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Littérature

Chapitre Neuvième

Confrontation

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- Bonsoir monsieur, dit Ron parce que ça lui semblait, après réflexion, une bonne façon de débuter une conversation.

- Bonsoir Weasley. Que puis-je faire pour vous ? répondit sèchement Snape.

Il ne l'avait déjà pas mis à la porte. Un bon point.

Ron fit quelques pas à l'intérieur du bureau en se posant la question qui le taraudait depuis des heures : il avait réalisé que l'homme était en fait Sebastian, certes, mais Snape avait-il pris conscience qu'il était lui-même Sealloy.

- Asseyez-vous, lui intima l'homme avec mauvaise grâce.

- Merci, marmonna Ron en s'exécutant.

Un silence mal à l'aise s'en suivit.

- Humm… je voulais vous reparler d'hier, commença le jeune homme.

- Je m'en doute.

- Humm…

Ron se tortilla sur sa chaise, saisit le regard exaspéré de Snape, et s'immobilisa.

Bon.

Bon.

Ah. Oui, il pourrait commencer comme ça…

- Je suis Andrew Sealloy, dit-il tout de go.

Snape ne cilla pas. Mais alors pas du tout.

- L'auteur de romans gays, précisa Ron.

- Je sais qui est Andrew Sealloy, le coupa Snape.

Hum. Bon.

- Comme vous pouvez vous en douter, continua Ron, enhardi, ce n'était pas quelque chose que je pouvais crier sur les toits cette année, et j'ai dû me déguiser pour participer à des séances de dédicaces et tout.

Snape ne pipa mot, se contentant de le dévisager fixement.

- Au cours de ces dédicaces, j'ai, heu, rencontré quelqu'un. Quelqu'un à qui je tiens beaucoup. Mais après il, enfin je – rha la vache, c'est super-compliqué.

Snape soupira et se massa les yeux.

- Je pense qu'on peut cesser de tourner autour du pot, Weasley.

"Le jeune homme regarda son entraîneur à travers un regard plein de larmes. A peine deux semaines qu'ils sortaient ensemble, et les choses commençaient déjà à se dégrader.

- Je suis désolé, dit l'homme. Je ne peux simplement pas.

Oh, ça, il avait remarqué. Interdiction de se montrer ensemble en public, interdiction d'en parler à qui que ce soit, interdiction de venir trop souvent l'un chez l'autre… Ce n'était pas ce que voulait l'Attrapeur.

- Peut-être que nous ne sommes simplement pas faits l'un pour l'autre. Peut-être que nous sommes différents.

C'était possible. Le jeune homme hésitait entre la résignation raisonnable, et la colère que l'autre n'ait même pas essayé."

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Le jeune homme posa sur lui des yeux pensifs.

- Donc vous êtes bien Sebastian, alors ?

- Oui, dit Severus.

Après tout, il n'y avait rien d'autre à répondre.

- Ah, dit Weasley.

Il resta ensuite silencieux. Severus resta silencieux. Il n'avait vraiment, mais vraiment pas envie de se lancer dans une conversation débridée sur le pourquoi, le comment et le parce que.

- Et maintenant ? demanda Weasley qui, lui, semblait décidé à parler du ensuite.

- Maintenant quoi ? demanda Severus d'une voix sarcastique. Allez-vous proposer que nous nous retrouvions comme auparavant. Pourquoi faire ?

Le jeune homme haussa les épaules.

- Le côté romantique et maintenant fichu de l'affaire mis à part, j'aimais bien discuter avec vous, murmura-t-il.

- Ne soyez pas ridicule, Weasley.

- Ne soyez pas ridicule, monsieur.

Severus ne sa fâcha pas, même s'il aurait pu.

- Weasley. La situation a complètement changé. Discuter sur quoi ? Vous savez que je ne suis que votre vieux professeur de Potions. Je sais que vous n'êtes que mon élève le plus inapte et, franchement, pas le plus aimé.

Le jeune homme fit la grimace. Severus continua, impitoyable.

- La situation était intéressante parce qu'elle était équilibrée et que nous avons choisi d'ignorer un moment qu'elle n'avait aucun avenir possible. Maintenant, nous nous sommes pris cette charmante réalisation en pleine face. N'essayez pas de maintenir debout quelque chose qui n'a même jamais été construit.

Weasley soupira.

- Je sais. Je ne vous propose pas de venir emménager avec moi dans une charmante chaumière, je me disais donc que nous pourrions essayer d'être, hum, amis.

"Surpris d'un appel si tardif, le jeune garçon s'approcha de la cheminée. La vision du visage du jeune médecin, les yeux brillants et décidés, le laissa sans voix.

- Tim… commença ce dernier.

Il hésita, se mordit les lèvres.

- Tim, j'ai réalisé que je ne pouvais pas en rester là… Je tiens vraiment à toi, je ne veux pas te voir disparaître.

Le loup-garou sentit son cœur, qu'il avait cru mort depuis bien longtemps, se remettre à battre.

- Que… hum… que proposez-vous ? demanda-t-il d'un ton où perçait un espoir timide.

- Je ne sais pas si je suis prêt pour, et bien, quelque chose de vraiment sérieux, dit le médecin en détournant le regard, mais nous pourrions au moins nous voir, aller manger quelque part…

Tim sentit un grand sourire naître sur ses lèvres.

