Note de l'auteur (25 novembre 2017) : Chapitre ré-écrit
Chapitre 10
- L'aconit, Hale ? demanda Sirius.
- Elle n'est pas à mettre tout de suite, répondit Willah.
- Je sais, mais je ne la trouve pas.
Sirius posait son regard sur la table depuis plusieurs minutes, à la recherche de l'ingrédient, et ce fut Willah qui lui tendit l'aconit, qu'elle avait posée de l'autre côté du chaudron. Il la remercia de façon neutre et Willah hocha la tête, sans un mot de plus. Ils n'avaient que très peu échangé depuis le début de l'heure, la jeune fille étant plongée dans ses pensées. Elle avait semblé ne même pas avoir remarqué qu'elle travaillait avec Sirius, qui lui ne pouvait s'empêcher de poser son regard de manière assez régulière sur la jeune fille. Il se demandait si elle était soucieuse ou si le peu d'intérêt qu'elle lui avait montré en discutant avec lui et en rigolant à ses blagues avait disparu.
Un mot atterrit sur leur table, et Sirius n'eut pas besoin de relever la tête pour savoir de qui ça venait. Il le fit cependant et il croisa le regard de James, amusé, alors qu'il donnait des coups de menton discrets pour lui montrer le mot. Sirius secoua la tête, amusé, et ouvrit le mot.
« Demande à Willah pour la soirée de Forest. »
Sirius ne se retint pas de lever les yeux au ciel. Il savait très bien que James pouvait aller après le cours demander lui-même à la sorcière si elle comptait venir à la soirée que Forest organisait pour Halloween. La seule raison pour laquelle il lui demandait à lui de le faire était parce que James avait la flemme et ne souhaitait pas que la jeune fille l'interroge sur sa relation avec Joan.
- Les écorces, Black.
D'un geste automatique, Sirius jeta les écorces dans la potion alors qu'il fourrait le petit bout de papier informe dans sa poche arrière. Il releva la tête vers son meilleur ami qui lui souriait calmement et lui fit un doigt discret, ce qui n'eut pour résultat que de le faire rire. Quand Sirius reporta ses yeux sur la potion, il vit Willah le regarder d'un air interdit, et le brun se sentit presque rougir à l'idée qu'elle l'ait vu.
- Tu comptes aller à la soirée de Forest demain soir ? demanda Sirius.
- J'y passerai peut-être, fut la seule réponse de Willah qui nettoyait ses doigts de peaux de pommes de terre qu'elle avait jetées dans la potion.
Sirius se contenta de hocher la tête. Il n'attendait pas qu'elle lui renvoie la question, il savait qu'elle s'en fichait. Ou plutôt, la réponse était évidente. Les maraudeurs n'organisaient peut-être pas de soirée, mais ils étaient toujours présents quand il y en avait une et faisaient toujours en sorte de se faire remarquer. Ils avaient, de toute façon, prévu de faire une avant soirée dans leur salle commune après le banquet d'Halloween. Sirius savait que les Serdaigles faisaient de même dans leur salle commune.
- J'espère que ton déguisement sera sexy dans ce cas, dit Sirius calmement.
- Comme si j'allais me déguiser.
Willah eut un rictus pour elle-même. Bien sûr qu'elle ne se déguiserait pas. Joan avait essayé de la forcer à se déguiser en zombie avec elle, mais Willah n'avait même pas essayé de lui dire non, c'était catégorique qu'elle ne se déguiserait pas. Cependant, elle nota le ton détaché du Gryffondor, qui lui avait parlé platement, sans chaleur.
Sirius demanda le sang de crapaud que Willah lui donna et il en versa quelques gouttes en demandant à Willah de reculer. Au bout de quelques secondes, la potion se mit à bouillir et elle changea de couleur, indiquant qu'ils étaient sur la bonne voie.
