8. Demandez, vous aurez, écoutez, vous saurez
Lors des jours qui achevèrent le mois de septembre, Hermione évita soigneusement de discuter avec Harry du projet abordé sur la prise du Ministère. Elle sentait bien que son ami allait encore partir dans des choses dangereuses, et elle n'en avait aucune envie.
Elle fut tentée de parler des ambitions de son ami à quelqu'un, mais sur qui pouvait-elle compter ? Ron ne leur parlant pas plus qu'avant, elle n'avait plus personne. Hermione avait pensé à Ginny, mais ces derniers temps, elle allait tant au stade s'entraîner, qu'elle ne la voyait plus du tout.
En pensant à cette solitude quelque peu forcée, Granger comprenait bien ce qu'Harry pouvait vivre. Plein de choses à dire, mais personne à qui les raconter. Elle ne savait pas vraiment à qui faire confiance. Si on excluait les pseudo-amis qui ont retourné leur veste, et les avaient abandonnés à la rentrée, il ne restait que peu de monde à qui elle pouvait parler.
D'abord, elle excluait d'office Ernie, trop indiscret, et Luna, qu'elle ne prenait pas au sérieux. Les jumeaux, il ne fallait pas trop y compter. Voici que maintenant, Hermione les surprend en train de vendre des Nougats Néansang à des sixième année. Il ne restait plus que Seamus, dont la directivité lui plaisait, et sa discrétion indéniable pouvant être fiable, bien que la préfète n'osait jamais ébruiter une affaire qui lui paraissait risquée.
C'était la seule personne qui restait. En rationnelle, Hermione préférait ne pas lui parler, sachant qu'elle ne pouvait pas faire confiance à quelqu'un qu'elle ne connaissait que peu. Toutefois, malgré tout, pendant presque une semaine, elle eut ce tenace, lourd et insistant ressenti, que d'aller lui en parler. Trouvant ça ridicule, elle éclipsa le signe. Mais en trois fois, la même journée, elle entendit parler de Seamus, par Ernie, qui racontait sa vie, elle l'avait vu rentrer et sortir de déjeuner sans le chercher, et en Potions, Rogue a mentionné son nom, pour vanter sa compétence à un Drago fainéant.
Sentant qu'elle n'avait pas trop le choix de toute façon, décida, même si cela pouvait être étrange pour Harry ou qui que cela soit, d'écouter son ressenti et d'aller voir celui-ci. Et puis, le groupe n'allait pas se créer tout seul, alors autant faire le premier pas, et prendre un risque. Même si au fond, elle hurlait de peur en y pensant. Prendre un risque ! Ce n'était pas rien ! Mais c'était ça ou rien du tout. Alors autant prendre cette iniative.
Ne pouvant pas lui parler à un autre endroit qu'aux cours - et c'était risqué de le faire, surtout que les professeurs pouvaient se montrer sévères - elle décida de faire autrement. Le mardi 1er octobre, elle prit Seamus à part dans le couloir avant le cours de Flitwick.
- Tu veux me demander quelque chose, demande Finnegan, un sourcil levé.
- Oui, sinon je ne te parlerai pas, réfléchis un peu, rétorque Hermione. C'est important. Quand es-tu disponible ?
Tout en grattant son menton fin, il marmonnait des horaires, comme s'il pensait tout haut.
- Hé bien… Si c'est important, ce soir après dîner, tu peux me parler à la salle de cours d'Elwin l'Alchimiste. C'est au couloir des métamorphoses.
- Je suis souvent passée par là, je sais où c'est. Mais pourquoi là-bas ? C'est loin de la Grande Salle, et c'est bien rare si quelqu'un y va, ce sont de vieilles salles de cours qu'on n'utilise plus depuis des années.
- C'est surtout pour toi, que je propose un endroit désert, réplique Seamus. C'est que je préfère qu'on n'écoute pas à ce que tu as à dire, comme c'est important. Dépêche-toi de venir, parce que si tu n'es pas là, passée dix-neuf heures vingt, je pars et tu te retrouveras seule.
- Très bien, sourit Hermione. Merci, Seamus.
La discussion fut interrompue par l'arrivée de Flitwick, plus irrité qu'à l'ordinaire.
- On rentre, lance-il d'une voix énergique qui ne lui était pas habituelle.
Hermione comprit bien la mauvaise humeur de Flitwick. Derrière lui, venait d'arriver Ombrage, qui, comme par hasard, raccompagnait Harry à sa salle de cours. En effet, Harry avait eu un T à son contrôle, ce qu'elle estimait assez important pour lui faire perdre impunément son temps, et d'en ennuyer par la suite les professeurs du comportement de Potter. Dolores venait de raser son collègue du département des Sortilèges, d'être plus « sévère » avec Mr. Potter.
Le soir même, en mangeant seule, se préparant pour son rendez-vous, la Gryffondor savait déjà de quoi elle allait parler, mais elle ne s'attendait pas à ce qu'on allait lui dire entre temps.
Tandis qu'elle mangeait tranquillement ses pommes de terre au lard, Ginny accourut vers elle avec son balai à la main.
- Youhou ! Salut Hermione !
- Heu… Salut Ginny. Qu'est-ce qu'il y a ?
- Angelina m'a fait passer les entraînements, je suis si bien avancée, qu'elle vient de me faire sortir en avance, pour faire travailler mes frères. Elle m'a dit que j'étais excellente ! Je suis contente ! Et de ton côté… Tu as un moment après dîner ? Harry voulait te dire quelque chose de très important.
Hermione manquait de vomir ses haricots verts. Maintenant ?! C'était une mauvaise plaisanterie ? Il fallait que ce soit pile à ce moment !
- Heu… non. Non, je vois quelqu'un d'autre.
Ginny haussa les sourcils.
- Ah bon ? Qui ça ?
- Heu… Je vois Seamus Finnegan.
- Seamus ?… Tu le trouves gentil, finalement…
- Oui… oui, il est gentil. Quoi ?… Pourquoi tu me regardes comme ça ?…
Ginny eut un sourire un peu trop prononcé. Elle devait se faire des idées et comprendre très bien qu'Hermione cachait quelque chose.
- Je vais prévenir Harry. Ne t'en fais pas. Si tu veux rester avec Finnegan plus longtemps, tu le peux… Fred et George vont nous présenter leur nouvelle trouvaille, les Petits-Fours Tourndeloeil.
Puis elle s'en allait aussitôt dit cela, souriant de son petit air suffisant, ce qui fit enrager Hermione. Ginny avait dû se faire des idées, vu son ton gêné. Sans doute pensait-elle qu'elle voulait sortir avec Seamus. Tant pis, elle pouvait penser ce qu'elle voulait, elle était bien loin du compte. Tout en ruminant à ce sujet, elle remarquait qu'encore, Fred et George, malgré ses avertissements, continuent de faire les malins, avec leurs bonbons qui pètent sur le feu. Pourtant, les jumeaux ont reçu de leur mère une Beuglante. La préfète se demandait quoi faire, surtout qu'elle commençait à penser ces deux-là comme vraiment désespérants.
Sitôt le reste du dîner ingurgité, Hermione s'essuya la bouche avec une serviette et se leva de table pour aller rejoindre son rendez-vous. Elle regarda en chemin sa montre. Elle était à l'heure, il était pile dix-neuf heures, et le couloir n'était plus très loin. Mais une fois sur place, après avoir bien couru, elle le retrouva en tant de s'impatienter en regardant une montre à gousset.
- Désolée, je n'ai pas vu l'heure passer, fit la préfète, fatiguée de sa course.
- Pas grave… Tu es là, finalement. Rusard et Miss Teigne ne passent jamais par ici, je suis tranquille… On va marcher, tu vas m'expliquer…
En marchant dans le couloir des enchantements, après deux banalités sur le dîner et l'heure, il était temps de parler de choses plus discrètes. Hermione prit une grande inspiration. Elle n'allait pas parler en détail de ce projet, mais de ce qu'il pouvait savoir sans s'en inquiéter.
- N'y allons pas par quatre chemins… C'est à propos d'Harry. Tu m'as dit un jour que tu hésitais sur la version du Ministère sur la mort de Cedric.
- C'est la simple vérité… Beaucoup le disent, remarque Finnegan. Et ?
