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Nombreux autre(s) changement(s) par rapport à la précédente version, bien que plus subtiles, vous voyez lesquels ? :)
oOo
J'ai été très touchée par vos reviews. J'y réponds en fin de chapitre, comme d'hab' :)
Merci beaucoup à ceux qui me suivent depuis le début et merci à ceux qui viennent de rejoindre cette petite aventure. Merci encore.
Je vous souhaite une très bonne lecture :)
CHAPITRE 10
La valeur du sang
...
Comme chacun de ses frères avant elle, Ginny avait hérité de la majorité des affaires scolaires de ses aînés. Ce n'était pas franchement une question de tradition, le coût des fournitures et le nombre d'enfants que recueillait la fratrie Weasley ne présentaient pas d'autres alternatives possibles pour une si grande famille qui ne roulait pas sur l'or. Il n'y avait donc rien d'étonnant à ce que Ginny ait récupéré de vieux livres d'école, de vieux chaudrons ou encore de vieilles fioles de potions. Il était tout aussi normal qu'il n'y ait eu qu'un seul animal de compagnie au Terrier pendant de nombreuses années ; Errol, le vieil hibou de la famille avait laissé nombre de plumes dans la tempête des petites têtes rousses endiablées puis avait trépassé d'une mort naturelle lorsque la plus jeune des Weasley était entrée à Poudlard.
Percy avait trouvé Croutard – de son vrai nom, Peter Pettigrow, un Mangemort responsable du meurtre des parents de Harry qui avait fait croire à sa propre mort en se métamorphosant en rat – et l'avait donné à Ron lorsque ses parents lui avaient offert un hibou du nom de Hermès pour récompenser sa nomination de Préfet. Ron avait ensuite hérité du hibou de Sirius Black – le parrain de Harry qu'ils avaient délivré du baiser d'un Détraqueur et aidé à s'enfuir sur le dos d'un hippogriffe du nom de Buck – que Ginny avait baptisé Coquecigrue. En termes d'exception, Ron avait aussi reçu un balai neuf, le Brossdur 11, à la suite de sa nomination de Préfet.
Toutefois, être l'unique fille d'une fratrie de sept enfants et la première depuis plusieurs générations avait tout de même présenté des avantages non négligeables pour la benjamine. Elle avait été la seule après Bill et Charlie a avoir des robes neuves, un chapeau neuf, ainsi qu'une baguette neuve dès sa première année. Elle avait même réussi à convaincre sa mère de lui acheter un Boursouflet de compagnie, qu'elle avait appelé Arnold, alors que Fred et George s'étaient eux-mêmes payés leurs propres Niffleurs.
Il était donc tout aussi naturel que ses parents veuillent lui offrir un des meilleurs balais du marché à l'annonce de ses résultats de BUSE et de sa promotion au poste de Capitaine de l'équipe de Quidditch de Gryffondor. D'autant qu'ils n'avaient plus les mêmes soucis financiers qu'auparavant lorsqu'ils devaient subvenir aux besoins de sept enfants en même temps. La majorité de leurs rejetons gagnaient dorénavant leur vie et Arthur avait été promu l'année précédente. Oh, il ne roulait toujours pas sur l'or, mais ils pouvaient se permettre d'offrir un balai neuf à leur fille.
Ginny accepta donc de se rendre le samedi suivant au Magasin d'accessoires de Quidditch installé sur le Chemin de Traverse en compagnie de ses parents. C'était aussi une occasion de compléter les rares fournitures scolaires qui lui restaient à acheter et de rendre visite à ses frères Fred et George dans leur fameuse boutique de Farces et Attrapes.
Le Chemin de Traverse n'avait jamais paru aussi triste et inquiétant aux yeux de Ginny. Des planches cloutées barricadaient la porte de nombreuses devantures, des morceaux de vitres brisées jonchaient le sol par endroit, les rares passants se pressaient et longeaient les murs. La jovialité et la flânerie n'étaient plus au goût du jour. Ginny et ses parents hâtèrent le pas.
Ils s'engouffrèrent dans le Magasin d'accessoires de Quidditch et Arthur s'attarda dans l'entrée pour garder un œil sur ce qu'il se passait à l'extérieur. A l'image du Chemin de Traverse, le magasin se révéla plus froid et désert qu'à son habitude. Quelques clients circulaient dans les allées, mais on était loin de l'excitation et du lèche-vitrine des jeunes fans de Quidditch venus faire leurs emplettes scolaires. Ginny sut toutefois faire abstraction de l'ambiance plus solennelle des lieux. Elle adorait cette boutique ; elle présentait tout l'univers fabuleux de ses rêves.
