Salut à tous !

Jeudi, alors que la moitié de la promo cherchait désespérément un moyen de ne pas s'endormir en cours d'électronique – et l'autre moitié dormait déjà à point fermée – J'ai eu finalement l'inspiration pour ce chapitre 10 ! J'étais si excité à l'idée d'écrire que je n'ai pas résisté à la tentation et je m'y suis mise vendredi, dès la fin des cours ! Ce chapitre marque un tournant dans l'histoire à tous les niveaux, que ce soit concernant la libération d'Hanna, le Emison, même 'A'. J'espère qu'il plaira, j'ai hâte d'avoir votre avis sur la question.

/ ! \ IMPORTANT / ! \ Dans un des finals de saisons (il me semble) Emily à tuer en l'état de légitime défense pour se protéger du prétendu cousin de Maya. Ceci n'est pas valable pour mon histoire. Emily n'a donc jamais tué quelqu'un.

WeLoveEmison : oui, 'A' est vraiment horrible dans ma fanfic mais c'est ce qui met du piment. Pour les blagues, je suis contente si tu trouves que ça apporte un truc, en effet, j'ai trouvé que c'était important de montrer que malgré 'A' la vie continue. Show must go on, comme on dit :)

Guest73 : Merci pour ton passage, comme d'habitude ! Je suis toujours impatiente d'avoir vos avis, un peu comme un enfant qui attend ses jouets à noël mdr ! Pour ce qui est du suspens, tu vas être servit dans ce chapitre aussi !

Anne : Ah ah, j'ai réussi à faire une fin inattendue ! J'espere que je vais réussir mon une 2eme fois avec la chute de ce chapitre ci.


Chapitre 10

Ton cœur et rien d'autre.


Spencer toussa et glissa sur les genoux. La fumée avait envahi rapidement la pièce, l'oxygène se raréfiant dangereusement. La brune invoqua toutes les forces qui lui restaient et se redressa en s'aidant du mur. Elle savait exactement ce qui allait se produire. Dans quelques minutes, les premiers troubles de la vision se manifesteraient, s'en suivrait des étourdissements puis enfin, une déficience respiratoire. Spencer avait bien conscience qu'une fois le processus enclenché, il n'y aurait plus de retour en arrière possible. Rien n'à attendre, ni à espérer. Il fallait à tout prix éteindre la source de l'incendie. Maintenant. Tant qu'elle en avait encore la force.

L'enfant des Hastings tituba jusqu'à l'ordinateur. A peine deux mètres la séparait de l'appareil, mais ces deux mètres furent les plus difficile de son existence.

Tu peux y arriver. Encore un pas, s'encouragea-t-elle.

Ses jambes tremblaient tant que Spencer eut du mal à tenir debout. Elle trébucha sur un des débris au sol.

Non !

Elle avait crié mais sa voix sortie si faible que c'est à peine si la jeune fille la perçue. Pour éviter la chute, l'adolescente s'agrippa à une cavité du mur, si fort, que lorsqu'elle relâcha enfin son emprise, les jointures de ses doigts étaient devenues blanchâtres. Elle s'était accrochée à cette paroi comme si sa vie en dépendait. Et c'était le cas. Si elle tombait, Spencer savait qu'elle ne se relèverait pas.

Un pas Hastings. Un pas. Va s'y, je t'en prie !

Ses membres acceptèrent enfin de lui obéir, à contrecœur. Elle se hissa jusqu'à la table, retira sa veste et la jeta sur la flamme pour étouffer le feu.

L'incendie faiblit, brûla la veste, jusqu'à se consumer complètement. Spencer aurait aimé dire qu'enfin elle pouvait respirer, mais ce n'était pas le cas. Ironie de la situation, c'était même plutôt le contraire. La jeune fille réprima une nouvelle quinte de toux et se protégea en interposant son bras. Elle glissa une main dans sa poche et en tira un mouchoir. Jamais la brune n'avait été aussi soulagée d'avoir attrapé un rhume cette semaine. Elle rampa jusqu'à la porte.

Spencer s'approcha d'Hanna, recroquevillée en boucle près de l'entrée. Celle-ci s'agita en sentant sa présence à ses côtés.

— Ne bouge pas, murmura l'enfant des Hastings. Reste près du sol, l'air est plus pur et frais, tu…

La brune dû s'interrompre. Parler devenait une véritable épreuve.

— Accroche-toi, articula-t-elle enfin avec peine.

