Chapitre 10: La relève de Monsieur est assurée
La vie à Asgard pour le quatuor se déroulait paisiblement. Ambroise retrouvait le sourire, Éric et Donna semblaient se rapprocher, Marina jouait son rôle de mère. Tout allait bien, en apparence. La miss Ka-Fai ne pouvait s'empêcher de penser à son père, se demandant s'il allait bien, si sa santé était bonne, s'il n'avait pas trop de problèmes à gérer chez les Renégats... Il lui manquait. Les Renégats lui manquaient. La base et ses diverses facettes lui manquaient. Marina n'avait jamais été vraiment croyante. De plus, elle savait que la Déesse Martel était une illusion. Derrière cette appellation, il y avait sa mère. Pourtant, elle se surprit à prier chaque nuit avant d'aller se coucher. Elle priait pour ses amis, elle priait pour son fils, elle priait pour les Renégats, elle priait pour son père. Elle commençait toujours par « Ma chère Maman, toi qui habites littéralement dans les Cieux...» Elle finissait en la remerciant puis allait dormir. Parfois, elle recevait une lettre de Yuan. Toutes lui disaient que tout allait bien, qu'il allait bien, qu'elle n'avait pas à s'inquiéter. Parfois, il surmontait sa timidité et osait même écrire qu'elle lui manquait. Marina se doutait bien qu'il ne lui disait pas toute la vérité, qu'il voulait sans doute la ménager. Elle lui écrivait sincèrement. Elle allait très bien. A la demande de son père, un jour, elle lui racontait ses journées, ses délires avec ses trois amis, ses découvertes, ses joies et ses peines. Yuan se surprit à s'intéresser sincèrement aux aléas de la vie d'une adolescente. Mais bon, ce n'était pas n'importe quelle adolescente. C'était son adolescente. Il souriait sincèrement de ses petites gaffes, il arrivait même à trouver cela mignon, c'est vous dire...Sa fille...Il avait toujours du mal à réaliser qu'il était père. Le père de l'enfant de sa chère Martel. A cette pensée, son cœur se réchauffait. Un de ces jours, tiens, quand il pourrait se libérer de ses obligations un moment, il lui ferait la surprise d'aller la voir. Il imaginait déjà son sourire, sa joie. C'était une bonne idée.
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C'était un jour parfaitement ordinaire, ensoleillée quoiqu'un peu fraîche. Ambroise étant parti aux courses, Éric, Donna et Marina jouaient à un jeu de cartes élégamment nommé « Trou du c**». Faisant mine d'être choquée par l'appellation, Marina proposa de surnommer ce jeu « Orifice de l'extrême-bas du dos ». Donna éclata de rire quand elle entendit ce nom prononcé avec un ton faussement manière et pompeux. Au bout d'une petite heure, Ambroise était revenu, quelques lettres à la main. Toutes pour Éric. Factures, factures, publicités, et...tiens! Une lettre de son oncle.
Le jeune homme la lut donc. A la fin de sa lecture, il était blême. Il prit une chaise et se laissa tomber dessus. Il essaya de reprendre contenance. Donna lui demanda ce qu'il se passait, inquiète.
-Les Renégats sont morts.
-Quoi?
Éric prit une profonde inspiration avant d'expliquer:
-Le Cruxis a tout découvert. L'emplacement des deux bases, l'identité du Seigneur Yuan, tout. Les seules choses que l'organisation ignore, c'est notre vie ici et l'existence de Marina.
-Comment va ton oncle? S'enquit Ambroise
-Il va bien, il se planque pour le moment.
-Beaucoup de pertes? Demanda Donna
-A part mon oncle, Ambroise, Marina, toi et moi, il n'y a plus un seul Renégat en vie.
Sans s'en rendre compte, Marina tremblait. Les Renégats, morts? Non, c'était un poisson d'avril, une blague. Où était la caméra cachée? Et Éric, il n'avait même pas parlé de son père. Il était mort, lui aussi? Elle réussit à prononcer sa question, balbutiante.
-Je ne sais pas, mon oncle n'en parle pas. Mais ne t'inquiète pas, le Seigneur Yuan est fort, je suis certain qu'il va bien.
Marina acquiesça. C'était vrai, après tout. Son père était fort. Il se battait bien. Il était sans doute en vie, quelque part. Pourtant, malgré le fait qu'elle se répétait ces mots, telle une litanie perpétuelle, elle était incapable de se rassurer. Malgré la nouvelle, le quatuor fut bien obligé de continuer sa vie. Le monde tournait toujours. Afin de se changer les idées, Marina alla se promener un peu du côté de l'autel de Balacruf, là où il y avait peu, Raine avait dansé pour attirer un esprit et obtenir la carte permettant d'ouvrir le mausolée de Balacruf. Par chance, aucun membre du groupe de l'Élue ne la reconnut. Elle avait des doutes néanmoins sur Kratos mais il n'était pas dans son intérêt de déclencher une bataille en ville. Elle avait aussi remarqué qu'il était plus pâle que la dernière fois qu'elle l'avait vu, ses traits étaient tirés, il avait l'air malade. M'enfin, il y avait Raine pour le guérir s'il était malade.
