A la mi-octobre, tout le château semblait retenir son souffle dans l'attente du banquet d'Halloween. Les citrouilles d'Hagrid avaient pris la taille d'un canapé deux places en seulement un mois, ce qui amena William à se demander s'il n'avait pas utilisé un sortilège de gonflement.

Leur professeur de métamorphose, Boyd Blackbird, attrapa une grippe qui le cloua au lit pendant une semaine, ce qui laissa de gros trous dans leur emploi-du-temps. De nombreuses sorcières vinrent toquer à la porte de ses quartiers pour lui offrir des cartes niaises ou quelques friandises et l'on raconta même qu'Emose Balcony lui avait laissé des chocolats avec un philtre d'amour.

James sortit de l'infirmerie trois jours plus tard. Son bras était maintenu dans un tissu accroché autour de son cou, afin de protéger sa reformation. En effet, deux doigts avaient déjà poussé à l'extrémité de son aile déplumée, ce qui lui donnait des airs de mutation génétique.

Etant donné que James était gaucher, William dut se charger de lui fournir une copie de ses notes tout au long de la semaine. Dominique profita de la situation en n'écoutant plus aucun cours et se reposant sur les notes de William. Jusqu'au soir où, passablement énervé d'avoir gratté pendant tout le cours d'Histoire de la magie alors qu'ils avaient passé les deux heures à ensorceler des avions de papiers, il leur proposa d'aller « se faire voir », clôturant sa réplique par un geste grossier.

Les élèves avaient passé les premières semaines d'octobre dans un relâchement général qui réjouit Quencholedge car le sablier de Serpentard avait enfin pris la tête sur celui des Poufsouffles, plus occupés à préparer leur fête qu'à travailler. L'annonce de la grande soirée qu'ils organisaient dans leur salle commune, juste après le banquet d'Halloween s'était répandue comme une traînée de poudre.

Le tonneau de Bièraubeurre que Dirk, Gayle et Dominique avaient caché sous le stade de Quidditch, avait déjà été vidé la semaine derrière, avant que Jodie Wigge ne vienne interrompre leur petite fête improvisée. C'est pourquoi, ils passèrent de nouveau leur week-end à faire entrer de l'alcool dans le château. Gayle et Dominique s'occupèrent de piéger Hawksight dans un tapis-trappe, pendant que James, William et Dirk faisent léviter les tonneaux jusqu'au troisième étage où ils les cachèrent derrière la statue de la Sorcière Borgne.

Le cours de potion de cet après-midi avait lieu en double-classe avec les Serpentards, suite au bouleversement du planning causé par la grippe de Blackbird. Comme à son habitude, William nota les indications que Querida Quencholedge débita avant de commencer la préparation du Breuvage de Courage. Et comme à son habitude, James ne fit même pas l'effort de faire semblant de suivre.

— Je te préviens, menaça William entre ses dents. Je ne me suis pas mis en binôme avec toi pour être ralenti par ta cuisse de poulet !

— C'est un aigle ! se vexa James.

— Dépêche-toi de me couper ces tripes en lamelles, ordonna William. Je m'occupe du reste.

Il se leva de son tabouret pour rejoindre l'arrière de la salle où était entreposé le reste des ingrédients. Il s'accroupit et ouvrit le placard en bas à gauche, qui était généralement réservé aux ingrédients craignant la lumière. Il passa en revue plusieurs fioles sans trouver celle avec l'étiquette « sang de dragon ».

— C'est là.

William se releva immédiatement, manquant de se cogner contre la porte du placard qu'il avait laissée ouverte. Eraleen Ward le toisa d'un regard morne, presque ennuyé. Elle attendait derrière lui comme elle aurait pu attendre à la caisse d'un supermarché.

— Euh… quoi ? s'étrangla-t-il en se sentant aussitôt ridicule.

— Le sang de dragon, il est là, répéta-t-elle en désignant une fiole posée un peu plus loin.

William observa la petite fiole entourée par une queue de dragon en or. Elle était fermée par un imposant bouchon en forme de flamme. Il fit un pas de côté pour s'en emparer, sans même remercier sa camarade. Il s'était déjà suffisamment ridiculisé pour aujourd'hui. Inutile de rester plus longtemps à ses côtés.

Il retourna s'asseoir à sa paillasse, où James se débattait pour couper des tripes à l'odeur nauséabonde avec un seul bras. William s'appliqua ensuite à réaliser un dosage avec de la poudre d'œil de tigre, pressé par Dreeda Fox qui lui réclama le sang de dragon à son tour.

