J'aurais bien aimé intituler ce chapitre « It's boulet time », mais bon... XD. Ca m'aurait fait rire toute seule, puis ça n'aurait pas été sympa ni tout à fait juste pour ce pauvre Jin :). Donc à défaut, j'ai mis autre chose :)

Ca avait pourtant si bien commencé...

Jin hésita un instant, une fois arrivé devant la salle. Un bref instant, ses interrogations lui revinrent en mémoire. Et puis il trouva tous les bons prétextes pour les laisser de côté. Il avait toutes les raisons d'être confiant, selon lui. D'abord, Yamapi lui avait donné un feu vert absolu, du moins le croyait-il. Ensuite, il était convaincu que Kame ne pouvait que bien le recevoir. Et enfin, il avait toujours été du genre fonceur, habituellement. Pourquoi cette fois là aurait-elle dû être différente des autres ? Il frappa donc énergiquement, et entra. Kame était assis sur une chaise sur le côté, occupé à s'éponger le front tout en pliant et dépliant sa jambe gauche. Une petite grimace accompagnait chacun de ses mouvements, et Jin s'en étonna :

Tu t'es fait mal ? Questionna-t-il en s'approchant, oubliant ainsi un instant son but premier..

Akanishi-kun ? Mais qu'est-ce que tu fais là ? Répondit Kame, surpris.

A dire vrai, la discussion avec Yamapi lui revint bien en tête brutalement, et il se sentit tout à coup très gêné d'être en face de Jin. Il ne savait pas trop quelle attitude adopter envers lui, pour tout dire... Si seulement il était sûr de ce qu'il ressentait, déjà... Ca aurait pu aider un peu. Mais même ça, il n'en était pas certain. Avant le départ de Jin, il croyait l'être et il avait changé ses manières, se montrant plus ouvert avec lui... Et puis Jin s'était mis à le repousser, à mal le traiter... pour finir par dépasser les bornes. Alors avec tout ce temps passé à des milliers de kilomètres l'un de l'autre, Kame aurait eu dix fois le temps de passer à autre chose... ce qu'il croyait avoir fait, d'ailleurs. Mais depuis le retour de Jin, plus les jours s'écoulaient, plus il se sentait perdu et hésitant. Si seulement Jin n'était si... Jin, quoi. Têtu, sûr de lui, égoïste... Kame mettait un certain acharnement à le qualifier comme tel, du reste. Ca le désespéra, tout à coup. Il eut une moue particulière, que Jin crut due à une éventuelle douleur à la jambe. Il s'accroupit devant lui, éludant sa question :

On dirait vraiment que tu as mal...

Si tu étais arrivé à peine une minute plus tôt, tu aurais assisté à une belle chute, effectivement... admit Kame.

Comment t'as fait ton compte ?

Un lacet défait... avoua Kame, embarrassé. Aussi bête que ça.

Venant de toi, c'est plutôt drôle, fit Jin avec un sourire.

Quoi ? Je ne tombe jamais, moi ?

Rarement. Tu es si perfectionniste et habile...

Euh... Si Jin lui faisait des compliments maintenant, c'est que le monde partait vraiment en vrille. Déjà, le fait qu'il le pense était improbable... alors qu'il le lui dise, pensez donc... Et puis Jin avait l'air étrangement calme. Mais un calme flippant. Un calme du genre 'retenue', comme quand on essaie de contenir quelque chose d'énorme. Et d'instinct, Kame commença à se dire « je le sens pas du tout, là... ». S'efforçant toutefois de ne pas être inutilement agressif, il lui redemanda :

Pourquoi t'es là ?

Je te dérange ?

J'ai pas dit ça, répondit-il aussitôt.

Tant mieux, parce que... j'ai deux ou trois trucs à te dire.

Maintenant ?

Ben oui... Pourquoi ? Il faut prendre rendez-vous pour te parler ? S'amusa Jin.

C'est juste que... Je suis plutôt crevé et...

Oui, mais ça urge ! insista-t-il.

Bon, je suppose qu'il n'y a pas moyen de faire autrement et... Mais qu'est-ce que tu fais ?! S'exclama Kame, cramoisi tout d'un coup.