Willah ne dit pas un mot alors que le professeur Slughorn les félicitait de leur avancée et se contenta d'échanger un regard avec Sirius qui détourna aussitôt les yeux. A cet instant, elle se rendit compte qu'elle n'avait que très peu parlé depuis le début de la séance, et qu'elle avait pratiquement ignoré le Gryffondor. Elle se demanda un instant si celui-ci l'avait pris pour lui. Slughorn continua de les féliciter encore un petit peu, leur indiquant qu'ils n'avaient plus qu'à attendre que la potion mijote pendant quinze minutes avant que celle-ci ne soit prête, et il finit par s'éloigner. Ce que Willah prit comme indicateur d'une discussion qu'elle voulait avoir.
- Je crois ne pas avoir été très sociable durant la séance, Black.
Cette fois, Sirius ne chercha pas à éviter la discussion ou le regard avec la Serdaigle qui se tenait droite face à lui, la main posée sur la table et le regard totalement rivé sur lui. Il semblait surpris d'entendre ce qu'il pouvait interpréter comme une sorte d'excuse de la part de la jeune fille.
- Comment ça ? demanda Sirius innocemment.
- Je peux te poser une question ? demanda-t-elle sans répondre à sa question.
- Vas-y, se méfia quelque peu le Gryffondor.
- Est-ce que tu as un contact avec ton frère ?
La question surprit Sirius. Il n'aurait pas su si c'était parce que c'était Willah Hale qui la posait, ou si c'était parce qu'il ne savait pas quoi répondre à cette question. Non, il n'avait pas de contact avec son frère cadet. Ce dernier ne lui avait pas parlé depuis la rentrée, depuis qu'il était parti de chez lui. Tout ce que Sirius savait était des rumeurs qui circulaient. Il hésita un instant à répondre.
- Non, répondit Sirius sur un ton méfiant. Pas depuis mon départ de chez moi.
Willah resta pensive à la réponse, et Sirius se demanda s'il voulait savoir pourquoi elle avait posé la question. Puis sa curiosité prit le dessus.
- Pourquoi, Hale ?
- Je ne sais pas, répondit Willah en soupirant, je réfléchis beaucoup. Je trouve que la vie est une bien triste chose quand on voit les relations se dégrader et la haine s'installer au milieu des gens. Je sais que tu as une relation quelque peu conflictuelle avec ton frère, donc bon.
Sirius eut un sourire en entendant les mots « quelque peu », c'était un euphémisme dont Willah n'avait pas conscience. Son petit frère le détestait et ne voulait plus entendre parler de lui, Sirius le savait. Il ne l'aurait pas admis, mais cette situation l'attristait, et il n'avait qu'une envie, renouer un contact. Sirius aurait souhaité savoir comment allait son frère, si ses parents ne lui avaient pas fait du mal après son départ, s'il le détestait. Oui, s'il le détestait. Sirius aurait aimé savoir, mais il ne l'aurait jamais admis.
- Je suis désolée, reprit Willah face au silence du jeune homme, je n'avais pas l'intention d'émettre des suppositions possiblement fausses sur ta famille, mais…
- Ne t'excuse pas, Hale, l'interrompit Sirius avec un sourire. Ma relation avec mon frère est en effet conflictuelle, et j'aimerais avoir un contact avec lui, mais je n'ose pas. Les relations familiales sont quelque chose de très compliqué, mais pour avoir de la haine, il faut avoir été profondément blessé. Dans les familles de sang-pur, malheureusement, la haine prend souvent le dessus.
Willah plongea son regard dans celui de Sirius. Il ne savait pas pourquoi, mais il avait choisi de lui dire ce qu'il avait sur le cœur, ainsi que de confier ses idées par rapport à ce que la jeune fille disait.
- Ce que je veux dire, c'est que la haine ne s'installe pas parce qu'une situation se dégrade. Elle s'installe parce qu'une personne a été déçue ou blessée, qu'elle s'est sentie incomprise ou méprisée.
- C'est ce qui s'est passé avec tes parents ? se risqua à demander Willah à voix basse.
- Oui, répondit Sirius après un silence et un regard circulaire autour de lui, mes parents m'ont méprisé et ont cherché à me détruire psychologiquement. Ils m'ont blessé en me rabaissant et ont cherché à me blesser physiquement.