Eraleen Ward passa près de son chaudron pour vérifier auprès de son amie combien il lui fallait de racines de Millefeuille. William ne put s'empêcher de la suivre des yeux. Ses cheveux glissaient dans son dos suivant le roulis de ses hanches.

— Quand est-ce que tu vas te trouver une nouvelle copine ? lui souffla James.

William s'apprêtait à répliquer quand Era repassa devant leur chaudron. Ses pas claquèrent un moment avant qu'elle ne regagne sa place, sans un regard pour lui.

— Qu'est-ce que vous avez tous ? s'agaça-t-il à mi-voix. Toi, puis Dirk… tu sais que cet idiot voulait me payer pour que je sorte avec Pandlebee !

— T'as dit non ?

— Bien sûr que j'ai dit non !

— C'était pour un pari.

— T'as parié contre moi ?

— Admets quand même qu'elle te colle au balai…

— T'as parié que je sortirais avec Pandlebee ? Je… j'ai quand même pas l'air aussi désespéré !

— Hey, mec, j'te rappelle que tu dors dans le lit à côté de moi. J'ai pas envie de t'entendre te…

— Dîtes, coupa Oprah Mulciber assise juste devant eux. Vous ne pouvez pas la fermer ?! Ça fait trois fois que je recompte mes baies noires d'Actée !

— C'est pas ma faute si t'es débile, agressa William.

— Change de ton quand tu parles à ma copine ! intervint son binôme, Nazarius, en haussant inutilement la voix.

— Un problème Mr. Lankrovitch ? s'enquit Quencholedge en les entendant s'agiter.

William lui adressa un regard mauvais. Il était certain que Nazarius avait haussé le ton pour se faire remarquer par leur professeur. Ils se défièrent du regard, avant que le préfet-en-chef ne détourne finalement les yeux.

— Allen vient nous déranger parce qu'il n'a pas noté le protocole.

— C'est n'importe quoi ! se défendit celui-ci.

— Quoi qu'il en soit, Mr. Allen, vous faites beaucoup trop de bruit pour une seule personne, épingla Quencholedge. Cinq points en moins pour Gryffondor.

William entendit James inspirer un grand coup. Ses narines frémirent, trahissant sa colère grandissante. Il se contenta de plisser les lèvres pour encaisser la remarque, ignorant le sourire mesquin de Nazarius.

James et lui passèrent les minutes suivantes dans le plus grand silence. Ils furent tellement efficaces qu'ils arrivèrent au premier temps de chauffage avant tout le monde. Puis ils laissèrent leur chaudron mijoter pour écouter les nouvelles instructions de leur professeur. Alors que William notait en vitesse de faire attention à bien remuer la potion à l'ajout des graines de poivre, James se pencha vers lui.

— Tu crois qu'on peut atteindre leur chaudron d'ici ? chuchota-t-il.

— Je crois qu'il n'y a qu'une façon de le savoir…

James retira le plus gros grain de poivre de leurs échantillons et ferma un œil pour mieux viser. Le projectile tomba en un « plouf » qui n'inquiéta pas tout de suite leurs camarades. La réaction en revanche, fut immédiate.

Le chaudron explosa en un vacarme bien plus grand que prévu. Tout le bras droit de Nazarius fut brûlé et les cheveux d'Oprah prirent feu. Elle se mit à hurler avant que son petit-ami n'ait le réflexe de l'éteindre à l'aide d'un aguamenti.

James et William avaient le visage couvert de suie. Ils s'étaient protégés avec leurs mains pour échapper à la déflagration. Mais une douleur à la joue indiqua à William qu'il n'avait pas dû être assez rapide. Ils toussèrent dans la fumée grise qui leur irrita la gorge.

— Lankrovitch et Mulciber ! Qu'avez-vous fait ?!

— Je ne comprends pas… rien… la température a dû être déréglée, balbutia Nazarius.

— Filez à l'infirmerie. TOUT DE SUITE ! ordonna Mrs. Quencholedge. Ah… emmenez Potter et Allen avec vous.

Ils sortirent de la classe encore tout tremblants. Oprah geignit faiblement en caressant le reste de ses cheveux qui étaient devenus gris. James ne put pas s'empêcher de ricaner.

— C'ÉTAIT VOUS ?! s'écria-t-elle en plissant les yeux.

