La rapidité avec laquelle les guérisseurs et les Aurors s'organisèrent aurait pu impressionner Harry s'il ne s'était pas retrouvé en quelques instants menacé par deux baguettes magiques. Les chasseurs de mages noirs essayèrent de lui poser des questions sur un ton brusque, mais il ne les comprenait pas plus qu'eux lorsqu'il essayait de leur signaler qu'il était anglais et ne parlait aucune autre langue. Si la situation n'avait pas été aussi dramatique et lui-même directement menacé, Harry aurait sûrement trouvé l'énervement grandissant très drôle.
Il fallut qu'un guérisseur intervienne pour soigner sa blessure pour que les deux baguettes disparaissent quelques minutes. Déplaçant délicatement les tissus imbibés de sang qui recouvraient l'entaille profonde, le sorcier fit une grimace mais ne parut guère alarmé. Le maléfice de la Robe blanche n'avait fait qu'effleurer l'épaule du moins, Harry pouvait s'estimer heureux de ne pas avoir eu l'épaule transpercée de part en part.
− Vous êtes anglais, c'est bien ça ? dit le guérisseur d'une voix hésitante.
Harry sentit que l'anglais n'était pas la langue avec laquelle était le plus à l'aise, car il semblait avoir longuement réfléchi à sa question avant de la formuler.
− Oui, dit Harry.
− Je demanderai à un Auror qui parle anglais de venir prendre vos… dires, déclara le guérisseur.
Plongeant une main dans sa besace, il en sortit un pot métallique contenant une substance crémeuse diffusant une délicieuse odeur de caramel. Etonnant que les onguents puissent sentir bon, alors que les potions étaient bien trop souvent infectes à ingurgiter. La sensation glacée que la crème apposa sur sa blessure, cependant, le fit frissonner de la tête aux pieds et claquer des dents, arrachant un léger sourire au guérisseur.
− Parfum fraîcheur des glaces, annonça-t-il.
Un Auror aboya quelque chose, visiblement très mécontent du temps que prenait le guérisseur, qui rangea le pot dans sa besace puis s'éloigna sans un mot. Les deux chasseurs de mages noirs s'approchèrent de nouveau de lui, mais ne le menacèrent plus. Observant le guérisseur, Harry le vit s'arrêter près d'un homme solidement bâti, puis les souffler deux mots.
L'Auror hocha légèrement la tête, lança une ou deux consignes à ses collègues les plus proches puis rejoignit ses deux collègues surveillant Harry. L'homme rappelait légèrement Maugrey, avec ses yeux sombres et perçants, sa crinière grisonnante et son visage marqué de nombreuses cicatrices. Son nez, en revanche, était intact, mais il ne paraissait guère plus confiant que Fol Œil, dévisageant Harry d'un œil suspicieux et calculateur.
− Vous êtes anglais, hein ? lança-t-il dans un parfait anglais. Et d'après ce que j'ai pu comprendre, vous ne faîtes pas partie des élèves de Massalia. Que faisiez-vous ici, alors ?
− J'essayais d'aider, répondit Harry.
Le regard implacable de l'homme était quelque peu déstabilisant, mais Harry le soutint sans ciller.
− Vous m'avez mal compris, dit l'Auror. Que faisiez-vous à Massalia, la nuit même où l'école est attaquée ? Les témoignages que nous avons recueillis indiquent que les passages secrets conduisant à l'extérieur étaient investis par les assaillants, pour la plupart. Vous n'avez pas pu entrer par les portes, comme l'affirme le professeur. Alors comment êtes-vous entré ?
Harry sentit l'agacement monter en lui, semblable à un serpent se dressant dans une attitude offensive.
− Vous ne répondez pas, remarqua l'Auror d'un air satisfait.
Il lança un ordre aux deux Aurors postés derrière lui. L'un d'eux s'avança aussitôt en faisant apparaître une paire de menottes à l'extrémité de sa baguette magique. Flottant dans les airs, elles fondirent brusquement vers lui afin d'emprisonner l'un de ses poignets, puis de malmener son bras transi par la crème glacée pour refermer l'anneau restant autour de son autre poignet.