Elle se recula. Le cadran de l'engin explosif affichait un peu plus de huit minutes au compteur. Spencer l'examina minutieusement, sous tous les angles possibles, penchant la tête dans tous les sens.

La jeune fille ne connaissait rien aux explosifs, mais avait pris des cours d'électroniques avancés dans le but d'augmenter ses chances d'être acceptée dans la meilleure université du pays. L'enfant des Hastings était d'ailleurs la plus douée de sa promotion et ses professeurs, eux-mêmes, s'accordaient à dire qu'elle avait des facilités évidentes dans ce domaine.

L'adolescente démonta prudemment l'engin. Le système lui était familier. Oui, Spencer s'y connaissait sur le sujet et l'avait étudié sans jamais imaginer qu'un jour, sa vie et celle de son amie en dépendrait. Décidément, cette année, les travaux pratiques arrivaient plus tôt que prévus...

La brune tourna la tête. Elle repéra un morceau scintillant à travers l'ombre. Du verre. Les bords étaient lisses, mais une des faces était restée tranchante.

Suffisamment pour couper des fils.

Spencer approcha le verre de l'extrémité de l'appareil. Elle s'apprêtait à cisailler le cordon de couleur jaune, mais fut interrompu dans son élan par le curieux débat qu'avait entreprit son esprit avec elle-même.

" C'est du suicide Spencer "

" Faux ! Le suicide serait de ne pas agir du tout "

" A la moindre erreur, cet engin t'explosera à la figure. Tu en es consciente, n'est-ce pas ? Et toi tu tentes des expériences ? Si ce n'est pas du suicide, t'appelles ça comment ? "

" Si je ne fais rien, il explosera de toute façon ! C'est pas comme si j'avais le choix ! "

" On a toujours le choix, mais on prend pas toujours les bons. Emily et Aria peuvent peut-être encore te retrouver. "

" Elles savent même pas où nous sommes ni l'urgence de la situation. Les filles finiront par nous retrouver, c'est sûr : le tout est de savoir en combien de morceau. Je dois le faire. "

Et Spencer ferma les yeux tandis que sa main approchait du fils. Elle retenu sa respiration et rompit l'extrémité.

Rien.

La brune entrouvrit un œil, peu rassurée, comme si elle s'attendait à voir exploser l'engin d'une seconde à l'autre. Mais un instant s'écoula et toujours rien. Son cœur se détendit d'un coup.

Et de un.

Six fils. Cinq à couper, un mortel. L'enfant des Hastings étudia d'un regard expert chaque câblage. Le stress, la chaleur, le manque d'oxygène : autant de facteurs perturbants. Pourtant, elle n'avait pas le droit à l'erreur. Spencer le savait.

La main moite, l'adolescente trancha prudemment un fil noir, suivit d'un vert puis d'un blanc, son cœur battant un peu plus fort à chaque découpe.

Et de quatre.

Plus qu'un fil. Un seul. Spencer avança sa main, tremblante, jusqu'au fil bleu, se ravisa, l'approcha du fil rouge, changea d'avis. Finalement, elle s'arrêta net.

Hanna soutenu son regard un instant, l'interrogeant des yeux. La panique sur le visage de son amie était frappante.

— Deux fils, souffla-t-elle. Si je coupe l'un, on est tiré d'affaire. Si coupe l'autre… on meurt dans la seconde.

La blonde ne répondit pas mais l'angoisse dans son regard s'intensifia. Des gouttes de sueurs perlaient sur son front.

— Le problème c'est que j'ai un trou de mémoire, Hanna. J'me rappelle plus si c'est le bleu ou le rouge.


Rosewood nord, 'Edgaware Street'.

Les trottoirs étaient glissants, une fine couche de gel recouvrait les pavés. Dehors, la température avait encore chuté. Alison Dilaurentis scrutait attentivement les environs depuis dix minutes. Et personne. La blonde n'avait pas croisé un passant, pas une voiture, pas même un chat à des kilomètres à la ronde. Pour être discret, cet endroit était discret.

Une brise se leva et s'engouffra violemment à travers le tissu de son pull. Alison remonta la fermeture de sa veste et frotta énergiquement ses mains pour se tenir chaud. L'extrémité de ses doigts était pratiquement blanche.

Le crissement des pneus sur le gravier fit sursauter la jeune fille. Les phares d'un véhicule en approche, l'éblouie. Quelqu'un sortit et claqua la portière derrière lui. Enfin.

