Notes : merci à tous/toutes pour votre fidélité et vos reviews qui contribuent largement à ma motivation et me soufflent l'inspiration... Je ne vous remercierai jamais assez ;)
Je suis désolée pour la fausse joie samedi dernier : j'ai remanié le chapitre 9, et lorsque j'ai voulu le reposter, FFN l'a publié comme s'il était un nouveau chapitre... C'est la première fois que cela arrive...
Les événements historiques décrits dans le chapitre 9 sont parfaitement exacts. Nous sommes en 1797, pas encore en 1799, qui elle sera l'année du Coup d'Etat qui portera Bonaparte au pouvoir...
Excellente lecture à tous !
La rumeur est répandue : Snape est le tuteur d'Hermione... Les relations entre Hermione et Ron vont-elles s'améliorer ?
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Chapitre X - Hermione en Danger
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Qui sourit n'est pas toujours heureux. Il y a des larmes dans le cœur qui n'atteignent pas les yeux, Jane Austen.
Elle s'élance dans les escaliers quand une main de fer agrippe son poignée et l'entraîne dans une salle de classe vide.
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La porte se referme brutalement, un Collaporta suivi d'un Muffliato sont aussitôt lancés par Severus qui relâche la sorcière et inspire profondément pour retrouver son calme. Les yeux ambrés reflètent la peur, ceux de l'homme une amère déception qui tord les entrailles de l'adolescente. Elle baisse ses yeux devant l'intensité du regard charbonneux.
"Sacrebleu ! Vous allez vous expliquer, Miss Granger. Quelle idée folle a germé dans votre tête pour provoquer un tel esclandre dans la Grande Salle et claironner sur tous les toits que je suis votre tuteur ? explose-t-il mais sans véritable violence.
Il n'a pas besoin de l'employer, elle tremble devant lui, raide et tendue comme la corde d'un arc, le visage défait. Il lui suffirait de claquer des doigts pour qu'elle s'effondrât.
- Je suis désolée Monsieur, mais ce n'est pas de ma faute, implore-t-elle en tordant ses mains. C'est Ron Weasley qui m'a...
- Croyez-vous que je n'ai pas assisté à votre altercation ? Ne pouvez-vous vous garder votre bouche fermée ? Il me semble vous avoir conseillé de vous tenir à l'écart de ces olibrius, ajoute-t-il en se forçant à adoucir sa voix devant l'évidence de son désarroi. Pourquoi leur avoir dit que vous êtes ma pupille ? Ne comprenez-vous pas que vous allez souffrir des quolibets de vos camarades qui ne perdront pas une occasion de vous jeter à la figure que l'infâme Maître des Potions est votre tuteur et que vos performances en sont le fruit ?
- Je n'ai rien dit, je vous le jure Monsieur, supplie-t-elle avec l'accent du désespoir qui touche malgré lui une corde sensible. C'est... c'est Drago qui a répandu l'information, je... j'en suis persuadée, lâche-t-elle en bafouillant lamentablement.
Elle sent une chaleur qui brûle ses joues et sait qu'elle rougit intensément.
- Comment osez-vous accuser Drago ? demande-t-il le visage redevenu dur.
- Je... je le suppose. Il ne m'a jamais apprécié et il... avait l'air si content là, à l'instant dans la Grande Salle...
- Cela ne fait pas pour autant de lui un coupable, Miss Granger. Je ne pense pas vous avoir inculqué cette moralité douteuse," siffle-t-il entre ses dents.
Elle ne sait que lui répondre. Ses paroles lui font si mal. Conservera-t-il cette mauvaise opinion d'elle ? Pourtant, au fond d'elle, elle sait qu'elle a raison et que Drago est bien l'instigateur de la manigance. Mais peut-il le croire ? Le veut-il vraiment ?
Il reste silencieux une minute, sans cesser d'étudier son visage innocent. Sa colère retombe aussi vite qu'elle s'est développée. Elle n'est pour rien dans la divulgation de ce fait. Il ne doutait d'ailleurs point que la nouvelle se répandrait comme une traînée de poudre dans les couloirs du château, mais pas aussi tôt. Oui, certes pas aussi vite. Maudit Drago qui lui fait payer le reniement dont il a été l'objet. il lui faudra prendre le jeune sorcier entre quatre yeux afin qu'il cesse de harceler sa pupille.
