Chapitre 10
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— Vous avez gagné… marmonna Hitomi en posant ses cartes sur le tapis. Une fois de plus…
Hitomi, Folken et Allen jouaient aux cartes depuis plus d'une heure et Hitomi ne gagnait que rarement. Folken entreprit alors de ramasser les cartes et les rassembla en un bloc qu'il mélangea.
— Tu vois, je t'ai dit que j'avais toujours eut de la chance… dit-il. Depuis cette altercation avec ce dragon, j'ai eu très peu de déconvenues.
— Van et Merle sont partis depuis longtemps, non ? demanda alors la jeune femme.
— Oui, répondit Dilandau, installé près de la cheminée, en train de lire.
— Ils ne devraient plus tarder, le dîner approcher, dit Allen.
Soudain, il y eut un bruit de porte dans le hall d'entrée, puis la porte du salon s'ouvrit et tout le monde tourna la tête pour voir Van entrer dans la pièce, les ailes déployées qui trainaient au sol. Il titubait, comme s'il était épuisé. Soudain, il s'écroula et s'avala sur le carrelage.
— Van ! s'exclama Hitomi en se précipitant sur lui. Van !
Elle le retourna sur le dos et Folken s'agenouilla près de lui. Il posa une main sur son front et hocha la tête.
— Il est évanoui, dit-il.
Hitomi fronça les sourcils et approcha sa main du garçon, elle ferma les yeux et soudain recula comme si elle avait pris l'électricité. Elle tomba sur le derrière, posant une main sur son ventre.
— Hitomi ? dit Folken en tendant le bras. Qu'est-ce que tu as ?
Dilandau et Allen s'approchèrent et Dilandau aida sa compagne à se relever. La jeune femme trébucha et s'assit sur une chaise en secouant la tête.
— Une attaque, dit-elle en regardant Van inconscient. Je viens d'avoir une vision…
— Une attaque ? répéta Folken. Mais… Où ? Et de qui ?
Van remua soudain et Folken l'aida à s'asseoir. Il posa une main sur sa nuque et Van secoua lentement la tête.
— Des Alseides… dit-il d'une voix faible. J'ai croisé des Alseides qui venaient dans notre direction… L'un d'eux m'a attaqué, sans prévenir, j'ai perdu mon courant d'air et j'ai dégringolé dans les arbres, je…
— De quelle couleur était-il ? demanda soudain Dilandau.
— Je ne sais pas, dit Van en s'appuyant sur le bras de son frère pour se relever. Gris il me semble mais je n'en suis pas sûr…
— Diretto ! s'exclamèrent alors Folken et Dilandau en même temps.
— De quoi ? demanda Allen.
— Diretto, dit Folken en regardant le Chevalier. C'est une Forteresse Volante de Zaibacher. Ils possèdent un Guymelef gris argenté… et son pilote est un assassin professionnel.
— Un assassin ? s'exclama Merle dans un petit cri.
Van gémit soudain et Folken avança la main. Il la passa sur derrière son épaule et son frère fit un bond en gémissant de douleur.
— Il a l'aile droite cassée, dit l'ancien Général. Les arbres t'ont empêché de mourir mais tu as morflé… Viens, je vais te soigner…
— Faut-il faire venir Mirana ? demanda Hitomi.
— Non, je vais m'en sortir tout seul, merci.
— Moi, je vais au palais avertir le Roi, dit alors Allen.
— Je viens avec toi, dit Hitomi.
— Non, dit Dilandau. Toi, tu restes là.
— Mais pourquoi ?
— Parce que tu es enceinte, dit l'ancien soldat. Je ne sais pas si tu as fait attention mais quand tu as eu ta vision, tu as porté une main ton ventre. Je ne veux pas qu'il arrive quoi que ce soit à ton enfant.
— Notre enfant, rectifia la jeune femme, touchée par tant d'attention.
Elle sourit au jeune homme puis reporta son attention sur Van. Folken l'avait aidé à se relever et le tenait par le bras d'une poigne solide. Son aile gauche &était repliée mais la droite traînait au sol d'une façon misérable qui déchira le cœur d'Hitomi.
— Allons-y.
Allen alla ouvrir la porte de la pièce et Folken et Van disparurent dans les escaliers. Allen fit quand même signe à un domestique de les accompagner, à défaut d'avoir un médecin sous la main, puis il se tourna vers Dilandau et Hitomi qui discutaient à voix basse. Merle, elle, était debout dans un coin de la pièce, apeurée.
