Chapitre 2 : Igor Malinovski

Partie 3 : Rencontres

Dimanche 14 juin, fin de matinée

Igor arpentait les couloirs en quête de ses appartements depuis déjà trois quarts d'heure. Il s'était manifestement perdu. Cependant, il n'était pas inquiet, il en profitait pour explorer cette bâtisse qui respirait la magie. C'était vivifiant, il y en avait tellement partout…

La directrice lui avait fait visiter, la veille, mais il n'avait pas été extrêmement attentif. Elle n'avait pas voulu l'amener tout de suite au maître Snape, ce qui l'avait inquiété. Il s'était posé des questions. Après tout, le grand potionniste avait eu une influence non négligeable sur sa vie, qu'il l'ait su ou pas.

Igor poussa un soupir nostalgique en empruntant un embranchement au hasard.

Cela faisait tant d'années qu'il n'avait pas vu cet homme, tant d'années qu'il continuait à lui écrire, qu'il s'entêtait sans jamais avoir de retour… Il savait qu'il n'était pas mort, sinon ses courriers seraient revenus intacts.

Mais maître Snape ne répondait pas, il ne répondait plus depuis bien des années. Igor avait un instant cru que lui envoyer son ouvrage – un livre qu'il avait mis plus de trois ans à écrire – l'obligerait à réagir. A lui répondre, au moins. Mais rien. Alors il avait renoncé. Renoncé à publier son livre et renoncé à écrire à son modèle.

Le médicomage fut interrompu dans ses pensées, surpris par un nouveau courant de magie. Elle accompagnait un groupe de jeunes hommes qui passa devant lui. Pour Igor, qui vivait plutôt au dehors dans les steppes gelées du nord de la Russie, tout cet environnement et les élèves qu'il croisait parfois l'interpellaient. Pour la première fois depuis longtemps, il se posait de nombreuses questions.

Pourquoi avaient-ils ri ce matin ? Pourquoi semblaient-ils intimidés par lui-même alors qu'il les sentait tous plutôt puissants ? Ou au moins dotés d'une magie mature… Il se doutait que leur magie avait été marquée par la lutte contre ce fameux « mage noir », dont lui avait parlé la directrice la veille. Mais pourquoi semblaient-ils gênés, parfois méfiants, en sa présence ? Vraiment, des sorciers avec autant de magie n'avaient aucune raison de le craindre.

Il y avait même un jeune sorcier particulièrement puissant, ce « Harry Potter » qui s'était présenté à son arrivée. Il n'avait l'air de rien, franchement, quand on lui jetait un œil rapide. Pourtant, il avait une magie étrange, pas vraiment stable, pas... tout-à-fait pure, faute d'un meilleur mot. Elle semblait composée de résidus de magie étrangers.

Oui, en oubliant le premier aspect du jeune homme, en regardant attentivement, on pouvait deviner en lui une belle puissance. Encore latente, certes, mais bien présente. Igor n'avait pas l'impression qu'elle soit utilisable telle quelle, mais il était intrigué par la nature composite de ce pouvoir.

Il n'avait pu observer le jeune Potter que quelques minutes et ça l'intéressait vraiment de comprendre. C'était un phénomène nouveau pour lui, ce genre de magie.

Il faut dire que ça faisait bien longtemps qu'il n'avait pas lu d'auras sorcières… Au fil du temps, il s'était en quelque sorte « spécialisé » dans les créatures magiques, souvent plus reconnaissantes que les sorciers. Du coup, il n'était plus vraiment habitué à en côtoyer de si près. Peut-être devait-il rester là quelques mois, le temps d'en apprendre un peu plus sur la magie de cette époque ? Et en profiter pour réapprendre ce qu'il avait appris durant ses études…

Au tournant d'un nouveau couloir, il fut interpellé par des cris étouffés.

- Tu n'aurais jamais dû rester là ! Tu aurais dû partir ! Je pensais pourtant qu'on avait été claires la dernière fois…

Igor fut surpris par la haine qui se dégageait de ces paroles, et surtout par les bruits sourds qui martelaient chacun de ces propos. Pressant le pas, une inquiétude indéterminée le poussant en avant, il déboucha bientôt devant un spectacle qui le révulsa.

Un jeune homme, qu'il n'avait pas vu au petit-déjeuner, était à moitié affalé sur le sol. Il était visiblement incapable de bouger. Ses vêtements étaient plus que mal en point, pendants, et ses lèvres grimaçantes témoignaient de sa douleur. Pourtant, pas un son n'échappait au sorcier. Il était littéralement tétanisé.

Son regard choqua Igor. Il ne reflétait que de la peur, une peur immense. C'était un regard qui lui rappelait douloureusement ceux de sa jeunesse et le médicomage fut immédiatement pris de pitié. Il ne comprenait pas comment le groupe de jeunes filles pouvait rester passif, devant ce regard, alors que l'une d'entre elles s'acharnait sur le jeune homme.

Personne ne l'avait remarqué et la jeune sorcière n'arrêtait pas ses coups. Son aura reflétait la colère et la folie. Igor ne pouvait pas accepter ça. Il ne l'acceptait plus depuis qu'il avait quitté son école, bien des années auparavant.

Sortant ses armes les plus puissantes, oubliant le lieu où il se trouvait et trop en colère pour faire attention et se faire comprendre, il hurla en russe.

