu bien sûre que je sois la seule chose qui t'incite à prolonger ton séjour à Seattle ? »
Addison prit un air étonne « Comment ça ? »
-« ne fait pas l'innocente, je te parles de Karev et toi. Petite cachottière, je pensais qu'il n'y avait plus rien entre vous. »
-« Il n'y a plus rien » s'offusqua presque Addison. « Nous sommes amis, rien de plus. »
-« je peux t'assurer que si je regardais tous mes amis comme tu le regardes, ce n'est pas George qu'on aurait accusé d'adultère »
Addison, sentant ses joues s'empourprer, détourna le regard. Elle sentait le regard de Callie planté sur elle et aurait donné n'importe quoi pour pouvoir fondre sur sa chaise. Elle redoutait plus que tout de devoir admettre que, bien sur, il y avait plus que de l'amitié dans ces regards là.
-« Addison, si tu aimes ce type, pourquoi ne pas simplement tenter la chose, car assurément ce sentiment est partagé. »
-« C'est plus compliqué que ça… » La mine d'Addison s'assombrit brutalement. « Il m'a déjà beaucoup fait souffrir. Enormément même. Et… tout est si compliqué dans son esprit… c'est encore un gamin, je crois qu'il ne sait pas ce qu'il veut… et je ne veux plus de relations éphémères, de ces histoires basées uniquement sur le sexe. On ne peut pas dire que ça m'ait porté chance jusqu'à présent. »
-« Tu te compliques aussi beaucoup trop la vie… »
-« de toute façon, ça ne sert à rien, il fait sa résidence à Seattle, ma vie est à Los Angeles maintenant. »
-« Alors pourquoi ne pas en profiter un peu et t'accorder du bon temps pendant la fin de ton séjour ? »
« Parce que… »
Addison resta perplexe et passa le reste de son après midi à se demander si Callie n'avait pas raison. Mais son cœur tremblait à l'idée de s'ouvrir à nouveau à Alex Karev, elle ne voulait as risquer de s'exposer trop à cet homme qui l'avait déjà leurré tant de fois. Elle se sentait à nouveau perdue, à un carrefour d'émotions trop riches et trop conséquentes. C'était explosif, brûlant.
Elle s'installa dans la galerie pour observer l'intervention de son successeur assisté… d'Alex Karev. Ironie du sort ? Bonne excuse. Addison savait pertinemment qu'il officiait aux cotés du Docteur Reynolds pour avoir scrupuleusement étudié te planning des interventions quelques minutes plus tôt. Alors que son regard vagandondait sur les différents protagonistes de la salle, elle ne put s'empêcher de constater qu'Alex avait pris beaucoup d'assurance. Elle appréciait sa technicité. Une certaine fierté grandit en elle à cette simple pensée.
Alex finissait de suturer sa patiente lorsqu'il le va les yeux vers la galerie. Il distingua immédiatement son ex-titulaire juchée sur l'un des bancs. Il perçut son regard figé sur lui pendant qu'il achevait ses sutures. Reynolds félicita sa technique et sa précision et lui permit pour la première fois de donner les consignes post-opératoires. Alex mesura toute la portée de cette « récompense » offerte sous les yeux d'Addison. Il nota quelques instructions dans le dossier, et sortit se nettoyer, non sans avoir au préalable adressé un regard à la chirurgienne.
Quelques minutes plus tard, il se rendit au bureau des infirmières lorsqu'il la croisa. Instinctivement, lorsqu'ils se frôlèrent, il laissa ses phalanges effleurer le velouté des siennes. Une sensation unique les foudroya littéralement. Aucun ne put bouger, bercé par l'intensité du moment et le désir qui ne cessait de croître. A bout d'excuses, ils échangèrent un regard convenu puis se dirigèrent vers l'une des salles de pause, veillant maladroitement à ne pas être pris en faute. A peine, eurent-ils pénétré dans la salle qu'il la plaqua contre la porte, verrouillant au passage le loquet de sécurité.
