De Jouissance Pourpre
Par : LittleRobbin
CHAPITRE HUIT
OOO
« Tout l'art de la guerre est basé sur la duperie.»
—Sun Tzu
OOO
La première fois qu'il se mit à se douter de la détérioration de sa santé mentale fut le jour de l'anniversaire de Pansy. Il n'avait rien dit à Granger, n'ayant pas voulu voir la douleur et le chagrin se refléter dans ses yeux. La perte de Pansy avait été aussi dévastatrice pour elle que n'importe quel décès. Il avait décidé de laisser la journée s'écouler comme si de rien n'était. Mais peut-être que l'évènement l'avait plus affecté qu'il ne l'avait prévu, ou peut-être que c'était un effet du stress montant à l'approche de la Dernière Bataille. Tout ce que Drago savait réellement, c'était qu'un instant il était debout dans la cuisine en train de se préparer un café, et l'instant d'après, il s'était réveillé en sursaut dans le hall, les genoux creusés par les planches du parquet.
Le visage de Potter flottait dans son champ de vision, flou et distordu, et il lui fallut quelques secondes pour reconnaître la moiteur salée qui maculait ses joues. Potter l'avait aidé à se relever, plein d'inquiétude attentionnée et de réconfort anxieux. Il lui posait des questions, ou peut-être parlait-il seulement. Mais tout ce dont Drago avait conscience était le douloureux tremblement de ses jambes et la brûlure vive à sa main droite. Il laissa Potter le guérir, mais refusa son offre de potion antidouleur. Étrangement, il ne craignait pas que Potter se serve de cet épisode contre lui. Cela aurait été trop Serpentard de la part du Survivant. Il y avait un accord tacite entre eux de ne jamais en parler.
Et lorsque Drago se réveilla sur le sol de la cuisine une semaine plus tard, Potter au-dessus de lui, l'expression anxieuse, Drago commença à se rappeler de la raison qui l'avait fait haïr le jeune homme de façon aussi virulente lorsqu'ils étaient à l'école. Saint Potter le héros, et surtout son côté bon samaritain, l'irritait au plus haut point.
::
Hermione se souvenait de la seule autre fois où elle avait vu St. Mangouste dans un tel chaos. Cela remontait aux débuts de la guerre, lorsque la souffrance d'une telle magnitude n'était qu'une chose du passé, dont seuls les plus âgés se remémoraient encore de l'époque de la Première Guerre. Les lits étaient pleins de patients qui hurlaient de douleur, entassés dans les couloirs déjà encombrés. Les chambres étaient bondées et surpeuplées. Les Médicomages un tourbillon de blanc éclatant qui se déplaçait d'un malade à l'autre.
« Ce n'est pas vraiment nécessaire, » insista Hermione pour la quatrième fois. « Il y a d'autres personnes dont les blessures sont plus graves que la mienne. Je peux me soigner toute seule. »
« Une coupure de cette nature laissée trop longtemps sans soin peut provoquer des dégâts irréparables, surtout sur quand elle se trouve sur le bras avec lequel vous maniez votre baguette, » répliqua Matthews en lui lançant un regard entendu. « Je n'ai pas particulièrement envie de vous voir ici dans deux semaines pour que je vous ampute. »
Hermione expira entre ses dents, mais ne protesta pas plus longtemps. Avec fascination, ses yeux suivirent les mouvements de l'aiguille qui cousait sa peau.
« La majorité des gens détourne le regard à ce moment du traitement. »
« Je voulais devenir Médicomage, avant, » expliqua Hermione.
« Un choix de carrière gratifiant, malgré les nombreux aspects repoussants. »
« Je me suis toujours imaginée prendre des cours après la guerre. »
« Et ce n'est plus le cas ? » Matthews rabaissa doucement sa baguette d'un geste expert. L'aiguille s'enfonça une dernière fois dans son bras, avant de libérer du fil de suture invisible qui venait de refermer l'entaille de quinze centimètres. « Qu'est-ce qui a changé ? »
« Mon optimisme, » répliqua Hermione.
