Bonjour,
Je ne sais trop quoi vous dire, si ce n'est que je m'excuse pour mes temps d'écriture et que je vous souhaite bonne lecture. Comme promis, nous avons fait un bon dans le passé, donc faites attention aux dates.
Un Gros Lapin Rouge
oOo Harry Potter, 15 Août 1994 oOo
Harry se réveilla en sursaut, couvert de sueur, l'esprit encore embrumé par le cauchemar qu'il venait de faire. Il était partagé entre la peur et la colère, se remémorant un éclair vert qui l'avait, une fois de plus, frappé en pleine poitrine. L'adolescent pouvait cependant noter des différences avec son autre cauchemar, celui qu'il revivait en boucle depuis son entrée à Poudlard. Harry y voyait un homme s'approcher d'une petite maisonnette, détruire sa porte et affronter James Potter avant de confronter Lily. La fin, toujours similaire, se concluait par un sortilège de mort. Dans le présent songe, il se situait dans un décor tout à fait différent, aux portes d'un vieux cimetière d'avant guerre, il suivait un vieillard boiteux qui explorait une maison, surprenant une discussion sifflante avant de s'éteindre dans une explosion lumineuse.
Le jeune sorcier avait cependant réussi à retirer une information importante de ce maigre aperçu. Quelque chose de grave était en train de se produire, et sa cicatrice le lui faisait sentir en le brûlant. Se retournant dans son petit lit une place, Harry se positionna de telle sorte à voir son réveil. C'était un très vieux modèle, il aurait bientôt quatorze ans, les Dursley le lui avait acheté quand il était arrivé chez eux, abandonné sur le palier.
Il était cinq heures du matin, le jour commençait à poindre derrière les fenêtres fermées. Le jeune mage décida de se lever, se tenant au mur pour se redresser, il sentait sa magie s'agiter en lui et déjà une migraine fulgurante le narguait. Il se rendit à la cuisine afin de se préparer un thé qu'il infusa avec quelques gouttes d'une fiole qu'il avait dissimulée dans sa poche et n'entendit pas Pétunia le rejoindre.
« Tu ne devrais pas utiliser de remède magique, ta mère me disait toujours qu'ils faisaient plus de mal que de bien. » Commença-t-elle doucement, le faisant sursauter. « Tu n'arrives encore pas à dormir ? Toujours le même cauchemar ? »
Harry haussa les épaules, peu habitué à parler et se retourna pour faire face à sa tante.
« Que connais-tu de la magie ? » Son interrogation était sincère, il avait mal mais était suffisamment lucide pour reconnaître une personne s'inquiétant sincèrement à son sujet.
« Ce que je viens de t'en dire, elle fait plus de mal que de bien. J'ai lu certains livres de Lily, quand elle était encore à ton école et avant que nous ne nous fâchions définitivement. Je sais les sorts et les horreurs que vous pouvez créer. »
C'est en remuant sa décoction qu'Harry se dirigea vers le salon, s'installant dans le fauteuil de son oncle Vernon sans trop s'en préoccuper. L'homme était au lit et il dormirait d'un sommeil de plomb jusqu'au matin.
« Ce n'est pas la magie qui est horrible, tante Pétunia, elle n'est qu'un potentiel entre nos mains. Ce sont les hommes et les femmes qui la manipulent qui le sont. Dit-on d'un marteau qu'il est horrible ? Nous le concevons pour enfoncer des clous, fabriquer des caisses en bois, réparer des choses à l'occasion. C'est un outil de construction, un objet de création, mais dans les mains d'un malade, il deviendra un vecteur de mort et de douleur. La magie n'est pas mauvaise en soi, elle est juste trop simple d'utilisation et le premier des parvenus peut en faire ce qu'il en souhaite. »
Il ménagea une pause, sentant les griffes de son mal s'enfoncer dans sa tête.
