Ce qui allait à nouveau bouleverser ma vie s'est déroulé dans cette boutique où je travaillais.
Un mercredi matin, alors que j'étais en train de ranger un nouvel arrivage de livres traitant de la civilisation et de l'histoire de Suna, un client est entré. Au début, je me disais qu'il avait lui aussi cet air mystérieux et un peu obscur de ceux que mon patron accueille habituellement dans l'arrière-boutique.
Grand, les épaules larges, il était vêtu d'une ample cape noire à laquelle il ne manquait que les nuages pourpres pour être semblable à celles de l'Akatsuki. Cet homme dont la manière de marcher avait une certaine puissance, cachait soigneusement sont visage par un grand chapeau de paille tissée bordé de franges de tissus. Il me dit qu'il avait réservé le livre « punk is not dead ». Comme pour tous ceux ayant appliqué le protocole, je le conduisis à la porte menant à l'arrière-boutique et allai l'ouvrir lorsque sa main m'arrêta.
De cette même main, sans que je puisse réagir, il me plaqua violement contre la porte et de l'autre il me souleva le menton de manière à observer mon visage.
« Toi..Tu es… Yuki, n'est-ce pas ? » Demanda-t-il d'une voix rauque et basse, peut-être un peu tremblante.
Cette voix me rappela d'anciens souvenirs…Des moments passés dans une famille bizarre aux membres encore plus bizarres. « Ki…Kisame ? »
« Qu'est-ce que tu fais là ? Itachi et Deidara t'ont cherché comme des fous ! »
L'émotion me submergeait, je n'arrivai pas à saisir les paroles qu'il prononçait. Tout ce que je pouvais faire, c'était le fixer de mes yeux ébahis, d'écouter le son de sa voix… L'Akatsuki… L'Akatsuki, elle m'avait trouvée ! J'allai revoir Dei-kun ! Je pourrai porter cet uniforme qu'il avait fait spécialement pour moi ! En plus, si Itachi m'a cherchée, cela veut-il dire qu'il ne m'a pas trahie, qu'il ne m'a pas abandonnée ? Il n'a pas cherché à se débarrasser de moi ?
Les larmes coulèrent toutes seules le long de mes joues. Je ne m'en rendis compte que lorsque Kisame ne savait quoi et paraissait de manière évidente très embarrassé. Je n'ai alors pu m'empêcher de sourire à travers les gouttes salées. C'était la première fois que je pleurai. Et contrairement à ce que disent les livres, il n'y a avait ni tristesse ni amertume derrière.
Finalement, une fois calmée, il m'expliqua que cette nuit-là, Itachi avait dû combattre un groupe d'anbus alors que je dormais. Il s'était éloigné de notre camp mais ne put retrouver l'endroit où nous nous étions installés.
Kisame l'avait rejoint, le matin suivant, suivi par Dei-kun. Ensemble ils me cherchèrent mais j'avais disparu de l'abri. J'étais alors déjà aux portes de Konoha. Puis différentes missions leur ont été assignées par le boss qui ignorait plus ou moins mon existence, si bien qu'ils n'avaient plus la liberté de glaner de possibles informations ici et là à mon propos.
Les faits en étaient à ce stade quand l'état des yeux d'Itachi devint soudainement critique. Si le processus se maintenait à la même allure, il deviendrait aveugle dans trois semaines minimum. Cependant, même au sein d'une organisation telle que l'Akatsuki, la puissance d'Itachi était reconnue aussi, le boss, considérant comme du gâchis de le laisser s'éteindre comme cela, avait suspendu les missions pour Kisame, Dei-kun et Sasori pour que ceux-ci puissent capturer quelqu'un capable de guérir Itachi. Les trois noms qui viennent aussitôt à l'esprit sont Tsunade, Shizune et Sakura. Tsunade était une des sannins, le combat sans dommage collatéraux n'était pas envisageable. Quant à Shizune, elle était toujours avec Tsunade. Ne restait que Sakura Haruno.
C'était donc dans le but d'enlever cette dernière que Kisame est venu à Konoha, laissant Dei-kun et Sasori prendre soin d'Itachi, vision que j'avais d'ailleurs beaucoup de mal à imaginer.
Je proposai mon aide, sans réfléchir. Il accepta. Il partir alors d'un grand rire qu'il expliqua entre deux souffles « La tête des autres…Qu…Quand ils nous verront de retour !! ». Je pus apercevoir dans ce regard qu'il me portait que j'étais comprise dans le « nous ». Mon cœur se remplit de reconnaissance. Malgré ma vie tranquille ici, sans danger, avec Sai, malgré ce confort, j'étais aux anges. J'allai retrouver mon chez-moi. Enfin.
