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Chapitre IX: Retour aux sources


Le soleil bien que déclinant en cette fin d'après-midi n'en finit pas de réchauffer le sol. Néanmoins la canicule n'est pas au rendez-vous, juste une agréable chaleur des plus bienvenues après un premier mois d'été fort humide. Quelques voitures circulent dans les rues, sans se presser, leurs occupants revenant en majorité de leurs promenades dans la campagne avoisinante. Non, l'ambiance parait bien différente de celle du matin et de son cortège de véhicules embouteillé sur le périphérique. Les piétons eux-mêmes flânent, familles avec poussettes en tête.

En vérité, il faut noter une entorse à cette atmosphère de quiétude : un homme qui marche d'un pas rapide avec dans les bras un petit garçon qui n'a pas plus de sept, huit ans. L'homme, plutôt grand, la peau noire sourit à l'enfant, semblant ainsi s'efforcer de le rassurer. Le gamin a de longs yeux en amande baignés de larmes et est ponctuellement secoué par un sanglot.

« — Pourquoi on va là-bas Papa ? Veux pas y aller… J'ai trop mal ! Veux rentrer voir Maman ! ça fait mal !

— Je suis désolé, mon poussin, mais il faut d'abord qu'on aille voir le docteur pour qu'il te mette un plâtre tente d'expliquer une nouvelle fois le malheureux Père.

— Mais avant on allait pas chez le docteur ! Quand j'me suis cassé le bras dans les escaliers ben c'est Maman qui m'a soigné ! Veux pas y aller ! ça fait trop mal !

— Je sais, je sais mais vois-tu la dernière fois ce n'était pas au parc et personne ne t'avait vu. Je suis désolé, j'aurais dû faire plus attention mon poussin… On en a déjà parlé tu te souviens ? C'est comme pour tes amis… Blaise… ça fera bizarre si tu cours comme un lapin dès demain… »

Une brume qui se dissipe peu à peu, Blaise relève les yeux, observant l'agencement des bâtiments. Un bon ravalement ne ferait pas de mal mais à part cela rien n'a changé par rapport à ses souvenirs. Le banc à la peinture blanche rouillée à côté du massif de fleurs, le bac collecteur de mégots, et l'entrée aux portes automatiques sous l'auvent métallique. Le garçon essaye de s'avancer mais au bout de deux pas le poids de Drago l'entraîne en avant. Il doit faire appel à toutes ses forces pour inverser le processus et réussir à tomber à genoux tout en amortissant la chute de son ami. Heureusement, ce n'est pas un problème, la cavalerie venant à leur rescousse sous la forme d'une équipe en blouse blanche. Tellement professionnels qu'ils ne semblent même pas s'étonner de leur apparition soudaine.

Très vite Drago est allongé sur un brancard tandis qu'il assure à la ronde que lui-même n'a rien. Aussitôt, les urgentistes se détournent de lui pour se concentrer sur son pote. « J'ai un pouls ». Il suit machinalement le brancard. « S'il fait pas une septicémie. »/ « Il faut l'intuber. » /« Vérifiez son SpO21 »/ « j'veux pas qu'il nous fasse un SDRA2 ». Blaise ne bouge pas. « Il lui faut une transfusion d'urgence » Il observe juste le ballet des médecins, s'efforçant de se convaincre que ces derniers savent ce qu'ils font et que brancher tous les fils appartient à la procédure normale « Il convulse. T'as fini avec la VVC3 ? Smith une dose de morphine tout de suite » « Bowen, cœur erratique » « Une dose de …» « Faut le préparer pour le bloc » Un homme s'approche de Blaise et l'aide à s'asseoir à bout, Blaise se laisse faire.

« — C'est super moche, c'est super lourd et j'ai encore mal ! Pleurniche le bambin. J'peux plus marcher !

« — Ne t'inquiètes pas bonhomme, je donne des cachets à ton papa et dans deux jours tu trottineras avec tes béquilles !