Assise et adossée à la stèle, elle laissa son esprit voguer. Le vent faisait valser ses cheveux châtain. Ses pensées s'envolaient mais revenaient comme une boomerang. Inlassablement, une idée lui revenait. Et si Yuan avait péri lui aussi dans l'attaque surprise? Seigneur non! Cela serait son pire cauchemar! Mais alors, pourquoi ce manque de nouvelles? Bon d'accord, c'était récent. Il n'avait peut être pas eu le temps. Ou alors il était...La jeune fille sentit des larmes couler le long de ses joues. Elle ne chercha pas à les retenir. Elle avait du rester un moment à pleurer, Éric était venu la chercher. Ce qu'il vit relevait pour lui du surnaturel. Marina, la joyeuse, la déconneuse, l'espiègle Marina Ka-Fai pleurait. Pourtant, il comprenait. Si il avait été à sa place, apprenant cette nouvelle et sans nouvelle, aucune de son oncle, lui aussi il aurait pleuré. Sauf que Marina avait un peu trop de fierté ou d'orgueil pour pleurer devant les gens. D'accord, elle avait déjà pleuré une fois devant lui mais ce n'était pas pareil. Il s'approcha doucement d'elle, elle remarqua sa présence. Avec délicatesse, il prit place à côté d'elle et la prit gentiment dans ses bras. Il ne s'attendait pas à ce qu'elle fonde en larmes encore plus une fois dans ses bras mais il ne le montra pas. Il la laissa pleurer à sa guise.
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Un mois plus tard, toujours pas de nouvelles pour Marina. Éric, quand à lui, apprit par lettre que Botta était rentré chez lui, en bonne santé, qu'il ne fallait pas qu'il s'inquiète.
Ce mois fut un Enfer pour Marina. Elle espérait en voyant le soleil se lever avoir des nouvelles concernant son père avant son coucher. Bonne ou mauvaise, elle s'était résignée mais elle en avait assez de l'attente. Elle se demandait si son père aussi profitait du Soleil. Elle s'en tordait les mains. Aucun de ses trois amis ne la laissèrent en plan, comme on dit. Ils essayaient de lui changer les idées. Entre Donna et ses répliques épiques à Ambroise quand il faisait des pompes comme «Arrête de brouter le gazon, tu veux devenir un musclé ou une lesbienne?», Ambroise qui était toujours à titiller Donna, Éric qui essayait tant bien que mal de concrétiser une histoire d'amour, Marina savourait. Cela lui faisait du bien.
C'était un après-midi tout à fait ordinaire. Le quatuor venait de manger et vaquait à ses occupations. Marina aidait Éric à la vaisselle, puisque c'était leur tour, Ambroise lisait bien tranquillement dans le canapé et commençait à somnoler, Donna s'était réellement endormie. Un petit bruit de chute attira l'attention des laveurs. Ambroise s'était endormi à son tour, lâchant son livre qui gisait à terre. Marina ramassa le livre et déposa une légère couverture sur les épaules de son fils de cœur. Éric la regardait, un petit sourire aux lèvres. Une petite heure plus tard, les endormis se réveillaient. La journée se déroula sans accrocs.
Vers dix-neuf heures, on frappait à la porte. Ce fut Marina qui ouvrit. A la vue du visiteur, elle crut d'abord que ses yeux lui jouaient un tour, ou alors qu'elle rêvait. Ce ne fut que quand il lui souhaita le bonsoir qu'elle réalisa enfin. Elle se jeta littéralement dans ses bras.
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-Qui vous a trahi?
-Kvar m'a espionné alors que je discutais avec Kratos, le seul à savoir et à garder mon secret. Il a eu le temps de rapporter à Yggdrasill avant de mourir.
-Qu'allez-vous faire maintenant?
-Rien.
-Comment ça rien?
-Je ne peux plus rien faire. Les Renégats sont morts.
-Et nous alors? Et Botta?
-Vous avez eu suffisamment de chance pour rester en vie, ne la gâchez pas.
-Les Renégats ne sont pas morts, Papa. Le chef n'est pas mort au combat et a encore des guerriers. Et même si vous étiez tombé, j'aurai continué.
-Hors de question.
-Donc vous préférez laisser tomber votre rêve? Okay, les Renégats sont morts, mais moi, rien ne m'empêche de former une organisation prenant la relève.
-Je te l'ai déjà dit, c'est niet Marina. Je ne veux pas te perdre comme j'ai perdu ta mère.
-Et moi alors? Pendant un mois, j'ai vécu avec la peur d'apprendre votre mort! Moi aussi, je ne veux pas vous perdre mais je ne veux plus être séparée de vous! Je suis née Renégate, je mourrai Renégate! Là où le père tombe, l'enfant prend la relève! C'est dans l'ordre des choses. Tout n'est pas perdu. Pour résumer, nous avons un chef stratège guerrier, son bras droit, trois guerriers et une mascotte. Il nous manque juste le courage. Si nous formons une nouvelle organisation, qui agirait différemment des Renégats, nous aurons un effet de surprise.
-Et les armes?
-Je peux retourner à ma guise dans le monde où je suis née et où l'on m'a oubliée. Là-bas, il y a des armes. Aussi puissant Yggdrasill soit-il, il ne peut rien face à un revolver.
-Soit mais reste à l'arrière.
-Je ne vois pas pourquoi. Yggdrasill ne sait pas qui je suis. A ses yeux, je suis une inconnue parmi tant d'autres. Et quand bien même, s'il le savait, cela ne l'empêcherait pas d'agir. Cela le motiverait plus.
Yuan soupira. Marina ne lâcherait jamais l'affaire. Dans un murmure, il s'avoua vaincu. Il était fatigué, il voulait dormir. Entre une fille obstinée à raison et une blessure profonde à l'abdomen qui guérissait, le sommeil était la meilleure échappatoire.
A Suivre