- Arrêtez-vous immédiatement !

Les jeunes femmes, surprises par ce cri, se retournèrent comme un seul homme. Draco en revanche, car c'était bien lui, ne bougea pas d'un pouce. Il gardait les yeux fixés sur son agresseur. Celle-ci lança un regard agressif en direction d'Igor, pas du tout intimidée par les armes braquées sur elle.

Ça aussi, c'était le genre de regard qu'il avait oublié depuis bien longtemps.

- Ne vous mêlez pas de ça : ce sale mangemort n'a que ce qu'il mérite !

Igor n'avait pas bien compris de quoi la jeune femme avait traité le sorcier, toujours à terre, mais il se doutait que ce n'était pas beau. Elle avait presque craché le mot. Et avant qu'il ait pu réagir, elle envoya son pied vers l'arrière et percuta violemment la mâchoire du garçon qui se brisa net. Igor entendit ce bruit comme si le tonnerre avait résonné à son oreille.

Comme au ralenti, il vit le sorcier blond tomber sur le côté, totalement inerte, jusqu'à s'étaler sur le sol. Et alors qu'il le voyait tomber, Igor ne put s'empêcher de lui superposer une autre image, tirée de son passé. Il était dans cet autre monde, dans cet autre lieu, et il eut l'impression de revivre son pire cauchemar.

Mais il avait grandi depuis, et il ne lui fallut qu'une seconde pour se secouer : cette fois-ci, il agirait. Cette fois-ci, il ne serait pas lâche. Cette fois-ci, il était adulte !

Il entra dans une telle rage qu'il tira un nombre incalculable de fois avec ses armes. Des joujoux qu'il avait lui-même trafiqués… Ils n'étaient pas mortels, mais une pluie de sorts s'abattit sur la meneuse, jusqu'à ce qu'elle soit projetée contre le mur sous l'impact d'un sort plus puissant que les autres. Certains d'entre eux avaient ricoché et touché d'autres filles du groupe.

Effrayées, criant leur peur, elles s'enfuirent en emportant avec elles leur meneuse et les blessées. Certaines avaient la peau couverte de poils ou d'écailles, couraient en canard, ou en boitant à cause d'une bosse immonde déformant leur dos.

La plus touchée était incontestablement celle qui s'était acharnée sur le jeune homme. Sa peau était verdâtre et couverte de pustules. Chauve, griffue, avait les jambes désarticulées et un nez démesurément grand qui déséquilibrait celles qui la portaient sur leurs épaules. Le résultat donnait l'impression d'un mélange contre-nature des plus répugnants animaux.

Igor regarda ses armes avec amour et en caressa un instant les lignes effilées.

Il ne pouvait plus se servir d'une baguette depuis plusieurs années : il en avait perdu l'usage après ses études. Mais il s'était aperçu que même s'il était devenu médicomage, il pouvait parfois se faire attaquer… C'était bien loin de l'idéal inculqué par ses professeurs quand il était jeune. D'après eux, les médicomages étaient souvent adulés comme des héros… Mais pas dans son pays, la Russie.

Là-bas, ils étaient plutôt traqués et éliminés.

Alors Igor avait choisi de se défendre.

Il avait fabriqué ces canalisateurs, tout en métaux divers et variés. Ils lançaient des sorts qui traduisaient son humeur ou qui reflétaient les plus grandes peurs de ses adversaires. Il n'avait même pas besoin de formuler le moindre son : il faisait corps avec ses jouets.

Le médicomage les rangea avant de s'approcher du sorcier inconscient. Une rapide analyse lui fit supposer qu'il n'était pas battu pour la première fois : ses os étaient parfois maladroitement ressoudés, des plaies et des infections diverses parcouraient son corps et certains bleus commençaient doucement à se résorber.

« On dirait qu'il a essayé de se guérir seul… » pensa-t-il, impressionné malgré lui par l'ampleur des dégâts.

Il prit le jeune homme évanoui dans ses bras et avança jusqu'à trouver une porte ouverte. En entrant dans une salle de classe bien entretenue, il déposa le jeune homme sur le long bureau de professeur et entreprit de le soigner.

Il n'avait jamais oublié son serment : toute créature qui a besoin de toi, tu secourras. Ou plutôt, il avait oublié les mots exacts, mais par le principe. C'était bien le plus important.

Le médicomage écarta les bouts de tissus déchirés pour libérer le corps devant lui. Puis il commença par guérir les infections, longuement, replaçant parfois un ou deux organes mous trop déplacés. « Mais comment a-t-il pu supporter la douleur ? Ça doit faire une semaine qu'il est dans cet état, d'après ses infections… »

Puis Igor replaça délicatement les os, en prenant garde de ne toucher aucun point sensible des flux vitaux et magiques du sorcier. Il passa aussi deux bonnes heures sur l'une des mains, littéralement en miette. C'était difficile parce qu'elle était particulièrement enflée. Ensuite, il soigna les poumons quelque peu malmenés par les côtes déplacées. « Mais comment a-t-il pu respirer correctement ? »

Igor s'arrêta et examina un instant le jeune sorcier. Il était plutôt bon médicomage. Et ça impliquait des dons d'observation. Aussi, maintenant que les plus grands dangers étaient écartés, il analysa quelques secondes l'aura du sorcier.