− Malheureusement, reprit l'Auror qui supervisait les opérations, les criminels internationaux dépendent de leurs ministères respectifs. Nous ne pourrons certes pas vous garder longtemps, mais je suis certain que votre prison se chargera de compenser notre frustration d'avoir dû vous laisser partir pour la Grande-Bretagne avant que vous ne nous ayez tout avouer.
Il lança un ordre sec à l'Auror qui avait menotté Harry, puis tourna les talons. L'homme glissa sa main valide au fond d'une poche pour en sortir un réveil, dont il tourna l'aiguille des secondes. Dès qu'il lâcha la molette, la très fine aiguille enclencha un compte-à-rebours suffisamment large pour laisser le temps à l'Auror de saisir Harry au bras droit.
Lorsque l'aiguille des secondes revint à son point de départ, Harry ressentit une étrange secousse au nombril puis sentit quelque chose le happer vers le réveil. Ses pieds quittèrent la pelouse du parc, tandis qu'il était emporté par l'Auror et le réveil dans un tourbillon de couleurs sombres et de sons indéfinissables. Puis, au bout d'un moment, il se sentit ralentir et anticipa l'impact. Ses jambes heurtèrent une surface dure, ses genoux fléchirent mais, cette fois-ci, Ron n'était pas là pour trébucher et le projeter au sol.
Se redressant, Harry observa la grande pièce dans laquelle l'Auror l'avait emmené. L'espace d'un instant, il crut que le chasseur de mages noirs et le Portoloin l'avaient conduit jusqu'en Angleterre, car l'endroit ressemblait à s'y méprendre au Bureau des Aurors du ministère britannique de la Magie. A quelques différences. Ici, les boxes étaient disposés de chaque côté d'une allée centrale qui conduisait directement à un bureau privé, sûrement celui du directeur.
Les boxes contenaient un mélange hétéroclite de posters d'équipes de Quidditch, d'avis de recherche de sorciers et de sorcières inconnus aux yeux de Harry, de photos de famille ou de souvenirs divers remontant souvent à une enfance ou une scolarité. Aucun portrait de Mangemort, ici, mais de nombreux articles traitant de la guerre qui se déroulait en Grande-Bretagne tapissaient les cloisons.
L'Auror poussa Harry sans ménagements le long de l'allée centrale, lança un ordre sans s'adresser à un collègue particulier, puis il fit entrer son prisonnier dans un box – visiblement le sien. Un jeune homme se présenta moins d'une minute plus tard, apparemment ravi de pouvoir se rendre utile. Son collègue lui donna quelques consignes, désigna Harry d'un signe de tête, puis s'éloigna d'un pas vif en laissant le jeune Auror sortir sa baguette, juste au cas où.
Le regard de Harry se détourna bientôt du jeune Auror, attiré par une multitude de photos en noir et blanc qui ne correspondaient ni au cadre familial, à au cadre scolaire. Elles représentaient toutes le même adolescent, à divers endroits, comme si l'Auror à qui appartenait le box avait été chargé de la surveillance de cet individu. Un jeune homme aux cheveux noirs et sauvages, grand et athlétique, au sourire indescriptible et aux yeux d'une clarté très étonnante.
Sur un morceau de papier épinglé au milieu des photos, un mot incompréhensible précédait un « ? », comme si le chasseur de mages noirs chargé de surveiller le jeune homme s'interrogeait sur sa culpabilité présumée. Harry ne demanda pas une demi-seconde pour reconnaître Morphée Deadheart assis à une terrasse, mangeant un sandwich sur un banc public dans le monde moldu, achetant des ingrédients, lisant un livre, entrant dans un immeuble aux fenêtres et à la façade crasseuses.