Sirius s'arrêta. Il aurait voulu pouvoir affirmer à la jeune fille qu'il n'éprouvait pas de haine envers ses parents, simplement de la tristesse et de la déception, mais il n'y arriva pas. Et le sorcier ne cherchait pas à se leurrer, il ressentait probablement de la haine envers ses parents, mais il avait peur de se rendre compte à quel point. En face de lui, Willah réfléchissait alors qu'entre eux, la potion continuait de bouillir, et Sirius la sentit vulnérable.
- Pourquoi ces questionnements, Hale ?
- Parce que, hésita Willah, je me demande quels sont les sentiments qui m'animent. Je n'arrive plus à savoir et comprendre ce que je ressens.
- Te sens-tu haineuse ? demanda Sirius avec curiosité.
- Je me sens… je ne sais pas. Je me sens beaucoup de choses, et je n'arrive pas encore à déterminer quoi.
La potion bouillait énormément, indiquant qu'elle était prête, et ce fut le signal pour les deux sorciers que la discussion prenait fin et qu'il leur fallait remplir un échantillon et vider le reste de la potion. Sirius tenta un sourire sincère, qui lui fut rendu à son grand soulagement, même s'il pouvait voir dans les yeux de la jeune fille qu'elle était perdue et vulnérable.
- Je pense, lui dit Sirius, qu'il faut que tu prennes le temps de comprendre tes émotions et savoir ce que tu ressens avant d'en venir à des conclusions ou des actions qui pourraient ne pas te convenir. Prends le temps de savoir ce qu'il se passe dans ta tête, Hale, avant de te retrouver dans une situation qui aura escaladé et qui t'aura rendue triste ou haineuse. Tu n'es pas une personne haineuse.
Willah hocha la tête, consciente que Sirius lui disait des mots justes. Sur ces mots, Willah fit un sourire à Sirius qui eut un regard compatissant. Le sourire de sa camarade était petit et presque forcé, mais Sirius ne put retenir un grand sourire.
- Je n'ai aucune envie d'y aller, déclara platement Lucille.
- Je sais bien soeurette, mais honnêtement ton avis là, on s'en fout.
Lucille ne se gêna pas pour fusiller sa petite sœur du regard tandis que celle-ci lui faisait un sourire hypocrite tout en noircissant de poudre marron le pinceau qu'elle avait dans les mains. A côté d'elle, les autres filles du dortoir de Lucille se préparaient, et Nylla ne se gêna pas pour se moquer de l'expression horrifiée de sa meilleure amie alors que Louise approchait le pinceau du visage de Lucille.
- Et je peux savoir en quoi tu comptes me maquiller ? demanda Lucille.
- Je ne sais pas encore, tout dépend du résultat de mon maquillage.
- Donc toi t'as le droit à un super costume de squelette, et moi je dépends de ton coup de pinceau ? continua Lucille, à moitié amusée, à moitié dépitée.
- Eh, s'offusqua sa sœur, tu n'avais qu'à t'acheter un costume comme nous samedi dernier, et on n'en serait pas là, plutôt que de faire ton outsider qui change d'avis à la dernière minute.
- Cède Luce, tu ne gagneras pas contre ta sœur !
Lucille se mit à marmonner des choses contre sa sœur et sa meilleure amie tandis qu'elle pressait ses paupières et grimaçait sous le coup de pinceau de sa sœur. Non, elle n'avait pas acheté de costume pour Halloween samedi dernier lors de leur sortie à Pré-au-Lard, mais personne ne lui avait indiqué qu'elle irait à la soirée que Finley Forest le soir du banquet. Et elle avait encore moins prévu qu'elle passerait la première partie de soirée chez les Serdaigles. A cette pensée, Lucille se retint de jurer. C'était Alex qui l'avait expressément invitée, et elle ne s'était pas vue refuser.
- Arrête de faire la tête Luce, lui dit Nylla.
- Oui mademoiselle la fée, répondit Lucille sur un ton ironique.
Nylla était magnifique dans son costume de fée, mais il fallait reconnaître que la jeune fille aux origines orientales n'avait pas besoin de maquillage ou de costume pour être magnifique.
- Je n'ai juste pas envie d'aller chez les Serdaigles, reprit Lucille.
