"Et là, il a jeté un héron sur Drago ! s'exclama Hermione en pouffant.
- Je ne crois pas que ce soit utilise de préciser que c'était un héron, tout le monde s'en fout, la coupa Drago.
- Et que vient faire Goyle dans l'histoire ? demande Pansy en décapsulant une bieraubeurre d'un coup de baguette.
- Goyle venait faire pression sur ce couple pour les empêcher de publier le livre de Narcissa, expliqua Ginny à Pansy."
Ginny et Harry, qui étaient arrivés les premiers, avaient déjà entendu la totalité de l'histoire. Harry n'avait rien dit, songeur et déçu d'avoir échoué, comme prévu, à faire parler le père d'Astoria. Celui-ci était tellement terrorisé qu'il préférait aller en prison que causer du tort à Lucius Malefoy. Évidemment, Harry l'avait relâché. Même Rogue n'avait rien pu faire.
"Ce Goyle, je vais me le faire. Il va tellement souffrir qu'il criera Maman en se noyant dans ses larmes, grinça Pansy.
- Ton sadisme pourrait nous être utile, pour une fois Pans', décréta Drago.
- Il nous faut un vrai plan de bataille là, on tâtonne et on piétine, grogna Harry en se levant, commençant à faire les cents pas."
Personne ne broncha, l'observant faire son rituel. Ginny en profita pour se servir un deuxième verre et tous attendirent qu'Harry Potter trouve une idée.
Idée qui ne venait pas. Harry se rassit, soucieux, et Ginny posa une main apaisante sur son genou.
Drago commença à taper du pied, impatient.
"Si on sortait boire un verre ? proposa Pansy sans transition.
- On a déjà à boire, signala Ginny, pragmatique.
- Et on a strictement rien à fêter, renchérit Hermione.
- Il faut avoir un truc à fêter pour picoler, maintenant ? s'étouffa Pansy en mettant les poings sur les hanches.
- On doit attendre que Blaise et Astoria nous donnent des nouvelles de leur journée, de toute manière, rétorqua Hermione. Qui sait, ils ont peut-être eut plus de chance que nous."
Drago secoua la tête, abattu.
"Bien sûr que non. C'était perdu d'avance, estima-t-il en se resservant à boire à son tour.
- Comme tout ce qu'on tente, ajouta Hermione.
- Ouais... Inutile.
- Une journée de perdue.
- On est fichus...
- Coincés !
- Sans aucune alternative.
- BON CA VA HEIN VOUS DEUX ! POSITIVEZ ! VOUS ÊTES BARBANTS ! SECOUEZ VOUS, BANDE DE LOQUES ! s'emporta Pansy."
Hermione et Drago se turent, sans pour autant changer d'avis.
"Pansy a raison, ça ne va pas vous tomber tout cuit entre les bras, ajouta Ginny, plus modérée.
- On se débat depuis des jours pour rien. On brasse du vent. Quoi qu'on fasse, Lucius a tout prévu.
- Hermione pas toi enfin, tu ne vas pas baisser les bras. Drago, je veux bien, c'est un foutu sang-pur, il n'a pas l'habitude de se battre pour obtenir quoi que ce soit, mais enfin, toi... s'énerva de plus belle Pansy.
- Eh dit donc, vas-y mollo Parkinson ! l'avertit Drago en la pointant du doigt.
- Quoi ? J'ai tort peut-être ?
- Commencez pas tous les deux ! intervint Ginny, lasse."
Pansy leva les deux mains en l'air en signe de reddition et le silence retomba, jusqu'à ce que Drago ne le brise.
"J'ai une volonté de fer, crut-il bon de préciser.
- AH OUI ? pépia Pansy, qui n'attendait que ça.
- Parfaitement, oui.
- Alors qu'est ce que tu fais à te lamenter sur un canapé, hein ?
- Je ne me lamente pas, je suis lucide sur ma situation, rectifia Drago, qui commençait un peu à s'agacer.
- Elle ne risque pas de changer, ta situation, si tu gardes une attitude si défaitiste."
Fort heureusement pour eux, Hermione ne possédait aucune statuette en métal dans son appartement, sans quoi Pansy en aurait probablement reçu une sur le front.
"Je ne veux plus discuter avec toi, Parkinson. Fous moi la paix.