Des Cognards enchaînés s'agitaient dans des caissons de bois vernis, des dizaines de Vifs d'or voletaient comme un essaim d'abeilles derrière des vitres enchantées, et des Souafles consacrés à l'essai s'agglutinaient dans un vaste tonneau à quelques mètres d'une aire de tir où se dressait un large anneau doré. Des protections, gants, genouillères, coudières, casques et lunettes, s'étalaient sur tout un pan de mur aux côtés de miroirs et de sofas. Des étagères chargées d'accessoires s'érigeaient un peu partout au détour d'une allée, proposant sonnettes, sièges, porte-bagages, reposes-pieds, housses, crèmes à polir, et cisailles à brindilles. Certaines alignaient des manuels d'entretien, des magazines, des posters et des photos de joueurs ou des livres d'histoire du Quidditch.
Ce n'était que la deuxième fois qu'elle mettait les pieds dans ce qu'elle considérait le siège incontournable du marché du Quidditch britannique ; elle avait accompagné Ron la première fois lorsque ses parents lui avaient offert un Brossdur. Comme elle avait toujours utilisé des balais et des équipements de l'école, elle n'avait jamais fondamentalement eu besoin d'acheter du matériel de Quidditch. Même si elle s'était toujours attardée à contempler la vitrine avec ravissement lorsqu'elle passait devant avec ses parents. C'était donc la première fois qu'elle venait officiellement en tant que cliente.
Ginny savait que la boutique proposait des éditions familiales, semi-professionnelles et professionnelles, ainsi que des modèles limités et des modèles de collection. Elle chemina donc dans chaque allée à la recherche d'un balai de qualité qui ne ruinerait pas ses parents. Ainsi, même si elle rêvait de posséder un Éclair de Feu, elle passa à côté sans s'y arrêter. Elle ignora superbement les différents modèles d'Étoile filante qu'elle ne connaissait que trop bien pour les avoir subi lors de ses entraînements de vol à Poudlard et détourna son regard des trop onéreux Nimbus 2001. Elle s'attarda devant le Brossdur 11 que ses parents avaient offert à Ron deux ans plus tôt, hésita franchement sur le dernier Comète 320 qui se vantait d'être plus performant, puis s'arrêta finalement intriguée devant le nouveau modèle de l'artisan Jewkes affiché en section semi-professionnel : un Flèche d'Or.
- Jewkes ? Je croyais qu'il était mort depuis bien longtemps, dit-elle à haute voix en haussant les sourcils.
Malgré la rumeur des conversations, la remarque de Ginny lança un froid dans la boutique. Des clients la dévisagèrent scandalisés, certains s'éloignèrent d'elle, et même Molly pâlit en jetant un regard affolé vers la rue.
- Leonard Jewkes est effectivement décédé suite à une dragoncelle foudroyante il y a quarante ans, dit une voix dans le dos de Ginny.
Il s'agissait d'un des vendeurs de la boutique à en juger par les lettres brodées sur son pull vert. Il paraissait jeune et Ginny était certaine de le connaître, mais elle ne parvenait pas à remettre son nom, ni où ils s'étaient rencontrés. Sûrement à Poudlard.
- C'est sa petite-fille, Glanmore Jewkes, qui a conçu le nouveau modèle, poursuivit le jeune homme en fixant le balai. Elle a repris les affaires de son grand-père à la suite d'une grave blessure lors de son dernier match de Quidditch.
Ginny s'était toujours intéressée aux professionnels de Quidditch et connaissait quelques noms féminins qui avaient marqué l'histoire comme les célèbres joueuses Catriona McCormack, Joscelind Wadcock, Gwendolyn Morgan ou encore la fameuse Gwenog Jones dont elle était absolument admirative. Elle avait lu le nom de l'artisan Leonard Jewkes dans un article d'un des numéros de Balai-Magazine, mais le nom de sa petite-fille lui était parfaitement inconnu.
- Elle occupait quel poste ? interrogea Ginny par curiosité.
- Elle était attrapeuse à la fin de sa carrière, mais je crois qu'elle a toujours eu une préférence pour le poste de poursuiveur.
Ginny observa le balai flambant neuf qu'elle avait sous les yeux. Il devait coûter une fortune.
