Un jour après

Hum ! Ce lit est si confortable ! Douillettement installée entre des draps parfumés, Tsukushi est réveillée depuis quelques temps déjà mais se refuse à se lever. Repliée sur elle-même dans la position du fœtus, la jeune fille rêve tout éveillée. Elle revoit le déroulement de la soirée de la veille depuis le dîner jusqu'à… A cette seule évocation, Tsukushi se replie davantage sur elle-même et son cœur s'emballe. Dômiôji… Elle se remémore parfaitement ses bras autour d'elle, ses mains qui caressaient ses épaules et son dos, ses lèvres frémissantes sur les siennes. Et en toile de fond, le parfum de son corps, puissant et protecteur, chaleureux et tendre à la fois. Pour l'énième fois depuis qu'elle s'est réveillée, Tsukushi touche ses lèvres du bout des doigts comme pour y vérifier l'empreinte de Dômiôji. La jeune fille est consciente d'avoir d'elle-même initié un sérieux rapprochement entre eux. Comment se comporter avec lui lorsqu'ils se trouveront l'un en face de l'autre ? Tsukushi ne se sent pas l'envie de le fuir, mais son manque d'expérience lui paraît être un sérieux handicap. En dix sept années, la jeune fille n'a embrassé que deux garçons Dômiôji et Rui Hanazawa. Et en y réfléchissant leurs baisers sont complètement différents, à l'image de leurs caractères.

Embrasser Rui Hanazawa avait été une expérience étrange. Au lieu de ressentir du plaisir, Tsukushi avait été submergée d'émotions contrastées qu'elle ne saurait décrire. Mais il y avait de la douleur, de la tristesse et du déchirement dans le seul baiser qu'ils avaient échangé. Alors que les baisers de Dômiôji… Il y a du feu dans ses baisers, une flamme dévorante. Comme une faim grondante qui ne pourrait jamais être rassasiée. Dans les baisers de Dômiôji, il y a de la lave, du désir… Oui, c'est tout à fait cela. Du désir, de la passion. C'est dans les bras de Dômiôji que Tsukushi s'est sentie pour la première fois être une femme. Une femme faîte de chair, molle et fondante à souhait dans l'étreint de Dômiôji. Les yeux grands ouverts, Tsukushi retient sa respiration. Cette découverte est une véritable révélation pour elle, une évidence aussi. Elle comprend maintenant ! Voilà la raison qui la poussait à le fuir ! Dômiôji est la seule personne qui la fait se sentir faible. Tsukushi accuse le coup. Elle qui a toujours dû lutter pour gagner sa place, qui a toujours dû ne compter que sur elle-même afin d'atteindre les objectifs qu'elle s'est fixés, la voilà vaincue. Pour la toute première fois, son système de défense a été mis à mal. Et par un poulpe qui plus est ! Un gosse de riches, gâté pourri et capricieux, un idiot même pas fichu de correctement parler leur langue maternelle ! Un crétin à l'ego surdimensionné. Oui, c'est bien ça. Tsukushi a failli devant le sourire de l'ennemi. Mais à sa grande surprise, la jeune fille ne se fâche pas. Elle admet avoir rencontré un adversaire de taille. La jeune fille pouffe. Que dirait Dômiôji s'il pouvait à cet instant précis connaître ses pensées ? Humpf ! Il serait bien trop heureux et se pavanerait comme il sait si bien le faire. Tsukushi imagine la scène : « Mais c'est tout à fait normal qu'une pouilleuse comme toi soit en admiration devant le grand Dômiôji ! Ah ! Ah ! Ah ! » Oui, c'est tout à fait ce qu'il dirait ! Ah ! Et il lui manque déjà. Ils ne sont séparés que depuis la veille au soir, après que le dernier feu d'artifice se soit épanoui au firmament. Akira et Ami –surtout - étant présents, Tsukushi n'osait même plus croiser le regard de Dômiôji. Et pourtant, elle ne voyait que lui. A chaque feu qui bondissait vers le ciel, à chaque fleur multicolore qui éclosait, elle ne pensait qu'à lui et à son corps tout contre le sien. Si elle l'aime ? Tsukushi frissonne, elle n'ose pas encore répondre à cette question. Et si Dômiôji la lui posait à nouveau ? Troublée, Tsukushi se retourne dans le lit. Le visage endormi de Yûki lui fait face. Dans son sommeil, et baigné dans la lumière douce qui se profile depuis les rideaux, le visage de l'adolescente a quelque chose d'innocent et fragile. Des mèches de cheveux châtains balaient son front et un sourire heureux semble planer sur ses lèvres. Tiens ? Tsukushi fronce les sourcils. Elle n'y avait pas prêté attention la veille au soir vu l'état d'excitation dans lequel elle se trouvait, mais lorsqu'elle s'était glissée dans le lit, son amie n'était pas dans la chambre. A quel moment est-elle revenue ? Tsukushi fait la moue. Peut-être avait-elle du se rendre aux toilettes. Tsukushi observe pensivement le visage de sa meilleure amie. Yûki, si sensible et fragile. « Dis Yûki… Peux-tu répondre à ma place ? Peux-tu dire à Dômiôji si je l'aime ou pas ? » La voix de Tsukushi n'est qu'un murmure, un souffle. Quelle n'est pas sa surprise lorsque Yûki ouvre les yeux et lui adresse un large sourire.

