La légilimente se tourna vers lui et ce fut un double exact du Poufsouffle qui le dévisagea. Celui-ci recula de quelques pas.

-C'est juste du polynectar, se moqua Scott.

La Fourchelang lui adressa un sourire rayonnant… Et ses cheveux virèrent au bleu. Sous les yeux de toute la classe, elle grandit jusqu'à les dominer tous d'une tête et des yeux violets les dévisagèrent. Les étudiants et Slughorn étouffèrent des cris de surprises.

Etaine resta quelques instants sous cette apparence puis ses yeux se plissèrent un instant et elle rétrécit légèrement. La structure de son visage se modifia pendant que ses yeux viraient au bleu et ses cheveux soudainement noir profond se bouclèrent. Une fille d'environ leur âge se tint devant eux quelques secondes avant que sa peau ne se mette à foncer. Quelques secondes plus tard, c'était un grand noir aux cheveux courts qui les fixaient avec un regard d'aigle.

La peau de celui-ci pâlit et ses yeux se rouvrirent ils étaient verts avec des pupilles de chat qui déclenchèrent autant de piaillements de surprise que la longue chevelure argenté qui ruisselait jusqu'aux genoux de l'homme. L'air de dangerosité qui s'en dégageait était similaire à celui d'Etaine, sauf que son apparence était plus atypique. Les élèves et Slughorn eurent un mouvement de recul.

La légilimente plissa de nouveau les yeux tout en jetant un sort informulé pour modifier ses vêtements comme elle le faisait à chaque transformation. Les autres poussèrent des cris de surprise en voyant devant eux Albus Dumbledore en personne, la main intacte, dans les habits qu'il portait la veille.

-Un simple polynectar, vraiment Scott ? demanda Etaine avec la voix de Dumbledore.

Elle muta encore en une fille à la longue chevelure rousse coulant dans son dos telle une rivière de lave en fusion. Ce n'était pas le roux Weasley. Deux yeux noirs comme du charbon au milieu d'un visage pâle parsemé de quelques taches de rousseur le fixèrent. Très belle vu les regards des garçons. Tant mieux, puisque c'était le but voulu.

-Le polynectar n'est que la base de la potion, poursuivit-elle avec une voix légèrement rauque et sensuelle en se stabilisant sous cette apparence. Ceci en est l'évolution, se désigna-t-elle. Autant de déguisements que l'on est capable d'en imaginer.

-Formidable ! s'enthousiasma Slughorn. Je n'avais jamais entendu parler de cette potion avant aujourd'hui. C'est Severus qui l'a créée ? Mais pourquoi ne m'en a-t-il pas parlé…

Etaine masqua un soupçon de colère derrière un charmant sourire.

-En fait, le professeur Rogue ignore tout de cette potion, corrigea-t-elle. Je n'en suis qu'à la phase expérimentale.

Elle manqua de rire à la tête du professeur de potion. Il avait l'air d'un poisson hors de l'eau. Puis l'instant passa et le sourire revint sur son visage avec une intensité qu'elle n'avait jamais vu sur lui avant. Bon, elle ne le connaissait que depuis deux jours.

-Magnifique ! s'exclama-t-il d'un ton tonitruant. Fantastique ! Cinquante points pour Serdaigle ! Que dis-je ? Soixante ! Une potion comme ça, nous en rêvons depuis des décennies, nous autres Maîtres des potions. Si vous n'étiez pas l'élève de Severus je vous prendrais en apprentissage sur-le-champ ! Un talent pareil, je n'ai plus vu ça depuis longtemps !

Et il continua de babiller joyeusement en faisant de grands gestes. La Fourchelang, flattée, lui souriait, légèrement hypocritement il est vrai, mais en même temps elle cherchait le regard de Scott. Quand elle le trouva ses yeux brillèrent d'ironie devant les poings serrés du fan de quidditch. Une fois de plus, elle venait de le couler et ce, magistralement. Elle reporta son attention sur Slughorn qui, en bon Serpentard, essayait maintenant de lui extorquer sa recette.

-Mais qu'est-ce qui a bien pu vous donner cette idée, miss Knightley ? Cela fait des décennies que les Maîtres des potions courent après une potion permettant toutes les métamorphoses. Quel élément avez-vous donc trouvé que nous ayons oublié ? Peut-être s'agissait-il de l'essence de Floricolor ?

Et le professeur fit une pause soigneusement calculée pour lui laisser le temps de répondre. La légilimente rit doucement, ce qui faisait étrange avec la voix qu'elle avait choisie. Pas du tout son rire normal.