« Ensuite, pour ce qui est de faire plus de mal que de bien, je pense que mon affliction est plus horrible que ce breuvage, donc je devrais y survivre. »
« Tu ne devrais pas en faire qu'à ta tête Harry, je sais que tu ne vis pas une situation normale, mais ce n'est pas une raison pour refuser l'aide qui t'est proposé. J'ai reçu une lettre de ton directeur, me demandant de te convaincre d'aller lui parler. Il parait que tu as refusé toute l'année ? Lily me disait souvent qu'Albus Dumbledore était un grand et bon sorcier, qu'il était la seule et unique raison pour laquelle le monde tournait encore rond, alors pourquoi t'obstines tu à refuser son aide ? »
« Parce que des fois, le remède fait plus de mal que de bien. Ne crois pas tout ce que t'a dit maman, Albus Dumbledore est certes un grand sorcier, mais il n'est pas innocent quant au destin qu'a connu notre famille. Il œuvre pour faire le bien, mais il commet des erreurs qui ont de tristes conséquences pour les personnes qui ont le courage de lui confier leurs vies. »
Il avala d'une traite son thé, se retenant de le régurgiter au vu de son horrible goût. Il avait distillé quelques feuilles de Mandragore dans le courant de l'année afin de lutter contre le mal de tête, le remède était plutôt efficace mais il avait quelques effets indésirables. Le premier étant qu'il était indigeste, tant lors de l'ingestion que lors de sa digestion. Ainsi, l'enfant troquait son mal de tête contre un mal de ventre tentaculaire et une haleine à réveiller un dragon.
« Je vais partir aujourd'hui, merci pour ces vacances. J'espère qu'un jour, nous pourrons faire un voyage en France, j'ai toujours eu envie de visiter la Tour Eiffel. »
« Nous n'avons pas le droit de quitter la maison quand tu es là, tu n'as pas le droit non plus. Serais-je indiscrète de te demander ce que tu as prévu de faire pendant les deux semaines qui te séparent de la rentrée ? »
« Il y a la coupe du monde de Quidditch qui se produit actuellement en Angleterre, c'est une occasion à ne pas rater. J'ai conscience de devoir rester à la maison l'été afin de renforcer les protections que maman y à installer. Mais je les sais rechargées depuis le jour de mon anniversaire, maintenant j'ai envie de voir un peu de pays, je ne peux décemment passer ma vie entre Poudlard et Privet Drive. Ce soir, j'irai voir la finale et ensuite je monterai en Écosse, j'ai été invité à passer une petite semaine chez un sorcier qui a connu mon père, ensuite je rejoindrai le château, Dumbledore ne devrait avoir aucun problème à m'ouvrir les portes du château avec un peu d'avance. »
« Au moins tu ne seras pas perdu et tu as un plan de route auquel te tenir. Je ne suis pas ta mère, je ne peux donc pas t'interdire de partir, tu es ici chez toi, mais si tu n'as pas envie de rester je le comprendrais. Envoie nous des lettres par la poste, Vernon n'aime pas ton oiseau même s'il le supporte, nous attendrons de tes nouvelles. Je vais aller me recoucher, seras-tu encore là quand nous nous lèverons ? »
« Non, je serais parti, je dois tromper la vigilance de la vieille sorcière qui nous surveille. Elle nourrit ses chats à cinq heures trente, ce sera mon seul créneau pour partir tranquillement. Bonne fin de nuit, tante Pétunia, pensez également à m'envoyer du courrier, je n'en reçois pas souvent de personnel... »
Pétunia l'attrapa dans ses bras quand il se redressa de son fauteuil, l'enserrant dans une étreinte réconfortante. Elle laissa passer quelques instants avant de le libérer et lui déposa un bisou sur la joue.