- Alors ça y est ? Tu reconnais enfin être amoureuse de Dômiôji ? Tu en as mis du temps !

Les yeux de Tsukushi papillonnent à toute allure, le temps que son cerveau traduise ces nouvelles informations.

- Mais… Tu ne dormais pas ?!

Yûki éclate de rire.

- Ah ! ça non alors, depuis un certain temps déjà. Tu n'as pas arrêté de gigoter dans le lit, pas moyen de fermer l'œil !

- Mais… Mais…

Balbutiante, Tsukushi peine à trouver ses mots. Taquine, Yûki tire les draps et se redresse à moitié.

- Il n'y a pas de « mais » qui tienne, le fait est que je sens bien que quelque chose te tracasse et que ce quelque chose a un rapport avec Dômiôji. Jusque-là j'ai tout bon, non ? Et puis ce n'est pas difficile à deviner.

- Ah ?

- Tsukushi… Depuis quand se connaît-on ? Tu sais, je me rends parfaitement compte que tu as du affronter un tas de choses depuis ton entrée à Eïtoku. Le peu que tu as bien voulu me confier était assez parlant. Entre tes camarades de classe, le F4 et les problèmes d'argent de ta famille je sais que tout ne va pas bien. Ecoute. En peu de temps tu t'es retrouvée confrontée à un monde nouveau, si différent du nôtre ! Je suis sûre que tu luttes à chaque instant pour garder ta fierté, mais les sentiments et la fierté ne font pas bon ménage. Bien sûr, Dômiôji représente tout ce que tu détestes et subis à Eïtoku, et pourtant… Tu ne peux pas empêcher ton cœur de battre quant tu entends sa voix, tu ne peux pas freiner l'envie de te jeter dans ses bras quand tu le vois…

Tsukushi reste muette. En quelques phrases, Yûki a exposé au grand jour les sentiments qui la déchirent.

- Comment… Comment peux-tu savoir de manière aussi juste ce que je ressens ?

- Tsukushi, tu es ma meilleure amie. Je te connais ! Et puis… Moi aussi mon cœur bat pour quelqu'un…

Ce disant, une légère teinte rose vient colorer les pommettes de la jeune fille. Les pupilles de Tsukushi s'agrandissent.

- Tu parles de Nishikado, n'est-ce pas ?

Rougissant de plus belle, Yûki acquiesce en silence.

- Tsukushi… J'ai quelque chose à te dire. Promets-moi de ne le répéter à personne !

- Euh ! Oui. D'accord.

- Eh bien !

Anxieuse, Yûki triture les draps entre ses mains. Tsukushi note du coin de l'œil, la chemise blanche et trop longue qui la couvre.

- Yûki, tu as emprunté la chemise de ton père ?! Drôle de chemise de nuit…

- Ah !

Devenue cramoisie, Yûki froisse furieusement les draps à présent.

- Non, c'est justement de ça que je voulais te parler. Eh bien… Voilà !

Alors que la jeune fille prend une profonde inspiration, la porte de la chambre s'ouvre à toute volée pour céder le passage à Dômiôji.

- Eh ! Pouilleuse ! Mais qu'est-ce que tu attends pour sortir de là ? Il fait un temps magnifique, tout juste parfait pour une partie de jet ski !

