Le dimanche matin, Molly fut déçue de découvrir que Mycroft avait dû partir.

- Il s'excuse et a dit que vous pouviez rester aussi longtemps que vous le voulez. James vous reconduira chez vous quand vous serez prête, avait dit la gouvernante lorsqu'elle lui avait servi son petit-déjeuner.

Molly réalisa qu'elle n'aimait pas cette grande maison sans Mycroft et la quitta dès qu'elle eut fini son petit déjeuner.

Cela faisait maintenant trois jours et elle n'avait eu aucune nouvelle de lui, ce n'était pas comme s'il lui devait quelque chose mais elle était très frustrée par cette amitié à sens unique. Elle n'avait aucun numéro où elle pouvait le joindre. Qu'était-elle censée faire ? Se mettre devant une caméra de surveillance avec une pancarte disant 'Je veux juste savoir si tu vas bien ?' Ce serait élever le concept de pathétique à un tout autre niveau. Sa seconde option aurait été de demander à John le numéro de Mycroft. C'était encore une option qu'elle ne voulait même pas considérer sauf si elle était prête pour un sermon de trois heures sur le danger d'être associé à Mycroft. A la fin, John lui aurait probablement dit non pour 'sa propre sécurité'.

Non, sa seule vraie option était juste d'attendre et quand elle le verrait la prochaine fois elle lui dira sa façon de penser.

Molly soupira en tombant lourdement sur le canapé. Qui était -elle en train d'essayer de duper ? Elle fera marche arrière dès qu'elle le verra. Elle était juste blessée que ce weekend n'ait pas le même effet sur lui qu'il avait sur elle. Elle pensait qu'ils avaient partagé quelque chose, peut-être rien de profond ou de romantique mais elle avait cru qu'ils avaient créé une sorte de lien, une amitié. Son départ sans un mot pour quelques jours lui laissait penser que ces sentiments n'étaient pas réciproques. Était-ce parce qu'elle l'avait embrassée sur la joue ? Elle savait qu'elle n'aurait pas dû faire ça, et encore...

- Tu es un pigeon, Molly Hooper, se reprochât- elle en décidant de s'apitoyer sur elle-même.

De la malbouffe, une forte consommation de sucre et un film connu étaient ce que la situation requérait.

Elle alla vers son réfrigérateur et prit de la glace aux cookies. Elle ouvrit son placard et attrapa une petite cuillère.

- Nah.

Elle prit une cuillère à soupe. Elle la posa sur la table, commanda une pizza et mit Love Actually dans le lecteur DVD avant de s'installer sur le canapé.

Elle en était à environs 15 minutes du film quand la sonnette retentit.

- J'arrive tout de suite, essaya-t-elle d'articuler, la bouche pleine de crème glacée.

Molly se leva d'un bond du sofa, attrapa son sac et ouvrit la porte, la cuillère encore dans la bouche. Elle s'immobilisa puis retira la cuillère.

- Tu n'es pas l'habituel livreur de pizza, dit-elle à Mycroft qui se tenait devant elle, une pizza à la main.

- Non je ne le suis pas.

Il lui offrit un sourire hésitant.

- Je l'ai soudoyé pour la livrer moi-même. Je pensais que tu ne serais pas trop en colère contre moi d'être parti dimanche si j'étais le livreur de pizza.

- Ce n'est pas pour ça que je suis en colère, dit-elle en s'écartant du passage pour le laisser entrer.

Molly était encore trop surprise de le voir à sa porte qu'elle ne se sentit même pas embarrassée de se tenir devant lui dans son pyjama rose en flanelle et avec sa queue de cheval défaite.

Mycroft posa la pizza sur la table et se tourna vers elle tandis qu'elle fermait la porte.

- Pourquoi es-tu en colère ?

- Je ne suis pas en colère, mentit-elle en attrapant le pot de crème glacée sur la table pour le reposer dans le congélateur.

- Tu manges de la glace avant la pizza ? Demanda-t-il dans son dos.