- Et je me demandais, si tu connaissais d'autres personnes qui partagent ce point de vue. Pour l'aider dans cette situation. Qui le croient, et qui seraient disposés à l'écouter, pas à l'éviter.
Devant cette étrange demande, il ne savait pas vraiment quoi dire.
- … Pourquoi tu demandes ça ? Si tu me prends à part pour me demander ça, c'est sans doute parce que tu prépares quelque chose de peu recommandable.
Hermione ne vacilla pas. Elle se contenta de continuer sa demande.
- Je veux que la vérité soit faite, pour Harry et pour le monde entier. Si Voldemort est vraiment de retour, le monde être prêt, sinon il sera trop tard quand il aura recouvert sa vraie puissance.
Seamus écarquilla les yeux en tremblant, en voyant qu'elle avait le courage de prononcer son prénom à voix haute. Ce fait semblait faire toute la différence, bien que malgré sa fougue, Finnegan restait un timide et avait du mal à répondre.
- Mais Hermione, ça, ce n'est pas ton problème, c'est celui de Potter… C'est gentil de l'aider, mais personne ne partage ce point de vue. Personne n'a envie de risquer sa vie et sa réputation pour une cause obscure.
En voulant répliquer, Hermione s'aperçut qu'elle avait mal amené le sujet.
- Ce n'est pas ça que je veux faire ! Je parle de faire un groupe. C'est lié à Ombrage. Elle ne nous apprend rien pour nous défendre, et c'est la vérité, que ce nous attend dehors n'est pas aussi rose qu'elle le dit, ou qu'elle le montre par ses tenues fantaisistes. Je cherche des personnes, pour ne serait-ce que les aider à se défendre convenablement, ou à réussir leurs examens. Imaginons qu'Harry mente et tout ça… On peut au moins apprendre aux autres à se défendre et à réussir leurs examens, puisque Ombrage ne peut pas nous aider dessus !
- Ah, j'avais compris autre chose, répond-il, amusé. Dans ce cas, ce sera plus simple. Je connais bien du monde qui est mécontent des cours d'Ombrage.
- Qui donc ? Pour animer le groupe, nous avons besoin de membres.
- J'avais compris, merci, un groupe par définition est composé de plusieurs personnes. Pour te répondre… Dean, serait très intéressé… les jumeaux Weasley aussi… Je ne sais pas à Serdaigle, mais à Poufsouffle, Ernie et Susan en parlent sans cesse… Je connais aussi des Serpentard, mais je ne crois pas que vous en voudrez, vous, les Gryffondor. Je n'ai changé mes mentalités, que sur un… un profond changement, que j'ai opéré en rencontrant quelques uns d'entre eux… Je sais ce qu'on peut en penser.
- Ça dépend, du moment que ce n'est pas Drago Malefoy, ça me va, répond la préfète. Si toutes les maisons de Poudlard pouvaient être unifiées, ce serait mieux. J'avais pensé à Nott, il est très sérieux… Heu, pourquoi tu me regardes comme ça ?
Seamus la regardait comme s'il venait de l'insulter de Sang-de-Bourbe.
- Ça se voit que tu ne le connais pas. Son père est Mangemort.
Hermione écarquilla les yeux.
- Mr. Nott est un Mangemort ?
- Mon beau-père m'a dit ça un jour. Mais même s'il n'avait rien dit à ce sujet, je saurais quand même qu'Humbertus Nott est un débauché notoire. Il se fait toutes les femmes qu'il rencontre. Ma mère sait de quoi elle parle, sa sœur a eu le malheur d'aller à une de ses soirées.
Granger ne savait même quoi dire. On lui balançait ça, comme ça.
- Mais Theodore est peut-être… moins vil que son père.
- N'y pense pas, il déteste Harry, et le trahira à la première occasion, réplique le Gryffondor. Il en a déjà dit beaucoup de mal ces années précédentes, toutes les fois où nous nous étions supportés, lors des cours en commun avec les Serpentard. Il lorgne tout le monde avec dédain et écoute tout ce qui se dit. C'est très désagréable. Et quand il n'est pas désagréable, il est inquiétant… Sous ses airs insensibles, se cachent une grande cruauté. C'est du moins l'impression qu'il me donne.
- Oui, il est peu loquace, remarque Hermione. Mais cruel, pas jusque là…
- Si tu le voyais, parfois, grimace Finnegan. Il est rusé comme un renard. Drago ne sait rien du tout, mais Theodore l'espionne et se souvient de tout, tout, tout ce qu'il dit. Cela ne serait pas bien méchant, par contre, quand tu vois qu'il répète des choses à son père, à Rogue et à d'autres… Nott est très sournois, tu ne devrais rien lui dire, il est dangereux. Tu veux d'un type comme ça dans ton groupe, toi ?
Hermione ne dit mot. Elle était stupéfaite d'apprendre tout cela.
- J'en apprends des nouvelles… Bien sûr que non, ce genre de personnes, je m'en passe sans problème… Y a-il d'autres Serpentard avec qui on peut se lier ? Pas des Mangemorts, évidemment.
- Qui pourraient venir avec vous ?… Mh… Ah… Je connais quelqu'un qui serait intéressé. En plus, il veut travailler dans la Brigade, donc un peu d'entraînement l'aidera beaucoup. C'est Adrian Pucey.
Hermione fronça les sourcils. Ah, lui. Mais elle se demandait s'il était capable de suivre un comité chalereux, quand lui ne l'était pas.
- Hm ? Il n'est pas dans l'équipe de Quidditch de sa maison, lui ?
- Si, il est Poursuiveur. Je sais qu'il sera prompt à vous rejoindre. Il déteste Ombrage et il doit passer ses examens en la matière pour être Brigadier : il veut donc avoir les meilleures notes.
- Il n'essaiera pas de se retourner contre Harry ?
- Ce n'est pas son genre, remarque Seamus. Depuis le temps que je le connais, s'il aurait voulu se retourner contre moi, les occasions n'ont pas manqué, mais il restait indifférent à tout ce qui se disait sur mon compte. Le temps m'a prouvé qu'il était de valeur. Si tu veux, je peux lui en toucher un mot.
- Je n'ai pas l'impression qu'il m'aime beaucoup. Je l'ai croisé trois fois, il semblait froid, sans aucune discussion, et un peu méprisant.
- C'est des airs qu'il se donne. Il cache sa sensibilité. Je t'assure que l'extérieur diffère souvent de l'intérieur, et ce n'est pas en voyant trois fois des personnes à la volée qu'on les définit. Et, sérieusement, Hermione… Je suis Gryffondor. Tu sais ce qu'on pense des Serpentard. Si vraiment il n'en vaudrait pas la peine, je ne t'en aurai pas parlé, ou bien pas de cette façon.
Perplexe, la Gryffondor se disait que c'était risqué, mais il valait bien prendre le risque maintenant. Surtout que le groupe n'était pas encore mis en place définitivement. Et puis, peu importe les préjugés, l'important est de trouver du soutien, et fiable. Harry n'irait pas rejeter quelqu'un à sa propre cause.
- Je trouve que c'est une bonne idée que toutes les maisons de Poudlard soient réunies… Mais je t'en prie, sois discret. Je te fais confiance.
- Je sais qu'on ne donne pas ceci à la légère. J'ai du mal à donner la mienne, d'ailleurs… Très bien, pour te remercier de ta confiance, ce trésor rare, je te dirai sa réponse d'ici demain soir.
Anxieuse de se remettre à un hasard très incertain, Hermione décida de laisser faire les choses, même avec appréhension, car ce n'était pas dans ses habitudes. Ensuite, elle demandait quelque chose qui la préoccupait.
- Bien, agis à ta guise. Mais il y a une chose qui m'intrigue, tu te promènes souvent ici ? Tu sembles exactement savoir où tu te diriges.
- Je sors souvent la nuit, c'est agréable de se balader à Poudlard quand plus personne ne rôde. C'est une ambiance mystérieuse, et c'est si calme. Je trouve qu'il est agréable de se retrouver seul, de temps en temps… Je suis mal à l'aise en société, je le suis mieux quand personne n'est dans le coin, et cela n'arrive que la nuit, malheureusement.
- Une fois Poudlard visité de fond en comble, on en perd le goût de la visite. Ça fait en plus quatre ans et un mois que tu vis dans ce château. N'as pas déjà tout vu entre temps ?
Seamus eut un rire en entendant ça.