James fut cependant incapable de répondre. L'explosion du chaudron lui avait irrité les voies respiratoires et il passa la minute suivante, plié en deux, à tousser bruyamment. William lui administra une grande claque dans le dos avant de l'aider à se relever. Nazarius en profita pour sortir sa baguette en un éclair et James en fit de même la seconde qui suivit.

— Si tu cherches les ennuis, Potter, aie au moins le courage de m'affronter en face, plutôt que jeter des trucs dans mon chaudron !

— On va régler ça par un duel, proposa James.

— C'est ce que j'allais te proposer. Tous les sorts sont autorisés.

Il flotta une vague hésitation avant que chacun ne lève sa baguette. James fut le premier à lancer un sort mais Nazarius parvint à l'éviter. Le Serpentard le désarma ensuite d'une rapidité si étonnante qu'elle laissa James bouche bée. William sentit plusieurs décharges lui traverser les membres, comme si son propre corps lui criait soudainement d'agir. Sans trop savoir s'il s'agissait là d'un des effets du Breuvage de Courage, il désarma Nazarius qui poussa aussitôt un rugissement énervé.

La suite se déroula alors très rapidement. Oprah le désarma à son tour et lorsque les trois garçons n'eurent plus que leurs mains pour se défendre, Nazarius fonça soudainement droit sur lui. William serra le poing pour se préparer à le frapper mais Oprah lui jeta un maléfice cuisant d'une telle violence qu'il tomba à terre. Pendant ce temps, James s'était jeté sur le Serpentard et l'étranglait de ses propres mains. Le visage du Préfet-en-chef était devenu violet lorsqu'ils entendirent des pas claquer dans le couloir. Et avant même de s'en rendre compte, ils furent tous projetés contre un mur.

— Eh bien, eh bien, marmonna Hawksight en faisant coulisser ses mâchoires de prédateur l'une contre l'autre. Je n'attendais pas vraiment ça de vous, Mr. Lankrovitch.

Le Serpentard mit un moment avant de retrouver ses esprits. William et James observèrent un silence, rêvant déjà de voir le concierge retirer son insigne à Nazarius Lankrovitch. Mais au lieu de chercher des excuses, leur camarade se remit soudainement à pousser des grognements indignés.

— Qu'est-ce que vous lui avait fait ? questionna le concierge à leur égard.

William se sentit très vexé d'être accusé sans preuve et il se prépara à répondre d'une réplique bien sentie. Au lieu de ça, il bava grossièrement sur son uniforme. Et plus il reprit, désespérant de ne pas réussir à parler, plus il sentit sa salive devenir pâteuse et bientôt il ne parvint plus qu'à pousser des grognements.

Sans prévenir, Hawksight leur jeta un sortilège du saucisson pour les maintenir immobiles. D'un second coup de baguette, ils les fit tous les quatre léviter jusqu'à l'infirmerie. A leur arrivée, Cadoc Crackmoth était en pleine lecture d'un magazine sur le fromage.

— Cerberus, qu'est-ce qui vous amène ?

— Je viens pour ces quatre-là. On dirait qu'ils ont attrapés la rage.

Comme pour illustrer ses propos, Nazarius poussa un autre grognement pendant que William s'étranglait avec sa salive qui moussait partout autour de sa bouche.

— Ah. Ah… oui. Étrange, commenta Crackmoth. Vous… pouvez m'aider à les coucher ?

Ils se débattirent encore un moment avant que la potion calmante de Crackmoth ne les assomme dans un profond sommeil. Le soleil était déjà couché lorsque William se réveilla. Il essuya le filet de bave qui avait coulé le long de son menton avant d'apercevoir Eraleen Ward et sa cousine Ivory Travers, au chevet de leurs camarades de Serpentard. Il eut à peine le temps de retrouver ses esprits, qu'elle l'accablait déjà :

— Je suis sûr que la brillante idée de jeter du poivre dans leur chaudron venait de toi !

William jeta un coup d'œil à James, sur le lit de droite, qui dormait paisiblement en bavant sur son oreiller.

— Je préférais encore quand tu faisais comme si je n'existais pas, répliqua-t-il.

— C'est ce que je comptais faire avant que tu ne t'attaques à mes amis !

— Tes amis ?! J'en ai plus rien à faire que ça soit tes amis ou pas !