- Tu préfères aller chez les Gryffondors ? proposa Louise. Les maraudeurs sont en train de dominer la salle commune avec de l'alcool avant d'aller à la soirée de Forest.
Lucille savait que sa sœur lui proposait cette idée simplement pour le faire, parce qu'elle s'était engagée auprès d'Alex et qu'elle respecterait ce qu'elle avait dit au Serdaigle. Lucille savait qu'il y tenait, sinon il n'aurait pas pris le risque qu'elle l'envoie balader comme elle l'avait fait ces quatre derniers mois. Pourquoi Lucille avait accepté, sachant qu'elle serait obligée d'avoir une discussion avec le Serdaigle dans la soirée, elle n'en savait rien. Mais elle en avait une idée, une idée qu'elle balaya de son esprit rapidement.
- Evans tolère qu'ils fassent la fête dans la salle commune ? demandait Nylla.
- Va savoir, répondit Louise, elle n'est pas aussi coincée qu'elle le laisse paraître, Lily.
- Rien à voir, répondit Lucille. Les maraudeurs lui ont demandé l'autorisation quelques semaines plus tôt, et elle a laissé passer tant qu'ils rangeaient tout.
- Et voilà ! s'exclama Louise.
Elle avait fini le maquillage de Lucille, et cette dernière se permit de se regarder dans la glace. Sans trop de surprise, elle vit un superbe maquillage de lion et Lucille sourit. Quand sa petite sœur se promettait de faire quelque chose de bien, elle respectait sa parole.
- Et bien, conclut Nylla, je crois qu'il est temps de rejoindre la fête.
Ce à quoi les deux sœurs hochèrent alors qu'elles quittaient le dortoir et la salle commune silencieuse de Poufsouffle pour se diriger vers celle bruyante de Serdaigle. Le portrait leur ouvrit l'entrée quand elles donnèrent le mot de passe qu'Alex avait transmis à Lucille, et cette dernière sentit un malaise l'atteindre quand elle mit un pied dans la salle commune qu'elle avait si longtemps fréquentée et qui, en cet instant, résonnait du bruit que faisaient les élèves de la maison.
- Lucille !
C'était Joan Tuder qui l'avait appelée, et les trois jeunes filles se dirigèrent vers les fauteuils près du feu où se trouvaient les sixième et septième années. Sur la table basse se trouvaient des bouteilles d'alcool et la musique venait de basses qui se trouvaient près du feu. Joan fit apparaitre trois chaises et Lucille prit place à côté de la Serdaigle qui lui fit un grand sourire.
- On n'était plus très sûres que tu viennes, avec Willah, alors je suis contente que tu sois là.
Lucille rendit son sourire à Joan. Elle savait qu'elle lui disait ça par rapport à Alex, que Lucille repéra à une des tables avec Willah et des quatrième année. Contrairement à Willah Hale avec qui Lucille n'avait jamais eu de réelles affinités, elle s'était toujours très bien entendue avec Joan qui était une fille amusante et chaleureuse, et que Lucille avait toujours trouvée très charmante.
Joan lui servit un verre d'alcool que Lucille allait refuser, quand elle croisa le regard désapprobateur de sa petite sœur qui l'interdisait de refuser le verre. Lucille avait promis à sa sœur que ce soir, elle s'amusait. Et ce, avec alcool. Mais déjà que la Poufsouffle n'était pas fervente partisane de boire, c'était encore moins le cas en semaine alors qu'ils avaient cours le lendemain. Mais il lui semblait que tout Poudlard se fichait royalement de cette dernière information.
- Luce !
Joan eut un sourire en voyant, à côté d'elle, Lucille qui inspirait un grand coup avant de se retourner vers Alex qui se tenait debout derrière elle. Joan pouvait voir le sourire immense de son ami et elle-même ne put retenir un sourire alors qu'elle croisait au loin le regard de Willah qui observait la scène depuis sa chaise. Les deux Serdaigles échangèrent un sourire poli alors qu'Alex s'asseyait sur l'accoudoir du fauteuil de Joan, sans sembler remarquer le malaise de Lucille.
- Je suis content que tu sois venue, je commençais à ne plus y croire !
- Je t'avais dit que je viendrais, répondit doucement Lucille.