"Je vous crois, dit-il finalement. Mais agissez au mieux afin de ne point vous retrouver dans une situation gênante. Vous pouvez y aller, déclare-t-il en levant sa baguette pour lever les Sortilèges de Silence.
Le soulagement est tel pour Hermione qu'elle laisse échapper un profond soupir.
- Monsieur, j'ai une faveur à vous demander... l'interrompt-elle en mettant beaucoup de douceur dans sa voix.
- Oui Miss Granger ? s'enquiert-il en abaissant la tige de bois.
- Samedi a lieu une sortie à Pré-au-Lard et j'aurais besoin de... votre permission pour m'y rendre.
- A Pré-au-Lard ? s'étonne-t-il. Vous êtes bien trop jeune pour participer. Je ne tiens pas à ce que vous fassiez de mauvaises rencontres, explique-t-il les sourcils froncés.
- Mais, c'est que Maryan m'accompagnera car nous rejoindrons sa mère au Salon de Thé de Madame Pieddodu," insiste-t-elle sur un ton suppliant.
A l'évocation du nom de sa maîtresse, le sorcier se raidit et sa main se crispe sur sa baguette. un éclat particulier s'allume dans ses yeux qui se plissent. Il n'a pas revu sa maîtresse en privé depuis presque un mois. Ils se sont seulement vus lors de la réunion du Conseil d'Administration de Poudlard qui a eu lieu en début d'année scolaire et dont elle assume la fonction de Présidente avec Lucius Malfoy comme adjoint. Le rappel de la jeune femme lui fait soudainement prendre conscience qu'elle lui manque : son sourire, son regard troublant, l'éclat particulier de sa peau, son rire...
Hermione lit les émotions qui se peignent sur le visage d'ordinaire impassible de son tuteur. Un pincement inexplicable étreint sa poitrine.
Il l'aime. Il aime Lady Ramsay, devine-t-elle.
Elle ne sait si elle doit se réjouir ou s'attrister de cette évidence, car elle apprécie beaucoup la mère de son amie : elle est une belle et bonne personne. Mais au fond d'elle il y a comme une souffrance qu'elle est incapable d'interpréter.
"S'il vous plaît Monsieur. Je n'ai pas d'amis dans le Collège, hormis Maryan, et je ne la vois guère, implore-t-elle encore une fois. Et puis... Personne ne recherche ma compagnie... avoue-t-elle du bout des lèvres en piquant un fard.
Snape sort enfin de son silence.
- Vous n'êtes ni ne serez la dernière à connaître la solitude à Poudlard, Miss Granger. C'est malheureusement souvent le cas des adolescents trop intelligents. Certains élèves éprouvent des difficultés à se faire une place dans notre monde, à cause de la jalousie qu'ils inspirent à leurs pairs. Ils sont rejetés parce que trop différents."
Il y a dans le ton de sa voix une fêlure qui l'interpelle.
Il me trouve intelligente ? Qui pourrait me jalouser ? A-t-il connu la même situation quand il était étudiant ? s'interroge-t-elle.
- J'accepte que vous vous y rendiez, acquiesce-t-il, mais sachez que je serai présent pour encadrer un groupe d'étudiants dont vous ferez partie avec Miss Ramsay, et je vous surveillerai plus particulièrement. Je vous accompagnerai également chez Madame Pieddodu.
- Merci Monsieur ! répond-elle, le visage devenu rayonnant.
- Je vous fournirai une somme d'argent assez conséquente afin que vous achetiez ce qui vous fait défaut. Mais apprenez à gérer vos dépenses, Miss Granger.
- Bien entendu, je serai prudente avec mes emplettes. Je vous remercie infiniment Monsieur.
- Allez, il est temps que vous retourniez en classe."
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Samedi 20 septembre 1797
Hermione est si heureuse de marcher sur le sentier qui mène au village. Bien que le temps ne soit pas particulièrement clément, elle ne peut s'empêcher de fredonner un petit air que Maryan ne tarde pas à entonner avec elle. Leurs voix se complètent à merveille. Celle de Miss Ramsay, dans les tonalités de soprano, aigue mais douce, et celle de la Gryffondor, aux riches sonorités d'alto, plus puissante. Non loin de là Snape les observe et est agréablement surpris par le joli duo vocal que les adolescentes forment. Leurs voix conjuguées remuent quelque chose en lui. Rien d'exceptionnel, de très important, et pourtant il a l'impression que le ciel est plus clair et que la journée s'annonce belle.
