Cuisine

Chap 10

Snape toisa froidement Potter. Il n'arrivait pas a accepter que ce petit bonhomme calme au sourire flippant soit le gamin qu'il avait quitté, pour lui, quelques jours plus tôt en succombant sous les crocs de Nagini.

"- Gringotts d'abord. Baguette ensuite."

Pour le reste, il voulait savoir combien il avait de budget. Son salaire de professeur avait toujours été minable. Dumbledore le tenait par la gorge et en profitait allègrement. Certes, il était logé, nourrit, blanchis. Mais son salaire n'aurait même pas pu servir d'argent de poche a un gosse de 5eme année. S'il n'avait pas vendu des potions sous le manteau, ses robes auraient été dans le même état que celles de Lupin.

Les deux autres agents avaient accompagnés les Avengers, aussi Phil conduisit-il Snape jusqu'à la banque.

Une fois encore, Snape ressentit le décalage entre les USA et l'Angleterre avec une douleur presque physique. Ici, pas de pierre, pas de dragon, pas de files d'attentes monstrueuses…
Il y avait des machines pour les opérations courantes et un unique gobelin recevait les demandes plus exotiques pour envoyer les clients vers des petits box fermés avec du verre opalescent dans lesquels d'autres gobelins traitaient leurs affaires en toute discrétion.

Phil se présenta face au guichet principal.

"- Oui ?"

"- Bonjour. Ce serait pour un établissement d'identité, récupération de coffre et tout ce qui va avec."

Le gobelin leva le nez de son écran d'ordinateur.

"- Ho, Agent Coulson. C'est pour vous ? Ne me dite pas que vous vous êtes découvert une lignée de plus. A ce rythme, vous allez pouvoir prendre le contrôle de l'Angleterre juste en éternuant."

Phil eut un petit sourire amusé.

"- Non, je laisse ça à Loki."

"- Comment va Ca Majesté ?"

"- Il roucoule. Il a retrouvé son époux."

Phil ne fut même pas surpris que le gobelin en sache autant sur Loki. Ni qu'il le traite comme ce qu'il était à savoir non seulement un prince, mais, plus important pour les gobelins, un Mage, un Sorcier Suprême et un Dieu de la Magie.

"- Voilà qui est une bonne chose. Qu'il passe nous voir à l'occasion. Ses coffres débordent et il serait temps qu'il en reprenne possession."

"- Je pense qu'il va passer dans la journée avec son mari."

"- Excellent. Puis-je vous demander…"

"- Le Directeur Fury."

"- …Le Dieu de la Magie et un Immortel né de la Magie. Cohérent."

Le gobelin fit signe à Phil et son invité d'aller dans un des petits box sur le côté.

"- La 18 s'il vous plait."

"- Merci, bonne journée."

"- De même Agent. Passez donc à l'occasion un jeudi soir. Nous organisons des pokers."

Phil rit vraiment.

"- Merci, mais je compte bien garder quelque chose dans mes coffres !"

Le sourire plein de dents du gobelin aurait presque pu fait peur si Phil ne les connaissait pas si bien.

Snape avait suivi tout l'échéance en silence. Les manières de Potter l'ulcéraient autant qu'elles le consternaient. Comment pouvait-il être si cavalier avec un gobelin ? Ces créatures étaient dangereuses. Utiles, certes, mais dangereuses.

"- N'est dangereux que ce que vous ne connaissez pas, Snape. Et ici, nous sommes plus égalitaires que beaucoup."

"- POTTER !"

"- Si vous ne voulez pas que j'entende vos pensées, relever vos barrières, c'est du gruyère."

Sous la colère, Snape l'attaqua avec toute la force de legilimentie qu'il était capable de concentrer. L'attaque ne fit même pas tressaillir Phil. Elle s'écrasa sur ses barrières comme une vague de fin d'après-midi sur une digue d'hiver.

La surprise faillit couter au professeur son équilibre. Immédiatement, Phil fut à ses côtés pour l'empêcher de tomber.

"- Cessez donc de faire l'enfant, voulez-vous ?" Il le fit asseoir devant le bureau en verre fumé noir.

De l'autre côté du meuble, un autre gobelin attendait.

"- Bonjour, que puis-je pour vous."

Phil fit la même demande que quelques minutes plus tôt avant que Snape ne le coupe.

"- Je n'ai pas de clé…"

Le regard que lui lança le gobelin lui donna l'impression d'avoir dit une insanité. Phil vola à son secours.

"- Monsieur Prince est anglais. Il vient d'arriver aux USA et ne connait pas encore nos habitudes."

Cette fois, le dégout du gobelin se transforma en pitié totale.

"- Ho, je vois. Le pauvre. J'imagine que vous vous occupez de sa transition ?"