Big Brother version sorcier, songea-t-il avant que des pas lourds ne reportent son attention sur l'ouverture. Raide comme une planche, le jeune Auror salua une personne qui apparut quelques instants plus tard. Un gros sorcier à peine moins gras que Horace Slughorn. Les yeux petits et porcins, les cheveux grisonnants et une barbe à pointe masquant ses quatre mentons, le sorcier visiblement important scruta un moment Harry.
− Je suis Stavros Papadopoulos, annonça le gros homme. Responsable du service de la Justice internationale. J'ai déjà prévenu votre ministère que vous étiez entre nos mains et nous allons procéder à votre transfert, mais je dois vous poser quelques questions avant. Je vous demande d'y répondre honnêtement, bien entendu, pour gagner du temps.
Harry ne répondit rien, mais Papadopoulos ne s'attendit pas à l'entendre acquiescer.
− Je ne crois pas que vous ayez une quelconque part de responsabilité dans la tragédie survenue à Massalia, dit le gros sorcier avec sincérité. Les témoignages de certains étudiants attestent que vous étiez effectivement là-bas en tant qu'allié, que vous avez refusé de quitter Massalia pour partir à la recherche d'éventuels survivants. Sauf que nous ne comprenons pas comment vous avez su et comment vous êtes entré.
Harry avait, heureusement, bénéficié d'un temps considérable pour pouvoir réfléchir à ces questions, même si les réponses qu'il avait inventées étaient impossibles à prouver. Il était toujours plus prudent de mentir que de rester silencieux.
− Je les ai vus, prétendit-il. Je parcourais la région quand je me suis souvenu que Massalia était dans le coin alors j'ai voulu voir à quoi ça ressemblait, mais des géants sont sortis de la forêt quand des sorciers ont transplané près de la lisière. Je les ai vus arracher le portail de ses gonds puis entrer dans le parc, alors j'ai remonté la rivière à la nage. Quand je suis arrivé à proximité du palais, l'un des géants avait déjà détruit un angle du bâtiment. Comme les débris s'étaient entassés contre le mur, j'ai juste grimpé sur les blocs de pierre pour atteindre l'ouverture, puis je suis entré.
C'était un mensonge monumental, mais pratiquement impossible à démentir, étant donné la destruction complète et impressionnante du palais. Certes, Harry serait dans l'embarras si l'un des sorciers du Culte venait était arrêté et révélait que les assaillants de l'école étaient tous sortis de la forêt, ou arrivés de la rivière. Pour le moment, les participants à la bataille étaient soit morts, soit en liberté alors, il ne risquait pas grand-chose.
− Et que faisiez-vous dans la région ? demanda Papadopoulos, perplexe. Le Traité international de l'éducation et de son système stipule pourtant que partout dans le monde dans la magie, l'année scolaire débute en septembre et finit à la fin du mois de juin…
− Je ne suis pas scolarisé, dit Harry d'un ton très naturel. Mon parrain pensait que c'était mieux ainsi, alors il me donnait lui-même des cours en respectant le programme scolaire et un observateur venait me faire passer tous les examens de fin d'année.
« Le mensonge engendre le mensonge », disait l'autre. Harry le savait pertinemment, tout comme il pressentait la situation critique dans laquelle il se retrouverait si ses mensonges venaient à être démentis, mais il n'avait pour le moment pas le choix. La seule chose qu'il voulait, c'était retourner en Grande-Bretagne gratuitement, car il avait du mal à s'imaginer traverser le continent européen à grand renfort de transplanages. En outre, il se sentirait plus à l'aise avec des Aurors britanniques qu'avec des grecs.
Papadopoulos hocha lentement la tête.
− Et votre parrain, où est-il ? s'intéressa-t-il.
− En Angleterre, mentit Harry. Son dernier séjour en Grèce s'était assez mal passé, alors je suis parti seul.
L'Auror qui l'avait menotté, debout derrière Papadopoulos, lança quelque chose. Même sans parler le grec, il sut que l'homme ne le croyait pas. Son expression sceptique en disait suffisamment, mais Papadopoulos se redressa, sans lui accorder la moindre attention.
