Voilà la fin que vous attendiez tous avec la plus grande impatience ! Bon, j'ai un peu trainé... Mais c'est la rentrée voyons ! Que de chamboulements dans ma vie... Enfin, un peu quoi. Bon, je vous laisse lire.


A présent, sa relation avec Cartman était redevenue complètement anodine. Il restait froid avec lui, sachant très bien qu'il ne pouvait rien attendre de sa part. Mais ils se parlaient quand même. Ils étaient grands, ils savaient faire la part des choses. C'était fini, et ils avaient tourné la page. Définitivement. D'ailleurs, il avait largué Bébé qui ne lui servait plus à rien. C'était cruel, mais il s'était rendu compte qu'il n'était resté avec elle que pour faire réagir Cartman. Et elle lui rappelait trop son échec. Le fait de voir Cartman aussi l'ennuyait un peu et il trouvait souvent le moyen de l'éviter. Et il avait l'impression que c'était la même chose pour son ami qui les fréquentait de moins en moins, Stan et lui. Quant à Kenny, cela faisait quelques temps qu'il s'éloignait d'eux. Il commençait même à sécher les cours régulièrement. Il s'inquiétait beaucoup pour lui mais quand il en parlait à des adultes, que ce soit ses parents, ceux de Kenny ou même le psychologue scolaire, personne ne le prenait au sérieux. « Kenny est un enfant difficile, ce n'est pas nouveau. » lui répondait-on. Quels cons. Ils ne comprenaient rien.

Eric savait que tout était de sa faute. Ce qu'il ne comprenait pas, c'était pourquoi Kyle s'obstinait à lui demander de dire ces fameux mots. Ce n'étaient que des mots, pas de quoi en faire une histoire. S'il n'avait pas envie de les dire, il ne les dirait pas. Et si le Juif était trop bête pour comprendre ça, et bien tant pis pour sa gueule. Il trouverait bien quelqu'un d'autre. Comme on dit, il y a des tas de poissons dans la mer. Ou un de perdu, dix de retrouvé.

Si ça pouvait être aussi simple… La vérité c'était qu'il était comme obsédé par Kyle. Il avait envie de le voir, d'être avec lui, de le toucher. Mais il ne pouvait pas. Il pouvait tout juste discuter avec lui et leurs conversations étaient pathétiques. En plus, il voyait bien que Kyle cherchait à s'éloigner de lui. Et ça le rendait dingue. Moins il le voyait plus il pensait à lui. Et c'était douloureux. Rajouté à son orientation pour l'année prochaine qui s'avérait fort compromise par ses notes, à sa mère qui le mettait constamment mal à l'aise en ramenant des hommes à la maison, ça faisait trop pour lui. Il avait besoin de relâcher la pression.

Alors il commença à traîner avec Kenny. Celui-ci avait rechigné au début à l'entraîner dans ses combines mais il avait finit par céder. Eric le suivait dans ses soirées de drogués et se défonçait à la cocaïne. Comme sa mère lui donnait tout l'argent qu'il lui demandait, il n'eut pas de problème de ce côté-là. Il découvrit d'ailleurs que Kenny couchait pour de l'argent. Le jeune homme ne savait pas qu'il était au courant, il était toujours resté très évasif sur le sujet. Mais Eric ne le jugeait pas, c'était sa vie après tout, il en faisait ce qu'il voulait. Ça ne devait pas être facile d'être pauvre…

De fil en aiguille, il passa plusieurs semaines ainsi, la plupart du temps shooté. Le temps passait plus vite, c'était moins fatigant. Il n'était cependant pas con, il ne touchait pas à tout ce qui se faisait en intraveineuse et il faisait attention à ce que sa mère ne soupçonne rien. Il avait toujours eu du talent pour tout contrôler. Pendant ce temps, Kenny partait complètement en vrille, à la Requiem for a Dream. Eric avait tout de suite pensé au film en voyant la plaie noirâtre sur le bras de son ami. Mais il ne s'était pas inquiété plus que ça, trop occupé à noyer sa propre détresse.