-Allons donc professeur, vous voudriez que je vous laisse tout le crédit de ma découverte ? sourit-elle, parfaitement à l'aise. Je suis sûre que vous comprendrez que je veuille garder le secret jusqu'à l'avoir fait breveter… Et je ne doute pas que puissiez deviner un certain nombre d'ingrédients au vue des stocks de votre réserve.

-Ah, ne comptez pas sur moi pour abandonner cette partie, miss Knightley, sourit à son tour Slughorn, bon joueur, en lui faisant un clin d'œil.

Et les deux s'adressèrent le même rictus qui voulait dire ; tu es un bon adversaire, mais c'est moi qui vais gagner. Etrangement, Rogue avait également ce sourire quand il l'entraînait aux duels, en troisième année. Et tout aussi étrangement, c'était presque toujours lui qui les gagnait. La cloche sonna à cet instant-là et les élèves sortirent presque avec calme, ce qui était une première pour un cours de potion. Slughorn était bien moins dur que Severus et cela se voyait à l'attitude des étudiants. Seul Scott, rageur, se précipita vers la sortie sans un regard en arrière.

-J'organise un petit diner, samedi, dans mes appartements, lui confia le professeur de potion en croisant les mains sur son ventre. Il y aura un certain nombre de personnes que vous avez déjà vu dans le Poudlard Express, me feriez-vous le plaisir de vous y joindre ?

-Ce serait un honneur, professeur, répondit Etaine, avec toujours un demi-sourire poli aux lèvres. Maintenant, veuillez m'excuser mais je dois me rendre au cours d'étude des runes, s'excusa-t-elle en voyant qu'il voulait continuer la conversation, probablement pour lui tirer les vers du nez pour sa potion.

-Bien sûr, bien sûr, déclara Slughorn, acceptant son congé.

Les Serdaigle l'attendaient derrière la porte.

-Dis donc, tu l'as sacrément impressionné, remarqua Emma. Quand est-ce que tu as créé cette potion ?

-J'y ai mis la touche finale cet été, mais cela faisait déjà une année que je travaillais dessus.

-En tout cas c'est réussi, observa Zane. On dirait que tu viens de décrocher la lune.

-Juste la potion de métamorphomagisme. Euh, Swan ? demanda Etaine en l'apercevant. Depuis quand tu étudies les runes ?

L'hyperactif la dévisageait, la bouche légèrement entrouverte.

-C'est vraiment très réussi, murmura-t-il finalement. Voulez-vous sortir avec moi ?

Anne éclata de rire.

-Je dois admettre, tu as joliment choisis. C'est issu de ton imagination où elle existe réellement ?

-Je l'ai un peu modifiée, mais c'est la Lilith de Dante Gabriel Rossetti.

-Tu as choisi la femme originelle maudite ? s'étonna la sang-pure. C'est euh… étrange comme choix.

-Disons plutôt que tu es en train de te demander de nouveau si je suis ou non folle, rectifia calmement la légilimente. Mais elle est assez belle pour encourager les louanges de Slughorn. Et inoubliable, ajouta-t-elle en désignant Swan.

Emma était en train de se débattre avec l'hyperactif qui ne semblait pas se décider à partir, préférant la vision de Lilith à la perspective des devoirs à rendre. Ça pouvait se comprendre, supposa Etaine, même si elle ne partageait pas cette opinion. Les yeux d'Anne pétillèrent pendant que la née-moldue venait finalement à bout de Swan devant la porte de la salle d'étude des runes.

Etaine fit sensation en entrant dans la pièce. Il fallut que Jane donne un coup de coude à Christopher pour que le Serpentard ferme la bouche. Sa camarade le foudroya du regard pendant que la légilimente allait s'installer au troisième rang sans prêter attention à l'agitation qu'elle créait. Cela allait être amusant. Et Anne qui s'installa le rang derrière pour pouvoir mieux suivre le spectacle avait l'air de penser la même chose en voyant la Fourchelang agir. Il n'était pas rare qu'Etaine se mette à jouer avec une victime, souvent à la limite du flirt. C'était une technique qui marchait bien, mais elle devait être prudente avec elle ; si elle l'utilisait trop, elle s'émoussait. Les Serdaigle de son année étaient presque totalement immunisés contre, à force de la voir l'utiliser. Le fait que Swan tombe dans le panneau relevait surement de l'apparence inhabituelle qu'elle avait revêtue. Les autres, cela ne leur avait fait ni chaud ni froid. Mais cela fonctionnait très bien sur ceux étrangers à ce cercle. Anne s'amusait presque autant qu'Etaine à observer leurs réactions.

