Coucou :)
Désolée du temps de mise à jour. J'ai vraiment eu du mal à écrire ce chapitre.
Pour la première fois, on sort des lettres et c'était dur de trouver les bons mots. J'ai pris du temps pour tenter de vous livrer un chapitre qui pourrait me rendre heureuse de ce que j'ai écrit mais ce n'est clairement pas le cas. J'ai eu du mal à le poster. Honnêtement, je ne sais pas si j'aurais pu faire mieux.
Pour moi, c'est compliqué d'écrire au travers de Severus qui reste un personnage complexe.
Je voulais aussi remercier les nouvelles lectrices qui sont venues s'abonner, et/ou me laisser un petit mot. C'est très touchant.
Bonne lecture à tous et hésitez pas à me laisser un review, donner votre avis. C'est toujours agréable à voir !
*Titre issu de Lettre d'une inconnue de Stefan Zweig
Severus avait au fond de sa poche la dernière lettre qu'il avait reçue. Celle de janvier. C'était comme un poids qu'il traînait à travers ses pas. Il se laissa tomber sur la chaise en bois. Son regard ne pouvait s'empêcher de se tourner vers les passants. Il savait bien qu'il était un homme rationnel. Pourtant, il ne pouvait pas s'empêcher d'imaginer Harry passer devant ce pub, qu'il allait enfin pouvoir le voir. Ses longs doigts blancs tapaient un rythme imaginaire sur la table en bois. C'était une attente insupportable, de celle qui l'agaçait. À vrai dire, il était aussi en colère contre cela. L'ancien professeur n'était pas censé attendre une lettre avec autant d'impatience que cela. Il ne devait pas apporter d'attention à ses lettres. Néanmoins, il se retrouvait là, à attendre à cette table. S'il était honnête avec lui-même, il sentait bien qu'il y avait un problème. Cela faisait trop longtemps que le survivant ne lui avait pas écrit son désespoir, trop longtemps qu'il n'avait pas entendu son cri de détresse. Pour lui, c'était un signe que quelque chose n'allait pas.
Severus avait enfoui au fond de lui chaque doute qui venait le hanter. L'inquiétude n'avait pas sa place dans sa vie. Après tout, les lettres étaient interdites. Aucun échange n'aurait dû avoir lieu. Alors, il ne comprenait pas pourquoi au fond de lui, il attendait, coûte que coûte, encore un cri de désespoir.
Peut-être que c'était aussi un moyen de se faire souffrir, d'essayer de se rappeler qu'il l'avait abandonné. Le sorcier savait qu'il était en partie responsable de cette souffrance, de cette douleur qu'il y avait dans chaque lettre. Il avait relu, encore et encore, chaque lettre, tentant de trouver au fond de lui, une lettre avec un peu d'espoir. Cependant, il fallait être honnête, il n'y avait jamais eu d'espoir. Aucune fois. Chaque lettre était un cri de désespoir qu'il avait tenté d'ignorer, comme il savait si bien faire. Il avait un rôle à jouer, après tout. Du moins, c'est ce qu'il se répétait sans cesse. Severus voyait quelque chose au travers de ces lettres. Il voyait l'envie de survivre, de se battre, de ne jamais laisser la noirceur gagner. C'était peut-être aussi pour cela qu'il s'inquiétait. S'il n'avait pas de nouvelle, alors cela voulait dire qu'Harry avait perdu.
Certains soirs, au travers d'une mission de surveillance ou bien lorsque ses mixtures se mélangeaient, il ne pouvait pas s'empêcher d'imaginer une discussion. Une discussion qui n'aurait jamais pu être calme. Pourtant, au fond de lui, il voulait donner au jeune sorcier un peu de répit, en prenant un peu de sa douleur. Il savait bien que cela ne marchait pas ainsi. Néanmoins, lorsqu'il fermait les yeux, il ne put s'empêcher d'en rêver. Au fond de lui, Rogue adorait ces lettres, parce qu'il arrivait à voir sa vie sans lui à ses côtés, parce qu'il en faisait toujours partie. Le silence, le fait qu'il se soit tut lui fit imaginer le pire. Pour la première fois, depuis leur rencontre, Harry ne faisait plus partie de sa vie.
Cela le rongeait.
Inconsciemment, son pouce vint gratter une peau morte près de son ongle. Son corps s'agitait, il avait besoin d'exprimer toutes ces pensées qui venaient le hanter. Dernièrement, alors qu'il pensait qu'un courrier allait lui parvenir, alors qu'il avait encore un peu d'espoir, Granger lui avait laissé un mot à travers un parchemin sur les explosifs. Cela n'expliquait pas grand-chose, du moins, quelque chose qu'il ne comprenait pas. Lorsqu'il avait voulu l'interroger, elle avait simplement disparu. Elle était introuvable. L'ordre ne s'inquiétait pas. Pour eux, c'était une énième crise de la jeune femme par rapport à ce qu'elle avait vécu. C'était stupide de penser ainsi, le serpentard le savait. Elle avait beau être furieuse contre l'abandon de son ami, elle n'en restait pas moins dévouée à la cause.