Comme c'était à prévoir, un drame arriva. Début mai, ils apprirent que Kenny s'était fait rouer de coups par un dangereux dealer à qui il devait de l'argent et qu'il était mort quelques heures après dans la rue où il avait perdu tout son sang. Eric s'en voulut un peu car il aurait du être avec Kenny ce soir là, mais il avait décliné pour regarder un film qui passait à la télé. Ça eut le mérite de le dégouter de la drogue. Eric Cartman était un de ces types qui ne deviennent jamais accros, il arrêta du jour au lendemain.

La nouvelle de la mort de Kenny fit la une des infos locales de South Park. Kyle était furieux contre lui-même de l'avoir appris de cette manière. S'il avait fait un peu plus attention, il était sûr qu'il aurait put l'aider. Cela fit l'objet d'une vive discussion entre Stan, Cartman et lui :

- Arrête Kyle, on a fait ce qu'on pouvait…

- C'était pas assez ! protesta-t-il avant de se tourner vers Cartman :

- Et toi, t'étais où ces derniers temps ? T'en as jamais rien eu à foutre de Kenny !

- Figure-toi que je traînais avec lui beaucoup plus que toi, rétorqua Eric d'un ton mauvais.

- Quoi ? Comment ça ?

- Comme je viens de le dire, j'étais souvent avec lui.

- Et tu le laissais faire ? s'indigna Kyle.

- Je ne suis pas sa mère. Il avait besoin d'argent, il se démerdait comme il pouvait…

- Et ça ne t'a jamais traversé l'esprit que tu pouvais l'aider, le défendre, le protéger ?

- Honnêtement, je n'étais pas trop en état de faire fonctionner mon esprit quand j'étais avec lui…

- Tu… Tu te droguais aussi ! s'écria Kyle. Mais t'es débile ou quoi ? Tu ne sais pas que c'est mal de se droguer ? Quel con ! Mais quel con !

- Quand c'était Kenny tu fermais ta gueule…

- Lui c'était… Différent ! Et j'ai eu tort ! Il en est mort, t'es content ? Si tu avais prêté un tout petit peu attention à ce qu'il faisait tu étais assez proche de lui pour l'en empêcher ! Tu… Indirectement tu l'as…

- Il a tué Kenny, conclu Stan.

- Espèce d'enfoiré !

- Vous avez fini ?

- Oui.

- Bien, je vous emmerde et je rentre à ma maison.

La fin de l'année arriva rapidement. Eric avait finalement choisi d'intégrer une école de police très stricte à l'autre bout des Etats-Unis. Il rêvait de faire respecter son autorité. Et il avait été refusé par toutes les autres écoles où il avait déposé sa candidature. Kyle avait été accepté à Yale grâce à son dossier exceptionnel et aux contacts de son père qui connaissait bien le doyen. Stan et Kenny avaient choisi la fac de Denver. Ils allaient donc être séparés pour de bon.

Pour fêter ça, en dehors du banal bal de promo, Eric avait décidé d'organiser sa dernière fête. La dernière de l'été. La veille du départ de Kyle pour le Connecticut, une semaine avant son propre départ. C'était une fête comme au bon vieux temps, juste entre eux quatre. Ça promettait d'être assez mélodramatique… Tout s'était mis en place assez vite, il avait tellement l'habitude d'organiser des fêtes qu'il faisait ça du jour au lendemain. Surtout pour 4 personnes, c'était vite réglé.

