Disclaimer : Les personnages appartiennent à leur créateurs de chez Marvel Comics, mais plus particulièrement à ceux qui les ont adaptés pour le grand écran, chez Marvel Studio's, qui appartient à Disney. Les citations sont à leurs auteurs, de même que les chansons et toutes les références. Je ne tire aucun bénéfice financier de ce texte.

Rating : T

Pairing : Steve Rogers/Tony Stark. Autres sous-entendu et en background.

Note : Je vous livre ce chapitre avec un peu d'avance pour plusieurs raisons. La première étant que je risque d'être très occupée les deux jours à venir et que je crains de ne pas avoir le temps ou d'être trop fatiguée pour vous donner un chapitre en temps et en heure vendredi. Et que le week-end, je vais essayer de prendre une pause. La seconde c'est que, quelque part, j'étais très impatiente de vous montrer ce nouveau chapitre qui marque le début du nouvel arc narratif (dont je ne vous révèle pas encore le nom pour cause de spoil), en particulier après vos réactions dorées lors du précédent chapitre. Mais j'essaierais de rester sur mon créneau du dernier vendredi pour le mois prochain !

Un remerciement tout particulier à Callistontheweb qui a accepté de remplacer ma bêta et a donc encaissé les trois chapitres à venir sans broncher. Merci encore, ça m'a vraiment retiré une épine du pied.


I'm starting with the man in the mirror
I'm asking him to change his ways
And no message could have been any clearer
If you wanna make the world a better place
Take a look at yourself and
Make a change

Man in the Mirror - Cameron The Public

Chapitre IX - Tokyo en ruines

Le nouveau Parlement de Tokyo était intact. D'une certaine manière. Il y avait eu quelques dommages au niveau de la toiture et dans le bureau du Premier ministre, mais le siège du pouvoir ne s'en était pas retrouvé spécialement amoché. Et d'une certaine manière, c'était une chance.

Au premier étage du Parlement se trouvait une immense salle circulaire, faite principalement de bois, similaire à un amphithéâtre de par la disposition des chaises, en hauteur et convergeant vers le centre, où avait été construite une table démesurée, ronde et sombre. Dessus, on avait gravé des poèmes japonais des temps anciens, en idéogrammes. Autrement dit, plus personne n'était capable de les comprendre. Sur les grands murs percés de longues fenêtres de bois noir, de gigantesques reproductions des chefs d'œuvre d'Hokusai auxquelles, hélas, personne ne prêtait attention. On ne regardait jamais les murs, pas plus qu'on ne regardait ce qu'il y avait sur les tables, l'attention étant dirigée vers le centre de la pièce. D'un côté, des ministres, tirés à quatre épingles, gardiens de l'élégance et de la bienséance japonaise, dans des costumes monochromes ou des yukatas neutres. Face à eux, d'illustres inconnus. Steve Rogers, Natasha Romanoff, James Barnes, Wanda Maximoff, Sam Wilson, Thor Odinson, et une Vision. Ou plutôt, la Vision, comme il se plaisait à le rappeler.

« Nous serions curieux de savoir ce qu'aurait à dire Fury sur ces funestes évènements », argua le ministre de la Défense, un homme âgé et ridé, à la peau sombre et aux cheveux noirs et frisés.

Alignés comme de vulgaires soldats en première ligne, certains membres la Section Spéciale n'osaient même pas croiser le regard des ministres. Non parce qu'ils les craignaient mais parce que, dans leurs yeux, l'on pourrait lire tant de hargne qu'ils pourraient être inutilement jugés pour outrage. Après tout, les ministres qui leur faisaient face savaient qui ils étaient. Le S.H.I.E.L.D n'était pas une agence gouvernementale pour rien. Mais tous ceux qui se trouvaient dans les tribunes n'en savaient rien. Le murmure de la foule était si intense qu'il couvrait la voix monocorde des ministres. Et que dire des flashs, des questions qui fusaient plus ou moins discrètement, du bruit insupportable des appareils, de toutes ces caméras braquées sur eux ?

« Nous ignorons où se trouve le colonel Fury à l'heure actuelle, dit Steve Rogers d'une voix harassée. Mais nous parlons également en son nom aujourd'hui. Fury n'était pas parfait mais il était à l'origine de la Section Spéciale et nous avons confiance en lui. »

Même si sa soudaine disparition, aidée par Olivia, lui restait en travers de la gorge. Mais Steve préférait garder ça pour lui pour le moment et tous ses coéquipiers lui en savaient gré.

« Et pour quelles raisons n'êtes-vous que huit à vous présenter devant nous, demanda le ministre de l'Intérieur, un blond aux yeux bruns, dans la force de l'âge. Ne pensez-vous pas que vous vous êtes cachés suffisamment longtemps sous nos yukatas ?

— Je pense que les blessures graves dont ils souffrent actuellement parlent au nom des absents, l'interrompit Natasha.

— Inutile de prendre ce ton, Mademoiselle Romanoff. Étant donné ce que vous êtes, et ce que vous avez fait à cette ville, dit la ministre de l'Éducation, une femme aux yeux bridés et aux cheveux noirs tirés en un haut chignon, vous devriez avant toute chose nous être reconnaissante de ne pas vous avoir jetée derrière les barreaux.

— Ce que j'ai fait à cette ville, répéta la rousse en haussant un sourcil. Vous voulez dire, la défendre ?

— La défendre, c'était aussi ce qu'était supposé faire Loki Laufeyson, répondit la ministre des Finances, une rousse aux yeux verts, et voyez où nous en sommes. Avez-vous la moindre idée du coût des réparations ? De l'ampleur des dommages ? Du nombre de blessés et de morts ?

— Loki était un traître, il s'est retourné contre la Section Spéciale toute entière, l'interrompit abruptement Barnes. Et force est de constater que, si nous n'avions pas été là, les dégâts auraient été encore plus considérables. Peut-être ne seriez-vous même pas là pour déchaîner votre colère contre nous. Avez-vous donc oublié que c'est Hulk qui vous a libérés alors que vous étiez ligotés dans ce même Parlement comme des gigots prêts à être rôtis ? »

Ses comparses réagirent tous de manière très discrète, se demandant si une telle comparaison était nécessaire ou si le Soldat de l'hiver ne devrait pas commencer à baisser d'un ton. Mais cette petite intervention leur avait arraché un semblant de sourire et, s'il y avait une chose qu'ils ne pouvaient nier, c'était que l'agressivité de Bucky était légitime. Restait à savoir si elle était contrôlable. Une flopée de gardes et de policiers les entourait et s'était postée au niveau des issues de secours mais, si un seul membre de la Section perdait le contrôle, les choses deviendraient légèrement plus compliquées. D'autant plus qu'avec cette profusion de sons, de lumières et d'accusations, même la plus calme des âmes se sentirait agressée. Raison pour laquelle Bruce avait tenu à ne pas assister à la commission ministérielle. Le risque de perte de contrôle était trop grand.

« Sergent Barnes, siffla le ministre de la Défense, Loki a peut-être provoqué une mutinerie mais, vous en conviendrez, ce sont tous vos secrets qui ont mis cette ville en danger. L'accueil de chacun d'entre vous dans la Section Spéciale était une prise de risque mais Fury nous avait assuré que chacun d'entre vous était digne de confiance. Mais voilà qu'à vos rangs déjà sujets à controverse s'ajoute le très recherché Anthony Edward Stark, qui déchaîne les cyborgs sur la ville pour la première fois depuis vingt ans. À présent, nous avons le plaisir de voir qu'il y a également un androïde parmi vous. Vous vous plaisez à tout garder pour vous et il apparaît évident que Loki Laufeyson a grandement profité de la situation.

— Vous êtes ceux qui avez tenu à garder notre existence secrète, persifla Sam. Maintenant que la situation vous a explosé à la figure, vous ne faites que chercher des boucs émissaires. C'est un peu puéril, vous en conviendrez.

— Wilson, l'attaqua la ministre de la Défense. Aucun d'entre vous ne peut se permettre un tel niveau d'arrogance. Vous étiez tous sujets à caution. Nous avons mis la sécurité de nos métropoles entre vos mains mais il s'est avéré que vous étiez tous indignes de la confiance qui vous avait été accordée par nos services.

— Indignes ? répéta Wanda en frappant du poing sur la table. Indignes ? Et tous ceux qui ont frôlé la mort pour aider cette maudite métropole étaient-ils, eux aussi, indignes de confiance ?! Trois des nôtres sont cloués sur des lits d'hôpital, d'autres sont mutilés, et tout ça pour vous, et vous osez dire que nous sommes indignes ! Vous nous tenez pour responsables des actes de Loki alors que nous avons tenté de tous vous protéger ?!

— Responsables et punissables, Mademoiselle Maximoff », rugit le Premier ministre.

Un silence imprégné de respect tomba immédiatement sur tous les membres de la Section Spéciale, mais également sur les spectateurs. Le Premier ministre n'avait pas prononcé un mot depuis le début des hostilités. Mais tout le monde savait que, s'il y avait une force qui comptait, c'était bel et bien la sienne. C'était le seul membre du Conseil des ministres dont la famille vivait au Japon bien avant l'invasion des êtres de métal. Il était fort de carrure et son visage carré dégageait une telle noblesse qu'il aurait pu être gravé dans le marbre. Ses cheveux étaient noirs, à l'exception de ses tempes, légèrement grisonnantes, et il avait l'air sage, avisé, mais aussi sévère. Steve posa une main apaisante sur l'épaule de Wanda. La jeune femme commençait à trembler. Elle le fixa longuement, et le bleu clair de son oeil unique la calma, assez pour qu'elle desserre le poing et prenne une grande inspiration. Ce n'était pas le moment de craquer.

« Une dizaine de bâtiments ont été détruits, continua le Premier ministre, parmi lesquels les plus importants de la métropole. Parmi lesquels une école. Parmi lesquels un hôpital. Où allons-nous soigner les malades à présent, ceux qui étaient déjà hospitalisés, et les nombreux blessés que vous avez ajoutés à leurs rangs ? Où irons nos étudiants ? Nos travailleurs ? Vous pensez que nous avons les fonds nécessaires pour restaurer ces bâtiments dont certains ont mis plusieurs années à être construits ? Même si Manille et Séoul nous offraient des subventions, les pertes sont trop grandes. Vous êtes entièrement responsables de ce qui s'est passé, tous autant que vous êtes, présents comme absents. Si quelqu'un doit payer pour ce qui est arrivé à cette ville, c'est vous, et personne d'autre. »

Dès lors que le Premier ministre ferma la bouche, un torrent de protestations s'éleva parmi les membres de la Section Spéciale, mais aussi chez les journalistes, les photographes, et tous ceux qui étaient venus assister à la commission. Il y avait autant d'avis qu'il y avait de personnes. La Section Spéciale les avait sauvés, mais leur attaquant faisait partie de la Section Spéciale, c'était un traître, mais personne n'avait su le voir, combien de traîtres se cachaient encore dans leurs rangs, combien devraient encore payer pour les éclairer, mais pourtant ils n'avaient jamais failli à la tâche... L'un d'entre eux a un bras en métal, plusieurs d'entre eux peuvent voler, et le monstre vert, qu'est-ce que c'est, et pourquoi des cyborgs, pourquoi une vision, ce sont des monstres, ce sont des traîtres, pourtant ils nous ont protégés pendant tout ce temps, mais regardez ce qui est arrivé, ce sont les contribuables qui vont payer, encore, qui paient toujours pour les autres, plus jamais Tokyo ne sera sur pied par leur faute, il y avait aussi Tony Stark avec eux, Tony Stark, un trafiquant très recherché, ils acceptent vraiment n'importe qui, ce sont des dangers pour la population…

Ça sentait le roussi. Les flashs crépitaient dans tous les sens. Natasha eut un geste de recul et serra les deux poings. On l'avait dépossédée de son monocle et de ses gants électrisants mais elle restait la Veuve Noire. Bucky avait posé ses mains sur son front et sa respiration commençait à se faire laborieuse. Wanda tapotait légèrement sa poitrine à un rythme régulier comme pour calmer son les battements de son cœur, et ses prunelles viraient au rouge. Thor s'était mis à hurler sur les ministres tandis que Sam s'était levé pour demander aux journalistes fous de s'éloigner. La Vision fut la cible de nombreux cris et projectiles et tout partait littéralement dans tous les sens. Steve sut qu'il devait faire quelque chose, très rapidement, n'importe quoi, quelque chose de saisissant, vite, il devait se faire entendre.

