Bonjour tout le monde !
Comment allez-vous ? Ici c'est la grande forme, les vacances approchent et j'ai plein de projets en tête ! Je suis en pleine frénésie d'écriture, encore plus que d'habitude, entre les textes à quatre mains et les prompts clichés, je n'arrête pas.
Je pense que je vous ai assez fait attendre pour ce chapitre alors je vais arrêter de vous raconter ma vie. Mais avant, je tenais à remercier Nagron pour sa fidélité sans faille et Kaelyan pour sa super review. Et aussi, une grand et immense merci à Julindy qui a du bêta deux fois ce chapitre tellement la première version était merdique.
Bonne lecture à vous !
Steve courait à travers la forêt, son précieux chargement posé sur son épaule. Sa respiration était haletante, sifflante, et il ignorait si c'était dû à l'exercice physique ou à la peur panique qui serrait sa poitrine.
Bucky était blessé. Grièvement.
Il n'avait pas pris le temps d'enlever les flèches qui étaient plantées dans son corps et s'était contenté d'en casser le tube. L'idée qu'il puisse être en train de transporter le cadavre de son petit ami était bien trop horrible pour être étudiée plus de quelques secondes. Son objectif principal, pour le moment, était de s'éloigner le plus vite possible de ce barrage. Retourner à la moto étant inenvisageable, la seule solution qui s'offrait à lui était de quitter la forêt à pied. Leur étude initiale des environs lui avait appris qu'il y avait une petite ville à une vingtaine de kilomètres au nord. Ils pourraient se cacher là bas, s'il parvenait à l'atteindre.
Ils n'étaient pas suivi, il en était certain. Mais par précaution, il avait pris garde à brouiller les pistes en traversant la rivière à plusieurs endroits. Avec un peu de chance, ses différents passages dans l'eau devraient leur fournir assez d'avance pour que Bucky récupère. Du moins, il l'espérait.
Il continua ainsi sur plusieurs kilomètres, ne pensant à rien d'autre qu'au chemin sous ses pieds, à ses foulées, à sa respiration. Mais après une demi-heure, l'inquiétude qu'il était jusqu'ici parvenu à juguler reprit le dessus. Il était assez loin. Et si ce n'était pas le cas, peu importe : il devait savoir. Il déposa sa cargaison au sol le plus délicatement possible et adossa son flanc contre un tronc d'arbre, faisant attention à ne pas appuyer sur les morceaux de flèches qui sortaient de son corps. Bucky était extrêmement pâle et ses lèvres avaient pris une inquiétante teinte bleue. Il avait également perdu beaucoup de sang, et le froid comme l'humidité n'avaient pas arrangé les choses.
Steve poussa un soupir de soulagement lorsqu'il se rapprocha et sentit un souffle sur son visage. Bucky était vivant.
Maintenant que sa plus grande crainte était écartée, il observa les blessures de son coéquipier et ami. Les tiges des flèches étaient faites de carbone, légères et solides à la fois. Mais même s'il n'avait eu aucune difficulté à les briser à main nue, il lui était impossible de les enlever maintenant. Pas sans risquer que Bucky perde le peu de sang qui lui restait. Ça devrait attendre qu'ils soient en sécurité.
Après un léger baiser, Steve remit Bucky sur son épaule et reprit sa route. À cause de plusieurs longs détours ayant pour but de compliquer la tâche de leurs potentiels poursuivants, la nuit était en train de tomber lorsqu'ils arrivèrent enfin à destination.
Il attendit longuement à la périphérie de la forêt que l'obscurité soit totale, face à un quartier résidentiel où il espérait trouver une maison vide. Ses chances d'y parvenir avec son chargement sans attirer l'attention étaient proches de zéro. Son unique option viable était de le déposer ici, de continuer seul et de revenir le chercher plus tard.
Sauf que Steve en était incapable.
Trop de choses pouvaient mal tourner. Il pouvait se faire arrêter. Bucky pouvait être découvert, ou mourir, seul, dans le froid, pendant que Steve était à quelques centaines de mètres en train de chercher un abri.
Cette idée était la pire de toute, et ce fut elle qui le poussa à s'aventurer dans la première rue. Il essaya de rester le plus loin possible des habitations et des lampadaires. Sa traversée des jardins et des allées de garage s'effectua rapidement et en silence tandis qu'il restait à l'affût du moindre bruit, du moindre mouvement. L'obscurité et l'heure tardive lui permirent d'éviter les travailleurs ou les enfants qui rentraient chez eux après une journée de boulot ou d'école.
Il avait déjà traversé plusieurs pâtés de maisons quand une possibilité s'offrit à lui sous la forme d'un panneau "À vendre", planté au milieu d'une pelouse. Il fit le tour par derrière, et s'approcha d'une des fenêtres. Le logement était plongé dans le noir et des draps étaient posés sur les quelques meubles visibles depuis sa position. Ce n'était pas idéal, les habitations de chaque côté étaient bien trop proches, mais il ne pouvait pas se permettre de faire la fine bouche.
Steve crocheta la serrure et désactiva l'alarme avec une facilité qui le déconcertait toujours autant. Les compétences acquises lors de ses missions pour Hydra le dégouttaient, mais il devait bien avouer qu'elles se montraient utiles. Après une vérification rapide de l'intérieur qui lui confirma qu'ils étaient bien seuls, il monta avec Bucky à l'étage. Il déposa ensuite son précieux chargement sur le lit qui occupait la première pièce à la droite du couloir. Le drap blanc qui le recouvrait commença immédiatement à se teinter de rouge.
Il se mit aussitôt à la recherche de quoi le soigner : des restes de compresses et de bandes, un fond de désinfectant et une pince qu'il trouva dans le garage attenant à la maison. Il remonta les marches quatre par quatre et retrouva Bucky à l'endroit exact où il l'avait laissé. Seule la tache de sang sous son corps inerte s'était étendue.
Steve s'approcha et ôta la lourde veste en kevlar qui recouvrait habituellement son ami lors de leurs missions. Il prit soin de faire glisser l'épais tissu le long des quelques centimètres de tige qu'il restait sans trop tirer dessus. C'était une preuve de l'immense compétence de l'archer ennemi qu'il ait réussit à passer entre les plaques et à atteindre sa cible.
Le maillot sous la veste ne reçut pas le même traitement. Il était irrécupérable et Steve ne voulait pas bouger Bucky plus que nécessaire. Il se contenta donc d'en attraper le col et de le déchirer. Sans autre moyen que d'utiliser un peu du désinfectant qu'il avait trouvé pour nettoyer la pince, il en versa un peu sur l'outil, prenant garde à en laisser assez afin de traiter les plaies.