Cela faisait un petit bout de temps qu'il n'avait pas revu Kyle. A une ou deux fêtes au début de l'été mais depuis, plus rien. Il avait surtout vu Stan et Kenny, le Juif trouvant toujours un prétexte pour rester chez lui quand il savait qu'Eric sortait. Ce dernier trouvait cette attitude très puérile et assez étonnante venant de Kyle. Mais il s'était aperçu que, depuis qu'il était revenu du fond de son Montana, il avait eu plus de mal à analyser Kyle comme il avait l'habitude de le faire. Peut-être l'éloignement… Toujours est-il qu'il avait tout fait pour que Kyle accepte de venir à cette ultime réunion du groupe. Il lui avait téléphoné et servi un magnifique discours digne d'un Cicéron pour le convaincre, en appuyant bien sur le symbolisme de cette soirée. Kyle avait cédé, normal. Si Cartman avait eu de meilleures notes, il aurait fait un brillant et dangereux homme politique.

Eric jouait distraitement à WOW, tout en se disant qu'à l'internat il n'aurait pu l'occasion d'approcher un ordinateur. Il ne savait pas s'il supporterait toute cette discipline… On toqua à la porte. C'était Kenny. Il s'alluma une cigarette et le regarda jouer avec ennui en lâchant quelques fois « Ils arrivent quand ? » ou « Tu ne peux pas éteindre ça deux minutes ? ». Mais à chaque fois il se prenait une réponse sèche de Cartman en pleine figure. Il se leva d'un bond lorsqu'on toqua enfin. « Je vais ouvrir » indiqua-t-il à Cartman. Il fit entrer Kyle et Stan qui avaient fait le chemin ensemble. Il ne put s'empêcher de remarquer que Kyle était particulièrement apprêté, cela ferait sans doute plaisir à Cartman. Il ricanait intérieurement en imaginant ce qui pourrait se passer entre ces deux là pendant cette dernière nuit. Il se dit qu'il pourrait faire en sorte de forcer un peu le destin…

Il les laissa donc rejoindre Cartman dans le salon. Ce dernier leva à peine les yeux en marmonnant « 'lut », trop absorbé par sa quête ou on ne savait quoi, d'ailleurs. Kenny ferma d'un coup sec l'écran de son ordinateur portable et poussa Kyle dans le canapé, juste à côté de lui. Cartman râla mais il se tut en voyant le petit Juif. A chaque fois c'était la même chose. Il était si… Eric ne trouvait pas vraiment de mot, mais ça lui plaisait beaucoup.

- T'as maigri, constata Kyle.

- Ouais, je sais.

- Tu vas t'arrêter quand ?

- Je ne sais pas. On verra.

- T'es trop maigre.

- Ta gueule, j'ai pas envie que tu me fasses chier avec ça Kyle.

Kenny soupira. Ça ne serait pas une mince affaire de les réconcilier tous les deux. Pourtant, il le fallait. Si le lendemain Kyle partait sans être au clair avec Cartman, ils passeraient à côté de quelque chose, c'était évident. Kenny devrait trouver le moyen de s'improviser Cupidon. Et l'aide de Stan ne serait pas de trop, le moment venu.

- J'ai faim, se plaignit Kenny.

- Je vais chercher à manger et à boire, lui dit Cartman en se levant. Installez-vous.

Lorsqu'il revint, il y eut un moment de silence. Ils se regardèrent tous, prenant peu à peu conscience qu'ils ne seraient pas réunis de si tôt.

- Bon, vous avez une idée de ce qu'il faut faire ? demanda Stan d'une voix hésitante.

- Comment ça ?

- Bah, c'est comme un rite de passage, expliqua le brun en se passant une main dans les cheveux. L'époque où on faisait les 400 coups se termine avec cette soirée. Après, on sera… des adultes.

- Pas Cartman, remarqua Kyle d'un ton acide.

Stan rit quelques secondes pour lui faire plaisir avant de poursuivre :

- On devrait faire quelque chose, vous ne croyez pas ?

- Mais quoi ? demanda Kenny.

- Un sale coup ? proposa Cartman.

- Non ! rétorqua Kyle.

- Ta gueule Juif !

- Mais putain !

- On pourrait juste être comme on est tous les jours, les interrompit Kenny en souriant.

- T'as raison, approuva Stan. Levons nos verres.