« Fais attention à toi Harry, et reviens nous entier. Dieu seul sait à quel point ton monde est dangereux. »
Le sorcier ne répondit rien, surpris par cette marque d'affection qu'il n'attendait pas, aussi se contenta-t-il de baragouiner un « Oui » timide avant de reculer. Il récupéra sa valise qu'il avait descendu la veille et laissé devant la porte avant de l'ouvrir et de quitter la maison sans lancer un seul regard en arrière. Il n'aurait que peu de temps pour quitter Privet Drive. Pétunia le regarda descendre l'allée depuis la fenêtre, elle avait ramené la tasse dans laquelle son neveu avait préparé son thé. La portant à son nez légèrement retroussé pour humer l'odeur de cette mixture, la Dursley dû retenir un haut le cœur, et quand elle s'enquit de savoir où était le garçon, il avait disparu, laissant la rue déserte.
oOo Finale de la Coupe du Monde de Quidditch, 15 Août 1994 oOo
Harry descendit du Magicobus près d'un poste de contrôle sorcier. Des Aurors étaient en charge de vérifier que les mages n'apportaient avec eux aucun objet prohibé par le ministère, afin de ne pas déranger la manifestation sportive qui allait avoir lieu.
Caché sous la cape d'invisibilité que lui avait légué son père, James Potter, l'adolescent devait jouer d'esquives et de pirouettes pour ne bousculer personne et passer inaperçu. Car la cape, bien qu'à même de le cacher aux yeux du commun des mortels, ne l'envoyait pas pour autant dans une autre dimension. Il passa la sécurité sans trop de difficultés, les Aurors ne s'attendaient pas à devoir contrer un artefact aussi puissant que la cape. L'Angleterre était en paix depuis une quinzaine d'années et les attentats s'étaient fait plus que rares depuis la disparition du Seigneur des Ténèbres et l'arrestation de son cercle de fanatiques.
Une fois le point de contrôle franchi, le jeune sorcier put se mettre à flâner où bon lui semblait. Choisissant de faire un tour du côté des tentes restaurants, il fit la découverte d'une diversité qu'il n'avait même pas imaginé dans ses rêves les plus fous. Une véritable avenue de chapiteaux se dressa devant lui quand il y arriva enfin, et l'odeur lui fit monter l'eau à la bouche alors même qu'il ne dépassait pas la loge représentative de l'Allemagne.
Sur un présentoir s'empilait sangliers grillés, saucisses, bretzels, petits biscuits et d'énormes chopes de bière mousseuse. Le garçon se déplaça latéralement, faisant attention à n'écraser aucun des petits saltimbanques miniatures qui dansaient sous la table, et subtilisa avec plus où moins de discrétion une portion de frites accompagnée d'une fricadelle. En échange, il déposa un galion d'or dans la poche d'un des gros cuisiniers, vint s'installer derrière le comptoir. L'homme, muni d'un énorme couteau, se mit à trancher des morceaux de lard qu'il déposait sur une assiette, celle-ci se vidait aussi vite qu'elle se remplissait. Elle était la proie d'un petit gobelin qui devait sauter pour atteindre sa cible, enfournant la charcuterie qu'il déchiquetait avec ses dents pointues.
Un bref instant, la créature s'arrêta, reniflant dans la direction du garçon. Un sourire carnassier s'étira sur ses lèvres et il grogna :
« Partager un repas avec Monsieur Potter, voilà un honneur que peu de ma race peuvent se vanter… Si vous voulez un conseil, l'ami, retirez donc cette cape, personne ne s'attend à vous trouver ici. »
Il se détourna ensuite de l'enfant, et reprit son attaque en règle de l'assiette de lard, cette dernière s'étant remplie pendant qu'il ne lui faisait pas honneur. Un peu plus loin voletait un oriflamme aux couleurs de la Suisse. On y avait installé, sur une simple planche en bois qui reposait sur deux tréteaux, une montagne de petites têtes en chocolat multicolores. A intervalles plus ou moins réguliers, certaines prenaient vie, des petites pattes leur poussaient et elles tentaient de s'enfuir, mais c'était sans compter sur la présence d'un véritable régiment d'enfants qui se tenait prêt à leur donner la chasse. A l'occasion, on pouvait même voir quelques adultes jeter des regards envieux à cette table.