- Certainement pas ! J'en découvre encore des secrets. On n'a jamais fini de s'amuser avec ce château. Il y a bien des pièces secrètes ici, même un tunnel qui mène jusqu'à Pré-au-Lard. Depuis, j'y vais chaque mois, pour faire le plein de bonbons, quand les autres ne se contentent qu'une fois par trimestre.
Hermione, en entendant l'allusion aux pièces secrètes, se sentit curieuse. Harry devait trouver un local secret où s'installer avec son groupe. Peut-être que le Gryffondor a trouvé l'endroit idéal dans ses vagabondages nocturnes ?
- Une dernière chose… Connais-tu un endroit où nous serons tranquille pour nous exercer aux sorts ? Il nous faudrait une grande pièce secrète, où nous pourrions nous réunir, sans être remarqués.
Finnegan se gratta encore le menton un moment. Il réfléchissait à un endroit de sa connaissance, et cela prit un petit moment.
- Oui, il y a bien un grand nombre de passages secrets, mais Rusard les connaît déjà. En plus, certains sont à sens unique, et si vous les prenez, vous serez bien embêtés pour en ressortir. Quand aux pièces secrètes… Il y a un endroit ici, qui se nomme la Salle sur Demande…
- La… quoi ?
- La Salle sur Demande. Elle est incartable, soit impossible à trouver si quelqu'un y est déjà, et il y a une sorte de « méthode » à utiliser pour y aller. C'est mon beau-père qui la connaissait, à la base. Un jour, il cherchait simplement à retrouver un livre, une idiotie du genre, et il a ruminé plusieurs fois cette pensée avant de tomber sur une salle perdue du château. Elle contenait exactement ce qu'il désirait.
- Une tel endroit existe, demande Hermione, sourcils levés. Ici ?
- Tu as bien entendu. Je peux te la montrer, si tu le veux. La salle te donne exactement ce que tu demandes. À quelques exceptions près.
- Si je veux y aller, demande Hermione, je n'ai qu'à… le vouloir ?
Finnegan eut un rire en entendant ceci.
- Tu n'as qu'à demander pour obtenir, c'est un principe universel ! C'est enseigné autant dans la religion qu'à l'école. La Salle te protégera indéfinement, personne ne peut rentrer dedans, si tu y es déjà.
- Mais c'est parfait ! C'est en plus d'être un abri sûr, c'est une mine de trésors qu'on n'a qu'à demander, c'est cela ?
En entendant cela, son collègue préfet grimaçait en regardant ailleurs, perplexe. Il pensait à quelque chose.
- Oui, mais… Ne demande pas n'importe quoi non plus. J'ai tenté pour ma part, de demander une idiotie : j'étais furieux contre Flitwick un jour à cause d'une sale note, et j'ai demandé bêtement qu'il se fasse manger par une horde de goules. J'étais bien puni au final.
- Comment ça ?
- J'ai demandé à avoir des goules, je les ai eues pour moi, et Flitwick n'en a rien eu du tout, explique le Gryffondor. Je m'en suis sorti, la Salle m'a pardonné, car elle n'a plus jamais sorti les goules. Mais j'ai appris à mes dépends, qu'on ne peut pas souhaiter le mal aux autres, sans le recevoir en double pour soi. Ma haine n'a blessé que moi, au final. Je te conseille de ne pas suivre cet exemple.
Hermione, écoutant cette anecdote, hochait la tête, pensive. Bien sûr, elle n'aurait rien demandé de pareil, n'ayant pas besoin de souhaiter quoi que ce soit de mal. Elle retenait l'histoire pour plus tard.
Pendant qu'elle y pensait, Finnegan, aussi discret que très observateur et très curieux, demanda :
- Au fait… je vais peut-être me mêler de ce qui ne me concerne pas… Mais Harry parle beaucoup à Chang, non ?…
- Heu… Oui, souvent… Mais pourquoi tu me demandes ça ?
- Comme ça… Hm ! Si il veut lui parler… Tant mieux, tant mieux… Mais elle n'est… Pas très fréquentable…
- Tu n'apprécies pas Cho Chang ? Je la connais, mais on m'en dit le plus grand bien.
Seamus regardait avec stupeur Hermione un moment, comme si elle l'avait insulté. Après un moment de silence de sa part, que la préfète sentit comme un froid glacial entre eux, le Gryffondor répondait, très gêné :
- Oh, je sais, elle est aimable avec d'autres personnes, grimace Finnegan. Elle, c'est à peine si elle supporte de me voir dans les couloirs. Elle me déteste et me parle mal, et alors que je n'ai rien fait ! M'enfin, certains peuvent la trouver sympathique, oui…
- Tu n'as pas l'air de la trouver sympathique du tout, en tout cas.
- Ah, oui, elle est désagréable, je garde mes distances. La moutarde me monte très, très vite au nez… Il ne vaut mieux jamais que m'énerve, ma famille a peur de moi quand ça m'arrive… Je ne sais pas qui t'a dit qu'elle est adorable, mais il ne doit pas la connaître, Chang a la langue perfide. Elle est méchante… Un peu comme ma mère… Quand elle trouve quelqu'un à rabaisser, c'est une vraie garce. Je sais de quoi je parle…
- Vraiment ? Elle n'a pas l'air si méchante que ça de prime abord.
- Ah, parce que tu crois que les vrais méchants se montrent détestables de prime abord, demande Seamus, agacé. Mis à part les rares personnes comme Tu-Sais-Qui, les méchants dont on parle sont souvent ceux qui cachent leur méchanceté et se font passer pour aimables.
Hermione allait répondre, sonnée par cette déclaration, tandis que Seamus la coupa dans son élan :
- Tu veux visiter la Salle sur Demande ? Tant que tu ne veux pas souhaiter une horde de goules à qui que ce soit, je peux te la montrer. Alors ?…
Pendant que la Gryffondor se perdait dans ses pensées, Hermione se mit à réfléchir la proposition. Qu'avait-elle à perdre ? Et puis… oui, ses intentions seraient pures. Elle voulait aider Harry, aider d'autres aussi à progresser. C'était ça, le but.
- Très bien, Seamus, je veux visiter cette Salle. Elle a des horaires ?
- Tu y vas quand tu veux, répond-il. Elle prend en compte les demandes, et pas l'heure qu'il est. Je peux te la montrer demain soir, avant le couvre-feu, à la même heure qu'aujourd'hui.
Pour voir si Hermione pouvait faire confiance à Finnegan - surtout qu'un rendez-vous seuls la nuit, passe encore, mais dans une salle peu fréquentable, encore moins - elle allait utiliser son joker.
- Je peux faire venir des amis ?
- Oui, s'ils ont de bonnes intentions, répond Seamus. Je te rappelle que la Salle n'est pas gentille si tu ne l'es pas d'abord en t'y approchant.
- Je compte faire venir… Harry et Ginny Weasley. Ça ne te dérange pas ?
- Non, ça ira. Les amis de mes amis sont mes amis…
Hermione hocha la tête. Marché conclu. Elle en connaissait qui allaient être ravis.
En rentrant à la Salle commune de Gryffondor, Hermione eut encore une mauvaise surprise. Voilà que les incorrigibles cancres se remettaient à faire des siennes. Katie Bell venait de tomber raide morte sur le sol, et Alicia Spinnet, après avoir mangé un petit muffin, se mit à tourner des yeux avant de sombrer dans le coma, sous les yeux de la préfète. Angelina et les jumeaux, comme en scientifiques qui étudiaient des cobayes, firent leurs commentaires sur l'efficacité des Petits-Fours Tournedeloeil, tandis qu'Harry et Ginny, encore en robe de Quidditch, regardaient avec curiosité la scène.
- Mais que faites-vous, encore ?!
Fred et George cessèrent de rire. Le clone de leur mère venait de rentrer à la maison, et pas pour rire avec eux.
- Je vous ai dit d'arrêter ! Voilà que vous empoisonnez les membres de votre propre équipe de Quidditch, maintenant ! C'est stupide !
- Tu arrives simplement au mauvais moment, encore une fois, grimace Fred. Tu devrais savoir ce qu'on fait, avant de juger aussi hâtivement. On faisait juste des affaires avec Katie.
- Oui, continue George. Elle voulait sécher son cours de Botanique, alors elle voulait tester quelques échantillons.