- Avant, après, pendant. Pourquoi c'est important ? Ce sera tout mixé dans mon estomac de toute façon.

- Ce n'est pas naturel.

Elle haussa les épaules en ouvrant la boite et en découpant une part.

- Sers-toi, il y en a beaucoup trop pour moi, dit-elle en retournant à sa place sur le canapé.

- Pourquoi es-tu en colère ? Demanda-t-il une nouvelle fois en attrapant une part de pizza.

Molly dû faire de son mieux pour contenir son sourire en voyant comment il tenait maladroitement sa part de pizza. Elle était sûre qu'il n'avait jamais rien mangé dans une telle boite, et s'il avait déjà mangé une pizza c'était probablement avec une fourchette et un couteau.

- Qu'est-ce que tu regardes ? Demanda-t-il en s'asseyant sur le fauteuil à ses côtés.

Elle devait lui reconnaître le mérite qu'il n'avait même pas peur de s'asseoir là quand il était évident que la chaise était couverte des poils de Toby. Elle se souvint de la voiture noire à l'extérieur et se sentit mal pour le chauffeur.

- Je regarde Love Actually. Tu n'as pas à rester tu sais. Je te l'ai dit, je ne suis pas en colère. Tu n'as pas à aller quelque part ?

- Est-ce que tu veux que je parte ? Demanda-t-il en fronçant les sourcils, visiblement mécontentant.

- Non... Tu peux rester et regarder si tu veux, répondit-elle en attrapant la télécommande.

- Dis-moi pourquoi tu es en colère alors je saurai comment faire mieux, demanda-t-il et son cœur fondit.

Il semblait si impuissant, comme un enfant.

Elle soupira.

- Il n'y a rien à 'faire mieux'. Je ne suis pas en colère pour ton départ. Je ne sais peut-être pas ce qu'est ton travail mais je sais qu'il est plus important que tout. C'est juste –

Molly secoua sa tête.

- Jute quoi ? L'encouragea -t -il.

- Non. Promis c'est stupide, je n'aurais pas dû dire quoi que ce soit, essaya-t-elle en rougissant.

- Fais-moi plaisir.

Elle poussa un soupir en se tournant vers la télé et en regardant l'écran en pause.

- Eh bien, je n'avais aucun moyen de te contacter pour savoir si tu allais bien. C'est ce que font les amis, tu sais ? On se soucie l'un de l'autre. Tu es parti comme ça et je n'ai pas de tes nouvelles pendant 4 jours alors j'étais inquiète.

Elle haussa les épaules.

- Mais, toi et moi, nous sommes à peine amis, je n'aurais pas dû m'attendre à quoi que ce soit. J'ai juste-

- Tu as raison, j'aurais dû t'appeler. Ce n'était pas très réfléchi de ma part, dit Mycroft en penchant légèrement sa tête.

Molly ne pouvait pas rester fâchée, elle savait qu'il n'avait jamais eu d'amis auparavant. Mycroft savait tous des protocoles mais il était aussi naïf que possible au niveau de l'amitié. Il n'en savait pas mieux qu'elle.

Elle lui sourit.

- Tout va bien, je te promets.

Il hocha la tête avec un petit sourire mais elle put voir de subtils signes de relâchement de la tension.

- Tu ne trouves pas que cet acteur ressemble presque à l'identique à John Watson ? Demanda -t-il en se concentrant sur l'écran en pause.

- Martin Freeman ? Elle secoua sa tête. Nope, je ne trouve pas.

Molly regarda le film, très consciente de la présence de Mycroft et faisant de son mieux pour ne pas pleurer lors de ses moments préférés. Elle ne put pas arrêter ses larmes de couler à la scène finale de l'aéroport quand toutes les vraies personnes s'y rencontrent.

- Pourquoi pleures-tu ? N'est-ce pas considéré comme une fin heureuse ? Demanda-t-il et il n'était pas moqueur.

Elle put voir qu'il se le demandait vraiment.