En face se tenait le stand des belges, qui, mécontent de se voir en concurrence avec la Suisse, avait inventé leur propre attraction. Elle était présentée par un crieur public.
« Montre à gousset en chocolat ! Montre à gousset en chocolat, pour être sûr de ne pas rater l'heure du goûter ! » De grande taille et monté sur des échasses, le vendeur portait un costume moldu datant des années vingt. « Pour une montre offerte, la seconde est gratuite ! Qui mieux que les belges savent faire du chocolat ? Dites le moi gentes dames et beaux messieurs ! Montre à gousset en chocolat ! »
Poursuivant sa route, Harry évita certaines nations qui ne lui inspirait aucune confiance, notamment les Indiens qui tentèrent de lui faire goûter un scarabée géant. Le problème était qu'ils avaient oublié de tuer le dit scarabée, aussi le sorcier qui avait survécu au sort de mort décida-t-il de s'enfuir. Il s'éloignait définitivement de l'attroupement créé par les cuisiniers quand il découvrit une tente légèrement en retrait, celle des polonais. Une jeune femme, dans la vingtaine, y faisait tremper des petits beignets dans du chou rouge. Avisant l'adolescent, elle lui fit un sourire et offrit au garçon une boule de son pain.
« Kluski na parze, bon ! » Hésitant du fait de sa précédente découverte, Harry se fit hésitant, mais il ne résista pas bien longtemps devant la mine réjouie de la polonaise. Cette dernière retint une exclamation quand le dernier des Potter se pencha sur sa table pour ramasser un peu de chou avec son beignet, il venait de dévoiler sa cicatrice. « Toi être le vrai Harry Potter ? »
Harry lui répondit par une moue timide, légèrement énervé contre lui-même, il n'aurait pas dû écouter le gobelin qui lui avait conseillé d'enlever sa cape.
« Toi beaucoup parler au pays ! Toi beaucoup de bien fait, Harry Potter. Merci, toi notre héros. »
Le sorcier d'âge moyen qui se trouvait à côté d'Harry réagit au quart de tour quand il entendit le nom du héros national, il se retourna et regarda l'adolescent, cherchant à s'assurer qu'il s'agissait bien de lui. Puis, réalisant qu'il se trouvait bien face à l'homme qui avait mis fin au règne de terreur de Lord Voldemort, il tenta de lui attraper la main pour la serrer, ne croyant pas à sa chance de rencontrer le Survivant. Ce sursaut d'agitation attira l'attention de beaucoup de monde et en l'espace de quelques secondes, la rumeur enfla et quelqu'un hurla qu'Harry Potter était présent. Des dizaines de personnes se pressèrent autour de lui pour tenter de le toucher.
Dans l'agitation, Harry dégaina sa baguette par réflexe, écrasé par la foule et incapable de réfléchir. Pressé et harcelé de toute part, il perdit l'espace d'un instant la faculté de penser, et dans sa tête l'éclair vert du sort de mort frappa ses paupières, lui rappelant avec horreur le meurtre de sa mère. Son cœur battait comme un tambour à ses oreilles, l'empêchant de réfléchir et de trouver un moyen de s'extirper de ce guêpier, et quand un main agrippa sa jambe, il lança par réflexe le premier sort qui lui passa à l'esprit.
« Reducto ! »
L'éclair jaune frappa la petite main, elle n'appartenait qu'à une enfant, elle devait avoir moins de huit ans. Le bras de la fillette se tordit dans un horrible craquement, puis il se boursoufla et explosa, aspergeant de sang le visage d'un Harry en état de choc devant sa propre réaction. Sa magie gronda en lui et une impulsion accidentelle émana de lui pour chasser l'amas qui l'oppressait. Un sortilège le frappa de plein fouet, rouge, et il perdit connaissance. En face de lui se tenait Albus Dumbledore qui venait d'apparaître dans une gerbe de flammes; son Phénix, Fumseck, planant doucement au dessus de lui. Le temps se figea et plus rien ne bougea, Harry suspendu entre le ciel et le sol, et la foule bousculée dans sa vague de puissance.