« En voilà encore un dont la magie est particulièrement instable… Une aura impure elle aussi... Et trouée. C'est le deuxième cas aussi étrange que je vois dans ma vie, et tous les deux sont ici, dans ce château… Peut-être est-ce le résultat de sa douleur ? Les flux magiques ont l'air d'être tordus dans tous les sens… Mais contre ça, je ne peux rien faire. Ce n'est pas directement de mon ressort… »

Espérant que guérir le jeune homme l'aiderait à retrouver sa stabilité magique, il soigna et effaça un à un les bleus et les blessures qui parsemaient sa peau. Igor supposa que pour lutter contre la douleur, le sorcier inanimé avait dû puiser dans ses réserves magiques et qu'il y avait créé ce désordre…

Et sans le savoir, il n'avait pas entièrement tort.

Ensuite il ressouda les os remis en place, grâce à une des potions qu'il promenait toujours avec lui dans l'une de ses nombreuses poches internes. C'est là qu'il s'aperçut qu'il suait à grosses gouttes : il devait probablement utiliser beaucoup de sa propre magie…

Attendant quelques instants que la potion fasse effet, il s'assit en tailleur et se concentra pour recapitaliser son énergie, en vérifiant de temps à autre la progression de l'état de son patient. Il fut surpris de l'efficacité de l'exercice. Comment était-ce possible ? Son esprit échafaudait déjà mille hypothèses.

« Ca n'est jamais allé aussi vite ! Peut-être la concentration de magie dans ce château fait-elle office de canalisateur aussi ? Pourtant, le Palais est un lieu aussi puissant et j'ai toujours eu des difficultés à me recapitaliser là-bas… Poudlard est vraiment un environnement intéressant… »

Les effets de la potion étant terminés, le médicomage se releva et s'approcha du visage de son patient. C'était la partie la plus délicate de son intervention, s'il voulait effacer toute trace du lynchage. Replaçant la mâchoire du jeune homme d'un coup sec, il lui arracha un gémissement inconscient. Il s'activa ensuite pour terminer de soigner le jeune sorcier fragile, sous ses yeux.

Un sort simple de contrôle lui révéla qu'il était désormais hors de danger. Presque tout était revenu à la normale. Excepté au niveau de la tête, où les flux vitaux comme magiques tournaient à une vitesse folle. Ils s'entrechoquaient et provoquaient des étincelles probablement douloureuses pour le patient.

« J'aurais dû mieux suivre les cours d'anatomie magique et de psychomagie ! » pensa le Russe, peu sûr de la raison qui provoquait ce désordre interne.

Il continua à soigner le visage du jeune homme, effaçant les coups un à un. Il passa un peu plus de temps sur les yeux dont l'un arborait un beau coquard. Heureusement, il n'était touché que superficiellement, et si l'ensemble resterait sensible pendant quelques jours, le jeune homme ne perdrait pas la vue pour autant.

Quand tout fut terminé, il constata que le torse du jeune sorcier montait et descendait régulièrement. C'était le signe d'une respiration à nouveau normale, calme. Mais les flux vitaux et magiques du sorcier continuaient à faire des nœuds… Et ça, c'était anormal.

Curieux, le médicomage décida qu'il allait appliquer quelques rudiments de ses souvenirs d'étudiant.

Il n'avait pas eu besoin de faire appel à beaucoup de ses cours jusqu'à maintenant, puisqu'il se servait presque exclusivement de potions quand il exerçait en Russie. Aujourd'hui, il avait utilisé sa magie pour la première fois depuis longtemps, dans le but de soigner un patient. Heureusement qu'il lui restait de bon souvenirs : il n'avait pas trop perdu de ses talents.

Bien… Comment pouvait-il entrer dans le corps du jeune homme, déjà ? Ha oui ! Il devait détacher son esprit et le faire pénétrer dans celui du patient, pour tenter de comprendre ses problèmes internes. Comme un observateur fantôme.

Attrapant mentalement un filament composant l'un des flux magiques du jeune garçon, il le suivit tout doucement sans le lâcher. Il avait l'impression de participer à un rodéo. Il arriva rapidement au point de contact qui provoquait le plus de frictions, au niveau de la tête du patient.

Là, on avait l'impression que le flux de magie combattait le flux vital du cerveau : tous les deux se poussaient en gagnant chacun leur tour du terrain sur l'autre. Parfois, ils provoquaient dans leur friction des étincelles réelles qui endommageaient les organes autour d'eux.

Mais heureusement, le jeune homme avait une magie rare : Igor pouvait voir les organes touchés et brûlés être régénérés par des filaments volants de magie qui arrivaient de nulle part, soignaient et repartaient. « C'est sûrement grâce à ça qu'il a survécu à ses infections ces derniers jours… »

Igor se rappela ses cours théoriques… Un sorcier normal possédait des autoroutes de magie, d'où celle-ci ne sortait jamais. Mais la magie des sorciers d'un niveau un peu supérieur pouvait, elle, s'affranchir des règles et voyager dans le corps. Parfois, ça pouvait être un problème, comme ici où elle se tortillait en tous sens…

Pourtant, Igor trouvait la magie du sorcier très paradoxale : les flux principaux n'étaient pas bien épais, et pourtant, elle pouvait s'affranchir de ces autoroutes et se promener dans le corps librement. C'était un cas de figure qu'il rencontrait pour la première fois. Décidément, il aurait vraiment dû être plus attentif en cours d'Anatomie…