Les yeux comme des soucoupes, Tsukushi et Yûki fixent Dômiôji. Dômiôji observe alors les deux jeunes filles encore couchées, Yûki dans une chemise d'homme beaucoup trop grande pour elle et Tsukushi vêtue d'une simple chemisette. La bretelle qui glisse le long de l'épaule de la jeune fille fixe son attention sur sa peau lisse et si douce. Le souvenir de leur étreinte lui revient en mémoire.

- Ah !

Comment ça, « Ah » ? ! Elle et Yûki sont presque nues devant lui, et c'est tout ce qu'il trouve à dire ? « Ah » ?

- Mais…Mais qu'est-ce que tu fiches ici ? Tu vois bien que nous ne sommes pas encore prêtes ! Tes parents ne t'ont pas appris à frapper aux portes des jeunes filles ? Espèce de poulpe !

- Argh !

Dômiôji n'a pas vu le coup venir, et un énorme oreiller blanc vient s'écraser en plein sur son visage.

- Dehors ! Sors de là ! Voyeur ! Pervers !

Un autre oreiller vient s'aplatir sur le premier, et Dômiôji fuit la chambre sans demander son reste en claquant la porte derrière lui.

- Mais quel mufle ! Tu as vu comme il a fui ! Peuh ! Bien fait pour lui !

Un doigt d'honneur vient ponctuer les dernières paroles de Tsukushi, tandis que Yûki rit de bon cœur.

- Pauvre Dômiôji ! Il ne devait pas penser à mal…

- Ouais ! Ben ça, c'est son problème ; la prochaine fois il s'annoncera avant d'entrer dans cette chambre ! Tsukushi grommelle avant de se retourner vers son amie.

- Yûki… Tu voulais me dire quelque chose, avant que le crétin ne t'interrompe ?

- Tu es dure Tsukushi, ce qu'il a fait n'était pas si grave après tout. Il n'y a pas eu mort d'homme. Je te rappelle que tu parles de celui que tu aimes… Un peu d'indulgence ne peut pas te nuire. Enfin, vous nuire.

Estomaquée, Tsukushi se sent tout à coup idiote, avec le doigt levé vers le ciel. Pourquoi Yûki est-elle si mature ? La jeune fille se fait l'impression de n'être qu'une gamine hystérique à ses côtés.

- Encore une fois, tu as raison. Mais pourquoi Dômiôji a-t-il le don de me faire sortir de mes gonds ?

- Parce que tu l'aimes ! C'est aussi simple que ça. On pardonne plus difficilement aux personnes qui comptent pour nous. Et Dômiôji compte pour toi. Sûrement plus que tu ne peux l'imaginer.

- Yûki…Comment être sûre que je l'aime ? Existe-t-il un moyen de savoir ?

Yûki ramène ses mains sur le col de sa chemise, et hume un parfum mystérieux. Les yeux fermés, la jeune fille semble perdue dans des souvenirs particulièrement agréables.

- Tu veux avoir une idée ? C'est simple, écoute ton corps. Le corps ne ment pas. Embrasser une personne que l'on n'aime pas laisse une impression étrange, désagréable. Une sensation de gâchis et de dégoût presque envers soi-même surtout. Alors qu'embrasser celui que l'on aime… C'est tout autre chose ! On a le cœur qui bat, les paumes des mains sont moites, on se sent toute molle et tremblante. Et on a plus qu'une envie, faire un avec lui. Je suis désolée, mon explication n'est pas la plus claire ou la meilleure possible, mais c'est du moins ce que moi je ressens dans les bras de Sôjirô…

- Sôjirô ? Tsukushi hausse les sourcils devant le sourire extasié de Yûki. Mais tu es en train de parler de Nishikado ?

Yûki acquiesce d'un simple hochement de tête, et Tsukushi reste muette. Son amie appelle Nishikado par son prénom, que s'est-il passé entre eux ?

- C'est ce que je voulais te dire, Sôjirô et moi…Cette nuit nous avons…

Stupéfaite, le visage de Tsukushi s'arrondit. Elle comprend maintenant pourquoi Yûki n'était pas dans la chambre lorsqu'elle s'est couchée ; elle était avec Nishikado ! Mais comment ?