Comme le professeur Senrose qui entra dans sa classe quelques secondes plus tard en bondissant. Le professeur était à peu près aussi hyperactif que Swan, et il donnait ses cours en bougeant dans tous les sens, ce qui amusait beaucoup ses élèves.

-Bonjour à tous, bienvenue pour votre cinquième année ! s'exclama-t-il avant de s'arrêter, soudainement coupé dans son élan. Ma dame ? Je veux dire, ma demoiselle, que faîtes-vous ici ? rectifia-t-il en voyant la légère grimace qui altéra un instant les traits d'Etaine.

-Je viens suivre votre cours, répondit la Fourchelang en lui adressant un sourire charmant.

Senrose eu le plus grand mal à s'en remettre pour entamer son discours sur les Buses. Il ne remarqua même pas que deux de ses élèves manquaient à l'appel : Ethan, de Poufsouffle était absent et Etaine, il fallait savoir que c'était elle derrière le visage de Lilith. La légilimente remarqua qu'il sautillait nettement moins que d'habitude et qu'il tentait de garder son visage impassible. Peine perdue ! Senrose était un comédien dans l'âme mais il était incapable de dissimuler ses émotions : pas moins de cinq grimaces lui échappèrent. Lorsqu'il eut fini son introduction, il leur donna un texte à traduire, précisant qu'il était difficile et donc non noté, pour « les remettre dans le bain ». Etaine y jeta un coup d'œil et se mit aussitôt à écrire. C'était un poème en vers, raison de la difficulté.

Senrose circulait dans la classe, observant le travail de ses étudiants, corrigeant parfois un mot, s'arrêtant pour discuter. La compétition était rude dans le cours d'étude des runes, chacun tenant à briller. A l'origine, la rivalité avait démarrée entre Anne, Etaine, Jane et Ethan. Anne et Jane se ressemblaient par bien des aspects, ce qui ne les empêchait pas de se détester cordialement. La sang-pure aurait… la Fourchelang ne savait pas ce qu'Anne aurait fait, mais il valait mieux ne pas lui dire qu'elle ressemblait à Jane. Etaine tenait à la tête de classe qu'elle disputait avec acharnement. Quand à Ethan, il avait un don pour les langues anciennes et avait vu là l'occasion de redorer le blason de sa maison. Les autres étudiants avaient suivis la tendance, histoire de ne pas paraître à la traine. Bref, tout ce petit monde était parfaitement capable de traduire le texte avec des erreurs mineures en une heure.

-Tu danses au son de la pluie, récita la voix de Senrose à côté d'elle. Perdue dans les senteurs de la nuit, diaphane fille du firmament, égarée des lumières du royaume d'amant…

-Par-delà les brumes d'antan, terminèrent les deux à l'unisson.

Etaine jeta un coup d'œil à sa feuille. Les trois premiers vers y étaient inscrits, même si elle n'avait pas eu le temps de s'atteler à la versification. De fait, elle avait marqué « eau » et non pas pluie et « étoiles » à la place de firmament.

-Vous traduisez bien les runes, apprécia le professeur. Vous connaissiez déjà cette poésie ?

-En effet, reconnut Etaine.

Une fois les quatre premiers vers donnés à l'identique, elle n'avait eu aucune difficulté à se souvenir du cinquième. L'Archiviste avait recopié un certain nombre de poésie dans les bordures de ses pages et, à en voir les ratures, il était clair qu'elles étaient de sa main. Ester Bydhal mettait toute la puissance de ses convictions dans ses mots et ce qui en transparaissait était une grande sagesse ainsi qu'un courage peu commun. Les poèmes de l'Archiviste avaient définitivement achevés d'en faire son modèle. C'avait été le premier contact de la légilimente avec la poésie et elle avait apprécié le style d'Ester Bydhal. Il ne lui avait pas fallu longtemps pour trouver des recueils d'autres auteurs. Rogue avait découvert son penchant pour ce type de littérature quand il l'avait surpris, un de ses recueils à la main. Lors des deux étés qu'elle avait passé chez le Maître des potions, elle avait systématiquement pillé sa bibliothèque personnelle. Elle avait découvert à cette occasion, aussi improbable que cela puisse paraître, que Severus appréciait la poésie. Uniquement quand elle était faite par des sorciers, puisqu'il négligeait les auteurs moldus. Cela restreignait grandement le champ de recherche mais rendait plus facile l'apprentissage puisqu'il n'y avait pas eu tant de sorciers que ça à s'improviser poète. Le plus connu était Sansay qui avait écrit toutes ses mémoires en vers non rimés. Mais le résultat n'était pas exactement brillant alors Rogue et la Fourchelang en tenaient peu compte. Ils avaient passé quelques heures à parler de poésie sans que les auteurs que lui proposaient le professeur de défense contre les forces du Mal ne lassent Etaine de l'Archiviste. Cela ne l'avait toutefois pas empêché d'apprécier certains des textes qu'il lui conseillait. Comme celui que faisait aujourd'hui traduire Senrose.