— C'est quoi ça ! Veux voir Maman ! Elle …

— Ça suffit Blaise, tu devrais remercier le docteur de t'avoir si bien soigné au lieu de… »

« Monsieur ? Vous êtes avec moi ? Vous êtes sûr que tout va bien ? »

Blaise, le teint virant au gris foncé, tourne lentement la tête vers son interlocuteur. Pourquoi se souvenir de ça maintenant ? Parce que cela a été le début de la fin ? « Il a au moins une côte qui a perforé le poumon » « Il a été torturé, c'est pas possible » « Voir avec l'autre ».

«— Que s'est-il passé Monsieur ? Qu'est-il arrivé à votre ami ? Comment s'appelle-t-il et vous ? »

Je.. Je… Blaise bafouille. Ok. Drago parait, à présent, en de bonnes mains malgré leur origine moldue. Sauf que d'après ses souvenirs, ils aiment la paperasse et les enquêtes les Moldus. « Appeler la police… agression ». Blaise se lève brutalement et veut se rapprocher de Drago. Ils s'apprêtent à l'emmener. Ce qui n'est pas envisageable. Il doit rester avec lui. Trop de risques. Malgré leur aversion, les autres finiraient bien par avoir l'idée de faire la tournée des hôpitaux moldus. « Putain ». Ils restent vraiment trop nuls ces moldus, ils ne peuvent pas le remettre sur pied en cinq minutes ?

La femme traverse d'un pas violent la pièce, la fureur se lit dans ses yeux ambrés savamment maquillés, fronçant ses sourcils et imprimant à sa bouche pulpeuse un rictus. Elle se place devant son mari et fixe résolument ses yeux noirs.

« — Comment tu t'es débrouillé ?

— Il est tombé du toboggan, chérie, ça arrive à pleins d'enfants ! Et il n'a presque rien, juste sa..

— Et tu n'étais pas censé le surveiller ? Déjà que je te laisse l'emmener au milieu de ces…

— Je.. J'étais trop loin quand je l'ai vu tomber… Je suis désolé mon ange…

— Trop loin ? Et ta baguette, elle était trop loin elle aussi ? Ton fils aurait pu se tuer !

— Voyons, tu sais bien, je ne pouvais pas… Les moldus…

— Ah les moldus ! Toujours les moldus ! »

« — Je suis désolé Monsieur, vous ne pouvez pas vous approcher, nous prenons soin de lui… Vous devriez.. »

L'homme qui répond au nom de Glen Stewart, d'après l'inscription sur sa blouse, considère d'un air préoccupé le jeune homme noir qui porte un pantalon militaire taché de boue et de sang, déchiré à plusieurs endroits ainsi qu'une chemise dont le côté gauche a apparemment été brûlé sans que son porteur ne paraisse blessé. Le style vestimentaire combiné au regard de prédateur que le garçon lui adresse lorsqu'il s'interpose devant lui le convainc qu'il a affaire à une organisation paramilitaire. Le premier portant le même type de vêtement. Individu donc potentiellement dangereux. L'occuper, lui parler et éventuellement le neutraliser en attendant l'arrivée de la Police. Aussi tout en destinant à Blaise un regard des plus neutres, il se décide à faire signe à un interne pour que celui-ci appelle les vigiles de l'hôpital. Ses collègues étant toujours au chevet du premier patient.

Blaise parait à deux doigts d'envoyer valser l'homme. Le brancard sur lequel repose Drago, un tuyau dans la bouche, à la plus grande horreur du garçon, est poussé vers la porte menant à l'ascenseur direction le bloc opératoire. Il fait un pas en avant, la main de Glen se pose sur sa poitrine.

«— Monsieur, je vous prie … »

Putain de moldus. Il n'aurait jamais dû venir ici. Cela va mal se finir, comme avant. Incapables de moldus… Mais lui, il est sorcier non ? Quel imbécile ! Il attrape sa baguette

. «— Impero. Vous vous en foutez de mon nom et du sien. Il est tombé, c'est tout. Vous allez faire votre boulot et le laisser ici, il n'a pas besoin d'aller ailleurs. Soignez-le ici. »

Si dans un premier temps la réaction du médecin rassure Blaise puisque ce dernier pivote immédiatement, le garçon déchante rapidement lorsque que l'homme, après avoir rattrapé le brancard avant qu'il ne passe la porte, s'y accroche et reste statufié là, complètement confus tandis que ses collègues le conspuent. Blaise étant bien trop paniqué pour se rendre compte du caractère contradictoire des ordres dispensés. Le brave homme ne pouvant pas faire son travail sans emmener Drago se faire opérer en toute urgence.