Un. Deux. Trois. Quatre coups de poings assénés avec virulence sur le bois du bureau devant lequel il était assis. Au cinquième coup, le silence était complet. C'était à peine si l'on entendait encore respirer.

« Einstein n'était pas japonais », intervint le capitaine Rogers.

Toutes les paires d'yeux, littéralement toutes, se dirigèrent vers lui avec une incrédulité telle qu'en d'autres circonstances il aurait vraiment éclaté de rire. Steve inspira.

« Ici, dit-il en pointant les inscriptions qui se trouvaient juste devant lui. C'est une citation d'Einstein. Or Einstein n'était pas japonais.

— Capitaine Rogers, commença le Premier ministre. Le Japon a une histoire avec Einstein depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Où diable…

— Et vous savez ce qu'il a dit, le coupa Steve en sondant la salle du regard. "Le monde est dangereux à vivre. Non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire." »

Toujours le silence. L'oeil bleu lagon du capitaine croisa les deux prunelles du Premier ministre. Ils étaient la première et la plus grande force de chaque camp. L'un comme l'autre, ils étaient les seuls à avoir imposé le silence dans ce capharnaüm scandaleux. C'était comme s'il n'y avait plus qu'eux. Un bras de fer, à la loyale, chef contre chef, et le gagnant apporterait la victoire à toute son armée.

« Je n'ai jamais aimé cette citation, enchaîna rapidement Steve. Non parce qu'elle est fausse, mais parce qu'elle est manichéenne. Parfois, certaines personnes regardent et laissent faire parce qu'elles n'ont pas le choix. Parce qu'elles ne sont pas assez fortes pour se dresser contre le mal. Et aussi parce que jamais quelqu'un ne sera aussi responsable que celui qui appuie sur la gâchette. Jamais. À la Section Spéciale, nous nous servons de notre force pour lutter contre le mal parce que nous savons que peu de gens ont la force morale ou physique de le faire. Et nous ne leur en tenons pas rigueur. Nous sommes là pour protéger Tokyo et les autres métropoles de ceux qui appuient sur la gâchette. Nous sommes aussi en partie responsable de ce qui est arrivé mais n'oublions jamais, Monsieur le Ministre, que non seulement vous et moi partageons cette responsabilité, mais aussi que celui qui avait le doigt sur la la gâchette, c'était Loki. »

Thor baissa les yeux vers son bureau mais ne se sentit pas la force d'émettre une protestation. Sam posa une main brune sur l'épaule massive de l'Odinson et celui-ci lui adressa un semblant de regard pour le remercier. Vision imita le Faucon, en posant sa main sur l'autre épaule. Cette réaction naïve amusa Thor mais le réconforta également. Il inspira et tenta d'oublier, au moins jusqu'à ce que cette commission infernale prenne fin.

« Faites ce qui est de votre devoir, Monsieur le Ministre, acheva le capitaine Rogers en se levant. Mais soyez sûrs que vous le faites pour le bien de votre métropole, bien pour lequel nous avons toujours tenté d'œuvrer malgré nos erreurs. Et non pour panser votre fierté blessée, ou parce que vous voulez pointer du doigt un responsable. Parce que nous savons tous qui est le responsable. Et vous savez où le trouver. »

Le ministre resta muet quelques instants, sans décrocher son regard du capitaine en bleu.

« Ma sentence sera prononcée incessamment sous peu.

— Merci, Monsieur le Ministre. Mon équipe et moi allons à présent prendre congé. »

Ils se levèrent sans plus de palabres et s'appliquèrent à se diriger vers la sortie. Poursuivis par les flashs, les bruits, les cris, les projectiles.


« Ah bah, ça, c'est vraiment gentil ! Vous voyez, là, tout de suite, je me sens aimé et apprécié. Ça, c'est vraiment gentil, Docteur Banner ! »

La voix accusatrice de Clint résonnait dans tout le vaisseau. À quelques pas, s'éloignant de plus en plus, Bruce Banner levait les mains, les épaules dressées jusqu'aux oreilles. Les nouveaux arrivants froncèrent les sourcils. Tous ceux qui se trouvaient sur place semblaient complètement défaits, dépités, ou épuisés comme si l'enfer leur était tombé dessus. Exception faite que c'était, d'une certaine manière, presque le cas. Enlevez le « presque », en fin de compte.

« Qu'est-ce qui se passe encore ? s'étonna Natasha, entrée la première, en haussant un sourcil perplexe.

— Il se passe que Barton est Barton », répondit Bruce en tournant à peine la tête vers eux.

Natasha comprit immédiatement que cela signifiait qu'il n'était pas nécessaire de s'attarder sur ce qui s'était dit avant qu'ils n'arrivent et alla regagner son siège. Depuis la destruction du QG du SHIELD, la Section Spéciale avait plus ou moins élu domicile dans leur jet, après tout assez grand pour tous les accueillir. C'était terriblement rudimentaire et, hormis les fruits secs cachés un peu partout, il était difficile pour eux de trouver de quoi se nourrir. Ils avaient placé leur vaisseau au fond d'un vieux parc, aussi loin qu'ils l'avaient pu des habitations ou d'un endroit où ils seraient détectables, et Jim avait eu la gentillesse de passer en mode furtif pour empêcher les quelques passants indiscrets de les voir. C'était ainsi qu'ils vivaient depuis à peine quatre jours et pourtant ils avaient l'impression que cela faisait une éternité. Ceux qui s'en étaient sortis lors des combats semblaient plus harassés que jamais. Alors les blessés, c'était encore pire. Carol, dont l'état était déjà instable avant qu'elle ne soit embauchée par la Section Spéciale, avait du mal à récupérer et restait assise la plupart du temps, à chercher son souffle ou à souffrir le martyre. Tony et Pietro, quant à eux, étaient plongés dans une sorte de coma depuis que le capitaine Rogers et Wanda les avaient ramenés sur le jet. Ce fut vers le corps de son frère, allongé sur une banquette, que la Sorcière Rouge se dirigea en premier. Elle se triturait nerveusement les mains, ses yeux sombres rivés sur le visage de son frère. Ses doigts aux ongles vernis de noir se posèrent sur le front trempé de sueur de son jumeau. Elle déglutit. Pietro avait un métabolisme rapide, il pouvait guérir et se régénérer à une vitesse équivalente à celle de sa course. Mais là, rien ne se passait. Wanda leva les yeux vers Bruce qui s'approchait prudemment d'elle, la chair de poule aux bras.

« Il a de la fièvre, s'étonna-t-elle.

— Depuis ce matin, soupira le docteur. Malheureusement, je ne sais que lui administrer. Nous sommes sans ressources et Jim est une IA de pilotage, pas de médecine. Ajouté au fait que le plus grand hôpital de la ville a été détruit et que les autres sont bondés, j'avoue que nos options sont limitées.

— Il faudrait le ramener à Manille, alors, tenta Wanda.

— Nos communications avec les deux autres QG ont été coupées en même temps que le nôtre s'est écroulé, intervint Coulson, surprenant leur conversation. Ils ont les mêmes problèmes que nous au niveau juridique, maintenant.

— Au moins les ministres de Manille ne portent pas de yukatas, grogna Barnes en arrière-plan. Du moins je l'espère. »

Wanda serra les dents, mais sa main resta douce sur le front de son frère.

« Mais comment la fièvre a-t-elle pu le gagner ? dit-elle, la gorge serrée.

— Certainement un virus qui couvait, répondit Bruce, les mains dans les poches de sa blouse. Ses blessures et la fatigue n'auront pas aidé son système immunitaire à la combattre. L'autre hypothèse serait une infection due à ses blessures. »

La Sorcière Rouge ferma les yeux. Le front de Pietro était brûlant. Elle pouvait sentir son cœur battre dans sa poitrine, son sang pulser dans ses veines, mais elle pouvait aussi sentir la maladie, et toutes ses plaies trop profondes. Elle passa les doigts sur ses paupières parce qu'elle savait que ses nerfs ne supporteraient pas de le voir si mal en point.

« Et si c'était une conséquence de la mutation ? », s'enquit-elle, en regardant de nouveau Bruce.

Cette fois, le docteur ne sut que lui répondre. Et même s'il avait eu une réponse, peut-être n'aurait-il pas osé la formuler à voix haute. Wanda baissa de nouveau la tête et se mit à murmurer. Une prière. C'était tout ce qu'elle pouvait faire pour le moment.

Sans les instruments du SHIELD, sans équipe médicale, sans rien ni personne, ils étaient véritablement livrés à eux-mêmes. Et ce n'était que maintenant qu'ils s'en rendaient compte. Maintenant qu'ils avaient besoin d'un toit, de ressources, ne serait-ce que d'une salle de bain et d'un peu de boisson nutritive. Et qui accepterait de les aider, là-dehors ? Tout était détruit, tout Tokyo s'était écroulé comme un château de cartes, avec ses bâtiments les plus importants. Difficile de dire combien de temps il faudrait pour tout reconstruire. Et encore plus difficile de savoir combien de temps il leur faudrait pour être acceptés. S'ils l'étaient un jour.

« Et, au fait, rebondit Clint, cette commission ministérielle, c'était comment ?

— Un désastre, répondirent Natasha, Sam, Bucky et Steve d'une même voix.

— Génial. Au moins une chose qui s'est bien passée », ricana l'archer.

Les autres choisirent de ne pas répondre, dépités, et Thor lâcha un rire sans âme. Il alla tapoter l'épaule du cyborg aveugle, se passa les mains sur le visage et s'en alla s'abattre comme une masse sur le siège qu'il avait déclaré comme sien. Un mouvement sur une des trois couchettes interpella le capitaine Rogers et il partit vers le fond du vaisseau.

Tony était toujours allongé là, mais il sortait lentement de son long sommeil. Le plus étonnant, ou peut-être le pire, dans cette histoire, c'était qu'il s'éveillait comme s'il sortait d'une sieste ou d'un sommeil davantage quotidien. Pas comme s'il avait laissé un bâtiment entier s'écrouler sur sa tête. L'ingénieur voulut s'étirer mais il constata rapidement que son bras était cassé. Il le constata par ailleurs avec un cri de douleur suivi d'une suffocation. Bruce accourut à son chevet.

« Ne bouge pas, ne bouge pas, s'exclama-t-il. Ton bras est brisé, tu as deux côtes cassées et sans doute d'autres fêlées ! Ne bouge pas !