Devant son air interloqué, elle lui décocha un faible sourire. « La vie après la guerre ressemble plus à un mirage vue d'ici. »
« Vous ne croyez pas que vous allez y survivre ? »
Hermione haussa les épaules. Personne ne lui avait posé la question de façon aussi directe, et elle réalisa qu'elle n'avait pas de réponse à offrir. Elle tourna son bras d'un côté puis d'un autre, examinant la plaie qui guérissait déjà.
« Vous devez rester allongée pendant un temps, histoire de laisser les potions de régénération sanguine faire leur effet. » Hermione fit ce qu'on lui demandait, au grand soulagement de son corps endolori. Matthews la surplomba, ses yeux l'observant avec intensité à travers sa frange.
« Quoi ? »
Il haussa les épaules nonchalamment. « Je ne sais pas. Je suppose que je n'imaginais pas que vous étiez quelqu'un qui baisse les bras. »
Une Médicomage déboula dans la pièce sans prendre la peine de frapper. Elle ne regarda pas Hermione et attendit avec une impatience palpable que Matthews vérifie les formulaires qu'elle venait de lui remettre. Il acquiesça et marmonna quelque chose qu'Hermione ne pouvait pas entendre.
« Eh bien, je pense qu'on a fini ici, » dit-il, et son ton brusque poussa Hermione à se demander si leur précédente conversation avait réellement eut lieu. « Vous devez attendre ici jusqu'à ce que quelqu'un vienne vous donner un formulaire de sortie. »
Hermione mit à peine cinq secondes avant de décider de le suivre. Ses membres engourdis hurlèrent leur protestation et elle les ignora, titubant en dehors de la chambre puis dans le couloir.
« Hey ! » appela-t-elle. Matthews se figea et se tourna vers elle, mais il n'eut pas l'air véritablement surpris de la voir là. Elle réduit la distance entre eux, et planta un doigt sur sa poitrine à la seconde où elle se retrouva devant lui. « Je ne suis pas quelqu'un qui baisse les bras. Je me bats de toutes mes forces, chaque jour, et… et vous ne savez rien de moi ! »
« Et alors ? » demanda-t-il, arquant un sourcil.
« Et alors… alors ne vous avisez pas de me juger comme ça, sans rien savoir de ce que j'ai dû endurer. »
Elle savait que son menton était haut et que ses mains étaient sur ses hanches, et elle se fichait complètement que le Médicomage soit en train de lui adresser un rictus narquois particulièrement agaçant. Il fourra une main dans sa poche et en sortit une carte de visite.
« Ceci est mon numéro pro. Appelez-moi lorsque tout ceci prendra fin si vous envisagez sérieusement d'entreprendre une carrière de Médicomage, » dit-il.
Hermione se demanda si cela n'avait pas été là l'intention du guérisseur tout le long. Elle le fixa, puis baissa les yeux vers la petite carte semblable à celles des Moldus. Le nom du jeune homme était imprimé en lettres nettes en haut – James Matthews, Médicomage. Lorsqu'elle leva la tête, il avait déjà disparu dans l'océan de robes blanches.
« Maman est en train de devenir dingue à te chercher partout. »
Les lèvres d'Hermione s'ourlaient déjà en un sourire à la voix familière avant qu'elle ne puisse réellement saisir le sens de ses mots.
« Ta mère est ici ? »
Ron acquiesça, et elle remarqua distraitement les traces carmines collantes qui marbraient son visage. « Fred a été frappé par un sort de Découpe. Il va bien. »
Il s'excusa rapidement avec un sourire devant la panique qui avait dû apparaître sur son visage. « Désolée, J'aurais dû commencer par ça. Il a perdu pas mal de sang par contre, et doit se reposer pour récupérer complètement. »
Hermione déglutit. Hocha la tête. Il y avait autre chose. Elle pouvait le voir à ses traits tirés et la fatigue dans ses yeux. Elle considéra brièvement l'idée de retourner dans sa chambre et dormir jusqu'à ce que cette journée se finisse enfin. Mais il valait mieux savoir ce qu'il avait à lui dire maintenant. Il valait mieux encaisser toutes les pertes tout de suite, tant que l'adrénaline lui permettait encore de tenir. « Qui d'autre ? »
« Neville a quelques côtes brisées, mais il va bien. Luna-»
« Luna ? Qu'est-ce que Luna fait ici ? »
« L'un des refuges a été attaqué. Toutefois, elle va bien. Elle a perdu les eaux, mais les Médicomages disent qu'à ce stade de la grossesse, tout devrait bien se passer. Dean est avec elle. »
Hermione ferma les yeux et hocha la tête, refusant de se laisser submerger par le faible frisson de soulagement avant d'avoir entendu le reste – jusqu'au dernier nom. « Continue. »
« Goyle est toujours dans le coma. Lavande a les jambes brisées par l'explosion. »
Il s'approcha d'elle, ses mains saisissant les siennes, les serrant fort. Elle inspira profondément et lui fit signe de la tête de poursuivre. La voix de Ron se fit triste et grave. « On a perdu Cho. »
Hermione expira en un soupir douloureux et tremblant. Elle resserra sa poigne sur les mains de son meilleur ami et pressa dessus, relâcha, pressa, relâcha. Inspira lentement, expira. Elle hocha la tête et ouvrit les yeux, et réalisa que Ron l'observait patiemment.
