10. Damn I Wish I Was Your Lover (Black Kids)

C'est bien William, mais il n'est pas seul. Je sais que ce n'est pas bien d'écouter aux portes, mais ma curiosité l'emporte sur la bienséance…

« Tu aurais dû la voir ! Elle a du avoir un orgasme sur place, la pauvre… »

J'entends des rires. C'est bizarre, je ne me figurais pas William parler avec un tel langage. Ni se moquer de quelqu'un. De qui, d'ailleurs ?

« C'était beaucoup trop facile. Il m'a suffit d'un sourire pour qu'elle me mange dans la main. Je me demande pourquoi ils lui tournent autour, d'ailleurs. Qu'est-ce qu'elle a de si bien, cette gonzesse ?

- Peut-être qu'elle est facile à mettre au pieu ?

- On verra bien après le bal. »

Quoi ? Mais de quoi ils parlent ? Je ne comprends rien. J'ai mon cœur qui bat super vite, ça me fait mal, et j'ai mes joues en feu. Je stresse comme jamais : j'ai presque peur de savoir, en réalité.

« Et puis Glenn, c'est un nom de mec, non ? Elle se prend pour qui cette arriérée ? Ajoute une voix féminine.

- Tu crois que les rumeurs sur elle sont vraies ? À propos d'Ush, et tout ça. »

Ok, ça suffit. Je ne veux pas en entendre plus. J'ai juste une énorme envie de lui foutre un poing. Ou de pleurer. Oui, de pleurer comme une vraie fille, toutes les larmes de mon corps, de me faire consoler par Deliah et Jake, par Lily et Owen, autour d'un chocolat chaud ou d'une bièraubeurre. Merde ! Si je ne me contrôle pas les larmes vont couler toutes seules, et je n'ai absolument pas envie qu'ils me voient comme ça. Je me force à placer un masque d'indifférence sur mon visage, et je marche enfin dans leur couloir. Les amis de Will lui font signe que j'approche, et il se retourne, l'air aussitôt gentil et agréable, comme avant. Je fais mine d'être surprise.

« Ah, William ! Je te cherchais justement.

- Ah bon ? »

Il a l'air un peu soulagé de voir que je n'ai pas entendu leur conversation. Que tu crois, mon joli.

« Oui, en fait c'est à propos du bal. »

Je parie qu'il vient d'avoir un stress.

« Je t'écoute…

- Je crois que toi et moi, ça ne va pas être possible. Je suis vraiment désolée, mais tu vois, on ne se connait pas vraiment, et… je pense que ce serait mieux si on restait ami, tu comprends ? Mais ne t'inquiète pas, je suis sûre que tu en trouveras une autre qui sera assez gentille pour t'accompagner, William. »

Je regarde son visage changer d'expression au fur et à mesure de ma tirade. L'humiliation publique, tu connais ? Je suppose que oui, puisque c'est ce que tu voulais me faire subir !

« Sur ce, je te laisse. J'ai cours dans trois minutes ! »

Et je m'éloigne allègrement. Dès que j'ai passé le coin, j'entends des réactions fuser, choquées, moqueuses ou énervées, et je me laisse enfin aller : les larmes coulent comme des fontaines sur mes joues, et ma première réaction est de sécher les cours pour me précipiter vers les toilettes de Mimi Geignarde.

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« J'irai pas !

- Tu m'emmerdes ! Viens au bal !

- Non, j'veux pas !

- Glenn, ça suffit, maintenant !! Regarde, Lily est déjà prête, elle. »

Je sors ma tête de sous la couette et je regarde la rousse dans sa robe. Elle est réellement sublime. Lily porte une robe noire très classique, en soie, assez moulante, bustier et dos-nu. Ses cheveux roux sont lâchés et tombent sur ses épaules dans une cascade de boucles. Elle porte un collier de perles blanches très sobre, mais le tout lui va à ravir : Lily est du genre très classe mais n'en fait jamais trop.

« Wow. Potter ne va plus se sentir pisser.

- Glenn ! Ton langage ! Répond-t-elle en rougissant.»