Il déposa un baiser sur les lèvres de son petit ami, puis se mit au travail, ses gestes se précisant peu à peu et devenant presque mécaniques : enlever la flèche à l'air de la pince. Désinfecter la plaie. La recoudre rapidement. Mettre une compresse. Passer à la suivante et recommencer.
Steve s'occupa de la blessure à l'abdomen en dernier. C'était celle qui était la plus dangereuse et qui l'inquiétait le plus. Il y avait peu de chance que la flèche n'ait touché aucun organe. La prudence aurait voulu qu'il appelle un professionnel à la rescousse puisqu'il ne pouvait rien faire de plus, mais cette option n'était pas envisageable. Bucky guérissait vite, moins que lui, mais toujours plus qu'un humain normal. Avec de la chance, il se remettrait de lui-même.
Et après ils parleraient tous les deux. Maintenant qu'ils avaient réussi à leur échapper, il était hors de question de retourner auprès d'Hydra. Steve trouverait un moyen de convaincre Bucky de rester avec lui, quoiqu'il ne sache pas encore lequel. Mais avant ça, son patient devait se rétablir : sa peau avait toujours la couleur de la craie, et elle était froide et moite. La priorité était de le réchauffer.
Steve partit à la recherche d'un lit propre qu'il trouva, sans surprise, dans la chambre suivante. Il enleva le drap blanc qui le recouvrait en prenant garde à ne pas faire voler la poussière partout, puis tira les couvertures et y installa doucement Bucky. Une fois ce dernier allongé sous l'épaisse couette, Steve s'assit à côté de lui pour monter la garde et réfléchir à la suite des opérations. En premier : de quoi maintenir les blessures de son ami propres et bandées, des antibiotiques et certainement de la morphine. Puis de quoi manger. Et enfin, il faudrait qu'ils quittent rapidement cet endroit. Leurs poursuivants ne mettraient pas plus de quarante-huit heures à retrouver leur trace et à la suivre jusqu'ici ; il était indispensables qu'ils soient partis lorsque ça arriverait.
Avec ce début de plan en tête, il se glissa entre les draps à son tour. Il prendrait quelques heures de sommeil, puis sortirait. Il s'endormit avec la main de Bucky serrée dans la sienne.
ooOoo
Son horloge interne le réveilla bien avant l'aube. La nuit était encore noire et les salariés les plus matinaux ne sortiraient pas avant plusieurs heures.
Il s'extirpa du lit et se mit à la recherche d'une veste ou d'un manteau à mettre par dessus son équipement tactique. Sa fouille des armoires et des quelques cartons se révéla infructueuse et le poussa à ajouter un arrêt dans un magasin de vêtements à sa liste de ses choses à faire. Ils ne pouvaient pas sortir habillés ainsi, ils attireraient beaucoup trop l'attention.
Après avoir laissé un mot sur la table de chevet, dans le cas peu probable où Bucky se réveillerait pendant son absence, Steve se glissa dehors en passant par la porte de derrière. L'air était frais, presque trop froid, et il partit au petit trot dans l'espoir de se réchauffer.
Il profita de cette fin de nuit pour aller chercher ce qu'il ne pourrait pas obtenir en plein jour : médicaments, désinfectant, compresses et pansements, ainsi que plusieurs fioles de morphine. Ce n'était pas le cocktail de drogues habituel, mais ça devrait suffire pour tenir à distance le manque. Steve ignorait comment il allait traiter ce problème sur le long terme. Il faudrait qu'à un moment, Bucky sorte de cette addiction, mais ce n'était pas l'urgence. Ils avaient d'autres choses plus critiques à gérer, comme s'assurer qu'il survive à ses blessures.
Avec cette idée en tête, Steve accéléra le pas, pressé de revenir auprès de son ami. L'idée de retourner dans leur planque et d'y trouver son corps sans vie le poursuivit pendant qu'il visitait une épicerie. Sa peur ne fit qu'augmenter jusqu'à ce qu'il soit incapable de penser à être chose. Ils avaient de quoi soigner Bucky et assez de nourriture pour deux jours, ça suffirait. Il avait assez volé d'honnêtes commerçants pour aujourd'hui et même s'il avait déjà fait bien pire, son sens moral ne se gêna pas pour lui rappeler qu'il n'y avait pas de petit crime, ou de crime acceptable. Une dernière pensée traversa son esprit avant que l'inquiétude pour Bucky ne prenne à nouveau toute la place : jusqu'où irait-il pour garder cette liberté qu'ils avaient si chèrement payé ? Il n'avait pas pu tuer Fury quelques jours auparavant, est-ce qu'il pourrait franchir cette frontière si cela devenait nécessaire ?
Quand il se glissa dans la maison, toujours par le jardin à l'arrière, il s'était presque convaincu qu'il était trop tard. Il monta les escaliers le plus rapidement possible et déposa son butin à côté du mur proche de la porte avant de s'approcher du le lit. Son cœur battait la chamade. Que ferait-il si Bucky était mort alors qu'il était sorti ? Pendant quelques instants, une vie sans son ami fut tout ce qu'il parvint à imaginer. Le poids de sa culpabilité, les crimes horribles qu'il avait perpétré, tout ça aurait été vain s'il ne pouvait le sauver.
Mais Bucky respirait. Lentement, bien trop lentement. Mais il respirait.
Et il n'avait pas bougé d'un centimètre. Steve le découvrit rapidement et vérifia chacune de ses blessures. Celle de sa main était déjà refermée, une simple ligne de peau encore rouge et boursouflée étant la seule indication qu'il avait été blessé. Les autres paraissaient se soigner également, même si certaines étaient encore préoccupantes.
N'ayant rien de plus à faire, Steve s'installa à côté de Bucky et attendit.
Il attendit et attendit.
Vers midi, il mangea la boite de haricot froide et la moitié du pain qu'il avait subtilisé.
Puis il attendit encore une bonne partie de l'après-midi, l'inquiétude le rongeant de l'intérieur.
Alors que le soleil commençait sa lente descente à travers le ciel, Bucky bougea. Il tenta d'écarter les couvertures entassées sur lui et grogna dans son sommeil quand Steve repoussa sa main et ré-installa les différents duvets et couettes. Un simple contact avec sa peau brûlante lui apprit que malgré toute ses précautions, la température de son ami avait augmenté.