« Je vais bien, » dit-elle.
« On devrait retourner au Square Grimmauld. Etre auprès d'Harry. »
Hermione inspira. Sentit sa poitrine se contracter quand l'air quitta ses poumons. « D'accord. »
« D'accord ? »
Elle acquiesça. « D'accord. »
::
Drago se réveilla, ses yeux rencontrant le plafond tâché de sa chambre, et sans le moindre souvenir de s'être assoupi. Il y avait un arrière-goût métallique dans sa bouche, caractéristique des potions antidouleur et ses côtes qui guérissaient rapidement ne pouvaient être que l'œuvre de Mme Weasley. Avec précaution, Drago effleura les bandages immaculés autour de sa taille. La douleur était tout de même assez présente pour le faire haleter faiblement, mais il arrivait à respirer sans trop de difficulté. Péniblement, son esprit s'emplit soudain d'images de Fred et de leur dernière plongée dans l'inconscient de Flint. Drago se souvenait vaguement de s'être écrasé sur le sol avant de perdre conscience complètement. Il avait dû se briser une, peut-être deux côtes dans sa chute.
Il mit cela sur le compte des potions antidouleur lorsque, remarquant finalement Teddy Lupin perché au côté de son lit, il était plus curieux que réellement surpris. « J'imagine que tu n'as aucune idée de comment je suis arrivé ici ? »
Le garçon jeta un regard sur la pièce. Ses yeux s'arrêtèrent sur la table de chevet où se trouvait un livre. Il pointa l'objet du doigt.
« Ah, Granger. » Drago se détendit contre les oreillers. Fred avait sûrement dû inventer une raison plausible pour justifier ses blessures. Une raison qui n'avait rien à avoir avec Drago, sombrant toujours plus profondément dans l'esprit dégueulasse du salopard qui avait presque violé la jeune femme. « Bien sûr. Je suppose qu'elle t'a laissé ici pour garder un œil sur moi ? »
Le regard de l'enfant se posa sur ses cartes de Quidditch. Drago ferma les yeux et lorsqu'il les rouvrit, dix-sept minutes s'étaient écoulées. Le garçon s'était rapproché de lui, ses cheveux s'éclaircissant d'une teinte sous l'effet de sa curiosité.
« Tu es mon cousin. »
Drago ne sembla pas surpris, mais peut-être aurait-ce été le cas sans l'agréable effet anesthésiant des potions sur son cerveau. L'abrupt retour à la parole de Teddy était pour le moins choquant, et il laissa passer plusieurs secondes, essayant de décider s'il dormait encore ou non. Finalement, il hocha la tête avec raideur.
« Cousin au second degré, pour être précis. Ou un truc dans le genre. Je suis le cousin de ta mère. »
L'enfant fronça les sourcils, pensif. Ses lèvres se contractèrent en une petite moue, comme s'il avait de la difficulté à former les mots qu'il voulait. Drago attendit en silence. « C'est ce que Grand-mère m'a dit. Mais maman ne m'a jamais parlé de toi. » Il pencha la tête sur le côté, son nez se faisant plus pointu. « Pourquoi ? »
Drago déglutit. « On ne s'est croisé que deux ou trois fois. Et à l'époque, elle était enceinte de toi, » dit-il.