— Mon bras est cassé, répéta Tony, complètement dans le gaz, mais pourquoi j'ai pas d'attelle ?

— Tu viens de la faire tomber, petit génie », répondit Bruce.

Il avait l'impression de gérer des gamins de cinq ans, parfois. Le médecin ramassa l'attelle de fortune qu'il avait faite pour le bras gauche de Tony et la remit en place, de manière efficace. Mais son patient ne sembla pas voir le côté efficace de la chose, vu qu'il se permit de geindre au moins trois fois. Le docteur Banner tâcha de faire comme s'il n'entendait rien. D'une certaine manière, le fils Stark l'avait cherché.

« Côtes cassées, répéta-t-il, mais alors qu'est-ce que je fous dans ce foutu vaisseau plutôt que dans un lit d'hôpital ?

— Il n'y a plus d'hôpital, rétorqua son ami, tu te rappelles ? Le plus grand et le plus accessible d'entre eux, en tout cas. »

Tony serra les dents et abattit sa main disponible sur son front. Il avait l'impression de sortir d'une cuite. Et bon sang, c'était un sentiment familier. Si se faire écraser par un bâtiment et avoir la gueule de bois étaient deux sensations équivalentes, alors il avait eu raison d'arrêter de boire. Déjà, parce que l'alcool était rare et cher, ensuite parce que, bon sang, ça en faisait des dégâts !

Steve, qui avait assisté à la scène de loin, préféra tourner les talons et laisser les deux scientifiques discuter entre eux, un léger sourire aux lèvres.

« Capitaine Rogers », l'interpella Maria Hill.

L'interpellé faillit sursauter et se tourna vers la seconde de Nick Fury, assise aux commandes, l'air de somnoler. Il s'assit à la place du pilote, étant donné qu'elle occupait le siège du copilote. La directrice adjointe du SHIELD posa le coude sur le tableau de bord et le scruta quelques instants.

« Est-ce que tout va bien ? s'enquit-elle à voix basse.

— On essaie de s'en sortir, répondit le capitaine, pourquoi ?

— Parce que c'est bientôt la date de votre check-up semi-annuel, répondit Hill. Et je crains que, dans l'état actuel des choses, ce ne soit pas possible.

— Mon état, comme celui des autres, est stable depuis près de deux ans et demi, Hill. Je sais gérer ce sérum dans mon sang, Bucky sait gérer le métal dans le sien, Banner n'est plus en conflit avec les radiations gamma, Wanda sait contenir ses émotions… Le check-up n'est jamais qu'une formalité.

— Peut-être, rétorqua Maria. Mais en attendant, Pietro a de la fièvre et nous ne savons pas pourquoi. Essayez de vous ménager, vous tous, en attendant que nous puissions de nouveau vous procurer du matériel. »

Un léger sourire fendit le visage de Steve et il contempla Maria avec l'oeil rempli de gratitude.

« C'est gentil de vous inquiéter pour nous, Hill.

— Il faut bien que quelqu'un le fasse. Vous n'êtes tous que des gosses inconscients. Heureusement que le colonel était déjà chauve. »

Steve secoua la tête et s'autorisa à pousser un long soupir. La journée avait été terriblement longue. Pour tout le monde. Aussi bien pour ceux qui étaient restés dans le vaisseau que pour ceux qui avaient dû assister à cette maudite commission.

« En parlant de Nick, vous savez où le trouver ?

— Pas encore, soupira Hill. Je suis comme vous. J'attends. Mais j'ai bon espoir. »

Et on ne pouvait que la comprendre. On parlait de Fury après tout. Il était parfaitement capable de simuler sa propre mort devant une demi-douzaine de médecins armés de défibrillateurs.

« Attendez, QUOI ? s'écria soudainement Carol, les faisant sursauter. Nous sommes responsables des dégâts ?! Alors que nous avons voulu protéger cette foutue ville ?! C'est une plaisanterie ?!

— Captain Marvel a raison à cent pour cent, rebondit Clint. J'aurais dû être là pour leur demander si un seul de ces crétins en costard aurait pu faire autant, ou même la moitié, voire même la moitié de la moitié, du boulot qu'on a fait !

— Sauf que ce sont ces crétins en costard qui paieront vos nouveaux monocles, si nouveaux monocles il doit y avoir, soupira Coulson.

— Et ils sont persuadés que nous sommes une menace pour cette métropole, ajouta la Vision. Navré, Monsieur Barton, mais d'un point de vue totalement objectif il est…difficile de leur donner tort.

— Vous m'avez appelé « Monsieur » Barton ?! s'amusa soudainement Clint en semblant littéralement oublier tout le reste.

— Reste concentré, chuchota Bucky.

— Quoi qu'il en soit, il va falloir regagner la confiance de Tokyo, si l'on ne veut pas finir en prison, ou pire que ça, ajouta Natasha.

— Et puis quoi encore ? ragea Clint. On va jouer le jeu politique, faire des conférences de presse, pour les supplier de nous laisser faire ce qu'on fait déjà depuis des années ?!

— Inutile de s'énerver, le rattrapa Sam. On n'a pas besoin d'un nouveau combat. La situation est juste trop complexe pour l'instant, pour tout le monde.

— Alors, on attend. Génial », répéta Clint.

C'était ce qu'il disait maintenant. Mais, exactement huit heures plus tard, alors que le soleil commençait à peine à se lever sur le vaisseau, retentissait un nouveau cri du cyborg aveugle, qui semblait avoir été secoué par une idée de génie.

« J'en ai assez de rester ici, dit-il, à attendre d'être fixé sur mon sort. Les crétins en yukata n'ont pas tort, nous sommes responsables de ce bordel, parce qu'on reste ici à attendre alors qu'on se revendique comme ceux qui viennent aider. Wanda – et ceux qui veulent, naturellement- avec moi. Les ministres n'ont qu'à embrasser mon cul. »

Les trois quarts de la Section Spéciale étaient encore endormis quand il avait récité son monologue, si bien que personne ne pouvait se vanter d'avoir accroché au même moment. La seule phrase que tout le monde avait clairement comprise, c'était « les ministres n'ont qu'à embrasser mon cul ». Toutefois, cela ne leur disait en rien ce que Clint avait dans la tête, et encore moins pourquoi il avait besoin de Wanda.

Le cyborg se releva, demanda à Jim d'ouvrir le sas, et se dirigea à grandes enjambées vers l'ouverture d'où provenait le bruit. Ceci avant qu'il ne se prenne son carquois qu'il avait laissé traîner au sol, ne s'écroule, et ne roule sur le sol. Il n'en fallut pas plus pour que Barnes bondisse de son siège en se demandant comment ce type avait fait pour traverser l'existence sans se blesser ou se tuer.

« Barton, commença-t-il en se penchant vers lui, est-ce que…

— Ça va, fit Clint en levant la main vers le Soldat de l'hiver, paume vers le visage de ce dernier, l'arrêtant sur le champ. Ça va, je peux me lever tout seul. »


Wanda avait pu soulever toute une maison. Rien qu'avec ses pouvoirs. Alors que personne n'aille lui faire croire qu'il lui était impossible de le refaire, et encore moins avec des morceaux plus petits. Elle lui avait bien fait comprendre qu'elle ne pouvait pas ramener les bâtiments à leur état initial, mais l'archer n'en avait cure. Il s'en était allé vers les décombres de l'université de Tokyo, et avait commencé lui-même, à mains nues, à nettoyer les débris. Difficile de décrire précisément l'ahurissement des ouvriers préposés au chantier en voyant un cyborg aveugle venir leur prêter main forte, sans protection et surtout, sans savoir ce qu'il faisait. Mais il s'y était mis. Et il s'était contenté de dire :

« On est de la Section Spéciale. On est là pour aider. J'aurais bien voulu vous présenter un badge ou une carte mais nos supérieurs étaient trop occupés à garder notre existence secrète pour nous en faire. »

Alors Wanda avait commencé à aider, elle aussi.


Et bientôt, tous s'y étaient mis. Débarrasser les lieux des débris. Aider à retrouver les corps, et les survivants ensevelis. Toute la Section Spéciale n'avait pas tardé à mettre la main à la pâte, en se servant de leurs pouvoirs, en analysant, en se transformant, en étudiant, en volant, en se servant de leur force et même en parlant, secondant des ouvriers et de plus en plus de bénévoles. Sachant que les fonds seraient limités, ils tentaient également de récupérer ce qui pouvait l'être. Ils s'étaient dispersés, s'en étaient allés de chantier en chantier, aidaient les médecins, les secouristes, tous ceux qui avaient besoin de bras supplémentaires. Mais ils savaient que le repos serait de courte durée. Natasha était l'une de celles qui en était le plus sûre et une des premières à en avoir eu la confirmation. Elle était sur les ruines de l'université quand trois jeunes gens étaient venus vers elle. Plus grands qu'elle, massifs, de nature intimidante, et confiants. Certains d'être dans leur bon droit et d'avoir le droit de dire ce qu'ils allaient dire :

« Eh toi, dégage, lui dit le premier.

— On veut pas de cyborgs sur le chantier. C'est vous qui avez fait ça. »

Natasha eut à peine le temps de froncer les sourcils que Sam, qui volait à quelques pieds au-dessus, se posa juste à côté d'elle, la couvrant d'un regard interrogateur.

« Qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-il.

— Des idiots habituels », se contenta de répondre Natasha en le prenant par le bras pour l'inciter à se détourner.

Elle n'avait pas envie de se battre, elle n'aimait pas la confrontation. Elle voulait aider, et ce n'était pas les regards de ces loubards qui allaient l'intimider ou la pousser à changer d'avis. La Veuve Noire et le Faucon allaient rejoindre d'autres personnes plus clémentes. Cependant le trio agaçant ne tarda pas à les rattraper, et ils se plantèrent devant eux.

« Vous êtes sourds, insista celui qui semblait être le chef du groupe. On veut pas de vous ici.

— Eh, l'interrompit Sam. Tout le monde veut la même chose ici. On veut réparer les dégâts.

— Et nous on veut pas de cyborgs ici, argua le second.

— Tu ne crois pas que tu nous fais perdre du temps, soupira l'homme volant, l'air relativement ennuyé.

— Et toi t'es qu'un traître à ta race, répliqua le gamin. Pourquoi tu la défends ?

— C'est pas elle que je défends, ricana Sam. C'est toi. Parce que si j'étais toi, je ferais en sorte que cette femme ne lève pas la main sur moi.

— C'est pas une femme, siffla le troisième, c'est qu'un tas de ferraille et c'est ces tas de ferraille qui ont détruit la ville.

— Loki a attenté à cette ville, insista Sam.

— Et grâce à qui ? Grâce aux cyborgs. Ce sont que des espions des Ultrons, regarde-toi, t'es déjà contaminé. Laisse-nous lui faire la peau et peut-être qu'on sera clément avec toi. »

Sam soupira encore une fois, profondément, et pencha la tête sur le côté. Natasha leva un sourcil, totalement dépassée, et il finit par hausser les épaules. Devant eux, le chef de meute continuait d'aboyer comme quoi si jamais l'un d'entre eux levait la main sur lui, il les dénoncerait aux autorités, les ferait tous arrêter, que les cyborgs et les traîtres devaient s'éloigner et laisser les vrais humains travailler. En tout cas, ça ressemblait à quelque chose dans ce goût-là. La seule chose de vraiment sûre fut que cela ne ressemblait plus à rien quand Natasha leur rentra dedans. Elle se servit tout simplement du premier pour frapper le second, prit la tête de ce dernier pour taper dans la tête du troisième et, en moins de temps qu'il n'en fallait pour dire « Section Spéciale », les trois idiots se retrouvaient au sol, sonnés et entremêlés. Natasha ricana.

