La calvitie de Ron disparut aussi vite qu'elle était apparue. Pomona Pomfresh avait écouté les lamentations de son patient chauve sans paraitre éprouver la moindre compassion pour le jeune sorcier, puis elle lui avait tendu un remède avant de le chasser de son infirmerie. De retour dans la tour de Gryffondor, Ron avait ingurgité l'immonde potion sans se poser trop de questions. Des années de pratique en confection de filtres en tous genre dans les cachots de Poudlard lui avaient au moins appris une chose : il valait mieux en ignorer les ingrédients. Après tout, nul n'aimait savoir qu'il venait d'avaler un poil de troll ou de la bave de véracrasse.
Amer et douçâtre, le filtre imbuvable lui avait arraché une grimace dégoutée mais ses cheveux étaient vite réapparus sur son crâne avec la teinte flamboyante qui les avait toujours caractérisés. La crinière du jeune homme paraissait peut-être un peu plus dense qu'avant et sa pilosité en général bénéficiait désormais d'une désagréable expansion de ses territoires conquis, mais au moins, toute trace de la juste colère d'Hermione avait disparu.
Pourtant, Ron, fidèle à lui-même, ne tira pas la moindre conclusion sensée de cette mésaventure. Le bon-sens aurait dû lui dicter de se ruer aux pieds d'Hermione pour lui demander pardon, ce que ferait n'importe quel sorcier ayant éjecté sa petite-amie d'un club qu'il avait créé avec une ancienne relation amoureuse. Mais non, il continua à jouer les voyants en proposant ses services et ceux de Lavande aux âmes tourmentées de Poudlard. Une entreprise qui rencontrait peu de succès, ce qui ne les décourageait nullement, leur association ayant même établi ses quartiers en plein milieu de la salle commune. Au bout d'une semaine, les élèves de gryffondor, qui avaient d'abord ri de voir leurs excentriques condisciples se donner en spectacle avec leurs tenues étranges et leurs conversations grotesques, commencèrent à perdre patience face à l'occupation de plus en plus envahissante de leur territoire.
« Que Gryffondor m'emporte ! Jura finalement un élève de cinquième année en trébuchant sur une boule de cristal qui trainait sur le sol. Rangez-donc ce fourbi ! »
Mais Ron, à demi dissimulé derrière les tasses de thé sales qui s'empilaient peu à peu sur la table basse qu'il occupait, lui assura que personne ne se blesserait à cause du bazar divinatoire qui s'étendait autour de lui. Son troisième œil l'en aurait aussitôt averti.
« Harry, retiens-moi avant que je n'étrangle ce crétin. », maugréa Hermione qui contemplait son petit-ami d'un œil noir, campée à l'autre bout de la pièce.
Harry se dandina à côté d'elle. La mauvaise humeur de la jeune femme et l'obsession incongrue de Ron pour les théières et le tarot le laissaient perplexe et il ne savait plus sur quel pied danser.
« Ça finira bien par lui passer. », tempéra-t-il sans grande conviction.
Lui-même avait bien d'autres soucis en tête. Sa cape d'invisibilité n'était toujours pas revenue du pressing et espionner Malefoy dans ces conditions s'avérait compliqué. Il devait sauver sa propre peau et consacrait la plupart de son temps libre à suivre sa proie, mais à force de le croiser dans les couloirs, le serpentard finirait bien par se douter de quelque chose. Il fallait qu'il trouve un moyen de se balader dans le château sans se faire remarquer, ce qui n'était franchement pas simple quand on s'appelait Harry Potter et qu'on avait tué un mage noir.
« Je pourrais l'étouffer avec ce châle ridicule… Ou l'enfermer dans les toilettes du troisième étage avec Mimi Geignarde pour seule compagnie… », marmonna Hermione à côté de lui, dardant un regard venimeux sur Lavande Brown qui se collait contre Ron pour regarder le contenu de sa tasse de thé.
Sa baguette tournoyait dans sa main droite et Harry jugea le moment opportun pour s'esquiver. Quoi que sa meilleure amie décide de faire aux deux devins, il ne voulait pas s'en mêler.
« Désolé Ron, songea-t-il avec sollicitude, mais j'ai mes propres problèmes à régler. »
Sur cette pensée, il s'enfuit lâchement en laissant derrière lui une Hermione maléfique et ses deux victimes potentielles, se demandant avec un brin d'inquiétude si cela pouvait être considéré comme de la non-assistance à personne en danger.
…
Mort du Ministre de la Magie Suédois
Sigvard Ürt, le ministre de la magie suédois, est mort dans de tragiques circonstances hier matin près de sa résidence secondaire dans le nord du pays. Au terme d'une soirée que les rumeurs décrivent comme fortement avinée, l'homme de soixante-cinq ans qui était à la tête de son pays depuis près d'une décennie s'est mis en tête de prouver à ses amis du département de contrôle des créatures lapones qu'il ne craignait pas les Stallos, pourtant connus pour faire partie des créatures les plus dangereuses au monde.
