8x05 The Big scary U

Nous y voilà... attention à vous... Le grand méchant loup a mis son pantalon, son t-shirt et ses bottes... et il approche à grands pas pour venir souffler sur votre petit coeur...

Pourvu qu'il soit bien accroché...


If only - Fink


Ils se présentent devant une nouvelle porte close où Simon toque fermement, faisant qu'elle s'ouvre dans la seconde.

"Avance !" ordonne l'homme derrière elle, exerçant une nouvelle poussée au milieu de son dos.

Il la bouscule encore une fois pour qu'Emma entre dans un salon hors du temps, d'un pas précipité manquant de piquer du nez, maîtrisant encore son dangereux trébuchement, malgré ses poignets toujours liés.

Trois femmes se tiennent dans la grande pièce meublée, la fixant, surprises et silencieuses.

Elles ne tardent pas à reporter toute leur attention sur le géant qui surgit juste derrière.

"Occupez vous d'elle. Negan se pointe ici dans une heure, improvise l'homme moustachu face à la troupe féminine qu'il domine dédaigneusement.

Eugene, près de lui, les toise toutes trois l'une après l'autre, comme s'il ne les connaissait pas déjà par leurs prénoms. Puis il finit par leur adresser un signe de tête mécanique. A l'observer sans un mot, elles entendent quasiment leur prénom respectif à chaque hochement sec qu'il leur adresse. Amber. Tanya. Frankie.

Simon fait demi tour sans plus d'explication sortant en laissant la porte grande ouverte, ne se souciant pas davantage d'Eugene.

Une minute entière passe.

Eugene reste figé.

"Tu as besoin de quelque chose ? ose enfin Frankie s'approchant de lui lentement.

-Non. Rien.

La femme rousse lève un sourcil en le regardant droit dans les yeux.

"C'est Emma, lâche Eugene sur le même ton.

-On va s'occuper d'elle... le rassure la femme en hochant la tête lentement.

-Negan va pas être content.

-T'inquiète pas. On va faire attention.

-Daryl va venir la chercher. Sans aucun doute. Et il va pas être content du tout.

-Ok...

-C'est son mec.

-...

-Et il est pas facile...

-Ca va aller... Ne t'inquiète pas... l'invitant à sortir, lui désignant la porte, surtout parce qu'elle sait ce qu'elles risquent toutes si même un seul des sbires de Negan les surprend en présence d'un homme, même s'il ne s'agit que du gars au mulet, en l'absence de leur chef à tous.

Eugene finit par sortir. Se retournant une dernière fois avant de passer le seuil.

"Tu vas être en sécurité ici, Emma... lui adressant la parole pour la première fois, alors qu'elle ne se retourne pas pour le regarder.

-On va prendre soin d'elle.

-T'as intérêt, femme... fermant la porte.

-Il est vraiment grave ce type... commente la femme rousse quand la porte est bien close, se tournant vers la nouvelle venue.

Les femmes observent, scrutent, évaluent, dévisagent l'intruse.

Emma se redresse et fixe en retour tour à tour chacune d'entre elles. Elle garde une expression stoïque et neutre, sachant que tout se joue maintenant. Même si sa tenue ne laissent aucune place à l'imagination des heures éprouvantes qu'elle vient de traverser. Elle sait que contrairement à l'indication d'Eugene, elle préfère pas se considérer en sécurité.

La minute se termine et un souffle semble soulever tous les coeurs. Une des plus jeunes, toute blonde, fait un premier pas vers elle.

"Je suis Amber... Viens par là... l'attirant doucement dans une pièce adjacente. On va arranger ça."

La rousse et Tanya accompagnent Amber en silence.

Les filles se pressent autour d'elle, toutes s'attaquent à lui défaire ses tresses emmêlées, ses mèches humides, sales et en pagaille, l'observant rapidement et se jetant des regards inquiets quant à l'état général du corps globalement nu et maltraité qu'elles ont sous les yeux.

Emma se laisse manipuler, gardant son regard flou, ailleurs, inexpressif.

Ses poignets sont libérés d'un coup de ciseaux sec, révélant la morsure rouge sombre des liens de plastique marqués sur sa chair claire.