Néanmoins, il se retrouvait là. Assis dans ce fameux bar. « Le requin chagrin ». Il avait mis du temps à comprendre les mots griffonnés sur ce bout de papier. À vrai dire, il ne savait pas vraiment ce qu'il attendait. Au fond de lui, Severus espérait le voir. Voir une cicatrice, voir quelque chose qui lui donne un bout de souffle. Mais surtout, une envie de continuer. Pour l'heure, il ne savait plus vraiment quoi faire. Sans s'y attendre, alors que le bruit de la porte s'ouvrait, sa tête se dirigea vers les sorciers qui semblaient vouloir se réfugier du froid. Personne n'enlevait leur cape, comme pour protéger toute identification. Il était persuadé que c'était pour cela que la lionne avait choisi ce lieu.
Cela devait faire une heure qu'il attendait. Chaque boisson alcoolisée lui brûlait un peu plus la gorge. Sans le savoir, il redoutait le pire. Il redoutait ce qui viendrait dans ce bar si sombre. Tous les meubles semblaient d'un autre temps, tout comme les boissons. Il se demandait d'où Granger pouvait connaître ce genre d'endroit. Alors qu'il était perdu dans ses pensées, quelqu'un vint s'asseoir en face de lui.
C'était peut-être une réaction stupide, mais il préférait regretter un geste que se faire piéger. Sa main se resserra le long de sa baguette. Il la tenait fermement, prêt à envoyer le premier sort dès qu'il connaîtrait la menace qui se présentait à lui. Soudainement, l'air du bar n'était plus aussi miteux. Il sentait le parfum d'une femme. Il connaissait ce parfum, il l'avait déjà senti par le passé. Il connaissait la femme, assise en face de lui. Sa main se desserra avant de plonger un peu plus en avant sur la table pour voir la légère nuance de cheveux qui semblait changer de couleur.
Il s'agissait de Tonks. Il prit une légèrement respiration, comme si cela pouvait le rassurer. Il voyait bien à son visage tendue, qu'il se passait quelque chose, quelque chose qu'il n'allait sûrement pas aimer. Elle attendit que l'elfe de maison lui apporte une boisson, qui semblait encore plus étrange que la sienne. La sorcière leva son verre, avant de préciser qu'il s'agissait d'une boisson spéciale pour les femmes enceintes. Cela lui réduisait ses maux d'estomacs.
Rogue continua de taper des doigts contre la table. À vrai dire, qu'est-ce qu'il en avait à faire ? Elle retourna dans le silence, regardant autour d'elle.
Après un moment qui semblait encore bien long, elle lâcha enfin une seule phrase, celle qui figea son monde.
« - Il est parti. »
Comment cela, parti ? Parti où ? Parti faire quoi ? Un tas de questions venait se submerger à travers ses pensées, et la façon dont l'aurore restait silencieuse, il savait qu'elle en savait beaucoup plus qu'elle ne le disait, à ce moment-là. C'est peut-être cela qui laissa transparaître sa colère sur son visage. C'était peut-être cela, ou le fait qu'il brisa son verre dans sa main. Un elfe apparu aussitôt afin de nettoyer. Le verre se remplaça immédiatement, par magie.
« - Écoute… Je ne sais pas comment dire cela… Il est apparu à notre porte. Remus n'était pas là. Il était en transformation. Je ne savais pas quoi faire, il semblait…Perdu, agité. Il voulait parler… Il parlait d'hor… » Elle semblait hésiter à prononcer le nom. Comme si elle allait attirer des rafleurs. « - Il n'arrêtait pas de répéter qu'il ne pouvait pas rester ainsi. Je l'ai laissé sur le canapé, je pensais qu'une nuit de sommeil lui suffirait, qu'il semblerait plus clair…. Juste après Granger est apparue. Ils n'ont pas voulu parler devant moi. Hermione criait, mais à la fin, elle est partie avec lui… »
Son explication n'avait aucun sens pour lui, aucun. Comment la jeune femme pouvait avoir pris le risque d'aider Harry à être en danger.
« -… Ils sont partis à la recherche des derniers horcruxes. Il ne pouvait plus rester ainsi… »
Ce qui lui faisait mal, ce n'était pas qu'il avait décidé de se mettre en danger, qu'il avait désobéit. C'était le fait qu'il n'était pas venu le voir. Il avait trouvé refuge chez son ami le loup-garou, plutôt que lui. Au fond de lui, et même si le sorcier ne le disait pas, il se sentait envahi d'une vague d'émotion qu'il ne savait pas encore identifier. Alors qu'il cherchait quoi répondre, ou bien comment partir sans un mot, son corps s'était figé. Il ne bougeait plus. Il ne fonctionnait plus. Aucun mot ne sortait de sa bouche, aucun son n'arrivait à passer à travers ses cordes vocales. Pour la première fois, il restait inerte. Cela devait faire peur à la jeune femme en face de lui, elle lui prit la main, sous la table. Elle serra doucement sa main, comme un signe de réconfort. Elle avait beau lui serrer la main, il n'y avait plus rien qui arrivait à l'atteindre. Il était perdu à son tour.
Alors qu'il pensait à faire une réflexion sarcastique, pour pouvoir s'échapper de ce bar, pouvoir à nouveau trouver sa respiration. Il sentit au fond de lui, quelque chose l'envahir. Sa marque. Elle le brûlait.
Le maître l'appelait.