Sans accès à l'eau courante, probablement coupée lorsque les propriétaires avaient quitté la maison, Steve dut vider sa dernière bouteille et se servir d'un linge pour placer une compresse froide sur le front de Bucky. Il lui injecta ensuite une dose d'antibiotique et hésita longuement à faire de même avec la morphine. Il finit par reposer la seringue, ignorant la manière dont l'organisme de son patient réagirait à la drogue dans son état actuel.
La compresse sembla faire son œuvre et son coéquipier replongea dans un sommeil de plomb. Comme le soleil s'était enfin couché, Steve profita de ce moment de calme pour effectuer sa deuxième sortie. Cette fois, il revint avec des vêtements et plusieurs bouteilles d'eau, volées dans un distributeur.
Quand il rentra, les couvertures étaient en tas au pied du lit. La compresse humide était également tombée. Alors qu'il remettait le tout à sa place, Bucky entrouvrit les yeux.
"Stevie ?"
Steve se figea. Puis il glissa une main à travers les cheveux de son petit ami. Un geste tendre qui, il l'espérait, lui apporterait un peu de réconfort.
"Oui, Bucky ?"
"Je ne me sens pas bien."
Sa poitrine se serra.
"Tu es malade. Mais je m'occupe de toi. Repose-toi."
Les yeux de Bucky étaient déjà en train de se refermer. Il marmonna quand même, juste avant de se rendormir :
"C'est moi ou tu as grandi ?"
L'étau autour de sa poitrine se resserra un peu plus. C'était Bucky qui venait de lui parler. Celui d'avant. Celui qu'il avait retrouvé à Azzano. Celui qu'il sauverait, coûte que coûte. Celui qui n'avait pas totalement disparu.
ooOoo
Steve passa toute la nuit à aider Bucky à combattre sa fièvre. Ce dernier resta comateux jusqu'au milieu de la matinée. Lors des quelques réveils qu'il avait eu durant la nuit, il s'était montré désorienté, parlant successivement en anglais, en russe ou en allemand. Il avait même murmuré quelques mots de japonais et d'arabe.
Mais ses yeux paraissaient plus clairs lorsqu'il émergea vers onze heure. Steve lui fit boire un peu d'eau et tenta de lui faire manger un bol de soupe froide. Sans électricité et sans gaz, il lui était impossible de réchauffer quoi que ce soit et il ne voulait pas courir le risque d'être découvert en ré-alimentant la maison.
Le bol termina contre le mur opposé au lit. Bucky, dans un excès de colère l'avait envoyé voler.
"Je ne suis pas un enfant, je n'ai pas besoin que l'on me nourrisse."
Maintenant que la fièvre avait baissé, le Soldat reprenait ses droits.
Steve ferma les yeux et repoussa la vague de déception qui l'envahit à ce moment. Il n'aurait pas dû tant espérer, il était évident que débarrasser son coéquipier du conditionnement d'HYDRA ne serait pas aussi facile.
Lorsque Bucky exigea une injection, en milieu d'après-midi, les insultes et le ton vicieux qu'il utilisa firent grimacer Steve. Il détestait vraiment quand son coéquipier se comportait ainsi et il fut presque soulagé quand la morphine commença à agir.
Pendant quelques heures, Bucky dormit d'un sommeil de plomb. Et à son réveil, il était dans un état second, proche de celui qu'il avait lorsqu'il combattait la fièvre.
Il laissa Steve le nourrir cette fois.
Il le laissa vérifier ses plaies qui étaient toutes pratiquement guéries.
Il le laissa le changer pour des vêtements plus doux et plus chaud.
Il le laissa le recoucher et le couvrir.
Il le laissa le prendre dans ses bras.
Il le laissa lui murmurer des mots doux jusqu'à ce qu'ils s'endorment tous les deux.
Lorsque Steve se réveilla au milieu de la nuit, il quitta le lit avec regret. Comme à chaque fois qu'il devait sortir, un petit message apparut sur la table de chevet. Avec une casquette vissée sur la tête, il se mit à la recherche d'une nouvelle planque, cherchant aussi bien des maisons que des appartements. Il ne s'éloigna cependant que de quelques kilomètres : Bucky devrait se déplacer à pied de lui-même cette fois.
Il trouva plusieurs pistes intéressantes, mais il ne se décida que lorsqu'il vit partir, aux premières lueurs de l'aube, une voiture lourdement chargée de valises et avec deux enfants surexcités à l'arrière.
Vu le contenu du coffre, cette famille partait au moins une semaine. Ils pourraient s'installer chez eux pour les jours à venir, ce qu'une rapide vérification des lieux lui confirma. Elle était un peu excentrée et le jardin était arboré. S'ils n'allumaient pas les lumières en pleine nuit et restaient cantonnés dans la partie arrière de la maison, ils seraient pratiquement invisibles aux yeux des passants et des voisins.
Ce fut sur le chemin du retour qu'il remarqua une silhouette qui le suivait. L'homme était loin d'être doué : il était trop proche et avait calqué le rythme de ses pas sur le sien. Steve n'avait même pas eu besoin d'utiliser ses sens sur-développés, une vie entière d'expérience avait suffi, et il était bien trop aguerri pour croire à une coïncidence. Hydra était connu pour avoir à son service les meilleurs agents du monde, mais ça ne les empêchait pas d'utiliser également des civils. À moins qu'il ne s'agisse d'un membre du SHIELD ? Qu'il soit un professionnel ou non, et quelques soient les personnes pour lesquelles il travaillait, cet homme était forcément un ennemi.
Et juste pour cette raison, Steve n'avait pas le choix. Tout chez lui pouvait se rebeller à l'idée, lui crier qu'il y avait certainement une autre solution, il savait qu'une seule voie s'offrait à lui.
La vie et la liberté de Bucky en dépendaient et il n'y avait aucun prix que Steve refuserait de payer afin de s'assurer qu'il pourrait profiter désormais des deux en paix, loin d'Hydra et de leurs missions.
Il ne changea rien à son allure, ni à sa destination. Malgré l'évident manque de compétence de son poursuivant, rien ne lui assurait que leur planque n'avait pas déjà été découverte et il ne pouvait prendre le risque de l'effrayer et de le faire fuir avec les informations qu'il avait réussi à glaner. Sa présence seule dans cette ville était suffisante pour mettre tous ses projets en danger. Une fois qu'Hydra aurait appris dans quelle zone chercher, Steve n'aurait plus aucune chance de s'en sortir.