Ses cheveux, pour ce qu'il en reste, sont démêlés par tous les doigts experts, voltigeant tout autour de sa tête. Elles n'y vont pas toutes avec la même délicatesse ni avec la même douceur. Mais elle ne bronche pas, insensible aux tiraillements répétés exercés sur son cuir chevelu.

Elle garde son regard dans le vide, ne réalisant pas encore tout à fait qu'elle est bien sortie de la cellule sordide, et que les mains de Simon l'ont libérée elles aussi.

"Ce mec est un grand malade..." entend elle chuchoter à son oreille au bout d'un moment.

Elle sait que la fille blonde près d'elle qui se tient à son côté gauche ne lui adresse pas la parole directement. Mais alors que les autres s'activent sans grande douceur sur le reste de sa chevelure, les mains de la fille ne font que caresser, effleurer le côté gauche de sa tête. Emma sent le bout de ses doigts à la fois sur ses cheveux courts et sur la peau de son crâne. Jamais sur la longue cicatrice, comme par respect. Elle redoute alors de visualiser vraiment le résultat du jeu de Simon sur le fauteuil.

Encore quelques minutes de tiraillements, puis la rousse se plante devant Emma, attrapant son regard plus bas.

"Lève les bras s'il te plait, dit elle doucement.

Emma s'exécute sans la voir, alors que la femme fait glisser la brassière sale par dessus ses épaules et sa tête. Ses cheveux ondulés et tout gonflés retombent en voile léger, recouvrant ses épaules et son torse plat, la couvrant jusqu'à la taille comme d'un poncho brun. Mais les trois filles ont eu largement le temps de voir l'inscription au feutre noir qui macule son abdomen, de son plexus à ses hanches. Elles ne font pourtant aucun commentaire. Pas l'énergie ni même l'envie.

Depuis le départ de Sherry, l'ambiance entre elles est plus morne, mais moins acerbe aussi, moins mesquine ou sournoise pour s'attirer davantage les faveurs de leur homme. Non pas que Sherry était la source de leurs luttes intestines, mais elles craignent de finir comme elle, dehors, perdue et seule en pleine apocalypse.

"Il va falloir faire pareil pour la culotte... indique la femme sur le même ton, gênée cette fois, désignant le sous vêtement souillé d'un mouvement du menton.

Sans plus de pudeur ni de gêne apparente, Emma se baisse entraînant le vêtement jusqu'à ses chevilles, gardant les jambes tendues. Absente.

"Merci, commente Frankie reconnaissante, alors qu'Emma se redresse sans un mot ni un regard. Viens..." l'invitant à la suivre d'un nouveau geste du menton, n'osant la toucher.

Elle la guide lentement vers une cabine de douche qu'elle n'a pas vue, au fond de la pièce, à moitié dans la pénombre.

"Il y a de quoi faire à l'intérieur... Ca va aller ?"

Emma pénètre dans la cabine sans la regarder.

"Je te ramène des linges. Prend ton temps. Negan ne tolère pas la saleté. Alors prend vraiment ton temps..."

-Je sais..."

Frankie s'interrompt en regardant le rideau tiré, surprise d'entendre la voix basse avant le bruit de l'eau projetée dans le bac de douche.

Emma ferme les yeux sous le jet d'eau qui la réchauffe et la brûle rapidement. Ses cheveux se plaquent à son corps. De petites brûlures s'éveillent aussi dans son cou, la piquant soudainement. Les entailles du couteau de Simon.

Le gel douche remplit sa main et mousse rapidement sur son corps et sa tête, s'immisçant et irritant ses yeux, le goût acide dans sa bouche et l'odeur sucrée et entêtante dans ses narines. Elle reste en apnée jusqu'à ne pouvoir plus tenir, inspirant bruyamment, comme remontant à la surface d'un plongeon vers les abîmes noires de sa torture intérieure.

Elle est revenue en enfer. Elle le sait. Elle retrouve ses premiers réflexes et s'y accroche, s'y englue.

Et elle doit encore se préparer à retrouver le maître des lieux.

.

.

Séchée, vêtue du slip propre qu'elle a trouvé en sortant de la douche, Emma délaisse le soutien gorge sur la chaise de cuisine. Même avec son rembourrage, le linge est bien trop grand pour le tour de sa cage thoracique.