Ben je te signale que ta cheville enfle à vue d'oeil. Alors de l'eau froide ne peut que te faire du bien.

Effectivement, Jin s'était emparé d'une serviette, et y avait versé un peu du contenu de la petite bouteille d'eau. Et maintenant, il appliquait ses 'soins' sur la cheville douloureuse de Kame. Le contact de l'eau sur sa peau lui avait fait baisser la tête et sans doute aurait-il pu en tomber à la renverse, s'il n'avait pas été assis. Jin qui prenait soin de lui ? Un peu de sérieux, quand même ! Qui goberait un truc pareil ? Et pourtant, ça en avait tout l'air... Qu'en penser ? Quoi qu'il en soit, la situation était parfaitement gênante. Un peu sèchement, il répliqua :

Je peux le faire tout seul.

Laisse, ça m'occupe. Et écoute-moi.

Bon.

Je voudrai... commença Jin, hésitant. Je voudrai te présenter mes excuses.

Excuses ? S'étonna Kame. Pourquoi ?

Pour mon comportement avant mon départ... Et plus largement, pour toutes ces fois où je t'ai blessé sans le vouloir.

Ouf, c'était dit. Ca lui en avait coûté. Bon dans sa tête, Kame avait aussi ses torts. N'aurait-il pas été plus simple de lui dire ce qui n'allait pas, plutôt que de rester six mois sans donner signe de vie, et exploser à son retour ? Mais c'était Kame, aussi... Toujours fermé comme une huître, et Jin se sentait simplement armé d'une petite cuillère, pour l'ouvrir... C'était tout sauf juste, ça. Yamapi s'était-il trompé ? Jin avait-il tant changé que ça, durant son séjour ? Etait-il capable de dominer son impatience et son côté « rentre-dedans » ? Ca en avait tout l'air... Quoi qu'il en soit, il avait clairement mis de l'eau dans son vin, pour lui présenter ses excuses. Et ça n'était pas un mince effort. Kame le mesurait bien. Ca devait être la première fois qu'il entendait Jin s'excuser. Et sincèrement, en plus. Un peu gêné, il plaisanta :

Qu'est-ce qui te prend ? T'as bu ?

Je suis parfaitement sobre, Kame. Je sais bien que j'ai un sale caractère et tout ça... Alors je voulais m'en excuser, continua Jin.

Oui, mais...

Mais tu sais, je pense que je n'agis jamais sans raison. Si j'ai été dur, c'est que j'avais... sinon une excuse, au moins une explication.

Je vois.

Tu ne demandes pas quoi ?

Je suppose que tu vas le dire, fit Kame, sur la défensive.

Effectivement. Il se trouve... disons que j'ai réagi par réaction à ton comportement.

Mon comportement ?

Jin se leva et commença à faire les cent pas nerveusement. Dans sa tête, ça avait été plus simple, bizarrement... Là, sa belle assurance et sa patience semblaient s'effriter. Il devait vraiment se faire violence pour ne pas céder à sa nature et se montrer plus franc. Kame se leva à son tour, appuyé sur la chaise d'une main. Apparement, il tenait debout. C'était juste un peu douloureux. Une petite foulure de rien du tout. Soulagé car il ne se voyait pas expliquer à Johnny comment il s'était bêtement fait mal et devait arrêter la danse pour un moment, il respira mieux. Pour autant, son attention passa de sa cheville à Jin, et ce fut une source d'angoisse nouvelle. Et autrement plus forte. Il avait presque envie de le planter là et de partir, mais sa fierté l'en empêchait. Il ne perdrait pas face à Jin, quand même. Pour autant, il appréhendait vraiment la suite des évènements... Jin, qui s'était éloigné un peu, revint faire du sur place vers lui, les mains dans les poches. Y aurait-il eu un caillou à terre, qu'il aurait shooté dedans pour se donner une contenance.

Tu es devenu... gentil. Enfin tu l'es, se reprit-il immédiatement, mais pas avec moi, normalement. Tu es devenu proche... Et je n'ai pas su quoi faire. J'ai un peu appréhendé... alors j'ai préféré mettre de la distance.