« Allons bon, persifla-t-elle. Inutile de vous battre pour moi. »

Hilare, Sam leva la main, et elle tapa dedans.


If you wanna be my lover, you gotta get with my friends…

Tony roula des yeux. Sincèrement, Jim pouvait aller se faire foutre avec ses conseils matrimoniaux. L'ingénieur restait là, assis, sur sa couchette. Dans le vaisseau, il n'y avait plus que lui, Hill, Pietro, toujours alité, Banner, qui avait passé la nuit à veiller et qui par conséquent dormait sur son siège, et le capitaine Rogers. Ce dernier et Hill se préparaient à retourner sur le terrain, et leur dialogue était couvert par la musique affolante que Jim laissait tourner à plein volume. Et bon sang, Maximoff arrivait à rester dans les vapes avec ce vacarme ? Tony l'enviait. Parce que lui, il n'arrivait plus à s'endormir. C'était pire qu'avant. Les mêmes cauchemars, les mêmes peurs, mais en toujours plus intense. L'ingénieur se frotta les paupières et laissa son visage retomber dans sa main, tentant de calmer sa respiration. Penser à tout ça ne l'avancerait en rien. L'ennui c'était que, rester ici, enfermé avec seulement un malade, un médecin et deux I.A qui s'engueulaient comme un vieux couple, ça ne l'aidait pas à relativiser. Steve demanda à Jim de lui ouvrir le sas, mais alors que celui-ci s'exécutait, le capitaine resta sans bouger. Tony, qui l'observait de là où il était, haussa un sourcil. Steve était soudain beaucoup plus pâle qu'à l'ordinaire et ses mains immenses s'étaient mises à trembler. Hill interpella le soldat de l'extérieur mais celui-ci lui assura que tout allait bien. Cependant, il tituba vers le siège le plus proche pour s'y effondrer, semblant littéralement à deux doigts de tourner de l'œil. Tony bondit de sa couchette, du moins, autant qu'il en était capable, puisque son bras était toujours cassé et qu'il boitillait. Cependant, il progressa autant que faire se pouvait jusqu'au soldat.

« Cap, s'enquit-il. Cap, est-ce que ça va ? »

Steve, la mâchoire serrée, l'ignora d'abord, avant de secouer la tête, haletant. Puis il le regarda de son œil unique et lui décrocha un sourire qu'il voulait rassurant.

« Ça va, dit-il en reprenant contenance. Une petite faiblesse, rien de terrible.

— Vous n'avez vraiment pas l'air bien, affirma Tony en posant la main sur son épaule. Asseyez-vous.

— Ça va, répéta Steve dont le sourire s'élargit. J'ai du boulot.

— Vous avez aussi le droit de vous reposer, insista l'ingénieur. Avec tout ça… Personne ne vous en voudra.

— Non, je dois y être, insista le capitaine. C'est mon boulot. Vous, votre boulot, c'est de guérir votre bras. »

Tony ouvrit grand la bouche, stupidement atterré.

« Alors ça, c'est la meilleure, s'écria-t-il. Donc vous, vous avez le droit d'y aller alors que vous êtes chancelant mais moi, avec un petit bras cassé de rien du tout, je dois camper ici ? »

Tandis qu'il parlait, Steve recouvrait à la fois son souffle et des couleurs. Il le regardait avec une sorte de sourire en coin, comme l'on regarde un animal particulièrement attachant. Sa main massive se posa alors sur l'épaule de l'ingénieur, qui haussa les sourcils et le fixa intensément. Il en avait assez de rester ici alors que tout le monde partait. Ça le faisait se sentir terriblement inutile et plus fou qu'il ne l'était déjà.

« L'important, c'est que vous vous rétablissiez, dit Steve.

— Ce n'est pas une raison pour vous rendre malade », siffla Tony en se détournant.

Il n'avait aucunement envie d'être traité comme un orphelin en mal d'amour ou comme un chien abandonné au bord de la route. Il ne voulait pas des regards condescendants du capitaine, ni de sa pitié, il voulait faire quelque chose, bon sang, l'armure de métal pourrait certainement pallier son bras cassé, il n'y avait aucune raison de le retenir ici. Les dents serrées, il jeta un regard noir au capitaine avant de lui tourner le dos. Steve comprit immédiatement qu'il s'y était mal pris. Personne ne vit le regard navré et coupable qu'il adressa à Tony tout en se mordant la lèvre inférieure.

Mais bon sang, ce type avait risqué de mourir pour lui. Et il n'arrivait pas à le supporter. Il n'arrivait pas à se faire à l'idée qu'un membre de son équipe avait failli passer l'arme à gauche par sa faute.

Surtout s'il s'agissait de Tony.

Steve baissa la tête, soumis à une foule de sentiments contradictoires et croisa les bras, incertain. Cependant, il la releva toute aussi vite en entendant les pas de l'autre homme s'éloigner.

« Tony ? »

L'interpellé fit volte-face, toujours en colère et la mine boudeuse. Cette fois, le capitaine lui offrit un sourire sincère. Un sourire qui voulait dire à quel point il était épuisé, à quel point il en avait marre, un sourire qui disait qu'il n'avait qu'un seul souhait, se laisser tomber au sol et s'endormir pour de bon, qu'il était à bout de nerfs mais qu'il s'accrochait désespérément.

« Je ne vous ai pas remercié pour m'avoir sauvé la vie, dit-il. Merci.

— Après tout ce qui s'est passé, osa répondre Tony avec un semblant de désinvolture, je pouvais au moins faire ça pour l'intensité dramatique. Et puis, ça en valait le coup. »

Inutile d'être un génie de sa trempe pour comprendre de quoi il retournait et il sut immédiatement que Steve avait fait la bonne association d'idées quand les joues crémeuses du capitaine prirent une légère teinte rosée et que son regard se fit fuyant. Et pendant ce temps, les Spice Girls continuaient de s'égosiller dans le vaisseau. Tony hurla victoire mais le cap recouvra rapidement sa contenance avant de lui tendre la main, comme pour lui faire signe de s'approcher. D'abord incrédule, Tony retourna sur ses pas, hésitant, se sentant comme une mouche virevoltant autour d'une plante carnivore, trop curieuse pour son propre bien. Et Steve Rogers n'avait rien d'une plante carnivore, il fallait bien l'avouer. Il plaça la main sur celle du capitaine, et ce dernier l'attira doucement vers lui, le dominant de toute sa hauteur. Tony se sentit prit à son propre piège, son cœur s'affola pendant que les derniers fruits secs qu'il avait mangés se mettaient à faire les montagnes russes dans son estomac. Toutefois, il s'arma de courage et sourit de toutes ses dents.

« Qu'est-ce qu'il y a, ils ont accroché une branche de gui là-haut ? Plus de boîtes de pastilles pour trouver un prétexte ? »

Steve ricana à son tour. Il lui embrassa le front, doucement, sereinement, comme si le sommet de sa tête était une rose. Puis il se détourna.

« Restez sauf, insista-t-il toutefois en lui offrant encore un sourire.

— Votre demande est formulée avec tant d'insistance que je me dois de refuser, et de porter plainte pour harcèlement », dit le fils Stark avec un faux air de pimbêche, les sourcils levés et la tête légèrement penchée en avant.

Il passerait plus tard sur sa déception.


« Rogers, soupira Bucky, je pourrais te tuer, ici et maintenant. »

Évidemment, dans ce genre de moment, il fallait toujours s'attendre à du soutien de la part du Soldat de l'hiver. Steve roula de l'oeil en soulevant une nouvelle brique afin de la poser sur le semblant de mur que son meilleur ami et lui aidaient à bâtir. Pendant ce temps, Bucky trempait une petite pelle dans la brouette remplie de ciment à côté d'eux, et en jeta sur la brique qu'il venait de poser avant de l'étaler.

« Tu l'as embrassé sur le front, siffla Barnes. Le front. Sérieusement, Steve tu mériterais de te faire écraser par un Ultron perdu.

— Où est le problème ? grogna Steve.

— Le problème, c'est que ça me rend malade de te voir te voiler la face comme ça, s'énerva son meilleur ami en abattant la brique sur le ciment. Tu ressens quelque chose pour lui, c'est évident, et en plus, tu as failli le perdre ! Et pourtant tu oses encore te poser des barrières et tu refuses de franchir le pas alors que le type t'envoie littéralement des appels de phares ! D'accord il a été pénible, mais t'as été le premier à dire qu'il avait besoin de temps, non ? Qu'est-ce qui te retient, sincèrement, maintenant ? Rien du tout ! Si on a appris quelque chose, c'est bien qu'on peut tous crever demain, alors sors-toi ce balai du cul ! »

À ces mots, Steve ricana. Bucky ne comprit pas vraiment cette hilarité soudaine si bien qu'il haussa un sourcil et leva la tête vers son ami qui s'appliquait à étaler du ciment sur la brique qu'il venait de poser.

« Et sinon, quand comptes-tu suivre les conseils que tu me donnes ? »

La réponse de Bucky fut sobrement constituée d'un majeur métallique levé dans la direction de son ami, qui se moqua allègrement de lui. Cependant, il retrouva plus rapidement son sérieux et cessa de s'activer quelques instants. Steve ne tarda pas à remarquer ce changement et se tourna vers lui, soudain concerné.

« En fait, je ne suis pas sûr, avoua Bucky, les deux mains sur le mur.

— Pas sûr ? », répéta Steve.

Son ami semblait embarrassé comme jamais et regardait ailleurs comme un enfant boudeur.

« De… de ce qu'il y a entre nous. S'il y a quelque chose, même, accentua-t-il. On en est pas sûrs tous les deux et… et disons qu'on n'est pas doués pour parler de ça.

— Toi et Barton êtes des poubelles, soupira Steve.

— Mais toi, rétorqua immédiatement Bucky, toi, crétin de Brooklyn, tu sais ce que tu ressens et lui aussi, alors arrête de détourner la conversation.

— Je ne détourne rien du tout, se moqua Steve, c'est toi qui évite les sujets qui fâchent dès qu'ils te concernent !

— Et celle-là, tu peux l'éviter ? »

Steve ne comprit le sens de la question que lorsqu'il se prit du ciment frais en pleine figure. D'abord sous le choc, le soldat resta sans bouger alors que son ami d'enfance le regardait en riant à s'en tenir les côtes. Alors, naturellement, Rogers décida de ne pas en rester là et lui rendit son attaque en lui balançant à son tour du ciment.


Aider la population était une chose. Assumer derrière en était une autre. Carol était littéralement au bord de l'apoplexie. Elle n'avait pas vraiment signé pour reconstruire une ville entière avec des troupes à moitié qualifiées, des gens qui la regardaient de travers parce qu'elle faisait partie de ceux qu'ils tenaient pour responsables, et des moyens terriblement limités. Toutefois, elle ne désespérait pas. L'équipe était bien avec elle, et elle était bien dans l'équipe. Tout le monde faisait en sorte de lui faire une place, on tâchait de ne jamais la laisser sur le côté et, en à peine deux semaines, elle avait déjà l'impression d'être là depuis beaucoup plus longtemps. Et surtout, tout le monde la laissait poursuivre son objectif personnel sans interférer ou tenter de la refréner, ce qui pourrait s'avérer potentiellement problématique.

