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Note de l'auteur : Bonjour à tous ! Me revoici avec le dixième chapitre d'Avancer. Comme toujours merci à Eponyme Anonyme pour son aide. Bonne lecture !

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Chapitre 10

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— Putain ! s'exclama George en voyant l'arbre tombé au milieu de la route.

Le nez sur la carte, Beth essaya de trouver une solution à leur problème après avoir indiqué sur le plan que la route était désormais bloquée.

— Si tu fais demi-tour, à deux cents mètres tu devrais trouver un chemin en terre qui nous amène à six cents mètres de l'apothicairerie.

— Ok ! C'est parti ! lança-t-il en faisant la manœuvre. Quand est-ce qu'il rentre ton prince charmant, au fait ?

— Quatre ou cinq jours. Aaron lui a dit que ce serait une petite mission, répondit Beth. Juste là, ajouta-t-elle en montrant un chemin à leur gauche.

— T'avais dit à droite, remarqua George.

— A droite quand on était dans l'autre sens.

Beth ne loupa pas le sourire amusé qu'affichait l'Amérindien et devina qu'il avait dit cela juste pour la taquiner.

— T'es sûre que ça va, Blondie ? T'as l'air à côté de tes pompes aujourd'hui, remarqua-t-il après plusieurs minutes de silence.

Daryl et Aaron étaient partis en mission le matin même et bien qu'elle ait essayé à plusieurs reprises de se dire que cela était nécessaire, Beth ne pouvait empêcher l'angoisse de la submerger. En plus de cela, Beth avait l'impression d'être épuisée en permanence et de ne jamais dormir assez. Cela faisait un moment que cette sensation l'avait prise. La jeune femme avait dans un premier temps cru que cela était la conséquence de son acclimatation à la vie dans la communauté mais alors que les semaines défilaient, et que cela faisait plus de deux mois qu'elle et son ami étaient arrivés à Alexandria, Beth avait fini par penser qu'elle ne partirait pas et qu'elle allait devoir s'y habituer.

— Je suis fatiguée. C'est tout, répliqua-t-elle.

— Je vois ça, rétorqua George.

La camionnette était secouée dans tous les sens alors qu'ils roulaient sur le chemin de terre. Beth porta sa main à sa bouche retenant difficilement un haut-le-cœur.

— Je t'en prie, gerbe pas ici ! lança George en la voyant faire. Sinon je risque de te suivre !

Enfin, la camionnette sortit du chemin et retrouva l'asphalte. George arrêta leur véhicule devant la boutique et Beth s'empressa de sortir. Elle respira profondément plusieurs fois avant de se redresser.

— T'es sûre que ça va aller, Beth ? s'inquiéta George en venant vers elle.

— C'est la voiture. J'ai le mal des transports, expliqua-t-elle. Papa pouvait jamais m'amener dans les champs avec lui à cause de ça.

— Eddy l'avait aussi quand elle était plus jeune, déclara-t-il.

— On y va ! s'exclama-t-elle en préparant son arbalète.

George acquiesça avant de se diriger d'un pas décidé vers la porte du magasin. Il frappa deux coups et attendit quelques instants mais aucun grognement ne leur vint aux oreilles. Beth le vit trafiquer la serrure et entendit distinctement le clic indiquant qu'elle n'était désormais plus fermée à clef.

— J'ouvre et tu te tiens prête ! s'écria-t-il avant d'ouvrir la porte.

Beth épaula son arbalète prête à tirer sur le premier rôdeur qui passerait la porte mais rien n'en sortit.

— Ça m'a l'air vide, dit-elle en baissant son arme.

Sans attendre, elle pénétra à l'intérieur. A sa grande surprise, le magasin semblait n'avoir jamais été visité. Tout était à sa place et seule une pellicule assez épaisse de poussière faisait comprendre que le magasin avait été abandonné bien des mois plus tôt.

— Qu'est-ce qu'elle veut Denise ? questionna George en passant par-dessus le comptoir.

— Tout ce qu'on peut trouver, répliqua Beth en le suivant.

— Pour les maux de tête, déclara George en examinant une boîte. Tu crois que je pourrais en donner à Becky ? Elle a une putain de migraine depuis deux-trois jours.

— On devrait en parler à Denise. Elle sait ces choses-là mieux que moi, rétorqua Beth après avoir examiné rapidement le médicament.

Beth et George remplir leur sac et ceux qu'ils avaient laissé dans la camionnette. Lorsqu'ils eurent fini environ une demi-heure plus tard, il ne restait plus rien de valable dans l'apothicairerie. Les deux jeunes gens remontèrent dans leur véhicule et commencèrent leur périple vers Alexandria. Beth porta sa main à son annulaire gauche et commença à faire tourner son alliance, pensive.

— Ça te va bien, lâcha George soudainement.

— Hein ?

— Le mariage, l'alliance… Ça te va bien, dit-il.

— Euh… Merci ? répliqua-t-elle hésitante.

— Daryl porte la sienne ?

— Non. C'est pas le genre à porter des bagues.

— Et ça t'embête pas ?

— Pourquoi ça m'embêterait ? Je sais qu'on est marié, on a même signé des papiers dans le bureau de Deanna, je te rappelle ! La bague c'est qu'un détail. Pourquoi tu me poses toutes ces questions ?

— Je pensais demander à Becky de m'épouser, répondit-il après quelques secondes de silence.

— Parce que vous ne l'êtes pas déjà ?

— A quel moment exactement a-t-on dit qu'on était marié ? se contenta de répondre George.