Toutes deux escomptent bien effectuer quelques achats avant de rejoindre Lady Ramsay. Hermione jubile à la pensée de connaître quelques heures de semi-liberté à l'extérieur de Poudlard, même si son tuteur n'est guère loin d'elles et les surveille de son regard sombre.
Quand la cohorte d'élèves autorisés à la sortie parvient à l'entrée du village, une clameur de joie sort de la bouche des adolescents. Ils découvrent un village pittoresque, composé de petites chaumières et de magasins. Ils prennent la rue transversale à la principale alors que des groupes de deux à quatre personnes s'établissent et s'éparpillent dans les rues.
Les deux amies commencent par se rendre chez Scribenpenne. Hermione achète trois plumes de qualité, celles qu'elle a eu au Chemin de Traverse sont déjà abîmées suite à une utilisation trop intense. Elles poursuivent leurs emplettes dans différentes boutiques, en babillant gaiement.
Vers dix-sept heures, les sorcières se dirigent vers la boutique de Madame Pieddodu. Hermione ressent un sentiment d'exaltation à l'idée de pénétrer dans ce lieu dont on dit qu'il est si raffiné. Elle n'est pas déçue. Tout est conçu pour apporter satisfaction aux clients désireux de déguster un thé au caramel ou une pâtisserie parfumée à la violette ou à la rose.
Le mobilier se décline dans les nuances de bleu, ce qui rappelle avec émoi à Hermione sa jolie chambre au Manoir.
Lady Ramsay est déjà présente, et agite gracieusement sa main dans leur direction. Hermione a l'impression de revivre la sortie au Chemin de Traverse, quand elle a rencontré pour la première fois la mère de Maryan. Après les salutations d'usage, les adolescentes s'asseyent l'une à côté de l'autre, tandis que son tuteur prend place près de Clarisse. Une douce flamme brûle au fond de ses yeux sombres dès que ses yeux se posent sur la jeune femme.
Ils sont dans une conversation animée lorsque la salle s'obscurcit soudainement Des Oh ! émerveillés fusent des tables alentours. Dans les airs flotte un gâteau agrémenté de bougies allumées qui se dirige lentement vers leur table.
Des lettres scintillantes et multicolores s'échappent des flammèches pour former en suspension les mots :
"Joyeux anniversaire Hermione !"
D'abord désorientée, une émotion intense submerge la sorcière.
Oh ! Ils ont pensé à mon anniversaire ! Moi qui pensais qu'il avait été oublié hier...
Une salve d'applaudissements venue de toutes les tables salue l'annonce. Maryan se jette dans ses bras et l'embrasse sur les joues.
"Nous vous avons bien eue, Hermione ! Vous ne vous attendiez pas à ce que nous fêtions votre anniversaire !" s'écrie joyeusement la jeune sorcière.
Hermione se contente de sourire, des étoiles dans les yeux.
Madame Pieddodu, une femme petite et bien en chair vient elle-même découper le gâteau. L'adolescente a l'honneur de le goûter la première, sous le regard chaleureux de son entourage. Elle cherche à croiser le regard de son tuteur mais celui-ci semble captivé par l'arrondi de l'épaule de sa jolie voisine.
"Il est absolument succulent, avoue-t-elle avant de replonger sa fourchette à dessert dans l'onctueux à la rose, son parfum préféré.
C'est alors qu'elle perçoit le geste tendre et intime de Lady Ramsay qui serre discrètement la main de son tuteur posée sur le bord de la table.
La dernière bouchée lui laisse subitement comme un goût amer.
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Bal d'Halloween, vendredi 31 octobre
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Hermione admire la Grande Salle transformée pour l'occasion en salle de bal magnifiquement opulente, illuminée par des chandeliers et d'énormes bougies en laiton ornées à chaque coin. De grands rideaux de velours bordent les murs, et retombent en lourds plis jusqu'à caresser le sol. D'imposants bouquets de fleurs exotiques ont été installés autour de la pièce. Leur parfum floral se mêle à celui des parfums coûteux des sorcières, ce qui permet de créer une atmosphère rêveuse, presque étouffante.
Hormis les citrouilles réparties régulièrement sur les tables et remplies de jus, rien ne laisse supposer que l'on fête Halloween.