Je ne comprends pas.

Mets-toi à ma place. J'étais dérouté... Parfois, je ne savais plus quelle attitude adopter... Et toi, tu n'avais pas l'air effrayé, à l'époque... Moi, ça me faisait flipper.

Donc c'est ma faute ? Comprit Kame.

Mais non, voyons...

Ben écoute... tu es en gros, en train de dire que tout ce qui est arrivé est dû au départ, à un « rentre-dedans » de ma part. T'es pas gonflé, toi !

Et voilà... Torts partagés, sur ce coup là. Kame prenait la mouche trop facilement, l'anxiété aidant. Il était presque -et inconsciemment- content de pouvoir s'énerver, tant il préférait se prendre la tête plutôt que se poser les bonnes questions. Jin de son côté, avait plutôt bien démarré, avec ses excuses et une certaine délicatesse... Mais il s'était un peu posé en victime, chose qui n'était pas nécessaire. Il aurait suffi qu'il lui parle sincèrement... S'inventer des excuses, c'était un peu trop... Et forcément, lorsque Kame s'emballa, il démarra à son tour et rétorqua aussitôt :

Hé ho ! Qui m'a embrassé le premier ?

De quoi ? S'étrangla Kame. J'étais bourré !

Ben tiens ! Fit Jin en souriant sadiquement.

J'aurais jamais fait ça à jeun, tu rêves mon vieux !

Ca... T'es tellement coincé, aussi.

Coincé, moi ?

Bien sûr, que t'es coincé ! S'exclama Jin, qui commençait à fatiguer.

Et c'est celui qui vient d'avouer qu'il avait fui à toutes jambes, qui dit ça ?

Moi j'ai été con, mais j'ai au moins le mérite de le reconnaître. Mais je ne suis certainement pas coincé, tu m'insultes, là ! Fit Jin, toujours de ce ton léger qui agaçait Kame au plus haut point.

Ah c'est sans doute mieux, de se faire traiter d'allumeur ?

Là, forcément... Il faut dire qu'ils avaient le chic pour se prendre la tête à propos de rien. C'était un fait notoire depuis le début. Mais là, si en plus la fierté ou la réserve étaient de la partie... Au plus on était embarrassé, au plus on criait... donc ça criait fort, dans cette salle. Sauf que là, Jin fut blessé. Et il ne serait pas dit qu'il s'en laisserait compter :

Mais arrête ! N'importe quel geste serait déplacé avec toi, tant tu démarres au quart de tour !

Mais c'est pas vrai ! Se défendit Kame. C'est pas parce que je suis sérieux au boulot, que je suis si strict en dehors... Tu le sais, non ?

Ben non, je sais pas justement... bouda Jin, vexé maintenant, de voir qu'il ne pouvait être approché que si l'autre était complètement ivre.

Je suis mal à l'aise d'avoir embrassé quelqu'un parce que je n'étais pas dans mon état normal, et ça y est, ça fait de moi quelqu'un de coincé ? T'es vraiment...

D'abord, je suis pas 'quelqu'un', ok ? Fit Jin durement. Et ensuite, même si tu avais été parfaitement sobre, tu m'aurais encore trouvé une excuse. Tu t'assumes vraiment pas, toi !

N'importe quoi ! Sobre, c'est différent. Je n'aurais eu qu'à assumer.

Ah ouais ?! Cria Jin.

Ouais ! Répondit Kame sur le même ton.

Parfait !

Yamapi avait raison, en définitive. Jin n'avait-il pas dit que c'était toujours le cas, d'ailleurs ?Il y avait progrès, cependant : Jin savait, au moment même où il agissait, qu'il faisait un truc stupide. Mais comme il était passablement agacé et que son ego en prenait un coup dans l'aile, hors de question qu'il s'arrête en si bon chemin. Donc il s'avança, attrapa Kame par le col et l'embrassa. Comme ça au moins, hein... A part l'eau, il n'y avait aucun liquide ici susceptible d'endosser la responsabilité. Kame fut tellement surpris qu'il en broncha pas, se contentant d'écarquiller les yeux à se les faire sortir des orbites. Son cerveau donanit des ordres qu'il ne pouvait mettre en pratique. Et une moitié de lui jubilait quand même. Il se détesta aussitôt, l'autre partie de lui étant très en colère... N'empêche qu'il lui fallut plusieurs secondes -une éternité, dans une telle situation- pour se reprendre et virer Jin de là. Il hurla :

Mais ça va pas ?!