S'enfonçant dans la réserve où ces monstres sont gardés en captivité, il aurait oublié d'emporter avec lui sa baguette magique et les créatures l'ont mis en pièce sans rencontrer la moindre résistance de sa part. Une fin tragique et certainement douloureuse pour l'un des sorciers les plus brillants d'Europe.
Les dernières paroles du ministre auraient été, selon les témoins ayant survécu à l'incident :
« Départibilio suc tempo», l'incantation d'un charme d'emprisonnement extrêmement puissant, un sortilège qui aurait certainement stoppé la meute de Stallos fous-furieux qui se dirigeait vers lui si monsieur Sigvard Ürt avait brandit sa baguette à ce moment-là, plutôt que de pointer une branche de pin inoffensive sur les créatures.
« Mais quelle mort bête ! », s'exclama Nott en fermant brusquement son journal, un sourire peu charitable sur les lèvres.
Drago acquiesça d'un hochement de tête distrait. Depuis son stupide pari avec Potter, il était constamment perdu dans ses pensées. Il avait proposé ce défi sans penser aux fâcheuses conséquences qu'il pourrait avoir, trop furieux pour réfléchir, mais les répercussions de ce pari commençaient à l'inquiéter sérieusement. D'autant plus qu'il croisait souvent le chemin de Potter ces derniers temps. Trop souvent pour que ce soit dû au hasard. Le jeune homme essayait d'être discret mais de toute évidence, il le suivait à la trace, ce qui commençait à sérieusement agacer Drago.
« Mais qu'est-ce qui m'a pris de lui laisser entendre que j'avais un secret à cacher ! Pensait-il en se traitant de tous les noms. S'il découvre la vérité… »
Cette perspective le fit frémir d'horreur. Il fallait impérativement qu'il garde Potter à distance. Qui sait ce que son ennemi juré ferait d'une information pareille ? En dehors de la honte cuisante qu'il éprouverait en voyant le petit air supérieur et moqueur du gryffondor, la simple possibilité que ce secret soit éventé le faisait mourir d'angoisse.
« Plutôt la mort que le déshonneur ! », songea-t-il farouchement.
Bien entendu, c'est à la mort de Potter qu'il pensait. Il était à Serpentard après tout.
« Je vais faire un tour, annonça-t-il finalement à ses amis qui ne daignèrent pas quitter leurs occupations respectives pour l'accompagner. Pansy et Blaise ne l'avaient même pas entendu, trop occupés à fomenter un plan pour faire fuir le fiancé français de la jeune femme, et Nott lisait un roman à l'eau de rose avec une application louable. C'est donc seul qu'il quitta la salle commune pour déambuler dans le château, attendant de voir apparaitre la principale cause de ses soucis. Après une trentaine de minutes à contempler des tableaux d'un œil morne et à écumer les étages sans destination précise en tête, l'éclat d'une chevelure chaotique apparut l'espace d'une seconde dans son champ de vision avant de disparaitre derrière un mur.
« Le pitiponk est ferré, se réjouit Drago avec un rictus triomphant. Il est temps de me débarrasser de ce fouineur. »
Il s'appliqua alors à prendre l'expression la plus suspecte possible et se glissa dans un couloir désert d'une démarche feutrée. Si Potter tombait dans le panneau et choisissait de le suivre, il ne lui ferait pas de cadeau.
…
Lorsqu'Harry avait vu Drago Malefoy sortir de sa salle commune sur la carte du Maraudeur, il s'était aussitôt empressé de le rejoindre. Comme indiqué sur son parchemin enchanté, le jeune homme se trouvait au beau milieu d'une large pièce du cinquième étage et contemplait avec une attention étrange la peinture d'un vieil alchimiste somnolent. Harry épia son ennemi avec discrétion, très fier de sa capacité à espionner le sorcier sans qu'il ne se doute de quoi que ce soit. Sa surveillance avait commencé plusieurs jours auparavant mais le serpentard ne se doutait toujours pas de ce qui se tramait dans son dos. Finalement, il n'avait même pas besoin de sa cape d'invisibilité, il semblait doté d'un talent inné pour les filatures.
« Malefoy, tu ne fais vraiment pas le poids contre moi. », pensa-t-il avec condescendance.
Alors qu'il se frottait les mains, très content de lui, le comportement de Malefoy changea et il se mit à glisser des regards furtifs et calculateurs autour de lui avant de disparaitre d'un pas furtif dans un étroit couloir.
« Je le tiens ! », songea Harry en frémissant d'excitation.
Il fallait maintenant qu'il trouve un moyen de s'approcher de sa proie sans qu'elle se doute de sa présence. Sans cape d'invisibilité, cette tâche se corsait terriblement mais Harry ne manquait pas d'imagination. Avisant une armure ensorcelée qui se baladait non loin de là dans un terrible bruit de métal rouillé, l'inspiration lui vint brusquement. Les armures mobiles étaient tellement banales à Poudlard qu'on ne leur prêtait même plus attention, c'était une occasion inespérée de suivre Malefoy sans se faire remarquer.