« Est-ce que vous ne vous aimiez pas ? »
« On ne se connaissait pas assez pour ça. »
Teddy sembla considérer cela pendant un moment. « Pourquoi est-ce que je ne connais pas ta maman alors qu'elle est la tantine de ma maman ? »
« Ma mère est morte. »
Les mots vinrent avec une aisance étonnante. C'était la première fois qu'il les prononçait à voix haute en presque cinq ans.
« Elle est morte comment ? »
« Des gens méchants lui ont jeté un sort et ça l'a rendue malade pendant très longtemps. »
Le garçon acquiesça, et ses cheveux virèrent d'un rose pâle à une teinte de gris que Drago n'avait jamais vue auparavant. « Ouais. Des gens méchants ont tué ma maman aussi, » dit-il, et cette fois-ci, lorsque le silence se fit, il n'était aucunement dérangeant.
::
« C'est quoi ton truc avec les blonds ? »
Elle sourit instinctivement avant de penser à froncer les sourcils. « De quoi est-ce que tu parles ? Je suis sortie avec Ron ! Et c'est un poil de ca- »
« Roux, » la corrigea Fred avec un regard d'avertissement. Son expression se transforma rapidement en un large sourire. « Il y a eu Krum d'abord-»
« Il était brun ! »
« Il était châtain clair, ce qui est un blond foncé. Et puis Cédric-»
« Cédric ? »
« -toujours à le dévorer des yeux, et ne croit pas que George et moi n'avions pas remarqué ! Et puis y a le Médicomage blond aussi ? Celui qui t'as donné sa carte-»
« -afin de m'aider dans ma future carrière- »
« - et maintenant Malefoy. »
La bouche d'Hermione se ferma brusquement. Son menton se leva, et elle résista à l'envie de poser ses mains contre ses hanches. Elle ancra ses yeux dans les siens et soutint son regard fermement. « Et maintenant Malefoy. »
Le sourire de Fred s'élargit davantage et il leva les mains en un signe de paix. « Ecoute, Ron le hait peut-être. Et peut-être qu'il se comporte toujours comme un misérable connard la plupart du temps. Mais, enfin, il est pas si mal. Pour l'un d'entre eux. » Son expression se fit alors sérieuse et Hermione se mit sur la défensive.
« Et c'est là que tu vas me dire que je suis stupide et qu'il n'est pas fait pour moi ? » Elle croisa les bras, ses yeux fixant un point quelque part au-dessus de son épaule gauche. Il se rapprocha d'elle. Une main vint se poser confortablement sur l'épaule d'Hermione, le poids familier la maintenant fermement sur place, repoussant sa colère initiale. L'autre main du jeune homme lui leva le menton légèrement. Fred attendit qu'elle croise son regard avant de parler.
« Tu es stupide. Et il n'est absolument pas fait pour toi. »
Il y avait une chaleur dans ses yeux qui contrastait avec la dureté de ses mots, et les lèvres d'Hermione esquissèrent un sourire en réponse. Après un moment, il la lâcha et haussa les épaules. « Je suppose que j'aurais dû le voir venir. »
« Ah vraiment ? »
« Tu as toujours eu un faible pour les cas désespérés. »
« Fred Weasley ! C'est faux ! »
« Non, c'est la vérité. Je veux dire, tu as toujours choisi de te mettre en pair avec Neville en cours de potions et il était complètement inut-»
« -C'est injuste, Neville est un brillant sorcier maintenant-»
« -essayant de suivre tous ses cours en Troisième année-»
« -Retourneur de Temps a sauvé la vie de Sirius- »
« -sans parler de Sale- »
« Ce n'est pas Sale ! C'est S.A.L.E ! »
::
« Ne crois pas que je ne sais pas que tu trames quelque chose. »
Drago haussa un sourcil, ne cachant pas le fait qu'il savourait ouvertement de la regarder en train de se changer. Elle s'arrêta de défaire son soutien-gorge pour lui jeter un regard glacial.
« Drago, je suis sérieuse. »
Sentant là les prémices d'une dispute (et le risque qu'elle ne continue pas de se déshabiller complètement s'il venait à l'ignorer), Drago soupira et leva les yeux de sa poitrine vers son visage. Oui. Elle était réellement en colère. Mais pas furieuse non plus, pour l'instant. Il analysa rapidement la situation et jugea qu'il avait à peu près tente secondes pour la calmer avant que la Troisième Guerre n'éclate au beau milieu du QG de l'Ordre.