- Sôjirô ne m'a pas agressée, il ne m'a forcée à rien. Comment te dire ? C'était tout simplement plus fort que moi. Tu te souviens hier soir… Je ne me sentais pas bien et paraissais fiévreuse ? Et bien, tout était de sa faute si je puis dire. J'avais l'impression de devenir folle, comme si sa présence était une brûlure permanente que j'aurai porté au fond de moi. Je n'avais qu'une envie Tsukushi, courir dans ses bras et l'embrasser. Ce que j'ai ressenti hier était tellement fort, que je n'arrive pas à trouver les mots appropriés ! Mais je suis sûre d'une chose au moins, je l'aime. Oui, je suis amoureuse de lui comme je ne l'ai jamais été auparavant ! J'aime tout en lui : son visage, son sourire, le parfum de son corps, le son de sa voix à mes oreilles, ses mains sur ma peau…

Tsukushi sent le rouge lui monter au visage, ce que dit Yûki lui semble empreint d'un tel érotisme !

- Dis-moi Yûki… Vous…Vous l'avez fait ?

Les yeux de son amie brillent étrangement, et Yûki baisse la tête avant de lui répondre d'une petite voix :

- Non… Mais… cette nuit a été la plus belle de toute ma vie… Tsukushi, je te souhaite de connaître la même chose avec Dômiôji.

- Hein ! Quoi ? Avec ce poulpe ? Tu veux rire ?

Yûki rit de bon cœur devant le visage écarlate et troublé de Tsukushi.

- Oui, toi et ce poulpe ! Si tu n'étais pas d'accord, tu ne démentirais pas avec autant d'énergie. Plus sérieusement, il n'y a rien de honteux à vouloir être proche de celui que l'on aime. Au contraire. Je sais que Dômiôji et toi manquez d'expérience – c'est flagrant ! – mais j'en suis sûre… Bon, je ne te pousse pas dans ses bras, mais au moins tu as un début de piste. La prochaine fois que Dômiôji te posera LA question, tu sauras quoi lui dire. Je me trompe ? Et d'ailleurs, que s'est-il passé hier soir entre vous deux ? Il s'est bien passé quelque chose, non ? Sinon, pourquoi aurai-tu autant bougé dans le lit ? Allez… Dis-moi ! Moi je t'ai raconté tout ce qui s'est passé. Ou presque, pense la jeune fille. Il est des choses qu'elle ne veut garder que pour elle. Des choses qui ne concernent qu'elle et Sôjirô. Des choses belles et tendres qu'elle ne peut pas révéler, même à sa meilleure amie.

- Hier ? Euh…mais rien, je t'assure ! Pourquoi se serait-il passé quelque chose ? Et quoi ?

- ça je n'en sais rien, c'est à toi de me le dire. Allez….

- Bon, tu es ma meilleure amie, je peux bien te le dire. Hier soir, Dômiôji m'a dit qu'il m'aimait et…

- Et ?

- Et il m'a… Enfin non, nous nous sommes embrassés ! Voilà, tu sais tout !

- Si je ne me trompe pas, ce n'est pas la première fois.

- Non, c'est vrai. Mais cette fois… Comment dire ? C'est moi qui l'ai voulu ! Tu te rends compte ? C'est moi qui ai provoqué Dômiôji. J'en avais envie, j'avais vraiment envie qu'il m'embrasse ! C'est comme tu l'as décrit, j'avais chaud et la tête me tournait. J'ai eu l'impression d'être quelqu'un d'autre ! Je ne sais pas ce qui m'a pris, mais je n'ai pas pu m'en empêcher… Oh mon Dieu ! Que va-t-il penser de moi ?

- Mais rien… Je suis sûre qu'il en avait tout autant envie que toi. Entre deux personnes qui s'aiment, il n'y a rien de plus normal. Comme je te l'ai dis, le corps ne ment pas ! Et puis, je pense que tu as suffisamment réfléchi en ce qui concerne Dômiôji. Tu ne penses pas ? Tu devrais te laisser aller. Te laisser porter par tes sentiments, et tes sensations. Je pense que c'est le meilleur conseil que je peux te donner en tant que meilleure amie.

Tsukushi reste songeuse. C'est la première fois qu'elle et Yûki ont une telle conversation. Suivre son cœur et son corps… C'est également la première fois que Tsukushi affronte ce genre de « problèmes ». Ainsi, elle serait bien finalement amoureuse de Dômiôji ; les sensations qui se sont emparées d'elle la veille au soir ne serait que l'expression physique de ce qu'elle ressent pour lui ? Tsukushi admet que le raisonnement a un sens même si cela l'effraie. Jamais elle n'a ressenti ça auparavant. Pour personne. Et pas même Rui Hanazawa. Alors que faire ? Que dire ? Par où commencer ? Yûki voit le visage de sa meilleure amie refléter son trouble intérieur.

