Ellie faisait rageusement les cent pas devant la salle commune de Gryffondor, sous les yeux amusés de a Grosse Dame. Ça faisait déjà près de dix minutes qu'elle avait demandé à un première année qui rentrait chez lui d'aller chercher sa sœur. Peut-être s'était-il perdu.
— Qu'est-ce qui te dérange comme ça, petite ?
Ellie sursauta, puis se tourna pour faire face à la Grosse Dame.
— Qu'est-ce qui me dérange ? répéta-t-elle, les joues rouges et ses longs cheveux bruns dépeignés. Ma sœur, voilà ce qui me dérange. Pendant les dix premières années de notre vie, on était inséparables, les gens nous prenaient pour des jumelles, on faisait tout ensemble. Puis, elle est venue à Poudlard un an avant moi. C'est tout ce qu'il a fallu, un an, une toute petite année, et c'est une personne différente. On ne se parle presque plus, et quand on le fait on ne se dit jamais rien d'important. Avant on était presque jumelles, maintenant on ne nous prendrait même pas pour des sœurs !
Mal à l'aise, la Grosse Dame bégaya quelques mots, mais fut épargnée de devoir donner une réponse plus construite quand elle se tourna sur ses gonds, laissant sortir Maisie. La Gryffondor sourit de toutes ses dents en voyant sa sœur. Ses cheveux, qu'elle avait récemment fait couper au ras de ses oreilles, étaient retenus par une énorme fleur rose. Ellie avait une envie irrationnelle de l'arracher et de la piétiner.
— Ellie chérie, comment ça va ?
— Pourquoi tu as fait ça ? demanda la Poufsouffle d'une voix sèche, les bras croisés sur sa poitrine.
Le sourire de Maisie flétrit, puis fut remplacé par une moue d'excuse.
— Je ne croyais pas que tu le saurais si vite.
— Imogen était à la volière. Elle m'a tout raconté.
Maisie grimaça alors que sa sœur la foudroyait du regard. La Grosse Dame profita de l'inattention des deux Cattermole pour s'éclipser. Tant pis pour les élèves qui voudraient rentrer chez eux.
— Je ne voulais pas faire du mal, je voulais juste –
— Juste quoi ? Quoi, Maisie ? Te moquer de moi encore un peu, pendant que tu le peux encore ? Voler encore quelque chose qui m'appartient ?
— C'est juste que tu es tellement… tu sais… et puis moi, eh bien…
Elle fit un geste vague de la main et Ellie la fixait, ébahie. C'était tout ce qu'elle avait à dire pour se défendre ?
— Oh et puis pourquoi tu t'énerves autant ? claqua Maisie, commençant à son tour à s'énerver. Ce n'est pas comme si ça allait te tuer. Si tu faisais plus d'efforts pour me parler, on aurait peut-être pu le faire ensemble, dès le début.
Ellie s'étouffa. Alors celle-là, elle était bonne ! Maisie l'accusait, elle, de ne pas faire d'efforts, alors que c'était elle qui s'était rendue à la table de Gryffondor régulièrement pendant sa première année pour échanger des nouvelles avec sa sœur. Ce n'était que la troisième fois que Clara, la meilleure amie de Maisie, l'avait traitée de petite tache collante, surnom qui chaque fois tirait un sourire de sa sœur, qu'elle avait compris et avait arrêté de venir. Quand Alfred était arrivé à Poudlard, deux ans plus tard, les sœurs étaient déjà en froid.
— Faire quoi ensemble, au juste ?
Avant que Maisie ne puisse répondre, Ellie enchaîna :
— Oh, et puis comme si j'avais envie de faire quoi que ce soit avec toi ! Franchement, Maisie, tu vis dans ton propre petit monde.
— Vraiment, je ne pensais pas que ça te fâcherait autant.
— Tu ne pensais pas… Maisie, tu as embrassé mon copain !
Maisie la fixa un instant, ses yeux bleus ronds et sa bouche ouverte en un « o » de surprise, puis… elle éclata de rire, sous le regard incrédule de sa sœur.
— Ah, c'est de ça que tu parles ! hoqueta-t-elle. Je croyais que tu étais fâchée parque j'avais signé mon nom aussi sur la carte que tu as envoyée à papa pour son anniversaire. J'ai pas eu le temps de lui acheter un cadeau.
— Tu as… tu… je…
Ellie appuya ses mains sur ses yeux si fort qu'elle vit des petites étoiles.
— Si ça peut te rassurer, ce n'est que derrière le terrain de Quidditch qu'on s'est embrassés.
La Poufsouffle baissa brusquement les mains.
— C'est dans la volière qu'Imo vous a vus ! cria-t-elle.
Maisie eut la gracieuseté de grimacer – quoiqu'elle grimaçait certainement plus pour elle-même que pour sympathiser à la douleur de sa sœur – mais Ellie ne le vit pas. Elle avait déjà tourné sur ses talons et s'éloignait d'un pas rageur, bien décidée à ne plus parler à Maisie. L'an prochain, elle serait seule à Poudlard, enfin ! Plus personne pour lui voler ses copains, la traiter de petite tache collante. Et pour s'attribuer les cadeaux d'anniversaire de son père !