« Tu vas devoir être plus précise, » tempéra-t-il.
Les sourcils de la jeune femme se froncèrent. « Je parle de toi et de ce qui te faisait te tordre d'agonie sur le sol de la cuisine hier. Et ne me sort pas la même connerie que Fred a tenté de me faire avaler, » trancha-t-elle avant qu'il ne fasse exactement ça. « Je le connais depuis assez longtemps pour savoir quand il ment. »
L'Occlumencie de Drago s'anima (question d'habitude), et il pensa qu'elle avait peut-être remarqué ce changement intérieur, parce que son expression fut traversée d'un flash de déception. Elle lui tourna le dos, retirant ses sous-vêtements afin de revêtir le t-shirt dans lequel elle aimait dormir. La lumière s'éteignit et Drago s'attendit à un silence froid et une nuit désagréable qu'il devrait passer à essayer de se contenir à son côté du lit étroit. Mais elle se glissa sous les draps et se colla contre lui, pressant ses pieds froids contre la chaleur de ses cuisses.
« Tu sais que tu peux me faire confiance, n'est-ce pas ? »
Il se demanda distraitement si cela avait été là son but en éteignant les lumières. Parce que malgré les interminables discours de la jeune femme, et les moqueries incessantes de son côté à lui, Hermione était toujours quelqu'un de timide, et lui un handicapé émotionnel. Et n'importe quel sujet qui touchait de près ou de loin à leur… arrangement était généralement et précautionneusement évité par l'un ou l'autre, voire les deux. Elle remua contre lui. Fourra son visage contre son épaule, si bien que ses mots se perdirent contre sa peau. « Je veux dire, si tu étais en train de faire quelque chose de… pas très légal. Ou de dangereux. Tu peux me le dire. Tu le sais, ça, n'est-ce pas ? »
« Je le sais. »
Elle hocha brièvement la tête, son corps raide dans le silence inconfortable qui suivit. Pendant une courte seconde, il crut qu'elle allait se détacher de lui et Drago glissa un bras sous son corps, la faisant basculer sous lui, son poids la clouant au matelas. Les protestations étouffées d'Hermione moururent au toucher de ses lèvres sur les siennes.
« Enfuis-toi avec moi. »
Elle pouffa à sa requête, son souffle chaud effleurant le nez de Drago. « Tu plaisantes. »
Il haussa les épaules, enfouissant sa tête dans le creux de son cou, fuyant son regard inquisiteur, bien qu'il ne puisse pas le voir dans la pénombre. Drago pressa ses lèvres contre la peau douce de son cou afin de la distraire. « J'ai un peu d'argent. On pourrait aller quelque part où il fait chaud. Quelque part où la guerre ne pourra pas nous atteindre. »
« J'ai toujours voulu visiter les îles Fiji. »
« Ce que j'ai économisé n'est pas beaucoup mais assez. On pourrait aller trouver tes parents et partir. »
Sa brusque inspiration chatouilla ses cheveux. Drago se redressa, son visage à quelques millimètres du sien. « On pourrait être en sécurité. »
Le temps d'un instant pesant, il crut qu'elle allait le repousser et se dégager de son étreinte. Elle avait peut-être pris son souffle pour lui hurler dessus ? Cependant, lorsqu'elle expira doucement l'instant suivant, la tension entre eux s'évanouit aussitôt. Elle posa la paume de sa main sur la joue de Drago et il refusa de se laisser aller à son toucher, inquiet de ce que ce geste signifiait. Il s'était déjà trop livré. Sa poitrine se serra à cette idée.
« Tu sais bien que je ne peux pas partir. »
« Je ne veux pas te faire de mal. »
L'aveu s'échappa de ses lèvres, franc et sans détour. Son étreinte se resserra autour de lui, l'enlaçant presque au point de l'étouffer. Elle prit sa main et la plaça sur sa poitrine.