Solennellement, ils levèrent tous leur canette de bière :

- A ces dix putains d'années. Parce qu'on restera toujours les sales gosses de South Park.

Ils trinquèrent en silence, se remémorant leurs meilleurs souvenirs (et les pires aussi). En regardant ses trois meilleurs amis, Stan se sentait au bord des larmes. Il n'arrivait pas à imaginer un avenir sans eux. Heureusement que Kenny restait avec lui. Mais ça ne serait pas pareil. Surtout sans Kyle. On aura beau dire n'importe quoi sur l'amour, l'amitié restera toujours un sentiment beaucoup plus fort. Toutes ces choses qu'ils ont vécues ensemble les lieront à jamais, gravées dans leurs mémoires.

Sentant que l'ambiance devenait un peu déprimante, Kenny se leva :

- On ne va quand même pas pleurer. On est là pour s'amuser non ? Allez, j'ai amené de l'herbe, on va se faire un calumet de l'amitié.

- On n'a pas de pipe, fit remarquer Stan.

- J'ai amené le nécessaire, sourit Kenny en sortant une longue pipe colorée.

- Tu te fous de notre gueule ? lança Cartman en riant. C'est quoi cet engin ?

- Pourquoi tu veux savoir si ça rentre dans ton cul ? répliqua Kenny. A mon avis oui. Mais je te la laisserai en souvenir pour que tu puisses tester.

Ils éclatèrent de rire. Les blagues salaces de Kenny allaient leur manquer. Il prépara le petit mélange qu'il allait bourrer dans la pipe, puis il l'alluma. Il en tira une longue bouffée et la fit passer à Kyle. Il avait hate de voir sa tête. Il l'avait tellement chargée de diverses substances toutes plus hallucinogènes les unes que les autres que ça lui avait donné le tournis, à lui, Kenny McCormick, junkie invétéré. Kyle allait voir des éléphants roses, au moins. Mais au moment où, circonspect, Kyle allait prendre une bouffée, Cartman lui prit des mains en disant :

- Non, non, non. Je te connais trop Kenny. Stan, tu testes avant.

- Tu l'utilises comme cobaye ? s'étonna Kenny, déçu.

- Ouais, vu comme c'est parti, si Kyle fume ça, il va mourir.

- Et moi ? s'indigna Stan alors qu'il allait goûter.

- Je m'en fous de toi, rétorqua Eric en tirant la langue.

- Mais allez-y, vous ne craignez rien, je viens d'en prendre une bouffée ! les encouragea Kenny

- Mais toi t'es à part Kenny. Le fait que tu n'aies jamais fait d'overdose avec tout ce que tu prends est un exploit en soi. Kyle ne tiens pas l'alcool, t'imagines les champis ? Si c'est pour qu'il bad toute la soirée c'était pas la peine de venir.

- Je n'ai presque pas mis de champis, ronchonna Kenny en reprenant sa pipe. Je vais la finir tout seul, tant pis. Rabat joie.

- Tu ne vas pas fumer ça tout seul ! protesta Stan en lui retirant des mains. Si Cartman a raison, et ça m'ennuie de le dire mais c'est souvent le cas, c'est hyper dangereux !

- Mais non, Cartman c'est une tapette.

- Mais ta gueule sale drogué !

- Bon ça suffit ! lança Kyle en se levant. Si vous passez votre soirée à vous disputer pour des conneries pareilles, Cartman à raison, ça ne valait pas la peine de venir ! Kenny, tu ranges ça et tu arrêtes de faire l'enfant. Tu sais autant que Cartman à quel point c'est mauvais ce genre de came. Maintenant on va passer un bon moment parce que c'est la dernière putain de fois où je vous vois tous !

- Ouais, voilà, renchérit Cartman, j'ai TOUJOURS raison ! Bon, on peut faire la fête maintenant ?