La jeune sorcière remarque non loin d'elle le Directeur de Poudlard et son tuteur engagés dans une discussion animée.
De quoi peuvent-ils bien s'entretenir ?
"Croyez-moi Monsieur, Quirrell suinte la Magie Noire par tous les pores de sa peau, affirme le Serpentard. Chaque fois que je suis près de lui je la sens, forte, puissante, envahissante et qui fait vibrer mon noyau magique. Vous savez que je suis versé dans ce domaine. Elle m'attire et me repousse tout à la fois. L'homme est plus dangereux qu'il n'y paraît. Sous ses dehors débonnaires, son âme est plus corrompue que la mienne, ce qui est peu dire.
- Je ne conteste pas votre assertion mon ami, mais nous ne possédons aucune élément à charge contre lui. Nous ne pouvons le dénoncer aux Aurors sans leur présenter des preuves tangibles.
Snape hausse les épaules dans un geste fataliste et s'éloigne du Directeur. Ses yeux se mettent subitement à briller : une délicieuse créature vient de faire son entrée dans la pièce. Il ne voit plus qu'elle.
- Veuillez m'excuser mais je dois vous abandonner, explique-t-il en s'éloignant du Directeur dont le regard se met à pétiller.
Elle éclipse toutes les sorcières présentes. Ses cheveux, un brun brillant constitué de boucles anglaises, sont empilées élégamment sur sa tête. La pure et simple blancheur de sa robe contrastent avec la nuance inhabituellement dorée de sa peau - certainement un Charme Glamour -. Ses yeux bleus scintillent, ses lèvres charnues sont délicatement peintes d'une teinte abricotée et laissent entrevoir des dents blanches.
Minerva observe avec un œil critique le Maître des Potions qui traverse avec aisance la salle, donnant l'illusion parfaite d'un prédateur avec sa démarche féline. Il se dirige vers Lady Ramsay qui, en tant que membre du Conseil d'Administration, a été conviée au bal ainsi que Lucius Malfoy qui a décliné l'invitation. La Gryffondor ne comprend guère l'attirance qu'éprouve manifestement la jeune femme envers le sorcier.
Il est l'incarnation du pouvoir, de la grâce, mais l'on sent une violence à peine contenue, sous la façade soigneusement élaborée d'un gentleman élégant, comme celle d'un guépard. Il n'est pas un gentilhomme, bien que les beaux vêtements de soirée : les culottes noires, la chemise blanche, le gilet crème et le frac noir puissent prétendre le contraire. Pas non plus un Monsieur, mais un diable, le Diable lui-même dans un déguisement d'homme honnête.
Le couple s'écarte discrètement dans un renfoncement.
La soirée se déroule dans une ambiance légère et bonne enfant.
Hermione, simple spectatrice soupire, frappe du pied sur le carrelage pour marquer la mesure de l'orchestre qui joue des airs enlevés. En retrait derrière les longues tables recouvertes d'une nappe blanche, elle regarde machinalement l'horloge qui occupe le mur. Il est vingt-trois heures. Son tuteur lui a refusé de porter une robe de soirée en prétextant sa jeunesse. Sa vêture est simple : une robe de sorcière au ton sombre. Seul un ruban argenté qui retient ses cheveux ajoute une note raffinée.
Je suis tout simplement insignifiante, constate-t-elle.
Autour d'elle la foule converse, rit, s'amuse et les danseurs virevoltent au centre de la pièce. Les bruits de conversations remplissent l'air, tandis que les sons de la musique égrenés par les musiciens de l'orchestre se mélangent avec tous les autres sons.
Elle est seule. Désespérément seule au milieu de toute cette agitation. Personne ne l'a invitée à danser. Dumbledore lui a adressé quelques mots avec un grand sourire pour la complimenter sur ses succès scolaires. Lady Ramsay et son tuteur discutent quand ils ne dansent pas. Ils forment un si beau couple, avec leurs cheveux sombres qui s'accordent ! Maryan ne quitte pratiquement pas son cavalier, William Peters avec qui elle semble follement s'amuser. Elle surprend plusieurs fois Padma, Parvati et Lavande qui la regardent et se mettent à ricaner derrière leur verre.
Elle étudie son environnement : tout le monde donne l'impression de profiter de la fête, même Weasley devant elle qui s'empiffre de muffins. Hormis Harry qui observe de temps en temps, avec un regard franchement soupçonneux, Snape évoluer sur la piste de danse.