« C'est purement sexuel » murmura-t-elle difficilement sous ses baisers. Elle sentait sa langue masser vivement la sienne. Elle perdait tout contrôle et laissait ses mains expertes parcourir son corps. Elle glissa les siennes sous son tee-shirt, jouant du bout de doigts avec les muscles de son dos. Ses lèvres étaient partout à la fois, sur les siennes, sur son décolleté, sur sa nuque… Il déboutonna son chemisier tout en goûtant son épiderme. Elle laissa échapper un soupir de satisfaction tandis qu'elle sentait une chaleur insoutenable s'emparer d'elle. Il sentit sentais son pouls s'accélérer, ses baisers était mêlés de respirations chaudes et rapides. Il fit glisser sa jupe à ses chevilles, elle s'en débarrassa rapidement et encercla sa taille de ses longues jambes. Il porta jusqu'au lit où ils laissèrent libre cours à toutes leurs fantaisies sexuelles.
Lorsqu'ils eurent franchit les barrières de l'extase, il l'enveloppa dans ses bras, déposa un baiser sur le bout de son nez. Elle colla son visage contre son torse, reprenant peu à peu sa respiration.
-« Je ne plaisantais pas » réaffirma t-elle après un long silence. « C'est uniquement sexuel »
D'abord surpris par cette confession inattendue, il déposa un nouveau baiser sur son front avant d'ajouter « Vraiment ? »
« Alex, je vais repartir à Los Angeles, et nous savons bien que nous pouvons rien établir… »
-« Je sais » consentit un Alex résigné.
Il avait espéré plus. Au fond de lui, il voulait toujours plus. Addison n'était pas une femme comme une autre, il ne voulait s'envoyer en l'air avec elle comme avec n'importe quelle autre. Il s'était promis de ne plus la faire souffrir, de ne plus faire du mal alors il plia devant ses explications. Tandis qu'ils se rhabillèrent, il ne pu s'empêcher de lui demander : « Notre petit… « Arrangement » n'était valable que pour une seule session ? » qu'il ponctua d'un petit sourire suggestif.
Addison esquissa elle aussi un sourire « Si tu es sage, on pourra peut être lui donner suite »
Alex n'en revenait pas. Lui, Alex Karev, se laissait mener par le bout du nez par cette merveilleuse femme dont il était éperdument épris. Il avait remisé son orgueil aux oubliettes, bazardé son cynisme de séducteur. Tout. Pourvu qu'elle lui accorde quelques petits bouts d'elle.
Les cinq jours suivant marquèrent donc un nouveau virage dans leur relation. Ils avaient glissé vers le chemin scabreux dune amitié « améliorée ». Chacun semblait y trouver son compte. Aucun ne semblait constater que cet arrangement commençait sérieusement à gâter les choses entre eux. Aucun dialogue ne marquait leurs escapades lascives. Ils revisitèrent tous les recoins de l'hôpital, brûlant leurs peaux l'une contre l'autre, comme s'ils avaient voulu tatouer leur empreinte. Leur épopée libertine devenait de moins en moins secrète, les deux amants ne sachant plus quel parade utiliser pour détourner les soupçons de leurs collègues et amis. Callie se réjouissait du bonheur arboré par son amie et n'avait pas obtenu moult détails sur leur relation importune. La pudeur avait été abîmée par l'érosion du temps et ils ne reculaient devant aucun caprice de l'autre.
Addison trouvait sans cesse une nouvelle excuse pour repousser la date de son départ : tantôt il s'agissait de son inquiétude pour les séquelles psychologiques de Callie, tantôt elle trouvait un consultation à donner au Seattle Grace. Sans toutefois jamais avouer les vraies raisons. D'ailleurs, Alex ne tenta pas de lui poser la question, même s'il trouvait cette situation de plus en plus difficile à gérer. Il aurait voulu plus, aussi inconcevable que cela puisse paraître, qu'une banale aventure ne lui suffisait pas. Il voulait l'aimer chaque jour davantage, lui prouver cet amour.