- Je ne sais pas, c'est juste un point faible. Peut-être parce que... Je ne sais pas, répliqua Molly.

- Pourquoi est-ce que tu le regardes si cela te rend triste ?

- C'est mon film préféré.

- Ça l'est ? Mycroft hocha la tête. Tu semblais très attentive au personnage de Mark, pourquoi ?

- Comment le sais-tu ? Demanda -t-elle.

- C'était écrit sur ton visage.

- Regardais-tu le film ou me regardais-tu moi ?

- Les deux, je dois admettre.

Les joues de Mycroft rougirent très légèrement.

- C'est mon préféré.

- C'est celui pour qui j'ai le moins d'empathie. C'est un homme assez beau selon les critères standards de notre société, avec une situation tout à fait décente et une intelligence modérée. Il pourrait avoir de nombreuses femmes mais il se contente de la seule qu'il ne peut avoir ?

Mycroft secoua sa tête.

- Cet homme crée son propre malheur.

- Tu le vois d'un point de vue empirique. Tu ne peux pas analyser. Tu ne peux pas rationnaliser l'amour. C'est le sentiment le plus irrationnel au monde. On a tous ressenti cela et aimer quelqu'un qu'on ne peut pas avoir au point de se ridiculiser. C'est pour ça que nous avons tous un faible pour Mark.

- C'est ce qui fait de l'amour un sentiment si dangereux. Il enlève toutes pensées rationnelles et vous amène à vivre les émotions les plus intenses et les plus destructrices comme la jalousie, la honte, la rage, le chagrin, dit Mycroft.

- Je crois que l'amour rend courageux car il te permet de prendre des risques que tu n'aurais jamais pensé prendre, répliqua Molly.

- Le courage est de plus loin le mot le plus gentil pour la stupidité, ajouta Mycroft avec un sourire narquois.

- Ummm je crois que nous devons accepter de ne pas être d'accord, dit Molly en se levant pour sortir le DVD du lecteur.

- Je crois que oui, répondit Mycroft.

Molly se tourna pour lui demander s'il voulait voir un autre film quand son téléphone vibra dans sa veste.

Mycroft le sortit et regarda l'écran avant de le remettre dans sa poche une nouvelle fois. C'était la quatrième fois qu'il le faisait depuis qu'il était là et elle savait que ce devait être important.

- Tu dois y aller, déduit-elle en essayant de ne pas sembler déçue.

Mycroft soupira en se levant.

- Malheureusement je ne peux pas retarder plus longtemps.

Mycroft fit quelques pas vers la porte avant de se tourner vers Molly.

- Avant que je ne parte-

Mycroft fouilla dans sa poche pour en sortir une carte et un crayon. Il griffonna quelque chose au dos et le lui tendit.

Il y avait un numéro sur le recto mais pas de nom ou quoi que ce soit.

- C'est le numéro de mon assistante personnelle. J'ai écrit le mien au verso. Maintenant si tu veux savoir comment je vais, tu peux demander, sourit- il en faisant gonfler le cœur de Molly.

Mycroft se frotta la nuque clairement gêné.

- Ça va ? Demanda Molly en faisant un pas hésitant vers lui.

- Oui j'ai juste, je veux juste que tu saches que j'ai vraiment aimé notre journée du Samedi et... c'était en réalité la journée la plus amusante que j'ai eu depuis longtemps. Rien de moins qu'une menace majeure pour notre sécurité nationale ne pouvait me faire te quitter ce weekend.

Molly ne crut pas qu'il réalisait l'impact de ses mots. Molly ne savait pas si c'était le bouleversement d'émotions dus au film, la montée de sucre de la crème glacée, ou peut-être juste le moment mais elle fit quelques pas vers Mycroft. Avant même de le réaliser, elle l'attrapa, baissant son visage vers le sien et connecta ses lèvres aux siennes.

Mycroft se figea pendant plusieurs secondes avant de poser ses mains sur les épaules de Molly et il la repoussa.