« Mon pauvre enfant… » Murmura le vieil homme, avant de prendre les choses en main. Il se dirigea d'abord vers l'enfant, c'était une cousine éloignée de Ronald Weasley. Elle était aisément reconnaissable à ses cheveux roux, ses marques de rousseur et ses habits de seconde main. C'était une famille qu'Albus Dumbledore respectait énormément, elle avait payé un lourd tribu dans la guerre contre Voldemort, et ne méritait pas de souffrir d'une autre perte, fut-elle accidentelle. Son oiseau de feu se posa sur l'épaule de l'enfant, laissant glisser une larme le long de son bec. La plaie se résorba et les tissus se reconstruire sur un os à nouveau utilisable, faisant disparaître toutes traces de la blessure horrible qui venait d'être infligée.
Le directeur passa ensuite un coup de baguette le long de la manche de l'enfant, refermant le trou laissé par le sortilège et en profita pour refaire toutes les coutures du vêtement qui devait avoir son vénérable âge, lui offrant ainsi une seconde jeunesse.
Puis vint l'heure de ramener tout le monde à sa place et d'effacer les mémoires, faisant disparaître toutes traces du passage d'Harry Potter. Cela ne prit guère de temps au sorcier qui se contenta de quelques vagues mouvements de baguette en direction de la foule, dissimulant aux consciences le nom de son élève, puis il fit exploser une casserole sur le stand polonais. Satisfait de sa mise en scène, il réanima l'héritier des Potter et s'en alla comme il était venu, avec l'aide de son précieux ami.
La vie reprit son cours normal et Harry trébucha alors que la détonation d'une explosion prenait tout le monde par surprise. Il resta prostré au sol pendant quelques instants, se rappelant de la peur panique qui l'avait saisi et de sa réaction. Il chercha des yeux l'enfant sur lequel il avait passé sa peur et le découvrit en train de sautiller joyeusement près de ses parents. L'incompréhension saisit le coeur de l'adolescent, un soupçon d'inquiétude, et il ne put quitter des yeux la fillette qui rigolait alors qu'on lui offrait un beignet. Puis, alors qu'elle se dandinait de joie, une plume d'un rouge vif glissa de ses cheveux, faite de flammes dotées de vie, elle s'embrasa et se dissipa avant de toucher le sol, apportant calme et sérénité à l'esprit d'Harry.
Son coeur se calma enfin et il saisit une main que l'on tendait vers lui.
« Allez mon bon monsieur, le alpaga un homme de forte carrure. C'était juste une petite explosion, y'a pas de quoi faire fuir un Ronflak Cornu ! » L'inconnu avait des cheveux blancs ainsi qu'une moustache imposante, un air de scientifique fou. Il tapota les épaules d'Harry cherchant à chasser des poussières invisibles à l'œil nu puis il lui donna l'accolade. « Viens avec moi mon gaillard, j'ai à ma tente un Whisky Pur feu qui réveillerait un zombie dépressif ! »
Ne pouvant résister à la poigne de l'homme, il se fit traîner à travers le festival, abreuvé par un flot de paroles continues. L'hurluberlu était manifestement fou, mais au moins il n'était pas méchant et Harry se retrouva assis à une table de camping avant d'avoir eu le temps de penser à « Saperlipopette Dumbledore sans chaussettes ». Une jeune fille aux mêmes cheveux blancs lui servit un verre, faisant de même avec son père et lui lança un regard légèrement absent, regardant son front sans le voir.