Lorsqu'il passa près d'une habitation à la haie haute et mal taillée, il se glissa dans le jardin et attendit, le cœur battant, que son opposant apparaisse. Il savait déjà ce qu'il avait à faire et le poids sur ses épaules lui parut plus lourd avant même qu'il ne saisisse son poursuivant pas derrière et ne le traîne avec lui dans les ombres fournies par la haie. Il n'eut aucun mal à le plaquer au sol, utilisant son corps pour l'immobiliser, une main sur sa bouche et l'autre plaçant la lame de son couteau sous sa gorge.
Malgré la pénombre, il n'eut aucun mal à voir les traits tordus par la panique de son adversaire. Son souffle était chaud et rapide sur la paume de sa main et il était totalement immobile, les yeux écarquillés par la terreur. Comme si ça n'avait pas déjà été évident à la vue de ses capacités de filature, il était maintenant certain qu'il n'était pas un professionnel. Et pour empirer une situation déjà difficile, Steve remarqua avec horreur qu'il était très jeune. Ce serait un véritable miracle s'il avait plus de vingt ans.
Et ce fait le fit hésiter. Sa lame était déjà posée sur la gorge de son ennemi, prêt à la trancher, mais il restait une possibilité qu'il ait fait une erreur. Peut-être que ce jeune homme n'était qu'un civil, suivant par hasard la même route que lui. Ou alors il était un délinquant pensant avoir trouvé une proie facile au cœur de la nuit.
Steve savait que la vie ne lui offrirait pas une telle chance, elle ne l'avait jamais fait. Elle l'avait juste obligé à renier peu à peu tout ce qu'il était afin de sauver Bucky, jusqu'à réclamer cette dernière petite parcelle de lui en le forçant à tuer. Mais malgré ses doutes, il devait s'assurer qu'il n'allait pas assassiner un innocent. Une petite voix dans sa tête lui susurra : ça ne changera rien, ta culpabilité ne te laissera pas oublier que tu as tué un être à peine sorti de l'adolescence.
Sans bouger d'un centimètre, il parla d'une voix basse :
« Je vais enlever ma main de ta bouche et tu vas répondre à mes questions. Au moindre mouvement, au moindre bruit, je te tranche la gorge. Je suis bien clair ? »
Le jeune homme déglutit et hocha la tête, faisant attention au couteau toujours appuyé sur sa carotide. Steve ôta sa main lentement et à peine l'avait-il fait que le gamin se mit à parler, très vite.
« Je ne suis pas un ennemi. Je fais partie d'Hydra. » Il grimaça. « Enfin mon père et mon grand-père en font partie, c'est un truc de famille. On a tous reçu votre description et l'ordre de vous chercher. »
« Quand ? »
« Hier. Mon père m'a obligé à sortir. Il a dit que ce serait une grande fierté pour notre famille si nous pouvions aider Hydra de quelque façon que ce soit, qu'ils récompensaient largement leurs alliés et leurs membres les plus fidèles. »
Sa crainte était donc fondée, c'était bien ses anciens geôliers qui avaient retrouvé sa trace. Et pourtant, il y avait quelque chose dans le ton du jeune homme qui fit tiquer Steve. Il semblait réciter une leçon durement apprise.
« Tu n'as pas l'air d'y croire. »
Les yeux de son suivant s'écarquillèrent un peu plus et il se remit à balbutier, encore plus vite.
« Si, si ! Bien sur que j'y crois. Ma famille a servi Hydra sur trois générations déjà et elle continuera avec moi et mes enfants. Je vous promets. Ne me faites pas de mal. Hail Hydra. »
Il mentait. Il était terrorisé et la peur le poussait à révéler beaucoup trop d'informations personnelles. C'était définitivement un gamin qui avait eu le malheur de naître dans la mauvaise famille et d'avoir été envoyé au casse-pipe. Steve sentit la dernière petite étincelle d'espoir s'éteindre en lui, les restes de son humanité vacillants à ses côtés.
« Quels ont été les ordres que vous avez reçu, très exactement ? »
« Je ne sais pas. C'est mon père qui gère tout ça depuis que mon grand-père est en maison de retraite. Il m'a juste dit que je devais parcourir la ville à la recherche de deux hommes, seul ou ensemble, un blond et un brun. Que si je les voyais, je devais découvrir où vous logiez et de revenir faire mon rapport immédiatement. »
Ainsi Hydra se doutait qu'il y avait une possibilité qu'ils se soient enfuis et se cachent. Steve aurait préféré qu'ils les pensent capturés par l'ennemi, ça leur aurait laissé une plus grande marge de manœuvre, ainsi que plus de temps.
Prenant son silence pour une incitation à continuer, le jeune homme reprit, la voix tremblante.
« S'il vous plaît, ne leur dites pas que vous m'avez capturé. Je ne sais pas pourquoi ils vous cherchent, mais s'ils apprennent que je vous ai vu et que j'ai échoué, mon père va me passer un savon. »
Si seulement une engueulade était le problème le plus grave du gamin. Il n'avait même pas l'air de vraiment se rendre compte de ce qu'il l'attendait. Le cœur lourd, Steve posa sa dernière question :
« Tu as prévenu quelqu'un que tu m'avais trouvé? »
« Non. Absolument personne. Je vous le jure. Laissez moi partir, je ne dirai rien à personne. Promis. Ces histoires, c'est pas mon truc. C'est mon père. Moi je voulais juste aller à la fac, il y a - »
La fin de sa phrase se perdit dans le craquement de sa nuque. Steve resta le souffle court au dessus du corps maintenant sans vie du jeune homme. Il ne voulait pas en apprendre plus sur lui. Il ne voulait pas avoir à l'entendre parler du futur dont il allait le priver.
Il n'avait pas eu le choix, pas alors que la vie de Bucky en dépendait. Alors pourquoi est-ce que des larmes emplissaient ses yeux ? Il avait toujours tout supporté lorsque ça permettait à son ami de survivre.
Il s'était assuré de faire vite, le gosse était probablement mort avant de s'apercevoir de quoi que ce soit. Mais même savoir qu'il n'avait pas souffert était une bien faible consolation au regard de l'existence innocente que Steve venait de faucher. Il lutta contre la nausée qui l'envahit, se redressant sur des jambes tremblantes. Il devait partir, rejoindre Bucky et ensuite quitter leur planque. Hydra savait probablement qu'ils étaient dans le coin, il devrait désormais se montrer encore plus prudent.