- Mais elles ont des A.S.P.I.C., réplique Hermione. Vous êtes tombées à ce point si bas que vous êtes réduites à acheter des poisons qui vous rendent ridicule, tout ça pour ne pas aller en cours ?! Mais vous avez quel âge ?! Vous pouviez choisir vos matières, en plus, pourquoi vous vous en plaignez après ?!
- Tu ne peux pas comprendre, réplique Angelina qui était là. Chourave a voulu nous présenter des Tueurs des Champs, et Katie ne veut pas mourir. C'est intelligent.
- Nous n'avons pas la même définition du mot « intelligence », Angelina, c'est certain, coupe la Gryffondor, froidement. Vous deux, filez ! Je vais encore écrire un mot à vos parents.
- Hé, lance Fred, irrité. C'est notre mère, pas la tienne ! Et lâche-nous un peu ! Tu es énervante à la fin !
- Laisse, Hermione est comme McGonagall, c'est sa fille cachée, en fait, je suis sûre qu'elle a déposé sa fille chez les Granger pour cacher sa vraie identité, et pour ne pas révéler à Dumbledore qu'ils ont eu un enfant ensemble, ou plutôt, un démon, répond George, tendu. Filons, avec elle dans les parages, pas moyen de faire des affaires tranquillement.
Et ils partirent tous deux à la hâte. Hermione se mit alors à pousser un profond soupir, avant de lancer à Alicia et à Katie un charme de Soulagement qui les sortit de leur torpeur. Angelina, qui sentait l'air mauvais par ici, s'en alla sans se faire prier, tandis que les deux Attrappeuses de Gryffondor, dans les vapes, préféraient justement aller à l'infirmerie pour soulager leur migraine.
- Non mais vraiment… Chaque jour qui passe, les jumeaux nous prouvent qu'on peut tomber encore plus bas dans le fossé de la bêtise humaine. Je me demande jusqu'où on peut tomber avec eux.
Elle se tourna alors vers Harry et Ginny, qui riaient de ses réflexions.
- L'entraînement s'est bien passé pour vous ?… Enfin, pour toi, Harry, Ginny a fini plus tôt aujourd'hui.
Le sorcier à la cicatrice, souriant et ambigu, la fixait d'un air amusé, en répondant d'une voix lente et exaspérante :
- Très bien, on s'améliore. Tu rentres tard, le couvre-feu n'allait pas tarder.
Hermione, surprise, regardait alors machinalement l'heure sur la pendule de la Grande Salle, à côté de la cheminée. Ah oui. Neuf heures moins cinq. Alors, la préfète fut soulagée de voir qu'elle est rentrée à temps. En effet, le couvre-feu est une invention de Poudlard parmi les plus déplaisantes. Passé neuf heures, tout le monde doit être au lit, sinon la punition tombe. Comme Rusard n'a aucune pitié avec les promeneurs nocturnes, et qu'il n'est pas exclu qu'un professeur se cache aussi dans les couloirs, c'était un horaire particulièrement observé à Poudlard.
Alors que la préfète y repensait, Harry, suspicieux, dit d'un ton traînant :
- Tu es resté longtemps à parler avec Seamus. Ça devait aller entre vous.
Vu le sourire de Ginny qui en disait long et le regard moqueur d'Harry, Hermione grimaçait encore. Voilà maintenant qu'ils croient qu'elle a un nouveau petit copain. Elle aurait mille fois préféré parler de Krum que de parler d'un soupçon aussi ridicule. Il serait davantage avec Luna qu'avec elle, vu comment il en parlait gentiment. Et voici qu'ils se faisaient des films sur elle.
- Ce n'est pas mon petit ami, arrêtez tout de suite.
- Vraiment, demande Harry, moqueur. J'ai des doutes, vu le cadre de votre rencontre. La nuit, dans un couloir… C'est entre le romantique et le gothique, qu'en penses-tu ?
- Ne joue pas avec ça. Si tu veux tant savoir, c'était par rapport à toi.
Soudain, le sorcier perdit de son ironie pour passer à l'inquiétude.
- De moi ? Pourquoi tu vas parler de moi à… à lui ? Et la nuit, en plus ?
- « Lui », tu le connais depuis cinq ans, il a un prénom, il s'appelle Seamus, rectifie Hermione. Écoute bien : j'avais raison de suivre mon intuition. Je lui ai parlé de ton idée. Et il m'a parlé d'un endroit où nous tous pourrions nous entraîner à la magie. Incartable, indétectable. Et il connaît quelques personnes qui seraient intéressées par ton idée. Il va me montrer cette salle dimanche soir. Vous voulez venir avec moi ?
Elle raconta à Harry et Ginny, le procédé de la Salle sur Demande. Soudain, Harry poussa une exclamation.
- Ah ! Cette salle ! Oui, je la connais !
- C'est vrai, demandèrent les filles d'une seule voix.
- Oui ! Enfin… Pas moi, mais Dumbledore. Lui aussi l'a trouvée quand il avait un besoin pressant. Il a obtenu ce qu'il voulait. Il a trouvé donc, cette fameuse Salle sur Demande. C'est parfait, Hermione ! Nous venons de trouver l'endroit où notre groupe n'a plus qu'à se réunir.
- Super, répondit Ginny, joyeuse. Il ne reste plus qu'à trouver des membres. Et on est déjà bien partis sur le sujet !… Attends une minute. Hermione, qui sont ces amis que connaît Seamus ?
La préfète grimaça aussitôt. Ah, oui. Il faudrait bien en parler un jour ou l'autre. Des Serpentard chez Gryffondor, ce serait une horreur, pensait-elle. Devant l'air soudain inquiet de ses amis, l'adolescente expliqua :
- Hé bien, il pensait à quelques connaissances de Poufsouffle, de Serdaigle, et… Pucey, qui est à Serpentard. Il n'y a que lui, mais…
Soudain, Harry passa de l'allégresse à la rage, ce qui fut aussi surprenant que prévisible.
- Tu rigoles ! Ce demi-troll ?! Sérieusement !
- Pourquoi j'en étais sûre, dit Hermione pour elle.
Tandis que Ginny, surprise, n'osait rien dire, Potter, lui, insultait toute la généalogie de Serpentard jusqu'à Salazar Serpentard.
- Ce sont des gens sales, pas fréquentables ! Ils vous voleraient des Gallions et oseraient demander de l'argent après ! Ils sont méchants, pas fiables, enfin… Hermione ! Tu es folle ! Et Seamus est fou aussi de les fréquenter ! Les Serpentard sont mauvais, ils ont ça dans le sang ! Je ne sais s'il est bleu, comme les nobles, mais il doit être au moins noir ou marron…
- Harry, je t'en prie, réplique son amie, contrariée. L'important, c'est de trouver des membres, non ? S'ils sont fiables, c'est suffisant. Et puis, ils sont en septième année, ils doivent connaître un tas de sorts utiles.
- Non ! Je ne veux pas ! Et je ne les aime pas !
Vu comment Potter s'emportait, ce serait non, et encore non, point final. Malgré tout, Ginny vient à la rescousse de son amie.
- Fréquenter l'équipe de Quidditch de l'école me fait connaître celles de toutes les maisons. Alicia m'a dit que Pucey est froid, mais loyal à son capitaine. Tant que la cause est bonne, il reste sans rien dire. Et tu sais quoi ? Ce serait même mieux qu'il vient. Il peut nous informer de ce que font Malefoy, et ses copains Mangemorts.
L'intervention de Weasley, qu'Hermione sentait à la base inutile, allait finir par avoir un certain effet sur Potter, qui y réfléchissait.
- Argh… Donner des cours à Adrian Pucey, un demi-troll que je défie chaque année au Quidditch, ça me semble ridicule. J'aurai l'air d'un niais à donner des cours à un ennemi. Je ne veux pas être pourfendu par lui par la suite, et par ma faute, en plus. Non merci.
- Il ne te pourfendra qu'au Quidditch, assure Ginny, confiante. Écoute, Angelina elle-même - et tu sais ce qu'elle pense des Serpentard - avoue que c'est un bon gars. Alicia est sortie deux mois avec Pucey l'an dernier. Elle dit qu'il est un homme gentil ! Une Gryffondor ! Dire ça ! D'une Serpentard ! Tu imagines !
- Ah oui, et pourquoi elle a rompu avec lui, alors, dit Harry, soupçonneux.