La nuit avançait pendant qu'ils s'amusaient comme des gosses. Aux alentours de deux heures, Kenny entraîna Kyle dehors. Il fallait qu'il accélère un peu les choses. Ils s'assirent dans l'herbe, sous les étoiles. Kenny alluma machinalement une cigarette, et commença :

- Je ne réalise pas que demain tu seras parti. C'est idiot mais, je n'ai jamais pensé une seule fois que tout ça se terminerait un jour. Je me retrouve comme un con.

Kyle sourit tristement :

- Moi aussi ça me fout un coup. En plus, j'ai peur de ce qui va se passer à Yale. C'est tellement différent d'ici… Je me pose des tas de questions, j'en dors mal la nuit.

- Ah bon ?

- Ouais. Mais je n'en ai parlé à personne, même pas à Stan. Je ne veux pas les inquiéter alors ne dis rien s'il te plaît.

- Compris. Mais tu vas voir, tout va bien se passer. Et on sera avec toi au téléphone et sur internet. Tu nous raconteras tes malheurs pendant des heures.

- Ouais, j'espère que j'aurai le temps…

- Et pour… Cartman ? se risqua Kenny.

- Bah rien.

- Comment ça ?

- C'était n'importe quoi ce qui s'est passé entre nous. Une grosse blague.

- Moi je n'en ai pas l'impression Kyle, déclara le jeune homme d'un ton très sérieux. Il est différent avec toi, je suis sûr qu'il tient beaucoup plus à toi que tu ne le penses.

- Tant qu'il sera incapable de me le dire ça ne servira à rien, répliqua-t-il.

- C'est dommage que vous soyez si bornés… Tu es conscient que ce soir est votre dernière chance ? Après tu seras parti et quand lui sera dans son école de flic, il sera coupé du monde. Et, apparemment, il ne reviendra pas pour les vacances… Ce que je veux dire c'est qu'il y a de grandes chances que vous ne vous croisiez plus si vous ne faites pas d'effort.

- J'ai bien réussi à vivre plusieurs années sans lui, il ne m'est pas indispensable.

- C'est différent maintenant, et tu le sais bien.

Ils laissèrent passer un long silence, animé par les petits ronds de fumée que faisait distraitement Kenny. Kyle, pour une raison qu'il ignorait, avait envie de pleurer. Il essayait de penser à autre chose, de ne pas faire face à ses regrets mais il se sentait mal. Kenny aussi avait l'air stressé : depuis qu'ils étaient dehors, il allumait sa troisième cigarette. Kyle se demandait vaguement comment ces machins fonctionnaient pour calmer les gens. Le blond remarqua qu'il était observé et il demanda :

- T'en veux une ?

Kyle fit la moue, puis il hésita.

- Oh et après tout… Pourquoi pas ?

Kenny lui donna la sienne qu'il avait à peine entamée et se leva.

- Tu fais quoi ? s'enquit Kyle en levant les yeux vers lui.

- Je rentre, j'ai froid.

- Tu me laisses tout seul ?

- Bah… Je t'envoie Stan ou Cartman si tu veux. J'ai l'impression que si on reste tous les deux plus longtemps je vais me mettre à pleurer, ajouta-t-il en riant.

Il lui passa affectueusement une main dans les cheveux puis il retourna vers la maison. Mission accomplie. Kyle avait une mine torturée très craquante, il venait de le décoiffer bien comme il faut et avec sa cigarette au coin de la bouche il était irrésistible. Cartman ne pourrait pas rester indifférent. Lorsqu'il trouva ce dernier, il le ficha dehors en lui disant que Kyle l'appelait. Il ne restait plus qu'à laisser les choses se faire.

- Ah, t'es là, fit la voix de Cartman dans son dos.

Kyle frissonna. Il se retourna et le regarda s'asseoir à côté de lui. Évidemment, Kenny n'aurait pas pu lui envoyer Stan, ç'aurait été trop facile… Au lieu de cela, à côté de lui Cartman le regardait fixement.

- Quoi ? grogna-t-il.