— Alors c'est vrai ? Tu ne t'en remets toujours pas que je t'ai quitté ? C'était sans doute trop difficile à digérer pour ton égo sans mesure ! clama-t-elle.

Un sentiment de haine incontrôlable s'empara de lui. Il ouvrit grand la bouche, prêt à lui lancer ses quatre vérités avant qu'il ne se sente soudainement nauséeux et refrène un cracha. Era prit un air dégoûté en reculant d'un pas.

William sentit alors son estomac bondir et une vague chaleur le gagna. Il porta la main sur son ventre comme pour lui intimer de se calmer. Puis sans prévenir, il se mit à cracher du feu. La puissance de la déflagration réveilla James en sursaut. Celui-ci ramena ses draps vers lui, comme pour se protéger et Era recula encore d'un pas pour éviter les flammes.

Les draps blancs de son lit s'enflammèrent aussitôt. Alors que ses vêtements commençaient à prendre feu, William s'extirpa de sa couche, agitant les bras comme il pouvait pour les éteindre.

— Calmez-vous ! s'exclama Crackmoth en arrivant. Ce n'est qu'un effet secondaire du traitement !

Il attrapa ensuite un bocal où baignaient des sangsues et il lui vida dessus. L'eau le trempa entièrement, éteignant les flammes. Mais il sentit un picotement derrière son oreille et poussa un gémissement en retirant la grosse sangsue qui s'y était logée.

— J'ai toujours dit que les sangsues étaient le premier de tous les remèdes, déclara Crackmoth bien content de son effet.

— Vous êtes complètement fou ! s'écria William.

Le médecin l'allongea dans un autre lit où il s'appliqua à retirer toutes les sangsues qui étaient accrochées à sa peau. L'opération s'avéra plus douloureuse que prévue et William se retrouva couvert de petits points rouges. On aurait pu croire qu'il avait attrapé une varicelle particulièrement virulente mais il s'estima plutôt heureux.

En dehors de l'énorme brûlure qui s'étendait sur toute sa joue, l'explosion de la potion ratée ne l'avait presque pas touché. Et sa tête frappée par le violent maléfice cuisant d'Oprah avait totalement dégonflé. A l'inverse, Nazarius portait un bandage qui faisait tout le tour de son bras et Oprah Mulciber avait dû se résigner à couper ses cheveux d'un blond presque blanc en un carré.

Vers sept heures du soir, Crackmoth leur servi un plat qui ressemblait à de la cervelle. James devait être affamé car il vida en quelques secondes. L'explosion ne l'avait absolument pas brûlé, il s'en tirait avec une légère intoxication pulmonaire qui le prenait régulièrement dans de violentes quintes de toux. Et heureusement, son bras en reformation n'avait pas été touché.

Personne ne passa leur rendre visite de toute l'après-midi, ce qui ne manqua pas de faire cancaner Oprah, deux lits plus loin. James lui répondit en lui jetant son oreiller en pleine face et Nazarius ensorcela ses draps pour qu'il s'étouffe dedans. Crackmoth tira finalement de grands paravents entre eux pour mettre fin à la dispute.

— Je suis sûr qu'ils vont venir, lui marmonna James avant de se retourner et de s'endormir.

William avait encore mal à la gorge d'avoir craché du feu et il trouva difficilement le sommeil. Il était près de dix heures du soir lorsqu'il entendit la porte de l'infirmerie grincer. Dominique apparut, le visage blême.

— Qu'est-ce qui vous amène, Miss Weasley ? interrogea Crackmoth alors qu'il triait des bocaux de sangsues mortes.

— J'me sens pas bien. J'ai parié avec Gayle que j'arriverais à manger plus de haggis que lui et depuis je n'arrête pas de vomir. Vous n'auriez pas quelque chose contre l'indigestion ?

— Ah… hum… oui, je dois pouvoir trouver ça, répondit l'infirmier avant de filer à sa réserve.

Dominique se retourna vers eux et prit place entre leurs lits.

— J'ai quand même gagné, déclara-t-elle. A trois galions l'indigestion, j'ai trouvé que ça valait le coup.

— Où sont Dirk et Gayle ? questionna James. Pourquoi personne n'est venu nous rendre visite ?

— Oh… je pense qu'ils auraient voulu… Mais Dirk devait voir Balcony ce soir. Et je crois que Gayle est parti vomir lui aussi, même s'il ne veut pas me l'avouer.

William médita silencieusement sur le sens de l'amitié chez Dirk Crossby.