Il baissa les yeux sur elle, les mains tellement serrées sur ses épaules que s'en était presque douloureux. Molly leva le regard et vit les émotions se déchainer sur son visage.

Mycroft secoua sa tête et s'éclaircit la gorge.

- Bonne nuit Mlle Hooper, dit-il en la lâchant et en quittant sa maison aussi rapidement que c'était humainement possible.

Molly resta là, ses yeux fixés sur la porte pour ce qui sembla être pour toujours, ses yeux brûlant de larmes retenues. Elle avait été rejetée plus d'une fois dans sa vie mais cela blessait toujours autant.

Molly s'assit lourdement sur la table basse alors que la honte se mélangeait au rejet. Il voulait une amie et là elle avait brisé toutes les règles imposées en l'embrassant.

Molly grogna, enfouissant son visage dans ses mains. Pourquoi avait-elle dû l'embrasser ? Elle pouvait avoir ruiner son unique désir de se faire des amis.

- Pourquoi ai-je fait ça ? Demanda-t-elle.

- Je me suis demandé la même chose.

Elle releva le regard, sursautant, en voyant Mycroft debout dans l'embrasure de la porte. Elle avait été tellement perdue dans ses pensées qu'elle ne l'avait même pas entendu entrer.

Elle se leva d'un bond de son poste de la table.

- Oh Mycroft, je suis tellement désolée, tellement, tellement désolée.

- De quoi es-tu désolée ? Demanda-t-il en franchissant le seuil et en fermant la porte derrière lui.

Molly fut surprise par la question. Elle ouvrit la bouche et la ferma à nouveau. De quoi était-elle désolée ? De l'avoir embrassé ? Non, elle l'avait voulu. Elle était désolée qu'il ne l'ait pas voulu. Elle était désolée d'avoir probablement perdu leur amitié.

- Je ne suis pas sûre.

Avant qu'elle ne puisse dire quoi que ce soit de plus, ses bras puissants furent autour d'elle, la tenant aussi proche que possible.

- Molly, murmura-t-il, son visage à seulement quelques centimètres du sien et la chaleur de son souffle l'enflamma comme une bougie.

Une bouffée de chaleur s'éveilla dans sa poitrine et lentement se répandit dans son corps, jusqu'au dernier membre.

Molly pouvait sentir ses yeux observer chacun de ses mouvements, du léger tic de ses lèvres à la façon dont ses épaules se levaient et retombaient quand elle respirait.

Mycroft se pencha légèrement vers l'avant, ses mains enlevant ses cheveux de son visage. En un instant ses lèvres furent sur les siennes. Elles étaient un peu sèches mais douces, elles étaient parfaites. Il les bougea et son cœur gonfla. Elle gémit et il en fit de même.

Brusquement il s'arrêta et recula mais garda son bras gauche enroulé autour d'elle.

- Qu'est-ce qu'il y a ? Demanda Molly.

- Tu sais, c'est stupide, soupira- t-il en posant son front contre le sien.

- Je sais.

- Tu sais que je ne peux pas t'offrir les choses dont tu rêves, ajouta Mycroft.

- Sais-tu au moins de quoi je rêve ? Lui demanda Molly.

Mycroft sourit tristement.

- Tu sais que cela ne durera pas.

- Alors profitons-en pendant qu'il est encore temps, chuchota-t-elle en se tenant sur ses orteils pour atteindre ses lèvres à nouveau.

Le téléphone de Mycroft commença à sonner furieusement.

- Je dois y aller. Je suis maintenant scandaleusement en retard. Mais – un diner, toi et moi, mardi prochain ?

Elle sourit.

- C'est un rendez-vous.

Mycroft lâcha sa taille et l'embrassa chastement.

- Tu seras ma mort, Molly Hooper, ajouta- t -il avec défaite avant de quitter sa maison une nouvelle fois.

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Finalement ! Un baiser et un rencard... Jackpot gagnant ce soir !