À chaque fois qu'elle faisait une pause, Carol sortait de la poche de sa veste de l'Air Force une photo de Jessica Drew. Elle l'avait d'abord montrée aux membres de la Section Spéciale, ne serait-ce que par acquis de conscience. Mais ce visage leur était inconnu. Alors l'ancienne pilote avait fait ce qu'elle avait estimé être le plus judicieux : demander à tout le monde. Et c'était ce qu'elle avait également fait aujourd'hui. Elle était avec Sam, Wanda et la Vision, au pied de ce qui restait du Building of Humanity, cherchant encore des survivants ou des corps sous les décombres, avec les pompiers, les policiers et les secouristes bénévoles. Rien pour le moment. Pourtant le cœur de Carol se serrait toujours de la même manière. À chaque main qui paraissait sous les décombres, à chaque appel au secours, elle se demandait si ce n'était pas Jessica qu'elle allait finir par retrouver. Et à chaque fois, c'était un soulagement terriblement malsain, de voir que le nouveau cadavre qu'ils extrayaient n'était pas celui de son amie. Et une déception de voir que, parmi toutes les vies sauvées, son amie ne figurait pas. Elle avait encore une fois fait le tour des équipes de secours avant de s'intéresser aux civils, mais elle ne faisait qu'essuyer des refus, couplés à quelques « une fille aussi jolie, je m'en souviendrais ». Dépitée mais tâchant de garder la tête froide, elle avait rejoint les membres de son équipe. Sam était assis par terre. Il lui tendit une bouteille d'eau dont il avait bu la moitié et qu'elle accepta sans se faire prier, tandis que Wanda picorait dans un petit sac de fruits secs. Vision, lui, insensible à ce genre de besoin, se laissait aller à admirer les alentours. Carol lui trouvait un air rêveur qui confinait à l'innocence pure, et elle comprenait pourquoi Wanda n'y semblait pas insensible. Même si le type avait une tête rose.

« Toujours rien ? », lui demanda la Sorcière, concernée.

Carol hocha négativement la tête et se laissa retomber à côté de Sam, le front couvert de sueur. Elle passa les doigts dans ses cheveux fins, et s'autorisa enfin à prendre un peu de repos.

« Mais qu'est-ce qui vous dit que votre amie est encore en vie ? », s'enquit soudain la Vision en se tournant vers elle.

À ces mots, Carol hésita. Effectivement, tout ce que la Section savait, c'était que Jessica avait été offerte en sacrifice aux Ultrons mais ils avaient très peu d'informations concernant le reste. Elle se mordit la lèvre inférieure, finit la bouteille d'eau de Sam avant de se lancer.

« Vous savez certainement que, selon les dossiers de l'Air Force… Je n'existe plus. »

Ses trois interlocuteurs hochèrent la tête en la fixant sans se demander si leurs regards n'étaient pas trop insistants.

« C'était un vol de reconnaissance que j'avais tenu à faire, continua-t-elle. Une activité suspecte à l'extérieur des murs. Quand j'ai vu que c'était dans cette région que le père de Jessica avait… Enfin. Je savais que cela faisait des années mais je n'ai pas pu m'empêcher de… Alors j'ai accepté la mission. Mais j'ai été attaquée. Des Ultrons, certainement. Mon vaisseau s'était fait avaler. J'ai perdu connaissance. »

Derrière eux, ils entendirent le chef d'opération proclamer qu'ils allaient bientôt reprendre mais elle n'y prêta pas attention.

« Je me suis réveillée dans un endroit… Humide. Une cave, un souterrain, qu'importe. Et Jessica était là. »

Sam fronça les sourcils mais l'expression de Wanda était fascinée, comme si elle buvait littéralement les paroles de Carol. Falcon savait que c'était à cause de ses étranges capacités, à la limite du télépathique, que la fille Maximoff était aussi subjuguée, mais l'air interloqué de Vision le conforta dans le fait que ça ne voulait pas dire que ce qui se passait là était normal.

« Je sais ce que vous pensez, dit Carol, mais je suis sûre que c'était elle. Je reconnaîtrais son visage entre mille. Elle avait maigri et était épuisée mais je suis sûre que c'était elle. Alors je l'ai suivie, du moins je l'ai voulu mais… Mais elle s'est enfuie. J'ai de nouveau perdu connaissance et quand je me suis réveillée, j'étais de nouveau seule. Et j'avais tout… Toute cette force, ce… Cette colère… Et j'ai paniqué… Je me suis mise en tête que les Ultrons m'avaient repris Jessica, j'ai repris la route que j'avais emprunté avec mon vaisseau et… »

Elle-même peinait encore à l'expliquer. Tout avait été si confus ce jour-là. Elle s'en souvenait à peine. Elle se souvenait juste d'avoir entraperçu, un moment, le visage de son amie. Et de s'être levée seule, avec une force à démolir les murs et capable de voler. Elle n'avait pas su qu'en faire, mais pour elle, cela n'était qu'une occasion de plus de sauver son amie. Qui était vivante. Et à présent, elle le savait et en était sûre. Raison pour laquelle elle ne pouvait s'arrêter de chercher. Pas maintenant. Jessica n'était pas loin. Elle était là, quelque part, dans Tokyo, ou dans les régions alentour. Et elle l'avait aidée. Alors, elle ne pouvait pas la laisser comme ça. Toutefois, la reprise des recherches l'interrompit dans un récit déjà confus et elle se leva, de même que les autres, pour recommencer.

Les quatre membres de la Section Spéciale passèrent ainsi la journée à fouiller et déblayer, mais les corps, tout comme les signes de vie se faisaient rares. Bientôt, il allait falloir commencer à reconstruite, comme pour les autres. Certains bâtiments avaient déjà commencé à ressortir de terre mais ce bâtiment était le plus haut des trois métropoles confondues. Ce qui rendrait la tâche un peu plus ardue.

« Oh, bon sang, dites-moi que je rêve ?! »

Les quatre membres de la Section Spéciale, alors en hauteur, baissèrent les yeux vers le plancher des vaches. S'y trouvait une petite silhouette, un homme, de taille moyenne, brun. Carol haussa un sourcil et regarda les trois autres. Sam avait l'air tout sauf impressionné, Vision était intrigué au possible et Wanda regardait fixement vers le bas. Elle finit par leur dire :

« C'est bien de nous qu'il parle mais il n'a pas l'air belliqueux.

— J'y vais », soupira Sam.

Ce disant, il se laissa retomber au sol, bientôt talonné par Carol. L'homme leur offrit un sourire qui allait d'une oreille à l'autre et se mordit la lèvre avant de lever les deux pouces dans leur direction :

« Oh, j'y crois pas, c'est donc vrai !

— Qu'est-ce qui est vrai ? demanda Carol, tout sauf confiante, malgré les paroles de Wanda.

— Vous êtes… Vous êtes ces gens qui nous ont aidés ! s'exclama l'inconnu aux prunelles pétillantes avant de pointer Sam du doigt. J'vous reconnais, vous êtes le Faucon ! »

Carol haussa un sourcil et coula un regard vers Sam qui hésitait entre un sourire sincère – parce que cela faisait bien longtemps qu'ils n'avaient pas été accostés par quelqu'un d'amical - et un sourire gêné – parce que ça faisait quand même beaucoup d'enthousiasme.

« Et vous êtes ? se contenta-t-il de demander.

— Ah oui ! s'écria l'autre. Je m'appelle Scott ! Et bon sang, je suis fan.

— Journaliste ? demanda Carol qui commençait à avoir l'habitude.

— Non ! Pas du tout, répondit Scott qui avait commencé à rire sans s'en rendre compte. Je suis juste un citoyen concerné et j'avais très envie de vous voir ! Elle a dit que vous étiez sur les chantiers mais je ne l'ai pas crue, alors elle m'a demandé d'aller vous trouver !

— Elle ? répéta Sam, de plus en plus incrédule.

— Euh… s'étonna Scott qui sentait qu'il y avait là comme une information importante. Ah oui, Jane Foster ! C'est elle qui m'envoie ! »


Scott Lang ne le savait pas encore, mais c'était un homme mort. Le pauvre, il ne s'en doutait pas, et il ne l'aurait certainement pas vu venir. Tout ce qu'il savait, c'était qu'il était avec Luis et les autres, en train de débattre au sujet de ceux qui se faisaient appeler la Section Spéciale, à se demander s'ils étaient bons ou mauvais, s'ils représentaient ou non un danger pour les métropoles, quand était arrivée cette femme. Elle avait l'air un peu perdu, s'appelait Jane Foster. Scott et les autres l'avaient rencontrée, elle et quelques autres personnes, après l'attaque de Loki et de ses cyborgs. Elle leur avait dit que la Section Spéciale était, selon la rumeur, dans le centre-ville, en train de réparer les dégâts causés par cette fameuse attaque. Ce sur quoi elle leur avait demandé si l'un d'entre eux pouvait bien aller leur dire qu'elle était en vie et leur demander de la retrouver en un lieu précis. Scott avait sauté sur l'occasion. Parce qu'il faisait partie des gens qui adoraient la Section Spéciale. Mais devant s'occuper de sa fille, il n'avait pu se résoudre à la laisser en arrière en allant jouer les ouvriers bénévoles. Alors là, il avait sauté sur l'occasion. Et c'était vrai, bon sang. Quatre d'un coup. La femme habillée en rouge, l'androïde à tête rose, la femme volante et le Faucon. Ça, c'était comme trouver une carte de collection extrêmement rare. Parce que cela faisait longtemps que les gens parlaient. Que des rumeurs se répandaient sur des sortes de gardiens qui se chargeaient des problèmes qui touchaient la Métropole. Ils avaient été aperçus plusieurs fois lorsque les murs avaient été attaqués, quand il y avait eu cette explosion métallique qui avait attiré tant de robots, quand le mur avait été percé, puis quand un groupe de cyborgs appelés les Chessmen s'était amené. Oui, les gens parlaient et cela faisait longtemps que beaucoup se doutaient qu'ils n'étaient plus seuls. Que d'étranges figures veillaient sur la ville et protégeaient sa population, en dépit des dires des autres.

Quatre têtes s'étaient détachées, en ce qui concernait Tokyo. Le Capitaine, la Veuve Noire, le Soldat de l'Hiver, et le Faucon. Et Scott avait le plaisir, non seulement de rencontrer l'un d'entre eux, mais en plus de lui parler et de le guider jusqu'à Jane était tant excité que c'était tout juste s'il ne lui tenait pas la main. Les quatre membres de la Section Spéciale – les trois autres s'appelaient la Sorcière Rouge, la Vision et Captain Marvel, si Scott avait bien suivi ce que lui avait dit Sam - le suivaient, silencieux et intrigués. Scott les guida jusqu'aux tréfonds de la ville, là où s'entassaient bidonvilles, entrepôts et autres constructions de bas étage, là où étaient relégués les individus les plus inutiles de la population. Pour eux, l'attaque de Loki avait été un événement lointain dont ils ressentaient les effets bien malgré eux. Parce que toutes les subventions s'en étaient allées à la reconstruction de ces immenses bâtiments, parce que toutes les figures d'autorité s'étaient tournées vers le centre, cette région de la métropole retournait à sa misère profonde. Et c'était une des raisons pour lesquelles Scott était si euphorique. Parce qu'il pouvait montrer à ces gens qu'il considérait comme ses héros l'envers du décor, et il était ravi de se dire qu'à présent l'on allait veiller sur eux aussi. Il guida le groupe jusqu'à une maisonnée qui se trouvait non loin de la sienne. Là, il entraîna les quatre nouveaux arrivants derrière une tenture. C'était une bicoque tout ce qu'il y avait de plus classique, faite en vieux béton et en terre cuite. De vieux meubles en bois, des fenêtres aux vitres cassées. Mais, au milieu de tout ça, un véritable bordel de technologie, ponctué d'écrans, le tout clôturé par des photographies sur les murs de terre cuite. Tout compte fait, non, ça n'avait rien d'une bicoque classique. Ça ressemblait surtout à la planque d'un psychopathe.