Mais avant il devait se débarrasser du corps. Le jardin dans lequel il se trouvait était mal entretenu et il supposa que la cabane à outil, le long de la haie du fond ne devait pas recevoir beaucoup de visites. Il y cacherait le corps. Avec un peu de chance, il ne serait découvert que bien après qu'ils soient partis de cette ville.
Il souleva le jeune homme et se rendit compte avec consternation que son corps pesait moins lourd que le poids de sa propre culpabilité. Il ouvrit sans difficulté la serrure de la cabane de jardin, déposa son chargement dans un coin, sous de vieilles bâches moisies et ressortit en refermant derrière lui.
Il se vida l'esprit de toute pensée et rentra rejoindre Bucky. C'était la seule chose importante, la seule chose sur laquelle il devait se concentrer. Il le trouva, assis sur le sol de la salle de bain, probablement trop faible pour faire le trajet inverse. Dans un espèce d'état second, Steve l'aida à se relever et le réinstalla sur le lit.
"J'ai trouvé une autre planque. A trois kilomètres au nord-est d'ici. Tu te sens de faire le trajet cette nuit ?"
"Pourquoi une nouvelle planque ? Quand est-ce que l'équipe de support viendra nous chercher ? Nous avons une mission à terminer."
Parce que nous ne sommes plus en sécurité ici. Parce que j'ai tué un garçon il y a moins d'un quart d'heure. Pour toi. Afin d'avoir une petite chance de te sauver. Même si tu n'es plus vraiment là.
Mais il ne donna aucune de ces raisons, le Soldat était de retour, prêt à accomplir sa tâche et il ne comprendrait pas le problème. Il refuserait même de le suivre, de quitter Hydra. L'homme fiévreux que Steve avait côtoyé ces derniers jours lui manquait. Merde. Même l'homme intoxiqué à la morphine du début de nuit lui manquait. Au moins avec eux, il avait une chance de pouvoir discuter, de leur faire entendre raison. Il devait encore gagner quelques jours, laisser au cerveau de Bucky le temps de guérir un peu plus des effets des drogues et de la chaise. Il pourrait peut-être lui faire entendre raison lorsque leur emprise aurait encore diminué.
Alors il mentit.
Il comptait sur la dose de morphine qu'il venait d'injecter pour que Bucky ne s'aperçoive de rien.
"Je n'ai pas contacté la base. Trop de risque que la communication soit interceptée. Nous le ferons quand tu seras en état de te défendre, dans quelques jours. »
Bucky siffla, venimeux :
"Je suis capable de me battre. Cette traîtresse m'a pris par surprise. Et cet archer aussi. Je vais les retrouver et leur faire payer. "
Il savait que jamais le Soldat ne montrerait le moindre signe de faiblesse, mais il avait d'autres moyens. S'il présentait la situation non pas comme une insuffisance de sa part, mais plutôt comme quelque chose dont Steve avait besoin, il réussirait à l'amadouer. Cette technique avait déjà fait ses preuves.
"Je ne veux pas courir le risque. J'ai failli te perdre, je ne peux pas recommencer. Nous allons rester encore une paire de jours en planque. Fais le pour moi ?"
Bucky croisa les bras sur sa poitrine avant d'acquiescer. Cinq minutes plus tard, la morphine avait fait son œuvre et il comatait dans le lit.
Steve le laissa se reposer et récupérer pendant qu'il rassemblait les quelques affaires qu'ils avait ramené les jours précédant. La tâche simple et répétitive l'aida à ne pas trop penser à ce qu'il avait fait, mais il savait que ça ne durerait qu'un temps. À la seconde où il s'arrêterait, la culpabilité s'abattrait sur lui de tout son poids.
ooOoo
Le trajet jusqu'à la nouvelle planque se passa sans encombre, ce qui n'empêcha pas les trois kilomètres de marche de saper les quelques forces que Bucky avait réussi à récupérer. Steve l'abandonna dans la chambre du fond, celle d'une adolescente au vu de la décoration, et profita du fait que la maison possède tous les avantages d'une habitation moderne pour aller prendre une douche.
Pendant que l'eau chaude dénouait ses muscles, il tenta de réfléchir à à la suite des opérations, mais la seule chose à laquelle son cerveau acceptait de penser était l'image d'un corps inerte, caché sous une bâche dans une vieille cabane pleine de toiles d'araignées. Comme un déchet, un outil dont on ne voulait plus. La comparaison lui serra la gorge. C'était exactement ça, Hydra traitait la majorité de ses membres comme des objets, gardés jalousement lorsqu'ils étaient utiles et jetés à la seconde où il ne l'était plus. C'était ainsi qu'ils les avaient considérés, Bucky et lui, durant toutes ces décennies. C'était la raison pour laquelle il y avait maintenant un cadavre supplémentaire dans leur guerre absurde.
Steve se frotta les mains avec insistance dans l'espoir d'en faire disparaître le sang que lui seul pouvait voir, mais quoi qu'il fasse, rien ne semblait fonctionner. Il avait tué un innocent. Parce que ce gosse n'était ni un ennemi, ni quelqu'un de mauvais, il n'avait fait que suivre les ordres de son père et Steve aurait du le laisser partir. Lui faire peur et le menacer, peut-être le secouer un peu, mais le laisser partir.
Sauf qu'il en avait été incapable. Il pouvait bien se voiler la face autant qu'il le souhaitait, il y avait une vérité à laquelle il était incapable de se soustraire : Bucky était plus important que tout. Alors que Steve avait toujours refusé de tuer au nom d'Hydra, il l'avait fait pour le protéger. Et le pire était qu'il recommencerait sans hésiter si la situation se renouvelait.
Il étouffa un sanglot en plaçant sa tête sous l'eau. Peut-être ne valait-il pas mieux que ces monstres qu'il fuyait. Peut-être avaient-ils eux aussi des proches qu'ils voulaient protéger à tout prix. Il resta longtemps sous la douche, à essayer de calmer sa respiration et le tempête de sentiments dans son esprit. Lorsqu'il en sortit, il était épuisé, aussi bien physiquement que moralement. Il alla s'allonger tout contre son petit ami et s'y endormit.
La journée du lendemain passa lentement, laissant à la culpabilité de Steve tout le temps de s'installer durablement. Il n'avait rien d'autre à faire que d'attendre et de surveiller. Le seul point positif était que Bucky était hors de danger, ses blessures étaient toutes refermées et la fièvre l'avait quitté, mais il oscillait toujours entre des moments de réveils et de sommeil. Quand il était conscient, son attention restait vacillante. C'était parfois à cause des injections de morphine, parfois le fait de souvenirs qui revenaient.