- En fait, elle était sociable, et lui trop renfermé, ce qui a causé des problèmes dans leur couple, grimace Ginny. Il ne parlait jamais, cela la rendait folle. Donc ils ont rompu, mais elle dit elle-même qu'il était très gentil et précautionneux, enfin, en silence, mais il l'est en gestes.
- Peut-être, dit Potter, négligent. Ginny, tu m'impressionnes. Quand tu veux défendre quelqu'un, on dirait que tu es au tribunal, en tant qu'avocate.
Flattée, Ginny eut un sourire idiot et un rire amusé. Pendant qu'Hermione la contemplait avec amusement, Harry réfléchissait à tout ça, perdu dans ses pensées. Il dit après un moment :
- Bien, j'aurai à voir avec cette histoire de Serpentard, sinon le reste me va. Tu as raison, il n'est pas Drago, mais d'abord je veux vérifier qu'on ne craint rien à l'amener avec nous. Mais il me faudra réunir tout ce petit monde, et je ne peux pas le faire n'importe quand, on a des cours et des entraînements de Quidditch de partout. Il me faudrait un jour à ce sujet. J'ai pensé à la sortie à Pré-au-Lard. J'ai une idée d'où nous pouvons aller. Je ferai passer le message.
- Oui, c'est une bonne idée, surtout que tout le monde a passé la troisième année, ils seront tous présents, remarque Ginny. À quelle date est la première sortie à Pré-au-Lard ?
- Le vendredi 18 octobre, répond Hermione. Elle a été décalée plus tôt parce que Dumbledore devait préparer le Bal d'Halloween le 31.
Harry et Ginny eurent un grognement de satisfaction. Ce sera vite là.
- Le message aura aussi le temps de passer, sourit Ginny. Il ne nous reste plus qu'à visiter cette Salle sur Demande. C'est demain soir, tu as dit ?
- À vingt heures, salle d'Elwic l'Alchimiste. Si vous ne savez pas où c'est, je vous y mènerai. Attendez-moi dans la Salle commune après dîner.
- Pour ma part, ça ne pose pas de problème, dit Weasley, réjouie.
- À moi non plus, ajoute Potter, jovial. Tout est parfait.
Hermione eut un sourire. Son regard croisa un moment celui d'Harry, et il put lire dans son visage la profonde reconnaissance. Pour avoir vu ça ce soir, Granger se dit que suivre son instinct, pour une fois, lui a offert le plus beau des cadeaux. Tout allait pour le mieux !
Le lendemain, étant un mercredi, les premiers cours n'étant pas surveillés par Ombrage, les adolescents purent profiter du cours de Sortilèges de Flitwick, et du second cours de Soins aux Créatures Magiques pour discuter entre eux. Bien évidemment, c'était toujours du même sujet.
- Tu as réfléchi, pour le sujet du professorat, a demandé Hermione tout en observant de loin une Mimante dorée.
- Oui, je trouve que c'est une bonne idée, bien que je souhaite partir du basique, explique Harry. Je ne sais pas vraiment le niveau des autres en la matière, donc je compte voir par où commencer.
- Bien sûr, il vaut mieux débuter de là, acquiesce son amie.
Harry eut alors un sourire, puis il se détourna vers son pot. Par mégarde, il fit tomber son arrosoir. Il grimaça, surtout en voyant que personne ne se pressait pour l'aider, et que Justin en rajouta en se mettant, tout à coup, en marche à ce moment-là, et à percuter de plein fouet avec le pied l'arrosoir qui perdit de son eau en allant rouler jusqu'à Ron, plus loin dans la classe. En lançant un regard noir à Justin, qui l'ignora, Harry alla chercher l'arrosoir, mais avec un autre grand plaisir : Ron ne fit rien pour l'aider, ne le regardant pas, et en le laissant prendre l'arrosoir sans aide. Cela ne fit pas plaisir au sorcier à la cicatrice, et il le dit de suite à son amie en revenant à sa place.
- Voici ceux qui sont supposés être « mes semblables », « mes camarades » et « des gens de mon âge ». Pffft… Mis à part toi, et les membres du Quidditch, personne ne m'adresse la parole. Mais bon. Sirius ne dit-il pas qu'il vaut mieux être seul que mal accompagné ? Et Ron, même s'il boude, je sais qu'il est de mon côté. On lui parlera du projet quand ?
- Il vaut mieux qu'il vienne de lui-même, on ne va pas aller le chercher, puisqu'il ne veut plus nous voir, répond Hermione, d'un ton irrité. On ne va pas ramper devant lui, laisse-le où il est. Et il est énervant, ces derniers temps !
Et elle jeta un regard en biais à Lavande, qui parlait toujours avec Ron avec joie. Elle semblait sous son charme. Ces derniers temps, Weasley la séduisait en jouant un rôle, ce que la préfète trouvait pitoyable.
- Ah tiens, et après, j'aguiche les hommes, hein, et toi, à côté, tu fais quoi, dit Hermione, furieuse. Tu parles de poésie aux filles ? Tu ramasses les trottoirs ?
Harry ne répondit pas à ce qu'elle disait, mais il fut surpris de voir son amie, d'habitude si douce, devenir aussi acerbe avec celui qui était pourtant un ami.
- Ce n'est pas la première fois, reprit Potter, un peu plus tard, que vous vous chamaillez. C'est encore Viktor qui vous titille, c'est ça ? Ça devient lourd.
- Ah ! Merci, Dieu existe, enfin quelqu'un qui me comprend, grimace Granger. Tu vois, toi-même, tu dis que c'est ridicule. Regarde, je parle à Viktor et lui allume Lavande, ce qui n'est pas mieux !
- Quoi, rougit aussitôt Ron. Je ne n'allumais pas Lavande du tout, voyons !
- Hermione, tu ne devrais pas critiquer Ron sur le fait qu'il aille voir ailleurs, car de ton côté c'est étrange, remarque Harry, méfiant. C'est vrai que depuis que tu as parlé à Krum, tu sors sans cesse des sentiers battus pour parler à des purs inconnus.
- J'aime la différence, c'est si instructif ! Pourquoi rester dans l'ignorance et ne pas découvrir d'autres façons de voir le monde, dit alors Hermione, lasse. Ron peut-être aime se contenter d'une routine ennuyeuse, mais pas moi !
Son ami ne répondit pas, mais on sentit très clairement une pointe de suspicion dans ses yeux faussement surpris. Il dirait qu'il ne reconnaissait plus son amie, comme si elle avait changé.
Ce soir-même, Hermione rentrait de l'arithmancie pour un cours de Divination avec Trelawney. Même si ce professeur ne l'aimait pas et le lui faisait savoir, il y avait Harry et Ernie avec elle dans ce cours. Elle ne s'ennuyait jamais avec eux, l'un étant aimable, et l'autre drôle.
Et ce cours, à l'occurrence, se passa mieux que d'habitude. À un contrôle théorique où il fallait citer les symbolismes d'éléments du rêve - un chat, une forêt, une femme, une voiture, etc. - elle avait eu un Optimal, et elle était la seule à avoir la moyenne chez les Gryffondor.
- Alors, fit Trelawney, le ton calme, je dois avouer que je ne m'y attendais pas. Miss Granger, tenez.
Hermione, surprise, constatait avec stupeur que pour la première fois de sa vie, en Divination, elle avait eu un Optimal. Sa joie pour la journée et son estime pour Trelawney remonta alors d'un cran. Elle sourit, satisfaite. Dans le groupe, où il ne restait plus qu'Harry et Ernie - qui adorait se taper l'incruste, surtout si on ne lui avait pas demandé son avis - qui constataient avec aigreur leurs notes.
- Je n'ai eu qu'un P, grimace Harry.
- Un E, à peine, grogne Ernie. Je ne suis pas très content…
- Tu rigoles, réplique le Gryffondor. Je serai radieux d'avoir eu un E, moi !
- O pour moi, c'est la moyenne. J'ai travaillé six heures hier, pour ça…
Il regardait Ernie avec effroi, quand Hermione, satisfaite, rangeait son parchemin dans sa besace de sorcière. Elle va demander à son père d'acheter un cadre, pour qu'elle mette son contrôle dedans. Un O en Divination, les mots sont impuissants à décrire cette félicité absolue qu'elle ressentait.
