Prisonniers à Poudlard 10

Au fond du gouffre la chaleur n'était pas épouvantable comme Harry l'avait d'abord cru, ni même dangereuse. Les flammes ne brûlaient pas et n'avaient même pas entamé ses vêtements ni sa peau et le souffre était inexistant, s'aperçut l'auror audacieux qui avait atterrit sans aucun dommage sur un sol inégal. Sa chute vertigineuse s'était considérablement ralentie et il avait eu le temps de se recevoir sur ses pieds, un peu comme Alice au Pays des Merveilles, quand elle aussi avait chuté dans l'inconnu.

Il visita sommairement l'endroit avant de voir que les couloirs ne menaient nulle part, comme tout ce qu'il y avait de ce côté de la porte. Et à bien y réfléchir cette porte était apparue quand ils en avaient parlé, Severus, Lucius et lui. C'était un leurre, tout ici n'était qu'illusion, pensa Harry en revenant à son point de départ.

-Severus ? Que fais-tu ici, tu m'as suivi ? s'étonna le jeune homme en tombant sur Snape au détour d'un des nombreux couloirs

-Oui, c'est moi, ronchonna l'homme, soulagé de voir que son compagnon était encore en vie. Avais-tu besoin de sauter sans nous consulter avant...

-Il fallait bien que quelqu'un le fasse, au moins maintenant on est fixé, non ? répondit Harry qui voyait bien que Severus était affecté par son acte irréfléchi qui aurait pu le tuer.

-On s'est fait un sang d'encre, Lucius et moi, ne recommence plus pareille folie, je te prie, ajouta Snape alors que Lucius atterrissait près d'eux dans un grognement et des paroles peu dignes de son rang sur deux imbéciles qui n'écoutaient jamais ce qu'on leur disait.

-D'accord, la prochaine fois j'y regarderai à deux fois avant de sauter dans le vide, mais là tu vois je vais bien...

-Je vois, mais ça n'empêche...

-Je suis désolé, je ne pensais pas que tu serais si...affecté.

-Mais par Merlin ! Qu'est-ce que tu crois, que je suis insensible ?

-Tu as trouvé quelque chose en nous attendant ? s'enquit Lucius en regardant autour de lui, coupant les deux autres hommes qui se rendaient subitement compte qu'il comptait beaucoup plus l'un pour l'autre qu'ils ne l'auraient pensés.

-Que de la roche, râla Harry, sinon tout le reste n'est qu'illusion; le souffre, les flammes, que du pipeau.

-A quoi ça rime ? fit Snape qui se reprit. Pourquoi nous faire venir ici s'il n'y a rien ?

-On nous ballade, affirma Harry et je t'avoue que ça commence à drôlement m'emmerder. Ma patience est à bout et je n'aime pas qu'on me mène en bateau comme si nous étions des pantins.

-Alors que fait-on ? On continue ici au risque de perdre notre temps ou on remonte et on s'occupe de celui qui nous ballade ? Cela devient emmerdant comme tu le dis si bien, et moi aussi j'en ai plus qu'assez de me promener au milieu de bestioles dangereuses sans aucun résultat. On fait à notre idée, messieurs ?

-A notre idée, Lucius, trancha Snape qui en avait ras le chaudron qu'on le promène. On remonte et on repasse la porte.

-Ouais, et comment on remonte ? gros malin !

-Ici tout n'est que simulacre, sourit le maître des potions, et s'il le faut on ne se trouve pas au fond d'un gouffre, sinon je gage que nous serions morts tous les trois, carbonisés.

-Mais oui, ajouta l'auror, Severus a raison, ce n'est que ruse depuis le début. Maintenant il n'y a aucun doute sur ça, c'est de la manipulation. Tout ce que nous vivons depuis des semaines n'a aucun sens, expliqua encore Harry. Personne n'est venu nous menacer en personne. Les bestioles, la brume, c'est juste pour nous empêcher de sortir de Poudlard même si les monstres sont vrais, eux, ainsi que la brume.

-Il n'y avait que nous trois pour oser ça, gronda le maître des potions.

-Il n'y a plus personne dans le village, il est comme abandonné ou mort...pour quelle raison ? La brume et les bestioles ne rentrent pas à Poudlard, pourquoi ? Et pourquoi sommes-nous actifs dans le château alors que ce n'est pas le cas ailleurs ? Des enfants disparaissent de l'école pour on ne sait quelle raison.

-Un lieu revient souvent et un certain directeur, vous ne croyez pas ? ajouta Lucius. Je veux dire que tout part de Poudlard et d'Albus Dumbledore car l'un ne va pas sans l'autre, vous ne trouvez pas ça étrange ?