A deux reprises, l'accent de Brooklyn réapparut dans la bouche de Bucky. Cela faisait pratiquement soixante-dix ans qu'il avait disparu, caché derrière les syllabes dures de l'allemand et du russe, et l'entendre à nouveau lui mit stupidement les larmes aux yeux.
Le jour suivant se passa sensiblement comme le précédant. Steve entreprit de diminuer la quantité de drogue qu'il injectait à chaque fois. Ils devaient avoir cette conversation, celle qu'il repoussait encore et encore, avec plus ou moins de mauvaise foi. Son coéquipier était pratiquement guéri et il réclamait avec insistance de rejoindre Hydra. Bientôt, il n'aurait plus d'excuses à lui fournir et devrait capituler. Mais il était hors de question que cela arrive. Steve avait tué pour être certain qu'ils n'y retourneraient jamais, il refusait que ce soit en vain.
Mais au milieu de tout ceci, il y avait une toute petite lueur d'espoir. Le cerveau de Bucky guérissait, lentement mais sûrement, s'il devait en croire la fréquence d'apparition de ses souvenirs, ou plutôt de ses échos, comme le Soldat les appelait. C'était le moment ou jamais de lancer le sujet, son ami avait peut-être récupéré assez de lui pour que Steve arrive à le persuader, mais ce dernier ignorait comment l'approcher. Il cherchait toujours lorsque Bucky parla :
"Stevie ?"
Sa voix était hésitante. Steve leva les yeux vers son petit ami, qui le regardait avec des larmes coulant sur ses joues. Il s'approcha immédiatement, inquiet.
"Qu'est-ce qui se passe, Buck ?"
Pouvoir l'appeler par son prénom sans qu'il ne se mette en colère le remplissait de joie, même si sa réaction était tempérée par la souffrance que semblait actuellement vivre Bucky.
"Il y avait une jeune femme. Une jeune femme blonde. Avec des yeux bleus. Et elle avait un enfant dans ses bras et ils étaient tellement proches l'un de l'autre qu'on ne pouvait pas séparer leurs cheveux. Et ils dansaient. Ils dansaient devant une fenêtre, au soleil. Et elle était enceinte, Stevie. Elle dansait avec son gros ventre et son enfant dans les bras. Elle dansait et riait. Sa robe blanche tournait autour d'elle. Et son enfant riait et tapait des mains. Et j'ai tiré. Elle est tombée et j'ai encore tiré. Ils m'avaient dit pas de survivants. C'était un rêve, hein Stevie ? Je n'ai pas tué cette femme et fauché ces deux vies ? Je n'arrive pas à me rappeler. Le reste est flou. Ça ne peut pas être un souvenir ? Jamais je ne ferais ça ? Pas à un enfant."
Steve sentit sa gorge se nouer. Il ne connaissait pas le contenu de la majorité des missions solo de Bucky, mais il était probable qu'un cas pareil soit arrivé. Le souvenir était trop clair, les détails trop nombreux pour que ça soit le simple fait de son imagination.
Il serra le corps tremblant contre le sien.
"Je ne veux pas me souvenir. Je ne veux pas me rappeler. Fais les partir."
Steve le serra encore plus fort.
"Je ne peux pas faire ça, Bucky. Nous allons nous en sortir. Nous n'y retournerons pas. Plus personne ne t'obligera à faire ça. Plus jamais."
Bucky se raidit dans ses bras. Steve sut immédiatement qu'il l'avait perdu, que ses propos avaient réveillé le Soldat et que ce dernier refuserait de se laisser convaincre. Il fut repoussé violemment :
"Toi aussi tu es un traître ? Tu parles de nos supérieurs comme s'ils étaient le mal. Mais ce n'est pas le cas. Ils œuvrent pour rendre le monde meilleur et plus sûr. Je dois faire mon devoir. Nous avons presque atteint notre but. Je veux rentrer. Maintenant."
Il savait qu'il avait abordé cette conversation de la pire des manières, mais la détresse dont il venait d'être témoin lui avait fait perdre toute capacité de réflexion, il n'avait eu qu'un objectif : soulager son ami.
Il n'avait plus d'autre choix que de plier, en apparence du moins :
"Demain. On rentre demain. Nous ne risquons rien ici. Encore une nuit de repos et nous réintégrons la base."
Bucky était toujours en colère, mais il hocha la tête.
"Demain. Avant que le soleil ne soit levé."
"Promis."
Ils n'échangèrent plus un seul mot de la journée. Lorsque Steve prépara la dose de morphine de Bucky, il remplit la seringue un peu plus que d'habitude. Ce qu'il s'apprêtait à faire pesait lourd sur sa conscience déjà mise à mal par le meurtre dont il s'était rendu coupable. Mais il n'avait pas le choix, comme toujours. Il avait besoin de quelques jours supplémentaires, juste assez afin de trouver une solution. Et pour ça, il devait faire perdre à Bucky la notion du temps.
ooOoo
Deux jours plus tard, ils en étaient toujours au même point.
Bucky était tellement drogué qu'il ne se rendait plus compte de rien. Il passait maintenant tout son temps dans un espèce d'état second. Et Steve ne supportait pas de le voir ainsi, surtout qu'il en était le responsable, mais il ne savait pas comment faire autrement. Il s'était piégé tout seul dans une position à laquelle il ne trouvait aucune issue acceptable. Il était hors de question de retourner auprès d'Hydra, pas alors qu'il avait tué et que le regard vide de sa victime hantait ses nuits, mais plus ils restaient ici et plus il prenait le risque que ce choix lui soit arraché des mains. Et pourtant, malgré l'urgence qui lui enserrait la poitrine et les longues heures de réflexion, il n'était pas plus proche maintenant de trouver une solution que lorsqu'ils étaient arrivés ici.
Sa culpabilité ne faisait qu'empirer et il s'arrachait lui-même le cœur à chaque fois qu'il observait Bucky, le regard dans le vague ou quand ce dernier tendait son bras, sans poser de question. Il devait l'aider à se déplacer, à se nourrir, à se laver. Et savoir que c'était de sa faute lui retournait l'estomac. Il n'était pas mieux que ces monstres qui lui avaient enlevé toute possibilité de choix, même si ses intentions étaient bonnes.
Et ses stocks de morphine baissait dangereusement vite, il devait sortir pour en récupérer, l'obligeant à injecter une dose encore plus forte avant de quitter la maison, par peur que Bucky ne s'échappe pendant qu'il était absent.