Il se perdait dans ses pensées lorsqu'une silhouette féminine se dessina à ses cotés. Lorsqu'il pencha la tête pour la distinguer, il cru défaillir. Elle n'avait pas changé. Ses cheveux avaient légèrement poussés, elle semblait fatiguée, mais elle était bien là.
-« Alex, tu ne dis rien… »
-« qu'est ce que… Qu'est-ce que tu fais là ? »
-« Je ne sais pas trop comment je suis arrivée là, Alex… tout ce que je sais, c'est que je me suis retrouvée à l'aéroport… tu me manques, Alex, et je hais la façon dont tu t'es défilé et tu m'as laissé partir… mais j'avais besoin de savoir : y-a-t-il une chance pour que tu éprouves la même chose que moi ? »
Alex ne savait pas trop quoi en penser. Ava. Elle était bien là. Mais son cœur restait de marbre. Il appréciait la jeune femme, mais il n'y avait rien de comparable avec ce qu'il pouvait ressentir pour Addison. A vrai, s'il ne ressentait pour Ava que le quart de ce qu'il ressentait pour Addison, il se serrait sûrement jeté dans ses bras. Pourtant, stoïque, il ne su quoi faire. Parce qu'il n'avait envie de rien faire. Il décida de l'emmener à la cafétéria pour obtenir plus d'informations. Il ne remarqua pas Lexie qui avait épié toute la scène dpuis le couloir. Il ne lui fallu pas longtemps pour apprendre auprès des infirmières les dessous de l'affaire Ava-Alex. A en juger par le regard peu convaincu qu'Alex avait adressé à cette femme, elle jugea que Rebecca ne serait pas un trop gros obstacle dans sa tentative de reconquête du beau résident. Elle y vit au contraire une arme efficiente pour éliminer Addison de son chemin. Elle avait bien compris que la jolie rousse n'était pas étrangère à l'éloignement d'Alex. Elle avait eu le loisir d'observer leur petit manège, leurs regards, leur complicité qu'elle jugeait abjecte.
Elle s'empressa donc de rejoindre Addison qui travaillait aujourd'hui sur un cas difficile avec Reynolds.
-« Docteur Montgomery, je peux vous parler ? »
Un peu surprise, Addison accepta et s'isola avec elle dans une salle de garde.
-« Que puis-je faire pour vous, docteur Grey ? »
D'un aplomb étonnant et guidée par une fourbe sincérité, Lexie répondit : « Je sais que ce ne sont pas mes affaires, mais bon, j'ai déjà été victime d'Alex Karev, alors je préfère vous prévenir… un chirurgien avisé en vaut deux… Je viens d'apprendre, par hasard, que le grand amour d'Alex est de retour à Seattle ! »
Inquiète et incrédule, Addison ne sut que répondre
-« Vous savez » renchérit Lexie « cette inconnue dont il s'est occupé pendant plusieurs mois et dont il est tombé amoureux… et bien elle est revenue, et il parait qu'elle est revenue pour lui, parce qu'elle ne peut pas l'oublier et qu'elle l'aime toujours »
Addison avait l'impression que la jeune femme venait de scier ses deux jambes. Cherchant à garder un minimum de consistance, elle feint l'indifférence.
-« Eh bien, tant mieux pour eux… »
-« Enfin moi, je vous dit, juste pour que vous ne vous fassiez pas avoir… tout l'hôpital sait bien ce qu'il se passe entre vous, alors je ne voudrait pas que vous passiez pour le dindon de la farce… ceux deux là semblent tellement s'aimer… »
Addie déglutit péniblement. Elle leva les yeux, comme pour retenir ses larmes.