Elle commence à se servir un verre de jus de citrouille lorsque la conversation des deux amis parvient à ses oreilles.
"Je suis persuadé que Snape cherche à s'approprier un objet magique qui se trouve dans le château. C'est un ancien Mangemort, il nous faut l'avoir à l'œil, suggère Harry.
- Bah, tu crois vraiment qu'il y a quelque chose au deuxième étage ? brocarde Weasley.
- Oui, j'en suis certain, et Snape veut l'avoir, affirme le brun. N'oublie pas que nous l'avons vu rôder près de l'escalier interdit juste avant le Bal.
De quoi parlent-ils ? Pourquoi se méfient-ils de mon tuteur ? Non, il ne peut être un Mangemort, pas lui !
"La Miss-Je-Sais-Tout ne danse pas ? rétorque Ron en hurlant afin que sa voix couvre le brouhaha ambiant.
- Non, on dirait qu'elle est partie. La fête ne semble pas l'intéresser, répond Harry sur le même ton.
- Allons, disons plutôt qu'avec son ego surdimensionné, ses cheveux broussailleux et ses grosses dents, personne n'a envie de l'inviter à danser, pas même la Chauve-Souris !" se moque le rouquin en s'esclaffant bruyamment.
C'est comme un coup de poignard qui perfore le cœur de la jeune sorcière. La goutte d'eau qui fait déborder le vase. Elle repose précipitamment son verre dont le liquide se répand sur la table et s'enfuit de la salle, aveuglée par les larmes. Elle n'entend pas Harry, qui l'aperçoit en train de courir, reprocher à son camarade ses quolibets.
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Hermione se précipite dans les toilettes des filles. Elle se moque des larmes qu'elle ne cherche pas à retenir, qui coulent et l'enlaidissent.
Je ne sers à rien. Personne ne se soucie de moi. Pas même lui.
Une pensée terrible se fait jour : celle de ne pouvoir suivre une scolarité dans de telles conditions, en étant la risée de tous les étudiants.
Je dois quitter le château. Snape acceptera-t-il de me renvoyer au Manoir ? Je ne puis rester ici. S'il refuse, je m'enfuirai. Loin. Loin de tout, loin du Monde magique, loin de lui.
Une odeur nauséabonde la tire de ses pensées moroses avant qu'un fracas épouvantable ne la fasse sursauter. Elle lève la tête et dans le reflet du miroir elle croit voir un monstre à travers les larmes qui l'aveuglent.
Elle se retourne. Un géant la regarde et il est bien réel. Immense. Plus grand que Hagrid. Sa peau a la couleur de la pierre, grise et terne. Ses bras sont tellement longs qu'ils touchent pratiquement le sol. Il tient une énorme massue dans sa main droite.
"Qu'est-ce que... que vous... vous voulez ?" demande Hermione avec désespoir, une note légèrement hystérique dans sa voix, le dos collé contre le mur.
Elle est tétanisée par la peur et ne peut faire aucun mouvement. Son esprit semble se déconnecter de la réalité. Elle sent sa gorge se resserrer. Elle ne peut plus déglutir. Son cœur bat si violemment dans sa poitrine qu'elle en est prise de vertige.
Le Troll ne répond pas - la comprend-il seulement ?- Il se contente de grogner, de pencher sa tête sur le côté et de la regarder avec ses yeux torves. Il tend son bras et l'attrape par la taille entre ses doigts boudinés, lui coupant presque la respiration.
Les pensées défilent rapidement dans sa tête. Elle va mourir là, dans les toilettes de Poudlard. Elle ne le reverra pas. Elle ne lui manquera pas. Ni à lui, ni à personne.
Quand le monstre amorce le geste de la jeter contre le mur, elle sait que tout est fini et ferme ses yeux en attendant l'impact.
"Hé le gros ! Viens par ici ! hurle Ron Weasley en lançant de toutes ses forces sur le crâne épais un robinet ramassé au hasard sur le sol.
Ce dernier se retourne subitement en laissant tomber Hermione qui échoit lourdement au milieu des gravats et perd connaissance. Pendant que le rouquin essaie de détourner l'attention du Troll en l'invectivant, Harry cherche à l'atteindre. La massue du monstre s'élève dans les airs et retombe lourdement sur son propriétaire qui s'écroule comme une masse sur le sol, provoquant la chute de deux lavabos et soulevant une poussière âcre et épaisse.