- Tu vois, tu baisses toujours les bras, constata Pansy en prenant les autres à témoin comme si elle venait de faire une démonstration incroyable.
- Je ne m'abaisse pas à ton niveau.
- Mon niveau ?
- Tu es plus bête que moi. Si je m'abaisse à ton niveau, tu me battras avec ton expérience.
- OH ! s'étouffa Pansy, qui avait rougi sous l'affront."
Hermione et Ginny étouffèrent un rire et Drago, à qui ça n'avait pas échappé, se rengorgea.
"Guignol, siffla Pansy.
- Greluche, répondit-il avec un sourire en coin."
Pansy esquissa un sourire et leur dispute s'arrêta là, aussi soudainement qu'elle avait commencé.
"Je n'ai plus d'idées, déclara Harry qui n'avait pas pris part à l'agitation générale.
- Nous non plus, mon vieux, souffla Drago.
- Il a forcément un moyen de coincer ton père d'un point de vue légal. Un truc frauduleux qu'il ferait, des malversations quelconques... Tu ne vois rien ?
- Il est très prudent, il ne fait rien lui-même, répondit Drago qui se massait les tempes comme pour mieux réfléchir.
- Harry, si ça avait été possible de coincer Malefoy aussi facilement, ça ferait longtemps que le département de justice magique l'aurait fait, non ? intervint Hermione.
- Pas faux... Surtout qu'ils le surveillent de près. Il a été placé sous surveillance de longs mois après les grands procès. On a rien trouvé.
- Impasse, conclut Drago.
- Je comprends mieux votre abattement... avoua Pansy. Vous me déprimez."
Hermione approuva d'un hochement de tête.
"On s'auto-déprime... On a beau tout retourner dans tous les sens, rien. Le néant.
- Peut-être que Pansy a raison, on devrait sortir boire un verre, déclara Drago à la surprise générale."
Hermione le dévisagea avec des yeux de chouette.
"On ne va pas rester enfermés à ressasser, on a tous besoin d'air, ajouta-t-il.
- Entièrement d'accord ! s'exclama Pansy, qui se leva d'un bond.
- L'idée viendra sans qu'on s'y attende, approuva Harry sous le regard éberlué de sa femme."
Ainsi, la décision fut prise.
.
Le statu de star de la téléréalité de Drago leur permit d'obtenir une table directement dans le bar bondé, ce qui résultait d'un gros malentendu. Drago avait fait son numéro de star, oubliant qu'ils entraient dans un bar moldu où il était totalement anonyme. Mais, dans le doute, les organisateurs leur avaient octroyé une excellente table. Ils étaient placés sur une sorte d'estrade un peu à l'écart, et Pansy avait même l'air flattée d'être le centre de l'attention, lançant des œillades à tout ceux qui croisaient son regard.
Même Harry semblait détendu, sirotant un cocktail rose agrémenté d'un petit parasol.
"Très viril, Potter ! nota Drago.
- Je n'ai rien à prouver, rétorqua Harry en faisant distraitement tourner sa paille dans son verre.
- Oh, moi non plus, se défendit Drago en avalant d'un trait son verre de whisky.
- Grandissez, un peu ! ricana Hermione.
- Ça va mémé, elle est bonne ta tisane ? se moqua aussitôt Drago en désignant le diabolo fraise que tenait Hermione."
Celle-ci baissa les yeux sur son verre et haussa les épaules.
"Je suis tellement fatiguée que je risquerais de rouler sous la table avec une seule bieraubeurre.
- C'est bon à savoir."
Hermione lui tira la langue et piocha dans le bol de cacahuète qui avait été mis à leur disposition.
"Tu sais qu'il y a des traces de quinze urines différentes dans ce bol ? l'avertit Ginny dans une moue dégoutée."
Hermione lâcha aussitôt les cacahuètes qui roulèrent sur la table.
"Personne ne fait attention à ce genre de trucs mais manger ces cacahuètes, ça revient à lécher la poignée de la porte des toilettes, poursuivit Ginny, imperturbable.
- Merci Gin', je me sens drôlement bien maintenant !
- Oh mais de rien Hermione, c'est un plaisir d'avertir mes concitoyens des dangers des cacahuètes.