Après avoir passé dans les rangs, et indiqué les pages du livre où se trouvaient les corrections, Trelawney annonça d'une voix tremblante que le sujet du cours allait changer, et qu'il fallait donc lui remettre vendredi le journal des rêves qu'elle avait demandé.
- Nous allons passer à la chiromancie la semaine prochaine, annonce-elle. Nous étudirons les lignes de la main et ferons des prédilections. En attendant, nous allons revoir tous ensemble….
À ce même moment, la trappe de l'entrée s'ouvrit avec fracas. C'était Ombrage, qui par un sortilège, fit une entrée à tout casser.
- Oh, excusez mon retard,, fit Ombrage, mielleuse.
Elle était à peine rentrée en cours, qu'elle se mit à observer la tête de tous ceux qui étaient là.
- Je n'allais quand même pas vous laisser toute seule, remarquait-elle d'une voix voluptueuse. Continuez de faire cours… Ah, vous avez eu des contrôles ? Voyons voir les notes…
Hermione, qui avait rangé sa copie depuis un moment, échappa à la vérification, mais Harry n'avait aucune envie de s'y plier. Il rangea à la hâte sa copie dans son sac, ce qui n'échappa pas à Ombrage.
- Mr. Potter, que faites-vous ? Montrez-moi votre copie.
- Non, madame.
- Pardon ? Que dites-vous, dit-elle en tendant l'oreille vers elle, feignant d'avoir mal entendu.
- Non, madame, je ne vous montrerai pas ma copie.
Ombrage fixa aussitôt Harry d'un air contrarié. Elle s'attendait à bien d'autres façons. Tout le monde fixa Potter avec avidité. Bien sûr, la retenue allait tomber, on le sentait. Parvati ne tenait plus en place, elle commençait même à ricaner tout bas avec Lavande. Ron, par contre, était horrifié de ce qu'il voyait, et ne riait pas aux plaisanteries de ses nouvelles amies.
- Vraiment ? Vous savez ce qui vous attend si vous ne le faites pas ?
- Quelque chose de très déplaisant, j'ose supposer, vous connaissant.
- Vous commencez à me connaître, monsieur Potter. Comme vous montrez une fois de plus le mauvais exemple, je retire cinquante points à Gryffondor.
Les mouvements de protestations redoublèrent. Harry, choqué, ne comprenait pas d'où venait cette peine. De l'autre côté, satisfaite, Ombrage, qui se délectait de la colère qu'elle faisait s'abattre sur l'élève. Elle venait de leur retirer en une seconde tout ce qui fut amassé en deux semaines de travail intensif, juste parce qu'elle n'a pas vu une note à un contrôle ! Et ça la fait rire, en plus.
Heureusement, Ombrage ne donna plus signe de vie après cet événement. Elle allait se retourner sur son pouf préféré au fond de la salle, et avec le même comportement idiot, observait les gens pour tout noter de ce qui se faisait sous son nez. Cela convenait à tout le monde au final, bien que le cours fut bien pourri par la suite. Les Gryffondor, si on excepte Ron, furent très ravis de quitter la salle en insultant Harry et en colère. Ombrage, mauvaise, sourit à Potter pour se moquer de lui, et partit satisfaite. De son côté, Trelawney, servile, restait en arrière, en regardant le sorcier à la cicatrice, inquiète de sa réaction, tout en disant d'une voix faussement mystique :
- Hm, vous avez fait du bon travail. Je vais vous mettre, disons… vingt points, Mr. Potter. Pour votre bienséance lors du cours.
Puis aussitôt, elle s'enfuit sans demander son reste dans une salle à côté de la sienne, où elle ne se rendait que pour chercher des boules de cristal ou des jeux de tarot usés. En voyant ça, la préfète eut de la compassion pour son professeur, finalement pas si mauvaise que ça, quand Harry, lui, fut considérablement calmé de ce cadeau surprise. Il sortit de la salle en dernier avec son amie Granger, qui l'attendait en bas, le temps qu'il ait fini de ranger ses affaires, pour le soutenir.
- Quand même, fit Hermione à voix basse. Certains sont satisfaits d'avoir passé une bonne journée, elle, elle est satisfaite quand elle a bien rabaissé son monde. Elle n'a pas le droit de retirer tant de points pour ça !
Elle défendait son ami avec vigueur, ce qui le calmait considérablement, car il n'avait aucune envie de crier ou de s'énerver de quelque façon. Dans les couloirs, Hermione continuait à le défendre :
- Elle est peu gênée de te mettre des centaines de retenues. D'ailleurs, que fais-tu là-bas avec elle ?
- Rien, répond Harry, tristement.
- Rien ? Comment ça, rien ?
- Ah, excuse-moi, j'aurai dû dire « Perdre du temps ». Parce que tout ce que je fais avec Ombrage en retenue, c'est d'écrire des lignes jusqu'à pas d'heure, et de supporter ses réflexions et moqueries. En plus, ce qu'elle me demande d'écrire est irritant…
- Quelles sont ces lignes à recopier, pour qu'elles soient si irritantes ?
- En somme, je passe des heures à écrire « Je suis pathétique », « Je suis un criminel », « Je ne mérite pas qu'on me traite si bien », « Je ne dois pas mentir » ou « Je suis misérable ». Et elle envoie ça à Fudge après, de ce qu'elle dit. Et si je n'écris pas assez vite, elle envoûte la plume que je tiens pour me laisser des marques profondes qui saignent après, pour me punir de ne pas obéir.
Harry soupira an baissant la tête, quand Hermione écarquilla les yeux en n'en revenant pas.
- QUOI ! Elle te demande d'écrire ça ?! Mais… C'est de l'humiliation, pas des lignes à faire ! Elle exagère !
- Je te rassure, je ne prends pas ça au sérieux, je ne suis ni misérable, ni pathétique, ni menteur. Cela me rend juste furieux de voir que maintenant, j'écrirai peut-être « Je suis désobéissant » jusqu'à pas d'heure. Et que j'ai des devoirs à faire dont je ne pourrai pas faire une ligne, faute de temps, et avec des doigts engourdis. Je crois qu'elle le fait exprès, j'y ai pensé. Elle sait qu'on a beaucoup de devoirs, non seulement elle m'empêche de les faire, mais elle m'engourdit les doigts avec les siens.
Même si Harry fut plutôt calme, Hermione ne l'était pas vraiment, et tenta de se calmer en apaisant son irritation mentale par des respirations profondes, et allait dîner avec son collègue, jusqu'à ce qu'alors, à sa surprise, elle remarque Ernie qui attentait patiemment devant la Grande Salle, qui regardait un peu partout d'un air inquiet. En voyant Harry et Hermione arriver, il haussa les sourcils, et les interpella bruyamment pour leur parler.
- Hé, Potter, ne t'énerve pas pour Ombrage, dit-il alors aussitôt. Elle est odieuse avec tout le monde. Elle prend tous les Poufsouffle comme des crétins finis, vu comment elle nous parle doucement et en articulant bien, comme si nous étions limités mentalement. J'en viens à regretter le faux Maugrey de l'année dernière. Ne t'énerve pas pour elle comme la dernière fois, elle s'enfonce toute seule sans se fouler !… Heu, salut, je dois y aller…
Et il disparut aussitôt dans la Grande Salle pour manger, sans dire au revoir. Si Harry était surpris de telles manières, il apprécia aussi cette attention. Bien que silencieux, il comprit vite la raison de la fuite de MacMillan. La plupart des élèves qui passaient le regardaient étrangement, ainsi que le Poufsouffle au passage. Il comprit qu'en théorie, il était vu comme étrange pour la majorité, de lui parler. Comme s'il était à fuir où à considérer autrement de tous les autres.
Voyant la gêne de Potter, Hermione attendit que les élèves finirent de les dévisager comme des bêtes curieuses, tout en le regardant en biais pour guetter un signe de colère à immédiatement stopper, voulant que son ami reste heureux et non pas déprimé. Mais alors qu'Harry restait figé, ce qui l'inquiétait, cette dernière dit :
- Hermione, est-ce qu'Ernie de notre côté ?
- Pas qu'un peu de ce qu'il m'a dit, répond son amie.
- Je commence à apprécier ce genre d'attention, j'ai souvent droit à l'inverse, cela fait plaisir de voir qu'il reste des personnes de cœur dans ce monde. Tu viens ? J'ai un petit creux. Ne t'en fais pas, je ne suis pas en colère. Je n'ai pas oublié ce que tu m'as dit l'autre jour. Je tiens aux personnes comme toi, comme tu le vois, il y en a peu.