Snape jaillit presque immédiatement, guidé par le bruit et les cris des adolescents. Quirrell a surgi peu auparavant dans la Grande Salle en hurlant qu'un Troll se trouvait dans le château. Remarquant l'absence de sa pupille, il s'est lancé à sa recherche, en suppliant Merlin et Salazar qu'il ne lui soit rien arrivé de fâcheux. Les vociférations provenant des toilettes des filles ont guidé ses pas.
Le Serpentard enregistre la scène d'un coup d'œil et découvre Potter et Weasley, échevelés, leur baguette pointée sur le Troll étendu par terre qui commence à reprendre connaissance. Quelques gestes gracieux de sa baguette, et la créature se retrouve quasi instantanément ligotée par des liens magiques. Il tourne la tête.
Elle est là. Inerte sur le carrelage. Le teint et les cheveux crayeux.
Son cœur gèle.
Il se jette à genoux auprès d'elle. Pourvu qu'il ne soit pas trop tard ! Il jette un Sort de Diagnostic sous le regard stupéfait des deux garçons qui n'ont jamais vu le Maître des Potions afficher un tel émoi.
Merci Merlin ! Elle est vivante ! Inconsciente mais vivante !
D'une main tremblante, il écarte les cheveux de son visage recouvert de plâtre. Il découvre des ecchymoses sur le côté droit, avec les larmes qui ont creusé des sillons le long de ses joues. Il y a d'autres blessures sur son bras, et devine qu'il y en a autant sur son dos et ses jambes. Il serre les dents de colère. Il aurait dû être là, pour la protéger, comme il en a fait le serment à Dumbledore.
"Que s'est-il passé ? s'enquiert-il sur un ton sévère en s'adressant aux jeunes sorciers.
Les interpellés se regardent, hésitent, avant que Potter ne se décide à prendre la parole.
- Nous avons vu Miss Granger sortir de la Salle, et quand nous nous sommes aperçus qu'elle ne revenait pas, nous avons décidé de partir à sa recherche, déclare Harry sans avouer qu'ils sont responsables de la fuite de la sorcière. Nous avons entendu ses cris et l'avons découverte ici, entre les mains du Troll. Ron a fait diversion pendant que j'essayais d'abattre le monstre.
Severus sent que l'histoire racontée par Potter n'est pas l'entière vérité.
- Nous règlerons ce problème plus tard, déclare-t-il sèchement. Allez prévenir Madame Pomfresh que j'apporte une blessée à l'infirmerie afin qu'elle prépare un lit.
- Oui Monsieur, nous nous dépêchons de la prévenir," répond Harry en entraînant son comparse vers le couloir. Ils amorcent un pas vers l'extérieur lorsqu'une voix haut perchée, identifiable entre toutes les cloue sur place :
"Que se passe-t-il ici ? Diantre, un Troll s'est effectivement introduit dans le Château ! Qu'est-il arrivé ? apostrophe McGonagall qui découvre la scène de désolation. Quelqu'un peut-il m'expliquer ce..."
Elle s'interrompt en entrevoyant Hermione soutenue par Snape.
"Messieurs Potter et Weasley, veuillez vous rendre dans mon bureau et m'y attendre afin que vous me racontiez votre version des faits, ordonne-t-elle assez rudement au jeune sorcier.
- Mais Madame, s'empresse de répondre le concerné, le professeur Snape nous a demandé de prévenir Madame Pomfresh qu'Hermione Granger est blessée...
- Alors ne perdez pas de temps pour vous rendre à l'infirmerie et ensuite venez m'attendre dans mon bureau, réplique-t-elle. Je vais m'occuper de cette créature.
Durant cet échange McGonagall n'a cessé d'observer son collègue dont elle découvre une nouvelle facette : l'homme est capable d'éprouver de la sollicitude envers un être humain, Gryffondor qui plus est.
- Vous sentez-vous capable de marcher ? demande Severus à sa pupille qui sort lentement de son inconscience.
- Euh oui, je le pense, Monsieur, murmure-t-elle dans un simulacre de sourire. Elle se relève péniblement mais dès qu'elle est en position verticale, un violent vertige la saisit. Elle vacille et avant de toucher le sol, deux bras puissants la rattrapent et la soulèvent comme si elle ne pèse pas plus qu'un fétu de paille.
