Mange, Cours, Aime.
Merci à tous pour vos reviews, mises en alertes et mises en favoris.
Réponses aux reviews anonymes :
Magoo : Merci beaucoup pour ta review, ravie que mon histoire te plaise :)
Chapitre Neuvième : Alerte et Remise en Question
[POV Katniss]
Je courrai à en perdre haleine, à travers les allées du club organisateur, les garçons sur les talons. Bon sang, pourquoi ce lieu était-il aussi grand ! Il fallait absolument que j'empêche Glimmer de prendre le départ de sa série de qualifications ! Question de vie ou de mort ! Cato se porta à ma hauteur et accéléra lorsque le stade Ouest se dessina à l'horizon.
Nous entrâmes branle-bas de combat sur le site où se tenait les qualifications pour le cent dix mètres haies. Je m'agrippai à la barrière et regardai Glimmer s'élancer vers la première haie, impuissante.
Finnick expliquait de façon très désordonnée ce qu'il savait à Haymitch dont les traits se décomposaient au fur et à mesure de son récit. Marvel et Thresh partirent prévenir Brutus, qui se trouvait à l'autre bout du terrain, en train d'observer les résultats provisoires des diverses épreuves déjà courues.
Glimmer franchit la première haie avec une force fabuleuse. Elle comptait déjà trois longueurs d'avance sur sa poursuivante. Le speaker s'égosillait et la foule l'encourageait. Elle aborda la cinquième haie et la franchit sans effort apparent quoique son pied gauche manqua un battement à la réception de l'obstacle. Elle allait vite, trop vite et au moment de prendre son appel pour effacer la dernière haie, sa jambe droite se déroba sous son poids et la blonde s'étala sur la piste.
Je me faufilai sous la lice et courus vers ma coéquipière, affolée :
_Glimmer ! Glimmer ! Au secours ! Appeler une ambulance !
La jeune fille était d'une couleur si pâle qu'elle semblait morte et demeurait inconsciente, à mes pieds. Je fondis en larmes tandis que des brancardiers l'évacuaient hors du terrain. Dans les tribunes le silence s'était fait. Un médecin arriva à grands pas et fit un rapide diagnostic. Le verdict tomba sans appel : il fallait d'urgence la transporter à l'hôpital le plus proche. Une ambulance fut dépêchée expressément et en moins d'une heure, Glimmer était à l'intérieur de l'hôpital.
Brutus, Cato et moi étions restés auprès de la blonde, tandis que les autres avaient dû, sous l'insistance de notre mentor, regagner la compétition sous la houlette de Haymitch. J'avais obtenue l'autorisation de rester, tout comme Cato car nos épreuves « importantes » ne se disputaient qu'à partir de demain. Brutus aurait bien aimé laisser Haymitch à nos côtés, mais ses obligations de responsable civil, prenait le pas sur son rôle de coach.
L'homme avait toujours considéré Cato comme son fils prodige et s'en était, selon les dires de Finnick, bien plus occupé que ses deux parents réunis. Au final, à part lui fournir l'argent nécessaire pour vivre, les parents de Cato ne soutenaient jamais leur fils unique... Loin de là. Seul leur chauffeur semblait accorder un peu d'importance au jeune homme, et encore ! Ce n'était que pour toucher son salaire mensuel. Alors, le fait de le voir là, désemparé, l'air si désespéré devait VRAIMENT fendre le cœur du vieil entraineur.
_Cato, arrête, s'il te plait, plaida-t-il effondré sur l'un des fauteuils du couloir.
_Non, Brutus ! Je n'arrêterais pas ! Comment a-t-on pu laisser se produire un tel drame ! Un entraineur responsable contrôle régulièrement l'afflux sanguin de ses coureurs et tout autres tests classiques... Et pas seulement pour ses prodiges ou ses chouchous... Pour tout le monde ! Sans exception ! Même pour les athlètes en fin de carrière !
_Cato..., l'implorai-je. Ne soit pas si dur avec lui, ce n'est pas de sa faute... Elle... elle a sans doute pu se procurer cette merde sans l'aide de personne...