« Je te fais confiance. »
Une déclaration simple qui pourtant coupa le souffle de Drago, enflammant son désir pour elle. Ses doigts trouvèrent l'ourlet effiloché de son t-shirt et elle ne l'arrêta pas lorsqu'il souleva le tissu au-dessus de ses seins. Il faisait froid dans la chambre, et ses tétons se durcirent avant que la langue de Drago ne les enveloppe. Il la caressa fermement pendant quelques minutes, avant de refermer sa bouche sur le mamelon et de sucer la chair avec vigueur, la poussant à se cambrer contre lui. Les doigts d'Hermione glissèrent dans ses cheveux, et ses mains à lui se posèrent sur ses cuisses nues. Il embrassa et suça, mordilla et lécha. Il bloqua ses mains des siennes sur le lit, les entraînant tous les deux vers le point de non-retour.
::
Elle pénétra dans la cuisine, sa baguette à la main, prête à l'attaque. Mais ce qu'elle rencontra ne fut pas l'intrus que son esprit encore endormi avait craint, mais un Drago Malefoy en pleine panique. La cuisine était dans un état de destruction totale. Les tiroirs étaient ouverts, leur contenu éparpillé sur le sol en linoleum. Un sac était prêt à ses pieds, grossissant avec chaque nouvelle victuaille qu'il y fourrait. Le fait que le jeune homme n'ait pas immédiatement remarqué sa présence jusqu'à ce qu'elle allume la lumière en disait long sur son état mental.
« Granger. »
Il prononça son nom dans un souffle irrégulier. Il n'abaissa pas sa baguette, dont il pointait le bout vers sa poitrine avec prudence. Hermione descendit son bras de quelques centimètres, essayant de paraître moins menaçante, bien qu'elle ne puisse se résoudre à baisser sa garde complètement. Les yeux de Drago étaient hagards ; un regard qu'elle n'avait pas vu chez lui depuis leur sixième année, conséquence de son insomnie et ses machinations ratées. Il avait l'air d'un homme au bord de la névrose. Dans sa tête, Hermione essaya d'évaluer à quelle rapidité elle pouvait lui lancer un sort s'il décidait de trop l'approcher, avant de se fustiger mentalement d'avoir pensé à ça.
« Drago, qu'est-ce qui ne va pas ? »
Voilà, comme ça. Se montrer raisonnable. Posée. Lui parler pour le calmer. Souviens-toi de ton entrainement. Rappelle-toi du nombre de morts qu'il a vu cette semaine, ce mois, cette année. De la façon dont le stress a dû s'accumuler.
« Bordel. Bordel. »
La première injure fut presque inaudible, la seconde fut crachée avec assez de venin pour la faire tressaillir. Sa baguette retomba avec son bras le long de son corps, sa main libre agrippant ses cheveux blonds, d'une telle violence qu'Hermione crut qu'il allait tout arracher. Une nouvelle vague de panique le submergea et elle se retint à peine de crier lorsqu'il fonça droit sur elle, avant qu'Hermione ne réalise qu'il voulait simplement éteindre la lumière. Ils furent plongés dans les ténèbres, et elle sursauta lorsqu'il la saisit brutalement par les bras.
« Granger… Hermione. J'ai besoin que tu m'écoutes. Je dois partir d'ici. »
Ses mots la percutèrent, brutalement et cruellement, tel un Crucio en pleine poitrine, une balle en pleine tête.
« Partir ? » Mais la question n'était qu'un gémissement étranglé, et elle dut se racler la gorge avant d'essayer à nouveau. « Partir où ? »
« Loin. Loin d'ici. »
Il la lâcha et se remit à arpenter la cuisine, ses mots décousus et incohérents, comme s'il n'avait pas de temps à perdre à former des phrases compréhensibles. Hermione suivit ses gestes du regard. L'observa fourrer une petite partie des rations alimentaires d'urgence dans la sacoche à ses pieds avant de la refermer.
« Drago. Assis-toi. Tu as besoin de te calmer. »
Il se retourna vers elle, et le soulagement de voir du désespoir plutôt que de la colère se refléter dans ses yeux clairs ne fut qu'éphémère. « Non, Hermione, tu ne comprends pas ! Ça… tout ça ! C'est un mensonge ! Et il ne saisit même pas la putain de gravité ce qu'il a fait ! »
« Qui ça ? » Mais Drago se figea au son de quelque chose qu'elle ne pouvait pas entendre, et lorsqu'il tomba à genoux, ses mains sur ses épaules la tirèrent à sa suite. Elle commença à protester. Une main glissa sur sa bouche et, frénétiquement, il marmonna quelque chose à son oreille.