- Tu fumes quoi ? Arrêtes d'accepter tout ce que te refile ce junkie.

- Détends-toi, c'est une Dunhill. Je te trouve bien attentionné ce soir…

- Il faut bien que quelqu'un soit là pour pallier à ta naïveté navrante, soupira Eric. Comment tu vas faire sans moi ?

- Je me débrouillerai, ne t'en fais donc pas, ironisa le jeune homme.

- Ça me rappelle quand j'ai déménagé. On n'a pas changé finalement.

- Presque pas, c'est vrai.

- Presque pas, répéta Eric pensivement. A part que je me suis débrouillé pour que tu me détestes encore plus qu'avant…

- Non, c'est faux. Je ne t'ai jamais détesté moi. Et je ne te déteste toujours pas.

- Vraiment… Ça ne me rassure pas bizarrement. Je ne te fais ni chaud ni froid ?

- Comment tu peux dire une chose pareille ? souffla Kyle à mi-voix.

Eric s'était rarement senti aussi stupide. Il sentait que la solution était juste là, sous son nez. Mais il n'arrivait pas à la toucher.

- Qu'est-ce qu'on va devenir ? lâcha-t-il.

- Je ne sais pas…

- Pourquoi est-ce qu'on n'a pas réussi à s'entendre ?

- Je ne sais pas…

- C'était si difficile ?

- Je ne sais pas…

- Maintenant qu'on est assis, tous les deux, ensemble, je me demande ce qui s'est passé pour qu'on en arrive là. On est si incompatibles que ça ? Qu'est-ce qui cloche ? Pourquoi c'est si compliqué ?

- Tu sais Cartman, des fois les solutions ne sont pas si simples. Des fois, il n'y en a pas et il ne reste plus qu'à…

- Ne dis rien, l'interrompit tout à coup Eric.

- Il faut qu'on arrête de se voiler la face…

- Ça gâcherait tout.

- Il n'y a jamais rien eu à gâcher entre nous, remarqua amèrement Kyle.

- T'en es sûr ?

Ils se regardèrent, comme deux combattants qui comparent leurs blessures et se disent que finalement ils ne sont pas si différents. Eric attira Kyle contre lui, doucement :

- Et si c'était plus simple que ce qu'on croit ?

- J'ai peur que non…

- Alors pour toi c'est vraiment irréversible ? Tu ne…

- Ne dis rien, l'interrompit-il à son tour. Juste pour ce soir, on a qu'à faire comme si tout était facile. Juste pour prolonger encore un peu toute cette histoire. Et après on pourra abandonner ce mirage une bonne fois pour toute.

- Tu pleures ?

- Oui. J'aime pas quand les choses se terminent.

- Moi non plus, approuva Eric, la gorge serrée.

Il l'embrassa tendrement, comme il ne l'avait jamais fait avec personne. Pour faire semblant de croire que quelque chose était possible entre eux, une dernière fois. Pourtant, il n'avait jamais eu l'impression d'être aussi sincère.

Kyle se sentait doucement émerger. Il faisait agréablement chaud. Il était dans le lit de Cartman, serré contre lui. Il n'avait pas envie de bouger. Il voulait rester là pour toujours, loin de tous ses problèmes et prises de tête, persuadé que, lorsqu'il se lèverait, tout serait définitivement terminé. Une immense lassitude le gagnait et il essaya de se rendormir, en vain. S'il restait trop longtemps allongé, il commencerait à réfléchir et il en avait marre. Mais il ne pouvait pas se résoudre à briser le charme.

Au bout d'un certain temps, Kyle n'aurait su dire combien, il sentit Cartman bouger : il se réveillait. Alors le jeune homme s'en rendit compte : c'était le matin, et dans quelques heures il serait parti. Il se sentit immensément triste, tellement qu'il ne trouvait pas la force de bouger. Il observa Cartman se réveiller, puis se lever en silence.