« J'te présente ma fille étranger, Luna, Luna Lovegood ! Tu m'as pas l'air bien vieux, t'as quel âge ? Vingt ans ? T'as un sacré regard mon gaillard, tu es du genre à donner l'angine à un Garne ! T'es pas un meurtrier au moins ? T'as rien fait de mal dans ta vie ? Moi c'est Xenophilius… C'est vachement long comme prénom, tu peux donc m'appeler Phiphi, ou Lulu, j'aime les deux. Allez, sois pas timide, bois une gorgée, ça te remettra d'attaque ! »
Au vu de l'insistance de son hôte, Harry ne se posa pas trop de questions et il descendit le verre d'un coup. Il regretta amèrement son choix, mais au moins oublia-t-il le massacre qu'il avait failli causer. Il recracha une bonne partie de son breuvage sur la fille qui l'avait servi, ça ne l'a fit même pas réagir et le garçon se retrouva à se confondre en excuses, lui qui ne parlait quasiment jamais.
Pour la seconde fois de la journée, il ne trouva pas les mots pour s'exprimer convenablement, et se résolut à ne plus s'approcher de la moindre femme avant que la journée ne se finisse. Xenophilius éclata d'un rire sonore en voyant les déboires de son jeune invité et récupéra la bouteille qui était toujours dans les mains de sa fille.
« C'est pas grave mon gars, c'est comme ça qu'on devient un homme. T'as pas un petit nom ? Une appellation ? Un matricule ? » Il avala une gorgée à la bouteille, peu soucieux des convenances. « On va les éclater ces sales roumains ce soir, ils vont voir ce que notre belle Irlande peut faire ! »
« Vous êtes Irlandais ? » Crachota Harry alors qu'on lui enfonçait un deuxième verre dans la bouche, il ferma les yeux et l'avala d'un coup, se retenant de vomir.
« J'sais pas, mais en tout cas j'suis pas Roumain ! Alors ça passe mieux ? C'est la première fois qui est difficile, à force tu le sens plus, c'est aussi doux que du lait de licorne ! Mais bon, je parle mais tu m'as pas dit comment tu t'appelais. T'en veux encore ? allez, un petit chlouk parce que la polonaise était jolie ! A toutes les polonaises ! » L'homme porta un toast tout seul et vida à nouveau sa chopine, qu'il chargeait décidément plus que celle d'Harry, et l'adolescent fit le même geste, l'esprit embrumé.
« On dit toujours que j'suis le Survivant ! » Répondit-il sans vraiment réfléchir, tendant son bras vers la bouteille qui avait été posé sur la table sale. Il ne prêta pas attention aux petites fourmis multicolores qui tentaient d'escalader sur un journal qui titrait en gros Le Ministère un conglomérat de poulets maladifs.
« C'est chouette comme surnom, et t'as survécu à quoi ?»
« A la mort y parait… C'est con mine de rien, car tout le monde y survit chaque matin en se levant. » Il se surprit à rire lui aussi, accompagnant l'homme qui l'avait sorti de son pétrin. Une douce chaleur se répandait dans son ventre et sa gorge ne le brûlait plus, le monde tournait et lui paraissait plus coloré. Finalement, il n'avait pas à s'inquiéter de tout et de rien. «J'suis venu pour empêcher une attaque de je sais plus quoi… Des Mangeurs de truc dans la terre...»
« Et ça avance bien ta mission ? Moi j'suis là pour surprendre le Ministre de la magie ! Il parait qu'il va utiliser la coupe de Quidditch pour refourguer tout son stock de poulets malades aux Îles Canaries… Je suis journaliste, tu savais ? J'édite mon propre journal, j'suis libre de faire ce que je veux… Tu sais ce que c'est que d'être libre ? »
« Oui, j'suis libre quand je vole en balai, j'ai l'impression d'être un Roi ou je ne sais quoi de tout puissant. Sur mon balai je fais ce qui me chante. Sers moi encore, Xeno mon ami ! »
« T'as entendu Luna ! On a un nouvel ami, il a survécu à un truc pas cool ! C'était y'a longtemps mon gars, savoir si ça risque de nous arriver ? »
Harry tomba en avant, cognant son front sur la table alors qu'une boule remontait le long de sa poitrine, il serra les dents pour ne pas vomir, et c'est les yeux presque clos qu'il répondit.