Téméraire, mais surtout curieux, Igor attrapa un des tout petits filaments particulièrement rapides qui passaient parfois devant lui et se laissa porter, fermement accroché. Il voyageait à une vitesse impressionnante…

Il ne reconnut pas son environnement quand le filament s'arrêta brusquement, mais il vit deux autres flux de vie se combattre devant une porte de chair, bloquant tout passage. Ils se sautaient dessus à intervalles réguliers en provoquant également des étincelles. « Mais qu'est-ce qui se passe chez ce garçon pour que son corps et sa magie se combattent ainsi avec acharnement partout où je regarde ? »

Ici, les étincelles ne brûlaient pas les organes autour d'elles, contrairement à celles du cerveau, mais elles les glaçaient. Et encore une fois, les organes se régénéraient grâce à des filets de magie qui s'échappaient parfois de la porte de chair, quand celle-ci s'entrouvrait entre deux assauts combatifs.

Soudain, alors que les flux s'éloignaient pour prendre de l'élan et recommencer leur assaut, la porte de chair s'ouvrit un peu plus fort. Le filament auquel était accroché Igor accéléra d'un coup, se précipitant dans l'espace créé. Lorsqu'il passa la porte, Igor fut aveuglé par une lumière argentée si forte qu'elle était lui fit mal aux yeux.

Poussant un cri, il sentit son esprit être éjecté du corps du jeune sorcier.

Se tenant la tête entre les mains, le médicomage ne vit pas immédiatement que Draco avait ouvert les yeux et respirait de façon saccadée, les mains crispées sur la poitrine. Et Draco, choqué par son réveil douloureux, ne vit pas tout de suite Igor, plié en deux à côté de lui. Il était bien trop occupé à tenter de comprendre où il était.

Igor reprit ses esprits avant le jeune homme et se redressa. Quand Draco le vit, il eut un premier sursaut effrayé. Mais il reprit rapidement contenance, transformant son sursaut en un mouvement délibéré pour s'asseoir sur le meuble. Un Malfoy n'avait jamais peur. S'il fut surpris de ne plus avoir mal, il n'en montra rien et demanda froidement :

- Qui êtes-vous ?

- Je m'appelle Igor Malinovski. Je suis médicomage et je viens de Russie.

Draco fronça les sourcils : un médicomage de Russie ? C'était sans doute l'ami qui devait sauver son parrain.

- Où suis-je ?

- Dans une salle de classe de Poudlard.

- Pourquoi ?

- Je viens de vous soigner. Vous vous êtes évanoui dans le couloir… Mais vous posez beaucoup de questions jeune homme, dit Igor avec un sourire léger.

- Je vous prierai de ne pas vous moquer de moi. Je ne vous ai pas agressé, reprit le jeune sorcier encore plus froidement.

Puis, en un éclair, le mot « agressé » fut un déclencheur de souvenirs honteux. Toutes les images de cette fille qui le battait lui revinrent en mémoire. Il eut honte de sa faiblesse, de la peur qui l'avait saisi.

Peut-être que ce médicomage n'était pas au courant de la situation ? Jamais il n'avouerait qu'il s'était fait battre, surtout par des Gryffondors et encore moins par des filles. Ces Gryffondors… Pas un soupçon de cervelle et seulement des poings pour s'expliquer !

Sa voix était moins coupante quand il reprit, hésitant.

- Oui, je me souviens… Je me suis évanoui parce que… heu… Je devais avoir vraiment très faim. J'allais justement aux cuisines…

- Hum… Sans doute.

Cette déformation de la vérité était bien trop énorme pour que le médicomage y croie, d'autant plus qu'il avait assisté à toute la scène. Mais il ne dit rien. Le jeune élève ne devait pas vouloir avouer ce qui lui était arrivé et il ne le forcerait pas.

Igor aimait cet état d'esprit, la fierté… Oui, le jeune homme était amusant à observer, quand il se dépatouillait pour préserver son honneur et sa fierté.

- En tout cas, vous devriez faire attention à vous, conseilla-t-il. En plus d'avoir faim, vous étiez bien abîmé quand je vous ai trouvé. Il ne faudrait pas que ça se reproduise ; vous auriez pu y rester.

Draco laissa un petit silence s'installer. Il réfléchissait à une histoire.

- Oui, je dois apprécier un peu trop les entraînements de Quidditch musclés… Et apprécier trop peu le fait d'aller voir l'infirmière…

- Si vous le souhaitez, vous pourrez venir me voir moi, et je vous soignerai après vos entraînements. Je vous conseille quand même de ne pas recommencer trop vite…

- J'y veillerai.

Draco descendit du bureau où il avait été installé. Son mal de tête était toujours là, mais plus diffus. Sans cela, il se serait presque senti… bien. Pour autant, il n'avait rien demandé, et il était un Malfoy : pas question de remercier ce Russe. D'ailleurs, rien ne disait de façon évidente que c'était grâce à lui qu'il se sentait mieux…

Il sortit rapidement de la salle, sans un regard en arrière, et se dirigea presque en courant vers les cuisines. Il priait pour ne plus rencontrer personne dans ces maudits couloirs trop déserts. Il avait bien l'intention de se faire discret, maintenant. Il allait se faire une grosse réserve de nourriture et ne plus sortir des appartements de son parrain jusqu'au retour de ses parents : le docteur ne le verrait plus.