Elle déplie la robe noire devant ses yeux. Cintrée à la taille, sans manche et ajustée sur le haut. Ca devrait faire l'affaire. Elle n'a pas trop le choix de toutes manières. Elle passe l'habit et parvient à attacher la fermeture éclair presque jusqu'en haut du dos. Elle serre la ceinture de cuir noir au maximum autour de sa taille.

Ses longues mèches mouillées la recouvrent et l'humidifient déjà quand les trois filles approchent à nouveau.

"On va s'occuper de tes cheveux maintenant qu'ils sont propres... explique la rousse, l'invitant à s'asseoir, toujours d'un geste.

Au bout de plusieurs minutes d'activité des petites mains expertes, les filles semblent satisfaites de leur travail.

"Te voilà toute belle ! s'exclame Amber, joyeusement, voulant être encourageante.

-Regarde toi... Frankie lui tend le manche d'un miroir carré.

Emma se découvre, les cheveux secs, incroyablement longs, plusieurs centimètres reposent sur sa jambe, restée assise sur son tabouret. Adieu frisottis, boucles indomptables, mèches indisciplinées et plus courtes, bonjour brillance, vagues sombres souples et lisses, ornées seulement de quelques longues anglaises souples nées des fers à lisser qu'elle a vu s'agiter autour de sa tête.

Méconnaissable.

Comme pour se retrouver, se revoir, se reconnaître elle-même, Emma soulève lentement les cheveux recouvrant le côté gauche de son crâne.

"Laisse ! se précipite Amber de sa voix douce et enfantine. On ne le voit pratiquement pas, si on laisse les cheveux comme ça... remettant les mèches à leur place initiale, soigneusement.

Emma la regarde froidement, mais continue son inspection, découvrant la partie rase de sa tête, couverte de tâches plus blanches. La sensation désagréable de frottement. Simon lui a rasé les cheveux au couteau. Cela laisse des plaques de peau quasi lisse, comme des pelades, comme des arrachements. La peau de son cuir chevelu est légèrement rougi dans les trous ras laissés par le frottement de la lame.

"Ca va aller. Ca va repousser... C'est impressionnant mais il n'y a pas de plaie, explique encore Frankie, reposant les cheveux longs sur cette partie du crane alors qu'Emma se laisse enfin faire, docilement.

La rousse l'invite à se lever en lui prenant le miroir des mains.

"Te voilà prête... lui souriant gentiment.

Toutes entendent quelqu'un taper fermement à la porte dans la pièce voisine. Les trois femmes tournent la tête vers le bruit, tandis qu'Emma reste le regard fixe sur la rousse face à elle qui la domine d'une tête et demi.

"Voilà des chaussures... enfile les, il faut y aller... le ton déjà plus tendu.

-C'est sûr, là, tu vas lui plaire... renchérit la brune Tanya.

Emma chausse les escarpins qui la réhaussent pratiquement à la hauteur des trois grandes femmes.

"Où sont mes chéries... ? demande joyeusement une voix grave et masculine dans la pièce voisine.

Venant précipitamment, les femmes se mettent sagement en rang d'oignons, pour l'inspection des lieux par leur supérieur militaire.

Frankie, Amber, Tany se tiennent droites, les mains derrière le dos, le regard figé droit devant, fixant l'homme quand il s'approche et qui leur sourit presque gentiment. Les têtes sont toutes à la même hauteur, toutes perchées dans de hauts escarpins, plus ou moins compensés et plus ou moins sobres.

Le sourire toujours là, l'homme continue son inspection en silence et lève un sourcil en réalisant qu'il y a une nouvelle tête dans sa troupe, tout au bout de la ligne silencieuse et respectueuse.

"Putain, vous m'avez fait une surprise ?! se tournant vers la rousse, première de la rangée, avant de baisser à nouveau les yeux sur la nouvelle venue.

La femme garde le regard droit ne levant pas les yeux vers le grand visiteur.

Puis il plisse les yeux, son sourire blanc s'évaporant, fixant ce visage très pâle, ces mèches sombres, lisses, ondulées, brillantes et si longues. Ces pommettes un peu saillantes, ce petit nez rond, ces lèvres charnues et certainement plus colorées un jour, ce début de cicatrice au bord du sourcil gauche, courant sur la tempe, se perdant sous les mèches de cheveux lissés. Et surtout ce regard. Orange. Bordé de sang noir.