- Tsukushi, tu n'as pas besoin de te torturer l'esprit. Je sais que tu n'es pas habituée mais il ne te reste qu'une seule chose à faire. Cesse de lutter contre toi-même ! Laisse-toi aller ! Tu verras, tout se passera bien parce que tu l'aimes.

La voix de Yûki est ferme, assurée. Tsukushi en est bouleversée.

- Tu as peut-être raison. Je vais essayer de suivre tes conseils…

- Et bien tu vois ? Ce n'est pas plus compliqué que ça ! Bon, il serait peut-être temps de se lever, ton amoureux doit t'attendre. Et moi je meurs d'envie de voir Sôjirô ! Allez mauvaise troupe, debout !

D'un bond, Yûki sort du lit et tire les draps. De son côté, Tsukushi tire les tentures, et le soleil éclabousse immédiatement son visage de lumière.

- Waw ! Il fait un temps magnifique ! Tout à coup, je me sens d'excellente humeur. Pas toi ?

Yûki rit de bon cœur.

- Moi, qu'il pleuve ou vente, que le soleil brille ou pas… Tout ce qui m'import à présent c'est de retrouver Sôjirô !

Tsukushi sourit à la boutade de son amie. La jeune fille se sent tout à coup plus proche d'elle qu'elle ne l'a jamais été. Probablement parce qu'elles sont toutes les deux amoureuses. Elle est amoureuse…Et de Dômiôji qui plus est ! Cette constatation met du baume au cœur de la jeune fille qui se hâte de se préparer pour prendre le petit déjeuner.

- Bonjour tout le monde !

Le F4 et Ami, déjà installés autour d'une gigantesque table lèvent leur nez de leurs assiettes à l'entrée claironnante de Tsukushi et Yûki. L'air faussement innocent, Mimasaka hausse les sourcils.

- Dîtes donc toutes les deux, vous m'avez l'air de bien bonne humeur aujourd'hui. C'est l'air marin qui vous fait cet effet-là ? Tsukushi, cette île fait des miracles, tu devrais y venir plus souvent avec nous !

- Peut-être bien Mimasaka, je te promets d'y réfléchir.

La jeune file remarque le visage soupçonneux d'Ami mais décide de ne pas y prêter attention. Mimasaka a raison, le temps est splendide, l'île enchanteresse et Dômiôji définitivement attirant dans un sweat-shirt de couleur vive. Ses yeux sombres pétillent de malice et la courbure de ses sourcils en forme de montagne s'accentue alors qu'il la regarde, elle. « Sexy » ! C'est le mot qui traverse l'esprit de Tsukushi à cet instant. Et pour une fois, la jeune fille ne rougit pas, elle est heureuse. Est-ce là l'effet des paroles de Yûki ? Le pouvoir de l'île sur laquelle ils se trouvent ? Les deux peut-être. Une chose est claire, Dômiôji lui apparaît extrêmement beau, assis autour de cette table, les cheveux parsemés des morceaux de soleil qui pénètrent la salle à manger à travers les grandes baies vitrées. Et ce ne sont pas les tentatives frauduleuses d'Ami pour se rapprocher de lui qui lui feront changer d'avis. Elle est assise à côté de Dômiôji ? Et alors ? Ce n'est pas elle qu'il caressait et embrassait la veille, ce n'est pas à elle non plus qu'il a déclaré ses sentiments. Un drôle de sourire vient se dessiner sur les lèvres de Tsukushi. Ami ne sait rien du parfum de Dômiôji, ni de la pression délicieuse de son corps contre le sien ; elle ne sait rien du goût de ses baisers !

- Tu deviens raisonnable Tsukushi, il était temps ! Akira et moi nous posions des questions à ton sujet. Mais nous sommes rassurés maintenant. Yûki, ma douce… Je t'ai gardé une place à mes côtés. Et si tu venais ?

Le sourire de Nishikado est rayonnant et Yûki obtempère. Nullement fâchée de ne pouvoir s'asseoir aux côtés de Dômiôji, Tsukushi s'installe à l'extrémité de la table, faisant face à Mimasaka. Par delà la baie vitrée, la jeune fille peut voir la mer ; ses pensées sont aussi calmes que les vagues. La journée débute à peine, tout n'est que partie remise. Dômiôji n'a-t-il pas parlé de jet ski ? Elle compte sur lui pour être un professeur particulier plein d'attentions…

Dans l'assiette de la jeune fille qui est servie par une domestique d'un certain âge au sourire bienveillant, des fruits exotiques coûteux et raffinés qui explosent de fraîcheur contre ses papilles gustatives.