De son côté, Igor se dit qu'il lui faudrait d'abord retrouver lui-même ses appartements, s'il voulait pouvoir y accueillir des élèves en difficulté… Alors il se remit en route.

IMSSIMSSIMLSSIMSSIMSSIMSSIMSS

Il n'avait toujours pas retrouvé son chemin quand il se retrouva nez à nez avec la directrice.

- Ah, Monsieur Malinovski, justement, je viens de frapper à la porte de vos appartements, mais vous ne me répondiez pas, dit-elle en désignant la porte devant elle.

« Ah, c'est donc ici que je vais loger… Tiens, c'est amusant, je n'aurais pas reconnu ce couloir… »

- Je me suis… promené dans les couloirs, lui répondit Igor.

Il ne voulait pas dire qu'il était perdu pour ne pas l'inciter à lui faire refaire une visite complète du château.

- Bien. Je vous cherchais pour vous faire rencontrer le professeur Snape. Nous avons réussi à le réveiller, mais je ne sais pas pour combien de temps il le restera. Il dort quasiment tout le temps maintenant…

- Je vous suis.

La directrice le guida jusqu'à l'infirmerie, et Igor prit soin de bien retenir le parcours cette fois-ci. Elle écarta des paravents qui cachaient le potionniste, avant de les remettre en place derrière eux. Lorsqu'il fut devant Severus Snape, Igor lui serra sobrement la main.

- Maître Snape. Comment allez-vous ?

- Igor… Ça fait longtemps… dit le professeur de potions en fronçant les sourcils, se perdant une seconde dans ses souvenirs.

Il se souvenait d'un petit garçon apeuré, pleurant sur un petit corps meurtri. Et d'une grande puissance… Il l'avait aidé puis abandonné. Pas qu'il le regrette réellement, parce que sa vie aurait pu être bien pire s'il l'avait emmené en Angleterre avec lui.

Mais il regrettait de n'avoir jamais pu répondre au jeune homme talentueux qu'il était devenu et qui s'acharnait à lui écrire. Enfin, jusqu'à il y a huit ans. Igor lui avait envoyé son livre sur des nouvelles théories de guérison, un livre intelligent et remarquable. Il n'avait rien répondu, une fois encore. Et depuis, il n'avait jamais plus reçu de lettres de lui.

Il avait un instant pensé qu'il avait dû mourir, finalement. Mais aujourd'hui, alors qu'il avait besoin de son aide, Igor était venu. Toujours vivant. Sans hésiter.

- Si je t'ai appelé, reprit le potionniste en tutoyant son vis-à-vis, c'est justement parce que je vais mal. J'ai subi plusieurs sorts de magie noire, mais je suis incapable de tous les énumérer, donc de tous les soigner. Tu dois être devenu un expert maintenant, d'après ton dernier envoi. Peux-tu faire quelque chose pour moi ?

Igor enchaîna les sorts de contrôle pour évaluer les dégâts. Le cas de maître Snape était autrement plus complexe que celui du jeune sorcier blond. Pour soigner le malade, il aurait besoin de toute sa puissance magique…

Or, là, ses réserves étaient déjà pas mal épuisées. Il n'était même pas sûr d'avoir suffisamment de puissance, d'ailleurs. C'est ce qu'il expliqua clairement à cet homme qu'il avait rencontré plusieurs années auparavant et qui lui avait appris à se perfectionner en potions curatives.

- Pourtant, mon jeune filleul a réussi à me faire sentir mieux plusieurs fois, glissa Snape. Et il n'est pas très puissant…

- Il faudra me le présenter, alors. Nous pourrons peut-être allier nos talents. Quoi qu'il en soit, il faudra attendre la prochaine pleine lune, dans un peu plus d'une semaine, pour que je puisse faire quelque chose pour vous.

- Très bien. J'essaierai de tenir jusque là, alors, répondit Snape en refermant les yeux, épuisé.

- Mais pourquoi attendre la pleine lune ? demanda la directrice, intriguée.

- La pleine lune est un moment idéal pour la magie, le point culminant dans la puissance de chaque sorcier. Tout comme elle commande les marées, elle influence les flux magiques dans nos corps. Ça mettra toutes les chances de guérison de mon côté.

- Pensez-vous pouvoir guérir le professeur Snape ? interrogea-t-elle ensuite.

- Ce sera une très longue opération, mais j'ai bon espoir.

- Monsieur Malinovski ! hurla soudain une voix mécontente, derrière les paravents.

On entendit ensuite une litanie de marmonnements et de grognements se rapprocher, de plus en plus audibles. Madame Pomfresh lui sauta presque dessus, agressive. Au passage, elle bouscula l'un des paravents qui dévoila une scène très étrange.

Si Snape ne s'était pas rendormi, il aurait peut-être ri devant cette incongruité. Mais la directrice se contenta de plaquer une main devant sa bouche, sidérée. Devant elle, une dizaine de filles de sa maison arboraient des attributs animaux et toutes sortes d'appendices étranges. Elles étaient laides à faire peur.

- Mais que s'est-il passé ? demanda la directrice.

- C'est ce Malinovski qui les aurait transformées ! C'est inadmissible ! S'en prendre à de plus jeunes sorciers que soi, sans défense !

Madame Pomfresh avait repris sa litanie, mais plus fort cette fois.