Mais que pouvaient en dire Sam, Carol, Wanda et la Vision si ce psychopathe s'avérait être Nick Fury ?

Celui-ci dardait sur leur petit groupe un regard sombre, le visage caché par son poing fermé.

« Est-ce que je rêve, ou est-ce que la première chose que vous leur avez dite est "je m'appelle Scott Lang et Jane Foster vous cherche" ? »

Oui. C'était définitif. Scott Lang était un homme mort.


« Jane ! »

L'interpellée se retourna subitement alors qu'une silhouette familière soulevait la tenture de la maison dans laquelle elle se trouvait, adjacente à celle de Lang et qui, d'une certaine manière, lui appartenait aussi. Son visage passa de craintif à heureux lorsqu'elle reconnut Wanda Maximoff, qui entrait dans la maison avec l'air au moins aussi incertain qu'elle.

« Wanda ! »

Jane se leva et alla directement enlacer la jeune femme, terriblement heureuse de voir enfin un visage connu. Bien sûr, il y avait Darcy et Selvig, mais Selvig passait son temps dehors à sillonner les marchés noirs et Darcy… restait Darcy. Celle-ci était endormie sur le canapé usé qui se trouvait dans un coin de la pièce, à côté de la fille de Scott, qui avait un livre dans les mains. Wanda les sonda rapidement mais toutes les deux dormaient d'un sommeil paisible.

« Je suis soulagée, dit Wanda. On a craint le pire pour vous.

— Désolée, répondit Jane de sa voix enfantine. Mais Fury voulait que l'on reste dans l'ombre, le temps que les ministres décident de ce qui allait se passer pour vous. Mais, en voyant que le temps passait et que rien ne se décidait, il a accepté qu'on aille vous chercher.

— Ce qui est appréciable, répondit la fille Maximoff. Tout va bien ? Qui est ici à part vous ? »


« Hormis Selvig, Foster et Darcy, personne ne sait ce qui se passe ici, avança Fury. J'avais prévu quelques plans de secours au cas où le SHIELD serait attaqué. Et remerciez Mademoiselle Foster de m'avoir convaincu d'être venus vous prévenir plus tôt. »

Il avait dit ça avec une telle nonchalance que, pour un peu, on ne se serait pas cru dans une vieille mansarde plantée au milieu des pires quartiers de Tokyo, mais bel et bien dans son superbe bureau du QG du SHIELD. Pourtant, le fait qu'il porte des lunettes de soleil plutôt qu'un cache-œil, et une veste à capuche plutôt que sa longue veste noire, prouvait que les choses avaient changé.

« Je crois qu'on va la remercier, approuva Sam, et passer outre le fait que vous saviez où nous étions mais que vous n'avez pas fait le moindre geste vers nous.

— Wilson, commença Nick, je voulais le faire, mais il fallait que l'on soit sûr que...

— Cela fait presque trois semaines que l'on survit dans notre jet, sans nourriture et sans matériel médical, alors que Pietro est mal en point et que Tony se rétablit difficilement ! »


« Pietro est malade », répéta Jane avec plus d'inquiétude qu'elle ne l'aurait cru possible.

Wanda hocha la tête, les yeux brillants et la lèvre inférieure mordue.

« Le docteur Banner ne sait pas quoi faire… Il lui faut des médicaments, dit-elle, mais que lui donner ? On ne peut même pas faire un diagnostic correct, ni Jim, ni Jarvis ne sont programmés pour ça.

— Eh, eh, dit Jane en posant la main sur son épaule. Du calme, d'accord ? Nous avons ce qu'il faut ici, Fury a tout prévu. Nous avons soigné la fille de Scott, et plusieurs personnes depuis que nous sommes ici. Mais… Il fallait que l'on garde le cercle de confiance restreint. »


« Il fallait que vous soyez crédibles devant les ministres », appuya Fury, guère impressionné.

Après tout, ce n'était pas vraiment la première fois qu'un membre permanent de la Section Spéciale de Tokyo venait s'en prendre directement à lui. C'était même une des activités favorites du capitaine Rogers. Natasha n'avait pas hésité à diriger une arme vers lui et Barnes était Barnes, alors le fait que Wilson ajoute ses humeurs à l'équation n'allait pas le tourmenter outre mesure.

« Avec moi disparu, et vous sans ressources, vous étiez plus à même de vous attirer la sympathie des ministres, continua le directeur déchu du SHIELD. Personne à vos trousses, pas d'autorité qui agit en arrière-plan, et qui vous fournit l'aide alimentaire et médicale dont vous avez besoin !

— Mais est-ce qu'on a l'air d'être en pleine campagne ? s'agita Sam. On ne fait pas ça pour s'attirer la sympathie de qui que ce soit, mais parce qu'on se bat pour survivre, nous aussi ! Est-ce que vous auriez répondu avec autant de facilité si qui que ce soit nous avait claqué entre les doigts ? »

Ni Carol, ni la Vision n'osèrent répondre. Tout simplement parce qu'ils n'avaient pas vraiment été validés par Fury. Ils avaient rejoint la Section Spéciale sous l'impulsion du capitaine Rogers et des autres mais, à aucun moment, ils n'étaient passés par la haute autorité, hormis peut-être Stephen Strange mais cela se discutait encore. Toujours était-il qu'ils estimaient ne pas pouvoir dire grand-chose pour le moment.

« Restez tels que vous êtes en attendant que la situation se tasse, acheva le colonel borgne. Amenez Maximoff si vous l'estimez nécessaire, mais restez discrets. Ce n'est qu'une situation provisoire, mais à part vous et le reste de la Section, j'aimerais que personne ne sache que nous sommes ici et en vie. »

La Vision et Carol approuvèrent, ne sachant pas quoi faire d'autre. Sam lui, restait silencieux, à scruter Fury, la mâchoire serrée. Scott, dans un coin, assistait à l'échange comme s'il se demandait s'il devait tout gâcher ou non. Carol devait bien avouer que Lang l'amusait beaucoup. Il admirait Sam comme s'il était une sorte de spécimen rare, et à peu de choses près, elle lui voyait des cœurs dans les yeux. En voilà un vrai fan, se dit-elle en secouant la tête.

« Qu'est-ce que vous cachez, bon sang, soupira Wilson en se passant les mains sur le visage. Parce que vous cachez quelque chose, Fury, sinon on n'en serait pas là.

— J'ai déjà expliqué au capitaine Rogers le principe du cloisonnement, l'interrompit Fury. Personne n'a toutes les cartes en main.

— Et vous, alors ? grogna Sam.

— Malheureusement, moi encore moins que vous. »

Sam tiqua, leva un sourcil, puis finit par soupirer, laissant son expression s'adoucir, signe, peut-être, d'un semblant de confiance retrouvée, avant de tourner les talons. Fury devait bien avouer que, même s'il n'était pas impressionné, il était plutôt surpris. Parce que Wilson faisait partie de ce groupe de personnes très restreint qu'il n'imaginait pas perdre son sang-froid. Depuis toutes ces années passées à la Section Spéciale, il n'avait jamais vu le Faucon s'énerver ou se montrer sec dans ses propos. Et ce jour avait fini par arriver. Il devait bien avouer qu'il ne savait pas comment le prendre. Carol et la Vision le saluèrent brièvement, avant de quitter les lieux à leur tour. Scott tapa dans ses mains, complètement extatique, ayant manifestement assisté à une des choses les plus extraordinaire de sa vie, puis clama qu'il allait faire du thé, ou quelque chose dans le genre.


« Wanda, fit doucement Carol en repoussant la tenture. Nous allons chercher les autres. »

L'interpellée hocha la tête. Après tout, tout le monde avait le droit de savoir que Fury était ici, que Jane, Darcy et Selvig étaient en vie, et qu'il y avait là de quoi soigner les blessés graves, du moins, d'après les dires de Jane et Fury. La fille Maximoff se tourna vers la scientifique, qui semblait depuis le début avoir une question qu'elle n'osa poser qu'au moment où elle allait partir :

« Et… Avec tout ce qui s'est passé… Comment va Thor ? »


Thor survivait. C'était certainement le mot le plus proche de sa condition actuelle. Bien sûr, il continuait de supporter la Section Spéciale des Avengers et offrait son aide aux bénévoles jusqu'à l'épuisement, mais c'était comme si la mort de son frère avait brisé quelque chose en lui, et que chaque effort physique ne l'aidait qu'à se souvenir qu'il était encore en vie. Celui qu'on appelait le dieu de la Foudre ne souriait plus et, s'il le faisait, cet éclat candide qui brillait habituellement dans ses yeux océan, malgré son imposante carrure, sa barbe et sa voix grave, s'était éteint. Il était comme un ermite dans son propre monde. Comme si Loki avait donné sens à son existence et que sa mort l'avait fait renaître dans un ailleurs. Et s'habituer à cet ailleurs, à cette vie sans son frère, était sa seule option pour continuer à respirer, même si chaque souffle était douloureux et si chaque pas lui donnait l'impression que la plante de ses pieds foulait de la braise ardente.

C'était une des raisons pour lesquelles la Section Spéciale avait accepté que le corps de Loki soit enterré. Ils avaient opté pour un coin de terre isolé, non loin des quartiers difficiles où vivait Scott et les autres. D'ailleurs, c'était Scott lui-même qui avait suggéré l'endroit. Les autres n'avaient pas rechigné, parce qu'en dépit de ce qu'il avait fait, Loki avait été leur ami et leur compagnon d'armes pendant bien longtemps. Il avait prêté main forte à Bruce dans son laboratoire, s'était parfois plié en quatre pour aider le capitaine Rogers à mettre en place des stratégies. Sur le terrain, il avait protégé les arrières de Bucky plus d'une fois, avait ri de bon cœur avec Sam, et même si sa relation avec Clint et Natasha avait été un peu plus complexe, sur le terrain, quand il s'agissait de protéger ce qui comptait, ça n'avait plus d'importante. Toute l'équipe avait été secouée de sentiments ambivalents en mettant le corps de Laufeyson sous terre mais personne n'avait pu nier que, parmi tout cet imbroglio d'émotions, il y avait eu de la tristesse.

Pourtant, il avait bien fallu se remettre au travail. Repartir construire, chercher les survivants, enterrer les autres morts, conduire Pietro dans la planque de Fury pour le soigner, de même que Tony, même si l'état de ce dernier s'améliorait de jour en jour.

Thor était resté là. Il était resté pendant que tous les autres partaient. Il était resté parce qu'il lui faudrait bien plus qu'une cérémonie de fortune pour accepter que la dernière demeure de son frère se trouvait ici, sous terre. Il était resté là jusqu'à ce que la nuit tombe. Un bruit s'était fait entendre. Au début, comme à beaucoup de choses, il n'y avait pas prêté attention. Puis quelques silhouettes, des silhouettes humaines, s'étaient découpées dans le noir. Seules les lumières émanant des habitations de fortune permettaient à Thor de les voir. Mais il n'avait pas besoin de voir leurs visages pour savoir que ceux-là ne venaient pas lui présenter leurs condoléances.