_Tu savais qu'elle les prenait ! Clove le savait ! Et vous n'avez rien fait pour l'aider ! C'est de votre faute si elle est là aujourd'hui ! Vous êtes ses amies ! Vous auriez dû vous en rendre compte bien avant ! Vous n'avez rien fait pour l'aider !
_Arrête de parler comme si elle était morte ! Hurlai-je excédée par ses reproches injustifiés. Tu étais l'un de ses plus proches amis ! Tu aurais dû t'en rendre compte aussi !
_Ne rejette pas toute la responsabilité de la faute sur moi ! Je ne suis pas adulte et je ne gère pas un club d'athlétisme comme une droguerie ou comme un salon de thé ! Beugla-t-il en s'éloignant dans le couloir sombre.
_Cato ! Reviens ici immédiatement ! S'écria Brutus au bord des larmes. Élevez donc les gamins à la place de leurs parents et regardez comment ils deviennent ingrats avec le temps ! Pas foutu de se rappeler que je suis le seul à l'avoir soutenu dans sa carrière d'athlète, ajouta-t-il à mon intention.
Un lourd silence s'installa entre nous deux.
_Je vais le chercher, dis-je dans un soupir.
Je savais où trouver le blond : il était sur le perron de l'hôpital, dehors, sous une pluie sinistre. Il fumait silencieusement une expression sévère peinte sur le visage :
_Tu as du feu ? Lui demandais-je pour entamer la conversation.
_Si c'est Brutus qui t'a dit de venir, tu peux aller te faire foutre ! Me répondit-il méchamment en tirant une taffe.
_Non, je suis juste venue voir dans quel état était mon collègue..., mentis-je en espérant que ce soit plausible.
Il me tendit son briquet sans ajouter un mot. J'allumais une de mes cigarettes belges et insufflais quelques bouffées de nicotine salvatrice.
_Ça... Ça te fait quel effet, de la savoir comme ça... là ?
_Qui Glimmer ? Supposais-je évasivement. Tu n'as pas idée à quel point je m'en veux de ne pas l'avoir aidée, de ne pas m'en être rendue compte avant... Qu'elle prenait ses saloperies de cachetons. Et toi ?
_Je crois que c'est malsain à dire, mais... Curieusement ça ne me fait rien au fond, je savais qu'elle allait en arriver là... C'est triste, mais au final c'est ainsi... Après je ne dis pas qu'elle mérite de crever, c'est une fille formidable, mais... mais voilà, c'est ainsi que ça devait se passer...
_Que veux-tu dire ? Le questionnais-je en tirant une autre taffe.
_Enobaria est son « porte-conseil ». C'est aussi simple que ça. Glimmer n'a pas comprit qu'elle devrait passer la main, lorsque tu es arrivée. Et sincèrement, ça crève les yeux que tu es dix fois meilleure qu'elle tu sais...
_Je ne vois pas où tu veux en venir ? Ce n'est pas parce que je suis arrivée que Glimmer est forcément en fin de carrière... Elle n'a même pas dix-sept ans Cato ! Dix-sept ans !
_Quand l'on n'a plus la force de se maintenir au niveau, il faut savoir raccrocher les baskets ! Et non pas tomber dans cette merde de cachetons, mais ça c'est bien évidemment la faute de Enobaria ! Et c'est Brutus qui va en faire les frais ! Nous ne sommes pas prêts de recourir, crois moi !
_Arrête ! Cato, bon sang arrête ! Hurlais-je en m'agrippant les cheveux. Comment peux-tu savoir tout ça ! Enfin, tout le club ne va pas se retrouver handicapé juste pour une affaire de cachetons ! Je veux bien croire que nous allons être interrogés par les autorités de sport qui vont hériter de l'affaire, mais de là à se retrouver interdits de compétition...
_Tu n'en sais rien Katniss ! Beugla-t-il en envoyant sa cigarette au loin, sous la pluie. Tu ne sais pas ce que ça fait d'avoir toute la brigade de sécurité sportive, et toute l'équipe toxicologique de la fédération qui fouillent partout et à la moindre trace de quelque chose de suspect, on se retrouve tous interdits de compétitions jusqu'à la fin de l'enquête ! Et là, en général, les entraineurs et encore plus le dirigeant sont tous conviés au tribunal et ils terminent à chaque fois en taule ! En taule Katniss ! Brutus va finir en taule ! Lorsque ces deux unités se déplacent, ce n'est jamais pour rien ! Elles arrivent toujours à coincer le club impliqué dans l'histoire !