- S'en prendre à des plus faibles, c'est une honte !

- Je suis d'accord avec vous sur ce point, dit Igor froidement.

Les jeunes filles devant lui baissèrent toutes la tête.

- Attendez un peu, Poppy, interrompit la directrice, j'aimerais comprendre ce qui s'est passé. Monsieur Malinovski, pouvez-vous nous expliquer ?

Elle observait suspicieusement les jeunes filles au regard fuyant.

- Ces jeunes femmes se battaient dans un couloir, exposa Igor. J'ai voulu leur donner une leçon pour éviter qu'elles recommencent.

- Je vois… Les bagarres sont interdites dans l'enceinte de l'établissement. Vous avez bien fait de sévir. Mais les châtiments corporels sont également interdits. La prochaine fois, prévenez leur professeur principal, ou, dans le doute, venez me voir…

Puis elle chuchota à son intention : « autrement, je n'aurai jamais l'autorisation du conseil d'administration pour vous garder, si vous souhaitez rester ici. »

-Tout ceci est-il réglé ? reprit-elle pour tout le monde.

La plupart des jeunes filles acquiescèrent, honteuses. Elles étaient plutôt contentes de s'en tirer à si bon compte. Car Igor Malinovski n'avait pas précisé qu'elles s'étaient toutes plus ou moins acharnées à la moldue sur Draco Malfoy, seul et sans baguette.

Normalement, la directrice aurait dû les punir bien plus. Surtout si, comme certaines des jeunes filles le soupçonnaient vaguement, elle avait spécifiquement accepté que Draco reste à Poudlard pour le moment.

Seule l'une d'entre elles gardait obstinément la tête baissée, entre colère et rancœur. Quand elle serait guérie, elle se vengerait. Sa cousine décédée le méritait. Alors pour elle, cette histoire était loin d'être terminée.

- Monsieur Malinovski, je vous laisse retourner seul à vos appartements ? Bien. Poppy, je compte sur vous pour remettre toutes ces demoiselles d'aplomb. Si vous avez besoin d'aide, n'hésitez pas à demander à Monsieur Malinovski de rester pour réparer son erreur.

Quand la directrice fut sortie, Pomfresh chassa plutôt hargneusement Malinovski de son infirmerie. Elle ne voulait pas de lui dans ses pattes et elle jurait qu'elle ne demanderait jamais d'aide à un énergumène comme lui.

Elle, demander de l'aide à quelqu'un ? Elle se débrouillait seule depuis bien longtemps déjà. Elle avait posé sa démission, mais elle n'était pas impotente pour autant ! Et quelle idée aussi de demander à cet homme de devenir le nouvel infirmier de Poudlard ? Un homme qui s'autorisait les châtiments corporels de ce type ne pouvait pas être un bon médicomage, d'après elle.

Quand elle eut refermé la porte, Pomfresh retrouva toute sa lucidité et son efficacité, et elle installa les élèves les plus touchées dans les lits de l'infirmerie.

Au fond, elle n'était ni mauvaise, ni aigrie. C'était surtout que, maintenant que la guerre était terminée, elle ne voulait plus voir les gens se battre et se lancer des sorts autour d'elle. Elle voulait une paix complète et totale.

Alors, forcément, voir l'état de ces filles lui avait fait perdre son sang froid. Elle s'était laissée porter par la colère. Il faut dire que ce Malinovski lui laissait une impression étrange et plutôt désagréable. Elle n'était pas totalement rassurée en sa présence. Elle ne lui faisait pas confiance.

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Mardi 16 juin, fin de soirée

Harry et Ginny étaient allongés sur l'herbe, comme à leur habitude. Ginny s'était lancée dans l'éloge de sa maîtrise magique, comme ça lui arrivait parfois depuis la reconstruction de Poudlard. Comme les autres élèves et les professeurs, elle avait promis de ne pas ébruiter l'exploit, comprenant le besoin d'Harry et de certains élèves du cercle de ne pas se faire trop remarquer, en ces temps difficiles de reconstruction. Mais elle restait impressionnée malgré elle par le résultat, se sentant toute petite à côté.

Harry ne lui prêtait qu'une oreille distraite, parce qu'il savait qu'elle avait surtout besoin d'extérioriser ce qui la tracassait. Et l'image du château en cours de réparation l'avait profondément marquée. Comme elle n'attendait pas vraiment de réponse, il n'écoutait pas attentivement.

- Et quand tu as redressé la tour… Tout le monde était scotché ! C'était incroyable ! Quelle puissance ! Quel sorcier aurait pu faire ça ? Personne n'aurait pu même l'imaginer ! Tu ne joues vraiment pas dans la même catégorie que nous… Je me demande si tu pourrais faire d'autres choses improbables ? Si ça se trouve, tu pourrais claquer des doigts et obtenir ce que tu veux !

Elle s'interrompit un instant, envisageant diverses possibilités.

- Normalement, reprit-elle d'une voix basse, on ne peut pas faire apparaître de l'or ni d'objets sans les acheter, mais toi… Tu pourrais peut-être nous créer une grande et belle maison ? Ou faire apparaître un coffre à trésor rempli, des tas de vêtements… Peut-être même des bijoux, ajouta-t-elle les yeux dans le vide.

Harry, qui avait à l'instant un sourire vague sur le visage en observant le ciel sombre de la salle sur demande, se tourna vers elle quand les derniers mots atteignirent son cerveau.