Hermione ne dit mot à son tour, mais cela lui réchauffa le cœur de voir que son ami a mis de bonnes résolutions, en plus d'être attentionné à elle aussi.
Après dîner, Hermione finit de manger, et repartit dans leur salle commune et se remirent à travailler, ou plutôt, à discuter tout en feignant de travailler, pendant quelques temps. Vers huit heures moins le quart, Ginny, qui les avait rejoint entre temps, remarqua l'heure, et Hermione rangea aussitôt à la hâte son parchemin pour aller avec les autres à la salle d'Elwin l'Alchimiste. Ils vérifièrent bien sur leur passage que Rusard était ailleurs, ce qui fut facilement constatable avec la Carte du Maraudeur qu'avait emmené Harry.
Ce dernier a même pensé à prendre sa cape, car ce n'était pas rien que de se promener dans les couloirs à huit heures du soir. Si on était clément avec les première année encore peu habitués au protocole de l'école, on ne pardonnait pas à un vieux de la vieille de rôder dans les couloirs une heure avant cette période détestée de Poudlard, que l'on nommait le couvre-feu. À cette heure, il fallait rester dans son dortoir, et n'en pas sortir. Rusard et sa chatte Miss Teigne se promenaient dans les couloirs, traquant tous ceux qui n'en faisaient qu'à leur tête. Et quand il en saississait un dehors à cette heure, il était aussi sévère que ridicule, et il fallait purger son étourderie par des retenues à trier les fiches de son cabinet, ce qui était d'un ennui rare. Cela expliquait que personne n'osait sortir le soir, et qu'Harry prenait ses précautions. Il était passé à côté de Rusard dans les couloirs, et pas qu'une seule fois.
Mais heureusement, Rusard était très inefficace, et sa chatte Miss Teigne étant toujours aux mêmes endroits, et il suffisait de les retenir pour ne pas y aller. Il fut aisé, surtout avec la Carte du Maraudeur, de les éviter, et d'arriver à la salle d'Elric l'Alchimiste. Là-bas, ils ne trouvèrent personne, ce qui fit manquer de croire à Hermione que Seamus les avait oubliés. Mais quand Ginny poussa un cri strident, la préfète comprit qu'il avait juste utilisé un sortilège d'Invisibilité pour se fondre dans le décor. De sa baguette, le Gryffondor sortait du vide, tout à coup, en se tapotait la tête pour dissiper l'espèce de liquide transparent qui lui faisait prendre la couleur du décor.
- RAAAAAAAAAH ! Un fantô… Argh !
- Ah, ah, ah, ah, ah, vous auriez dû voir votre tête, rit Seamus, hilare.
- C'est pas marrant, j'ai eu peur, réplique Ginny, en colère.
- Joli, c'est un sortilège d'Invisibilité, non, demande Harry avec intérêt.
- Oui, je l'ai appris il y a deux ans. Très pratique pour échapper à votre mère qui veut encore vous seriner. Je dois remercier beaucoup Dean de m'avoir trouvé la formule quelque part, ça a ses avantages. Désolé, Weasley.
- Espèce de malade, répond Ginny avec un ton grincheux. La prochaine fois que tu apparais comme un Inferi, tu vas t'en prendre une, tu vas voir !
- Tu m'apprendras ce sort, demande alors Hermione, intéressée.
L'idée d'apparaître devant Fred et George tout d'un coup de la même façon, avec un sourire à la Ombrage, pour leur faire peur, était très tentante.
- Oui, si tu veux, mais pas ce soir, répond le Gryffondor. On a autre chose de prévu.
Seamus, d'un air calme, examinait qui était venu lui rendre visite. Voyant que tous étaient là, il leur répondit de sa voix habituelle : un peu saccadée mais assez aiguë pour être entendue au loin.
- Bonsoir à vous deux.
- Bonsoir, malappris, lance Weasley, furieuse.
- Oui, c'est ça, bonsoir, lance Harry, un peu impatient. Allez, finissons-en vite, sais-tu où se trouve cette Salle sur Demande ?
- Tu n'es vraiment pas poli en ce moment, boude Seamus, l'air froissé.
Harry allait répliquer, mais Finnegan ravala sa colère aussitôt pour leur dire juste après :
- La Salle est au sixième étage. Suivez-moi.
Sur ce, ils se mirent en route. Avec un Lumos bien lancé, le Gryffondor pouvait illuminer le chemin devant lui bien mieux que les chandelles volantes ou magiques du château le permettaient. En suivirent quelques marches rapides dans les couloirs, des escaliers dérobés, des haltes pour vérifier qu'aucun professeur ne passait, on finit par rejoindre au sixième étage, dans un couloir perdu que jamais personne ne prenait, une toile avec un danseur apprenant aux trolls son métier, placée devant une embouchure qui menait à une impasse. C'était le terminus, ici se trouvait la Salle sur Demande. Enfin, quelque part, puisqu'il n'y avait pas plus de porte qu'il n'y avait de vendeur de glaces.
- Sans vouloir te vexer, Seamus, ce qui n'est pas mon intention… Tu es sûr que tu ne t'es pas perdu, demande Harry, perplexe. Je ne vois ni porte ni serrure.
- Non, c'est bel et bien ici. Si vous avez écouté Hermione, vous saurez que c'est l'intention qui ouvre la porte, et pas l'inverse.
Puis, sur ce, il se mit alors à faire le tour trois fois de l'impasse, en marchant sur les contours du tapis mauve qui surplombait le sol. Croyant qu'il s'agissait d'une blague, les Gryffondor se posèrent des questions, mais quand une porte en fer apparut tout d'un comme en transplanant, au fond de l'impasse, tout le monde eut un frisson.
- Voilà, j'ai demandé si je pouvais savoir ce qu'on aurait à manger pour la semaine, voyons voir.
Sur ce, Seamus laissait en plan ses invités, pour rentrer dans la salle, fermer la porte. Puis après une petite pause, ressortit avec un dépliant de restaurant décoré aux armoiries de Poudlard. Dès qu'il fut assez éloigné, la porte disparut aussitôt, et on ne vit plus qu'au fond, que des pierres qui constituaient le mur.
- Demain on mange du poulet avec des frites, super. Par contre, pouah, vendredi soir on mange du gratin de courge. Il y a vraiment du monde qui mange ça ? Ah, par contre, samedi il y a des bonbons de chez Honeydukes avec les samossas. Tiens, je ne savais pas, dimanche on va avoir un gratin dauphinois. Oh, pourquoi pas, la France est le pays de la haute gastronomie après tout. J'ai goûté des spécialités de Beauxbâtons l'an dernier, ce n'était pas mauvais.
- Sérieusement, fit Harry, qui en avait l'eau à la bouche.
Hermione, qui ne put réprimer un sourire, demanda quelque chose.
- La Salle tolère ce genre de demandes ? C'est puéril.
- Elle fait tout ce que tu lui demandes, répond Finnegan, étonné. Pourquoi veux-tu que la Salle le prenne mal ? C'est normal de savoir quoi manger à la cantine, on ne va pas manger du gazon au déjeuner, quand même. L'alimentation est la clé d'une bonne santé, tu devrais le savoir. Bref, vous autres, n'allez pas vendredi soir au dîner, leur gratin de courges fait penser à un plat moisi qu'on a oublié au fond d'un four, quelque part dans un vieux manoir.
Ginny grimaça de dégoût à cette allusion, quand Hermione leva les yeux au ciel. Les garçons parfois, ils étaient d'une logique impressionnante. Elle aurait demandé quelque chose de plus utile que de savoir que si le vendredi soir il y a des courges gratinées. Enfin.
- Pour entrer, continue Seamus, plus sérieux cette fois, vous devez faire comme moi. Il faut indiquer à la Salle qu'on veut y entrer, donc, tournez trois fois autour de ce couloir - sur le tapis de préférence, ça délimite mieux - et vous posez mentalement votre attention. Par exemple, j'avais pensé « Qu'aurait-on au menu pour la semaine ? » continuellement, tout en marchant en rond. Après trois tours, la salle s'ouvre toujours.
- Et si je veux qu'un groupe puisse rentrer, et voir ce que je vois, questionne Harry. Que dois-je demander ?