-« C'est très gentil de votre part, Docteur Grey. Maintenant, si vous voulez bien m'excuser. »
Les yeux humides, elle quitta la pièce, arpentant les couloirs du Seattle race à la recherche d'Alex. Lorsqu'une infirmière lui confirma qu'il était à la cafétéria en compagnie d'Ava, elle eut envie de hurler. Et pourtant, elle savait qu'elle était l'investigatrice de cette relation. C'était elle qui avait demandé à Alex de mettre des barrières entre leurs actes et leurs sentiments. Elle s'en mordait à présent les doigts. Et réalisa à quel point elle aimait cet homme, quelle était la torture de l'imaginer avec une autre. Elle se sentait comme amputée d'un membre. Il allait s'éloigner d'elle tout en restant si proche. Un ami. Engourdie par la douleur, elle resta plantée au milieu du couloir, désemparée. Cette aliénation des sentiments allait à nouveau la mener vers la souffrance. Elle se reprocha une nouvelle fois de ne pas avoir su garder ses distances avec son ex-interne. Elle décida de mettre fin à se cauchemar, elle ne voulait pas retomber dans la spirale infernal qu'elle avait déjà connu. Il fallait tuer cet amour conjugué à la folie.
Elle attrapa un téléphone et réserva un vol pour Los Angeles. Elle passa une heure au téléphone avec Callie, exposant les raisons de son départ, s'excusant que tout soit si abrupt. Callie la rassura du mieux possible et tenta de la convaincre de rester, ou à défaut de parler avec Alex. Addison refusa cette éventualité et promis à Callie de revenir bientôt la voir. Elle quitta le SGH après avoir informé Richard de son départ et salué à la hâte Miranda, Mark et Derek. Elle savait qu'on la prendrait très certainement pour une folle, mais s'obstinait à partir au plus vite. Elle ne pourrait pas affronter le regard d'Alex, elle ne voulait pas lui demander de choisir. Car même si tout ça relevait d'un effort colossal, elle ne pouvait nier qu'elle avait provoqué cette situation. Ils avaient passé trop de temps à se faire du mal, leur relation n'évoluait que vers la douleur. Alex serait plus heureux auprès d'Ava, elle pouvait peut être mieux le comprendre.
Xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx
Alex écouta attentivement les explications de Rebecca. Il était visiblement touché par sa démarche, mais tout aussi gêné. Au fur et à me sure de son monologue, il se rendit compte qu'elle n'était pas Ava… Ava n'était qu'une sorte d'image préfabriquée par son inconscient. Ava n'était pas une femme idéale, Ava était la femme qu'Alex aurait voulu pour, lui, à un moment. Mais son cœur en avait décidé autrement. Son cœur portait le sceau d'Addison. Il ne savait pas trop quoi lui répondre, ni comment l'éconduire après un si long voyage et tant d'efforts.
Le sort s'en mêla lorsqu'il fut bipé pour une césarienne en urgence. Il du abandonner Ava et se rendre au bloc. En sortant, il fit un détour par les vestiaires pour y récupérer une pomme qu'il y avait caché. Il voulait ensuite parler à Addison. Mais lorsqu'il ouvrit la porte de son casier, une feuille de papier glissa sur le sol. Alex parcourut les quelques lignes rédigées à la hâte.
Alex,
J'ai du rentrer à Los Angeles. Les vacances sont finies, il était temps de reprendre mes esprits. J'aurais voulu te dire au revoir, mais je n'en avais pas la force. Il va falloir que nous prenions nos distances pendant un certain temps, c'est pour ça que je te demande de ne plus m'appeler. Nous allons devoir apprendre à avancer l'un sans l'autre. Et Ava semble être une très bonne candidate à ton bonheur. Ne gâche pas cette chance.
Addison
Alex lâcha la feuille, s'empara de son téléphone portable. Depuis combien de temps était-elle partie ? Etait-elle déjà à Seattle ? Il appela sur son téléphone portable mais fut accueilli par sa messagerie. Il appela chez elle mais son appel se mourut dans les abysses du silence.
Pendant ce temps, Addison, les yeux embués de larmes, tambourina la porte de Pete. Eberlué, ce dernier lui ouvrit
« Addison, que fais-tu ici et sais-tu qu'il est 23h… » Ses lèvres furent stoppées par celles d'Addison sur les siennes. Il goûta d'abord à ce baiser avec gourmandise, puis la repoussa en lui demandant « Attends, Addison, attends… qu'est ce que cela signifie ? »
« J'ai besoin de changement… »
