Chapitre 10 : Dispute & Chevauché
Nous nous rendîmes au salon où tout le monde était déjà installé pour le petit déjeuner. Une odeur de bacon régnait dans toute la pièce. Je m'assis à côté de Jade au lieu de Matt. Il sembla surpris par mon comportement. Tant mieux car aujourd'hui il allait vraiment en baver. Jade m'interrogea du regard, je lui répondis par un haussement d'épaules. Elle me regarda avec un petit sourire qui voulait tout dire.
Lorsque le petit déjeuner fut fini et que tous les enfants étaient partis jouer dans la cour avec Jade et Benjamin, je me tournais vers Abel, le père de ces derniers, il s'était occupé des excursions et ils les avaient dirigés. Il avait les cheveux comme les ailes d'un corbeau et les yeux vert émeraude identique à ceux de Jade et Benjamin. Sa carrure était assez imposante évoquant un peu un boxeur. Il m'avait un peu effrayé au début avec son un mètre quatre-vingt-dix.
"Alors, qu'est-ce que ça a donné en Argentine ? lui demandais-je. Qu'avez-vous appris ?
- Rien de concret, la plupart de leurs mythes ne parle pas d'enfant né immortel avec des parents mortels. Et leurs légendes sont pareilles que les nôtres.
- Je n'ai jamais connu mon père, peut-être était-il immortel, lui dis-je en réfléchissant.
- Il y a très peu de chance, répliqua Matt.
- Comment peux-tu en être sûr ? Je suis née aux yeux de la loi sans père et ma mère ne m'a jamais rien dit à son sujet. Je ne lui ai jamais posé de questions. Si cela se trouve elle est tombée enceinte de moi et Marie par insémination.
- Ta théorie n'est pas bête du tout, me lança Abel. Il faudrait qu'on regarde nos fichiers et...
- Elle en est même pas sûre, le coupa Matt.
- Mais c'est possible ! m'écriais-je. Continuez Abel.
- Dès qu'on aura regardé les fichiers d'histoires ont pourras se rendre dans les pays où des histoires de ce genre se sont passées. Je crois déjà que les mâles nymphes ont déjà eu un procès pour avoir proposé ça à des femmes humaines désespérées de leurs célibats et qui ne savait pas la nature des donneurs.
- Des nymphes mâles ? Je croyais que c'était que des filles ?
- On dit pareil pour les Harpies mais je peux t'assurer que les histoires racontées par les humains sont la plupart du temps fausses. Regarde en ce moment, nous ne te mangeons pas alors que nous sommes des loups-garous, ria-t-il. Il y a des mâles à chaque espèce comme des femelles à chaque espèce mâle.
- Pas la peine de tout lui dire Abel, lança Matt.
- Si justement, lui répondis-je froidement. J'ai besoin de savoir qui je suis et d'en savoir un peu plus sur cet univers.
- Tu n'es pas prête pour ce monde.
- Je ne suis pas une enfant Matt, lui dis-je.
- Je n'ai jamais dit que tu étais une enfant juste que tu n'es pas prête pour mener une existence d'immortelle. Tu dois profiter du peu de vie qui te reste.
- Je pourrais profiter de ça pendant l'éternité, répliquais-je. Et c'est de ta faute je te rappelle.
- Ma faute de quoi ? me demanda-t-il blessé.
- C'est à cause de toi si je suis tombée amoureuse, lui dis-je froidement.
- Oui ta raison, je ne sais pas ce qui m'a poussé à tomber amoureux de toi, te désirer, s'écria-t-il. C'était une grave erreur. Tu mérites beaucoup mieux que moi. Nils, Lucas ou la brute de Kévin t'irait très bien.
- Parce que maintenant c'est à toi de choisir le garçon que j'aime ? Je rêve ! Il aurait fallu que tu réfléchisses au lieu de venir vers moi.
- Ta raison."