En effet, ils ne l'avaient jamais précisé mais Beth avait toujours pensé qu'ils l'étaient. Après tout n'appelait-il pas Becky « ma femme » lorsqu'il parlait d'elle parfois. Enfin, comme elle utilisait le terme « mon mari » pour désigner Daryl quelques semaines plus tôt.

— Je pensais… Vu qu'elle était enceinte…

— Parce que tu crois qu'on a besoin d'être mariés pour avoir des enfants ! Ah ça y est j'ai compris ! Tu viens d'une famille de culs bénis, je me trompe ?

— Je n'utiliserai pas l'expression « culs bénis » mais il est vrai que la religion avait une place importante dans ma famille.

— Ce qui ne t'a pas empêché de fricoter avec Daryl en dehors des liens du mariage, répliqua George en souriant.

Beth devait reconnaître qu'il n'avait pas totalement tort toutefois elle n'avait jamais cru à l'abstinence jusqu'au mariage mais avait toujours pensé que se marier était une étape obligée avant tout projet d'enfant. La camionnette se fit de nouveau ballotter alors qu'ils s'aventuraient sur le chemin qu'ils avaient emprunté à l'aller. Beth s'accrocha à la poignée tandis qu'elle ne pouvait rater le petit sourire amusé qu'arborait son ami.

— T'as jamais fait de quad ou de moto cross ? demanda-t-il moqueur.

— Non ! La première fois que je suis montée sur une moto c'était avec Daryl. Papa m'aurait tuée avant que je puisse le faire de toute manière.

— Ça m'avait pas l'air d'être un rigolo ton père, remarqua George.

— Il avait des principes et voulait nous transmettre la meilleure éducation, c'est tout.

— Putain ! C'est pas possible ! s'écria George en voyant la vingtaine de morts-vivants devant eux. Je les écrase?

— Tu penses que ça passe ?

— J'espère, répliqua-t-il avant d'accélérer.

La camionnette vit voler à plusieurs mètres deux rôdeurs étalant leurs entrailles sur son capot. Une partie du pare-brise était recouverte de sang et de boyaux.

— Merde ! s'exclama George en continuant à avancer.

— Active les essuie-glaces, lui conseilla Beth.

— J'ai peur que ça aggrave le problème, rétorqua-t-il alors qu'un nouveau zombie s'écrasait sur le capot.

— Ça peut pas être pire, constata Beth.

Le pare-brise était presque entièrement recouvert d'intestins et de liquides corporels. George enclencha les essuie-glaces avec le lave-glace et réussit à retirer en partie les boyaux. Il avança encore pendant une cinquantaine de mètres malgré sa vision quasi-nulle.

— Prends le volant ! Je vais nettoyer le pare-brise ! lança-t-il avant de s'arrêter.

Beth se glissa côté conducteur tandis que d'un coup de manche George nettoyait les dégâts. L'homme fit le tour du capot et fit de même côté passager avant de monter rapidement dans l'habitacle.

— Roule ! Roule ! s'écria-t-il.

Beth appuya sur l'accélérateur sans attendre. Elle jeta un coup d'œil dans le rétroviseur et soupira de soulagement en voyant qu'ils distançaient sans trop de difficulté les rôdeurs qui restaient. Les sorties avec George étaient toujours des plus épiques.

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Beth frappa à la porte de l'infirmerie avant d'y entrer. Elle passa d'abord la tête par l'entrebâillment en disant « Hello » lorsqu'une voix féminine l'invita à entrer. Le nouveau médecin, Denise, était une femme dans la fin de la vingtaine, elle se tourna vers Beth et lui sourit.

— Salut Beth, déclara-t-elle.

— Bonjour Denise !

— Que puis-je faire pour toi ?

— Je me sens extrêmement fatiguée ces derniers temps alors que je dors pourtant correctement. Je comprends pas ce qui m'arrive.

— D'autres symptômes ?

— Quelques crampes mais j'ai toujours eu des problèmes digestifs, expliqua Beth.

— Assieds-toi, je t'en prie. Je vais prendre tes constantes.

Beth s'installa sur la table d'auscultation alors que Denise revenait avec l'appareil pour prendre la tension.

— 13,8. Un peu stressée ces derniers temps, je me trompe ? Question bête, désolée. Allonge-toi.

Beth obéit et retira son t-shirt après que Denise lui ait demandé de le faire.

— Ça va être froid, la prévint Denis avant de poser le stéthoscope pour écouter son cœur.

Après plusieurs secondes d'écoute, Beth la vit froncer les sourcils.

— Quelque chose ne va pas ? questionna Beth inquiète.

— Tout m'a l'air normal, répliqua Denise. Mais je me demandais s'il était possible que tu sois enceinte.

— Enceinte ? répéta Beth sans comprendre. J'ai eu mes règles le mois dernier.

— Il faut que j'écoute quelque chose, déclara Denise en posant son stéthoscope sur le ventre de Beth.

— Qu'est-ce que…

— Chut !

Beth se tut regardant Denise écouter son ventre. Elle ne pouvait pas être enceinte. C'était impossible ! Daryl et elle avaient toujours été prudents. Ils avaient utilisé des préservatifs jusqu'à ce qu'il n'y en ait plus du temps de la prison et étaient par conséquent passé au diaphragme.

— Alors ? demanda Beth ayant peur de savoir.

— Je… J'entends un autre battement de cœur que le tien. Je… Beth, je pense que tu… que tu es enceinte.

— C'est impossible, rétorqua Beth plus sèchement qu'elle ne l'aurait voulu. Je veux dire… On a toujours fait attention. Comment ?

— Tu sais quoi ! Avant de… Avant de paniquer, je vais te donner un test de grossesse et tu vas le faire et ensuite on verra. Ok ?