- Le Flèche d'Or succède à l'ancien Flèche d'Argent qui avait rencontré un sacré succès à sa sortie, reprit le vendeur qui avait suivi son regard. Le manche est en bois de chêne. Il est légèrement plus rapide que le dernier Brossdur et possède une accélération de 0 à 130km/h en dix secondes. Il est plus maniable et plus léger que le Comète 300, mais n'a pas la fluidité du Nimbus 2001. Il est quand même équipé d'un vernis antimaléfices et muni d'un dispositif intégré de contrôle des vibrations.
Ginny songea que le jeune homme devait sûrement être joueur dans l'une des équipes de Quidditch à Poudlard et qu'elle avait dû le croiser lors d'un match. Elle se concentra à nouveau sur le Flèche d'or et se mordilla l'intérieur de la lèvre. Son prix devait être exorbitant, surtout si Glanmore Jewkes produisait ses balais comme son grand-père, au compte-goutte.
- Nous en avons très peu en stock, révéla le jeune vendeur qui devait avoir compris son hésitation. Mais nous avons considérablement baissé les prix ces deux derniers mois...
La mort et les disparitions de centaines de personnes n'étaient effectivement pas bon pour le commerce, quel qu'il soit. Sauf peut-être pour les apothicaires, les vendeurs d'amulettes ou les diseurs de bonne aventure.
- Il s'agit d'un cadeau, intervint Molly dans un sourire forcé. Peu nous importe son coût.
Ginny défia le vendeur du regard. Sa famille était plutôt réputée dans la communauté sorcière pour ses difficultés financières. Elle ne s'était jamais montrée trop sensible aux éventuelles moqueries des autres à ce sujet, mais elle était prête à se défendre si jamais on lui faisait une réflexion déplacée.
- Dans ce cas, je vous laisse faire votre choix, dit cependant le jeune homme en inclinant poliment la tête avant de s'éloigner.
Comme les prix n'étaient pas affichés et n'étaient donnés que sur demande, Ginny laissa sa mère choisir en connaissance de cause entre un Comète 320, un Brossdur 11 – même si elle n'avait pas vraiment envie de posséder le même balai que son frère – et le fameux Flèche d'Or. Elle ignorait lequel des trois coûterait le moins cher mais elle espérait que le dernier modèle de Jewkes serait abordable. Aussi, lorsqu'elle sortit de la boutique quelques minutes plus tard avec un magnifique Flèche d'Or flambant neuf sous le bras, ce fut tout à fait reconnaissante, le sourire jusqu'aux oreilles.
Elle se rendit ensuite chez Weasley, farces pour sorciers facétieux et acheta de la nourriture pour son Boursouflet. Fred et George demandèrent à voir son nouveau balai de plus près en l'entraînant dans l'arrière-boutique et Ginny en profita pour marchander avec eux, hors de la vue de leur mère, trois Oreilles à Rallonge. Il s'agissait en effet de produits que les jumeaux ne vendaient pas sur le marché mais qu'ils réservaient désormais à l'usage strictement personnel de certains membres de l'Ordre, refusant de laisser de pareilles inventions entre les mains du camp adverse.
En sortant de l'arrière-boutique, elle croisa deux de ses camarades de Gryffondor de son année, Ritchie Coote et Wilfred Plumpton, qui s'amusaient avec des Chapeaux-sans-tête.
- Tes frères sont géniaux, l'accueillit Ritchie avec un grand sourire. Je pourrais passer des heures dans leur boutique.
Ritchie était un fan inconditionnel de Fred et George depuis sa première année à Poudlard. Il adorait le Quidditch et n'avait cessé d'admirer le jeu, la technique, la stratégie et la complicité que démontraient les jumeaux à leur poste de batteurs lors des matchs. Il adorait leurs farces et les portait en héros depuis leur départ spectaculaire de Poudlard où ils avaient pris soin de semer la zizanie dans la politique tyrannique de Dolores Ombrage. Ritchie avait ainsi pris très à cœur le poste de batteur qu'Harry lui avait confié l'année précédente dans l'équipe de Quidditch et avait été l'un des premiers à acheter des produits Weasley.
- Je confirme, ça fait plus d'une heure qu'on est là, soupira Wilfred dans un sourire las tandis que Ritchie s'enfonçait le chapeau sur la tête pour la troisième fois consécutive.
Wilfred aimait beaucoup le travail de Fred et George également, même s'il ne les vénérait pas comme Ritchie. Il était émerveillé par leur imagination, leur créativité et leur ingéniosité et il aimait beaucoup découvrir leurs nouveaux produits, alors que Ritchie ne se lassait pas des premiers modèles, tout comme ce Chapeau-sans-tête qu'il continuait d'enfiler, heureux de l'effet qu'il produisait chaque fois.