-Vagabonde du temps, de Malachie, identifia-t-elle donc.

-Seriez-vous une experte, damoiselle ?

-J'apprécie simplement ce poème, professeur. Mais je pourrais vous retourner la question…

-Une poésie ne fait jamais de mal, de temps en temps.

Etaine tourna légèrement la tête dans sa direction. Senrose lui souriait d'un sourire différent de celui qu'il adressait normalement à ses élèves. Celui-ci était un brin moqueur. La légilimente cala derrière son oreille une mèche de cheveux qui lui était fort opportunément tombée devant les yeux. Il n'était pas dans ses habitudes de parler aussi familièrement avec Senrose. Même avec Rogue, ils gardaient en cours les formules classiques du professeur et de l'élève, utilisant vouvoiement et noms de familles. Alors qu'à l'extérieur ils utilisaient les prénoms et Severus la tutoyait. Il arrivait même parfois à Etaine de faire de l'imiter et les deux plaisantaient, ce que tout autre étudiant aurait juré incroyable de la part du Maître des potions.

Mais elle n'avait aucun lien semblable avec Senrose. Sauf que celui-ci ne savait pas que c'était elle et comme elle avait transfiguré ses vêtements, il pouvait tout aussi bien la prendre pour l'un des Aurors de surveillance patrouillant dans les couloirs et qui était venu assister à un cours par ennui. Ce n'était d'ailleurs pas une hypothèse si tirée par les cheveux que cela, en y réfléchissant. Ses vêtements sombres étaient adaptés aux combats en duel et pouvaient convenir à cette fonction. Surtout qu'aucun professeur ne serait mis à draguer l'un de ses élèves comme le faisait Senrose en ce moment. Bah, il pouvait bien se sentir sûr de lui ; il était bel homme avec ses yeux bleus, ses cheveux noirs et ses traits réguliers.

-J'aurais plutôt dit une chanson d'amour, sourit la légilimente avant de réciter, les yeux mi-clos :

«Tu danses au son de la douce musique de la pluie,

Perdue dans les senteurs de la nuit,

Diaphane fille du firmament

Egarée des lumières du royaume d'Amant,

Par-delà les brumes d'antan

Voyageuse des temps

Condamnée à un éternel recommencement

Sans jamais pouvoir te revoir

Ne serait-ce que pour te dire au revoir

Ne serait-ce que pour une dernière fois t'apercevoir…

Vagabonde au bord du chemin,

Qui te prête attention, assise sur les rondins ?

Qui peut faire la différence de tes boucles brunes

Des couleurs automnales auburn ?

Qui s'attarde sur le bas-côté,

Qui voit resplendir la lueur de ton foyer ?

Voilà bien longtemps que nul ne s'y est plus arrêté.

Bien longtemps que ton souvenir a été oublié.

C'est toi que je chante pourtant,

Vagabonde des temps !

Ne serais-tu plus que l'ombre d'un souvenir,

Qu'encore tu ne saurais devenir,

Une ombre des brumes d'antan »

Etaine rouvrit les yeux pour sourire à Senrose.

-Un amoureux transi et une femme absente, n'est-ce pas là la définition d'une chanson d'amour ?

-Je l'admets, reconnut de bon cœur le professeur. Dois-je récompenser une maison pour cette vibrante interprétation ?

-Je suis toujours partisane de Serdaigle, répondit la légilimente.

Avec cette phrase à double-sens, il pouvait comprendre soit qu'elle était toujours de la maison de Rowena, soit qu'elle y avait étudiée.

-Dans ce cas, disons vingt points pour Serdaigle, sourit Senrose.