Beth hocha la tête avant de remettre son t-shirt. Elle suivit Denise du regard alors qu'elle se dirigeait vers un placard fermé à clef. La jeune femme revint avec une petite boîte en carton.

— Tu sais comment l'utiliser ?

— Je crois.

Denise lui sourit gentiment et lui expliqua comment faire avant de lui montrer où se trouvaient les toilettes. Beth entra dedans le cœur battant. Si elle était vraiment enceinte, qu'allaient-ils faire ? Comment allait-elle l'annoncer à Daryl ? La jeune femme urina sur le bâtonnet et attendit avec appréhension la réponse. Les trois minutes les plus longues de sa vie. La croix apparut alors. Elle était enceinte.

Tremblante, elle quitta les toilettes le test dans la main. Denise vint vers elle et le lui prit des mains.

— Beth, tu es…

— Je sais. Je… il faut que… Je viendrai te voir demain. Je… Il faut… J'ai un cours de guitare, bredouilla-t-elle avant de quitter l'infirmerie en trottinant.

— Hey Beth ! Ça va ? questionna Rosita en souriant.

— Ça va oui. Je suis en retard pour le cours de guitare, expliqua-t-elle se forçant à sourire.

Beth arriva où prenaient place les cours et salua ses élèves. Carl était là ainsi qu'Enid et Ron, le fils de Pete et Jessie. Le garçon ne semblait pas très en forme et Beth comprenait très bien pourquoi. Son père était peut-être un connard fini mais il restait malgré tout son père.

— Bonjour tout le monde ! lança Beth en entrant.

— Salut Beth, répliqua Carl.

Elle lui sourit doucement et réussit à ne pas craquer avant de rentrer chez elle plus d'une heure plus tard. Elle salua Marvin qui était assis dans le salon en train d'écouter de la musique et monta directement à l'étage. Daryl était parti la veille et ne rentrerait pas avant le lendemain voire plus tard si Aaron et lui avaient trouvé la trace d'un groupe.

Beth se coucha dans son lit et laissa les larmes couler le long de ses joues. Qu'allaient-ils faire ? La fatigue causée par ses pleurs et son état l'emporta rapidement dans un sommeil sans rêve mais qu'elle ne trouva pas des plus réparateurs. Le réveil sonna comme tous les matins à six heures. Elle se leva dès la deuxième sonnerie et enfila ses vêtements avant de descendre au rez-de-chaussée pour prendre son petit-déjeuner avant d'aller retrouver George et Edna pour leur entraînement matinal.

— Salut ! Ça va ? T'as une petite mine, remarqua Edna en la voyant venir.

— J'ai pas très bien dormi.

— Moi non plus, avoua George. Joseph a pas arrêté de pleurer de la nuit, dit-il retenant difficilement un bâillement. On commence ?

Comme tous les matins, Beth s'étira consciencieusement avant de commencer à courir. George pensait que l'entraînement était pour eux le meilleur moyen de garder la forme et de ne pas s'empâter. Ça et les sorties à l'extérieur. Beth n'était sortie que six ou sept fois de l'enceinte depuis son arrivée à Alexandria et elle savait qu'il faudrait qu'elle le fasse plus souvent si elle ne voulait pas perdre la main. Après un footing de trente minutes, George initia Beth au combat au corps à corps pendant une heure et demie. Puis vers huit heures trente, les élèves de George venaient les retrouver pour une initiation aux bases de la survie. Beth avait suivi les premiers cours avant de se rendre compte que le niveau des Alexandriens était bien en-dessous du sien et que ce n'était pas nécessaire.

La jeune femme se dirigea vers sa maison et alla prendre une douche pour détendre ses muscles. A neuf heures, et comme chaque matin, Beth se présenta au cabinet médical. Elle avait grandement appris aux côtés de Pete pendant les trois semaines où elle l'avait côtoyé. Beth savait désormais faire des points de suture et une atèle de fortune mais aussi administrer des médicaments par voie parentérale.

Denise n'était peut-être pas aussi compétente que l'ancien médecin mais Beth savait qu'elle faisait du mieux qu'elle pouvait.

— Salut Denise ! lança Beth en pénétrant dans la pièce. Qu'est-ce que tu fais ?

— Salut Beth. L'inventaire de ce qui a été ramené lors du dernier ravitaillement.

— Tu veux que je t'aide ?

— Ce serait cool, oui. Les gars ont ramené des bouquins de médecine traditionnelle. Je pensais qu'on pourrait s'intéresser aux remèdes de grand-mère au cas où…

— Je vois. Je pense que ça peut être une idée, répliqua Beth en prenant sa place. T'en étais à où ?

— Aux boîtes de doliprane. Je les ai pas encore faites.

— Ok, dit Beth avant de se mettre au travail.

— Tu vas bien ? demanda Denise après plusieurs minutes de silence.

— Ça va oui, oui, mentit à moitié Beth.

La jeune femme n'allait absolument pas mais elle ne voyait pas en quoi le dire à Denis l'aiderait à se sentir mieux.

— Tu l'as dit à Daryl ?

— Non, il n'est pas encore rentré, répondit-elle.

— Quand doit-il revenir ?

— Ce soir ou demain.

— Si tu as besoin de parler tu sais que je suis là, hein ? déclara Denise en lui souriant gentiment.

Beth hocha la tête avant de retourner à son travail. Elle finit l'inventaire peu avant midi sans que personne ne se présente pour être ausculté. Denise et elle rangèrent les médicaments dans l'armoire avant d'aller déjeuner.