- Tu t'es achetée un nouveau balai ? fit la voix surprise de Ritchie quelque part au niveau de sa tête invisible. C'est quoi ce modèle ?
- Un Flèche d'Or, révéla Ginny en avançant son balai neuf vers la main tendue de Ritchie qui souhaitait l'examiner.
- Un Flèche d'Or ? répéta-t-il incrédule. Qu'est-ce que c'est que ça ?
- Le successeur du Flèche d'Argent de Jewkes. Catégorie semi-pro, légèrement plus rapide que le dernier Brossdur.
- Belle bête, admira la voix sans tête de Ritchie. Il était déjà difficile de ne pas t'accepter dans l'équipe de Quidditch l'année dernière alors que tu ne volais que sur une vieille Étoile filante... Impossible que tu ne sois pas sélectionnée cette année !
- Le balai ne fait pas le joueur, déclara solennellement Ginny. Et je peux t'assurer que ce n'est pas ce que je regarderai lors des sélections. Les qualités d'un joueur sont bien plus importantes que ses accessoires.
- Je n'ai jamais dit le contraire, mais un excellent balai au service d'un excellent joueur n'est pas négligeable !
- Même un excellent joueur ne devrait pas trop compter sur l'excellence de son balai, remarqua Ginny. Les Serpentards ne sont pas les premiers à avoir fait cette erreur avec leur Nimbus 2001.
- Les Serpentards étaient loin d'être excellents...
- Ils n'étaient pas mauvais, ils étaient surtout arrogants et trop sûrs d'eux. Ils ont tous misé sur leurs balais et l'intimidation.
- C'est ce que je voulais dire, ce sont de sacrés imbéciles.
Ginny leva les yeux au ciel en souriant.
- Bon, tu l'achètes ce chapeau ou pas ? s'impatienta Wil. Je te rappelle qu'on doit passer au ministère de la Magie tout à l'heure.
- Qu'allez-vous faire au ministère ? interrogea Ginny intriguée.
Ritchie enleva le Chapeau-sans-Tête, l'air sombre.
- Tu sais bien... Cette idiotie de Statut de sang.
- Il est obligatoire de se rendre sur place ? s'enquit Ginny en fronçant les sourcils.
- Pas nécessairement, répondit Wil en haussant les épaules. Mais il paraît que le réseau ministériel de hiboux est saturé. On préférait recevoir notre Sceau en main propre avant la rentrée.
- Votre Sceau ?
- Oui, le cachet officiel du ministère de la Magie qui confirme la... pureté de ton sang, expliqua Wil dans une grimace. Ça par contre, c'est obligatoire pour entrer à Poudlard...
- C'est vraiment n'importe quoi, souffla Ginny agacée.
- Évite de dire ça quand tu seras là-bas, avertit Ritchie en reposant le Chapeau-sans-Tête sur l'étalage à côté de lui. Andrew et Jack ont vu des types se faire embarquer par la brigade magique lorsqu'ils y sont allés pour récupérer leur Sceau. Ces pauvres gars manifestaient un peu trop fort leur mécontentement...
Andrew Kirke et Jack Sloper partageaient la même chambre que Ritchie et Wilfred avec Colin Crivey chez les Gryffondors.
- J'ai entendu dire qu'ils enlevaient d'office le droit de Sceau à ceux qui s'opposaient à cette nouvelle loi, ajouta Wil d'une voix grave.
- Ouais, ils ont pas l'air de plaisanter avec ça, confirma Ritchie en secouant la tête. Mieux vaut ne pas leur chercher des noises.
Ginny renifla avec mépris. Elle ne se souvenait que trop bien des propos tenus par Yaxley, le Directeur du Département de la justice magique, le soir du mariage de Fleur et Bill. Elle n'avait pas oublié les paroles odieuses qu'il avait prononcé devant Tonks. Il était évident qu'avec un directeur pareil, la brigade magique faisait plus de zèle que nécessaire...
Elle n'avait pas parlé du problème de ce Sceau avec ses parents lorsqu'ils avaient appris qu'il serait obligatoire d'avoir un Statut du sang pour poursuivre ses études à Poudlard. Cette nouvelle loi l'avait tellement mis hors d'elle qu'elle n'avait pas pris la peine de s'en informer outre mesure. Il faudrait qu'elle interroge son père à ce sujet, après tout, il travaillait dans un des services du Département de la justice magique, il devait en connaître les détails. Peut-être même avait-il déjà fait toutes les démarches.