- Je crois que ça lui monte à la tête d'être en charge d'un laboratoire de recherche, expliqua Harry.
- C'est ennuyeux d'avoir une femme érudite, pas vrai ? gloussa Ginny.
- Bien sûr, je préfèrerais que tu te contentes de préparer à dîner et de récurer l'appartement."
Harry et Drago se tapèrent dans la main sous le regard blasé des filles.
"Des siècles de lutte pour en arriver là... conclut Hermione.
- Laisse les croire qu'ils ont encore le pouvoir, enfin ! s'exclama Pansy. Regarde un peu comme ils sont faibles..."
Pour illustrer ses propos, elle tira un peu sur son décolleté et se pencha pour ramasser un objet imaginaire par terre. Elle en profita pour lancer des regards appuyés à un homme en costume au bar, qui en fut tout retourné.
"Je lui donne 30 secondes, indiqua Pansy."
Et dans ce laps de temps, une bouteille de champagne arriva comme par magie à leur table.
"C'est de la part du monsieur là-bas, indiqua le serveur.
- Vous voyez ! Si crédules et prévisibles."
Pansy fit aussitôt sauter le bouchon et éclata de rire, radieuse.
"C'est sûr que vendre son corps pour une bouteille c'est drôlement respectable, rouspéta Harry.
- Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas se servir de nos atouts pour obtenir ce qu'on veut, c'est une méthode comme une autre, répliqua Ginny.
- C'est pas très féministe comme façon de penser, les filles ! les réprimanda Hermione.
- Le retour de la mère la morale... annonça Drago d'un ton théâtral.
- On a toutes ici un job qui rapporte assez pour qu'on puisse se payer nous-même une bouteille, il me semble. Et j'aime autant ne dépendre de personne, se défendit Hermione.
- Pourquoi payer quand on peut obtenir gratuitement quelque chose ? la contra Pansy, malicieuse.
- Pour se respecter ? glissa Hermione."
Pansy allait rétorquer quand une deuxième bouteille arriva sur la table, interrompant le débat.
"Il est très entreprenant ce monsieur, gloussa Pansy en rejetant ses cheveux en arrière. Il va falloir que j'aille le remercier.
- A vrai dire, c'est encore pour la jeune fille en rouge, expliqua le serveur d'un ai gêné en montrant Hermione du doigt."
Un silence de mort s'abattit sur la table, jusqu'à ce que Drago ne le brise en éclatant de rire, ce qui ne fit qu'accentuer le malaise d'Hermione.
"Pans', je suis...
- NON, pitié, ne dis rien, laisse moi mourir en paix. Je suis humiliée, se lamenta Pansy en cachant son visage de ses mains."
Drago lui tapota l'épaule en signe de réconfort, toujours hilare.
"Allez tendez vos verres, c'est Hermy qui offre ! s'écria Ginny en débouchant la deuxième bouteille.
- Nonononoooon ! la coupa Hermione en lui arrachant la bouteille des mains. Nous n'allons certainement pas la boire.
- Pourquoi ? s'étonna Harry.
- Comment ça pourquoi ? Si j'accepte ces bouteilles, ça voudra dire que je suis intéressée et ce n'est pas le cas. Je ne vais pas abuser de la situation, et VOUS NON PLUS.
- Laisse-moi au moins le réconfort de l'alcool, ait pitié de mon égo piétiné ! la supplia Pansy en tendant son verre.
- Range tes principe Grangy et pro-fi-te, ordonna Malefoy en lui reprenant la bouteille.
- Certainement pas, nous allons la renvoyer, insista Hermione en tirant à son tour sur la bouteille. Je ne veux pas lui donner de faux espoirs.
- Ce type croit t'acheter avec des bouteilles, pourquoi tu te préoccupes de ses sentiments ?
- Parce que c'est signe qu'il en pleine misère sentimentale et qu'il doit se sentir très seul !
- Pardonnez-moi votre altesse, quelle grandeur d'âme... ricana Drago.
- Lâche cette bouteille Malefoy !
- Tiens, je ne suis plus Drago ?
- Je sens que ce délicieux champagne va finir sur la moquette, râla Pansy en se levant d'un bond pour saisir à son tour la bouteille, si bien qu'ils se retrouvèrent à trois dessus.