« C'est ici qu'a été enterré celui qu'on appelle Loki ? lui demanda une silhouette.

— Allez-vous en, ordonna Thor, cela ne vous concerne pas.

— On vit dans cette métropole alors, si, ça nous concerne. Un traître comme lui n'a certainement pas le droit à une tombe. Il mérite juste d'être dans la fosse commune et de se faire bouffer par les corbeaux comme le sale chien qu'il était. »

Thor se renfrogna et ramassa le marteau qu'il avait laissé au sol. Il se tourna vers les importuns. Une lueur s'était rallumée dans ses yeux. Une lueur de défi, une soif de combat, quelque chose qui remuait sincèrement ses tripes et faisait accélérer les battements de son cœur comme autrefois. Mais Thor n'en oubliait pas qui il était pour autant. Il était un membre de la Section Spéciale. Il voulait avant tout protéger cette ville, et pour ça, il devait se montrer plus noble que la plupart des vilains qui le considéraient comme une menace. Il devait avant tout leur prouver qu'ils avaient tort.

« Si tu le laisses sous terre, laisse-nous pisser sur sa tombe. Marché conclu ? »

Mais ce n'était pas pour autant qu'il allait se laisser insulter trop longtemps.


« Il fallait le voir, insista Carol. Il regardait Sam avec des cœurs dans les yeux ! »

Ce disant, elle fit deux cercles avec les pouces et les index et les posa au niveau de ses cils, comme des lunettes. Natasha, Clint et Bucky partirent dans un éclat de rire simultané quand Danvers se mit à mimer l'hystérie de Scott Lang en les apercevant, tandis qu'un Sam désenchanté cherchait du secours quelque part entre Bruce et Tony. Les deux scientifiques haussèrent les épaules. Eux-mêmes avaient du mal à retenir le sourire qui leur montait aux lèvres. Wanda et la Vision étaient à l'arrière, transportant Pietro en sûreté dans la planque de Fury. Thor, lui, était toujours hors de vue depuis les funérailles. Toute la journée s'était écoulée sans lui. La Section Spéciale avait toutefois décidé d'attendre que tout le monde soit de nouveau opérationnel pour regagner le jet, qui était leur habitation depuis plusieurs semaines maintenant.

« Dans ce cas, il doit être aux anges, là, dit Clint. Captain America dans sa maison ! »

Le fou rire de Bucky n'arrivait pas à s'éteindre. Les jambes posées sur les cuisses de Clint, il mordait sa main en métal pour tenter de se calmer mais, vu la situation c'était, à son sens, impossible. Il n'avait vu Scott que dix minutes et ce type était indéniablement le plus drôle qu'il ait rencontré depuis longtemps.

« Captain America, répéta-t-il, mais pourquoi Captain America ?! »

Bon, son hilarité était certainement aussi causée par les petites réserves d'alcool que Scott, Jane et Darcy leur avaient offertes avant d'aller s'entretenir avec Fury à l'intérieur. Les deux bouteilles circulaient entre eux. Si certains se jetaient allègrement dessus, d'autres étaient plus réservés. Quoique, Natasha avait elle aussi du mal à s'arrêter et pourtant son organisme ne lui permettait pas d'ingurgiter la moindre goutte d'alcool.

« Eh, c'est de moi, copyright », dit Tony.

Barnes lui pouffa au visage avant de reprendre la bouteille des mains de Sam qui, le visage écrasé dans sa main, n'avait pas du tout envie de rire. C'était d'ailleurs étonnant de le voir ronchon alors que celui qui était, d'ordinaire, le chat mécontent du coin, était celui qui riait le plus. Tony avait commenté et souriait, mais il semblait quelque peu préoccupé. Il fixait souvent, presque de manière inconsciente, la porte de la maison de Scott – si tant était qu'on pouvait appeler ça une porte, vu que ce n'était jamais qu'un rideau - sans rien dire, comme en proie à une lourde réflexion ou un dilemme dont il ne voulait faire part à personne.

« De toute façon, persifla Carol, une main sur le coeur, je reste persuadée que, du petit quatuor de collection, Sam reste son préféré.

— Laissez-moi avec ça ! », s'écria un Wilson de plus en plus embarrassé.

Le fou rire de Bucky n'en devint que plus puissant. Le soupir du Faucon semblait avoir pour vocation de fendre la terre en deux, si bien que Carol, en guise de consolation, lui caressa l'épaule du dos de la main, tout en lui offrant une moue attendrie. Tony se releva soudainement. Peu importait ce qui le travaillait, il avait décidé de résoudre le problème et, manifestement, le problème se trouvait à l'intérieur. Il laissa sa bouteille à Bruce qui la prit du bout des doigts et s'éloigna des autres en leur adressant un bref salut.

Sam regarda Bucky d'un air désappointé.

« Tu sais, je rêverais que Jim soit là pour dire que tu lui fais penser aux hyènes, dans ce film d'animation avec des lions qui parlent, celui qui est inspiré d'Hamlet.

— Ça va Wilson, rétorqua le Soldat de l'hiver en haussant les épaules, on rigole ! »

Et, ce disant, il lui donna un coup de poing amical dans l'épaule. Avec son bras en métal.


« En fait, continua Jane, Scott est quelqu'un de très intelligent. Le SHIELD l'avait, disons, dans son viseur et depuis longtemps. »

Steve, les bras croisés, inspira longuement, faisant gonfler son imposante poitrine, avant d'expirer bruyamment, et de couler un regard glacé à Fury. Personne n'avait rien dit sur le fait qu'il lui manquait un œil à lui aussi, et heureusement d'ailleurs, parce que même si dehors, les autres avaient l'air de bien s'amuser, il n'avait absolument aucune envie de rire.

Scott, pourtant, ne semblait pas être outrageusement dérangé par la nouvelle. Il souriait d'une oreille à l'autre tout en écoutant les deux femmes et les deux hommes parler.

« Lang, dit Steve, un tantinet mal à l'aise. Est-ce que vous pouvez aller me chercher Thor et le prévenir de notre départ ? »

L'occupant des lieux leva les deux index et les fit pencher sur le côté, certainement en signe d'approbation, et quitta l'habitation en trottinant. Steve le regarda partir, se demandant dans quoi ce pauvre père de famille avait été embarqué par Fury.

« Quand bien même, finit par dire Steve, il serait préférable de ramener Pietro à Séoul où le docteur Cho pourra mieux le prendre en charge. Ici, avec vos installations de fortune, je crains que…

— Pas de souci, Cap, intervint Darcy. Scott nous as aidés à tout installer et son matériel est, certes, rudimentaire mais il fait l'affaire.

— D'autant plus que les communications avec les autres métropoles sont toujours coupées jusqu'à…

— Jusqu'à ce que le Premier ministre rende son verdit, soupira Steve, je sais, je sais… »

Ce disant, il jeta un bref regard à la petite porte qui se trouvait au fond de cette pièce terreuse qui servait de planque à Fury depuis que le SHIELD s'était plus ou moins effondré. Ils se trouvaient dans ce qui pouvait servir de pièce à vivre, juste à côté de la pièce remplie d'ordinateur. De l'autre côté du mur de terre qu'il avait devant lui, se trouvait ce qui restait des appartements de Scott. Et derrière cette porte, ce laboratoire de fortune qu'ils avaient bâti dans l'urgence. Sincèrement, même en sachant que la maison voisine était aussi dans les possessions de Scott, il ne savait pas s'il devait être confiant.

« Je ne veux pas être ingrat, Colonel, reprit-il. Mais j'ai du mal à vous remercier, sur ce coup-là. »

Il ne put rien dire de plus, parce que la tenture qui servait de porte se souleva pour dévoiler le visage incertain de Tony. Il salua Jane et Darcy qui lui répondirent par un sourire amical, mais Fury comme Rogers restèrent profondément stoïques.

« Cap, hum… commença l'ingénieur en se frottant le nez de sa main disponible. Faut que je vous parle.

— Est-ce que ça peut attendre ?

— Mon courage est une ressource très limitée, alors non. »

Steve fronça les sourcils mais, à bien y réfléchir, la discussion avec Fury était close. Pietro était déjà installé, Wanda et la Vision à son chevet, dans cette espèce de laboratoire clandestin à l'arrière de la maison de Scott. Jetant un dernier regard à la porte -une des seules véritables portes de la maison, la plupart avaient été remplacées par des tentures- qui menait au laboratoire de fortune, comme si elle allait lui dire quelque chose, Steve suivit Tony à l'extérieur. L'ingénieur lui prit le poignet et s'éloigna de la petite troupe qui s'alcoolisait toujours autour d'un feu de camp, avant de dire sans détour :

« J'en ai marre. »

Rogers aurait pu être frappé par l'odeur de l'alcool s'il n'avait pas été aussi largué depuis le départ.

« Pardon ? se contenta-t-il de demander en fronçant les sourcils.

— J'ai bien réfléchi, Rogers, reprit Tony en levant l'index. Et j'en ai ma claque de ce truc - un pied dedans, un pied dehors - que vous avez instauré entre nous ! »

À ces mots, Steve secoua la tête, plus qu'incrédule, et écarquilla son oeil unique.

« Tony, est-ce que vous croyez sincèrement que c'est le moment ?

— Le problème, Rogers, c'est que ce n'est jamais le moment avec vous ! Et j'aimerais comprendre. Franchement, j'en ai assez de me torturer pour votre bel oeil alors, si vous pouviez juste m'expliquer... Je sais que j'ai pas été le type le plus sympa de l'univers mais pendant trente seconde j'ai cru que... Qu'est-ce qu'il y a, je dois sauter d'un building pour encore mériter votre attention ?

— Tony, je… l'interrompit immédiatement Steve en levant le nez. Je suis navré, sincèrement. L'autre jour j'ai… J'ai paniqué. »

Le visage de Tony se décomposa et, sans qu'il comprenne vraiment pourquoi, une boule se forma dans sa gorge. Steve soupira longuement et baissa la tête.

« Je ne regrette pas ce que j'ai fait, tempéra toutefois le capitaine. C'est juste que tout ça… C'est tellement préoccupant, j'ai besoin de temps pour… »

Stark fronça immédiatement les sourcils en voyant que la respiration du capitaine devenait laborieuse. Le soldat posa la main sur son front, semblant chercher un second souffle, mais ses pupilles se dilatèrent et il pâlit si subitement que Tony se surprit à craindre le pire. Steve posa les mains sur les genoux et tenta de chercher de l'air mais, alors que l'ingénieur faisait un mouvement vers lui, le capitaine le repoussa et se replia immédiatement à l'intérieur de la maison, le laissant là.

Tony allait s'offusquer quand un éclair zébra soudainement le ciel, si près d'eux qu'ils comprirent immédiatement de quoi il retournait.


« Thor », dit Natasha en ouvrant grand les yeux.

Cela provenait de l'emplacement de la tombe de Loki, elle en était sûre. Clint appuya immédiatement sur son oreille et amorça la communication avec Maria qui, avec Coulson, était restée dans le jet.

« Hill, demanda-t-il, il y a quelque chose dans notre secteur ?

Une masse en mouvement vers vous, lui répondit l'agent du SHIELD. Non identifiée. »

Le cyborg siffla. C'était ce que leur coûtait l'absence totale de QG. Natasha et Sam s'étaient déjà levés et s'en allaient en courant vers la position de Thor, talonnés par Carol, Bucky et Clint, le soldat tenant la main du cyborg pour l'aider à avancer malgré sa cécité. Sam tentait d'amorcer la communication avec Thor, tandis que Natasha contactait Jane.