− Très bien, déclara-t-il. Les Aurors britanniques se chargeront eux-mêmes de décider si oui ou non vous dîtes la vérité.
Lançant un ordre, il s'effaça lourdement pour laisser l'Auror s'avancer vers Harry en pointant sa baguette sur les menottes. Libéré, Harry se releva calmement et regarda le chasseur de mages noirs lui tendre sa propre baguette, non sans une certaine réticence. Harry la prit et la glissa aussitôt dans une poche, puis il emboîta le pas au sorcier gras qui l'invitait à le suivre.
Ils prirent le chemin inverse, s'éloignant du box de l'Auror et du bureau du directeur, pour franchir une grande et lourde double porte de chêne massif. Longeant un couloir, Harry remarqua que les fenêtres aménagées le long du mur de gauche étaient réelles, et non magiques comme c'était le cas au ministère britannique. Sous le ciel noir et constellé d'étoiles, une immense toile d'araignées de lumières s'étirait, éclairant toutes sortes de bâtiments, de la plus simple maison au plus imposant monument.
Harry n'avait encore jamais mis les pieds à Athènes, mais une étrange idée lui traversa l'esprit. A en juger par la hauteur qui le séparait de la ville, il soupçonnait le ministère grec de la Magie d'avoir été installé dans la colline au sommet de laquelle se dressaient l'Acropole.
− C'est ici, annonça Papadopoulos.
Harry reporta son attention sur une simple porte que Papadopoulos ouvrit. C'était une pièce circulaire, semblable à celles traversées à Massalia, mais richement décorée de mosaïques anciennes et récentes représentant l'histoire, ou une quelconque scène, de l'endroit. Enchaîné à deux des quatre piliers adossés au mur rond, un homme faisait l'objet d'un rituel qui paraissait le faisait disparaître, un cercle de sorciers et de sorcières autour de lui.
− C'est une simple salle de Transfert, assura Papadopoulos d'un ton jovial. Créée par le Conseil des sorciers grec pour exiler les criminels et les renvoyer dans leurs pays d'origine. Vous n'avez aucune inquiétude à avoir, la clef posée sur le plateau vous transportera jusqu'au ministère britannique comme n'importe quel Portoloin.
Harry pénétra dans la salle en remarquant, effectivement, un plateau de marbre émergeant du mur. Posée dessus, une vieille clé rouillée n'attendait plus qu'à le transporter jusqu'en Grande-Bretagne. Conscient d'être observé, il s'en approcha et ramassa la clé. A peine ses doigts eurent-ils effleuré le métal rongé qu'ils furent attirés par la clé et qu'une nouvelle secousse le happait au niveau du nombril.
Transporté une fois de plus dans un maelstrom de couleurs et de sons, Harry atterrit bientôt dans une pièce ronde et vierge de toute décoration, où trois baguettes magiques l'accueillirent avant même qu'il n'ait pu se remettre du choc de ses pieds contre le sol. Se redressant en roulant des yeux, il porta doucement une main à sa poche pour y récupérer sa propre baguette et la tendre à l'un des trois Aurors.
A sa grande satisfaction, personne ne le menotta, mais l'homme qui le saisit par le bras se montra plus brutal que nécessaire, le projetant à moitié contre le mur pour le faire avancer. Inspirant profondément, Harry suivit l'Auror de tête, qui tourna directement sur la droite, vers une double porte au-dessus de laquelle un écriteau parfaitement lisible indiquait : « Service de la Justice internationale magique ». Visiblement, il n'était pas près de sortir, qu'il soit jugé coupable ou non.
Alignés en trois rangées comme dans une classe, des bureaux aux lampes allumées faisaient face à une large baie vitrée côtoyant une porte. De toute évidence, le responsable du service aimait surveiller que ses collaborateurs ne paressent pas. Malgré l'heure tardive, quoi que Harry n'ait aucune idée de l'heure qu'il était, beaucoup de gens travaillaient encore, penchés sur leurs parchemins, rédigeant des lettres probablement officielles, comparant tout un tas de papiers ou parcourant une réponse plus ou moins satisfaisante.