- Est-ce que tu désires tant que ça toutes ces choses ?

Ginny prit un instant de réflexion avant de laisser échapper un soupir et de répondre.

- En fait, pas vraiment. Ou plutôt… Plus maintenant. J'ai souvent eu envie de toutes ces choses et je n'y dirais pas non aujourd'hui, mais… je suis tout de même heureuse d'être née dans ma famille.

Harry acquiesça et se plongea à nouveau dans la contemplation du ciel étoilé. Et de la lune. A chaque fois qu'il venait dans ce jardin, sa seule demande à lui était une pleine lune, parce que l'astre lointain et discret l'apaisait.

Il sentit vaguement Ginny frissonner à côté de lui, mais sans s'apercevoir qu'il faisait trop bon pour qu'elle frissonne de froid. La jeune femme, que la mention de sa famille avait ramenée à Fred, était inquiète. Se pourrait-il qu'un jour, on lui arrache un enfant comme on l'avait fait à sa mère ? Y survivrait-elle ?

Un élan de haine envers les mangemorts qui lui avaient volé son frère lui échappa.

- Avec ta puissance, tu pourras nous débarrasser de nos ennemis d'un claquement de doigts, n'est-ce pas ? Les Malfoy, par exemple, ils ne servent à rien et passent leur temps à nous blesser ! Ils ont toujours été fiers d'être des mangemorts et de persécuter les familles qui ne pensaient pas comme eux ! Tu pourras nous protéger d'eux, non ?

Ginny cherchait à être rassurée, mais Harry ne comprit pas son message.

Tournant la tête vers sa fiancée, il fit une moue qui pouvait sembler approbatrice mais qui n'était pas très claire pour elle. Il n'était pas d'accord avec tout ce que disait la jeune femme, mais il s'était déjà fâché avec Ron pour la famille Malfoy. Alors il n'allait pas prendre le risque de recommencer avec Ginny.

- Je ne sais même pas pourquoi la directrice les a tolérés pendant la reconstruction, d'ailleurs ! s'exclama-t-elle avec colère. Heureusement, Ron m'a dit qu'ils avaient été renvoyés chez eux. Même si, tu sais quoi ? Il y a un bruit qui court chez les filles comme quoi Draco Malfoy se cacherait à Poudlard… Moi, je pense qu'ils devraient tous les trois pourrir en prison pour tout le mal qu'ils ont fait ! Ils méritent un châtiment réel, pas le droit de rester chez eux tranquillement alors que des gens biens sont morts !

Cette fois, Harry réagit et approcha la sorcière de lui. Il était maintenant clair qu'elle pensait à la perte de Fred. Elle ne parvenait pas à faire son deuil. Contre son épaule, elle laissa échapper quelques sanglots. Un peu gauche, Harry ne commenta pas mais lui caressa les cheveux, pour la consoler. Soudain, elle se redressa, à nouveau en colère.

- Ce sont les Malfoy qui devraient être morts ! Tu devrais faire quelque chose pour ça !

- Ginny, non ! ne put s'empêcher de s'exclamer Harry dans un sursaut, un peu effaré par la force de sa haine. Je dois un grand service à madame Malfoy, tu sais. Et toi aussi par la même occasion. Et de toute façon, il n'est pas question que je tue qui que ce soit de toute ma vie.

- Et Voldemort ? lança Ginny, provocante.

- Il s'est donné la mort seul, répondit Harry d'un ton posé. C'était son propre sort, tant pis s'il s'est retourné contre lui. Moi, je refuse de devenir un assassin comme il l'a été.

Suffisamment de gens sont déjà morts pour moi, pensa-t-il sans le dire.

- Même si on fait du mal à notre famille ? Et si on me fait du mal, à moi ? demanda Ginny d'une toute petite voix déçue. Et si quelqu'un en a après nos enfants ? demanda-t-elle brusquement, son inquiétude revenant à plein.

- Ginny… soupira Harry. Ce n'est pas à moi de punir les autres comme je le désire, de décider si quelqu'un doit mourir. Il y a une justice, elle est faite pour ces cas-là. Comme l'a dit Hermione, je n'ai pas à m'en mêler. J'en ai déjà fait assez. Maintenant, j'arrête.

La jeune femme se mordit la lèvre, Harry n'ayant pas du tout apaisé ses craintes.

Elle se tut et détourna la tête, ne voulant pas laisser voir sa déception. Elle sembla soudain absorbée dans la contemplation d'une fleur nocturne qui ne s'épanouissait que sous les rayons de la lune. Harry préféra ne pas reprendre la conversation. Il avait sans doute blessé sa fiancée, mais il fallait qu'elle comprenne son besoin d'être ordinaire et de ne pas avoir des responsabilités démesurées sur les épaules.

Il retourna à sa contemplation du ciel nocturne. La lune brillait faiblement, comme si elle veillait sur le monde qu'elle dominait de toute sa hauteur. Comme si elle veillait sur eux. Il sourit légèrement, envahi par le bien-être. Une telle blancheur paraissait presque surnaturelle dans une nuit aussi noire et il se sentait petit et banal à côté de ça. Il aimait la sensation que ça lui procurait.

