Chapitre 9 : Rivalités

Au Brésil, dans un camp de football, deux garçons se faisaient face pour la première fois depuis treize longues années.

Point de vue de Daibu :

C'est la que je compris. C'est la que je me vis. En face de moi se tenait Hayate ou du moins je pense que c'est lui. Il est mon reflet. Une telle ressemblance ! Même avec son piercing à la lèvre et ses longs cheveux, nos visages étaient semblables. Il avait l'air aussi secoué que moi, et je suis sûr qu'il se posait la même question que moi : Comment était-ce possible ? Les yeux, le nez, la bouche, il était moi ou j'étais lui. J'avais beau chercher je ne voyais aucune explication plausible. La carrure, la taille, les cheveux. Nous étions identiques en tout point. Si quelqu'un devait jouer à trouver la différence parmi nos deux personnes je suis sûr qu'il ne la trouverait pas. Autour de nous les joueurs retenaient leurs souffles, ils attendaient que l'un de nous parle probablement. Je continuais de le fixer tandis que lui fronçait les sourcils. J'aimerais être dans sa tête rien que pour savoir ce qu'il pensait...et soudain je compris qu'il se disait la même chose. D'ailleurs il releva ses sourcils signe d'étonnement, comme si il avait suit le cours de mes pensées. Vraiment étonnant. Son ami, celui que Hayate avait appelé Ajay vînt à notre secours.

-Je ne savais pas que tu avais un frère. Et ce frère !

-Je n'en ai pas, je ne le connais pas et je ne l'ai jamais vu de ma vie.

-Vraiment ? Alors il est vrai que chacun à un sosie en ce monde.

-Qu'est-ce que tu veux dire ?

-Chez moi, on croît aux vies antérieures et aux réincarnations, il est possibles que des vies antérieures vivent une même époque, d'où les sosies.

-Je n'ai pas de sosie, je suis unique et lui n'est qu'une pâle copie. Je m'en vais.

J'étais estomaqué. Comment peut-il parler de moi de cette façon ? J'avais les larmes aux yeux, ses paroles m'avaient blessées qu'alors elles n'auraient pas du le faire. Ma baignade forcée et cet échange m'avaient épuisé. Je demandais au coach si je pouvais aller dormir et il me l'accorda, je vis Miguel approcher et lui demandait de me laisser seul. Je ne voulais parler à personne. Je voulais mon père et lui seul. Dans ces moments la, certains se blottissent dans les bras de leurs mères, de leurs amis, d'une petite amie, moi je voulais ceux de Papa. Je me jetais sur mon lit et repensait à ma journée. Elle avait bien commencée et elle s'était mal terminée. Je ne comprenais pas pourquoi il avait été aussi méchant avec moi, pourtant je n'avais pas l'impression qu'il était du genre à être aussi mesquin, je ne me trompais jamais quand je jugeait quelqu'un. Miguel disait que j'avais tendance à voir la bonté chez tout le monde mais je suis sur que sa répartie est due à son bouleversement. Qu'est-ce qu'il pensait en ce moment ? Je m'endormis vite et j'ouvrais les yeux le lendemain matin. J'allais beaucoup mieux. Je regardais dehors, il était tôt et le jour était déjà levé malgré l'heure plus ou moins matinale. Je vis quelqu'un courir au loin. Je regardais mieux et vis Hayate. Il s'entraînait si tôt? Il était à peine 06h00. Je n'étais pas du genre impulsif, j'étais calme, doux et j'obéissais aux règles mais aujourd'hui une force me poussa a passer par la fenêtre pour le rejoindre. Je n'allais pas me laisser faire. Je me précipitais à sa suite et je le dépassait d'une vitesse qui le laissa pantois. Le temps de surprise passé, je l'entendis accélérer et fit de même. Je suivit le parcours que nous avions fait hier matin et essayait de garder la distance, il était proche. Il avait un bon rythme et je savais qu'il allait tout faire pour me rattraper. Le seul problème c'est que nous n'avions pas délimité de point d'arrivée et il tiendrai tant qu'il ne me passerait pas devant. On le fit, je ne sais pas, peut-être trois fois le tour du parcours et puis nous nous sommes écroulés en même temps. Par terre nous respirions fort. Je n'en pouvais plus, je ne pourrais jamais courir tout à l'heure. Je tournais ma tête dans sa direction et vit qu'il me regardais. J'avais l'impression d'être face à un miroir, j'étais tout comme lui captivé par notre ressemblance.