Alex ne pouvait pas s'arrêter de sourire. Il savait une chose, c'était que quand Lucille disait quelque chose, elle le respectait. C'était en grande partie dû à l'alcool qu'il avait déjà bien descendu, mais Alex ne ressentait qu'une envie, c'était prendre Lucille dans ses bras et ne jamais la lâcher. Il la trouvait tellement jolie avec son maquillage de lionne, habillée élégamment, comme toujours. Il arrivait facilement à voir qu'elle était crispée et très peu à l'aise en sa présence, mais Alex trouvait ça encore plus adorable. S'il avait bu moins d'alcool, Alex se serait rendu à l'évidence, il était toujours très attaché à Lucille.
- Dis Alex, commença Louise, je peux savoir quel est ton déguisement ?
- Un roi mage, mini-Luce. T'en penses quoi ?
- Que t'as comblé le fait que tu n'avais pas un poil au menton de manière assez extrême.
Louise sourit à sa propre blague alors que les gens autour faisaient des « haaaan » avec une main sur leur bouche pour accentuer la pique de Louise. Quant à Alex, il eut un grand sourire, ravi de voir que Louise avait décidé de mettre de côté sa gêne vis-à-vis de lui. Ça faisait déjà une sœur sur deux. Alex se tourna vers Lucille avec un sourire.
- J'ai entendu que t'étais dans le top 5 des septième année, félicitations, lui dit Alex.
- Merci Alex, répondit simplement Lucille.
- Tes parents doivent être contents.
Clairement, il voulait la pousser à parler avec lui, et Lucille l'avait bien compris. Elle réfléchit un instant, se disant que ça ne lui ferait pas de mal de discuter avec Alex. Après tout, il savait tout d'elle.
- Comme toujours, ils trouvent que je ne suis pas encore assez excellente.
- Ignore-les, lui dit Alex, fais ton truc et ignore-les.
- Tu sais que je n'y arrive pas, répondit doucement Lucille.
- T'as toujours été trop douce avec eux.
- Ce sont mes parents, Alex.
- Oui, et ils ont toujours été trop durs avec toi.
Alex avait attrapé la main de Lucille, comme il faisait toujours quand il voulait qu'elle le regarde dans les yeux et qu'elle écoute ce qu'il lui disait. Mais Lucille sentit la panique la prendre au contact, et retira sa main violemment. Elle vit le regard blessé d'Alex, mais Lucille ne se sentit pas de continuer la discussion. Elle tourna les yeux et se concentra sur la discussion entre sa sœur et Joan.
- Désolé Luce, chuchota Alex.
Lucille tourna à nouveau la tête vers son ancien petit-ami, et elle avait l'impression qu'ils avaient le même regard blessé. Elle n'avait pas supporté son toucher, et elle se demandait à quoi les efforts menaient. Après tout ce qu'ils avaient construit, après tout ce qu'ils avaient partagé, ils n'étaient plus capables d'avoir un simple contact physique. Lucille en voulait au Serdaigle. C'était lui qui avait tout détruit. Il s'était protégé et l'avait détruite au passage. La vérité était que Lucille ne savait toujours pas comment faire toute seule, sans Alex pour la soutenir. Tout ce qu'elle n'était pas, Alex l'était pour elle.
- Ne le sois pas, répondit Lucille.
- Je ne peux que l'être quand je vois à quel point tu t'es fermée à moi.
Lucille planta son regard dans celui d'Alex. Il avait raison, elle s'était même fermée à lui. Mais ça, Lucille n'en était pas désolée. Elle fit un sourire forcé à Alex avant de tourner à nouveau la tête vers sa sœur, signalant au Serdaigle que la discussion était bien close, cette fois. Quant à Lucille, elle n'aurait jamais pensé être pressée d'être à la soirée de Forest. Heureusement qu'ils décolleraient bientôt.
- Eh beh, il y en a du monde !
- J'avais oublié à quel point les soirées de Forest avaient du succès, dit Sirius à Peter.
- Même les Serpentards sont là, lui répondit Peter.