— Alison, murmura le mystérieux inconnu, inclinant légèrement la tête pour toute salutation.

— James, répondit l'enfant des Dilaurentis sur le même ton, neutre.

Ni l'un ni l'autre n'était d'humeur à s'encombrer des formules de courtoisie. L'homme avança et Alison pu enfin apercevoir sa silhouette sans être aveuglée par l'éclat des phares.

Il se tenait là, dans l'ombre, vêtu d'un imper noir à peine visible et d'un Jean moulant qui s'élargissait seulement au niveau des chevilles. Alison jeta un regard méfiant par-dessus son épaule. La rue était déserte. Vide.

— Tu as ce que je t'ai demandé ? Interrogea-t-elle.

L'inconnu garda le silence, se contentant de fouiller à travers la doublure de son manteau. Finalement, il en sortit une grande enveloppe et la lui tendit. La blonde était sur le point de s'en saisir lorsque l'homme la recula brusquement.

— Je ne sais pas si je devrais te la donner.

— Je t'ai tiré d'affaire plus d'une fois. Tu m'en dois une, James.

Il soupira, déjà vaincu.

— ça n'a pas été facile à trouver en si peu de temps. La police, c'est pas le quartier général hyper high-Tech du N.C.I.S, je te signale.

— Tout ce que je veux savoir, c'est d'où a été envoyé cette vidéo et le localiser.

L'homme acquiesça.

— J'ai utilisé un logiciel de traçage, expliqua-t-il. A première vue, il semblerait que l'émetteur se trouve dans un des quartiers au Nord de Rosewood. A proximité d'un parc d'Everett.

— Le Parc Borens ?

— Tu connais ?

— Y'a une fête foraine qui s'y tiens actuellement. Des publicités sont accrochées dans toute la ville pour le rappeler.

— Une voiture qui correspond exactement à la description de tu m'as donné a été retrouvé sur place. Je ne peux pas t'en dire plus pour l'instant.

— Merci, c'est tout ce dont j'avais besoin, répondit Alison songeuse.

Une fête foraine ? Pourquoi j'ai le sentiment que ça ne va pas me plaire. Du tout.

Les pas de son indic s'éloignèrent et ramenèrent la blonde vers la réalité. La jeune fille observa l'homme regagner sa voiture, s'asseoir et allumer le moteur.

— Tu m'en dois une maintenant Ali, avertit James en passant sa tête par-dessus la vitre du véhicule.

La blonde roula les yeux malgré-elle et souffla de nouveau sur ses mains pour les réchauffer. Le moteur émit un rugissement au démarrage, puis la voiture disparut, hapée par les lumières de la ville.

« Tu m'en dois une. »

Pour peu que je m'en sors vivante, ne put s'empêcher de penser Alison, plus inquiète que jamais.


Hangar désaffecté,

Spencer épongea le filet de sueur qui coulait sur son front. La tête commençait à lui tourner et sa vision, à défaut de se brouiller, se doublait par intermittence. Elle jeta un coup d'œil anxieux au compteur.

Deux minutes.

Il allait falloir qu'elle prenne une décision.

Bleu rouge, rouge bleu, bleu rouge, bl…

Stop. C'était plus la peine de raisonner logiquement, au fond d'elle-même, Spencer savait que la réponse ne viendrait pas. La jeune fille plongea ses yeux noisette à travers ceux de son amie, que le faisceau de lumière passant par-dessous la porte rendait plus intense que jamais.

— Bleu ou rouge, murmura Spencer.

Hanna la considéra avec attention. Aucune n'osait dévier le regard – plus exactement, n'en éprouvait l'envie – car à la seconde où cesserait le contact visuel, l'angoisse resurgirait, destructrice. Ni l'une ni l'autre ne voulait être seule en cet instant. Si elles mouraient ce soir, elles mourraient ensemble.

Jusqu'à la fin.

L'enfant des Hastings attrapa la main d'Hanna, la serra, la conserva. Sa respiration était lente et faible. Elle aurait dû s'en inquiéter mais, étrangement, ce rythme régulier était rassurant et l'apaisait.

— Bleu, souffla soudain la blonde, sans prévenir.

Leurs regards se croisèrent. Peut-être pour la dernière fois, songea Spencer bouleversée à cette idée.

Elle coupa le fil.

Le cœur d'Hanna fit un bond dans sa poitrine. Celui de la brune aussi. Leurs souffles respectifs restèrent bloqués dans leur poumon.