D'un coup de baguette magique, Harry immobilisa l'armure. Puis, il l'enfila tant bien que mal et reprit son chemin d'un pas vacillant.
« Qu'est-ce que c'est inconfortable ce machin ! », pesta-t-il en pressant le pas.
Les plaques de métal avaient grand besoin d'être huilé et chaque mouvement demandait bien plus d'efforts que d'ordinaire. Quant au heaume emplumé qui ceignait désormais sa tête, il l'étouffait presque. Mais il fallait parfois souffrir pour arriver à ses fins et il se mit à trottiner en direction du couloir où Malefoy avait disparu.
…
Harry Potter n'avait jamais brillé par son incroyable intelligence. D'ailleurs, Drago Malefoy aurait préféré s'arracher la langue plutôt que de l'admettre à voix haute mais sans l'insupportable miss je-sais-tout, le survivant n'aurait probablement jamais survécu assez longtemps pour tuer le seigneur des ténèbres. Oui, Potter était un imbécile fini et Drago s'était attendu à ce qu'il ne fasse pas preuve d'une grande subtilité pour l'espionner, ç'aurait été trop demander. Mais le résultat dépassait tout de même ses attentes en matière de stupidité.
Une armure avançait tant bien que mal dans sa direction et il était difficile de ne pas se douter de la supercherie. Elle tanguait tant qu'on aurait pu croire qu'elle avait forcé sur le Wisky pur feu. Malefoy devait au moins admettre une chose : jamais il n'aurait pensé à ça. Potter faisait preuve d'une créativité certaine et cela ouvrait de toute nouvelles perspectives de vengeance. Ayant décidé de ce qu'il convenait de faire à un empêcheur de tourner en rond en armure, le serpentard continua à arborer ses manières sournoises et fit mine de ne pas remarquer le nouveau-venu jusqu'à ce qu'il se trouve à sa portée, puis, il se retourna brusquement et pointa sa baguette magique sur la cuirasse en fer de sa victime.
« Mobiliare tanto ! », rugit-il férocement avec un sourire vainqueur.
Aussitôt, la démarche de l'armure se fluidifia et celle-ci reprit son chemin avec une vigueur tout neuve, ignorant les cris alarmés de son occupant.
« La prochaine fois Potter, fait preuve d'un peu plus de discrétion lorsque tu voudras m'espionner ! Clama Drago d'une voix réjouie. Tu es aussi furtif qu'un chartier dans un champ de gnomes ! »
Sur cette déclaration, il reprit son chemin en direction de sa salle commune en sifflotant joyeusement.
…
Coincé à l'intérieur de l'armure, Harry vouait Malefoy aux gémonies en tentant vainement d'atteindre sa baguette magique dans la poche de sa robe de sorcier. Mais comme il ne maitrisait plus les mouvements de l'armure qui l'entravait, cette tentative était vouée à l'échec et il continuait d'avancer au hasard dans le château, impuissant.
Lorsqu'il croisa un jeune élève de Serdaigle et l'interpella d'une voix désespérée pour qu'il l'aide à sortir de son armure, l'enfant fut si effrayé qu'il poussa un cri perçant et détala sans demander son reste. Harry poursuivit donc son chemin d'un bon pas, remarquant avec inquiétude qu'il s'approchait des portes de Poudlard.
« Oh non non non. », murmura-t-il en sortant dans le parc, entrainé malgré lui vers la forêt interdite.
Il ne manquait plus qu'un séjour au milieu des araignées géantes pour pimenter sa journée. Le jeune sorcier se contorsionna violemment pour tenter de se libérer mais rien n'y faisait, le métal tenait bon. C'est donc accablé et tristement résigné qu'il passa les premiers arbres de la lugubre forêt interdite.
« Au moins, je suis protégé par cette armure. », pensa-t-il sans grande conviction.
Il n'y croyait pas vraiment lui-même. Si une créature décidait de le transformer en bouillie pour le manger, ce récipient de métal hermétique lui servirait probablement de shacker.
Il n'était pas entré dans la forêt depuis cinq minutes qu'une succession de bruits sourds se rapprocha rapidement de lui. Le jeune homme sentit une fine couche de transpiration perler le long de ses tempes. Quelle que soit la créature qui arrivait, les vibrations du sol qu'elle provoquait prouvaient sans l'ombre d'un doute qu'elle était monstrueuse. Finalement, à travers les fentes étroites de son heaume, Harry vit apparaitre Graup, le demi-frère géant d'Hagrid. Celui-ci contempla avec curiosité l'étrange créature brillante qui se faufilait entre les arbres et sembla aussitôt conquis. Une main énorme s'abattit sur l'armure et Harry sentit ses pieds se décoller du sol.
« Graup ! Cria-t-il en désespoir de cause. C'est moi, Harry ! Tu te souviens de moi ? Je suis l'ami d'Hagrid ! »
Mais Graup ne prêta pas la moindre attention aux cris perçants qui sortaient de son nouveau jouet. Très content de sa trouvaille, il la coinça sous son bras et reprit sa balade.