La conversation qu'il venait d'avoir avec Ginny, associée à la vision de cette lune, lui rappelèrent Malfoy. Lui aussi avait toujours eu une peau d'une blancheur surnaturelle. Maladive. Un aristocrate dans toute sa splendeur.

Son esprit dériva un peu plus vers le Serpentard.

Si Malfoy était toujours au château, que pouvait-il bien faire ? Il ne s'était montré nulle part, depuis le jour où il l'avait chassé de l'infirmerie… Lui avait simplement cru que l'héritier était parti rejoindre ses parents, confinés dans leur manoir. Mais il s'était peut-être trompé.

S'apercevant soudain qu'encore une fois, il se laissait aller à penser aux Malfoy au lieu de s'occuper de sa fiancée effrayée, Harry se mit une gifle mentale. Il se sentit coupable : sans doute les mots de Ron l'avaient marqué plus qu'il ne s'y serait attendu. Il décida alors de se faire pardonner auprès de Ginny pour ses réponses un peu sèches, quelques instants plus tôt.

Toujours un peu maladroit, malgré leurs nombreux baisers de ces dernières semaines, il s'approcha d'elle. Son mouvement hésitant attira l'attention de Ginny : elle se laissa faire quand il approcha son visage et l'embrassa. Il emmêla ses doigts dans ses cheveux bouclés. Puis, sans cesser son baiser, il la fit basculer sous lui lentement.

Quand ils reprirent leurs souffles, la jeune femme était calmée et attendrie. Elle lui murmura qu'elle l'aimait.

Harry l'observa un instant, appuyé sur un coude.

N'importe qui l'aurait trouvée flamboyante, en cet instant, avec son visage auréolé de cheveux roux. N'importe qui aurait l'envie de la toucher de plus près. Lui se sentait encore trop intimidé, mais… Etait-ce ce qu'il devait faire, maintenant qu'il était normal ?

De sa main libre, il suivit les courbes de son corps, depuis son genou jusqu'à son épaule. Il était complètement inexpérimenté, et malgré l'obscurité, il le voyait bien dans les yeux de la jeune femme. Rien d'agressif, juste une lueur amusée et attendrie. Il s'arrêta, un peu honteux. Probablement un peu vexé, également.

Il allait se redresser quand Ginny saisit sa main pour le retenir. Elle souriait, heureuse et détendue. Depuis leurs fiançailles – depuis plus de deux semaines déjà – c'était la première fois que son petit ami se faisait si « audacieux ». Elle ne voulait surtout pas l'effrayer. Elle savait qu'il n'avait pas eu l'occasion d'expérimenter, ces dernières années. Mais elle, elle connaissait son corps. Elle pouvait le guider.

Et il valait mieux qu'elle le rassure, si elle voulait cesser de maudire la timidité de son fiancé chaque soir, seule entre ses draps. Elle avait beau être patiente, depuis des années qu'elle l'attendait, elle avait espéré plus de fougue dans leurs rapprochements. Plus d'audace. Elle le voulait et elle aurait aimé qu'il la désire follement, lui aussi.

Ginny détestait être abandonnée, pire, ignorée. Cela la faisait se sentir mal dans sa peau. L'année précédente, alors qu'il l'avait mise de côté pour partir à la chasse d'elle ne savait quoi, elle avait compris deux choses : il ne fallait pas le brusquer mais il fallait l'inciter à agir pour qu'il se bouge. Plusieurs fois, elle l'avait senti fléchir sous ses discrets assauts.

Finalement, leur baiser au Terrier avait été tel qu'elle l'avait rêvé. Mais il avait fallu qu'elle prenne l'initiative.

Harry observa donc sa douce guider sa main et la poser sur son ventre légèrement rebondi. Il le caressa doucement, puis s'engagea sur les cuisses fermes. Le tissu de la jupe, sous la robe d'écolière qu'elle avait ouverte à leur arrivée, était doux et léger. La sensation était agréable. Douceur et fermeté.

Il leva les yeux vers le visage de Ginny qui avait les yeux fermés, avant de s'autoriser à parcourir son corps du regard. Hésitante, sa main parcourut les côtes de la jeune femme quelques secondes avant d'oser se poser sur un sein.

Il fut surpris de les trouver si… mous. Enfin, ça n'était peut-être pas le terme approprié : moelleux ? Il les caressa quelques instants, curieux de la texture. Mais si cela semblait plaire à Ginny, il fut bien certain d'une chose. Ce n'était pas la partie de son corps qu'il préférait. Il fit une légère grimace et préféra revenir à ses habitudes, en sécurité. Il recommença donc à explorer la bouche chaude de sa future femme.

Les deux seules choses qui changèrent vraiment ce soir là furent d'une part sa main, qu'il avait inconsciemment glissée sous le corps de Ginny pour lui pétrir une fesse, et d'autre part, la sensation grisante de posséder l'autre qui en avait résulté. Un début d'excitation l'avait pris par surprise et l'avait alors rassuré sur sa « normalité ».

Aussi, ce fut avec un mélange de frustration et de contentement que les jeunes gens s'écartèrent finalement l'un de l'autre, quand il fut temps pour Ginny de reprendre son portoloin. Ils se quittèrent satisfait de cette soirée qui avait pourtant bien mal commencé.


Edité le 07-02-16

Je commence à reconnaître mon style, même s'il reste des maladresses :) J'espère que l'histoire vous intrigue toujours en tout cas ! Bonne lecture pour la suite.