_Mais qui te dit qu'elles vont venir ces équipes de sécurités ? Rien n'est encore fait Cato ! Arrête de penser comme ça !
_Mais c'est sûr qu'elles vont venir ! C'est toujours ainsi de toute manière ! Et puis là c'est le Capitole, c'est l'une des habituées du régional un, qui devait tenter les qualifications nationales cet hiver qui a un problème ! Ils sont pas aussi cons qu'ils en ont l'air à la fédération ! Tu n'est plus dans ta campagne là ! C'est du sérieux ! On risque de se retrouver sans club et sans compétitions pour une belle lurette !
_Qu'est-ce qui t'empêche d'aller postuler au Village des Vainqueurs ? Lui demandais-je en écrasant ma clope sous mon talon. Tu auras un club en attendant que toute cette affaire s'éponge et tu pourras toujours postuler aux sélections nationales, enfin si c'est ce que tu veux vraiment...
_Ce qui m'empêche d'aller postuler chez ce Cinna et son équipe de guignols ? Mais tout Katniss, TOUT ! Je ne peux faire ça à Brutus ! C'est pratiquement lui qui m'a élevé ! Je ne peux lui faire subir un pareil affront, je me dois de rester à ses côtés quoi qu'il arrive ! Si je le laisse tomber, il sera tout seul ! Il n'a que moi à ses côtés ! Nous sommes deux solitaires et nous devons rester unis dans l'adversité ! Si je le laisse, il ne me le pardonnera jamais. Il ne s'en relèvera JAMAIS !
Mon regard dériva vers l'horizon... Cato avait raison, il ne pouvait abandonner le navire avant qu'il ne coule vraiment... S'il abandonnait le vieil entraineur maintenant, il ne pourrait se montrer plus ingrat envers lui... Brutus avait tant fait pour lui... Tous le disait, et ça ce voyait ! Brutus accordait tellement plus d'importance à Cato qu'aux autres... C'est sans doute ce qui avait permis à Glimmer de nous dissimuler si longtemps qu'elle prenait de telles saloperies, pour garder le niveau... D'un autre côté, Cato ne pouvait laisser s'envoler ainsi son rêve d'équipe nationale, et son rêve de concourir au niveau international... C'était un compétiteur né et malgré tous ce qui semblait s'accumuler sur son chemin, il tenait bon... Cato avait du courage et je l'admirais pour ça. Bien sûr, je ne lui aurais jamais avoué, mais il avait ce truc en plus et j'étais sûre que quoi qu'il arrive pour le Capitole désormais, il parviendrait à s'en sortir. Après tout, n'était-il pas Cato Hardravers ?
[POV Cato]
Je rentre, avais-je dit à Katniss. Alors j'étais rentré, lentement, jusqu'au club organisateur de la compétition où j'allais certainement être assaillis par des dizaines de questions posées par les autres et par Haymitch. Honnêtement, si le courage c'était ça, je ne comptais pas parmi les courageux. En vérité, j'étais mort de trouille : le club risquait gros. Si jamais l'enquête commençait avant la compétition de Denver, je pouvais dire adieu aux épreuves de sélections pour l'équipe nationale. Et mon rêve était de participer aux Jeux Mondiaux Jeunes ! Concourir au niveau international un ! Le rêve de tout athlète qui se respecte... J'étais pétrifié à l'idée qu'il puisse arriver quelque chose à Glimmer, c'était mon amie, comme l'avait si soigneusement souligné la fille du feu. Si jamais elle ne s'en sortait pas, ce serait la faute de Enobaria, et de Enobaria seule ! Hors de question que Brutus prennent dix ou vingts ans de prison pour une histoire de cachetons comme celle-ci !