- Hum… C'est tout simplement délicieux ! Je n'ai jamais rien mangé de pareil. Quels sont ces fruits ?

- Tsukushi… Tu veux dire que tu n'as jamais mangé de mangues, goyaves ou papayes ! Ça alors ! Ces fruits sont d'un commun pour nous autres…

Un nerf se crispe sur le visage de Tsukushi, juste sous son œil gauche. Du calme, Tsukushi ! Ami a simplement l'intention de lui gâcher sa belle humeur, pas question de lui donner satisfaction !

- C'est exact, c'est la première fois que je mange des fruits exotiques et j'en suis ravie. J'espère d'ailleurs ne jamais être blasée de quoi que ce soit et continuer à apprécier ce que je découvre.

Autour de la table, le F4 sourit mais ne dit rien. Consciente de s'être faite joliment mouchée, Ami se raidit sur sa chaise et tente de vaines et fausses excuses.

- Oh ! excuse-moi Tsukushi. Je n'avais pas l'intention d'être blessante !

- Ne t'inquiète pas Ami, je vois bien que tu ne penses pas à mal, n'est-ce pas ?

- Euh ! Oui, tu as raison. Je peux être si maladroite parfois ! Tu m'excuseras j'espère ?

- Oui bien sûr !

Akira et Sôjirô se jettent des regards en biais, attentifs à la joute verbale qui se déroule sous leurs yeux. 15-0 en faveur de Tsukushi. La pouilleuse a mis à mal la belle héritière orgueilleuse. Un rire silencieux secoue les épaules des deux jeunes hommes. Ami ne voudra certainement pas rester sur une défaite, il va y avoir du sport ! Les rictus sur le visage des deux jeunes filles, censés être des sourires engageants présagent d'une rude guerre des nerfs. Qui en sortira vainqueur ? Songeur, Nishikado regarde Yûki dont les cheveux ondulés sont ramenés vers l'arrière à l'aide d'épingles. De fines boucles folles caressent sa nuque. Des pans entiers de leur soirée se rejouent dans son esprit. C'était merveilleux ! Nishikado se surprend à sourire. Il n'y avait pas eu de cocktails servis dans la suite d'un hôtel de luxe, ni de « yachting » sous la « star light » ! Il n'y avait eu qu'eux deux, seuls dans une simple cabane en bois, leurs deux cœurs battant à l'unisson l'un contre l'autre. Nishikado peut sentir sous sa main la peau douce de Yûki, les rondeurs délicates et fermes de sa poitrine ; la texture de sa chevelure libérée sur l'oreiller et formant comme une auréole au-dessus de sa tête. Un ange… On aurait vraiment cru un ange tombé du ciel… Un ange qui se cambrait contre son corps, qui soupirait et gémissait sous les caresses habiles de ses mains, de ses lèvres, de sa langue… Douce et tendre Yûki ! Nishikado se promet de poursuivre ce qu'ils ont si bien commencé la veille, pas question de s'interrompre en si bon chemin ! L'innocence de Yûki lui importe, pas question de la brader dans un bungalow même s'il en avait eu terriblement envie. La jeune fille mérite ce qu'il y a de mieux. Assise sagement à ses côtés, Yûki ignore tout de ses pensées. Pour l'instant du moins !

- Eh ! Akira ! 10 contre 1 que Tsukushi rétame Ami ! Je parie qu'elle sera vainqueur par KO !

- OK ! Les paris sont pris !

Mimasaka soupire ostensiblement.

- Je miserais aussi sur la force de Tsukushi, mais Ami est ma cousine. Je ne peux pas parier contre elle…

- D'accord, ça marche. Tope-là mon frère !

A la surprise générale, Mimasaka et Nishikado échangent une poignée de mains sonore. Ami l'air soupçonneux, Tsukushi étonnée, Dômiôji hébété, tous sauf Rui Hanazawa complètement indifférent à la situation, tous regardent les deux jeunes hommes comme si un événement extraordinaire et mystérieux venait de se produire. L'air de rien, Sôjirô adresse son sourire le plus charmeur à Yûki. "Sea sex and sun!" C'est tout à fait ce que le week-end leur réserve, il y veillera personnellement…