Sirius se contenta de hocher à la phrase que Peter venait de crier dans ses oreilles alors qu'ils se faufilaient dans la foule. Toutes les maisons se trouvaient là, avec la présence surtout d'élèves à partir de la quatrième année, et Sirius était impressionné de ce que les Poufsouffles arrivaient à faire de leurs sous-sols à chaque fois qu'ils organisaient une soirée. C'était une partie du château très peu fréquentée et surveillée, car très difficile d'accès, mais le meilleur endroit pour tenir une soirée, notamment quand c'était Finley Forest qui la tenait.
- Yo Black, l'accosta un Poufsouffle de sixième année que Sirius connaissait un peu, tu ne sais pas où je pourrais trouver des champis ?
Sirius haussa un sourcil. Depuis quand était-il devenu le mec à qui on demandait des plans champis ? Est-ce qu'il avait une tête à prendre ce genre de chose ?
- Si ce n'est pas de l'alcool, répondit platement Sirius, ne me demande pas mec.
Et Sirius s'éloigna, rejoignant James qui l'attendait un peu plus loin. James et Sirius avaient décidé de s'habiller tous les deux en momies, et les filles de leur année les avaient bien aidés, ils devaient reconnaître que c'était bien réussi.
- Peter et Remus sont allés chercher des boissons, lui indiqua James.
- Et t'as repéré Joan alors ?
- Non, mais je vois aucun Serdaigle de son année, ils doivent encore être dans leur salle commune.
- Heureusement qu'il y en a un de nous quatre qui est sûr de bien finir la soirée, soupira Sirius.
James n'hésita pas à se moquer de son ami, conscient que ce dernier n'avait pas l'habitude de passer autant de temps sans la compagnie d'une fille, que ce soit une petite amie ou non. En même temps, James savait que Sirius ne cherchait pas, il réagissait à peine aux filles qui le draguaient, il n'y pensait pas.
- D'ailleurs Paty, t'as vu ton frère ?
- Nope, il doit être en train de boire avec les autres serpents.
- Je ne pense pas qu'il viendra, rajouta James.
Sirius haussa les épaules. Depuis qu'il avait discuté la veille avec Hale de la famille, Sirius s'était pris en main et avait essayé d'entrer en contact avec son frère, mais ce dernier ne faisait pas l'effort de réagir à ses appels de phare. Même si Sirius devait bien reconnaître que faire tomber des mains de son frère son verre de jus de citrouille à l'aide d'un sort n'était pas la meilleure façon d'entamer une discussion avec lui, mais au moins, il signalait sa présence à son frère. James tapa l'épaule de son ami avec gentillesse.
- T'inquiète Paty, on fera en sorte que t'arrives à lui parler.
- Va-t'en toi, tu ne finis pas la soirée seul toi !
James éclata de rire face à la tentative de Sirius d'alléger la discussion. Au fond, James ne savait pas s'il finirait la soirée avec Joan. La jeune fille lui avait sous-entendu ça la veille quand il l'avait croisée dans les couloirs, mais ça avait plus semblé être une blague qu'autre chose. Et puis, James n'était pas non plus sûr de le vouloir.
- Est-ce que t'as l'impression comme moi, mon frère, que nos deux compagnons de guerre nous ont laissés seuls au combat ? demanda Sirius.
- J'en ai bien l'impression Paty, ce n'est pas Rem qui danse avec Louise là-bas ?
Sirius suivit le doigt de James qui montrait en effet leur ami danser avec la jeune fille, ce qui n'était pas non plus très surprenant. Willah avait suggéré à James la possibilité que la jeune fille soit intéressée par Remus, ce qui avait fortement surpris James. Après quoi, Willah avait levé les yeux au ciel, se moquant des garçons et de leur tendance à ne jamais voir ce qui était évident.
- On se vengera de cet abandon, dit James.