- Calmez-vous enfin, tout le monde nous regarde ! tenta Harry.
- C'est MA bouteille lâchez-là ! s'époumona Hermione pour couvrir le bruit de la musique.
- Ah, tu reconnais qu'elle t'appartient ! Elle n'est plus à l'homme en pleine misère sentimentale ?
- LA FERME MALEFOY !
- Elle n'a plus d'arguments, constata Drago à l'attention d'Harry et Ginny qui assistaient, en même temps que l'intégralité du bar, à la dispute.
- Ne joue pas au plus malin avec moi ! le menaça Hermione, vexée.
- Je suis plus malin.
- Vous ne voulez pas discuter de votre QI après avoir lâché cette précieuse bouteille ?! s'impatienta Pansy.
- LA FERME ! hurlèrent Drago et Hermione en même temps, sans se quitter des yeux pour autant."
Indignée, Pansy recula et se laissa tomber sur la banquette.
"Malefoy, vire tes sales pattes de là et VITE !
- Sinon quoi ?
- Je t'arrache tes petits yeux de serpents !
- Tu crois que tu me fais peur ?"
Drago tira la bouteille un peu plus vers lui, obligeant Hermione à se lever pour maintenir le contact. Plantés sur leurs pieds de part et d'autre de la table, ni l'un ni l'autre ne semblait prêt à céder.
"Harry, fais quelque chose ! intervint Ginny.
- C'est ridicule, arrêtez ! les réprimanda Harry d'un ton peu convaincu en sirotant son cocktail.
- Pas étonnant que le père d'Astoria n'ait rien avoué si t'y as mis autant d'énergie ! le tâcla Pansy."
Harry lui jeta un regard noir, et se concentra de nouveau sur le duel. Hermione se mordait la lèvre inférieure, prête à bondir, et le corps de Drago était tendu tout entier. La tension était palpable entre eux, même si Drago avait plus l'air de joueur qu'autre chose.
"Alors Granger, on faiblit ? la nargua Drago.
- Pas du tout, Malefoy.
- Pourquoi ton bras tremble, alors ?
- C'est la colère, ça.
- Oh, alors si je tire tu ne lâcheras pas ?
- Non !"
Drago tira d'un coup sec pour vérifier, mais la main d'Hermione resta solidement accrochée au goulot et un peu de champagne s'en échappa, atterrissant sur son chemiser.
"Tiens, tu as un soutien-gorge noir ? tenta Drago pour la déstabiliser."
Hermione rougit jusqu'à la racine des cheveux mais ne bougea pas d'un millimètre pour autant.
"Je tiens toujours à assortir mes sous-vêtements à mon humeur du moment.
- Quelle répartie ! Hermione, tu me fais rêver ! la félicita Pansy."
Drago voulut tirer profit de son intervention pour tirer de nouveau d'un coup sec, mais Hermione ne lâcha pas. Il tira plus fort, Hermione se pencha, encore plus fort, et elle fut obligée de monter à quatre pattes sur la table pour suivre le mouvement.
Plusieurs hommes sifflèrent dans le bar et Pansy et Ginny se mirent à hurler de concert, choquées.
"Quelle tigresse ! hurla un homme dans le fond de la salle."
Drago esquissa un sourire narquois.
"Qu'est ce que tu vas faire Granger, hein ?
- Ça."
Et Hermione tira de toutes ses forces sur la bouteille, se redressant sur ses genoux. Ils se débattirent tant et si bien que brutalement, la bouteille leur échappa des mains et s'éleva vers le plafond.
La salle suivit des yeux son ascension, jusqu'à ce qu'elle ne s'écrase contre une boule à facette, projetant des morceaux de verre et de plastique partout. Des cris se mirent à résonner, il y eut bousculade et, en quelques secondes, Hermione et Drago étaient soulevés par des vigiles qui les transportaient sans ménagement vers la sortie.
"Vous savez qui je suis ? braillait Drago en essayant de se dégager.
- TU N'ES RIEN DU TOUT ! HAHAHA ! hurlait Hermione comme une démente."
Les vigiles les lâchèrent sans aucune précaution sur le trottoir et leur ordonnèrent de ficher le camp. Drago essaya bien de discuter, mais Hermione filait déjà d'un pas énergique vers la sortie du parking. Il dû courir pour la rattraper.