-Je ne me laisserai pas faire.

Il eut l'air surpris. Un sourire étirait ses lèvres, on avait même ça en commun.

-Je croyais pourtant que tu étais du genre doux agneau.

-C'est ce que je suis mais tu as une mauvaise influence sur moi.

-Dis plutôt que je stimule des faces de chez toi que tu réprimes.

Touché. Il y a toujours eu des choses que j'ai eu envie de faire mais que je n'ai pas faite. Par exemple protester jusqu'à ce que Papa me laisse aller en colonie. Insister jusqu'à ce qu'il me dise la vérité sur Maman, le bouder pour obtenir ce que je souhaite. Toutes ses choses la, j'avais voulu les faire.

-Alors ? J'ai raison n'est-ce pas ?

Je ne répondit pas

-Tu enfreint les règles maintenant ?

-Toi aussi je te signale,lui répondit-je

-Moi ce n'est pas nouveau. D'ailleurs il faut que je rentre avant de me faire coincer.

-Eh ! Attend-moi !

Il était reparti en trottinant en me laissant derrière lui.

-Tu le pensais vraiment ce que tu m'a dit hier ? Que je ne suis qu'une pâle copie.

-Pas vraiment, j'ai été méchant. J'étais sur les nerfs, je n'aime pas me faire humilier.

-Ce n'était pas mon but.

-Peut-être mais on ne sera quitte que lorsque j'aurais décidé que je t'aurais rendu la pareille.

-Je dois me méfier ?

-Ouais, et pas que sur le terrain si tu veux mon avis.

Je le regardais dans les yeux et je me dis que je ne m'habituerais jamais à lui parler. J'avais l'impression de me parler en fait. La seule chose qui me rappelait que je n'étais pas face à mon miroir était sa personnalité. L'amitié entre nous n'aurait pas sa place tant qu'il ne sera pas satisfait. Et bien soit.

-Je relève le défi et comme je te l'ai dit, je suis bien décidé à riposter.

-Je n'en attendais pas moins.

Nous repartîmes dans des directions opposés. Je me sentais bizarrement le cœur plus léger. Durant la course du matin, nous avons quand même réussi a tenir le rythme. Ce qui est un exploit en soi. Nous ne nous sommes pas adressés la parole. Le moment venu c'est lui qui viendrai. La matinée se déroula bien. Sur le terrain nous avons commencé par des exercices simples, passes, tirs au but. Nous avons fait un petit match entre nous. Le plus dure était l'entraînement physique. L'après-midi, nous fîmes toutes sortes d'activités dans l'eau, la chaleur était intense et presque tout le camp s'était retrouvé dans le lac. Ça m'avait fait beaucoup de bien. J'appelais mon père tous les jours mais ne lui parlait pas de Hayate, je voulais tirer les choses aux clairs avec la personne concernée avant d'en parler avec Papa. En plus si je lui en parlait, il serait venu me chercher immédiatement. Il n'appréciait pas du tout que je sois malmené, mais cet été j'avais envie de changer, de me défendre par moi-même. Au bout de deux jours nous avons eu notre premier match amical contre l'équipe 6. Les joueurs adverses étaient bon dans l'ensemble et les équipes se valaient mais j'avais su faire la différence. Je n'aimais pas trop me vanter mais c'était clair que mon jeu était meilleur que celui du numéro 10 adverse. Du coup nous avions gagné était venu me voir jouer mais aussitôt le coup de sifflet final donné, il s'était évaporé. J'aurais bien voulu savoir comment il m'avait trouvé. Dans deux jours c'était lui qui jouerait et j'avais hâte d'y assister. Le connaissant ce sera sûrement sensationnel.

Point de vue de Hayate :

Aujourd'hui je faisais mon premier match contre une équipe amicale, c'était l'équipe huit et j'avais bien l'intention de prouver que j'étais le meilleur. Je dois reconnaître que Daibu est très bon. Il a une technique impressionnante mais c'est tout, il n'a ni ma combativité ni ma musculature. Malgré tout je devais avouer que je n'avais pas sa grâce dans les gestes techniques. J'étais beaucoup plus brute. Nous nous étions bien entraînés et ce match serait mon heure de gloire. L'arbitre siffla et l'équipe adverse se rua dans notre camp, je ne ripostais pas et les laissaient passer. Nous avions un bon gardien, conformément à mes ordres personne ne bougea. Ils arrivèrent devant les buts et un joueur arma son tir...notre gardien l'a eu. J'affichais un sourire satisfait histoire de les faire enrager. Chacun essaya à son tour mais Alexander était vraiment bon. Première règle pour gagner un match : déstabiliser l'adversaire en lui faisant perdre sa confiance. Et ça marchait plutôt bien. Mais je n'avais pas l'intention de m'ennuyer.