Sirius hocha la tête en jetant un regard circulaire à la salle. Il repéra Willah Hale qui discutait avec Alex et Lucille Desrende, et il hésita un instant à aller les rejoindre pour les embêter. Mais Willah Hale dut sentit un regard car elle tourna la tête vers lui et croisa son regard. Ils échangèrent un regard quelques secondes, puis Willah finit par lâcher un petit sourire carnassier avant de rompre le contact et répondre à Lucille. Quant à Sirius, il devait reconnaître qu'il était amusé. Il n'avait aucune idée d'à quoi jouait la jeune fille, mais ça, à la rigueur, il s'en fichait. Ce qu'il trouvait surtout amusant, c'était que Willah Hale devait faire partie des rares exceptions à ne pas s'être déguisée. Elle avait fait le simple effort de mettre un loup noir sur ses yeux et c'était tout.
- Alors les garçons, ça s'isole au milieu de ce beau monde ?
Comme toujours, Eva n'avait pas sa langue dans sa poche. Déguisée en Catwoman, elle était très sexy, ce que Sirius lui avait déjà fait remarquer sur un ton charmeur dans la salle commune. Derrière elle, Lily se servait un verre et comme à chaque fois qu'il l'avait croisée ce soir, James ne put s'empêcher de dévisager la rousse de haut en bas. Habillée en diablesse, elle n'avait rien mis d'extrêmement provoquant, mais il fallait reconnaître qu'elle était sexy, et James avait eu beaucoup de mal à ne pas retirer ses yeux du corps de la jeune fille de toute la soirée.
- Et bien ma chère Eva, répondit Sirius, voilà des heures que j'attends que ta présence vienne illuminer mes côtés. Danserais-tu avec moi ?
La jeune fille éclata de rire alors qu'elle prenait la main que Sirius lui tendait de manière exagérée et il la fit valser avec élégance jusqu'à la piste alors qu'elle éclatait de rire.
James vit Remus, un peu plus loin sur la piste, qui dansait toujours avec Louise Desrende, et il se demanda où se trouvait Peter. A côté de lui, Lily terminait de se servir un verre et se tourna vers lui avec un sourire.
- Tous tes amis t'ont laissé tomber, Potter ?
- Comme les tiens, il semblerait.
- Faut vraiment qu'on s'entoure mieux que ça.
Lily avait dit ça sur un ton désabusé, et James ne put retenir un petit rire. Il avait l'impression que ces derniers temps, il redécouvrait la jeune fille. Il n'aurait jamais pensé qu'elle avait un sens de l'humour aiguisé, qu'elle savait faire la fête comme il se devait tout en sachant rester sérieuse quand il le fallait, quelle savait ne pas se prendre la tête. James devait reconnaître qu'ils avaient tous joué sur leurs premières impressions pendant tant d'années, ce n'était que cette année qu'ils devenaient tous potes. Le trio et le quatuor apprenait à passer du temps ensemble, et James apprenait à connaître Lily, bien que ce soit très léger.
- Black est bon danseur, dit Lily, et je crois que toi aussi. Tous les sang-purs prennent des cours de danse ?
- Une très grande partie oui, répondit James, les familles qui respectent les traditions mettent les enfants à la danse avant de les mettre à la magie.
Lily haussa un sourcil de surprise, et James eut un sourire face à l'étonnement de la jeune fille. Il trouvait ça amusant de voir la surprise de Lily face à ce qui était naturel pour lui.
- Et d'ailleurs, reprit Lily, j'ai vu que vous aviez respecté notre accord, la salle commune est toute propre.
- On tient toujours ce qu'on dit. On s'est assuré que tous ceux qui faisaient la fête quittaient la salle commune avant nous et qu'il ne restait aucune bouteille quand on est partis.
- Je ne remettrai pas en doute la parole des maraudeurs alors, répondit Lily dans un sourire.
James répondit au sourire de la jeune fille. C'était fou à quel point elle rayonnait quand elle souriait avec le cœur. Et dans cette tenue, James se demanda comment il faisait pour se contrôler, elle était vraiment attirante. Mais James se força à éloigner ces pensées de sa tête.
- Tu dis quoi qu'on les rejoigne sur la piste, Evans ?
Lily sembla peser le pour et le contre pendant quelques secondes avant de hocher la tête dans un sourire. Danser avec Potter ? Pourquoi pas, il fallait reconnaître que maintenant, ils étaient capables de tenir une discussion tous les deux sans se crier dessus, et ils arrivaient même à rigoler un petit peu ensemble. Alors ils pouvaient bien danser ensemble.
