13.
Rentrant chez elle, tard dans la soirée, Shale Elumaire tressaillit violemment à la vue d'Aldéran confortablement installé dans son salon, à l'attendre – pas détendu au point de s'être servi un verre et d'avoir croisé les chevilles sur un repose-pieds, mais dégageant une confiance en lui un peu contradictoire vu sa situation.
- Parce que c'est le dernier endroit où l'on vous cherchera ? fit-elle avec un sang-froid impressionnant en regard de la description du fugitif et de la liste non-exhaustive de sa dangerosité.
- Evidemment ! Venez prendre place, Générale Elumaire.
- Je peux enfoncer le bouton de la télécommande dans la doublure de ma veste pour appeler une Unité d'Intervention ?
- Faites. Je vous attends tous.
Aldéran se redressa légèrement dans son fauteuil, sans mouvement brusque, sans se lever.
- Avant que le reste de l'univers ne me tombe dessus, j'aimerais m'entretenir avec vous. Puis-je ?
- Vous avez assassiné Aym !
- J'ai abattu ce traître ! rectifia Aldéran en faisant pivoter son ordinateur, et écran, vers la Générale du SIGiP, lui montrant l'enregistrement de la rencontre entre Aym Grendele et cinq des Seigneurs du Chaos.
- Il leur a vendu le plan de ma troisième opération de carnage. Un ami à moi a décodé les paroles sur leurs lèvres. Je peux vous confier cette copie, que nos propres services techniques s'y collent à leur tour, pour le même résultat – mais le plus tôt sera le mieux car je compte remplir ma mission !
- Qui envisagez-vous de dégommer à présent ? Le reste de notre état-major, la Hiérarchie des Polices ? Vous n'êtes plus à un massacre près !
Soudain, curieusement, Shale alla remplir deux verres, les posa sur la table basse entre elle et son « intrus ».
- Aldéran, vous avez exécuté Aym Grendele !
- Il a renoncé à tous ses principes, tous, pour ces alliances, et il y croyait, contrairement à moi. Cet homme que je respectais a vendu la galactopole aux pires engeances qui soient… J'ai, finalement, dû me battre contre les Seigneurs et la tête exécutante de celui qui les menait… Ca devient long, c'est exténuant, j'ai une dernière offensive à mener. Laissez-moi remplir ce dont on m'a chargé, ensuite je vous laisserai faire de moi ce que vous voudrez.
Shale Elumaire eut un petit rire.
- N'essayez pas de m'avoir au charme, je suis trop votre aînée pour cela. Et je suis une pro avant tout… Mais si peux admettre qu'Aym a trahi tous ses engagements, je peux croire que vous êtes toujours prêt à remplir les vôtres… Pour Aym, je ne me prononcerai pas. Vous êtes un assassin, Aldéran !
- Générale Elumaire !
- J'ai à visionner vos soi-disant preuves, venues à trop bon escient. Je ne me prononcerai pas avant.
Un œil toujours vers son salon où elle avait dissimulé plusieurs armes, Shale Elumaire tenta de demeurer calme.
- Je ne vous propose pas de dormir ici ?
- Je sais où crécher !
- Confortablement ou non ?
- Très inconfortablement, mais je reste fidèle à mes serments – quoi qu'on en pense ou quoi que j'ai fait toutes ces dernières années…
La Générale du SIGiP eut un soupir.
- Vous êtes condamné à échouer. Comment pourrait-il en être autrement après que les Seigneurs n'ignorent rien de vos intentions ?
Aldéran eut alors un petit rire.
- Comme si ce que je vous avais remis avait été mon véritable plan d'actions ! Mais il était important que ce soit celui-là que Grendele transmette, venant de lui, il ne pouvait y avoir aucun doute quant à l'authenticité de ces informations ! Maintenant, excusez-moi, j'ai une galactopole à mettre à feu et à sang !
- Désolé de vous déranger à nouveau, mais j'ai oublié…
L'infirmier s'arrêta sur le seuil de la chambre, interdit, se demandant sans nul doute s'il devait céder à ses réflexes professionnels ou à son instinct et fuir à toutes jambes.
Du sang au sol, sur les murs et même des traînées au plafond. Les cinq cadavres, chacun portant plusieurs impacts de tirs, semblaient s'être vidés jusqu'à la dernière goutte ! Et à l'expression de leurs visages, si la mort avait dû être très rapide, elle avait aussi été extrêmement douloureuse !
- Le sang sur le lit d'Albior ? préféra- alors questionner l'infirmier sans bouger de sa position, le corps toujours tendu en une attitude de repli.
Albator secoua la tête en un signe négatif.
- Ce n'est pas le sien. Mais il faut lui changer ses draps, gronda le pirate à la chevelure de neige qui avait toujours ses étranges et anachroniques armes à la main.
Il ricana.
- Et inutile d'appeler les secours pour ces cinq-là, ils sont morts et bien morts, je vous l'assure ! Ils n'ont rien vu venir !
- Vous avez fait un massacre, souffla encore l'infirmier, aussi blanc que sa veste.
- Je me suis contenté de défendre mon petit-fils.
Un éclair passa dans la prunelle marron d'Albator.
« Effectivement, inutile de chercher bien loin l'actuelle rage sanglante d'Aldéran ! », songea-t-il, infiniment peiné, avant de ranger ses armes et de se retirer pour qu'on emmène Albior, le temps de nettoyer sa chambre.
Venus superviser l'opération montée par leur Général, Soreyn, Jarvyl et Kycham sursautèrent à la vue de ce dernier dans la Centrale de Jelka et de Pyatte.
Ils s'immobilisèrent, ne sachant comment réagir, s'apercevant ensuite que Shale Elumaire était également présente.
Cette dernière se tourna vers Aldéran.
- Dépêchez-vous de régler ce petit souci, nous avons à parler ensuite et je ne suis pas patiente !
En quelques mots, ayant rendu sa légitimité à Aldéran, la Générale du SIGiP se retira.
Comprenant parfaitement, le trio de Subordonnés s'adressa au grand rouquin balafré.
- Quels sont tes ordres, Général ?