Cette nuit-là, Beth se trouva de nouveau bien seule dans son lit. La jeune femme ne put s'empêcher de penser à Eric qui vivait sans doute la même chose qu'elle à cet instant et décida d'aller lui rendre visite le lendemain. Après s'être retourné un nombre incalculable de fois dans son lit, le sommeil finit par l'emporter. Cette nuit fut bien plus agitée que la précédente. Elle rêva de Daryl, il avait été transformé en zombie et arpentait les rues d'Alexandria à la recherche de chair fraîche. Dans son cauchemar, Beth était enceinte d'environ cinq ou six mois et pleurait toutes les larmes de son corps en voyant son mari ainsi. Le Daryl zombifié venait vers elle et essayait de la tuer. Beth se réveilla en sursaut alors qu'elle allait planter son couteau dans le crâne du mort-vivant.

Elle jeta un coup d'œil par la fenêtre. Le soleil commençait à poindre à l'horizon. Beth se leva et enfila ses vêtements d'entraînement avant de descendre au rez-de-chaussée. Elle se dirigea vers le salon et regarda l'heure sur la pendule. Six heures moins dix. La jeune femme ouvrit la porte de la pendule et la remonta comme chaque matin avant d'aller déjeuner. Seul le bruit des aiguilles égrenant les secondes l'accompagnait alors qu'elle mangeait son bol de flocons d'avoine.

Comme tous les matins, elle fit la vaisselle dès la fin de son repas et alla se laver les dents avant d'aller retrouver Edna et George. Elle pénétra dans la maison de ses amis après avoir frappé doucement à la porte.

— Salut Beth, déclara Edna de la cuisine.

— Salut, répliqua Beth en pénétrant la pièce.

Presque instantanément l'odeur des œufs lui monta au nez et une horrible envie de vomir la prit.

—Tu veux manger avec nous ? Je suis en train de faire des œufs brouillés, expliqua Edna son attention tournée vers sa poêle.

— Je… Je reviens, répliqua Beth en se bouchant le nez.

La jeune femme se précipita en dehors de la maison et prit une grande inspiration. Elle n'avait jamais aimé les œufs, ni leur odeur mais cela ne lui avait jamais provoqué de telles nausées par le passé. Instinctivement, Beth porta sa main à son ventre et le caressa doucement. Elle espérait que le petit ne lui causerait pas trop de problèmes.

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Eric l'accueillit à bras ouverts lorsque Beth alla lui rendre visite peu de temps après le déjeuner.

— Je suis content de te voir, dit-il en l'invitant à entrer. Tu veux un peu de thé ?

— Ce serait gentil, oui, répondit Beth.

— Oh ! Assieds-toi, je t'en prie.

La jeune femme lui sourit avant de s'installer sur un des canapés.

— J'attendais ta visite justement ! S'exclama Eric. Ça va ? Tu gères bien la séparation ? demanda-t-il en revenant avec un plateau sur lequel se trouvaient deux tasses.

Beth haussa les épaules. Dans la cuisine, la bouilloire était en train de siffler indiquant que l'eau serait bientôt prête.

— Excuse-moi, je reviens, souffla Eric en retournant la cuisine.

A peine quelques secondes plus tard, l'homme revint avec la bouilloire et remplit leurs deux tasses avant de la poser sur un dessous de plat. Beth le remercia. Un sourire triste ornait ses lèvres malgré ses efforts pour rester forte.

— J'étais habituée à le voir sortir quand on était à la prison mais c'est pas pareil, expliqua Beth en prenant la tasse.

Elle souffla doucement sur le liquide brûlant.

— J'ai rêvé de lui cette nuit. Il s'était transformé et essayait de me tuer, raconta-t-elle essayant de retenir ses larmes. Je sais pas pourquoi je te raconte tout ça, désolée, ajouta-t-elle en s'essuyant les yeux.

— Ne t'excuse pas, Beth. Je comprends parfaitement ce que tu ressens. Je crois qu'on est les mieux à même de comprendre nos sentiments respectifs, non ? C'est pour ça que t'es venue, n'est ce pas ?

— Je savais pas trop vers qui me tourner, avoua-t-elle. J'avais pas envie d'ennuyer Maggie avec mes histoires. Elle a déjà assez à penser avec la communauté. Marv' s'est trouvé un copain. Il reste bien Edna mais je me voyais pas pleurer sur mon sort alors que Daryl n'est pas encore… n'est pas mort, tu comprends ?

— Parfaitement. Et tu sais, Beth. Les cauchemars, c'est normal. J'en fais souvent moi aussi. Tu n'as pas à avoir honte de ce que tu ressens.

Presque mécaniquement, Beth porta la main à son ventre ce que ne manquant pas de remarquer Eric.

— Daryl le sait-il ?

Beth secoua la tête négativement.

— Je l'ai appris avant-hier. Je sais pas comment lui dire. J'ai peur de sa réaction, avoua-t-elle.

— Tu penses qu'il le prendrait mal ?

— Non, je pense pas. C'est juste que… j'ai peur qu'il pense qu'il ne sera pas un bon père alors que je sais qu'il le sera, affirma-t-elle sûre d'elle.

— Eh bien, il faudra que tu lui dises. Il faut que tu lui rappelles.

Avant qu'elle n'ait pu se retenir Beth sentit de nouveau couler les larmes le long de ses joues. Elle les essuya rapidement à l'aide de sa manche avant de lâcher :

— Roh ! Je me sens comme une loque à chialer comme ça sur ton épaule.

— Faut pas, Beth ! Faut pas, la rassura-t-il en tapotant doucement son dos. Sache que ma porte t'est ouverte si tu en as besoin.

— Et la mienne pour toi, répliqua Beth. Merci Eric, ajouta-t-elle en souriant.