Plusieurs têtes se levèrent à l'entrée des Aurors et de Harry, mais elles replongèrent aussitôt dans leurs tâches. La porte du bureau privé s'ouvrit avant même qu'ils ne l'atteignent, son occupant les ayant aperçus à travers la baie vitrée. Dans l'encadrement se tenait un homme de taille moyenne, le ventre bedonnant et les sourcils fins.
− Faîtes-le entrer, dit-il aux Aurors d'un ton impérieux.
Encore bousculé par l'Auror qui ne l'aimait visiblement pas, Harry fut poussé à l'intérieur puis assis sur la chaise faisant face au bureau avec rudesse. L'homme détenant sa baguette la posa sur le meuble, puis l'occupant chassa les chasseurs de mages noirs avant de refermer sèchement la porte. Immobile, Harry le vit du coin de l'œil passer à côté de lui, puis contourner le bureau pour se retrouver dans son fauteuil, au beau milieu de son champ visuel.
− Alors ! dit l'homme en tendant la main vers la baguette de Harry.
Suivant du regard le geste du responsable, Harry remarqua un petit écriteau d'or posé entre eux deux et portant le nom de « Gabriel BURROW ». Le nom évoqua aussitôt quelque chose dans l'esprit de Harry, un souvenir pesant auquel il n'avait attaché jusqu'alors aucune importante primordiale, mais qui ressurgit à la surface de sa mémoire comme si la scène s'était produite cinq minutes auparavant : Burrow était l'une des personnes présentes pendant l'interrogatoire subi par Elena, au cours de sa convocation au ministère.
Un sorcier du Culte ! s'exclama-t-il intérieurement, une sirène d'alarme se déclenchant dans son esprit.
− Harry Grant, c'est bien ça ? lança Burrow d'un ton impérieux.
− Et vous êtes Gabriel Burrow, je me trompe ? répondit Harry.
L'homme plissa ses petits yeux brillants dans une attitude clairement hostile. Rien d'étonnant à cela, puisque son homologue grec l'avait sûrement prévenu de l'intervention de Harry dans la bataille de Massalia. Sans doute que Burrow considérait comme capital qu'il réussisse à prouver la culpabilité de Harry : même si celui-ci ne semblait représenter aucune menace réelle pour le Culte, il s'était clairement opposé à l'organisation.
− Jouez au plus malin, Grant, vous rirez moins d'ici quelques minutes, déclara Burrow d'un ton malveillant. Dès que j'ai reçu l'appel de mon homologue grec, j'ai demandé à ce que des recherches soient effectuées, et vous ne devinerez jamais ce que j'ai découvert.
− Que même pour des recherches, vous êtes incapable de le faire vous-même ? suggéra Harry.
Burrow crispa la mâchoire, fusillant Harry du regard. C'est ça, énerve-toi, l'encouragea-t-il mentalement. Il avait déjà établi tout un plan, mais il lui fallait le réaliser. Compte tenu de l'homme qu'il avait face à lui, et du groupe auquel il appartenait, ses chances de quitter le ministère sans une paire de menottes aux poignets étaient maigres, pour ne pas dire inexistantes.
La situation critique imposait des mesures radicales, mais encore lui fallait-il agacer Burrow au point que celui-ci sorte de ses gonds et offre l'occasion à Harry d'appliquer son idée. C'était téméraire, peut-être même suicidaire néanmoins, il n'avait pas le choix.
− En réalité, je n'ai rien découvert, dit Burrow en secouant la baguette vers Harry, dans un geste sermonneur.
− Parce que vous voulez me faire croire qu'en dix minutes, vous avez déjà obtenu des résultats ? demanda Harry, faussement surpris.
− Mes employés sont très compétents quand je les pousse, affirma Burrow.
− Quelque chose me dit que si j'allais demander lequel a fait les recherches, personne ne se dénoncerait, rétorqua Harry d'un ton léger.