- Tu le précises. Si tu veux être seul, dis-le. L'important est ce que ce soit court, clair et concis. Si tu as tourné trois fois sans savoir ce que tu voulais, la Salle ne comprendras pas ce que tu veux, et ne s'ouvrira pas. C'est bon ?
- Oui, j'ai compris. Je peux ?
- Vas-y. Je vais surveiller les couloirs en attendant, pour que vous soyez tranquilles. C'est mon boulot de préfet, j'ai l'habitude…
Pendant que Seamus s'éloignait en silence, étrangement sec, Harry rentrait à son tour dans le couloir. En spectatrices, Hermione et Ginny regardèrent leur ami faire, pendant que le Gryffondor faisait la surveillance dans le couloir.
Après trois petits tours, Potter vit la porte réapparaître. Satisfait, il rentra dans la Salle. Inquiètes, les filles regardaient avec attention la porte, espérant y revoir leur ami vivant. Après deux minutes d'appréhension, ils revirent enfin le sorcier à la cicatrice, un parchemin à la main, qu'il lisait en souriant. La porte, alors, disparut encore une fois.
- Intéressant, fit-il en lisant le parchemin.
- C'est quoi, demande Ginny, intriguée.
- La dissertation de Potions intégralement rédigée à ma place, à rendre pour lundi prochain : j'aurai un Optimal sans broncher, répondit Harry en souriant. Comme c'est ça de fait, j'aurai tout mon temps avec les devoirs de Sortilèges et de Métamorphose demain soir. C'est bon, nous pouvons partir…
- Ah non, je veux y aller, lance joyeusement Ginny. Alors… Que pourrais-je demander ? Ah, je sais ! Je peux demander à la Salle de me donner de l'argent pour acheter des robes de sorcière.
- Tu plaisantes, lance Hermione, réprobatrice. Et tu comptes rentrer dans ton dortoir avec un cortège de vêtements ? Nous sommes dans une école, pas dans une boutique de mode ! Et tu crois qu'on ne va pas se poser de questions sur le fait que désormais, Ginny Weasley a une penderie intégrale dans sa chambre ?
- Oh, tu n'es pas ma mère, ça va, réplique Weasley.
Alors qu'Harry, indécis, allait regarder ses amies se chamailler, soudain, dans le couloir, Seamus fronça les sourcils, et quitta son poste de surveillance, pour aller leur parler.
- Au risque de casser de votre bonne humeur, intervient le préfet, vous devriez le faire un autre jour. L'heure tourne, et j'entends la marche particulière de Rusard par ici.
En effet, Harry regardait sa montre, et constata avec gêne qu'il était neuf heures moins vingt. Et entendre que Rusard puisse les surprendre par ici à la tombée de la nuit, cela ne les rassurait pas.
- Partons, intervient alors Finnegan. Je vais vous ramener dans notre dortoir. J'ai l'habitude des patrouilles discrètes, je sais ne pas me faire remarquer.
Il les menait aussitôt à travers toute l'école, et se montrait particulièrement prudent et alerte, ce qui impressionnait beaucoup Harry, qui semblait l'observer pour apprendre. Ginny, insouciante de ce fait, bavardait doucement avec Hermione, et elle parlait ensuite des Serpentard par hasard au sujet du Quidditch, et alors, Seamus, qui l'a entendu, se mêla soudain à la conversation, lorsqu'ils furent passés à un escalier qui allait au deuxième étage.
- Hermione, j'ai oublié de te dire. Adrian a l'air très intéressé de venir avec vous, je suis étonné de l'apprendre, mais j'ai d'abord besoin de votre feu vert pour lui dire où venir.
Soudain, Harry devint on ne peut plus méfiant, quand Ginny fut curieuse, et Hermione, à l'écoute, attendait la suite.
- Je vais donc donner des cours à celui-là, en plus, grommelle Potter. Hm.
Vu le regard suspicieux du sorcier, il pensait à un traquenard. De son côté, Anthony, qui voyait avec ennui une fausse accusation contre lui, disait :
- Tous les Serpentard ne sont pas destinés à être criminels dès leur entrée dans la maison, c'est stupide. On a pas mal de délinquants à Gryffondor aussi.
- Fred et George, par exemple, marmonne Hermione, irritée.
- J'en connais qui le sont, ajoute Harry, traînant. Drago et Theodore ne finiront pas autrement, au vu de leur travail ici. Mais dis-moi, Seamus… Depuis quand tu parles à ces gens ?…
- Ces gens, coupe alors le Gryffondor, d'une voix soudainement très sèche, je les connais parce que ma mère, de une, connaît leur famille, de deux, je les rencontre à des matches amicaux organisés par des Gryffondor, de trois, je les côtoie partout. Tu as fini de me faire la morale, Potter ? J'en ai marre que tu parles comme ça, ça m'énerve !
Surpris de le voir soudain enragé, tout le monde eut un peu peur, et Harry même se taisait, alors que ce n'était pas son genre. D'abord très contrarié, le visage de Seamus faisait un peu peur à en voir la brutalité de ses traits, mais après un temps, il commença à balbutier, et à dire :
- B-Bon, n'en parlons plus… Je disais juste ça comme ça… Rentrons, d'accord ?
Il était devenu rouge pivoine. Le calme rattrape toujours les âmes féroces, du moins, celles qui sont plus timides. Le voici redevenu calme. Surpris par sa colère soudaine, Harry, pensif, ne répondit absolument pas. Il réfléchissait à quelque chose. Enfin, il osa dire d'un ton inquiet :
- D'accord, je l'accepte parmi nous… De toute façon, ce n'est que donner des cours de rattrapage…
- Ben justement, dit alors Ginny, atterrée. Évidemment, Ombrage devrait ne rien en savoir, pour qu'elle ne nous ennuie pas avec ses nouveaux pouvoirs, donc on le fait en cachette.
- Il vaudrait mieux, oui, grimace Seamus. Et en plus, tu as tort de te méfier de Pucey… Si tu veux tant le savoir, puisque tu doutes de tout, Mr. Pucey est un Brigadier, et ami de Dumbledore.
- Vraiment, dit alors Harry, écarquillant les yeux. Quoi, avec Dumbledore ?
- Je n'invente rien. Parfois, ils se voient, de ce que me dit Adrian.
- Tu es sûr de ce que tu dis ?
- Parfaitement, j'en suis sûr, répond Seamus d'un ton presque aussi sec que tout à l'heure. Ils se voient même régulièrement, puisque tu veux tellement le savoir. Tu es pénible avec tes colères et tes réflexions, Potter… Tu prends les gens comme ça de haut, mais tu ne les connais même pas… Tu te crois pour quelqu'un, ma parole !…
- Ne recommence pas à t'énerver, lance Harry, inquiet.
- Mais je n'allais pas m'énerver du tout !
Dit-il d'une voix encore plus forte. En entendant son collègue Gryffondor hausser le ton plus fort que lui, Harry grimaça d'un air ennuyé. Il avait du mal avec les plus tenaces que lui. Hermione, autant que Ginny, fut surprise de voir un air aussi hargneux chez lui. Seamus semblait calme, mais en colère, il peut être terrifiant. Pour détendre l'atmosphère un peu ébranlée, Hermione, tentant de rassurer son ami, lançait d'un ton entraînant :
- Nous avons un nouveau membre. Tu as d'autres membres à incorporer à notre collectif, j'en suis sûr. Voici que tes rangs grossissent.
- Oui bien sûr, dit le sorcier. D'abord, vous deux…
- J'espère, lance Ginny. Si je ne viens pas, je vais te chercher, je te préviens.
- … ensuite, continue Potter qui l'ignorait, Ernie MacMillan, Cho Chang…
- Hein ? Tu vas l'inviter, elle ?
C'était Seamus qui a protesté. En voyant sa colère, Harry se retourna, irrité.
- Tu as un problème contre elle ? Cho est adorable. Tu ne la connais pas.
Le regard de profonde pitié que lui lançait le Gryffondor manquait de gêner Hermione et de faire rire Ginny aux éclats.
- Tu as de drôles d'amis… Cette fille ne t'apportera que des ennuis.
Hermione, sans savoir pourquoi, trouvait à cette déclaration des airs de prophétie. Ginny aussi fut quelque peu sonnée par la réflexion, étrangement ; mais Harry, hautain, ne prenait pas ceci au sérieux.