— Je vais bien, dit alors Hitomi. Dilandau, arrête, s'il te plaît.
— C'est toi qui le dis, dit Dilandau. Tu ne contrôles pas ton pouvoir de vision, il se déclenche n'importe quand…
— Laisse-la donc un peu, dit Allen. Si elle te dit qu'elle va bien, alors c'est que c'est vrai. Tu devrais plutôt aller voir si Folken n'a pas besoin de quelque chose.
A contre cœur, Dilandau s'éloigna d'Hitomi après qu'elle eut hoché la tête pour lui. Il quitta ensuite le salon et Allen annonça qu'il partait au palais prévenir le roi d'Astria qu'une forteresse de Zaibacher faisait route vers Pallas.
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Dans la chambre de Van, cependant, Folken avait allongé son frère sur le ventre et demandé au domestique d'aller lui chercher de l'eau chaude et des linges propres. Profitant de la présence de Dilandau, il le mit lui aussi à contribution.
— Va dans mon armoire, Dilandau, dit-il en se débarrassant de son écharpe. Descends-moi la boite qui est tout en haut de l'étagère de gauche, c'est une boîte en bois marron. Fais attention, son contenu est fragile.
Dilandau hocha la tête et quitta la chambre. Il fit un crochet pour entrer directement dans celle de Folken et se dirigea aussitôt vers la grande armoire en face de la porte.
Ouvrant le battant gauche, Dilandau constata qu'il était rempli de vêtements de couleur sombre. Il repéra rapidement la boîte demandée et dû monter sur une chaise pour aller la récupérer. Il se demanda brièvement ce qu'elle pouvait bien contenir pour que son ami la garde à une telle hauteur, mais il se garda bien de l'ouvrir. Fouiller dans les affaires des autres était une règle absolue chez Folken. C'était strictement interdit et cela pouvait valoir une solide correction de sa part. Plusieurs fois le jeune soldat en avait fait les frais quand il avait été plus jeune, et depuis, il s'interdisait systématiquement de regarder dans les affaires des autres, même si c'était là sous son nez…
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Quand Folken fut en possession de la boîte, il la posa près de Van, l'ouvrit et prit dedans un petit sachet de cuir fermé par un lacet jaune. Il y en avait une douzaine d'autres, chacun fermé par un lacet de couleur différente, avec un nœud différent aussi, pour certains.
— Trouve-moi un verre d'eau, dit ensuite Folken en ouvrant le sachet de cuir.
Dilandau s'exécuta et revint avec un gobelet de métal dans lequel Folken jeta des herbes du sachet. L'eau se teinta aussitôt de rouge. Folken aida ensuite son frère à se relever sur un bras, et Dilandau lui tendit le gobelet pour qu'il en boive un peu.
— C'est répugnant, dit Van en grimaçant.
— C'est pour la douleur, ça va rapidement la calmer et je pourrais soigner ton aile sans risquer de te faire mal, répondit Folken. Encore un peu, ajouta-t-il à l'intention de Dilandau.
Van but une seconde gorgée en plissant le nez puis il se rallongea sur le ventre en soupirant, le visage dans la courtepointe.
— Ne bouge pas, Van, dit alors Folken en se penchant sur le dos de son frère. Je vais attraper ton aile et avec Dilandau, nous allons remettre l'os dans son alignement. Tu ne devrais pas sentir trop de douleur, mais tu as le droit de tomber dans les pommes.
Van eut un rire amer puis Dilandau grimpa sur le lit, à la tête de Van, et Folken lui montra comment tenir l'os brisé entre ses mains. Van gémit près de son genou mais il décida de l'ignorer. En tant que soldat casse-cou, il avait déjà eu à se remettre lui-même des os en place, ou à le faire sur ses hommes, et même si ce n'était pas la manipulation la plus agréable qui soit, elle était nécessaire pour ne pas que le blessé ne perde son membre.
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Allen ne revint que deux bonnes heures plus tard, accompagné par une Mirana un peu échevelée à cause d'une folle course sur la croupe d'un cheval, cramponnée à la taille d'un Chevalier Céleste.
Hitomi les accueillit sur le perron de la maison.
— Folken avait dit que ce n'était pas nécessaire, dit-elle.
— Même s'il sait ce qu'il fait, un médecin est toujours nécessaire, rétorqua Mirana en remettant ses cheveux en place. Conduis-moi à lui. Que lui est-il arrivé ?
— Il a été attaqué par des Zaibachers, dit Allen. Apparemment, il volait au-dessus d'Astria et il est tombé sur un Guymelef gri, un Alseides de Zaibacher, qui l'a bousculé et envoyé dans le décor…
— Ils venaient sur Pallas ? demanda Mirana, surprise.