La veille, ils étaient rentrés s'amuser avec les autres, puis ils étaient tous les quatre montés se coucher aux alentours de cinq heures. Kyle avait eu droit au lit de Cartman, Kenny et Stan à des sacs de couchage par terre. Les deux premiers s'étaient simplement endormis l'un contre l'autre en s'efforçant de ne pas penser au lendemain. Or il avait bien fini par arriver. Abattu, Kyle se leva à son tour, remit son T-shirt et se rassit sur le lit en attendant que tout le monde se réveille. Cartman revint avec de quoi manger et il réveilla tout le monde sans plus de cérémonie. Stan et Kenny ronchonnèrent mais ne tardèrent pas à sauter sur le nutella. Pendant ce temps, Kyle rassembla ses affaires puis il dit :

- J'y vais.

- Déjà ? s'étonna Stan.

- Ouais, j'ai un tas de choses à régler avant de partir. Je n'ai même pas fini de faire mes bagages…

- Tu ne restes pas prendre le petit dej' au moins ? s'enquit Kenny la bouche pleine.

- Non, je mangerai vite fait chez moi.

- Tu as besoin d'aide ? proposa Stan.

- Non, ça ira. Ça sera moins dur si je suis tout seul.

- Bon. Bah tu nous envoies un message avant de partir pour Yale qu'on vienne te dire au revoir.

- Ça marche, à tout à l'heure.

Le jeune Juif quitta la pièce.

- Tu ne dis rien ? remarqua Kenny à l'adresse de Cartman.

- Que veux-tu que je dise ?

Kenny fronça les sourcils mais ne répondit pas. Apparemment, rien n'avait changé, il s'était loupé.

Stan fut le deuxième à partir alors Kenny profita d'être seul avec Cartman pour lui parler :

- Tu vas au moins venir tout à l'heure ?

- Ouais, faudra bien…

- Alors tu vas le laisser partir comme ça ?

- Ouais. C'est mieux pour tout le monde.

- T'es con. Mais grandis un peu ! T'as besoin de lui, ça crève les yeux !

- Tu te trompes. Casse-toi de chez moi maintenant.

- Très bien. Fais comme tu veux.

Kenny s'en alla en claquant la porte. Si seulement un des deux mettait sa putain de fierté de côté…

Kyle zippa son dernier sac et examina sa chambre vide une dernière fois. Il était terrifié à l'idée de se retrouver seul au milieu de tous ces fils de riches… Il inspira profondément. Il était 15H, il devait se dépêcher s'il voulait attraper son avion à Denver. Il envoya un rapide message groupé à Stan, Cartman et Kenny puis il aida son père à charger ses bagages dans la voiture en attendant. Ce dernier n'arrêtait pas de lui répéter qu'il était fier de lui et tout le baratin habituel mais Kyle n'écoutait pas. Il regardait d'un œil nouveau cette ville où il avait grandi et qu'il s'apprêtait à quitter.

Ses trois amis arrivèrent en même temps. Stan le serra fort dans ses bras :

- Tu m'appelles quand tu seras installé.

- Ouais t'inquiète.

- Tu vas me manquer.

- Pareil. On essaiera de se voir pendant les vacances de toute façon.

- Bien sûr.

Stan laissa la place à Kenny.

- Ça va aller ? demanda-t-il.

- Oui je pense.

- Tu pourras toujours compter sur nous, tu sais.

- Merci, répondit Kyle avec gratitude.

- Bon, ne rendons pas ça encore plus dramatique que ça ne l'est déjà. A plus mec !

Son ami le serra brièvement contre lui et s'éloigna un peu en souriant. Ce fut au tour de Cartman.

Ce dernier s'avança vers lui en le regardant intensément. Une fois devant lui, il ne sut pas quoi dire.

- Bon, c'est la fin, commença Kyle.

- Ouais. Ne fais pas de conneries là-bas.

- T'es pas ma mère, soupira le jeune Juif.

- Mais quand même…

- Tu n'as rien d'autre à me dire ? l'interrompit-il sèchement.