Un craquement retentit dans leur dos.

Les deux adolescentes sursautèrent en même temps. Le silence retomba, s'étira, jusqu'à à la délivrance finale.

Pas de détonation. Hanna avait fait le bon choix. Elle avait choisi le bon fil. Son amie et Spencer allaient s'en sortir, ce cauchemar était terminé.

L'enfant des Hastings était incapable de dire exactement combien de minutes s'étaient écoulées avant qu'Emily et Aria retrouve finalement leur trace. Probablement moins de dix minutes, mais ça lui parut une éternité.

— Spencer ! Hanna ! Cria-t-on du couloir.

— Je suis là, se manifesta Spencer.

Sa voix était trop faible pour que ses amis la perçoivent. Elle puisa dans ses dernières forces pour frapper contre le métal et des pas se précipitèrent immédiatement devant l'entrée.

— Ouvrez... la... la porte, supplia la brune, le souffle court.

Emily fut la première à trouver l'emplacement du système de déverrouillage et appuya sans attendre sur l'interrupteur. Ils étaient libres.

— C'est pas vrai, lâcha la nageuse en état de choc devant la vision de ses deux amies, agonisant à même le sol. Aria s'occupa de Spencer, tandis qu'Emily, de son côté, avait couru vers Hanna, inconsciente. Son visage était d'un pâle terrifiant.

Tu es en vie. Dit-moi que tu es en vie…

La brune pressa ses doigts contre son poignet et sentit de faibles perturbations. Le cœur plus léger, l'adolescente passa un bras derrière son cou et la retint fermement par la taille, de sa main libre.

— Que s'est-il passé ? Interrogea Aria.

Elle attarda son regard sur le visage de Spencer, transpirant et couvert de suie. Sa question avait était posée rapidement, d'une voix hésitante. En observant son amie, Aria commençait à comprendre certaines choses qu'elle aurait voulu ne pas saisir. Est-ce que 'A' avait vraiment tenté de…

— 'A' nous a piégés, annonça l'enfant des Hastings en toussant, coupant le flot de pensées d'Aria dans son élan.

Elle dû s'y reprendre à plusieurs fois avant de continuer.

— Y'avait une bombe là-dedans et Hanna a perdu beaucoup de sang. On doit la conduire à l'Hôpital au plus vite.

Aria et Emily acquiescèrent en même temps et se dirigèrent vers la sortie. A peine avaient-elles dépassé le second couloir qu'un grincement résonna. Les trois filles se retournèrent, le cœur battant à la chamade.

Elles n'étaient plus seules.

'A' les avaient rejoints, pas plus loin qu'à l'autre bout de l'allée dans laquelle les filles se trouvaient. Toutes les trois débutèrent une course effrénée à travers le bâtiment, empruntant escalier, passage étroit, claquant les portes à la volée. Finalement, le chemin les conduit tout droit sur le toit du Hangar.

Piégées.

Une fois de plus. Lorsqu'Aria en prit conscience, paniquée, elle introduit une planche dans la cavité de la porte pour l'empêcher de s'ouvrir.

On força l'entrée. La porte résista, toujours fermée, mais pour combien de temps ? Ce n'était qu'une question de minutes avant qu'il ne passe le seuil.

Emily observa autour d'elle. Ce toit était une vraie forteresse. Impossible de s'en échapper. Aucune sortie secondaire n'avait été prévue, et juste le vide l'encerclait.

La porte s'ouvrit d'un coup sec. Une silhouette surgit, une cagoule masquant son visage. 'A' fonça droit sur elles. Spencer et Aria reculèrent, récupérant Hanna au passage, toujours inconsciente. Seule Emily n'avait quitté sa position, décidée à protéger ses amis coûte que coûte. Dans sa lutte, la brune tenta de se concentrer sur des détails qui lui permettrait de déterminer l'identité de leur maître-chanteur. Malheureusement, la situation s'y prêtait mal. 'A' venait de braquer son revolver sur Hanna. Sans réfléchir, la nageuse lui donna un coup de coude dans le bras et l'empêcha de poursuivre, au dernier moment. Son intervention avait été payante. L'arme lui avait glissé des mains et Emily la récupéra au vol.

Les rôles venaient de s'inverser.

Pour la première fois depuis des années, la brune avait l'avantage sur 'A'. Elle pointa le revolver sur droit en direction sa tête, précisément entre les deux yeux.