-Bon, Alex ton entraînement personnel est fini ! Envoie le ballon !

Je vis le ballon arriver dans ma direction et avant que les autres n'aient compris je filais vers les buts adverses Ajay était à ma gauche, passé la ligne médiane trois joueurs arrivèrent dans ma direction, je les dribblai facilement et passait le ballon. Après tout le football était un jeu d'équipe. Il continua sa progression puis quand le défenseur de l'aile le bloqua, il fit une passe en profondeur vers le côté droit vers le turc Sami qui se mit en place, je me démarquait et il me l'envoya, j'étais devant la surface de réparation mais dans ma précipitation, je n'avais pas remarqué :

-Tuuuuuuut !

Hors-jeu ! Zut alors ! J'aurais pu marquer dès la dixième minute. Je jetais un œil vers les gradins et vit Daibu qui semblait bien s'amuser, apparemment il avait trouvé hilarant qu'on me coupe dans mon élan. C'est vrai qu'il n'était pas du genre à faire de pareilles fautes. Néanmoins le match venait juste de commencer... Nous étions en fin de soirée et nous avions fait un 5-0 ce qui était une victoire sur l'équipe 7 en terme de points mais pas dans ma rivalité avec Daibu. Comme lui j'avais marqué quatre buts, ce qui nous mettais sur un pied d'égalité mais ce n'était toujours pas assez bon à mon goût. Mais ce soir j'aurais peut-être ma revanche. Après le repas du soir je me dirigeais vers le téléphone, je n'avais pas téléphoné depuis mon arrivée ce qui remonte à cinq jours déjà.

-Domicile des Nakazawa j'écoute

-Maman, c'est moi

-Hayate ! Depuis le temps que j'attends que tu me contacte. Je n'en pouvais plus d'entendre ce téléphone rouge me dire que vous alliez tous bien, que vous vous amusiez bien et que...que...bref mon chéri tu me manques vraiment beaucoup.

-Tu me manques aussi Maman

-Alors pourquoi est-ce que tu ne t'es pas manifesté

-J'avais d'autres soucis en tête

-Quels soucis ? Tu vas bien mon cœur ? Tu sais que je peux être dans le premier avion dès que possible.

-Rien de grave. Je me demandais juste... il s'est passé quelque chose de bizarre.

-Dis moi mon cœur.

-Je...je

-Hayate, tu viens ?

Je me retournais pour faire signe à Ajay que j'arrivais.

-Écoute Maman je n'ai pas le temps. On peut en reparler à mon retour à Londres non ?

-Oui, bien sûr. Ah et prépare toi a avoir une surprise !

-Tu sais bien que je n'aime pas les surprises et que je veux tout savoir. Ça va me perturber pendant tout le stage

-Et bien débrouille toi avec tes soucis mon cher et comme ça tu saura ce que c'est d'attendre un appel de son fils alors qu'il est à des milliers de kilomètres.

-J'essaierais de t'appeler plus souvent.

-Essaie de m'appeler une fois avant ton retour, au moins pour me dire l'heure à laquelle tu atterrira.

-Oui d'accord, au fait j'ai gagné mon premier match aujourd'hui

-Ça ne m'étonne pas de toi.

-Je m'entend bien avec mon équipe, tu avais raison. Une équipe qui gagne est une équipe qui a tissé de profond liens d'amitié. Mais d'où est-ce que tu tiens ça ?

-...Quand j'étais au collège, je m'occupais d'une équipe de football, ils étaient comme une famille et c'est grâce à leur solidarité qu'ils ont été trois fois champions du tournoi national de football.

-Je ne savais pas que tu avais eu des affinités avec le football. Je tiens ça de toi alors.

-C'est vrai que j'aimais beaucoup le football mon cœur mais pas autant que toi. Allez amuse toi bien. Je t'aime.

-Je t'aime aussi, je reviendrai bientôt alors tiens le coup.