Et ben ? Assume ! Fit fièrement l'autre.

Mais ça n'a rien à voir, tu m'as eu par surprise ! s'écria Kame, rouge de colère autant que d'embarras.

Ah ben oui, et puis je t'ai forcé à me rendre mon baiser ! Je suis doué ! Fit ironiquement Jin.

T'es vraiment...

Kame le fusillait du regard. Il était hors de lui à un point qu'il n'aurait jamais cru pouvoir atteindre. Furieux après Jin, qui avait franchi la limite avec un culot incroyable ! Et furieux après lui-même, qui -une partie au moins- avait aimé ça. Il ne devrait pas du tout être content, même un tout petit peu... Il aurait plutôt dû lui coller son poing dans la figure, oui ! Et l'achever à coups de pieds pour faire bonne mesure. Mais il n'y arrivait pas... d'autant que les paroles de Jin sonnaient désagréablement justes.

Faut voir les choses en face, Kame. Tu cherches à impressionner qui, là ? Pourquoi tu n'acceptes pas simplement ? Continua Jin.

Tu te casses pendant 6 mois, sans doute te taper Dieu sait qui à droite et à gauche pendant que moi je me fais sonner les cloches par le public voire Johnny-san lui-même... et tu rappliques la bouche en coeur en espérant que je vais fondre en criant que je n'attendais que ça ?! T'as raison, j'ai sûrement beaucoup de fierté, parce que ça se passera certainement pas comme ça ! S'écria Kame, vert de rage.

Non mais attends, je me suis mal exprimé...

Là, Jin commençait à prendre conscience de l'ampleur de la fameuse boulette qu'il venait de commettre. Il s'était montré impulsif et il avait dépassé les bornes. Loin de lui faire comprendre qu'il était sincère, il donnait l'impression de s'amuser, de prendre ça à la légère et de ne pas respecter Kame. Il ne pensait pas une seconde à ce que Kame pouvait bien avoir à dire, ou à la peine qu'il avait pu lui faire. Bref, il était égoïste, une fois de plus. Et dire qu'il pensait avoir changé... Quelle blague ! Il savait déjà qu'il venait de tout foutre en l'air. Il voulait vraiment rattraper le coup, mais il connaîssait assez Kame pour savoir que c'était vain, maintenant. Il était trop énervé pour entendre raison.

Ah ça je te confirme !

Kame, ne sois pas ruidicule...

Coincé, fier, ridicule... Je suis un petit gâté moi, aujourd'hui fit Kame ironiquement, semblant comptabiliser les adjectifs peu flatteurs.

Ah bon sang ! C'est impossible de te parler !

Quand tu auras compris qu'il ne te suffit pas de te pointer pour que ça te tombe tout cuit dans la bouche... murmura Kame si bas que ça n'en eut que plus d'impact. Bref, quand tu auras fait la différence entre moi et tes groupies, il est possible qu'on en reparle. Pour le moment, je vais y aller.

Mais ta jambe...

Si tu ne veux pas la voir de près, ma jambe, tu ferais mieux de me laisser passer.

Et Kame prit ses affaires et sortit. Pas aussi vite qu'il l'aurait voulu cependant, sa jambe étant encore un peu douloureuses... Jin, impuissant, le regarda faire en se demandant à quel moment il était été le plus con. Difficule de le dire, tant les moments en question étaient nombreux, qu'ils datent de 5 minutes ou quelques mois... Kame sortit aussi vite qu'il le put du couloir, puis du bâtiment. Ce n'est qu'une fois rendu dans sa voiture, qu'il s'autorisa deux ou trois insultes lancées à Dieu sait qui... Et puis il posa sa tête contre le volant, tentant de se calma avant de reprendre la route.

L'imbécile... murmura-t-il, autant à son adresse qu'à celle de Jin.