« Foster, s'exclama-t-elle, on a une idée de ce qui se passe ?

Rien pour le moment », soupira Jane qui pianotait à toute vitesse sur le clavier.

Aucun signe de Thor. Sam n'en attendit pas plus et s'envola immédiatement, suivi par Carol. Il ne s'écoula pas longtemps avant que les membres de la Section Spéciale n'affrontent un mouvement de foule, des dizaines de personnes s'enfuyant dans leur direction en hurlant. Natasha interpella une femme au hasard.

« Qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-elle. Qu'est-ce qui se passe ?!

— Des robots ! Des robots ont réussi à franchir le mur ! »

La Veuve Noire siffla mais la laissa partir. Ça n'aurait su tarder.

« Sam, dit-elle, en appuyant sur son oreille, où est Thor ? Tu vois Scott ?

Hors de vue tous les deux mais… Nat ?

— Quoi ?

Une dizaines de civils HS au niveau de la tombe de Loki. Tu crois que…

— J'espère bien pour lui que non, sinon je l'enterre vivant avec son frère ! »


Jane, Darcy, Tony et Bruce restaient enfermés dans la salle informatique de Fury, pianotant autant qu'ils le pouvaient sur leurs claviers pour tenter d'accéder à des informations mais rien ne leur venait. Hill et Coulson, même aidés par Jim et Jarvis, n'avaient rien. Alors ils ne pouvaient qu'attendre que ceux qui étaient partis sur le terrain leur disent ce qui se passait.


« Ce sont des Destructeurs ! clama Carol dans la com.

— Oh bordel », souffla Jane.

Tony tressaillit et échangea un regard avec Bruce.

« Tu comptes venir malgré tes côtes en vrac et ton bras cassé ? demanda Bruce.

— Et tu comptes venir malgré ton problème caractériel ? », rebondit Tony.

Tous deux hochèrent la tête et se ruèrent à l'extérieur. Ceux qui étaient humains et chétifs à l'intérieur devinrent soit, immense et vert, soit couvert de métal, à l'extérieur.


« Scott ! »

Je vais en entendre parler pendant dix ans mais tant pis, soupira intérieurement Sam en piquant du nez comme un oiseau de proie. Il fila jusqu'à la petite silhouette de Scott, vêtu de rouge et de noir. Le rayon d'un Destructeur se dirigea vers Lang, qui fut happé par l'homme ailé avant d'avoir pu se faire rôtir sur place.

Thor était enfin en vue, en train de se débattre avec deux créatures de métal et appelant la foudre à lui. Carol s'abattit sur le dos d'un des deux gigantesques robots et le fit s'écrouler comme un arbre en frappant de toutes ses forces. Natasha fila vers lui tout en attachant le bandeau aux yeux arachnéens à l'arrière de sa tête, tandis que Bucky et Clint s'armaient.

« Barton, clama le Soldat de l'hiver, à neuf heures ! »

L'archer tira immédiatement. Une gigantesque boule de fureur verte fila entre les rangs et atterrit bruyamment au milieu des Destructeurs, bientôt appuyée par l'armure métallique de Tony.


« Rogers, cria Fury en frappant à la porte. Rogers, est-ce que vous m'entendez ? Rogers, ouvrez cette porte ! Qu'est-ce qui vous prend ! Toute votre équipe est dehors, il se passe quelque chose de grave ! »

Mais le colonel borgne eut beau frapper à la porte aussi fort qu'il le voulait, la porte restait close et silencieuse. Bon sang. Il rêvait ou les Maximoff, la Vision et Rogers refusaient de lui ouvrir la porte de son propre labo ?

Alors qu'il allait se remettre à frapper, un léger mouvement l'interpella sur sa gauche. Il reconnut la fille de Lang, une peluche affreuse dans les bras, en train de se frotter les yeux.

« Monsieur Fury, dit-elle. Il est où mon papa ? »

C'était embarrassant. Fury resta là, interdit, à regarder la fille comme s'il s'agissait d'une sorte de créature surnaturelle. Le colonel regarda autour de lui et soupira.

« Ton père arrive, dit-il simplement. Retourne te coucher. »

Cependant, elle ne le lâchait pas du regard, plantée au milieu de la pièce comme un spectre.

« Il y a des gens qui crient dehors, balbutia-t-elle. Pourquoi ils crient ? Et pourquoi mon papa il est dehors ? »


Si les Destructeurs étaient vus comme les robots les plus dangereux pouvant exister, ce n'était pas pour rien. Ils étaient aussi immenses qu'ils étaient solides et leur tête entière projetait des rayons capables de faire griller un champ de maïs en dix minutes. En écraser un seul relevait du travail d'équipe le plus exemplaire. Le Hulk et Carol durent s'y mettre à deux pour écarter les bras d'un Destructeur que Tony visa de ses propres rayons, avant que Thor n'abatte son marteau dessus. Sam, quant à lui, envoya Bucky dans la fosse aux lions, afin que le Soldat se serve de son élan pour faire basculer un des robots sur un autre, tandis que Natasha grimpait sur l'un pour électrocuter ses circuits de ses bracelets, et que Clint envoyait une flèche explosive dans le visage du second.

Néanmoins, les Destructeurs n'avaient pas l'air de vouloir se fatiguer.

« Les abattre un par un ne sert à rien, siffla Natasha. Il faut une frappe lourde !

— C'est pas ce qu'on fait ? demanda Sam.

— Plus lourd encore ! répondit la Veuve Noire.

— Très bien, s'écria Carol. Aux grands maux les grands remèdes ! »

Personne n'eut le temps de comprendre qu'elle vola jusqu'à Tony et attrapait l'homme de métal par les hanches, avant de s'en servir comme massue pour frapper le Destructeur le plus proche.

« Eh ! s'écria Tony. Est-ce que quelqu'un se souvient que j'ai des os cassés !

— Eh bien quoi, rétorqua Clint, qui n'avait rien vu mais qui se doutait que l'ingénieur était tourmenté. T'es là pour aider, non ? »


Le fait était que Thor s'en était bel et bien pris à des civils. Alors, la commission ministérielle avait été avancée. Et ils étaient encore moins nombreux. En fait, tous ceux qui se trouvaient sur place au moment de l'attaque des Destructeurs avaient pu venir. Mais le laboratoire à l'arrière de la maison de Scott était toujours clos. Ni les Maximoff, ni la Vision, ni Rogers n'étaient sortis et cela devenait de plus en plus inquiétant. Parce que, si quelqu'un pouvait les sortir du pétrin dans lequel ils s'étaient fourrés, c'était certainement Steve. Et son absence soulevait des questions autrement plus graves.

« Votre petit jeu s'arrête ici, commença le ministre de la Défense.

— Notre petit jeu ? répéta Natasha en penchant la tête. Monsieur le Ministre, pour nous, il s'agit de tout, sauf d'un jeu. Parce qu'il ne s'agit pas seulement de nos vies, mais aussi de celles de tous les autres !

— Alors, comment expliquez-vous que Monsieur Odinson s'en soit pris à une quinzaine de nos citoyens ? rétorqua le ministre de l'Intérieur.

— Parce que nous voulons vous aider, répliqua Sam, c'est tout ce que nous tentons de faire, mais nous nous faisons cracher dessus constamment.

— Comment auriez-vous agi, si la mémoire d'un membre de votre famille avait été insultée ? ajouta Carol. Certains menaçaient de profaner la tombe de son frère !

— Son frère ? s'amusa la ministre de l'Éducation. Nous parlons bien de Loki Laufeyson, ce criminel de guerre qui a fait sauter tout notre centre-ville et anéanti nos ressources ? »

Thor grogna mais ne dit rien. Malheureusement, personne ne pouvait contredire les ministres sur ce plan-là, et c'était certainement ça le pire.

« Où est le capitaine Rogers ? reprit cependant la ministre de l'Éducation. Il semble plus civilisé et communicatif que vous. »

Aucune réponse. Parce que personne ne le savait vraiment. Ou tout du moins, ils se doutaient que leur capitaine était dans le laboratoire clandestin de Fury mais ils ne savaient pas si cette information serait utile ou déterminante. Bruce prit une grande inspiration.

« Le capitaine Rogers n'est pas en état d'assister à la commission. Mais il serait préférable de ne pas prendre en compte l'écart de Thor. N'importe qui, à sa place, en aurait frappé plus d'un ! »

La ministre de l'Éducation ne sembla pas convaincue, vu le sourcil qui s'arqua au-dessus de son œil droit. Bruce fit la moue. Au moins, il avait essayé.

« Et puis, continua Tony, il a tout de même défendu la ville face aux Destructeurs !

— Serait-ce là le prix à payer ? demanda alors le Premier ministre. Le laisser s'en prendre à plus faible que lui sous prétexte qu'il est aussi apte à défendre nos murs ?!

— Ce n'est pas… tenta l'ingénieur en posant sa main valide sur son attelle et se tassant dans son siège.

— Vous n'avez pas votre mot à dire, Monsieur Stark, le coupa le Premier ministre. De toutes les personnes présentes ici, vous êtes certainement la dernière habilitée à vous exprimer. Décemment, nous ne pouvons nous permettre de compter sur des personnalités telles que vous pour… »

La double porte de l'amphithéâtre s'ouvrit dans un grand fracas, l'interrompant dans sa tirade. Les membres de la Section Spéciale, dos à celle-ci, firent volte-face, tandis que les ministres levaient légèrement le nez. Tous les spectateurs dirigèrent le regard vers l'entrée. La Vision et Wanda parurent, sereins et silencieux, presque solennels. Les agents de sécurité ne surent quoi faire sur le moment mais, reconnaissant la Section Spéciale, le Premier ministre ordonna de les laisser passer. Mais ce ne fut pas pour cette raison que des murmures étonnés s'élevèrent dans l'assemblée et que tout le monde se mit à demander ce qui se passait. C'était à cause du jeune homme, blond et malingre, empaqueté dans des vêtements trop grands pour lui, qui se tenait entre eux. Il semblait anémique et chétif, pourtant, son unique œil bleu clair brillait d'une dignité implacable.

« Dites-moi que ce n'est pas vrai… siffla Bucky, soudainement pâle.

— Qu'est-ce qui se passe, souffla Clint en se penchant à son oreille. Qu'est-ce qui se passe ? »

Le nouvel arrivant traversa rapidement l'espace qui le séparait des places vides adjacentes à celles qu'occupaient la Section Spéciale. Vision lui tira un siège où il s'installa. Secoué par une quinte de toux, il finit par s'excuser de son retard. Wanda décocha un regard alentour, semblant défier les agents de sécurité ou qui que ce soit d'intervenir ou de faire le moindre commentaire.

« Monsieur… tenta la ministre de l'Éducation, soudain interdite, que…

— Navré pour mon retard, déclara l'anémique. Capitaine Rogers, chef de la Section Spéciale des Avengers. Ravi de vous revoir. »


Et voilààà ! Je suis un peu à court d'idées pour les commentaires de fin donc je vais juste me contenter d'espérer que vous avez aimé, vous demander votre avis qu'il soit bon ou mauvais, et vous dire au mois prochain ! Parce que la prochaine fois que je publierais un chapitre, Civil War sera déjà en salles ! *rit aux éclats avant de se mettre à pleurer*