-Je suis de plus en plus persuadé que tu as mis le doigt dessus, Lucius, approuva Snape.

-Je ne sais pas pourquoi mais si le vieux fou est responsable, alors je vais aller le trouver et lui dire ma façon de penser sur ses agissements, j'en ai marre là !

-On sera trois alors, cracha Snape, maintenant on retourne à l'école et on attrape ce fou avant qu'il ne fasse plus de dégâts, mais d'abord on doit sortir de ce trou.

Snape n'eut pas plus tôt prononcé ces paroles que les trois sorciers se retrouvèrent de nouveau sur un tapis d'herbe tendre nimbé d'un ciel éclatant.

-Je crois qu'on est sur la bonne voie, maintenant.

-Tu es d'un éternel optimisme, Harry, tu as conscience que ce ne sera pas facile ?

-Ouais, finalement on ne sait pas si on doit chercher un sorcier qui a un artéfact ou qui a lancé un sortilège ou qui est simplement fou ou les trois en même temps.

-C'est une magie puissante qui est à l'origine de tous ces débordements, affirma Severus Snape.

Harry se rapprocha de Snape, il avait l'envie subit de le toucher, un besoin de sentir sa peau chaude sous ses doigts. De le rassurer, peut-être. De voir qu'il allait bien et qu'il s'inquiétait pour lui, même s'il était le plus raisonnable des deux.

Le jeune homme passa sa main sous l'armure de cuir sans que Severus ne dise rien ni ne le repousse. Il posa ses doigts sur la peau chaude, simplement, et resta ainsi quelques secondes et tant pis si on le prenait pour un faible ou un sentimental, il avait envie de ces secondes d'intimité avec Severus.

Les deux hommes se regardèrent intensément puis échangèrent un baiser fugace avant que Lucius ne les rappelle à l'ordre.

-Allez, messieurs, nous rentrons, allons-nous occuper de notre mystificateur. On va lui faire tâter de notre baguette et si ce n'est pas suffisant j'ai là une épée qui convaincra le plus coriace des sorciers.

-Il faudra mettre Minerva au courant de nos soupçons et garder le silence envers les autres. Inutile que notre persécuteur se doute de quoi que ce soit, ajouta Harry en retirant à regret sa main du corps de Severus dans une caresse qui fit souffler l'homme dans un désir naissant.

Snape lui fit un clin d'œil, signifiant par-là que leur échange n'était pas fini et qu'il n'avait pas l'intention d'en rester là. Le gamin le provoquait, disons plutôt qu'il voulait se faire pardonner, alors pourquoi ne pas en profiter cette nuit et le torturer par de doux effleurements ?

Quand ils furent de retour à Poudlard, après être rentrés sans aucun souci particulier et s'être assurés que les enfants étaient toujours là devant une porte qui s'effaçait peu à peu du paysage, les trois sorciers se rendirent sans perdre de temps dans le bureau d'Albus Dumbledore, occupé par la directrice des gryffondors.

-Messieurs ! s'étonna Minerva McGonagall qui avait pris la direction de l'école depuis qu'Albus était retourné dans la journée à l'infirmerie à cause de plusieurs malaises qui le clouaient au lit. Des nouvelles rassurantes ? leur demanda-t-elle en les voyant plus intriguant que jamais avec leur mine fatiguée et leurs vêtements froissés.

-Oui et non, répondit Snape en fermant la porte derrière Lucius et Harry en s'assurant que personne n'était dans les alentours.

-Nous avons une théorie, continua l'auror, mais je ne sais pas si elle va vous plaire.

-Dites toujours, de toute façon maintenant plus rien ne m'étonne. Tout ce qui vient de se passer semble tellement...irréel et Albus qui tombe malade au plus mauvais moment...Je me demande….

-Alors asseyez-vous, professeur, car ça va être dur à avaler, surenchérit Malfoy qui s'affala sur un fauteuil en faisant léviter vers lui une tasse de thé bien sucrée qu'un elfe de Poudlard venait d'apporter.

La directrice des gryffondors obéit, sûre et certaine qu'elle allait apprendre une nouvelle surprenante. Depuis quelques jours elle s'y attendait car elle non plus n'était pas restée inactive.

-Comment va Albus ? demanda un peu brutalement Snape en fixant sa consœur de ses yeux inquisiteurs.

-Pas au mieux de sa forme, je dois dire, ne se formalisa pas la vieille dame.

-Il se trouve toujours à l'infirmerie ?

-Evidemment, pourquoi ?

-Pompom est avec lui ?

-Elle ne le laisse pas seul, en effet, de plus il ne quitte plus son lit, il en serait bien incapable. Et maintenant si tu me disais pourquoi toutes ces questions ?

