Elle se rapprocha de lui, sa main frôlant la sienne puis se glissant finalement dedans. Ravi, il décida de réagir lui aussi en entrelaçant ses doigts aux siens.

« Voulez-vous rentrer tout de suite ? » lui demanda-t-il. « Il a fait très chaud aujourd'hui, et nous pourrions profiter de la fraicheur de la soirée en nous promenant un peu ? » Elle lui sourit, elle non plus ne souhaitait pas que cette soirée se termine. Et cela lui laissait de plus du temps pour continuer à réfléchir et se décider. Quelque chose en elle lui souffla qu'il en avait conscience et avait trouvé cette solution pour lui faire gagner du temps.

Ils marchèrent donc côte à côte dans Paris, profitant de la douceur de l'été et s'amusant à lire et commenter les innombrables stèles sur les murs des bâtiments où il s'était invariablement produit un événement historique ou bien où une personnalité avait vécu ou connu le trépas.

Léa se sentait bien, légère et en confiance. Jamais elle n'avait été aussi tranquille avec un homme. Ils bouclèrent enfin la boucle qui les ramena au véhicule d'André. Le dilemme se présentait à nouveau. Devrait-elle être la jeune femme sage qui rentrait chez elle, ou devait-elle céder au désir qui lui tiraillait délicieusement les entrailles ?

André lui posa directement la question, « souhaitez-vous que je vous dépose chez vous ? » Oui, définitivement oui, elle souhaitait passer encore plus de temps avec lui ce soir. Elle monta donc à ses côtés dans la voiture et lui donna son adresse afin qu'il l'entre dans le GPS. Léa ragea en constatant que nul embouteillage ne venait se mettre sur leur trajet, les déposant bien trop tôt à son goût au pied de son immeuble. La balle était dans son camp.

« Je vous remercie pour cette belle soirée, » dit-elle, puis obéissant à son envie, elle se pencha vers lui pour l'embrasser, il lui rendit tendrement son baiser, caressant légèrement sa joue, décidé à ne pas l'effrayer. André n'avait pourtant qu'une envie : la suivre. Mais il savoura le baiser qu'elle lui donnait et décida de respecter son choix. Après tout, ils avaient la vie devant eux pour en profiter désormais. Il ne comprenait toujours pas pourquoi on leur avait offert cette chance, mais il était farouchement décidé à en tirer parti au maximum. Elle lui sourit, simplement heureuse, puis sortit de la voiture pour monter chez elle. Tel le vrai gentilhomme qu'il était, André attendit de la voir entrer dans le bâtiment avant de démarrer pour retrouver son propre appartement.

Ils se retrouvèrent plusieurs fois pour passer la soirée ensembles, autour d'un verre de vin, pour visiter une exposition ou encore voir un film au cinéma. Léa se sentait désormais totalement sous son charme et André était ravi de pouvoir profiter de ces instants avec elle. C'était des instants dont il avait rêvé avant, lui faire la cour était l'un de ses plus gros fantasmes. C'était irréel, et c'était merveilleux.

La première fois qu'elle lui proposa de monter chez elle, elle eut ce merveilleux rose aux joues qui la rendait si attendrissante. Il se promit encore une fois de ne rien brusquer. Tout ce qui devrait se passer ne se passerait qu'à son initiative. Elle était pourtant fourbue de fatigue ce soir-là et avait fait l'effort de préparer un repas pour lui. Attendrit, il la porta délicatement dans son lit lorsqu'il la retrouva endormie dans le canapé pendant qu'il était allé se laver les mains.

Elle lui avait raconté avoir enchainé plusieurs nuits de surveillance et il lui avait proposé de repousser leur soirée. Elle avait refusé, lui avouant qu'elle avait envie de le voir, lui promettant même sa spécialité culinaire.