Les trois jeunes gens prirent pied sur le palier et Allen conduisit la princesse jusqu'à la chambre de Van.
Le regard que Folken adressa à Allen quand il vit Mirana entrer, en disait long, mais le Chevalier ne se démonta pas et demanda à Dilandau et Hitomi de sortir de la chambre avec lui.
Dans le couloir, Hitomi remarqua Merle qui était assise par terre, non loin.
— Merle, dit Hitomi. Viens ici…
La jeune chatte se leva et vint se blottir contre Hitomi qui la prit dans ses bras.
— Maître Van… gémit-elle.
— Ça va aller, il est avec Folken et Mirana, tout va bien Merle…
Hitomi lui caressa le dos puis Allen proposa qu'ils redescendent au salon plutôt que de reste debout là à ne rien faire.
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Dans la chambre de Van, cependant, Mirana avait inspecté la blessure. Sans déchirure de la peau, la fracture avait été bien remise en place mais Van était dans les vapes et Mirana proposa à Folken qu'ils lui apposent un cataplasme pour atténuer la douleur des muscles malmenés.
— Quand est-ce que ce que vous lui avez donné cessera de faire effet ? demanda Mirana alors qu'elle préparait le cataplasme, les deux mains dans un bol, pétrissant quelque chose de vert qui embaumait toute la pièce.
— D'ici deux ou trois heures, répondit Folken après avoir cherché dans sa mémoire. Les plantes l'ont détendu et la douleur l'a assommé, il va rester sur le carreau un petit moment…
— Très bien. Voilà, dit-elle ensuite en levant les mains. C'est prêt.
Elle regarda Van et se mordit les lèvres.
— Il va falloir… dit-elle en grimaçant.
— Quoi ? demanda Folken.
— Eh bien… le cataplasme doit être à même la peau, alors… Les plumes, vous savez…
Mirana semblait mal à l'aise et Folken pinça la bouche. Il opina ensuite et entreprit d'arracher les plumes de son frère à l'endroit où l'os avait été fracturé. Il découvrit rapidement que la peau dessous était noire, à cause d'un épanchement de sang, et il remercia Mirana en silence.
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— Voilà. C'est terminé.
— Vous pouvez aller rejoindre les autres et leur dire que tout s'est bien passé, dit Folken. Je vais finir le bandage et je vais attendre qu'il se réveille.
Mirana opina et alla se laver les mains dans la bassine près de la fenêtre. Elle quitta ensuite la chambre et descendit dans le salon. Quand elle y entra, tous les visages se tournèrent vers elle.
— Alors ? demanda Allen en se levant. Comment va-t-il ?
— Folken termine le pansement, il va rester près de lui jusqu'à ce qu'il se réveille. L'alignement a été correctement fait, mais j'ai préféré poser un emplâtre pour éviter les gonflements et aussi pour évacuer l'épanchement de sang dû à la fracture.
— Je peux aller le voir ? demanda alors Merle en se tordant les doigts.
— Oui, répondit Mirana. Tu peux y aller.
La jeune chatte disparut alors et Hitomi soupira.
— Qu'est-ce que le Roi Aston a dit, pour la forteresse ? demanda-t-elle alors.
— Rien, répondit Allen en jetant un coup d'œil à Mirana. Il pense que la forteresse ne viendra pas jusqu'ici.
— Je ne parierai pas dessus, grimaça Dilandau. Les soldats de Diretto sont des monstres par rapport à mes hommes et moi…
Il croisa les bras et Allen le regarda en fronçant les sourcils.
— Je te ramène, dit alors le Chevalier en regardant Mirana. Dilandau, tu viens avec moi, expliquer à Aston ce qui risque de se passer.
— Et moi ? demanda Hitomi.
Les deux garçons et Mirana la regardèrent et la jeune femme comprit qu'elle n'aurait que le droit de rester sagement à la maison. De toute façon, à quatre lunes de grossesse, monter à cheval lui était interdit, donc à moins d'aller à pieds jusqu'au palais royal…
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Quand tout le monde fut parti, Hitomi décida d'aller tenir compagnie à Folken et de veiller sur Van. Elle fut autorisée à entrer dans la chambre après un bref coup contre le bois blanc de la porte.
— Ces ailes prennent une de ces places, dit-elle en faisant un grand détour pour rejoindre Merle assise au bord du lit. Dans combien de temps se réveillera-t-il ?