-On pense, et avec raison, qu'Albus est l'instigateur de tout ce qui nous arrive depuis plusieurs semaines.

-Tu es certain de toi ?

-On est certain, Minerva, on doit chercher pourquoi et comment.

-Il est malade et très affaibli, est-ce que ça aurait à voir avec les événements ? J'ai remarqué que plus le brouillard était épais et plus Albus s'enfonçait dans le néant. Est-ce que ça aussi c'est lié ?

-Peut-il entendre ?...et parler ?

-Non, il est entré dans une phase comateuse. Il divague parfois, mais c'est tout.

-Alors comment allons-nous faire pour l'interroger ? grogna Snape en faisant les cent pas dans le bureau. Lui seul a les réponses à nos questions.

-On doit trouver une autre solution, émit Lucius.

-Il faut que je réfléchisse à tout ça, on marche en terrain inconnu, surtout avec Albus. C'est un homme secret.

-On ne fait que ça depuis des semaines, Severus, répondit Harry alors si tu dois réfléchir, fais-le vite.

-Fouiller le cerveau d'un vieil homme, est délicat, je ne peux pas y aller comme un troll des montagnes...je risque d'empirer les choses et là je serais bien en peine de lui soutirer des souvenirs.

Minerva McGonagall secoua la tête.

-On ne peut rester indéfiniment dans cette situation précaire, messieurs, et si on ne fait rien, Albus mourra de toute façon et on ne sera pas plus avancé, asséna avec force la directrice de Poudlard qui pensait avant tout à la sécurité de ses jeunes pensionnaires.

Snape opina gravement, l'heure était extrêmement sérieuse et la tâche qui les attendait, ardue.

-Je vais tenter la légilimencie...je n'ai pas le choix. Pendant ce temps vous allez chercher dans ses quartiers et son bureau s'il n'aurait pas laissé un mot pour nous, ou quoi que ce soit d'autre.

-Tu crois qu'il avait prévu le coup et qu'il aurait laissé des indices ?

-On peut toujours y croire, non ?

-Ok, je m'occupe de ses quartiers, approuva le jeune homme.

-Fouillez partout, même les endroits improbables et si cela ne suffit pas on fouillera le château de fond en comble.

Harry, Severus et Lucius étaient fermement décidés à découvrir les secrets d'Albus et ce par tous les moyens possibles. Lucius ne perdit pas de temps et commença à ouvrir tiroirs, armoires et secrétaire avec l'aide de Minerva tandis que Snape partait à grand enjambées vers l'infirmerie et Harry vers les appartements du vieil homme.

Le maître des potions poussa un juron bien senti quand les escaliers essayèrent de le faire tomber à plusieurs reprises. Il ne dut qu'à sa force et à son équilibre d'arriver sain et sauf aux portes de l'infirmerie en entier.

-Tu es rentré ? demanda Drago en apercevant son parrain pénétrer dans la salle aseptisée.

-Je n'ai pas le temps, là, Drago.

Le jeune serpentard déposa les fioles de sommeil sans rêve que Pompom lui avait demandé, puis compris que Severus ne parlera pas en présence de l'infirmière et du professeur qui l'accompagnait avec d'autres fioles.

-Passes ce soir, fut tout ce que Severus daigna lui dire en murmurant.

-D'accord, acquiesça le fils de Lucius tout en sachant que le "plus tard" de son parrain signifiait très tard dans la nuit et seul de préférence.

Et puis Drago n'avait plus une minute à lui, car s'occuper de la sécurité de Poudlard lui prenait beaucoup de son temps même s'il était aidé par certains professeurs, les derniers qui n'avaient pas encore abandonné. Sans compter que depuis quelques jours les fantômes de l'école leur faisaient la vie dure, ainsi que les portraits qui les envoyaient sur de fausses pistes pour leur faire perdre la tête.

Le château s'était ligué contre eux, comme les escaliers qui ralentissaient leur progression pour fermer une porte ouverte qu'une alarme leur avait signalée, des portraits qui les insultaient, des portes qui claquaient et qui pourtant étaient fermées. Drago ne comptait plus le nombre de chute qu'il avait fait ni le nombre de bleu qu'il avait sur le corps.

Il lui tardait que cette histoire de fou se termine, mais là pour l'instant il devait se rendre dans les cachots, une alarme ayant retentit, une fois de plus. Le serpentard courut dans les couloirs et parvint jusqu'au laboratoire de son parrain. Baguette au bout des doigts il fouilla méthodiquement chaque recoin sans trouver âme qui vive.

Un gros mot s'échappa de ses lèvres. On se moquait de lui, on le tournait en ridicule et Salazar qu'il n'aimait pas ça !