Il était évident que c'était Enobaria qui fournissait les cachetons à Glimmer... Qui d'autre aurait pu ? Glimmer n'était certainement pas aller les chercher toute seule... Pourtant, mon amie s'était montrée distante ses derniers temps, et j'avais la nette impression qu'elle nous cachait quelque chose... Mais quoi... Le mystère restait entier. Alors que je franchissais la porte d'entrée Marvel et Haymitch me sautèrent littéralement dessus :
_Alors comment va-t-elle ? Me demanda Marvel en me secouant par les épaules.
_Doucement Marvel, tu vas lui faire mal, le prévint Finnick. Alors Cato qu'on dit les médecins ?
_Et bien, elle n'est pas passée loin de la mort, si tu veux mon avis, commentais-je en m'asseyant sur une chaise proche. Ils ont réussis à stabiliser son état, mais elle est toujours dans le coma... Et je crois que ce qu'elle nous cachait récemment, c'était qu'elle prenait ces cachetons...
_Tu crois ? Intervint Thresh. Il faudrait demander à Clove si elle sait quelque chose... La question que je me pose c'est où a-t-elle pu trouver ses cachets ? Glimmer ne me semble pas du genre à fréquenter des dealeurs et des petites frappes... Peut-être a-t-elle encore des cachets dans ses affaires...
_Thresh ! S'insurgea Finnick. Nous n'allons tout de même pas fouiller dans ses affaires !
_Je suis d'accord avec Finnick, intervint Marvel. Jamais je n'irai fouiller dans les affaires d'une de mes amies !
_Thresh a raison les jeunes, dit Haymitch en buvant une gorgée de sa gourde métallique. Si vous voulez aider Glimmer, il faut aller chercher ce qu'elle a prit... C'est difficile de traiter quelqu'un quand on ne sait pas ce qu'il a prit... Imaginez qu'un des composants de ces médicaments provoque une réaction allergique à un autre médicament donné par les toubibs pour essayer de la sauver. Si vous aimez vraiment votre copine, il faut que vous inspectiez sa chambre d'hôtel. Même si cela vous déplait...
_Si c'est pour son bien et qu'il le faut vraiment, se résigna Marvel. Cato, tu m'accompagnes ? Finnick ?
_Oui, je viens, décréta le garçon aux cheveux couleur bronze. Cato ?
_Très bien, je vous accompagne..., leur répondis-je en regardant Haymitch. Il faudra que je vous parle monsieur.
_Plus tard mon petit, la vie de ta camarade est peut-être encore en jeu.
Marvel, Finnick et moi cheminâmes jusqu'à l'hôtel où résidait la blonde. Nous présentâmes sa carte de chambre et l'hôtesse nous conduisit jusqu'à la dite chambre. C'était une grande pièce dont le sol était recouvert de moquette beige et une grande baie vitrée éclairait la pièce. Un lit double, une commode, un bureau et une télévision la meublaient. Sur la gauche, une porte dérobée menait à une salle de bain. Au dessus du lavabo, ses produits de beauté étaient étalés. Nous fouillâmes jusqu'à la fin des épreuves et nous ne trouvâmes rien : pas un sachet, pas une boite, pas une plaquette de cachets ne trainaient. Marvel sembla écroulé de ne rien avoir trouvé. Glimmer était sa « copine », alors si elle y passait, il ne s'en relèverait pas.
Nous rentrâmes jusqu'au club et une fois là bas, Haymitch me prit à part :
_Alors gamin, de quoi voulais-tu me parler ?
_Je pense que c'est Enobaria qui fournit les cachetons à Glimmer. Elle l'influence et elle se sert de Katniss comme moyen de pression...
_Tes accusations sont graves Cato, tu as des preuves j'espère ? Et autres que le fait que Enobaria se soit servit de cachets pour essayer de rester au plus haut niveau ?
_Pas pour le moment, soufflais-je. Mais je vais trouver. Vous pensez que les équipes de la fédération vont venir enquêter ?
_Surement, mais nous ne risquons rien, puisse que ce n'est pas le club qui prodiguait les cachets. De plus comme cela s'est passé sur une compétition à l'extérieur, c'est le club organisateur qui va être inquiété en premier. Puis l'entourage proche de Glimmer et enfin le Capitole. Et ne te fait pas de soucis pour Brutus, il n'a rien à se reprocher, il ne va donc rien lui arriver. D'ailleurs Clove a appelé toute à l'heure. Elle souhaitait parler à Katniss...