Il avait choisi de cambrioler une pharmacie de l'autre côté de la ville afin de ne pas éveiller les soupçons. Même avec sa vitesse et son endurance, il aurait besoin de trois ou quatre heures pour faire l'aller-retour. Il avait hésité à dérober une voiture, mais il voulait laisser le moins de traces possible. Il espérait que l'air extérieur et le trajet l'aideraient enfin à trouver une solution. Il devenait désespéré, c'était déjà un miracle en soit que Hydra ne les ait pas encore débusqués et il s'attendait à devoir se battre d'ici peu. Il avait beau retourner le problème dans tous les sens, ils avaient trop d'ennemis et aucun allié vers qui se tourner.
Ce fut seulement après avoir fait la moitié du chemin qu'il sentit une présence derrière lui. À la différence de la première fois, celui-là était doué et il ne faisait aucun doute qu'il était là pour lui. Il ignorait juste qui était à ses trousses et si son poursuivant était seul. Si c'était Hydra, ils finiraient tous comme le jeune homme qui pourrissait dans une cabane de jardin. Et s'ils ne l'étaient pas, Steve aviserait.
Il continua son avancée, tous ses sens en alerte. La plupart de ses ennemis ignoraient tout de ses capacités. Qui pourrait croire que l'agent d'Hydra qu'il était et Captain America étaient le même homme ? La réponse était : absolument personne.
Hemrich avait pris un malin plaisir à lui montrer les journaux qui avaient annoncé sa disparition en mission. Il avait même vu les vidéos de ses obsèques. La manière grandiose dont il avait été enterré, alors qu'il avait été traité comme un moins que rien pendant pratiquement toute sa vie. C'était il y a longtemps, mais il avait été marqué par ces images, et les sentiments ambivalents qu'elles provoquaient en lui.
Steve arriva à la pharmacie sans avoir rencontré aucun problème, même s'il était toujours suivi. Il savait désormais que le type était seul, mais il ignorait tout de ses motivations et de l'organisation à laquelle il avait juré allégeance. Pourtant, il ne pouvait pas laisser passer sa chance, cet homme était peut-être la solution à son problème actuel. Steve était tellement désespéré que tout ce qui n'était pas Hydra lui paraissait acceptable.
Mais il ne pouvait se contenter de suppositions. Il devait en apprendre plus et à peine était-il entré dans le bâtiment, qu'il chercha un moyen de prendre de la hauteur. Heureusement pour lui, le propriétaire de la pharmacie vivait à l'étage supérieur et un escalier menait directement de l'arrière-boutique au premier.
Il entra discrètement dans l'appartement et se dirigea vers une fenêtre qui donnait sur la rue. Les ronflements de l'homme résonnaient depuis la porte à côté et Steve resta dans l'ombre, prenant garde à ne pas faire bouger les longs rideaux qui encadraient la vitre. Quelqu'un de normal n'aurait jamais vu cette silhouette un peu plus sombre au coin d'une ruelle. Mais il n'était pas normal. Sa vue était bien plus précise que celle du commun des mortels, y compris la nuit.
Son poing se serra quand il reconnut l'homme. Il s'agissait de l'archer qui avait failli tuer l'amour de sa vie. Sa première réaction fut de sortir et de le massacrer. Ce faible humain n'avait aucune chance contre lui. Il n'aurait eu aucune chance contre Bucky non plus s'ils ne l'avaient pas pris en traître et à plusieurs.
Mais il se retint. Difficilement.
Il n'était pas certain de réussir à cacher un second cadavre, surtout s'il appartenait à un membre du SHIELD. Il ne pourrait échapper indéfiniment aux deux organisations si elles les cherchaient activement, même si elles étaient ennemies et se gêneraient mutuellement. Décidant qu'il n'apprendrait rien de plus, il redescendit au rez-de-chaussée et se servit dans les étagères de la pharmacie, vidant complètement le stock. Vu la consommation actuelle de Bucky, il allait en avoir besoin. Il devait maintenant trouver un moyen de s'occuper de l'homme caché dans les ombres à l'extérieur.
Ce ne fut que lorsqu'il sortit du bâtiment et s'apprêtait à se remettre en route qu'une idée complètement folle germa. Hydra et le SHIELD étaient des ennemis. Un vieil adage disait que l'ennemi de son ennemi était son ami et même si Steve n'était pas idiot au point de le prendre au pied de la lettre, il tenait peut-être là la solution à son problème le plus urgent. Il n'y réfléchit pas plus longtemps et se dirigea droit vers son poursuivant.
Il fit attention à ce que ses mains soient pleinement visibles et il s'arrêta à plusieurs dizaines de mètres de l'endroit où était dissimulé l'archer. Ce qui n'empêcha pas ce dernier de bander son arc. Malgré la pénombre, Steve vit briller la pointe d'une flèche.
Il parla d'une voix assez claire pour être entendu :
"Je ne veux pas me battre contre vous. J'ai des informations sur Hydra qui pourraient vous être utiles. Je vous demande juste la protection en échange de ce que je sais, pour moi et mon coéquipier."
L'homme parut surpris de sa proposition. Il le garda en joue et parla dans son oreillette.
"J'ai le Captain qui se rend."
Il pencha la tête sur le côté, écoutant probablement la réponse qui lui était donnée. Puis il le regarda droit dans les yeux :
"C'est d'accord. Mais après votre petite tentative d'assassinat, je ne peux pas vous laisser vous balader comme ça. Et il me faut la position du Soldat."
Steve pensa brièvement à Bucky, complètement dans les vapes et incapable de se défendre. S'il se réveillait au mauvais moment, ce serait un carnage.
"J'ai certaines conditions. Mais j'accepte."
ooOoo
Enregistrement interview Clint Barton mené par Maria Hill.
Date : 21 avril 2013
Sujet : Arrestation agents Hydra. Codename : Captain et Soldat de l'hiver
"Enregistrement n° 27599, effectué le 21 avril 2013 à treize heure quarante quatre par l'agent Maria Hill. Interrogatoire de l'agent Barton, en présence l'agent Natasha Romanoff-"
"Ces introductions sont d'un ennui."
"Agent Barton. Je vous prierai de ne parler que lorsque vous y êtes invités. "
"Bien M'dame."
Soupir
"Commençons. Pouvez-vous nous dire ce qui s'est passé la nuit du 20 au 21 avril 2013 ?