« Ecoute moi, Hermione, tu dois m'écouter. »
La main qui recouvrait sa bouche remonta le long de sa joue, glissant ses doigts dans ses boucles, caressant sa nuque avec une tendresse qui tordit ses entrailles d'appréhension. « Je dois partir. Je ne peux pas te dire où, ça serait trop dangereux que tu le saches. »
« Drago, qu'est-ce que tu-»
« Non, Hermione. Ecoute. »
« Non, toi écoute ! Tu ne peux pas partir ! On a besoin de toi ! »
J'ai besoin de toi, j'ai besoin de toi.
Elle ne le dit pas, mais l'expression de Drago s'adoucit, la panique se transformant pendant un instant en quelque chose de plus doux. Ses mains étaient désormais de part et d'autre de son visage, et il la tira vers lui, pressant ses lèvres contre les siennes dans une caresse maladroite. La poitrine d'Hermione se contracta douloureusement. Elle n'avait pas réalisé qu'elle pleurait, jusqu'à ce que le sel de ses larmes se mêle au baiser. Sa bouche toujours contre la sienne, il dit, « Hermione, je-»
Elle sentit le moment où le sort le percuta. Son corps tout entier se figea dans ses bras, l'éclat rouge du Stupéfix faisant brièvement luire sa peau pâle d'une lumière carmine diffuse, avant qu'il ne retombe lourdement contre elle. Hermione leva les yeux, paniquée, et rencontra l'émeraude d'un regard familier. Harry rabaissa sa baguette lentement, impassible, mais ses pupilles étaient larges derrière ses lunettes.
« Tu es blessée ? »
Elle secoua la tête.
« Est-ce qu'il- ? »
« Ne t'en fais pas pour lui. »
Ils étaient en train de murmurer, quoi qu'Hermione ne sache pas pourquoi. Elle n'arrivait pas à croiser le regard inquisiteur d'Harry. « Tu m'aides à l'emmener dans notre chambre ? »
Harry acquiesça, replaçant sa baguette dans la ceinture de son pyjama afin de pouvoir utiliser ses deux mains. Cela aurait été plus facile de le faire Léviter, mais aucun d'eux ne fit remarquer cela, peut-être trouvant l'idée de faire flotter son corps jusqu'à son lit comme s'il n'était qu'un cadavre, trop perturbante. Harry glissa un bras sous la taille de Drago et Hermione fit de même de l'autre côté. Ils le soulevèrent, et Drago se retrouva avachi entre eux.
« C'est déjà arrivé avant ? »
Parce qu'elle pouvait lire en Harry comme dans un livre ouvert, et qu'il n'avait pas l'air complètement surpris. Il hocha la tête de haut en bas.
« Hermione-»
« Arrête, Harry. »
Et ils n'abordèrent plus le sujet après cela.
::
Il trouva le garçon par accident, en cherchant un endroit où il pourrait échapper à l'orage de colère qui gondait à travers la Maison des Black. Un refuge avait été attaqué et la mère, la sœur, la tante, la nièce de quelqu'un avait été tuée. Les membres disponibles de l'Ordre s'étaient regroupés dans la cuisine, se préparant à contre-attaquer. Drago n'était ni idiot, ni assez Gryffondor pour se porter volontaire à cette mission. Il était un Mangemort, répudié ou non, et il suffirait d'un Avada perdu dans la fièvre du moment, pour qu'il finisse mort à la place de quelqu'un d'autre en représailles.
La salle de bains était la seule pièce avec une serrure. Il fut plus étonné qu'irrité de découvrir Teddy recroquevillé dans la baignoire, tout habillé, ses yeux parcourant furieusement les joueurs de Quidditch de ses cartes. Drago considéra une seconde de braver l'escalier qui menait à sa chambre, mais quelque chose l'en dissuada. Il aimait à se dire que c'était de la compassion, plutôt que de mettre cela sur le compte de ses membres engourdis à la simple idée de monter les marches. Teddy ne le regarda pas lorsqu'il le rejoignit dans la baignoire, et le silence habituel plana entre eux pendant un long moment. Une assiette se brisa à grand fracas deux étages en dessous et Teddy se remit à battre ses cartes frénétiquement. Drago mit environ trois minutes à réaliser que le garçon tremblait.