Elle avait enfin pu parler, enfin pu dire ce qu'elle gardait en elle depuis bien longtemps. Beth ne savait plus à qui se confier mais elle savait que désormais Eric et elle seraient présents l'un pour l'autre.

— Au fait, t'es au courant ?

— Quoi ?

— Madame Niedermayer a enfin obtenu sa machine à faire des pâtes fraîches.

— Vraiment ?

— Vraiment. Heath et Glenn lui en ont ramené une lors de leur dernier raid, répondit-il.

— Tu crois qu'elle va trouver quoi maintenant ?

— Aucune idée, répliqua Eric en haussant les épaules.

Beth souffla de nouveau sur son thé avant d'en boire une gorgée. Elle apprécia le goût et l'arôme alors que le liquide brûlant entrait en contact avec ses papilles gustatives.

— Il est bon, déclara-t-elle.

— Thé à la bergamote. Le plus banal du monde, répondit Eric.

— C'est pas toujours mauvais d'être banal alors, rétorqua Beth en souriant légèrement.

— Il faut croire.

La discussion se poursuivit entre les sourires et les rires. En sortant de chez Eric, une heure et demie plus tard, Beth sut qu'elle avait bien fait de venir le voir. On était samedi et elle n'avait jamais aucun cours le samedi, aussi la jeune femme décida d'aller rendre visite à sa sœur. Bien qu'elle le regrette, Maggie et elle ne se parlaient plus beaucoup depuis leur arrivée à Alexandria. Elle frappa à la porte de la maison que sa sœur partageait avec Abraham, Rosita, Tara, Eugène et son mari.

Elle attendit à peine quelques secondes avant que des pas ne se fassent entendre et que la porte ne s'ouvre sur Eugène. Beth l'avait toujours trouvé étrange et n'avait jamais pu lui parler plus que ça. Elle avait entendu dire qu'il avait menti à Abraham et Rosita concernant le fait qu'il connaissait le remède à cette épidémie mais elle savait aussi que c'était en partie grâce à lui que son beau-frère n'avait pas perdu la vie durant sa première expédition à l'extérieur et que le retour de l'électricité était aussi de son fait.

— Bonjour Beth, dit-il en souriant.

— Salut Eugène ! Maggie est là ?

— Oui, elle est dans le salon. Elle lit un livre, Moby Dick, je crois. Entre, je t'en prie, l'invita-t-il en se poussant pour la laisser passer.

Beth se dirigea vers le salon où Maggie était installée.

— Hey Mags ! s'exclama-t-elle en pénétrant dans la pièce.

Sa sœur releva son visage de son livre et lui offrit un grand sourire. Elle posa son livre sur la table basse et se leva.

— Salut Bethy ! Je suis contente de te voir, dit-elle avant de l'enlacer. Tu vas bien ? Tu n'as pas l'air en forme ? s'inquiéta Maggie.

— Si, si, ça va. Je suis juste un peu fatiguée. Je dors pas très bien en ce moment, avoua-t-elle.

— Daryl doit rentrer aujourd'hui, non ?

— Oui, répondit Beth en s'asseyant sur le canapé à la suite de sa sœur.

— Ça va ? Tu ne te sens pas trop seule dans la maison ? J'ai entendu dire que Marvin passait la plupart de son temps chez Gordon, expliqua-t-elle.

— C'est vrai que je ne le vois plus beaucoup mais je suis vraiment contente pour lui.

— Moi aussi, moi aussi. Il a l'air d'aller mieux.

Beth hocha la tête. Marvin n'avait été que l'ombre de lui-même suite à la mort de sa sœur et elle ne pouvait que confirmer le sentiment de Maggie. Marvin allait mieux, il souriait de nouveau, riait… Gordon lui avait rendu sa joie de vivre et Beth ne pouvait lui en être que reconnaissante.

— Tu voulais me parler d'un truc en particulier ? questionna Maggie.

— Non, j'avais juste envie de te voir un peu.

— Ça me fait plaisir de te voir, déclara Maggie en posant sa main sur celle de sa sœur. Les réunions avec Deanna me prennent pas mal de temps malheureusement.

— Je comprends, répliqua Beth sans ressentiment.

— Ton travail à l'infirmerie te plaît toujours autant ?

— Oui beaucoup Denise et moi pensons nous pencher sur la médecine traditionnelle dans le futur. On…

Plusieurs coups frappés à la porte d'entrée la stoppèrent dans sa phrase. Elle vit Eugène se diriger vers la porte.

— Salut Eugène ! Beth est là ? demanda la voix de Marvin à l'entrée.

— Dans le salon, répliqua Eugène.

— Beth ! Daryl et Aaron sont rentrés.

— Je… Il faut… Désolée Maggie, bredouilla-t-elle en se tournant vers cette dernière.

— Vas-y ! l'encouragea sa sœur en souriant.

Sans attendre, Beth courait déjà vers le portail d'Alexandria. Il était là. Elle sourit largement heureuse de voir qu'il semblait en bonne santé. Il discutait avec Rick tandis que derrière lui se trouvaient un homme d'une quarantaine d'années et un jeune homme d'environ l'âge de Beth. Rick s'éloigna de Daryl pour les accueillir. Daryl tourna alors son regard vers Beth qui le vit sourire légèrement.

— Salut bel inconnu ! lança-t-elle d'une voix joueuse.

Daryl poussa un soupir montrant sa désapprobation alors qu'il secouait légèrement la tête.

— Vous n'êtes pas d'accord avec moi, Mr Dixon ? questionna-t-elle en s'approchant de lui.

La jeune femme l'attrapa par les pans de sa veste en cuir.