- Kyle… On aurait eu trop de problèmes si on avait continué, n'est-ce pas ?

- Sûrement.

- C'est vrai quoi… Toi, t'es Juif, c'est mal vu dans ta communauté d'être pédé…

- Oui, acquiesça le jeune homme, un peu exaspéré par ce don qu'avait Cartman de toujours trouver des défauts aux Juifs.

- Et puis on a essayé…

- Pas vraiment. Mais où tu veux en venir ?

Cartman se mordit la lèvre, mal à l'aise :

- Nulle part…

Ils baissèrent les yeux. Kyle avait envie de hurler. A la place, il demanda :

- T'es sûr qu'on fait le bon choix ?

- Comment tu veux que je sois sûr ?

- Tu sais toujours tout sur tout !

- Pas cette fois, admit Eric en souriant tristement. Disons que je suis sûr à 99%

Eric savait qu'il n'avait qu'une chose à dire pour tout faire basculer que s'il lui disait, ils s'embrasseraient et Kyle devrait partir. Et après ? Après ils ne se reverraient pas avant presque un an puisqu'il ne rentrerait que de l'école de police l'été prochain. Et là ils passeraient l'été ensemble, comme un vrai couple dans les films. Kyle et lui. Tout cela n'avait aucun sens. Il suffisait de réfléchir un peu pour comprendre qu'ils iraient droit dans le mur avec la misanthropie maladive d'Eric et la fierté mal placée de Kyle. Ils étaient simplement incompatibles, malgré ce qu'ils pouvaient ressentir l'un pour l'autre. Parce que Cartman savait très bien pourquoi son cœur lui faisait si mal à ce moment précis.

- Tu ne regrettes pas ? demanda tout à coup Kyle.

- Non, menti Eric. Et toi ?

- Non plus. C'est la meilleure solution.

Kyle essayait de s'en convaincre du moins. Il espérait qu'avec le temps, son cœur cognerait moins fort lorsqu'il penserait à Cartman. Il s'y ferait. Leur histoire était morte dans l'œuf et c'était parfait comme ça.

Cartman voulut poser une main sur sa joue mais Kyle se détourna. C'était inutile à présent.

- Kyle ! cria son père depuis la voiture, il est 15H30 ! Dépêche-toi un peu !

Ils se regardèrent. Cartman ouvrit la bouche. Puis il la referma.

- Au revoir, murmura Kyle la gorge serrée. Porte-toi bien.

Soudainement abasourdi, Cartman le fixa sans répondre. Son cœur battait si fort qu'il allait exploser, c'était certain. Est-ce que quelqu'un voudrait bien lui faire un massage cardiaque s'il faisait une crise ? Kyle lui lança un regard déçu puis il entra dans sa voiture. Son père mit le contact et s'éloigna sur la route. C'était bel et bien terminé.

Toujours debout sur le bord du trottoir, Cartman regardait le bout de la rue où avait disparu la voiture des Broflovski. Il n'entendit même pas Kenny et Stan rentrer chez eux. A présent seul, il ne pouvait pas se résoudre à bouger. Alors il murmura quelque chose d'à peine audible, mais juste un peu trop tard :

- Et merde, je t'aime...


AND THIS IS THE END ! Ouah, trop bilingue. Je vous avais prévenu, je n'aime pas quand ça se finit bien. Mais j'ai fait un effort, personne n'est mort. Enfin, sauf Kenny mais lui ce n'est pas trop grave il a ce pouvoir magique qui fait qu'il ressuscite tout le temps, alors je me suis fait plaisir XD Bon... J'étais lancée là c'est nul que ça soit fini. Je pensais continuer en faisant un bond dans le futur d'une petite douzaine d'année, ça pourrait être sympa. Ou peut-être que je vais bifurquer dans le Sasunaru, ou Narusasu (les deux en fait). Enfin, ce n'est pas trop l'endroit pour parler de ces deux-là.

Sinon, ça vous a plu ? :)