- J'en serait ravi, dit-il doucement."

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Ca y est, il l'avait dit.

- Ou au moins des connaissances qui se respectent, ajouta-t-il rapidement en voyant les veines du front de Snape trembloter.

L'homme ne dit rien. Ron se demanda s'il ne s'était pas surestimé : peut-être qu'il n'avait vraiment aucun, aucun intérêt pour lui, après tout.

- Pourquoi faire ? demanda finalement Snape.

Ron réfléchit.

- Je ne sais pas. Ca se fait. Je vous aime bien, dit-il avec un léger sourire.

Snape haussa un sourcil.

- Fantastique, commenta-t-il d'une voix blessante.

Quelque chose en Ron lâcha.

- Vous savez quoi ? Je pense que vous êtes soit un paresseux, soit un lâche. Je penche plutôt pour la deuxième solution.

Snape lui jeta un regard glacial.

- Je ne vous permets pas, Weasley.

Ron haussa les épaules.

- Vous vous attendiez à quoi ? A ce que je vous tombe dans les bras en larmoyant ? continua l'homme.

- Non, répliqua Ron en se forçant à garder son calme. Mais à ce que vous reconnaissiez que nous avons passé des soirées amusantes, et que vous m'aimez bien, vous aussi.

Snape resta longtemps silencieux, puis soupira.

"Il y avait une demi-heure qu'il lui criait dessus comme du poisson pourri, devant le reste de l'équipe. Pour une erreur de jeu totalement sans importance, qu'il n'avait même pas commise. Une demi-heure que l'engueulade se prolongeait, sans qu'il sache vraiment quelle part de peur, de honte, de vraie colère entrait dans le discours de l'homme qui l'avait fait fantasmer pendant des mois.

La réalité était parfois bien moins intéressante que la fiction.

- Ca suffit, dit-il en posant son balai à terre. Je démissionne.

Son amant honteux s'arrêta net.

- Quoi ? demanda-t-il d'un ton médusé.

- Je démissionne, répéta le jeune homme en partant vers les vestiaires, commençant déjà à se déshabiller.

- Mais… reviens ici ! Qu'est-ce que tu penses être en train de faire ?! rugit l'homme.

Toute l'équipe leur emboîta le pas, morte de curiosité.

- Je mets fin à une situation pourrie, dit le jeune Attrapeur.

- Oh, et de quel droit ? Pour qui tu te prends ?

Le ton était clairement insultant. Le jeune homme s'arrêta et se retourna, le regard froid.

- Pour qui je me prends ? Peut-être le mec que vous baisez depuis deux semaines, bien que vous ayez trop honte de le dire ?

Il vit du coin de l'œil ses coéquipiers ouvrirent de grands yeux, et pour certains, sourire légèrement.

- Oh, mais ça ne se fait pas de coucher avec un homme, mmh ? Alors vous vous défoulez sur moi ? Et ben j'en ai marre. Je me casse. Gros con.

Il repartit vers les vestiaires, et cette fois personne ne le suivit. Il avait dit ce qu'il avait à dire, et se sentait incroyablement plus léger."

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- C'est exact, dit-il.

Voilà, il l'avait dit. Le visage de Weasley s'illumina comme un stupide sapin de Noël.

- C'est tout ce que je voulais savoir, dit joyeusement le jeune homme en posant ses mains sur ses accoudoirs. Je ne suis pas définitivement stupide, vous savez. Je ne vais pas vous proposer d'aller dîner ou quoi que ce soit.

- Alors pourquoi ? demanda Severus un peu perdu.

- Parce que c'aurait été trop bête. (Le jeune homme se leva.) Dans un mois, après les NEWTs, je pars faire le tour du monde avec Harry. Je pourrai vous écrire ?

Severus hocha la tête, se levant à son tour.

- Vous savez, dit son élève sur le pas de la porte, les choses n'ont pas forcément à être compliquées.

Il s'éloigna d'un pas léger.

Severus resta un instant à fixer la porte.

- C'est quand même vachement satisfaisant, prononça son miroir, de voir ses élèves devenir des adultes. Ca fout un peu la honte, par contre, non ?

- Oh, la ferme, dit machinalement Severus.

Mais il se sentait carrément impressionné. Et, pour la première fois depuis longtemps, vaguement joyeux.

Les choses n'avaient pas forcément à être compliquées.

"Edward émergea timidement de la cheminée. Face à lui, les bras le long du corps, son jeune loup-garou l'observait d'un air hésitant.

- Je suis tellement désolé, murmura le jeune médecin.

L'adolescent – non, il était presque un jeune homme, à présent – rougit et sourit légèrement. Edward sentit que sa résolution de progresser doucement ne durerait pas longtemps. Sa famille bien-pensante allait le tuer. Il allait leur ramener un gendre, et non pas une bru, et un loup-garou qui plus était.

- Etes-vous certain que… ? commença Tim.

Edward avait déjà fait trois pas et l'avait saisi dans ses bras. Ils restèrent longuement enlacés, le cœur battant. Puis Edward s'écarta et effleura la joue du jeune homme.

- Mais je ne… enfin nous ne pourrons pas… balbutia ce dernier.

Ah. Il allait être temps de lui parler de la découverte qu'il avait faite en visitant un hôpital moldu. Un pratique petit objet appelé préservatif…

The End."

A suivre.