- Je me demande quel va être le traitement pour les Sang-Mêlés à Poudlard cette année, reprit Ritchie l'air soucieux. Jack a dit qu'ils lui avaient donné un Statut du sang différent de celui d'Andrew...
Jack et Ritchie étaient tous deux « Sang-Mêlés ».
- Si seulement ils pouvaient faire en sorte de vous mettre dans une autre chambre, se mit à espérer Wil. Plus de ronflements, le rêve !
Ritchie haussa les sourcils d'un air faussement outré.
- Tu es le pire d'entre nous ! lança-t-il en enfonçant le Chapeau-sans-tête sur le crâne de son ami en lâchant un rire. Si l'appareil photo de Colin pouvait enregistrer les sons, tu aurais gagné le concours du plus gros ronfleur !
- Les photos de Colin suffiraient d'elles-même ! Toi, tu fais vibrer les lits ! objecta la voix de Wil à l'endroit où aurait dû tenir sa tête.
Colin Crivey était issu de parents Moldus et possédait une panoplie d'objets moldus qu'il avait ensorcelé afin de pouvoir les utiliser dans le monde des sorciers. Il trimbalait partout le vieil appareil photo de son père et avait pris la fâcheuse habitude de capturer tout ce qui avait attrait à la magie : paysages et créatures, comme sorciers. Ginny avait même entendu dire qu'il avait ouvert un club photo l'année précédente et qu'il avait pour ambition de créer un petit journal pour les étudiants de Poudlard.
- Plus sérieusement, j'espère que Colin n'est pas allé à cette foutue Commission, souhaita Ritchie d'un air soucieux.
- Évite de dire ça quand tu seras au ministère, conseilla Ginny. Il paraît qu'ils ne plaisantent pas avec ça...
Ritchie lui accorda un sourire entendu tandis qu'elle lui adressait un clin d'œil facétieux.
Ginny laissa les deux garçons à leurs dernières emplettes et rejoignit sa mère qui tentait, pour la énième fois, de convaincre ses fils de loger au Terrier le temps que les choses s'arrangent. Mais Fred et George demeuraient irraisonnables.
Ils louaient un petit appartement au-dessus de leur boutique qu'ils avaient aménagé selon leur soin et qui comportait une pièce dédiée spécialement à leurs expériences et à la création de nouveaux produits. Se préparant toutefois à une fermeture forcée et impromptue de leur magasin dans les semaines à venir, ils multipliaient les ventes à distance et les catalogues d'abonnement. Mais tant qu'ils le pouvaient encore, ils mettaient du cœur à faire vivre les lieux et se voulaient présents au quotidien pour assurer l'échange direct avec leurs clients. Ils acceptaient volontiers de partager un moment en famille au Terrier, mais consacraient la plupart de leur temps dans leur commerce de farces et attrapes. Ils voulaient continuer de faire rire le monde des sorciers. C'était leur façon à eux de se battre.
De ce fait, Molly fut de très mauvais humeur pour le reste de la soirée et Ginny s'enferma dans sa chambre, décidant de ne pas traîner dans ses pattes. Quinze jours la séparaient de son retour à Poudlard et elle était incapable de dire si elle en était heureuse ou non. Bien sûr, elle se sentait si inutile au Terrier et bouillonnait tellement de frustration qu'elle avait hâte d'avoir quelque chose à faire, l'attente lui était de plus en plus insupportable.
D'un autre côté, elle appréhendait la nouvelle année qui s'annonçait bien différente des précédentes. Que serait la vie à Poudlard sans tous les nés-Moldus ? Sans ses frères ? Sans Harry et sans Hermione ? Elle ne serait pas seule bien sûr, il y aurait toujours ses camarades de Gryffondor pour la soutenir au quotidien, et puis il y aurait Neville et Luna, heureusement. Même si le premier était en septième année et la seconde à Serdaigle, ils réussiraient à se retrouver.
Oui, ça irait. Et puis le nouveau régime ne durerait pas, Harry et l'Ordre mettraient fin au règne de Voldemort. Il faudrait juste se montrer patient. Attendre quelques jours, quelques mois... Ce ne serait pas long, et tout rentrerait dans l'ordre.