"- Il faut bien que quelqu'un le fasse. Le ministère ne va pas le lâcher comme ça sans un minimum d'information."

Le gobelin hocha la tête tout en tapant sur le clavier directement incrusté dans le bureau. Ses doigts volèrent sur les touches quelques minutes avant qu'il ne tende une boite à snape.

"- Mettez votre main à l'intérieur."

Snape hésita une seconde mais sur un signe de tête de Potter, obéis. Il ne sentit rien a part une infime chaleur qui lui balaya la main. Lorsqu'il la ressortit, elle était un peu rouge, rien de plus.

"- Mettez ces lunettes."

Il obéit encore. Après ses empreintes palmaires, digitales et génétiques, les lunettes prirent ses empreintes oculaires ainsi que ses engrammes cérébraux.

Encore quelques minutes et Severus se retrouvait propriétaire d'une carte bleue qui fonctionnait aussi bien dans le monde moldu que dans le monde magique.

"- Je lui expliquerai comment ça marche."

"- Parfait." Le gobelin attendit les résultats des remontées génétiques pour confirmer son identité et surtout, son ascendance. "Severus Snape…Tient donc… J'imagine qu'on ne pose pas le question ?"

"- SHIELD."

"- Je vois… " La créature tapa encore un peu sur son clavier pour nettoyer le dossier et ne laisser en accès direct que les éléments sans risque. Le reste passait en classifié. Il faudrait les hackers du SHIELD ou JARVIS pour passer leurs protections informatiques.

Une fois tout en règle, le gobelin conduisit les deux sorciers dans les sous-sols de la banque. Contrairement à ce que Snape attendait, ils ne subirent pas un trajet en wagonnet mais prirent un escalator puis un ascenseur jusqu'à une salle blanche avec une unique porte.

"- Posez votre main sur la porte."

Elle s'ouvrit, révélant un coffre remplis de meubles, cadres, livres et bijoux parfaitement rangés mais pas une seule pièce.

"- Il n'y a pas d'argent ?"

"- Pourquoi faire ? Tout est virtuel à présent. Je laisse l'agent Coulson vous expliquer. Tout l'argent physique est dans une autre localisation. Les débits se font sur votre carte."

"- Ici, l'argent "sorcier" n'a pas court. Tout se fait en dollars. Plus simple." Ajouta Phil.

Fallait arrêter les conneries à un moment. Fort Knox n'était pas QUE la réserve d'or américaine. En dessous, bien en dessous, il y avait un autre coffre infiniment mieux protégé avec infiniment plus d'or. Mais il n'appartenait pas aux moldus celui-là.

Snape hocha la tête, un peu perdu. Il prit le petit appareil qu'on lui donna.

"- flashez ce que vous voulez sortir de la banque et tout vous sera envoyé directement dans vos appartements à la tour."

Alors seulement Snape réalisa que sur chaque objet, il y avait une étiquette avec un code barre.

Il mit deux heures à faire le tour de son coffre.

Une fois sortit de la banque, Snape regardait l'écran de son Starkphone avec suspicion. Phil avait demandé aux gobelins de lui en fournir un pour qu'il puisse avoir le solde de son compte en direct. Entre autre. Jarvis se chargerait de mettre le téléphone "à jour" en rentrant.

"- C'est vraiment tout mon argent ?"

"- Le solde est en direct."

Pour tester la chose, Snape entra dans une boutique random, acheta un truc avec sa carte comme Phil le lui avait expliqué puis regarda à nouveau son solde. Il avait diminué de 2,14 dollars.

"- …Ca a l'air de marcher."

Phil se retint de lever les yeux au ciel.

"- Evidement que ça marche. Pouvons-nous y aller maintenant ?"

"- Je ne veux pas trop dépenser."

"- Ne vous inquiétez pas. A part pour votre baguette, tout le reste est a la charge de Stark"

La chose hérissa grandement Snape.

"- Je ne veux pas de sa charité !"

"- Ce n'est pas de la charité. Juste qu'il vous a engagé pour lui apprendre a faire des potions. Il vous paye pour ça. Disons que ça va être déduit de votre premier salaire."

Le professeur fixa encore longuement son ancien élève.

"- Très bien."

Il n'arrivait pas à se détendre. Trop de choses nouvelles, trop de choses bizarres et inattendues.

Il suivit en silence Phil jusqu'au magasin de baguette. Contrairement à la boutique d'Ollivander, il n'y avait pas des piles et des piles de boites sur des étagères poussiéreuses mais un comptoir en marbre blanc avec une demoiselle derrière.

"- Bienvenue chez Kosumi Baguettes. C'est pour un achat ou une réparation ?"

Snape parut surprit. On pouvait réparer une baguette ?

"- Achat, pour monsieur." Prévint Phil avant de s'asseoir sur une des chaises dans la petite salle d'attente sur le côté.