— La partie est terminée, assura Emily d'un ton si ferme qu'elle en effraya ses propres amis.

— Tu ne me tueras pas.

— Donne-moi une seule raison de ne pas le faire, le menaça l'adolescente en dissimulant toute trace d'hésitation, même infime.

La tension était palpable.

— Parce que me tuer reviendrait à te tuer toi-même Emily. Certaines personnes ne peuvent pas vivre avec un mort sur la conscience.

— On parie ? Le défia-t-elle en retirant le cran de sécurité.

Le sourire de leur maître-chanteur disparut sous sa cagoule. 'A' s'approcha de la brune, lentement, s'arrêta juste devant l'embout du revolver.

— On parie, répéta-t-il sûr de lui.

Spencer et Aria, en retrait, ne pouvait qu'observer la scène avec appréhension. Rien à dire, ces minutes étaient les plus longues de leur existence.

— Tire, la persuada Spencer. Tue-le Emily !

— Fais-le, supplia Aria à son tour. Pour toi, pour moi, pour nous. Ils le mérite !

'A' se tenait toujours immobile devant elle. Emily se figea. Il fallait qu'elle le fasse. La brune devrait être capable de le descendre, là, tout de suite, sans se poser plus de questions. Mais c'était impossible, ses muscles étaient complètement paralysés. Tuer un homme, ôter la vie, aussi juste cela soit-il, était insurmontable. 'A' avait raison, jamais Emily ne serait assez courageuse pour appuyer sur la détente.

Leur maitre-chanteur éclata d'un rire terrifiant, et puis brusquement, il chargea l'offensive, repoussant sans ménagement la nageuse au sol, contre le béton. Surprise, la jeune fille avait relâché l'arme qu'elle tenait et 'A' en avait profité pour récupérer son dû.

Retour à l'envoyeur.

Emily recula, à moitié redressée seulement. Comme son agresseur avançait dangereusement dans sa direction, le viseur du revolver pointé sur son cœur, la jeune fille sentit la peur l'envahir. Elle s'éloigna de plus en plus, et de plus en plus vite. La nageuse s'arrêta précipitamment et tourna la tête.

Derrière, c'était le vide.

Quatre étages plus bas, les klaxons incessants des camons animaient la ville. Et dire que c'était probablement la dernière image qu'elle emporterait avant la fin.

Ma fin.

'A' posa fermement son doigt sur la gâchette. Emily déglutit. Un filet de sueur dégoulina dans sa nuque et roula le long de son dos. Les cris de Spencer et Aria résonnèrent, mais la tête lui tournait tellement et son cœur battait si fort, que c'est à peine si elle les entendaient.

Je vais mourir.

Emily pensa ces mots, le savait maintenant. Elle acceptait les faits, s'y était préparé. Un déclic métallique transperça la nuit. C'était fini. Dans quelques secondes c'était fini. L'impact de la balle la tuerait sur le coup.

L'espace d'un instant, la brune espéra malgré-elle que sa mort soit rapide. Mais contre tout attente...

Rien ne se produisit. Pas de tirs, pas de balles, de pleurs,ou de cris déchirants. Rien. Absolument rien. Quelqu'un s'était jeté sur leur maitre-chanteur à la dernière seconde, évitant le drame.

Par réflexe, Emily dévia la tête. Spencer retenait toujours Hanna dans ses bras. Aria était à ses côtés.

Mais alors, qui…

Insensé. La nageuse se releva rapidement et eut juste le temps d'apercevoir des mèches blondes dépasser de la capuche de sa veste.

Alison

c'était elle, sa sauveuse. Mais à peine avait-elle murmuré son prénom, que déjà, celle-ci avait disparu dans la pénombre, tout comme 'A'. Le revolver, lui aussi, n'était plus à sa place.

— Emily ! Spencer et Aria l'enlacèrent longuement. Des larmes de soulagements coulèrent silencieusement sur leur joue.

Ce soir avait bien faillit être la fin.

Après avoir puisé la force à travers l'étreinte rassurante de ses amis, l'adolescente se recula doucement, encore submergée par ce trop plein d'émotions.

— Il faut conduire Hanna d'urgence à l'hôpital, murmura-t-elle.


Hôpital de Rosewood,

Un frisson parcourut tout son corps. Hanna remua le bras et refoula un gémissement en sentant la douleur l'envahir. Renonçant à tous mouvements, la jeune fille s'autorisa seulement à entrouvrir les paupières. Autour d'elle, les murs étaient d'un blanc uniforme et un appareil émettait en permanence un son répétitif et agaçant.