Ginny eut un violent frisson qui la secoua de la tête aux pieds. Son corps et son esprit ne se souvenaient que trop bien des sorts impardonnables qu'elle avait enduré. Si le nouveau régime autorisait ce genre de traitement pour ceux qui résistaient, elle n'était malheureusement pas certaine de vivre assez longtemps pour voir les choses changer... Mais Poudlard resterait un endroit sûr, même sans Dumbledore, n'est-ce pas ?
Arthur rentra tard ce soir-là, épuisé. Il ne raconta pas sa journée comme à son habitude et Ginny était persuadé qu'il attendait d'être seul avec sa femme pour lui communiquer des informations confidentielles concernant l'Ordre. Toutefois, comme elle avait attendu le retour de son père pour l'interroger à propos du Sceau du ministère qui validait son Statut du sang, elle prit le temps de lui poser toutes les questions qu'elle avait à ce sujet avant de quitter les lieux.
Il confirma qu'il s'en était occupé le jour même où l'annonce avait été faite dans la presse sorcière. Ginny demanda à l'avoir en main propre afin de le ranger dans ses affaires et de ne pas l'oublier le jour de la rentrée pour Poudlard. Non sans un certain ressentiment, Arthur sortit le Statut du sang de sa fille d'une des poches intérieures de sa robe et le lui tendit, la mâchoire légèrement crispée.
En surface, il s'agissait d'un banal parchemin rédigé selon les codes ministériels usuels. Le Sceau de cire au bas du document se dessinait en un M majuscule au-dessus du slogan « La magie est puissance ». Le manuscrit déclinait l'identité du titulaire du Statut mais aussi de celui qui avait signé et remis le document à Arthur, faisant frémir Ginny de colère.
STATUT DE SANG : PUR
Délivré le 4 août 1997 par Charus YAXLEY, Directeur du Département de la justice magique.
Le Statut de Sang Pur,
décrété après examen de la pureté du sang de la lignée familiale,
est conféré à la sorcière Ginevra Molly WEASLEY,
née le 11 aôut 1981 à Ste Mangouste,
pour en jouir avec les droits et privilèges qui y sont attachés.
Ginny ne doutait pas que ses parents avaient dû prouver leur propre « pureté » pour obtenir ce Statut du sang. L'aberration de cette nouvelle réforme et de tout ce qui en découlait ne cessait de la révolter. Elle aurait souhaité qu'aucun sorcier, qu'il soit né de parents Moldus ou non, ne se soumette aux directives du ministère de la Magie. Elle aurait souhaité que toute la communauté sorcière rejette comme une évidence cette tournure politique, par simple intelligence d'esprit. Elle aurait aimé en rire et penser que toute cette mascarade n'était qu'une blague de très – très – mauvais goût. Seulement, tout était affreusement réel. En acceptant ce Statut du sang, la communauté sorcière acceptait de se soumettre à une classification des plus ignobles qui toucherait tous les êtres magiques et non magiques. Un plongeon vers la catastrophe.
Elle ne pouvait s'empêcher d'en vouloir parfois à ses parents, aux membres de l'Ordre ou à tous ceux qui ne montraient pas ouvertement leur désaccord. Elle comprenait leur peur et leur volonté de protéger leurs proches, mais elle n'arrivait pas à cautionner la bêtise. Elle était prête à se joindre à eux et à se battre, elle leur avait dit maintes et maintes fois. Elle n'était pas obligée de se rendre à Poudlard, elle n'était pas obligée de suivre cette stupide loi qui avait rendu la scolarité sorcière obligatoire. Elle pouvait s'opposer et montrer à Voldemort et ses sbires que le monde sorcier n'était pas encore à leurs pieds.
Mais Ginny n'avait pas son mot à dire. Non. Car elle demeurait une sorcière mineure et qu'elle devait, par conséquent, se plier au règne et aux règles des adultes. Elle n'avait tout simplement pas le droit d'utiliser la magie en dehors de Poudlard ! La Trace – le sortilège que l'on plaçait sur les sorciers mineurs – continuerait de fonctionner jusqu'à ses dix-sept ans. Si jamais elle s'essayait à faire l'école buissonnière, elle serait non seulement contrainte de ne pas user de sa baguette mais devrait également éviter d'être en présence d'autres sorciers usant de magie, auquel cas sinon, elle serait aussitôt repérée par le Service des usages abusifs de la magie, et serait ainsi sujette à de sérieux problèmes. Sans compter qu'elle mettrait sa famille dans un sacré pétrin.
Alors elle irait à Poudlard, avec cet abject Statut de sang, et elle sèmerait magiquement la pagaille. Si le monde des sorciers courrait à la catastrophe, autant s'éclater franchement.