— Bientôt, répondit Folken. Les plantes contenues dans le cataplasme doivent endormir la douleur et mes plantes vont bientôt cesser leur effet relaxant.
— Van a déjà eu affaire à des blessures bien plus sérieuses que cela, croyez-moi, Folken, dit alors Hitomi. Il est solide, il ne faut pas vous en faire…
— J'imagine, dit Folken. Il n'empêche que je l'ai retrouvé maintenant, et que le voir blessé comme ça me fend le cœur.
— Vous vous faites du mal pour rien, répondit Hitomi. Cependant, si nous devons nous défendre contre des Zaibachers, j'ai peur qu'il ne puisse seconder Allen… grimaça-t-elle. Il pourrait à la rigueur piloter Escaflowne à distance mais il sera trop faible…
Folken regarda Hitomi et fronça les sourcils.
— Je le remplacerai, lâcha-t-il.
Hitomi le regarda avec surprise.
— Je vous demande pardon ? demanda-t-elle.
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— Pas question !
Allen était de retour avec Dilandau et Hitomi venait d'exposer la proposition de Folken au Chevalier.
— J'ai dit que je remplacerai mon frère, Allen, dit Folken, convié à rejoindre le salon après l'annonce de la nouvelle. Et je le ferais.
— Mais seul le Roi de Fanélia peut piloter Escaflowne, répondit Allen. Et ce serait beaucoup trop dangereux, Folken…
— Dangereux ? Je suis un Général Zaibach, Messire Chevalier, je pense qu'en matière de danger, j'en connais un peu plus que vous autres Chevaliers Célestes. De je suis le Prince Héritier de Fanélia, dit Folken en fronçant les sourcils. Il me suffira simplement de mêler mon sang à une Drag-Energiste et de la placer dans le Cœur de Dragon.
— Vous n'avez pas de Drag-Energiste, protesta Allen en croisant les bras.
— En venant, j'ai vu une mine d'Energistes, à moins de trois miles d'ici, répondit Folken avec un coup d'œil pour Dilandau qui opina En volant, j'y serais en une demi-heure…
— Des Energistes ne sont pas des Drag-Energistes, fit remarquer Hitomi. Ces pierres sont mortes…
— Je sais, soupira Folken. N'oubliez pas que je suis né dans un pays infesté de Dragons… Je sais faire la différence entre une Energiste morte et une fraiche.
Il baissa le nez et grimaça.
— Mais je suis aussi un Sorcier, et je sais comment réactiver une Energiste pour la transformer en Drag-Energiste. Je ne l'ai encore jamais fait, certes, mais les ingrédients ne pas compliqués à trouver. Si vous me laisser deux jours, je pourrais piloter Escaflowne sans dangers.
— Si vous le dites, je vous crois, dit Allen. Mais je reste sceptique…
— Vous verrez, dit Folken avec un hochement de tête. Cependant, c'est un secret à ne pas divulguer sans quoi les Chasseurs de Dragons se contenteraient de ramasser des Energistes, de les réactiver et de prétendre ensuite qu'ils ont tué un Dragon pour l'avoir. Le plaisir ne serait plus pareil et ces pierres précieuses deviendraient banales.
— Évidemment, dit Allen. Mais est-ce autorisé, seulement ?
— Je le fais par nécessité, répondit Folken, les sourcils froncés. Une fois que je n'aurais plus besoin de me servir d'Escaflowne, je détruirais l'Energiste.
Allen tourna la tête Hitomi qui haussa les épaules.
— Je ne sais pas, répondit la jeune femme. Honnêtement, je ne sais pas quoi en penser…
Allen soupira et regarda Folken qui soutint son regard un moment avant de se détourner.
— Je dois aller au palais avec le Shérazade, dit alors le Chevalier en regardant Hitomi. La famille royale a besoin de moi pour protéger le palais au cas où. Je te confie la maison, Hitomi, au moindre problème, envoie Gadès me chercher.
— Ne t'en fais pas, nous sommes loin de la ville, il ne devrait rien se passer d'important si jamais la Forteresse vient jusqu'ici, répondit la jeune femme.
Allen opina. Sa maison était en dehors de Pallas, à environ une demi-heure de cheval de la ville, et c'était très bien comme ça.
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Quand le Chevalier fut parti, Folken retourna auprès de son frère et laissa le jeune couple seul dans le salon. Il leur renvoya Merle quelques instant plus tard et les trois adolescents entreprirent de passer le temps avec ce qu'ils avaient sous la main, à savoir des livres…