— Qu'est-ce qu'on a loupé ? interrogea James pour changer de sujet.

— Pas grand-chose. Je suis sûre qu'Everitt vous passera ses notes de sortilèges et d'astronomie. Passez-les-moi après, parce que j'ai rien écouté.

— Tu aurais dû voir Will cracher du feu à la figure de Ward ! ricana James.

— Tenez Miss Weasley, fit Crackmoth en revenant avec une petite fiole. J'espère que je ne l'ai pas trop dosé. Dans quel cas, vous allez manger comme quatre pendant quelques jours. Mais ça passera.

Dominique avala sa potion sans se poser de questions. Elle les salua avant de retourner à la tour de Gryffondor. Puis Crackmoth éteignit toutes les lumières de l'infirmerie.

— Euh…, hésita-t-il sur le seuil de la porte. Si vous ne vous sentez pas bien pendant la nuit, inutile de crier, je ne serai pas là. Je ne reviens que demain matin. Passez une bonne nuit.

William se retourna dans son lit en se demandant comment celui-ci avait pu décrocher son diplôme d'infirmier avant de se laisser gagner par le sommeil où il rêva d'être poursuivi par une cervelle géante.

Ils sortirent de l'infirmerie dès le lendemain matin. Bien que William ait gardé une grande brûlure à la joue et un mal de gorge après avoir craché du feu, leur duel avec Nazarius Lankrovitch ne fut bientôt plus qu'un mauvais souvenir.

Étant donné qu'ils étaient sous les effets d'un Breuvage de Courage qui avait plutôt tourné en Breuvage de Rage, rien de ce qui s'était passé ne fut retenu contre eux. En conséquence, ils n'eurent pas de retenue et Nazarius était toujours, à leur grand regret, préfet-en-chef.

Après le repas du midi, William salua rapidement James et Dominique avant de rattraper Everitt McTighe, déjà en chemin vers le deuxième étage, pour leur cour d'Etude des Runes. Rasmus Rambling, leur professeur, les accueilli dans une robe à peluches noires qui lui donnait des airs de poussin ébouriffé.

— Aujourd'hui nous allons aborder un tout nouveau chapitre, annonça-t-il de sa voix fluette. Si jusqu'à présent nous nous sommes concentrés sur la traduction de runes propres aux objets comme les pensines, les coffres ou les portes magiques, nous allons désormais travailler sur des runes qui caractérisent un espace donné. Nous commencerons par créer un cercle de protection, qui absorberait des sortilèges de la même manière qu'un charme du bouclier. Puis nous verrons ceux de maintien, qui permettent de contenir de la magie ou encore ceux d'énergie qui à l'inverse, servent à décupler la magie dans un espace.

William et Everitt s'échangèrent un regard impatient. Le cours de cet après-midi promettait d'être beaucoup plus intéressant que les barbantes traductions que Rambling avait l'habitude de leur donner.

— Bien évidemment, vous vous rendez compte que plus l'espace que vous voulez couvrir est grand, plus vos runes se doivent d'être précises et plus vous aurez de sigils à incorporer. Pour le moment nous allons nous entraîner sur un cercle de protection de douze pouces. Sortez vos manuels et réfléchissez aux runes qu'il faudra utiliser. Je vous préviens tout de suite qu'il y a trois sigils à trouver.

William ouvrit aussitôt son manuel et commença de lister quelques runes qui pourraient être utiles pour la création du cercle de maintien. Au bout de dix minutes, Everitt et lui mirent en commun leurs recherches. Ils s'appliquèrent à tracer un cercle de la taille d'une assiette et Everitt se chargea de dessiner les sigils, car William avait selon lui « l'écriture d'un hippogriffe ».

— Vous pouvez tester les cercles des uns et des autres, proposa Rasmus Rambling de sa voix haut perchée. Visez l'intérieur du cercle avec votre baguette. N'oubliez pas de prendre des notes ! ajouta-t-il alors que tout le monde était pressé de passer à la pratique. J'aimerais que chacun me fasse un rapport sur les effets obtenus et avec des propositions de nouvelles runes pour y remédier.