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Au cours de la semaine, la mise en place du nouveau régime apporta de nombreux changements au quotidien des sorciers de tout secteur. Il y eut tout d'abord cette nouvelle restriction concernant les transplanages entrant et sortant du ministère de la Magie qui obligea tous les employés à passer par l'entrée des visiteurs, exceptés les hauts fonctionnaires qui étaient les seuls autorisés à connecter leur maison au réseau des cheminées. Empruntant donc les transports moldus pour aller et venir au ministère, Arthur passa encore moins de temps au Terrier que de coutume.
Le jour suivant, la Gazette du sorcier publia une liste des nés-Moldus qui ne s'étaient pas présentés à l'entretien devant la Commission d'enregistrement, et Ginny fut soulagée d'y lire les noms des Crivey, de son amie Olivia, d'Hermione et même du père de Tonks, ainsi que celui de Justin Finch-Fletchey, un ancien membre de l'AD. Cette liste qualifiait toutes ces personnes de hors-la-loi et récompensait quiconque dénonçait le lieu de leur cachette. Une chasse aux nés-Moldus démarra les jours d'après selon la rumeur, et, dans le même temps la brigade magique descendit dans les lieux publics pour contrôles, inspections, fouilles et interrogatoires.
Mais la plus terrible des nouvelles arriva le jour de la rentrée de Poudlard, au 1er septembre. En descendant dans la cuisine ce matin-là, Ginny comprit que la tension était à son comble. Si elle-même se sentait tendue, morose et stressée, ce n'était rien comparé à l'état de ses parents, qui semblaient au bord de la crise de nerfs.
- Non, Arthur, déclara Molly alors que Ginny entrait dans la cuisine. Je refuse qu'elle y aille, c'est trop dangereux.
- Molly, on en a déjà parlé... Si elle n'y va pas, c'est la famille entière qui est en danger, soupira Arthur.
- On peut prétexter qu'elle est malade ! Comme avec l'éclabouille de Ron, non ?
- C'est déjà incroyable qu'ils aient gobé ça ! s'exclama Arthur en secouant la tête. On devrait éviter d'attirer trop l'attention. Nous sommes étroitement surveillés par le ministère et ils attendent la moindre preuve qui prouverait que nous sommes du côté de Harry.
Ginny s'assit à la table et versa des céréales dans son bol, en observant alternativement sa mère puis son père. Son regard s'attarda sur l'exemplaire de la Gazette du sorcier posé entre eux et sur la photo de l'homme au teint cireux et aux cheveux gras qui souriait en première page. Elle savait que le traître Severus Rogue n'avait pas été retenu comme coupable lors de l'enquête sur la mort de Dumbledore. Lui et Drago Malfoy avait été acquittés et même récompensés pour Services rendus à l'école de Poudlard. Une terrible déclaration, lorsqu'on savait qu'ils avaient en vérité aidé des Mangemorts à s'infiltrer dans la-dite école, exposant ainsi les élèves à un danger de mort.
- C'est de la folie, Arthur !
- Je sais, Molly, mais nous n'avons pas le choix !
Convaincue que la tension de ses parents provenait des nouvelles du jour qui affichaient à la une le visage blafard de ce traître et Mangemort de Rogue, Ginny se saisit du journal et parcourut rapidement l'article, le teint blêmissant au fur et à mesure de sa lecture.
La Gazette du sorcier confirmait la promotion de Rogue au poste de Directeur de Poudlard. Elle annonçait aussi le recrutement de deux nouveaux professeurs : Alecto Carrow pour l'étude des Moldus et son frère, Amycus, pour la défense contre les forces du Mal. Ginny savait que les Carrow avaient participé à la bataille de la tour d'astronomie aux côtés de Rogue et des autres Mangemorts le soir de la mort de Dumbledore. Il était impensable que ces trois affreux résident l'année durant dans le château de Poudlard.
- Elle ne sera pas seule dans son cas, reprit Arthur. Et n'oublie pas que Minerva est toujours en fonction là-bas, je peux t'assurer qu'elle veillera à la sécurité de ses élèves.
- Avec deux Mangemorts dans le corps enseignant et un à la tête de l'école ? Soutenus par le ministère de la Magie et Tu-Sais-Qui ? Malgré toutes ses bonnes intentions, je doute que Minerva réussisse à assurer sa propre sécurité !