Elle fut mortifiée le lendemain matin lorsqu'elle se réveilla, toujours habillée mais chaussures ôtées et couverture déposée sur elle dans son lit. Bon sang, elle s'était enfin décidée à aller plus loin avec lui et elle s'était misérablement endormie ! Elle lui envoya un message afin de s'excuser et sursauta lorsqu'elle entendit le bip signalant l'arrivée du message dans la pièce d'à côté. Il était encore là ?

Elle se leva et le découvrit endormi dans son canapé. Il était en train de s'éveiller lui aussi, le téléphone l'ayant tiré de son sommeil.

« Tu es resté ? » lui demanda-t-elle. « Je te signale que tu as mis mon gilet hier soir car tu avais froid et que mes clés de voiture étaient dedans », s'amusa-t-il.

« Oups », elle mit la main dans la poche du gilet et y trouva effectivement les clés. « Désolée, » dit-elle en les lui tendant. Il soupira en s'étirant, puis grimaça, les canapés, ce n'était vraiment pas fait pour le confort !

Elle bailla aussi discrètement que possible mais il le remarqua. « Je vais te laisser te reposer, » proposa-t-il.

Léa parla avant même de se rendre compte de la portée de ses paroles « viens dormir avec moi ! » Il plongea alors son regard dans le sien, obtenant comme à son habitude la réponse à sa question silencieuse, oui, elle était sérieuse. Elle lui tendit la main pour l'attirer dans sa chambre et replongea avec délice sous les draps encore chauds, son corps contre le sien, en sécurité, avec cette dualité qui le caractérisait si bien, la force et la tendresse réunies, et cet incomparable parfum de violette. Oh comme elle pourrait très facilement s'y habituer !

Fatiguée comme elle l'était, elle sombra très rapidement dans un sommeil extrêmement réparateur, blottie, au creux de ses bras. Lui ne ferma pas l'œil, bouleversé de l'avoir enfin à nouveau enlacée dans ses bras. Dans un lit qui plus est. Alors d'accord, il n'y avait point de lucioles, mais il y avait un matelas et des draps. Et il n'y aurait pas de rosée à leur réveil. Et il était très probable qu'il ne se passe rien de plus. Mais cette version était très bien et lui convenait parfaitement. Et si elle l'avait invité dans son lit, il savait que c'était une ouverture formelle dans sa vie. Il embrassa donc la chevelure blonde qui était juste devant lui, la serra un peu plus contre lui, et se laissa aller également au sommeil, non sans avoir remercié silencieusement qui ou quoi que ce soit qui leur offrait ainsi une seconde chance au bonheur.

Lorsqu'elle se réveilla deux heures plus tard, elle avait l'impression d'avoir dormi trois jours. Elle soupira d'aise et se délecta de l'agréable sensation de chaleur et de sécurité qui l'inondait. Cet homme était une perle. Il n'avait absolument rien tenté. Pas un geste déplacé, pas la moindre tentative pour en profiter. Il s'était contenté de la tenir contre lui et avait plongé son nez dans ses cheveux. Ah, d'ailleurs il commençait à sortir du sommeil.

« Bonjour, » l'accueillit-elle. Elle fut récompensée d'un magnifique sourire. « J'ai cru que j'avais rêvé » lui dit-il, la serrant plus fort contre lui. Elle posa sa joue contre son cœur qui battait la chamade. Etait-il réellement possible de tant aimer un homme qu'on venait juste de rencontrer ? Elle avait l'impression qu'il lui manquait un élément clé afin de totalement appréhender la situation. C'est comme si c'était son inconscient qui lui dictait sa conduite, c'était déstabilisant mais de la plus délicieuse des façons. Et lui, il semblait tranquille, tellement sûr de lui, et pourtant son cœur battait à tout rompre sous sa joue.