Elle ria et son rire me resta dans la tête. Son rire, Daibu avait le même. C'était vraiment perturbant. Un jour par semaine nous devions passer la soirée tous ensemble pour ne pas « devenir sectaire » selon les termes du directeur. Je m'approchais de Ajay.

-Tu as vu Daibu ?

-Ouais, il dispute une partie de poker au fond. Il m'a plumé.

-J'y vais aussi.

J'allais vers lui et en effet je remarquais une somme d'argent plutôt impressionnante mais ça n'allait pas durer.

-Allonge

Il releva un sourcil mais me distribua les cartes sans problème. Au fur et à mesure de la partie, la somme au milieu grandissait. Alors que je savais que j'allais gagner, je lui dit.

-Je te propose un marché, celui qui perd la partie ira se jeter dans le lac.

-Ça me va

Le public appréciait les enjeux mais c'était encore trop peu à mon goût.

-Mais...à poil !

Un « oh » secoua l'assistance et des rires fusèrent, désormais toute la salle s'était rassemblée pour nous voir. Daibu me fit un sourire provocateur, un de mes sourires.

-Alors déshabille toi Hayate. Quint Flush !

-Oh tu es doué ! Mais pas autant que moi. Quint Flush Royale !

Son visage déconfit me réjouit au point. La salle commença à s'exciter et à scander son prénom. Il les regarda, me regarda puis se leva sous les hurlements de joie des autres. Son ami essayait de l'en dissuader et pour toute réponse il enleva son tee-shirt. Des « ouh » dominèrent mais je put également entendre un :

-Qu'est ce qu'il est bien foutu.

Et bien ! Tout le monde sorti avec Daibu et moi en tête. Il se déshabilla complètement en me regardant droit dans les yeux et partit vers le ponton. Il regarda les eaux puis se tourna vers moi, me fit un salut militaire que je lui rendit et il se jeta à l'eau, c'est le cas de le dire. C'était l'euphorie générale, j'avais eu ma vengeance. Quelques personnes se précipitèrent vers lui avec une serviette pour l'aider. Je ne pensais pas qu'il aurait tant d'audace.

-Eh ! Vous qu'est-ce que vous faîtes ?

Mince les entraîneurs. Ce fut la confusion totale, chacun essayait de regagner le foyer pour ne pas se faire punir. Mais bien évidemment je me fis attraper. Ils avaient eu en tout une dizaine de personne dont Ajay, Daibu et moi.

-Daibu, est-ce que tu peux m'expliquer pourquoi tu es nu ?

L'intéressé rougit comme une pivoine. Le pauvre.

-Je...

Il ne dit rien de plus. En même temps que dire ?

-C'est pas de sa faute monsieur, c'est celle de Hayate

Je me tournais vers l'ami de Daibu, celui-là je vais lui refaire le portrait.

-Eh ! Je ne l'ai pas poussé à ce que je sache.

-Peut-être mais c'est toi qui a eu cette idée stupide de pari.

-Il a relevé le défi de son propre chef !

-Oh ! Calmez-vous !

Le directeur avait presque crié pour couvrir nos voix.

-Si je comprend bien Hayate et Daibu on fait un pari. Hayate c'est vous qui avez eu l'idée ?

-Oui c'est moi mais c'était pour rire.

-Et quel était la teneur de ce pari ?

-Celui qui perdait au poker devait se jeter nu dans le lac.

-Et vous Daibu vous avez relever le défi ?

-Oui

-De votre propre chef ?

-Oui

Vous n'avez pas subi de tension ?

-Non

-Mais monsieur depuis que Daibu l'a poussé à l'eau Hayate voulait sa revanche et...

-Miguel ! Ils reconnaissent tous les deux leur part de responsabilité. Messieurs vous avez été stupides. Vous avez enfreint le règlement et vous avez entraîné le camp avec vous. Je ne vois qu'une solution : La Cabane d'Isolement. Allez ramassez faut affaire, je vais vous y conduire personnellement.

Nous repartîmes vers le dortoir, j'ai pris toutes mes affaires ne sachant pas combien de temps on allait rester. Daibu aussi et le directeur nous emmena vers la cabane qui nous couperait du reste du camp. Il nous recommanda de réfléchir à notre conduite et claqua la porte d'un coup sec. Daibu alla directement se coucher sans m'adresser la parole et je m'assit sur le lit grinçant. J'inspectais la cabane. J'étais définitivement seul.