Burrow écrasa violemment la baguette de Harry sur le bureau et se leva d'un bond, furibard. Attendant qu'il soit passé derrière lui, Harry bondit sur le fin morceau de bois intact pour le pointer au-dessus de son épaule. Un trait rouge feu jaillit et frappa Burrow au moment où celui-ci, alerté par la soudaine activité du suspect, faisait volte-face avec une agilité surprenante pour un homme de sa corpulence. Trop tard, car l'éclair de Stupéfixion atteignit sa poitrine avant qu'il n'ait saisi sa propre baguette.
Le plus dur reste à faire, soupira Harry en enjambant le corps inerte de Burrow pour accéder à la porte. Ouvrant le panneau, il brandit sa baguette devant lui en voyant plusieurs employés debout, mais aucun ne parut tenter une quelconque attaque. Traversant la salle, Harry franchit la double porte en glissant sa baguette dans son dos. Il ne pouvait délibérément pas la ranger, car il n'était pas à l'abri d'une mauvaise rencontre. Il ne pouvait pas non plus se balader librement avec sa baguette à la main, de peur d'éveiller les soupçons.
Remontant le couloir, il bifurqua à tout hasard dans le corridor de gauche. Le plancher était couvert de fientes de hiboux, lui rappelant ce que Mr Weasley lui avait un jour expliqué sur les dégâts causés par les oiseaux du temps où ils étaient encore utilisés par les employés du ministère pour se transmettre des informations. Atteignant en un temps record l'extrémité du couloir, Harry tourna la tête dans les deux directions proposées et aperçut, à gauche, les ascenseurs constituant sa porte de sortie.
Au moment où il appuya sur un bouton d'appel, un grand cri s'éleva d'un couloir éloigné. Tambourinant avec un peu de plus de fougue le bouton, bien qu'il sut parfaitement que ses efforts étaient inutiles, Harry bondit à droite lorsque les portes d'un ascenseur s'ouvrirent dans un grincement métallique. Un petit saut salvateur, car un éclair de lumière rouge vint percuter le pan de mur du bouton qu'il avait martelé un instant plus tôt. Dubitatif par cette chance insolente, Harry pénétra dans la cabine et appuya sur le bouton de descente.
Le martèlement d'un grand nombre de pas lancés en pleine course lui parvint rapidement. Par sécurité, plus pour freiner l'ardeur de ses poursuivants que pour en neutraliser un, Harry décocha un nouveau trait rouge feu vers le couloir d'où avait jailli le sortilège et rentra de justesse son bras armé, qui faillit être coincé entre les deux portes de l'ascenseur.
Poussant un profond soupir, Harry enchaîna les étages sans que la voix froide et féminine ne les annonce. Quand il était rentré au Terrier, juste après la finale de la Coupe du Monde de Quidditch, Mrs Weasley s'était plaint des longues absences de son mari, informant ses enfants, Harry et Ron que Mr Weasley n'était plus resté travailler si longtemps depuis la première guerre contre Lord Voldemort. Sans doute trop mobilisés, les employés resteraient plus tard au travail, permettant ainsi à Harry d'atteindre l'atrium en moins d'une minute.
Lorsque la grille d'or coulissa pour libérer l'accès, Harry hésita un bref instant à sortir baguette levée. La gardant le long du corps, légèrement cachée derrière sa jambe, il traversa d'un pas vif le hall des ascenseurs, indifférent à l'attention qu'il suscita auprès des rares employés rentrant chez eux ou remontant dans les étages. Personne ne se présenta face à lui, jusqu'à ce qu'il franchisse les immenses portes d'or donnant sur l'atrium. Il avait fait à peine un mètre lorsqu'un jet de lumière manqua de peu son épaule pour aller s'écraser contre les omoplates de la statue d'or représentant un sorcier, au centre de la Fontaine de la Fraternité.
Se retournant, Harry aperçut brièvement une poignée d'hommes armés qui décochaient une pluie de sortilèges à son intention, mais les ténèbres étouffantes du transplanage l'engloutirent avant pour le transporter très loin.