"J'avais enfin réussi à retrouver la trace des deux agents d'HYDRA qui avaient pénétrés dans notre planque et avaient attenté à la vie de notre cher directeur. D'ailleurs est-ce qu'on pourrait avoir une prime pour ça ? On a un peu sauvé le patron du meilleur assassin de ces soixante-dix dernières années."
"Non. C'est votre travail. Que s'est-il passé ensuite ?"
"J'ai suivi leur piste, en premier jusque dans une maison en vente. Mais ils l'avaient déjà quitté. Je suis remonté ensuite à une seconde maison. Et je tiens à dire que ce n'était pas aussi facile que ça en a l'air lorsque je le raconte. Il n'y avait aucune piste entre les deux habitations, aucune trace, aucun vol de voiture. C'est d'ailleurs ça qui m'a mis sur la piste. Ils ne pouvaient pas être allés bien loin à pied, pas avec un blessé grave. Du coup, j'ai cherché des logements vides depuis ce point de départ. Ils ont été malins, j'aurai presque pu passer à côté. Mais on ne m'appelle pas Hawkeye pour rien."
Bam.
"Aie."
"Arrête ton cinéma, je veux aller manger une pizza, finis ton rapport."
"Tu n'avais pas besoin de taper si fort, Nat. On en était où ?"
"Vous avez retrouvé les deux agents d'HYDRA."
"Ha oui. Ils avaient l'air bien installé, donc j'ai commencé ma surveillance. À bonne distance, pour qu'ils ne me repèrent pas. D'ailleurs heureusement que j'ai de bons yeux -"
Bam.
"Mais aie ! Arrête de me taper Nat."
"Finis. Ton. Rapport."
"Si tu insistes. Mais je vais finir par avoir des séquelles à force de me prendre des coups sur la tête. J'étais donc en planque et quand le Captain est sorti, je l'ai suivi. Il est entré dans une pharmacie et en est ressorti même pas dix minutes plus tard. Mais au lieu de repartir, il est venu vers moi et m'a dit vouloir se rendre. Je vous ai prévenu, vous avez dit oui, je lui ai répété et voilà."
"Que s'est-il passé ensuite ?"
"On est retournés vers leur cachette."
"Il n'a pas cherché à vous échapper ? Ou à attaquer ?"
"Non. Il était très calme. Il n'a pas parlé de tout le trajet."
"Que s'est-il passé quand vous êtes arrivés à la maison. ?"
"Il s'est arrêté au début de la rue. Il m'a dit qu'il valait mieux que je l'attende ici. J'ai bien entendu refusé. Il m'a juste annoncé que son coéquipier ne se rendrait pas aussi facilement. Qu'il attaquerait s'il me voyait. Que je devais lui permettre de s'en occuper, seul. J'ai accepté de lui laisser trois minutes."
"Plutôt risqué ?"
"Je crois que s'il avait voulu m'attaquer, il aurait pu le faire à n'importe quel moment. Je l'ai vu bouger et se battre. Ça me fait mal de l'avouer, mais en combat rapproché, je n'ai aucune chance."
"Il a tenu parole ?"
"Oui. Il est ressorti deux minutes plus tard. Il m'a fait rentrer et m'a emmené auprès du Soldat de l'hiver. Il dormait. Le Captain m'a dit l'avoir drogué."
"Y avait-il des traces de lutte dans la pièce ?"
"Aucune."
"Vous pensez qu'il l'a eu par surprise ?"
"Non. Je crois que le Soldat l'a laissé faire. Vu l'état de son bras et les flacons de morphine vides sur la table de chevet, c'est une habitude."
"Et la suite ?"
"J'ai appelé des renforts et un véhicule pour les transporter tous deux. Le Captain s 'est assis au bord du lit et a attendu sans bouger. Quand l'agent Romanoff est arrivée avec deux autres membres, nous avons menotté le Captain et déplacé le Soldat. Nous sommes ensuite revenus à la base. La seule exigence du Captain a été qu'on les place dans la même cellule, ce que nous avons fait."
"Pourquoi ? Ça va à l'encontre de tous nos protocoles."
"Parce qu'il est venu de lui-même. Parce que je l'ai vu assis au bord de ce lit, j'ai vu la manière dont il regardait son coéquipier. Il y a un truc. Je ne sais pas quoi, mais je pense que le Soldat est la clé."
"Ils pourraient être une menace ?"
"Le Soldat ? Absolument. Le Captain, je ne sais pas. J'ignore ce qui l'a poussé à se rendre en premier lieu. Il faudra lui demander. Envoyez Nat, elle est capable de tirer les vers du nez de n'importe qui."
"Fin de l'enregistrement."
ooOoo
Rapport de Brock Rumlow
Date : 22 avril 2013
Sujet : Disparition des agents Codename : Soldat de l'hiver et Captain.
Les deux agents susnommés ont disparu lors de leur dernière mission. Leur dernier contact remonte au 12/04/2013 à sept heure vingt-trois. Ils avaient l'intention de fouiller une planque potentielle au nord de Washington.
Nous avons pu entrer nous même dans le barrage dès le lendemain, quand ils n'ont pas repris contact avec la base. L'édifice était vide, mais nous avons trouvé des traces de combat dans un couloir.
Les vidéos de surveillance nous ont montré qu'ils étaient ressortis tous deux, le Soldat blessé par plusieurs flèches. Nous avons ensuite perdu leur piste pendant deux jours.
Nous avons lancé un appel à tous nos sympathisants de la zone, la seule information utile nous est venue d'une petite ville à plusieurs kilomètres du barrage. Un homme nous a remonté la disparition de son fils, ce qui nous a permis de préciser nos recherches.
Leur première planque était vide et il nous a fallu plusieurs jours pour trouver la suivante. À ce moment, les agents Barton et Romanoff avaient déjà mis la main sur eux.
Avec l'était actuel du SHIELD et du projet Insight, nos espions ont été incapables de nous confirmer leur position actuelle. Il n'y avait aucune trace de lutte et nous devons nous rendre à l'évidence, il est possible qu'ils les aient suivis de leur plein gré. Nous ignorons ce qu'il s'est passé pour en arriver à ce résultat, le conditionnement auxquels ils étaient soumis n'a jamais montré le moindre signe de défaillance.
J'ai mis toutes nos équipes sur le coup, nous devons les retrouver eu plus vite. Nous ne pouvons nous permettre que les secrets d'Hydra tombent entre les mains du SHIELD.
Je conseille de procéder à une vérification complète des méthodes de conditionnement avant de les renvoyer en mission.