Elle se décala légèrement et supporta sa tête sur la paume de sa main, le bras replié pour lui faire face. Elle resta ainsi à le regarder droit dans les yeux, comme si elle lui faisait passer un examen, répertoriant toutes ses dernières actions. André soutenait son regard tout en se demandant à quoi elle pouvait bien penser. Se pourrait-il qu'il l'ait déçue ? Peut-être attendait-elle qu'il fasse le premier pas une fois dans son lit ? Il commença à se sentir mal à l'aise et baissa les yeux, pour les relever immédiatement, le rouge aux joues. Elle se demanda ce qui avait pu provoquer une telle réaction et baissa les yeux elle aussi, pour remarquer que le chemisier qu'elle portait toujours, étant donné qu'elle avait dormi tout habillée, avait eu l'audace de faire sauter quelques boutons, dévoilant assez largement ses sous-vêtements de dentelle noire.

Décidée, elle posa la main sur son cœur, éprouvant à nouveau le rythme effréné auquel il battait. Elle ne pouvait plus en douter, cet homme l'aimait et la respectait de la plus belle des façons. Pourquoi ? Elle ne le savait pas pour l'instant, mais c'était pourtant un fait indéniable, une absolue certitude.

« André ? » lui dit-elle doucement. Il la regarda, le cœur affolé, chérissant de toute son âme ce regard qu'il retrouvait enfin et qu'il avait à jamais brûlé au fond de sa mémoire. « Aime-moi », lui chuchota-t-elle au creux de l'oreille. Oh, il ne se fit pas prier, elle n'aurait pas besoin de lui demander une seconde fois.

Bien plus tard, ils s'éveillèrent à nouveau, bien moins habillés qu'avant, mais bien plus heureux. Ils étaient tranquillement blottis l'un contre l'autre lorsqu'un puissant bruit venant de l'estomac d'André la fit éclater de rire.

« C'est très moche de se moquer ainsi, je te rappelle que tu m'as attiré chez toi avec la promesse d'un succulent dîner ! » bouda-t-il.

« Je vais te préparer le petit-déjeuner pour me faire pardonner, » offrit-elle, quittant ses bras pour se lever.

Cela le troubla, d'ordinaire … enfin avant … c'était lui ou Grand-Mère qui … Grand-Mère ? Etait-elle présente elle aussi ? Quel petit fils indigne, il n'avait même pas pensé à la rechercher tout à son bonheur… Il se promit de se pencher sur la question au plus tôt. Grand-Mère serait tellement heureuse de les retrouver !

« Le petit déjeuner de Monsieur est servi » s'amusa-t-elle quelques instants plus tard. A nouveau il fut troublé. N'avait-elle donc aucun souvenir ? Même après ce qu'ils venaient de vivre ? Il sortit vite de sa torpeur, rattrapé par son sourire solaire. Il se leva et la rejoignit dans la petite cuisine.

Ils se mirent à table et mangèrent de bon appétit. Ce qu'elle avait préparé était excellent, il avait rarement aussi bien mangé de bon matin. D'ailleurs cela tenait plus du brunch que d'un petit déjeuner. Aurait-elle été capable de lui préparer un repas entier avant ?

« Que souhaites-tu faire aujourd'hui ? » lui demanda-t-elle.

« J'ai un peu de travail à terminer à vrai dire, il me faut boucler un dossier que je plaide demain, » il était dépité.

« Et ce soir ? » demanda-t-elle du ton le plus innocent possible.

« Et bien si j'arrive à tout terminer à temps, et je te promets que je vais tout mettre en œuvre pour le faire, je te propose une petite balade, destination secrète ! » Il était désormais décidé à bousculer les choses. Vivre ces instants si intimes avec elle, tout en connaissant la vérité, ça lui semblait comme une traitrise.

Elle pencha la tête sur le côté, intriguée. Dieu qu'elle était belle dans la chemise qu'elle lui avait prise. Celle-ci lui arrivait à mi-cuisses et dévoilait ses jambes interminables. Elle était trop large pour elle et permettait une vue imprenable sur son décolleté. Il luttait intérieurement pour ne pas la lui arracher, elle devrait néanmoins la lui rendre s'il souhaitait quitter son appartement.

Il décida néanmoins d'être raisonnable et fut récompensé d'un baiser et d'un « à ce soir » à son départ. Foutu dossier !