_Va-t-on devoir se désengager de certaines courses ? Comme Brutus est coincé à l'hôpital auprès de Glimmer. Vous ne pouvez être partout...
_Clove m'a dit de désengager Katniss de ses épreuves à elle. Après pour toi, je te propose de juste garder le cents mètres. Nous prétexterons un problème d'entraineur, comme ça ces performances ne s'afficheront pas sur ta saison.
_Très bien, merci monsieur.
_De rien gamin, me répondit-il. Tu devrais retourner voir Glimmer... On ne sait jamais, Brutus a pu trouver quelque chose dans les poches de sa veste...
Je regagnais donc l'hôpital et j'eus la surprise de découvrir Brutus seul, assis sur sa chaise, dans la même position que lorsque j'avais disparu. Mais curieusement, il était seul.
_Où est Katniss ? Le questionnai-je sans plus de cérémonie.
_Je ne sais pas, me répondit-il en se massant les tempes. Nous nous sommes, excuse moi du terme, mis sur la gueule pour des broutilles et elle est partie... Mais sa colère est, autant que cela soit possible, plus violente que la tienne. C'est à peine croyable. Si ça t'intéresse j'ai trouvé une boite de pilules roses dans la poche du blouson de Glimmer. Ce n'est pas malin de sa part... et encore moins de celle de Enobaria si tu voix ce que j'insinue...
_Tu as donc la preuve que c'est elle qui lui fournissait les cachetons ! M'écriai-je en frappant d'un coup sec dans mes mains.
_Ne t'emballes pas ! Ce n'est pas ce que j'ai dit. Cependant l'on ne peut nier que Enobaria prenait elle aussi ces pilules lors de sa « chute », enfin si l'on peut appeler ça ainsi...
_Bon, c'est déjà rassurant de savoir que l'on a trouvé ce que prenait Glimmer. Les médecins vont pouvoir la soigner plus efficacement. Sinon où est partie Katniss ?
_Je t'ai dit que je n'en savais rien ! Elle est partie vers le parc municipal situé près de la maison Blanche. Je ne peux t'en dire plus, mais ce serait bien que tu la retrouves... Vos épreuves commencent demain et je ne tiens pas à devoir surveiller deux blessées.
Je ressortis du bâtiment et au moment même où je posais un pied hors de la clinique de soins, une pluie diluvienne s'abattait sur ma tête. Et cinq minutes plus tard, j'étais trempé de la tête aux pieds et je grelottais comme un fou furieux. De plus, la nuit commençait à tomber et il ne me restait que peu de temps avant de devoir rebrousser chemin, faute d'y voir quelque chose. Pourtant, je ne devais pas faillir à ma mission qui était de retrouver la fille de feu dans cette mare que devenait progressivement le parc Ouest de la maison Blanche. J'avais essayé de l'appeler mais mon portable clignotait « batterie faible ». Une rafale de vent s'engouffra dans ma veste glaciale, me faisant frissonner un peu plus si possible.
_Katniss ! Braillais-je de toutes mes forces.
Mais seul le vent me répondit. J'étais seul dans ce putain de parc ! Dépité, je courus jusqu'à l'abri bus le plus proche pour m'abriter de la pluie qui se déversait sur tout Washington.
Brusquement, une voiture s'arrêta à ma hauteur.
_Cato Hardravers ? Demanda le conducteur, un homme noir d'une trentaine d'années.
_Oui, c'est moi. Lui répondis-je d'un ton digne. Qui êtes-vous ?
_Je suis Cinna, l'entraineur et directeur du Village des Vainqueurs. Veux-tu que je te ramène au club ? J'y vais justement.
_Non, c'est bon merci. Déclinai-je fièrement. J'attends quelqu'un.
Il eut un rictus amusé.
_Et tu t'es fait surprendre par la pluie j'imagine ? Allez ne joue pas au con avec moi, monte ! N'ai pas peur, je ne vais pas te bouffer.
J'acceptai finalement de m'asseoir du côté passager de la voiture du mentor adverse.