Snape se laissa entrainer par la jeune femme jusqu'à un autre bureau où un très vieux japonais observait sous un microscope ce qui semblait être une plume de corbeau.

"- Papa ? Un client."

"- Merci ma fille. Asseyez-vous."

Severus obéit. Même pour une foutue baguette rien n'était comme il en avait l'habitude.

Le vieux japonais observa Severus un moment.

"- Anglais ?"

"- Oui, messire."

"- Mmmmh… Nous ne faisons pas nos baguettes ici comme chez vous. C'est a la fois plus simple et plus compliqué. Pourquoi perdre des ressources à faire des baguettes qui ne serviront à personne hein ?"

Il appuya sur un bouton et un pan entier du mur s'ouvrit pour révéler des étagères monstrueuses remplies d'échantillons.

Une première étagère se mit entre les deux hommes.

"- Passez votre main au-dessus de chaque morceau de bois et dites-moi lequel vous attire le plus."

Snape obéit sans comprendre jusqu'à ce que ses doigts se referment presque machinalement sur un morceau de bois pétrifié de Yellowstone.

"- Parfait."

L'étagère se recula avant qu'une autre avec infiniment plus de boites se déploie a son tour en un grand carrousel.

"- à la pierre maintenant."

Snape obéit encore. L'étagère était un immense carrousel qui présentait pierre après pierre. Les dédaignées disparaissaient dans les rayonnages qui semblaient tourner sans fin jusqu'à ce que à nouveau, les doigts du sorcier le trahisse et se referme sur un gros morceau d'onyx.

"- Très bien. Le dernier élément à présent."

Cette fois, ce furent des bouts de peau, des plumes, des branches, des larmes, du sang, des bouts de cœurs…. Tout ce qui pouvait être mit dans une baguette déjà chez eux qui défilèrent puis des trucs que Snape n'avait jamais vu.

Enfin, sa magie réagit sur une fiole avec un liquide rouge dedans.

"- Sang de Primogène de Lignée Vampirique. Très puissant !"

Le vieil homme avait retiré chaque élément du carrousel au fur et à mesure.

Sous le regard fasciné de Snape, il fabriqua la baguette sur mesure. Lorsqu'il eut finit, elle était plus propre que tout ce que le sorcier avait déjà vu. Elle était bien droite, bien lisse, luisante et pulsait de magie.

Snape la prit avec reverence. Il eut un coup au cœur quand il sentit sa magie s'accrocher a la baguette plus étroitement et plus efficacement que ca n'avait jamais été le cas avec sa première baguette.

"- Cette idée que c'est au sorcier de s'adapter à la baguette est ridicule." Renifla le vieil homme. "Ce n'est qu'un outil. Elle doit se plier à son utilisateur. Revenez dans six mois, nous verrons si vous avez besoin d'ajustement. Le contrôle technique a lieu tous les deux ans après."

"- …Le contrôle technique ?"

"- Et bien oui, c'est un objet, comme tous les autres, ça peut se dérégler. Donc vous la rapportez tous les deux ans pour recalibrage. On ne va pas forcer votre magie à rééquilibrer ce qu'on peut faire directement non ? Ce serait une perte stupide de pouvoir."

Ha ces anglais.

Snape paya les 2500 dollars pour la baguette puis rejoint Potter dans la salle d'attente. Un sourire doux aux lèvres comme le maitre-potion ne lui en avait jamais vu, il était les jambes croisées, son téléphone sur l'oreille.

"- Vraiment ? Le gamin a dit ça ?"

A l'autre bout de la ligne, un Capitaine très amusé racontait à l'agent les dernières frasques de Tony. Un des gamins de l'orphelinat était si intelligent et en avance sur les autres que Tony tentait de le convaincre de signer avec Stark Industries malgré ses onze ans. Plus mature que Stark, l'enfant tentait de lui faire comprendre qu'il était trop jeune.

Tony régla le problème en proposant de le prendre comme pupille. C'était la porte ouverte au MIT, à Yales, à tout ce que voulait le gosse en plus de son éducation de sorcier.

L'enfant hésitait grandement. Quand même, avoir comme réfèrent adulte Tony Stark, c'était aussi crédible qu'un kebab en jet-ski.

Mais…C'était tentant.

Phil finit par raccrocher quand il réalisa que Snape l'observait.

"- Désolé."

Finalement, ce serait Steve qui prendrait le gosse sous son aile. Il n'allait pas laisser le petit être les mains de Stark quand même.

"- Vous avez votre baguette ?"

Snape la lui montra ainsi que le holster que le vendeur lui avait fournit avec.

"- Parfait. Maintenant… Vetements."

Le professeur soupira.
Cette journée n'en finirait-elle donc jamais ?

"- Et après apothicaire.

Bon, si on lui promettait une carotte…