La blonde baissa les yeux. Spencer se tenait juste à ses côtés, profondément endormie, les bras repliés contre elle. Hanna sourit. Son amie venait d'ouvrir les yeux.

— Je suppose que j'ai dû m'endormir en cours de route.

Sa voix respirait encore la douceur du sommeil.

— Probablement, confirma Hanna, un sourire tendre illuminant son visage.

— Je plaide innocente : j'ai pas eu ma dose de caféine.

Le sourire de la blonde s'élargit et l'enfant des Hastings savoura cet instant. Elle avait été tellement proche de plus jamais le revoir celui-là…

Reprenant pied avec la réalité, Hanna fonça sévèrement les sourcils. Une montagne de questions se bousculaient dans sa tête.

— Comment ça se fait que tu sois ici ? Non pas que j'en sois pas heureuse, loin de là, rajouta-t-elle rapidement en remarquant l'expression surprise qu'affichait Spencer. Je veux dire… en temps normal les visites ne sont pas autorisées à cette heure.

Son amie désigna le second lit.

— J'ai eu droit à un petit détour moi aussi. Soit dit en passant… c'est pas confortable, murmura Spencer.

— T'exagères. A côté des chambres collectives dont on a hérité au voyage scolaire, c'est le grand luxe.

— J'en garde un bon souvenir.

— Évidement que t'en garde un bon souvenir : t'as pris littéralement le meilleurs lit de toute la chambre.

— Objection. Rappelle-moi déjà qui est-ce qui a décrété qu'elle ne coucherait en haut, sous aucun prétexte ?

— J'en sais rien, mais je te garantis qu'il n'y a aucune chance pour que cette fille soit moi.

— Je préfère encore être sourde qu'entendre ça, répliqua Spencer en roulant les yeux. Et les quatre penderies que t'as réquisitionné pour tes fringues ?

— C'est dans ta tête, Spence.

L'enfant des Hastings frissonna. Entendre Hanna prononcer son surnom sonnait tellement juste.

— Vraiment ? Demanda la première, amusée.

Son regard plongea à travers celui subtilement azuré de son amie. Elle lui sourit.

— Okay, peut-être bien que j'avais ramené une grosse valise. Une valise, c'est pas grand-chose.

— Une seule ? Sûre ?

— Oui, je… bon, peut-être deux, confessa celle-ci devant l'expression insistante de son amie. Trois. Quatre, conclut-elle et toutes les deux éclatèrent de rire. L'enfant des Hastings serra ses doigts plus forts dans les siens.

— Tu nous as vraiment fait peur, tu sais ? déclara la brune avec sincérité.

— J'ai eu peur moi aussi, avoua-t-elle honnêtement. Merci de m'avoir sauvé la vie.

— C'est pas moi que tu dois remercier, c'est Emily. Elle a risqué sa vie pour toi. Pour nous. En fait…

Spencer s'interrompit. La jeune fille ne savait pas vraiment quel mot était approprié pour décrire ce dont elle avait été témoin.

Malgré tout ce que 'A' lui avait fait endurer, après tout ce qu'elle avait traversé, la peine, la souffrance, la peur. Emily n'avait pas pu appuyer sur la détente. Spencer savait au plus profond de son être, qu'à sa place, elle n'aurait pas hésité. D'ailleurs, celle-ci l'avait convaincu de le faire. Mais ce cauchemar s'achevait à présent, et la jeune fille regrettait ses paroles. L'adolescente détestait l'avouer, mais leur maître-chanteur avait raison sur un point : Emily ne pouvait pas tuer. Si elle avait commit cet acte, une part d'elle-même se serait brisée de manière irréversible. La brune se promit de veiller à ce que ce jour n'arrive jamais.

L'enfant des Hastings s'attarda un instant sur le visage d'Hanna avant de quitter sa place et regagner son lit. Elle remonta la couverture sur soi et ferma les yeux. Spencer était sur le point de trouver le sommeil lorsqu'une question lui vint :

— Hanna, je peux te demander quelque chose ?

— Tout ce que tu veux, murmura-t-elle.

— Pourquoi as-tu choisis le fil bleu plutôt que le rouge ?

Hanna détourna le regard. Spencer senti tout à coup l'hésitation la gagner.

— Si je réponds, promets-tu de ne pas te moquer de moi ?