-Ne me dis pas que tu ne draguais pas, déclara Anne dès qu'ils sortirent de la classe et furent hors de portée des oreilles de Senrose.

-Je draguais, reconnut de bonne grâce la Fourchelang.

-C'est un professeur, Etaine, lui rappela Zane, un peu inquiet.

-Je ne l'ignore pas. Et c'est pour cette raison que je ne vais pas le revoir, répondit-elle en jetant un regard amusé à la sang-pure.

-Pourquoi ? demanda celle-ci.

-Les professeurs n'ont pas droit à ce type d'interaction avec leurs élèves ; ce serait vu comme du favoritisme. L'élève risque l'exclusion temporaire et le professeur, son poste. Dans les deux cas, c'est beaucoup trop risqué. Et je n'ai pas le droit de faire ça à Senrose : il ne sait pas que c'est moi, c'est un bon prof que je regretterais s'il partait et je ne l'aime pas.

-Pourquoi l'avoir encouragé, alors ?

-Pour les vingt points. Avec ceux-ci cela me fait un total de cent points aujourd'hui. Pas mal, non ?

-Si j'étais Swan, je serais probablement en train d'applaudir, répliqua Zane, mais utiliser des techniques comme ça juste pour avoir plus de points…

-C'est très Serpentard et absolument pas fair-play, c'est ce que tu veux dire ? reprit la Fourchelang d'un ton décidé. Et bien cela ne me pose pas de problèmes, à moi. J'ai failli aller à Serpentard et le concept de « à n'importe quel prix » ne me gêne pas.

-Tes cheveux recommencent à foncer, déclara Anne, essayant d'endiguer la dispute.

Ce n'était pas un secret qu'Etaine n'aimait pas être contrariée et qu'il valait mieux éviter de mettre de l'huile sur le feu en sa présence. Elle pouvait sembler bien réagir parfois, mais ce n'était jamais une bonne idée. Sans même un battement de cils, la Fourchelang pris l'aspect d'un adolescent brun aux yeux semblables aux siens qui dévisageait toujours l'asiatique d'un air courroucé. On aurait dit son jumeau et Zane savait très bien que seul Voldemort adolescent convenait à cette description. Celui qui arborait un uniforme aux couleurs de Serpentard le toisa encore un instant avant de reprendre la parole d'une voix douce et froide qui si elle n'avait pas été masculine aurait pu appartenir à Etaine :

-Si l'on veut obtenir quelque chose, il faut forcément prendre des risques. Ou se résigner à ne jamais se détacher de la masse.

Les yeux de Tom Jedusor se parèrent d'un éclat métallique pendant que son attitude se durcissait. La ressemblance avec la Fourchelang était telle qu'il était impossible de ne pas voir l'un derrière l'autre. Zane maîtrisa un mouvement de recul pendant que la légilimente reprenait son physique habituel. Son visage ne se modifia que légèrement et ses cheveux qui poussèrent brusquement masquèrent la plupart de la transformation. L'insigne au serpent de préfet en chef brilla un instant avant de disparaître pendant que la cravate reprenait le bleu et bronze de Serdaigle. Mais en dehors de cela, on ne voyait pas la différence.

Etaine tourna les talons sans un autre regard en arrière. Elle avait fait son effet, bien involontairement. La potion de métamorphomagisme ne fonctionnait donc qu'entre une heure et une heure et demie. Bien.

Ellana816: ce genre de potions, c'est la version utilité puissance 10 du polynectar, donc je pense que les Maîtres des potions ont essayé de la créer depuis longtemps. Et je ne vois pas Etaine du haut de ses quinze ans rivaliser avec des potionnistes ayant achevé leur maîtrise depuis parfois un demi-siècle: il fallait quelque chose auquel elle avait accès et pas les autres. Quand on voit l'utilité que peut avoir le sang dans les rituels (fin de la Coupe de feu) ou des cheveux (l'infiltration dans la salle commune des Serpentard pendant la Chambre des secrets), je ne pense pas que les métamorphomages se mettent à faire des distributions comme ça, surtout les sang-purs. Tonks a hérité le métamorphomagisme des Black et je crois que c'est un talent assez rare, peut-être familial: les autres Maîtres des potions n'ont juste pas eu la possibilité de tester le cheveu de métamorphomage avant. Donc la création d'Etaine est plus due à l'opportunité (Tonks a joyeusement accepté de lui donner une mèche de cheveu l'an précédent, ne voyant pas ce qu'elle pouvait en faire de mal) qu'au talent.