— Beth, je me suis pas lavé depuis plus de trois jours, répliqua-t-il contre ses lèvres.

— Les dents non plus j'imagine, plaisanta-t-elle.

Avant qu'il n'ait pu répondre quoi que ce soit la jeune femme planta un baiser franc contre ses lèvres.

— Tu m'as manqué, murmura-t-elle en s'éloignant de lui.

— Toi aussi… Euh.. Tu m'as manqué, avoua-t-il difficilement.

La gêne dans sa voix fit sourire légèrement Beth. Elle savait qu'il avait encore beaucoup de mal à lui dire ce genre de choses et elle ne pouvait s'empêcher de le trouver mignon à chaque fois qu'il essayait. Beth se retint de rire alors que l'association du mot mignon avec Daryl lui semblait soudain incongrue. Son regard se tourna vers les nouveaux arrivants qui discutaient toujours avec Rick. Ce dernier leur disait qu'ils devaient laisser leurs armes à feu à l'entrée mais qu'ils pouvaient bien entendu garder leur couteau. L'homme sembla hésiter quelques instants avant de finalement accepter.

— Tu me présentes ? demanda-t-elle.

Daryl haussa les épaules avant de poser sa main au creux des reins de Beth alors qu'ils se dirigeaient vers les deux nouveaux venus. Ces derniers tournèrent leur visage vers eux après que le jeune homme ait murmuré quelque chose à l'oreille de son compagnon d'infortune, peut-être son père.

— Philippe ! Hugo ! Euh… Je vous présente Beth. Beth ! Voici Philippe et Hugo.

— Enchanté de faire votre connaissance, Mademoiselle, déclara l'homme avec un fort accent français. Votre père nous a beaucoup aidés.

En même temps qu'il disait cela, l'homme tendit sa main à Beth qui la serra. La jeune femme sourit amusée par la remarque du Français.

— A vrai dire, Daryl n'est pas mon père mais mon mari, répliqua-t-elle.

— Oh pardon ! Je suis confus !

— C'est pas grave. En tout cas, bienvenue à Alexandria.

— Philippe ! Hugo ! Deanna et moi allons vous recevoir, déclara Rick qui se trouvait à une dizaine de mètres d'eux.

Les deux Français les saluèrent poliment avant de s'éloigner avec Rick.

— Des Français, vraiment ? questionna Beth quand ils se furent assez loin.

— Ils étaient en plein road trip lorsque ça a commencé, répliqua Daryl.

— Et c'est bien son fils ?

— Oui, oui. En tout cas, c'est ce qu'ils nous ont dit. Le gamin parle bien mieux Anglais que le père mais il m'a pas l'air très bavard.

— Le gamin, Daryl ? Il doit avoir mon âge, remarqua-t-elle. On rentre à la maison ? proposa-t-elle en passant son bras sous le sien.

— Mmh, marmonna-t-il avant de la suivre.

— Tout s'est bien passé ? demanda-t-elle.

— Plutôt bien oui. On est tombé sur eux le premier jour et on a décidé de les suivre pour voir comment ils se comportaient. Des rôdeurs ont fini par leur tomber dessus hier dans la soirée et on a dû intervenir. Je vais me prendre une douche, lâcha-t-il lorsqu'ils arrivèrent chez eux.

L'homme retira ses chaussures dans l'entrée avant de monter quatre à quatre les marches qui menaient à l'étage. Beth le suivit en souriant. Elle s'assit sur leur lit fait au carré et fixa le mur devant elle tandis qu'elle entendait l'eau couler dans la pièce adjacente. Elle posa sa main sur son ventre. Elle allait devoir lui dire. Elle savait qu'elle ne pouvait pas porter ce secret bien longtemps.

Dans sa tête retourna dans sa tête des dizaines de manières d'aborder le sujet, des douzaines de phrases pour l'annoncer sans trouver celle qui sonnerait parfaitement. Enfin, l'eau s'arrêta de couler. Elle entendit la porte de la douche s'ouvrir.

— Daryl ?

— Oui ? répliqua l'homme dans la salle de bains.

— Je suis enceinte.

Elle attendit plusieurs secondes sans qu'aucune réponse ne lui parvienne.

— Tu m'as entendue ? Je suis enceinte, répéta-t-elle plus fort.

Beth eut à peine le temps de finir sa phrase que la porte s'ouvrit violemment. Nu, Daryl la fixait éberlué.

— T'es sûre ? finit-il par demander.

La jeune femme hocha la tête tout en lui tendant la main. Daryl la prit et s'assit à côté d'elle sur le lit.

— Tu as fait un test ?

— Oui. Je sais juste que je suis enceinte mais pas de combien, répondit-elle en posant sa tête contre son épaule. J'ai tellement envie d'avoir ce bébé et j'ai en même temps tellement peur, avoua-t-elle.

Doucement, Beth vit la main de Daryl se diriger vers son ventre où il la posa avec délicatesse.

— Qu'est-ce que tu veux faire ? demanda-t-il après quelques hésitations.

— Denise m'a dit qu'elle aimerait me faire une échographie pour essayer de déterminer l'avancée de la grossesse.

— Ils ont ce genre de machines ici ?

Beth hocha la tête.

— On est allés en chercher une pour Becky peu de temps après notre arrivée.

— Ok, marmonna Daryl en hochant la tête.

Beth n'avait aucun de mal à deviner qu'il était aussi perdu qu'elle. Il semblait aussi vouloir lui demander quelque chose mais ne savait visiblement pas comment le faire.

— Tu… Tu veux le garder ? finit-il par demander.

— Je sais pas, Daryl, répondit-elle avec honnêteté.