Ce ne fut que lorsque Kisame fut parti que l'information m'atteignit vraiment. Itachi devenait aveugle. Impossible. Comment un regard aussi perçant, aussi vif, comment un rouge aussi flamboyant pouvaient-ils être ternis ? Non, ils étaient bien trop fascinants pour cela, pour en arriver là. J'avais beau ne pas apprécier Itachi, je ne voulais pas, mais vraiment pas qu'une des rares choses que j'ai trouvé belles puisse être altérée . Et puis, c'était d'Itachi qu'on parlait ! C'était juste une blague de mauvais goût n'est-ce pas ?
Toutefois, mes sens ne pouvaient me tromper. Malheureusement. Je savais que Kisame disait la vérité. Et puis, il n'aurait jamais fait une telle farce sur Itachi. Pas sur Lui. Je le savais parce que j'avais vu la manière dont l'homme-poisson regardait son coéquipier. Je l'avais remarqué, ce regard dans ces yeux habituellement froids. Je l'avais senti, sa détresse lorsqu'il m'a parlé du mal dont le brun était atteint. Cela faisait bien longtemps qu'un sentiment aussi fervent m'étais parvenu, aussi, pour ne pas perdre le contrôle, j'avais fermé mon cœur au monde extérieur, repoussant toute émotion me parvenant.
Maintenant, Kisame était entré dans l'arrière-boutique. Je m'ouvrai tout doucement au trouble qui avait secoué l'homme-poisson.
Mes yeux se fermèrent aux souvenirs de Kisame. Son envie d'arracher la tristesse du visage de l'Uchiwa alors qu'il fixait un point invisible, quelque part vers l'horizon. L'envie de le serrer dans ses bras lorsqu'il le voyait seul, debout dans la pluie. Cette solitude, ce froid, ses doigts s'accrochant aux draps glacés quand la nuit, Itachi était occupé avec une femme, dans la chambre juste à côté. Cette extase devant les combats où, la grâce, la sensualité et la puissance imprégnant chacun de ses mouvements, débordaient dans une danse macabre. La vision du sang coulant sur la peau pâle, laissant une trace éclatante, remplissant Kisame d'admiration devant la beauté du tableau mais aussi de peur, un petit pincement au cœur, à l'idée que ce corps tant chéri puisse avoir une seule blessure.
Et maintenant…Et maintenant il était bouleversé au point que je pouvais facilement percevoir tout cela, tout ce qu'il avait caché avec tant d'attention, tant de soin à tout le monde. Personne ne devait savoir.
Ce qui me touchait le plus chez Kisame, c'était la manière dont il regardait ses mains faites pour massacrer, souvent le soir, et qu'il remarquait à quelle point ces doigts épais, ces cals au creux de sa paume, ces mains de tueur froid et sanguinaire, ces muscles qui servaient à détruire, cette peau qui se couvrait souvent du sang des autres, combien tout cela contrastait avec Itachi. Certes le porteur de sharingan était aussi un tueur froid et parfois cruel mais rien en lui ne montrait de la violence brute, quelque soient ses actions, ses expressions faciales, Itachi serait toujours un représenté du Beau. Contrairement à l'homme-requin.
Kisame revint de l'arrière-boutique avec des informations. A partir de cet après-midi, la majorité des ninjas allaient partir en mission pour ne revenir que de huit à onze jours plus tard. Aussi, il sera vraiment facile de capturer la cible. Seul obstacle :Kakashi Hatake. En effet, le sensei de Sai allait probablement rester au village et passer la majorité de son temps avec elle. Normalement, un combat avec lui n'aurait pas dérangé Kisame. Cependant, ce dernier avait reçu l'ordre de se faire discret. Autant que possible. C'était là que j'allai intervenir.
Je devais garder Kakashi loin de Sakura pendant au moins trois jours pour laisser à Kisame la liberté de choisir le moment le plus opportun et créant le moins de vagues. Comment ? Je n'en avais strictement aucune idée.
Il était évident que je ne pouvais pas songer au combat. Peut-être l'occuper en simulant une grave blessure devant lui ? Non, il ne ferait que m'accompagner à l'hôpital. J'avais encore une option mais je voulais, si possible, ne pas la mettre en application. Je ne l'utiliserai qu'en dernier recours.
Mais j'avais beau me creuser les méninges, je ne trouvais pas d'autre solution. Deux jours après, je pris congé de la boutique et me dirigeai vers un endroit où Kisame m'avait dit fort fréquenté par Kakashi.