Mais je replonge aussitôt sous la couette. Deliah soupire et va s'enfermer dans la salle de bain. Parfait, enfin un peu de calme. J'enlève ma couette et je m'étale de tout mon long sur mon lit. Je me contente de regarder le plafond et d'essayer de ne penser à rien. Peut-être que c'est une malédiction familiale après tout ? Comme maman, je n'irai pas au bal. Deliah sort enfin de la salle-de-bain, en sous-vêtements : il n'y a que ses cheveux et son maquillage qui soient prêts. Je la vois enfiler sa robe avec difficulté, c'est que ça n'a pas l'air simple avec tous ces fils qui se croisent. Elle chausse enfin ses talons aiguille et se retourne vers moi et Lily.

« Alors ? »

Elle me regarde avec un air triste sur le visage : je suis persuadée qu'au fond, en se préparant, elle le faisait un peu pour Owen. Parce qu'elle s'est vraiment surpassée. Deliah n'est pas du genre à vraiment aimer se maquiller, se coiffer ou suivre la mode. Mais ce soir, ses cheveux sont relevés en un chignon travaillé duquel sortent de petites fleurs rouges, qui éclatent de couleur dans sa tignasse blonde. Elle porte un maquillage très naturel, digne d'elle-même, mis à part les minuscules particules de lumières qui scintillent sur ses tempes. Sa robe est un long drapé rouge en tissu léger, qui donne l'effet d'un nuage incandescent, et les bretelles se croisent savamment sur ses épaules. Le tout est retenu par un ruban de soie blanc juste sous sa poitrine : la taille empire lui va à merveille. La robe tombe jusqu'au sol, et je ne sais pas quoi lui dire. Je me contente de lui offrir un sourire immense, espérant qu'elle comprenne le message. Lily lui prend la main.

« Glenn a raison. Y a pas de mot pour te décrire. »

Elle sourit, peut-être un peu rassurée, et regarde sa montre.

« On doit y aller… Glenn, tu es vraiment la pire ! »

Elle prend le paquet de mes parents, que je n'ai même pas voulu ouvrir, et me l'envoie dans l'estomac.

« On t'attend en bas ! »

Et elle et Lily fuient en courant autant qu'elles le peuvent avec leurs talons.

« Non, je viendrai pas ! »

Mais il n'y a plus personne pour m'écouter. Je regarde le paquet ficelé dans son papier cadeau lilas et la curiosité commence à s'emparer de moi. Je pourrais juste l'ouvrir, non ? Juste pour regarder. Ça ne veut pas dire que j'irai au bal. C'est uniquement de la curiosité, et c'est l'un de mes plus gros défauts, qui m'a d'ailleurs coûté mon cavalier.

« Un simple coup d'œil… je murmure pour moi-même. »

Mes mains agissent d'elles-mêmes. J'ouvre le grand carton et je tombe sur la robe. Elle est juste… blanche ! Qu'est-ce que c'est que cette histoire, je ne vais pas à un mariage ! Je sors les deux autres boîtes. Les chaussures, pour commencer : là, j'avoue, elles sont vraiment idéales. Mais je risque de ne pas faire deux mètres là-dessus. Le diadème, ensuite. Il est probablement en or… de chez Cartier. Ma mère est folle. Je ne peux pas porter ça, c'est vraiment trop… ça fait princesse, c'est pathétique. Je laisse le tout sur mon lit, et je me lève pour faire les quatre-cent pas, énervée. N'était-ce pas supposé être le plus beau Noël de mon existence ? Par réflexe, je prends ma baguette, et je commence à faire des boucles magiques dans mes cheveux bruns-roux, fixant mon reflet dans le miroir. Je les relève ensuite en chignon, un peu à la mode du 19e siècle, je crois, et je prends le diadème que je place juste au-dessus de ma frange. C'est vrai qu'en fait, ce n'est pas trop mal… Peut-être qu'avec un peu de maquillage ?