- Aïe ! hurle-t-elle en tressaillant lorsque Snape la saisit par les épaules.
Ce dernier laisse échapper un juron en relâchant son étreinte. Il stabilise la jeune sorcière dans ses bras et sort de la pièce en enjambant les gravats sous le regard songeur de sa collègue.
- Je vous emmène à l'infirmerie. Vous avez certainement une côte fêlée. Ne résistez pas, j'essaierai d'être aussi doux que possible, explique-t-il en se déplaçant dans le couloir avec son précieux fardeau.
Si ce n'était cette insupportable douleur qui la taraude, Hermione serait heureuse. C'est la première fois que son tuteur la prend dans ses bras. Elle entend profiter de ces instants de grâce au maximum Les fragrances de ses cheveux imprègnent son système olfactif. Elle sourit de contentement.
Quelques minutes lui suffisent pour atteindre l'infirmerie et déposer sa pupille sur le lit indiqué par l'infirmière qui tient une fiole entre ses doigts. Hermione grimace de douleur malgré le soin pris par le sorcier pour l'installer. Snape observe sa collègue ausculter l'adolescente. Elle ne détecte aucun dommage irréparable.
Le soulagement envahit Severus comme une vague puissante.
"Buvez Miss Granger," ordonne gentiment Pomfresh alors que Severus prend congé, rassuré de savoir que sa protégée est entre de bonnes mains.
Il lui faut retrouver son supérieur. Il soupçonne fortement que le Troll dans le Collège est une diversion provoquée par Quirrell pour se rendre au deuxième étage. Il ne doit pas perdre de temps et prévenir Dumbledore.
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Il revient une heure plus tard. La sorcière a repris des couleurs. Elle le suit du regard alors qu'il s'avance vers son lit. Il boîte légèrement. Il prend une chaise et s'assied. Son visage est marqué par la douleur.
Que lui est-il arrivé ? s'inquiète-t-elle.
"Je vous remercie Monsieur pour m'avoir amenée ici. Madame Pomfresh m'a donné une Potion de Guérison pour la côte fracturée.
- Souffrez-vous encore ? se renseigne-t-il de sa voix veloutée.
- Non Monsieur, je n'ai plus mal à présent, déclare-t-elle.
Il prend son menton entre ses longs doigts. Ses yeux ambrés sont incapables de lui mentir. Il plonge ses obsidiennes dans ses prunelles Whisky.
- Ne vous avais-je point défendue de vous acoquiner avec Potter et Weasley ? interroge-t-il sur un ton dur.
- Pardonnez-moi de vous contredire mais... vous vous trompez : ils m'ont sauvée. S'ils n'avaient point été là, je... je pense qu'à l'heure actuelle je serai... morte, confie-t-elle dans un souffle.
Comment peut-elle défendre Potter et Weasley ? pense-t-il en sentant la colère remplacer son inquiétude.
- Ne dites pas de bêtises ! je serai arrivé à temps, affirme-t-il mais il sait qu'il ment et qu'il s'en est fallu de peu qu'elle perde la vie. Il s'en veut tellement en la voyant couverte de meurtrissures.
- Je sais que j'aurais dû d'utiliser la magie mais... je n'ai rien pu faire, avoue-t-elle la lèvre tremblotante. J'avais si peur !
- Vous n'avez pas en avoir honte. Il est tout naturel pour une enfant de votre âge de perdre vos moyens. C'est la première fois de votre vie où vous vous trouvez confrontée à un danger immédiat. Avec le temps vous apprendrez à maîtriser votre peur et à réagir en sorcière confirmée, affirme-t-il. Je dois vous laisser. Demain matin vous pourrez sortir de l'infirmerie et réintégrer votre dortoir.
- Oui Monsieur, acquiesce-t-elle en étouffant un bâillement avec sa main.
- Reposez-vous. Je vous verrai demain matin," dit-il en se redressant.
Il n'a pas encore quitté la pièce qu'Hermione est déjà plongée dans un profond sommeil.
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A compter de ce moment, Hermione devient amie avec Ron et Harry. Il se crée des liens particuliers lorsqu'on fait ensemble certaines choses. Abattre un Troll de quatre mètres de haut, par exemple. *
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* Passage extrait du Tome 1, Harry à l'Ecole des Sorciers
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Est-ce parti pour un solo de balalaïka ?