Alors que Blaise, en désespoir de cause, se prépare à stupéfier les autres médecins puis pourquoi pas les autres personnes présentes ? Une perturbation de l'atmosphère se fait sentir. Le garçon dans un réflexe qui suffit à trahir des habitudes de soldat, se jette sur le côté et roule pour s'abriter derrière un chariot. Néanmoins, il est bien plus épuisé que son adversaire venant de transplaner. Adversaire qui décrit un mouvement parallèle de sorte que l'éclair qui jaillit de sa baguette touche Blaise. Experliamus ! Sa baguette lui échappe des mains alors qu'il rebondit contre le mur. Bien qu'indemne, le garçon ne fait aucun geste pour tenter une quelconque riposte. Au contraire, il reste sans bouger, les bras le long du corps, les mains bien en vue pour assurer de ses intentions celui qui s'avance vers lui d'un pas tranquille, baguette en avant. Il ne l'avait pas revu depuis Poudlard et demeure surpris de voir combien son expression avait changé. Toujours autant déterminée mais il n'y a plus aucune jeunesse dans les dards verts qui le fixe. Harry Potter vit, lui-aussi, dans une sale guerre.

D'un geste de baguette, le Balafré force les mains de Blaise à se rejoindre dans son dos. Le jeune ex-Mangemort choisit de rester muet mais apparemment Potter s'en moque complètement. Blaise l'observe pivoter tranquillement vers les trois autres sorciers qui l'ont escorté. Il reconnait son ancien prof de défense contre les forces du Mal. L'accompagne un auror noir dont il a mangé le nom et une femme qui, à elle seule, doit mettre la panique chez les Moldus en raison du rose fuchsia de ses cheveux et qui doit être avec Lupin vu les regards qu'ils s'échangent.

A sa grande surprise, Harry se charge de prononcer les instructions. Pire, il voit Lupin acquiescer et échanger avec le Black un regard de satisfaction qui le dégoutte. La rose et le black se dirigent alors vers Drago tandis que Lupin s'approche du personnel soignant que les trois sorciers ont stupéfié. A son grand étonnement Blaise remarque un vigile s'approcher de l'entrée puis se raviser et repartir d'un pas tranquille. Réussir à déployer un sortilège de repousse-moldus en aussi peu de temps, cela confirme le savoir-faire. Il sursaute ensuite en voyant la rose effectuer des mouvements très compliqués du bras sur les machines qui entourent Drago. Cependant, il est, à son grand désagrément, très vite débarrassé de ce stress. Le Balafré lui envoyant un sort de ceciliatotalluscomplété par un surdustotallus. Rendu incapable de distinguer le moindre objet et d'entendre le moindre son, il doit se contenter d'attendre que quelqu'un, sans doute Potter, le fasse transplaner. De sa propre estime, ils lui font traverser une salle, peut-être un hall d'entrée, monter un escalier et tourner à gauche le long d'un couloir avant de le pousser dans une pièce. Ce n'est qu'en retrouvant peu à peu l'usage de ses sens qu'il comprit que les sorts d'entraves ont été levés. Et s'ils ont pris la peine de le faire, c'est qu'il n'est pas en de trop mauvaises mains. Ni Drago d'ailleurs. Il n'a donc plus qu'à attendre jusqu'à ce qu'on daigne lui donner des nouvelles de son pote. Plus facile à dire qu'à faire.


1 SpO2 : pourcentage de saturation en oxygène de l'hémoglobine mesurée par oxymétrie du pouls. J'y connais rien, je mélange tout mais c'est juste pour montrer comment Blaise est complètement dépassé et le pire c'est que ce ne sont que des abréviations françaises…

2 SDRA, syndrôme de détresse aigue.

3 VVC : voie veineuse centrale