"T'es contente de toi ? attaqua-t-il directement.
- PARDON ? s'offusqua Hermione en s'arrêtant net au milieu de la route.
- A cause de toi, on s'est fait virer !
- C'est entièrement de ta faute et tu le sais très bien, abruti !
- C'est à cause de tes principes stupides !
- Non, de ton égo surdimensionné qui encore une fois, t'as poussé à t'enfoncer dans ta connerie !
- T'es une vraie tête à claque, tu le sais ça ? On passait une bonne soirée et il a fallu que tu gâches tout avec ta morale rigide !
- Si tu respectais les opinions des autres, on n'en serait pas là ! Mais t'en fais qu'à ta tête, Mr Malefoy n'a jamais tort, pas vrai ?"
Un coup de klaxon les fit se retourner d'un bloc, faisant face à une voiture qui tentait de sortir du parking.
"Pousse toi, tu vois bien que tu gênes ! siffla Hermione à Drago.
- Oh, parce que tu crois que c'est pour ça qu'il klaxonne ? C'est surtout parce qu'on voit à travers ton chemisier ! ricana Drago.
- Enfoiré !
- Prude !
- TUUUUUUUUT !"
Les vigiles, dont l'attention avait été attirée par les coups de klaxon à répétition, commençaient à s'approcher d'eux. Cette fois, ils n'allaient probablement pas s'en tirer à si bon compte.
"COURS ! ordonna Drago en s'élançant comme un dératé sur le trottoir."
Hermione le suivit sans réfléchir, et parcourut quelques dizaines de mètres avant de s'arrêter.
"Qu'est ce que tu fiches ? beugla Drago, levant les bras au ciel.
- J'ai mal aux pieds !"
Drago souffla bruyamment et s'arrêta pour attendre pendant qu'Hermione enlevait ses chaussures. Elle avait choisit des bottines à lacet, ce qui se révélait être une très mauvaise idée vu le temps que cela lui demandait pour les enlever.
Il faut dire qu'elle n'avait pas pour habitude de s'enfuir en courant pour échapper à des vigiles de deux mètres de haut.
"Dépêche toi !
- Pourquoi on ne transplanne pas ? gémit Hermione.
- On est dans un quartier moldu, tu veux vraiment qu'on finisse à Azkhaban ou quoi ? Putain Hermione TRACE ils arrivent !"
Elle se retourna juste à temps pour voir deux hommes passer le coin de la rue. Elle arracha sa chaussure d'un geste rageur et se remit à courir, doublant Malefoy une fois arrivée à sa hauteur.
Ils galopèrent jusqu'à un carrefour, obliquèrent à droite, et s'enfoncèrent dans une ruelle.
Drago s'engouffra entre deux camionnettes qui étaient garées sur le bord, imité par sa complice, et tendit l'oreille. Hermione tenta de reprendre son souffle en collant son front bouillant contre la vitre du véhicule.
Elle se mit soudain à hoqueter, respirant avec difficulté.
"C'est pas le moment de ricaner, la rabroua Drago, qui guettait toujours l'entrée de la rue."
Hermione tentait de se calmer, sans succès.
"Je t'entends Granger, et il n'y a rien de drôle !
- Mais je sais ! gémit-elle dans un sanglot ridicule."
Drago se retourna vers elle, surpris.
"Attends... Tu pleures là ?"
Hermione renifla et s'essuya la joue pour se redonner une contenance.
"Non !
- D'accord. Pleure en silence dans ce cas, s'il te plait."
Elle lui asséna un coup avec les chaussures qu'elle tenait dans sa main et Drago étouffa un grognement, se frottant le bras.
"Qu'est ce qui te prends, enfin ?
- Tu gâches ma vie ! bougonna-t-elle en reniflant très élégamment.
- C'est réciproque."
Hermione se laissa tomber sur le trottoir et se prit la tête entre les mains.
Drago fit semblant de ne rien voir et observa la rue pendant de longues minutes, sans résultat.
"Ils ont abandonné je crois, annonça-t-il."
Lorsqu'il constata qu'Hermione était toujours prostrée à terre, il s'assit à côté d'elle en silence et attendit. Il n'allait quand même pas s'excuser, lui, alors qu'elle transformait tout en drame !