« J'sais pas, j'crois j'étais pas né. »
« Ha oui, t'es fort comme tout, tu vis pas mais tu survis quand même. On fait vraiment des sacrés bonhommes chez nous les sorciers, c'est pas les moldus qui pourraient nous imiter, ça j'te le jure. »
Harry eut un hoquet et il se recogna le front contre le plateau. Il se bascula en arrière et tenta de se relever. Il échoua pitoyablement et se retrouva les quatre fers en l'air, sous la table.
« Et pour ton attaque tu vas faire comment ? J'en connais pas des Mangemorts, on fait comment pour les arrêter, gamin Potter ? »
L'adolescent ne réagit même pas à l'entente de son propre prénom, et se mit à réfléchir couché sur le sol, décidant qu'il y était confortablement installé et qu'il ne bougerait sans doute jamais.
« J'vais voler la coupe, ça attirera l'attention de tout le monde, et personne osera faire d'attentats, ça te parait bien comme plan ? »
Xenophilius regarda le gamin avec un mélange de respect et de bêtise crasse.
« J'peux faire quelque chose pour t'aider mon gars ? Ca va pas être simple de leur piquer leur trophée à ces fadas du sport. »
« Me servir un autre verre peut être ? Et m'encourager, j'ai besoin de personne pour faire ce que j'ai à faire, après tout, j'suis le Survivant ! On survit tout seul non ? Sinon c'est plus de la survie...»
« Oui ! C'est bien parlé ça, viens là que je t'aide à te lever, bonne chance mon ami. Promet moi juste que tu réussiras et que tu reviendras, j'ai jamais eu d'ami. »
Ils se réfugièrent l'un comme l'autre dans une étreinte salutaire, tenant debout en se soutenant mutuellement. Prenant appui sur l'épaule de Xenophilius, Harry dégaina sa baguette et la pointa approximativement vers le stade qu'il voyait à l'horizon.
« Sur mon honneur et ma magie, je jure de voler la coupe du monde de Quidditch et de l'offrir à mon nouvel ami, pour qu'il en fasse quoi au juste ? »
« J'ai besoin d'un porte manteau… »
Harry approuva cette déclaration avec dignité, dans la vie il fallait savoir rester simple et se contenter de peu.
« Je jure de rapporter la coupe à mon ami Xenophilius Lovegood pour qu'il s'en fasse un porte manteau, si à ma parole je trahis, alors que ma magie me soit retirée, de toute façon elle m'apporte trop de soucis ! »
L'extrémité de la baguette s'illumina un bref instant, et un liseré d'or se traça sur le poignet des deux hommes, ils étaient désormais liés par serment.
Et voilà, un nouveau chapitre, je sais qu'il se faisait attendre et je m'en excuse. J'espère que le contenu vous plait toujours autant, faites le moi savoir.
Comme dit dans le chapitre précédent, nous avons terminé la première partie de l'histoire, maintenant nous allons un peu visiter le passé d'Harry puis nous le retrouverons pour une troisième et dernière partie (plus tard donc) dans le présent laissé précédemment. Beaucoup d'entre vous se posaient des questions sur ce qu'avait pu faire Harry à l'école ou pendant ses voyages, je tacherais donc d'y répondre, n'hésitez pas à m'en signaler, ça ne me dérangera pas de rajouter des détails savoureux pour vous.
C'était la première fois que j'écrivais avec quelqu'un, je n'étais pas tout à fait seul sur ce chapitre, et ça a été une expérience plus que plaisante, pour preuve, il a été commencé en début d'après midi et le voilà déjà en ligne.
Merci donc à cette personne, pour ses judicieux conseils, nos moments de rires et les corrections.
Gros Lapin Rouge