S'en fut de trop, je me levai et foutai une claque à Matt. Il détourna les yeux et regarda par terre. Je me rendis dans sa chambre où je fis mes affaires. Une fois faite, je retournai au salon et fis la bise à Alison qui était restée silencieuse pendant la conversation et qui maintenant jetait des regards furibonds à Matt, elle me pria de prendre soin de moi et de repasser la voir. Je fis également la bise à Abel en lui promettant de demander à Miranda pour mon père. Il me proposa de me raccompagner mais je déclinai en disant que j'avais envie de marcher. Je ne jetai même pas un regard à Matt qui était toujours assis. Je sortis de la maison où le bruit de la pluie sur ma capuche retentit. Je soupirai. Je connaissais le chemin à pied qui me prenait environ trente minutes si je passai par la forêt. Je me mis en route. Au bout de dix minutes de marche dans les bois, je me rendis compte que je n'avais jamais emprunté ce chemin. La pluie et la colère avaient dû me faire quitter le chemin habituel. Je regardais autour de moi pour me repérer mais la pluie était si forte que je ne voyais pas à cinq mètres. Je pris soudain peur en me rappelant le rêve que j'avais fait cette nuit. Un cri d'oiseau me fit pousser un cri d'horreur à mon tour. Le fugitif me regardait avec un drôle d'air, mon cri ne lui avait pas fait peur apparemment. Son pelage noir me fit penser à un corbeau. Il battit des ailes et s'envola autour de moi puis partit vers deux arbustes qui laissait échapper un rayon de soleil que je n'avais pas vu tout à l'heure. Je marchais en çà direction. Je débouchais dans une carrière. La pluie s'était arrêtée. La carrière était remplie de fleur de lys qui me rappeler Marie. Le silence régnait. Un cheval et une femme se tenaient au milieu de cet endroit. Le cheval était d'un brun foncé et la femme était brune avec deux mèches blondes. Ses cheveux lisses tombaient jusqu'au bas de son dos, son visage était jeune. Elle avait une longue robe blanche qui faisait un peu paysanne mais elle était si belle que ça aurait été une insulte. Elle me sourit et me tendit la main alors que j'étais à dix mètres d'elle. Je la regardais intriguée mais m'approchais d'elle. Elle me prit la main et fit une sorte de révérence devant moi ce qui m'intrigua. Elle restait silencieuse mais souriait. Elle marcha tranquillement au Nord, à l'opposer de l'endroit où j'étais arrivée, je la suivis, j'étais perdu de toute façon, elle pouvait peut-être m'aider à retrouver mon chemin, pourtant je ne posais pas la question et la regardais toujours intrigué. Le vent se levait et souffla dans mes cheveux. La femme s'arrêta à la lisière du bois. Elle me fit signe du regard de monter sur sa monture. J'aurais refusé d'ordinaire mais je me surpris d'opinai. Je montai avec agilité sur son dos et pris une touffe de crin. Je me surpris encore un peu plus en me souvenant que je n'étais jamais montée à cheval. Elle chuchota à l'oreille du cheval quelque chose dans une langue inconnue puis me tendit un médaillon en forme de coeur. Je le mis autour de mon cou pour ne pas le perdre. Soudain un drôle de cri d'oiseau retentit et la femme s'affola et cria encore dans une langue étrangère que je traduis pas "Enfuis toi !". Le cheval avait compris beaucoup plus vite que moi et partit au grand galop.
Je me réveillai dans mon lit, chez Miranda. J'ouvrais à peine les yeux que je voyais Miranda à mon chevet. Elle avait le visage fatigué marqué de cernes.
"Tata, qu'est-ce qu'il se passe ? murmurai-je.
- Tu ne te souviens de rien ?
- Non pas vraiment, lui dis-je.
- J'ai eu tellement peur pour toi, me dit-elle. Matt m'a appellé pour me dire que tu étais partie bouleversé. Je croyais que tu allais arriver vite à la maison mais à vingt-et-une heure tu n'étais toujours pas là jusqu'à que je te vois arriver au coin de la rue toute trempée. Tu étais tellement fatiguée que j'ai dû te porter jusqu'à ton lit. Tu aurais pu au moins me dire que tu avais rencontré un garçon pour que je sache où il habite et que je puisse venir te chercher.
- Je ne voulais pas que tu me fasses un discours sur les garçons, lui avouais-je.
- Ce n'est pas à moi de te faire ça, ce n'est pas mon rôle. Tu es assez grande pour faire tes choix et vivre de tes erreurs."
Je lui souris. Elle m'embrassa sur le front et quitta ma chambre. Je me levai et regardai par la fenêtre. Un épais brouillard s'était installé. Je regardais plusieurs minutes le paysage puis m'aperçut que quelque chose pesait à mon cou. Le médaillon en forme de coeur était là. Je le pris entre mes doigts et l'inspectai. Des plumes étaient gravées sur le coeur ainsi que des oiseaux en plein vol. Des tas de questions m'envahissèrent. Avais-je fait un rêve où avais-ce été la réalité ? Qui était cette femme qui avait fait la révérence devant moi ? Pourquoi m'avait-elle donné ce médaillon ? Que signifiait-il ? Qui étais-je ?
J'aurais voulu appeler Matt pour lui en parler mais je me souvins qu'il pouvait m'oublier. Maintenant, je devais faire mes recherches toutes seules. Je pris mon ordinateur et m'installai sur mon lit. Je recherchais un peu de tout, les différents mythes et légendes, ce qui me prit une éternité et qui n'aboutissait à rien. Je l'éteignis et allai devant mon miroir. J'eus l'impression de voir une trace rouge sur le haut de mon épaule et qui allait sur mon dos. Je regardais de plus près et put voire trois griffures qui s'étendait jusqu'à la moitié de mon dos encore rouge vif. Je regardais ce spectacle épouvanté, c'était des griffures animales. D'oiseau. Je pourrais cacher que la partie dans mon dos, celle sur mon épaule sera impossible à cacher et Matt le verra à coup sûr.
Pourquoi me souvenais-je de rien ? Que s'était-il passé après avoir chevauché ce cheval ? Pourquoi cette femme m'avait crié de m'enfuir ? À cause de cet oiseau ? Toujours des questions sans réponse.