Elle avait toujours voulu avoir des enfants mais ne savait pas si le moment était le mieux choisi. Bien sûr, ils avaient désormais un toit au-dessus de la tête, des murs pour les protéger et de la nourriture dans leur assiette trois fois par jour mais Daryl et elle ne s'étaient mariés que récemment et pour couronner le tout elle ne savait pas si lui désirait avoir un enfant.

— Qu'est-ce que tu en penses toi ? questionna-t-elle après quelques hésitations.

Daryl marmonna quelque chose que Beth ne comprit pas.

— Pardon ?

— Je veux pas te perdre, Beth, répliqua-t-il. Je… Lori… Un enfant…

— Lori savait qu'elle aurait besoin qu'on lui fasse une césarienne. Et Lori n'est qu'une femme parmi d'autres. Regarde Becky ! Son accouchement s'est très bien passé.

— Pourquoi tu me poses la question si t'as déjà pris ta décision ?

— J'ai pas pris de décision, Daryl. J'ai juste pas envie que ta peur devienne irrationnelle.

— Irrationnelle ? Tu sais à combien s'élevait la mortalité en couche avant ?

— Beaucoup.

— Exactement ! Je peux pas te perdre, Beth. Je peux pas.

Un silence gêné s'installe entre eux. Finalement, Beth ouvrit la bouche et déclara :

— Je pensais qu'on pourrait faire cette échographie aujourd'hui.

— Ok, je m'habille et on y va, répliqua-t-il en se levant.

Il ne fallut pas plus de cinq minutes à Daryl pour enfiler ses vêtements. Il attrapa ses bottes qui traînaient près du lit et les passa avant de faire signe à Beth de le suivre. Le couple descendit les escaliers d'un pas rapide avant de traverser la route et de retrouver l'infirmerie. A la position du soleil dans le ciel, Beth devina qu'il ne devait pas être plus de seize heures. Daryl poussa la porte avant de l'inviter à entrer la première. Denise, qui était dans ses papiers, releva son visage vers eux.

— Bonjour ! Vous venez pour… ?

Beth devina qu'elle hésitait à parler d'échographie par peur de dire une bêtise.

— Pour l'échographie. On vient pour l'échographie, répondit Beth.

— Très bien. Entrez, je vous en prie, déclara Denise poliment. Tu peux te coucher sur la table d'examen, Beth, ajouta-t-elle.

La jeune femme s'y installa et remonta son t-shirt tandis que Denise fermait la porte derrière eux. Daryl attrapa une chaise et la plaça à côté de la table. Il posa sa main sur celle de son épouse et la pressa doucement alors que Denise préparait le matériel d'examination.

— C'est un peu froid, la prévint-elle avant d'étaler du gel sur le ventre de Beth.

Beth se tendit légèrement face à ce contact glacé. Moins d'une minute plus tard, Denise posa la sonde sur le ventre de Beth. La jeune femme chercha à peine plus de quelques secondes l'embryon avant que des battements de cœur ne leur viennent aux oreilles. La jeune femme fixa son regard vers l'écran où la forme bien distincte de son enfant se dessinait. Son enfant. Le rythme cardiaque de Beth s'accéléra à cette pensée. C'était son enfant qui grandissait en elle. La jeune femme avait toujours voulu être mère et ne pouvait croire que la vie était en train de grandir en son sein.

— J'en suis à combien ? demanda Beth essayant de cacher l'émotion dans sa voix.

— C'est difficile à dire. Je vais vérifier dans un livre, dit-elle en rangeant la sonde.

Beth ne put quitter l'échographe du regard malgré le fait qu'elle ne voie plus rien. Denise quant à elle revenait avec un livre. La jeune femme le feuilleta rapidement avant de reprendre la sonde et de la placer sur le ventre de Beth. Son regard alla de l'écran au livre plusieurs fois avant de déclarer.

— Je pense que tu dois en être à ta quatorze semaine soit presque quatre mois de grossesse, déclara finalement Denise.

— Tu peux déjà déterminer le sexe ? questionna Beth.

— Normalement oui mais comme je t'ai dit je n'ai jamais travaillé en service obstétrique et je ne voudrais pas dire de bêtise. En tout cas, ça m'a l'air d'aller, dit-elle en examinant un peu plus le cliché. Vous voulez que je vous l'imprime ?

Beth et Daryl échangèrent rapidement un regard avant que la première n'acquiesce. Denise lança la machine avant de leur donner l'échographie. Daryl le prit les doigts tremblants tandis que Beth s'essuyait le ventre avec du papier absorbant.

Denise retourna à son bureau et attrapa son agenda. Elle l'ouvrit et commença à tourner les pages rapidement.

— La conception aurait lieu vers la fin février, déclara-t-elle. Ça vous parle ?

— En effet. On était encore à la prison à ce moment-là.

Denise hocha la tête avant de le noter puis elle tourna les pages dans l'autre sens.

— Il devrait naître vers la fin du mois de novembre, annonça-t-elle. Tu manges correctement, Beth, en ce moment ?

— Aussi bien que je le peux, répondit-elle.

— Tu peux continuer les activités physiques, il n'y a pas de contre-indications concernant le sexe mais si tu ressens la moindre douleur et que tu as une perte de sang n'hésite pas à venir me voir.

— Comme je t'ai dit la dernière fois, j'ai eu une perte de sang le mois dernier. C'est grave ?

— Elle était petite ?

— J'ai cru que c'était mes règles mais il est vrai qu'elles étaient bien moins importantes que d'habitude.

— C'est ce qu'on appelle… commença-t-elle avant de feuilleter le livre. Les règles anniversaires, ça peut arriver mais si cela recommence. Viens me voir, ok ? Ça va Daryl ? questionna Denise.