"Je veux rentrer à la maison, finit par dire Hermione."
Le son de sa petite voix brisée ému Drago malgré lui et il passa un bras autour de ses épaules, dans un geste impulsif.
"Granger, le moins qu'on puisse dire, c'est que tu as le don d'animer une soirée, dit-il un peu maladroitement.
- Je suis pathétique.
- Non, tu étais incroyable là dedans ! la contredit Drago. Tu m'as tenu tête et t'as rien lâché. C'était plutôt sexy, la taquina-t-il."
Hermione rabattit ses bras sur sa poitrine par réflexe, en souvenir de sa cuisante humiliation. Elle était montée à quatre pattes sur la table d'un bar. Devant tout le monde. Devant Drago Malefoy. Qui avait vu son soutien-gorge.
"Je veux mourir tout de suite ! gémit-elle.
- Hors de question, on est dans une ruelle sombre et on m'accuserait d'avoir fait ça. Mais si tu y tiens, on peut retourner sur l'avenue et attendre des témoins."
Hermione lâcha un sourire un peu désabusé, qui regonfla le cœur de Drago. Il arrivait à faire sourire Hermione Granger, il n'était peut-être pas si nul.
"Je ne vais jamais pouvoir affronter le regard des autres après ça...
- Tu rigoles ? Pansy est littéralement fan de toi, je suis sûr.
- Je me sens tellement humiliée ! Mais qu'est ce qui m'a pris franchement ?"
Drago haussa les épaules, replaçant une des mèches de cheveux d'Hermione derrière son oreille.
"Je t'ai poussée à bout, je le reconnais.
- Mais je suis rentrée dans ton jeu. Je suis devenue comme... cinglée. Comme si ce n'était pas moi qui contrôlait mon corps. Ce genre de truc, ça ne m'arrive jamais.
- Dommage, t'étais on fire !"
Hermione soupira, abattue.
"Allez, c'est pas si grave ! la rassura Drago, en la secouant gentiment.
- Non voyons. On s'est juste fait expulser d'un bar après s'être battus sur une table, avoir détruit la décoration et accessoirement perdu toute notion de dignité."
Drago éclata d'un rire franc, se collant une main contre le front.
"Y a pas à dire, une soirée mémorable !"
Hermione le dévisagea comme s'il était fou et, après mure réflexion, se mit à rire à son tour.
Ils riaient beaucoup, tous les deux, même en temps de crise.
"Ah, qu'est ce qu'on se marre ! avoua Drago comme s'il avait lu dans ses pensées."
Dans un geste totalement impulsif qu'Hermione ne s'expliquait pas, elle posa une main sur sa joue. Abasourdie par son propre geste, elle s'arrêta aussitôt de rire. Elle songea qu'elle s'était laissée emporter par ce moment de complicité, et aurait probablement retiré sa main si le regard de Drago ne l'en avait pas empêché.
Ses yeux la fixaient, brillants en raison de leur précédent fou-rire.
Drago replaça la mèche qu'il avait déjà touchée, mais qui s'obstinait à barrer le visage d'Hermione. Ses cheveux étaient aussi têtus qu'elle, songea-t-il.
Ils n'avaient jamais été aussi proches qu'à ce moment là.
"Hermione ? Drago ? Ouhouh ? Bon sang mais où est-ce qu'ils sont passés Harry ?"
La voix de Ginny résonna dans la ruelle et brisa ce moment de trêve. Pourtant, aucun d'eux n'amorça un mouvement pour signaler leur présence.
"Pansy doit nous envoyer un hibou s'ils sont chez eux, attends avant de paniquer, répondit la voix posée d'Harry."
Hermione se détacha à regret du regard métallique de Drago et se leva. Le bras de Drago retomba mollement sur le sol et il se redressa aussi, époussetant son jean.
"On est là ! appela Hermione.
- Mon dieu Harry ils sont là !
- Oui j'ai entendu Gin'."
Hermione s'appuya sur Ginny dès qu'ils se furent rejoint pour remettre ses chaussures, et Harry donna une tape amicale dans le dos de Drago.
"Alors, ça va ?"
Ginny gloussa, moqueuse.
"Harry, mon chéri, on dirait que tu t'adresses à notre voisin de palier les matins où on l'a entendu coucher avec sa maîtresse.