Il se remit silencieusement en route et au moment où nous arrivâmes au premier feu, celui-ci passa au rouge.
_Allez ça commence ! Pesta-il en tapotant nerveusement sur son volant. Ici, prenez-vous un feu rouge, prenez les tous ! Comme si je n'avais que ça à faire, pardi ! J'ai un briefing à arbitrer, des consignes à donner pour demain et des vérifications à faire.
_Vous n'êtes pas au bord du terrain lors des courses de vos athlètes ? M'étonnai-je.
_Non, ça augmente plus le stress qu'autre chose. Puis, si jamais je ne suis pas là, ils peuvent se prendre en main. Pas besoin de quelqu'un pour leurs dire de courir ou de s'étirer. La prise en charge fait partie des valeurs que j'essaie d'inculquer à mes protégés. Au Capitole, ce n'est pas la même chose me semble-t-il ?
_Non, en effet, nous avons pratiquement toujours un coach à nos côtés. C'est assez agaçant, dans le sens où l'on doit respecter en permanence le plan de course qu'il nous a fournit pour la compétition. Par exemple, se montrer « mauvais », si je puis dire cela ainsi, aux qualifications, pour cacher la vraie valeur, et avoir une chance de prendre les adversaires à revers sur les demi-finales. Ou bien, montrer tout son potentiel pour effrayer les autres. Que dans leurs têtes se mettent en place cette pensée, que ce coureur là est meilleur qu'eux et donc les déstabiliser.
_Comme c'est étrange, releva l'entraineur sans la moindre once de moquerie. Empêcher un athlète de se montrer sous son vrai jour, et cette psychologie de dévalorisation... Du grand Brutus, c'est évident. Haymitch a une méthode totalement différente, ça m'étonne qu'il est accepté de se plier à de telles règles sans sourciller... Enobaria, quand à elle... Vu sa fin de carrière, je pense qu'elle devrait se cautionner à sa tâche de préparatrice aux obstacles.
_C'est sûr, mais vous connaissez Haymitch ?
_Oui, je suis l'un de ses anciens élèves. Avant que Brutus ne l'embauche, j'ai été son élève dans près de vingts ans. J'ai beaucoup appris avec lui, et je transmets ce qu'il m'a appris à mes élèves aujourd'hui. Mais ma promotion actuelle se fait vieille, donc je cherche à renouveler mon effectif. Comme tu as pu le remarquer, la quasi totalité de mes élèves sont déclassés. Je l'étais aussi, se souvint-il en souriant. De deux ans. Haymitch me disait souvent, à cette époque, que quitte à courir, autant le faire bien. Il a tout de suite remarqué que j'étais loin d'avoir des aptitudes de coureur exceptionnelles. En plus, en ce temps là, je fumais comme un pompier. Alors me déclasser a été la meilleure chose qu'il a fait. Je n'ai pas participé à une seule compétition entre douze et seize ans. Ça a été très dur, car autour de moi, j'étais le seul à ne pas avoir de performance, pour les raconter aux copains. Mais Haymitch disait que tant que je ne maitrisais pas les bases, rien ne servait de concourir. Pendant quatre ans, j'ai couru un bon millier de kilomètres, sauté une armée d'obstacles de steeple et soulevé des tonnes d'haltères. Ça m'a pris du temps mais quand j'ai participé à ma première compétition, j'étais prêt.
_Vous concouriez en steeple ? Le questionnai-je alors qu'il arrêtait une nouvelle fois la voiture.
_Non, non, bien sûr que non, je n'avais pas l'endurance ni même la technique pour enchaîner de tels hauteurs. Je me serais écroulé au premier tour de piste. Je concourais sur mille mètres. Deux minutes vingt-quatre secondes, record de l'année mille neuf cent quatre-vingt-seize. Ça a été ma plus belle année, et je le dois à Haymitch.
_Il y avait les championnats à Atlanta, cette année, me rappelais-je. Vous les avez couru ?
_Oui, j'ai été champion de série deux à l'époque. L'équivalent de champion national deux aujourd'hui.