— Dis et tu sauras, l'incita Spencer d'un ton mystérieux.

— Promet d'abord.

— Non, toi dis d'abord.

— Promet ou je ne parlerais pas.

Elle illustra ses propos en gardant le silence, faisant mine de chercher une position pour se rendormir.

— Okay, okay, abandonna la brune. Tu as gagné. Alors ?

Son amie laissa flotter une courte pause. Finalement, elle répondit d'une voix douce :

— Tu portais une robe bleue le jour de la rentrée scolaire où on s'est rencontrée. Ça m'a plutôt porté chance.

Spencer sourit.

Elle ferma les yeux et sombra dans un sommeil sans rêve.


Devant le domicile des Fields,

Alison parvint difficilement à rejoindre l'autre bord du sentier. Ses vêtements étaient trempés. Elle vacilla un instant et se retint de justesse à l'écorce d'un chêne.

La même scène défilait dans sa tête, sans interruption, depuis des heures. La blonde imagina toute les éventualités qui auraient pu s'offrir à elle. Comment son existence aurait été fondamentalement différente si un maître-chanteur n'était résolu à faire de sa vie en enfer. Que se serait-il passé si ses parents n'avaient pas choisi d'emménager à Rosewood. Alison aurait goûté aux plaisirs simples, profité des années lycées sans autres soucis que celui de réussir son année, et trouver des prétextes pour faire le mur. Dans le fond, tout s'était joué à un détail. Sa vie aurait pu être un îlot de tranquillité. La stabilité même, semblable à ses routes lisses et droites. Sans détour. Parfaite.

— Ali ? murmura une voix familière.

Non…

— Ali, c'est bien toi ?

…Tout aurait pu être encore pire.

— Où étais-tu passé ?

... Parce que dans d'autres circonstances, Alison n'aurait jamais rencontré Emily et pu tomber amoureuse d'elle, en dépit de la raison.

— J…

La blonde avait entrouvert les lèvres avant de se raviser, incapable d'ajouter un mot. Des idées, des tas d'idées, se bousculaient dans sa tête et l'empêchaient de formuler des pensées cohérentes

Il faut qu'elle sache.

C'était l'unique certitude qu'Alison possédait.

Il fallait qu'Emily sache combien elle l'aimait, qu'elle risquerait sa vie pour elle, et pire encore, pour un simple sourire. Oui, il fallait qu'Emily sache qu'elle était la seule personne sur cette planète devant laquelle Alison acceptait de faire tomber le masque. Se montrer telle qu'elle était.

— Emily.

Une soudaine angoisse envahit la blonde. Elle resserra son étreinte, s'accrocha à son bras désespérément, comme si elle avait peur de la voir disparaître d'une seconde à l'autre.

— Je lui là, murmura la brune d'une voix fragile.

Alison soupira de soulagement et esquissa un sourire incertain.

— Encore ?

— Toujours.

Les paroles d'Emily lui parvenaient étouffées. Sa vue était brouillée par intermittence. Parfois, un fin voile blanc recouvrait son champ de vision, donnant un aspect presque fantomatique aux objets.

Suis-je en train de rêver ?

Alison commençait à se poser sérieusement la question, ses idées devenant de plus en plus confuses. La jeune fille releva les yeux. Reprenant conscience avec la réalité – du moins d'après ce qu'elle en savait – elle s'aperçut qu'Emily n'avait toujours pas changé de position depuis son arrivée. Elle restait sans réaction, à la contempler sans vraiment l'apercevoir par cette sombre nuit. La blonde dénota dans ses yeux une certaine anxiété. La nageuse dévia le regard plusieurs fois avant de s'autoriser à la détailler. La brune était incapable de formuler un mot, elle-aussi. Il fallut un effort extrême pour que ses lèvres consentent à s'entrouvrir.

— Je suis soulagée de te savoir en vie, souffla Emily d'une voix qui trahissait un mélange confus d'émotions et de sincérité.

Il faisait nuit. Une brise s'infiltra dans les mèches des cheveux d'Alison, fit frissonner son corps. Le ciel se dégagea laissant apparaître une timide pleine lune, qui peu à peu, répandit de sa faible luminosité. Assez pour que la nageuse aperçoive le visage déformé par les larmes de l'autre jeune fille. Elle paniqua. Alison le lisait dans son regard. Son cœur s'emballa, à la vue de ses mains teintées de sang, de son visage maculé de ce liquide rougeâtre, de ses vêtements ensanglantés. Elle n'avait jamais vu de spectacle plus horrible. Aucun son ne sortait de sa gorge nouée. Elle resta affligée sous le choc de la constatation. La blonde l'aperçut déglutir faiblement, puis trouver le courage de reprendre la parole :

— Qu'as-tu fait, Ali ? Interrogea Emily, bouleversée.