- J'essayais juste d'être naturel...
- N'essaye pas, ça me donne envie de disparaitre sous terre ! répondit Drago en lui rendant sa tape amicale.
- Bon, on rentre ? conclut Ginny, inquiète du silence d'Hermione qui était toujours penchée sur ses chaussures."
Celle-ci releva la tête, souriante.
"Oui, je crois qu'on a fait assez d'exploits pour la soirée. Pardon d'avoir transformé tout ça en boucherie, répondit Hermione d'un air contrit.
- Je m'étais pas autant amusé depuis des mois ! s'exclama Harry.
- C'est le genre de trucs qu'on se racontera dans 20 ans, et qui nous fera toujours autant marrer, confirma Ginny.
- Tu vois ! insista Drago."
Hermione se redressa complètement et, ce faisant, se rappela que son joli chemisier lui collait à la peau et révélait un peu trop ses atouts.
Son malaise fut de courte durée puisque Drago lui tendit sa veste, qu'il déposa sur ses épaules. Hermione le remercia d'un sourire, et Ginny suivit l'échange avec les yeux pétillants. Il n'en fallait pas plus pour la lancer dans les hypothèses les plus folles. Qu'avaient-ils faits dans cette ruelle pour se réconcilier aussi vite, après en être venus aux mains ?
"Bon, Harry, rentrons ! décida-t-elle.
- Vous ne voulez pas qu'on vous raccompagne en voiture ? proposa Harry.
- Non, ils préfèrent marcher je suis sûre ! le coupa Ginny en lançant un regard appuyé à son mari, qui ne saisissait pas très bien ce qu'elle tentait de lui dire.
- On va aller transplanner discrètement dans un coin du parc, hein ? proposa Drago à Hermione.
- Okay, je n'ai rien entendu. Soyez prudents !"
Ils se firent la bise et partirent dans deux directions opposées, en silence, Ginny complotant secrètement, Harry se demandant comment il allait pouvoir annoncer le carnage à Ron le lendemain au bureau, et Hermione et Drago analysant sans succès le bref moment ambigu qu'ils avaient vécu.
.
"Bonne nuit Granger, lança Drago à peine arrivé sur le palier qui séparait leurs deux appartements."
La porte claqua derrière lui et Hermione se retrouva debout, seule, et légèrement déboussolée.
Elle déverrouilla sa porte d'un coup de baguette et retira ses chaussures - encore une fois.
Elle se sentait bizarre. Vide. Vide et bizarre.
En passant devant le miroir, elle croisa ses yeux fiévreux, ses cheveux ébouriffés, et remarqua qu'elle portait toujours la veste de Drago. Elle résista à l'envie d'aller la lui rapporter immédiatement et sorti sur sa terrasse pour respirer tranquillement et réfléchir à ce qu'il venait de se passer.
Une telle perte de contrôle, ce comportement frôlant l'hystérie, elle n'arrivait pas à se l'expliquer. Elle se laissa tomber sur son banc et s'appuya dans les coussins, songeuse.
Et en plus, elle avait fondu en larmes comme une petite fille. Pour si peu. C'était très étrange.
Un sifflement provenant de la terrasse voisine lui fit relever la tête.
"Bonsoir madame, lança Drago, qui était lui aussi assis sur sa terrasse.
- Encore toi !
- Et oui, je suis coriace."
Hermione laissa échapper un sourire et étendit ses jambes sur son banc, les étirant au passage.
"Je vais me faire du thé, annonça-t-elle."
Drago hocha la tête, et se plongea dans l'étude de la seule étoile qui avait réussi à traverser l'épaisse couche de nuage qui entourait Londres.
"Tu en veux ? proposa Hermione.
- Pourquoi pas."
Hermione amorça un mouvement pour rentrer préparer le thé, mais se ravisa.
"Tu... Tu ne viens pas chez moi ? Pour boire le thé, je veux dire.
- Je crois qu'il vaut mieux qu'on garde nos distances quelques temps, la barrière entre nos deux terrasses tombe à pic.
- Qu'on garde nos distance... Mais, je veux dire... Pourquoi ? s'étonna Hermione, déstabilisée.
- Pour qu'on ne se batte pas, évidemment. A quoi tu pensais ?"