"Emma... ? C'est toi ? demande le chef des Sauveurs.

Il marque un temps alors qu'il penche la tête sur le côté comme la toute première fois où il a posé ses yeux sur elle, dans la lumière des phares de voitures, l'éclairant comme l'animal terrorisé qu'elle était.

Cette fois, il est réellement surpris, comme rarement il l'a été depuis le début de cette foutue apocalypse, même.

La petite femme, bien plus haute qu'à son habitude, le regarde quasi en face, l'ocre de ses yeux l'observant enfin froidement, la sclère d'un de ses yeux injecté de sang noir, faisant ressortir encore l'orange sombre de son iris qui le fixe sans plus de crainte. Sans plus aucun sentiment du tout.

"La vache... Ça c'est une putain d'surprise..." son sourire blanc reprenant sa place naturelle et provocante sur ses lèvres.

Negan en reste encore plusieurs silencieux et immobile dans sa contemplation silencieuse. Il laisse courir son regard et son sourire carnassier, mordant sa lèvre inférieure, sur la femme devant lui sans gêne, savourant son plaisir pleinement.

"Vous n'étiez pas dans la même colonie d'vacances, Génie ? s'écarte le grand homme.

Emma tourne la tête lentement réalisant que Negan n'a pas pénétré seul dans la pièce. En se décalant pour se tenir maintenant de profil face à Emma, elle découvre qu'il camouflait derrière sa haute et large stature deux hommes un peu plus petits, plus discrets surtout.

Elle croise d'abord le regard apeuré d'Eugene qui la fixe avec une expression perplexe, comme s'il avait du mal à la remettre. Si Emma n'était pas pétrifiée face au grand homme, elle éclaterait volontiers de rire face à la gueule figée de l'ingénieur qui l'a bien identifiée plusieurs minutes avant quand elle a été relâchée et larguée ici par Simon. Il était bien à ses côtés non ? A moins qu'elle l'ait rêvé... Sale crétin de trouillard.

Puis encore derrière, les cheveux jaunes, filasses et le regard délavé, de plus en plus catastrophé de Dwight qui la découvre à son tour, estomaqué de la trouver là, prise au piège.

"Mon putain d'monde n'est-il pas tout petit ?! demande Negan, terriblement amusé. Je trouve cet homme pieu retranché dans une boîte et ma toute douce quasi dans la même journée, belle comme une putain de bombasse…

Accompagnant le geste à la parole, il ne se gêne pas oour la lorgner encore à la dérobée, de haut en bas, les yeux avides courant sur ses jambes nues, ses hauts talons, sa robe noire et un peu ajustée à la taille, les longues mèches ondulant souplement sur son torse et ses épaules. Il se garde bien de véritablement voir son visage sérieux, mortifié, et pâle comme la mort.

Comme pour signaler à tous sa propriété implicite, il ne fait alors que tendre le bras pour attraper les épaules de la petite femme à quelques centimètres et l'attirer davantage contre lui, lui faisant faire les deux pas précipités qui anéantissent l'espace qui subsistait encore entre eux deux. Perchée sur ses hauts et fins talons, la tête d'Emma arrive à peine sous le menton du géant qui a enlacé son dos de son bras long et posé sa grande main sur ses côtes opposées. Elle sent sa chaleur marquer le tissu léger de sa robe noire, la sensation tiède de la peau de son bras nu, seulement vêtu de son éternel t-shirt blanc et propre, sous son bras gauche, toute concentrée à ne pas se raidir trop pour qu'il ne puisse percevoir la tension qu'il lui fait éprouver sur l'instant.

"Je suis tellement heureux de te retrouver ma douce... posant sa bouche sur le haut de sa tête une seconde. Comme à chaque fois qu'on se retrouve..."

Emma continue de fixer Dwight qui reste tout aussi figé dans sa contemplation. Mais des sentiments bien plus sombres s'agitent en lui.

"Moi, un... Alexandria, zéro pointé... ! avant d'éclater de son rire tonitruant, si fier de lui.


... êtes vous toujours là ?...

La maison de paille est tombée...

Merci ! ❤