Everitt prit le parchemin où ils venaient de tracer leur cercle et se retourna vers la table de gauche qui était occupée par nul autre qu'Eraleen Ward et Anju Wen. Era lui adressa un regard noir alors qu'il prenait place près d'elles. Elle n'était visiblement pas prête d'oublier qu'il avait brûlé les cheveux d'Oprah Mulciber, sa meilleure amie ainsi que la moitié du visage de Nazarius Lankrovitch, le petit-ami de celle-ci. Anju Wen, une asiatique au regard snob sortit sa baguette de sa robe et lança une flamme assez violente pour faire s'envoler le morceau de parchemin mais celui-ci ne prit pas feu. Le sort heurta un dôme invisible de la taille du cercle qu'ils avaient dessiné.

— Ça a marché ! s'enthousiasma Everitt.

Eraleen et Anju n'essayèrent même pas de cacher leur déception. William sortit alors sa baguette de sa poche et mit plus de puissance que nécessaire lorsqu'il visa le cercle de ses camarades. Celui-ci résista un bref moment avant de disparaître. Le sort laissa alors un trou béant, comme s'il avait tiré au centre du cercle avec une carabine. Les deux sorcières lui adressèrent un regard noir.

— Euh…, lâcha William mal à l'aise.

Il jeta un coup d'œil à Everitt comme pour lui demander de l'aide. Avant que celui-ci n'ait eu le temps de dire quoi que ce soit, Era sortit sa baguette et attrapa leur parchemin par un coin avant d'y mettre feu. William essaya de sauver le papier des flammes mais il se consumait bien trop vite. Il manqua même de se brûler les doigts.

— C'est de la triche ! s'insurgea-t-il. Tu ne visais même pas le cercle !

— Tu crois que c'était fair-play de jeter des trucs dans le chaudron d'Oprah ? répliqua Eraleen d'un ton mauvais.

Everitt ressortit de la classe tout excité et très impatient de leur prochain cours. William, en revanche, avait la mine sombre.

— Je commençais de regretter d'avoir pris Etude des Runes, déclara Everitt alors qu'ils avançaient en direction de leur prochain cours. Mel m'a dit que les cours de Soins aux Créatures Magiques étaient passionnants cette année, mais attends un peu que je lui raconte ce qu'on a fait aujourd'hui ! J'ai vraiment hâte de voir à quoi ressemblent les cercles de maintien ! Tu te rends compte ? Contenir de la magie dans un espace grand comme ça !

Il ouvrit la paume de sa main pour reproduire un cercle presque aussi grand que celui qu'Eraleen avait réduit en cendre. William le suivit sans dire un mot. Il bouillonnait comme un chaudron sur le feu, ressassant tout un tas d'injures concernant Era. Il avait peur d'ouvrir la bouche au cas où l'une d'entre elles sortirait sans prévenir.

Il joua nerveusement avec les pressions du gros sac qu'il portait sur son épaule et s'écarta de temps à autre pour laisser passer des groupes d'élèves en direction des serres. Soudain parmi la foule d'uniformes noirs, il aperçut James qui arrivait en courant vers lui.

— Will ! Will ! s'écria-t-il surexcité. Tu vois qui c'est Euphemia Hoghen ?

— Femie ?

— Oui ! s'exclama-t-il alors qu'un grand sourire fendait son visage.

— Quoi ? se méfia William.

— Ça va faire quatre ans qu'elle est sur toi. Depuis le jour où vous vous êtes mis en binôme pour la Botanique, tu t'en rappelles ?

Il se souvenait surtout que depuis ce jour, elle ne lui avait plus jamais adressé la parole et il avait fini par en déduire qu'elle n'avait aucun sujet de conversation.

— Je ne…

— Mais Will ! coupa-t-il. Ça te fera du bien ! Et puis tu arrêteras de penser à Ward !

— Tu penses toujours à Ward ? s'enquit Everitt en entrant dans la conversation.

William se renfrogna.

— Allez ! Comme ça on pourra faire des doubles-date toi, moi, Femie et Delfeena !

— Oh… super…

— Elle n'a jamais eu de copain et elle est plutôt mignonne. C'est tout benef pour toi !

— Et toi, Eve ? relança-t-il pour changer de sujet.

— Quoi moi ?

— T'as quelqu'un en vue ?

— Euh… je ne vois pas de quoi tu parles…

Le visage de leur camarade prit une teinte cramoisie. Puis Everitt McTighe pressa le pas pour les doubler avant de disparaître au bout du couloir. William et James s'échangèrent un regard puis ils haussèrent des épaules.


Je remercie à Inlo21 pour sa review !

Rdv dimanche prochain pour Halloween et la fameuse fête organisée par Poufsouffle ! J'ai déjà hâte ;)