La voiture ralentit : nous étions au bas de l'allée qui menait jusqu'au bâtiment principal du club. J'allais sortir de la voiture lorsque Cinna posa sa main sur mon bras :
_Écoute Cato, je ne te dit pas d'abandonner Brutus, mais ne penses-tu pas qu'il souhaiterait avant tout que ta carrière décolle vraiment ? Pense juste à toi, d'accord ? Pas aux autres. C'est TA carrière que tu joues, pas l'amour que te porte ton entraineur ok ?
_Compris, assénai-je un peu plus froidement que je ne l'aurais voulu.
Il me laissa quitter la voiture et je trottinai jusqu'à l'entrée pour me dérouiller les jambes.
J'eus la surprise de trouver l'intégralité de mes collègues, assis autour d'une table dans le salon commun des athlètes. Katniss se trouvait parmi eux :
_Cato ! S'exclama-t-elle. Tu es trempée jusqu'aux os. Tu devrais aller te changer, avant que tu ne prenne froid.
Elle semblait complètement secouée. Sans doute l'accident de Glimmer... Elle avait le nez légèrement rougit. Sans doute avait-elle prit froid en regagnant notre résidence.
_La faute à qui ? Brutus m'avait demandé de ta rattraper lorsque tu es partie comme une furie de l'hôpital.
_Forcément, souffla-t-elle d'un air mauvais. Puisse que Brutus te le demande, sa majesté le fait. Aurais-tu trouver ton maitre ?
_Katniss, siffla Haymitch en nous accostant. Je pensais que la petite discussion que nous avions eu t'avais calmée ? Pour une fois, plie toi à nos consignes : tu restes sage et tu ne fais pas de vagues avant la fin de cette compétition. Suis-je suffisamment clair ?
_Vous êtes limpide monsieur.
Le ton était provoquant, assassin, fier. Elle avait de la prestance cette petite. Du talent aussi. Un bon mental et des capacités de coureuse hors-pair. Elle sortit sans un mot, mais prit soin de claquer la porte du salon derrière elle pour manifester sa colère. Tout le monde en était conscient.
_Sale gosse ! Cracha le vieil ivrogne qui nous servait de mentor en buvant goulument le verre qu'il tenait en main. Bon es enfants, à la douche, puis un petit repas au self du club et au lit. Pas de vague, tout le monde reste calme et ce soir c'est jeux calmes dans les chambres, pas de sorties.
Nous opinâmes du derechef et nous quittâmes tous ensemble la pièce. Or, une fois sortis du salon, ce fut Marvel qui lança les hostilités :
_Le dernier douché en a une petite ! Beugla-t-il en s'éloignant dans le couloir.
Nous nous regardâmes en coin, Thresh, Finnick et moi, avant de s'élancer à sa poursuite. La plaisanterie dura un peu plus d'une heure et ce fut Finnick qui sortit de la douche en dernier. Nous fîmes en joyeux capharnaüm qui nous fallu une belle engueulée de la part de Haymitch :
_Vous n'avez pas honte les gamins ! Je vous demande de rester calmes et vous, vous me foutez un foin pas possible ! Vous êtes privés de dessert ! Prenez un sandwich et au lit ! Si je vous entends... Gare à vous !
Nous nous exécutâmes sans bruit et alors que nous arrivions au bout du couloir, je lâchais insolent :
_Franchement, tout ça pour ça ! Bordel, on est plus des gosses ! Il me les casses ce vieil ivrogne de mes deux là !
_Monsieur Hardravers ! Hurla le mentor de l'autre côté du couloir. Je t'ai entendu ! Gare à toi, mon petit je te le dis !
Nous éclatâmes de rire de concert. Dans l'instant présent, j'avais oublié Glimmer et Brutus. Pourtant la discussion que j'avais eu avec l'entraineur du Village des Vainqueurs me tournait en boucle dans la tête...
Tada ! Et voilà, le chapitre neuf est terminé ^^ Je ne vous est pas trop manqué pendant tout ce temps ? On se dit à samedi prochain pour la suite ? (Nous serons d'ailleurs à la moitié de cette première partie...je comptais sur la Cérémonie des Geais Moqueurs pour vous annoncer le titre de la suite de cette trilogie qu'est Cours Toujours, mais je risque bien d'être obligée de vous en parlez moi même...)