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Bien. J'y suis. J'ai 40 minutes de retard, mais je suis en haut des escaliers. La robe est bien plus belle que je ne le pensais : elle est dos-nu, pour commencer. Avec carrément un léger décolleté de mes fesses ! Mais à quoi pensait maman ? Je suis sûre qu'elle pensait à Cléopâtre dans je ne sais plus quel film (probablement 'Cléopâtre'). Elle se porte en bustier, que j'ai fait tenir par la magie, et tombe au sol en s'évasant par des cerceaux dorés. D'autres fils d'or parcourent le tissu blanc, se croisant sur ma poitrine et tombant comme une pluie le long de mes reins et de mes cuisses, dans des longueurs inégales. C'est véritablement une robe de haute couture, j'ai l'impression d'être prête pour le festival de Cannes. J'ai passé du temps à me faire un maquillage digne de ce nom, j'ai même osé les smokey eyes. Et puis le diadème fait moins princesse maintenant que j'ai laissé quelques mèches de cheveux tomber en boucles en dehors de mon chignon serré. Il n'y a déjà plus personne en bas, que les portes qui s'ouvrent sur la salle de bal et la musique. Tu peux le faire. Tu peux le faire ! Soit fière, tiens-toi droite et ne te prends pas les pieds dans le tapis. Go, girl ! Je pose mon pied sur la première marche. Et là…

« Hahaha ! Non mais tu imagines un peu ? Le souaffle était à deux centimètres de mes yeux, mec. Deux centimètres !

- N'importe quoi, la dernière fois c'était 5, James…

- Tu es jaloux, Sirius ? »

Non ! Pourquoi eux ? Pourquoi maintenant ? Je retire mon pied et je me cache derrière l'autre rangée d'escaliers, prête à remonter dans mon dortoir. C'était une idée stupide !

« Bon dépêche toi Sir', Lily m'attend ! Je reste en bas !

- Ouais, ouais… T'avais qu'à rester dans la salle, aussi. »

Sirius monte. Pourquoi, Merlin ? Pourquoi moi ? Il va me voir. Je ferme les yeux de toutes mes forces, persuadée que cela servira à quelque chose.

« Glenn ? »

Je rouvre les yeux, et je vois Black qui me surplombe. Il paraît étonné. Voire très surpris !

« Wow…

- Hein ?

- Tu es… vraiment sublime. »

Le rouge me monte aux joues, et Black, qui semble reprendre ses esprits, m'offre un sourire moqueur.

« Euh… Merci. Mais en fait je n'y vais pas ! »

Je repars en courant vers le dortoir, mais Sirius m'attrape par le poignet.

« Quoi ? C'est quoi encore ces conneries ? Tu ne devais pas y aller avec Ursel ? »

Aouch. Ça fait mal, ça. Je me retourne et je ravale mes larmes.

« Non. Ursel est un gros con. »

Sirius ouvre la bouche en « o » puis prend un air déterminé.

« Eh bien tu vas lui montrer ce qu'il rate ! Viens, tu vas danser avec moi. »

Je n'ai pas le temps de protester qu'il m'entraîne à sa suite. James nous voit arriver et commence par froncer les sourcils avant de prendre un air choqué.

« Glenn ? Tu es…

- Pas le temps, James, va chercher le truc à ma place ! »

Et nous passons en coup de vent devant le binoclard, qui ne doit pas avoir compris grand-chose. Moi non plus, d'ailleurs. Sirius prend ma main, qu'il place sur son poing tandis qu'il prend la pose la plus classe d'un homme prêt à rentrer dans une salle de bal, et qu'il m'enjoint à faire de même. Je me ressaisis tant bien que mal, et nous rentrons. Les regards se sont tournés vers nous, comme dans un film : d'abord parce qu'il y a Sirius, et qu'une entrée de Sirius ne se loupe pas ; ensuite parce que ma robe est plutôt imposante et que ça non plus ça ne se loupe pas, avec toute la bonne volonté du monde… Enfin, parce que…

« Je te l'avais dis, me chuchote Black. Il regrette déjà. Ils regrettent tous. »

J'ai envie de pleurer. J'ai envie de fondre en larmes dans ses bras. Il n'a jamais montré autant de réconfort que maintenant, et je me sens touchée au plus profond de moi-même. Mais je ne pleure pas, je lui souris. Et il m'entraîne sur la piste de danse… au milieu des regards, au milieu des murmures. Au milieu des soupirs et des sourires. Au milieu de mes amis, de mes ennemis, de ceux dont j'ignore tout et de ceux à qui je ne peux rien cacher. Au milieu des rires et des tintements de verre, des fontaines de chocolat et du décor hivernal, des robes splendides et des costards soignés, des mains nerveuses et des baisers enflammés. J'avance là, ou plutôt je flotte dans un nuage de blanc et d'or, et je me laisse guider par mon cavalier improvisé. Rien ne peut m'atteindre, non. Plus ce soir. Ce soir le rêve est mien. Et Sirius aussi.