La blonde paniqua à son tour. Qu'avait-elle fait ? Elle se le demandait soi-même, le timbre angoissé de la brune l'ayant emplit d'une soudaine crainte infinie. Était-elle coupable de quelque chose ? Non. Bien sûr que non. Alison n'avait plus la force ni l'envie de se battre. Jusque ici, elle avait tenu bon. Pour Emily.

— Tu l'as tué ?

... Mais ça n'avait plus d'importance à présent.

— Alison ?

... Tout ce qu'elle voulait, c'était la revoir une dernière fois.

— As-tu tué 'A'? Demanda Emily de nouveau, terrifiée.

Le silence s'éternisa entre elles. En temps normal, Alison aurait trouvé une réplique insolente pour ruiner l'instant, la mettre colère et l'empêcher de voir qui elle était réellement.

L'empêcher d'atteindre son cœur.

Mais ce soir était diffèrent. La blonde était fatiguée de tenir son propre rôle, de jouer les justificatrices. À cours de mot, elle répondit simplement :

— Je ne suis pas une tueuse.

La culpabilité envahit Emily. Son esprit se livra à une véritable guerre intérieure dans laquelle ni un côté, ni l'autre, ne semblait faire pencher la balance. Elle voudrait, elle devrait, lui faire complètement confiance après cette nuit. L'enfant des DiLaurentis lui avait sauvé sa vie. Mais il y avait son côté sombre. Celui qui lui faisait peur. Ce côté qu'elle connaissait si bien et qui existait. La liste de ses erreurs passées ne cessaient de défiler dans la tête de la nageuse. Un frisson parcourut son corps en repensant à la manière dont Alison avait brisé son cœur bien des années plus tôt. Emily leva les yeux vers l'autre jeune fille et la blonde ne put s'empêcher de se demander ce qu'elle lisait à travers les siens.

Que voyait-elle en plongeant ses prunelles noisettes dans les siennes ? La fille aimante qu'elle pourrait devenir ou la briseuse de cœur qu'elle avait été ?

— Je ne l'ai pas tué. Tu me crois ?

Emily la dévisagea avec une telle intensité qu'Alison pensa d'abord qu'elle était prête à s'effondrer, là, devant elle. Son cœur ralentit et plus sereine, elle soupira de soulagement. La jeune fille savait que son amie la croyait.

— Ce n'est pas son sang…

— Je te crois Ali, la rassura Emily, laissant s'échapper une larme. Elle avait besoin d'évacuer toute cette tension.

Elle serra la blonde fort dans ses bras protecteurs.

— Je te le promets.

La nageuse renforça un peu plus la vigueur de ses bras contre sa taille. Alison se sentait bien. Tellement bien que la jeune fille aurait pu y rester pour l'éternité et s'endormir paisiblement.

— C'était…

Mais dans le fond…

— Qu'est-ce qui t'arrive ?

Les apparences sont trompeuses. Rien n'est moins sûr que le bonheur, plus précaire et fugitif que le sentiment de bien-être. Cette façade que l'on se crée.

— Ali ?!

La voix paniquée d'Emily réconforta l'enfant des Dilaurentis. Elle s'inquiétait pour elle, après tout ce qu'elle lui avait fait. La blonde se laissa sombrer tranquillement vers l'inconscience alors que son amie accompagnait sa chute. Avant de fermer les yeux, dans un vague moment de lucidité, Alison formula mollement, le teint déjà plus livide qu'un cadavre.

— C'était...

Elle reprit son souffle. L'horreur qu'Alison lu dans les yeux de brune l'amena à se poser une question qu'elle n'aurait jamais cru devoir envisager si tôt :

Quel est le plus terrible ? La souffrance de celui qui se sent mourir ou de celui qui reste ?

— … C'était mon sang.

Elle perdit connaissance


Qu'avez-vous pensé de ce chapitre ? Hâte de connaitre vos avis! Comme d'habitude, j'encourage les commentaires et merci encore à toutes celles et ceux qui lisent cette histoire et me suivent! On se retrouve pour le chapitre 11 !