« Tu as peur ? »
« J'ai tout le temps peur, » répondit Teddy. Puis, dans un soupir, « C'était comme ça aussi dans l'autre maison. Avant qu'elle ne parte. »
Drago repensa au télégraphe qu'il avait reçu. Au souvenir lointain d'Andromeda qui disait à Mme Weasley que les murs du refuge avaient tremblé de la fureur de Nymphadora et de ses partisanes. La main de Drago se leva inconsciemment.
« J'ai peur moi aussi, » dit-il.
Teddy regarda sa main tremblotante un long moment avant de finalement hocher la tête. Drago laissa retomber son bras, comme si c'était là le signal qu'il attendait pour le faire. Ils restèrent assis dans la baignoire jusqu'à ce qu'Andromeda vienne appeler Teddy pour le dîner.
« Alors ? » lança-t-elle par-dessus son épaule lorsque Drago ne bougea pas, « tu viens ? »
Il hésita un millième de seconde. « Ouais, j'arrive. »
::
Il y avait ce souvenir qu'elle gardait toujours en elle, l'emmenant partout où elle allait, le protégeant jalousement, pour les moments où les ténèbres se faisaient trop étouffantes, trop accablantes. Lorsque la mort s'accrochait à sa peau, et la submergeait totalement. Ce souvenir était celui-ci :
Harry, Ron et elle s'étaient retrouvés au Terrier, comme le voulait la tradition, pour les deux dernières semaines des vacances d'été. C'était leur troisième année, ou peut-être leur quatrième. Elle n'arrivait jamais à se rappeler exactement de ce détail. Ce dont elle se rappelait, toutefois, était la vague de chaleur ambiante, et la façon dont ils avaient pris chacun leur tour pour s'asperger avec le tuyau magique dans le jardin des Weasley, histoire de se rafraîchir. Une bataille d'eau s'en était suivie, ou peut-être Ron s'était-il montré un peu trop enthousiaste. Cette partie du souvenir demeurait vague.
Et puis ils s'étaient allongés là, tous les trois, leurs têtes l'une à côté de l'autre dans une sorte d'étoile à la forme étrange. Hermione se souvenait de la chaleur du soleil sur sa peau humide en vagues oppressantes, et de la manière dont son t-shirt quasi-transparent collait à sa poitrine. Elle n'avait pas l'énergie de s'inquiéter du récent complexe qui s'était développé avec sa puberté, ni de la gêne qu'elle avait commencé à ressentir dernièrement lorsque les garçons étaient présents. Ron racontait une blague – elle se souvenait qu'elle ne l'avait pas trouvée drôle – et Harry leur lisait la lettre, à l'écriture presque indéchiffrable, que venait de lui envoyer Sirius.
Le souvenir était un flot d'images et de sensations, de sons et de chaleur. Cependant, ce dont elle se rappelait le plus étaient leurs visages. Sereins, dénués de cicatrices, et aux joues encore rondes, à peine sorties de l'enfance. Ce qu'elle revoyait clairement étaient leurs yeux. Brillants d'amusement, et eux trois riant sans raison véritable. Riant si haut et fort, qu'ils en avaient du mal à respirer. Et elle s'était roulée sur son flanc afin de calmer les points de côté qui l'avaient saisie.
Ce n'était pas toujours facile de s'en souvenir. Des fois, elle voyait Harry avec toutes les nouvelles cicatrices qui bardaient son visage aujourd'hui. Ou le regard absent et lointain que Ron avait souvent au fond de ses yeux bleus fades, aux blancs marbrés de rouge dû au manque de sommeil. Et cela devenait plus difficile de les revoir tels qu'ils étaient à l'époque. Mais d'autre fois, elle fermait les yeux, et elle s'y revoyait, là-bas, avec eux. Couchée sur l'herbe broussailleuse du Terrier, savourant l'innocence du délicieux soleil d'été.
Merci d'avoir lu :)