Beth tourna son regard vers son mari qui fixait toujours l'échographie d'un air absent. Il releva lentement son visage vers elles avant de marmonner un vague oui.

— Je voulais aussi savoir si… S'il y avait des possibilités d'avortement ? demanda-t-elle après quelques hésitations.

Beth savait dès le moment où elle avait entendu le cœur de son enfant qu'elle ne pourrait pas avorter mais elle devait tout de même poser la question.

— Oui mais je n'ai pas le matériel nécessaire ici. De plus, l'avortement par aspiration se fait sous anesthésie et là encore je n'ai pas le matériel.

— Où pourrions-nous trouver ce matériel ? interrogea Daryl.

— Dans une clinique spécialisée. J'imagine qu'il doit y en avoir une à Alexandria mais je ne sais pas où. Après, il existe la méthode du curetage mais c'est plus hasardeux et peut entraîner des complications, surtout que je n'en ai jamais pratiqué.

— Et l'avortement médicamenteux ? demanda Beth. Une de mes connaissances en a eu quelques temps après le début de l'épidémie.

— J'ai bien peur que le délai soit dépassé et même s'il ne l'était pas les médicaments ne seraient de toute manière sans doute plus bons.

Beth hocha la tête

— Vous avez d'autres questions ?

— Qu'est-ce qu'il se passe si le bébé meurt dans son ventre ? questionna Daryl.

Beth vit Denise cligner plusieurs fois des yeux visiblement prise au dépourvu.

— Je ne sais pas. Je n'ai encore jamais vu ce genre de cas mais ce qui est sûr c'est que si cela arrive dans les prochaines semaines cela sera une simple fausse-couche.

Daryl marmonna des paroles que Beth ne comprit pas et rangea la photo dans la poche arrière de son jean. Le couple quitta l'infirmerie et se dirigea vers leur maison en silence.

— Je veux le garder, lâcha Beth lorsqu'ils y pénétrèrent enfin.

Daryl releva son visage vers elle et la jeune femme ne put manquer l'expression de trahison qui se lisait dans son regard.

— C'est trop dangereux. Tu peux… Tu peux en mourir.

— Je sais. Comme je peux mourir la prochaine fois que je passe le mur. La vie est devenue un risque, Daryl. Et cet enfant est un risque que je veux prendre, déclara Beth en posant sa main sur son ventre. Pas toi ?

— Je suis pas fait pour être père, lâcha-t-il.

Daryl avait eu une enfance difficile et Beth avait toujours su que cela risquait de poser problème le jour où ils décideraient de se lancer.

— Tu feras un très bon père, Daryl. Tu apprendras, essaya-t-elle de le rassurer. On apprendra ensemble.

Daryl marmonna quelques choses que Beth ne comprit pas. La jeune femme pouvait voir qu'il réfléchissait et que la situation le mettait extrêmement mal à l'aise.

— Je sais que tu as peur d'être comme ton père, Daryl, osa-t-elle finalement dire. Mais tu n'es pas lui. Tu n'es pas lui et tu n'es pas ton frère non plus. Tu es toi et tu es un homme bien. Tu es l'homme que j'aime et tu feras un bon père.

— Comment est-ce que tu peux en être si sûre ? Comment peux-tu vouloir un enfant avec moi ?

— Parce que je te connais et parce que je t'aime. Tu n'es pas lui, Daryl. Tu ne peux plus vivre dans la peur de devenir comme lui, tu dois avancer.

— J'ai toujours cru que je n'aurai jamais d'enfants, que personne ne serait assez fou pour vouloir un enfant d'un Dixon !

— Il faut croire que je le suis, souffla-t-elle en prenant sa main dans la sienne.

Elle lui sourit doucement et se mit sur la pointe des pieds pour l'embrasser. La route serait sans aucun doute semée d'embûches mais Beth savait qu'ensemble ils pourraient soulever des montagnes.

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6 juin 2012

Cher Journal,

Hier, j'ai annoncé à Daryl que j'étais enceinte et je suis allée, avec lui, passer une échographie. D'après Denise, je serais enceinte de quatorze semaines soit environ quatre mois. J'ai encore du mal à me dire qu'une vie est en train de grandir en moi. Je suis à la fois tellement excitée et tellement apeurée. Daryl est inquiet, il a peur qu'il m'arrive quelque chose et il a aussi peur d'être un mauvais père. J'ai essayé de le rassurer, de lui dire qu'il était quelqu'un de bien et qu'il ne fera pas comme son père mais je ne suis pas sûre qu'il m'ait entendue. Je n'ai pas envie qu'il voit cet enfant comme une erreur mais je sais que pour le moment c'est comme ça qu'il le voit. Ça me fait mal qu'il pense ainsi. J'aimerais pouvoir lui dire que moi aussi j'ai peur, que moi aussi je suis inquiète pour l'avenir mais je ne peux pas pour le moment. Je ne peux pas lui rajouter un poids sur les épaules.

Nous ne l'avons pas encore annoncé aux autres et je ne sais pas quand nous le ferons. Depuis l'échographie et notre conversation qui a suivi, Daryl fait comme si rien n'avait changé, comme si je n'étais pas enceinte. Ça me fait mal de le voir ainsi et j'espère que cela ne va pas durer.

A bientôt,

Beth

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Alors qu'avez-vous pensé de ce chapitre ? La grossesse (d'ailleurs félicitations à Elana Fantasy qui l'avait deviné dès les premiers chapitres) ? A votre avis, fille ou garçon ? George ? Les nouveaux arrivants ? N'hésitez pas à me donner votre avis !