Le visage de Molly avait perdu toutes ses couleurs. Ginny elle-même n'était pas sûre d'avoir encore du sang irriguant son cerveau tant il lui semblait fonctionner au ralenti. Rogue comme directeur. Rogue. L'information avait du mal à faire son cheminement. Rogue ?
- L'école est devenue obligatoire, Molly. Si nous retirons Ginny de Poudlard, nous nous opposons ouvertement au régime. Et nous devrons nous cacher comme tous les autres nés-Moldus, au lieu de les aider à fuir. Nous ne pouvons pas nous permettre de les défier, pas tant qu'on aura besoin de nous.
- Ne t'inquiète pas maman, renchérit Ginny en jetant le journal à l'autre bout de la table avec mépris. Pour eux, je suis une « Sang Pur », mon sang est aussi valable que le leur. Je ne risque donc rien.
Oh oui, elle allait jouir de ses droits et privilèges, mais sûrement pas comme ils l'entendaient.
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Réponse aux reviews (première version)
Cazolie : Oui, c'est juste qu'il faut qu'elle garde un peu de crédibilité en tant que mère ! :-p La description des portraits m'avait beaucoup touché à ma lecture du tome 7. Haha, qui te dit que c'était du thé aphrodisiaque ? :-p Je trouvais important de montrer que Ginny n'était pas toute seule à se battre. C'était évident que Neville et Luna soient de la partie :) Oui, j'adore Luna, et je voulais trouver un cadeau digne de ce personnage ! Merci à toi :)
Maylis : Yeah ! Je te laisse découvrir ça dans les prochains chapitres ! Merci beaucoup :)
Eleonore Medee : Wouahou ! Ta review m'a beaucoup touché, merci beaucoup. Oui, jusqu'à maintenant en tout cas, je n'ai pu publier que toutes les deux semaines. J'avais déjà écrit des chapitres en avance mais je n'avais pas le temps d'écrire car je préparais un examen, et comme je voulais publier régulièrement, je me suis tenue à deux semaines. Mais mon examen est passé, donc je devrais avoir plus de temps pour écrire à présent ! :) Je suis vraiment très touchée que tu aies remarqué le soin que je mets dans l'écriture des dialogues. Je n'aime pas faire parler mes personnages pour rien. Si les dialogues ne servent pas le déroulé de l'histoire, ils permettent au moins de caractériser les personnages. Du moins, c'est ce que j'essaye de faire ! :) Je suis heureuse que tu apprécies Ginny et la manière dont je la développe et j'espère que tu apprécieras son évolution ;-) Merci à toi !
Emma-Austen : Oui, je comprends ton agacement quant à la première réaction de Mrs Weasley - Aaah l'instinct maternel... - tu noteras tout de même qu'elle est revenue sur sa décision :) J'ai pas compris ton idée d'astérisque... ! Réexplique-moi ça :) Je suis très touchée de ton appréciation quant au discernement que j'ai des personnages, car c'est vraiment ce que je travaille le plus. J'ai été tellement déçue et/ou agacée de la façon dont sont généralement traités les personnages dans certaines fictions que c'est un peu l'élément moteur qui a déclenché en moi cette envie d'écrire cette fanfiction ! J'avais envie de parler un peu de Mr Lovegood que je trouve attachant - tout comme sa fille - et j'ai trouvé cette histoire de lettres appropriée :) Merci beaucoup pour toutes tes bonnes ondes, je crois bien que ça a fonctionné ! A bientôt ;-)
Faaan'Taaas'Tiiique : Je n'ai pas apporté beaucoup de choses personnelles dans les premiers chapitres, j'ai plutôt respecté la trame du tome 7. Je voulais poser les bases de l'histoire et simplement noter par-ci par-là les réflexions et petites idées qui pouvaient germer dans la tête de Ginny à ce moment-là. C'est un peu dommage, je sais. Par contre, c'est curieux pour le chapitre 5, car c'est justement à partir de ce chapitre-là que je suis partie dans quelque chose de plus libre. Du coup ça m'intrigue x) Tu veux dire que tu penses déjà avoir lu ça dans une autre fanfiction ? Même le truc des Feuxfuseboums et du Portoloin ? Si c'est le cas, je me sens terriblement nulle... ! J'ai lu pas mal de fanfiction, mais je ne me souviens pas en avoir lu une semblable, et je ne verrais pas l'intérêt d'écrire celle-là dans ce cas... Zut. Merci pour ta review malgré tout, j'espère que tu n'auras pas d'autres impressions de déjà-vu !