- Oh Potter, lui dit Alex qui venait se servir un verre, je crois qu'il y a Joan qui te cherche.
James hocha la tête, et le Serdaigle s'éloigna aussitôt son verre rempli. James ne mit pas beaucoup de temps à repérer la Serdaigle, qui discutait avec les filles de septième année de Poufsouffle, et James hésita à la rejoindre. Il venait de proposer à Lily de danser, et le fait qu'elle accepte l'avait surpris. Du coup, il tenait à danser avec la rousse, mais si Joan le cherchait, il ne voulait pas la faire trop attendre.
- Vas-y Potter, ne te gêne pas pour moi.
Lily avait compris le dilemme de James, et en vérité, elle était surprise qu'il se tienne toujours à côté d'elle. Elle ne savait pas en quoi consistait la relation qu'il avait avec Joan Tuder, lui qui avait affirmé trois semaines plus tôt ne pas être en couple avec elle, mais Lily voyait bien que le Gryffondor était attaché à la jeune fille, et elle trouvait ça mignon. Ça devait bien être la première fois en sept ans qu'elle voyait James Potter prendre soin d'une fille. D'habitude, il jouait plus qu'autre chose.
- T'es sûre ? demanda James.
- Bien sûr, tes priorités, Potter.
Ses priorités ? Joan l'était devant Lily, en effet. Alors James hocha la tête en réponse au sourire de Lily et s'éloigna en direction de Joan qui eut un sourire quand elle le vit s'approcher.
- James Potter, s'exclama Joan avec des gestes évasifs témoignant de son taux d'alcoolémie, je commençais à me demander si je te verrais ce soir !
- Tu es très jolie, répondit James avec un sourire.
Le sourire de Joan s'agrandit alors qu'elle prenait le Gryffondor dans ses bras. Ce dernier rigola, conscient que la jeune fille avait déjà beaucoup bu. Joan prit les mains de James et se mit sur la pointe des pieds pour lui chuchoter à l'oreille.
- Des plans pour la fin de soirée ?
- Seulement si j'ai la chance de la passer avec toi, répondit James.
Joan se contenta de sourire, et James se dit qu'elle était vraiment magnifique. S'il le voulait, il pourrait l'embrasser. Mais il ne le fit pas. S'il le voulait, il pouvait lui dire qu'il voulait se mettre en couple avec elle. Mais il ne le faisait pas. Et pourtant, Joan était parfaite pour lui. Mais James n'avait pas envie de réfléchir, alors il passa une main sur la joue de Joan, remettant une mèche derrière l'oreille de la jeune fille.
- Tu es vraiment très jolie, lui chuchota-t-il.
Joan ne répondit pas, et se pencha vers lui pour l'embrasser avec douceur, posant sa main dans la nuque du jeune homme. Il répondit au baiser avec la même douceur, et quand elle s'écarta, James dut reconnaître qu'il avait beau ne pas ressentir d'étincelle, il était quand même bien sous le charme de la jeune fille.
- On va danser ? demanda Joan dans un murmure.
James hocha la tête, la guidant vers la piste de danse où ils se faufilèrent dans la foule pour commencer un slow. Joan posa sa tête sur le torse de jeune homme, posant ses mains dans son dos alors que James entourait la jeune fille de ses bras, de façon protectrice. Ils étaient bien, là.
Un peu plus loin, Willah observait la scène d'un œil attentif. Elle n'avait pas besoin de réfléchir à la question pendant mille ans pour voir que James n'avait pas tout son cœur avec Joan en cet instant. Bien sûr qu'il était très attaché à elle, c'était très facile de voir qu'il aimait beaucoup Joan, mais c'était comme s'il commençait à réaliser qu'à part coucher ensemble, ils ne faisaient pas grand-chose. Et surtout, ils n'avançaient pas niveau sentiment. Willah connaissait James, elle savait qu'il n'était pas du genre à consommer des relations stériles. Il n'aimait pas les choses où il ne pouvait pas y mettre tout son cœur, toute sa passion.
- Toujours à surveiller de loin, Hale.
Et comme à chaque fois qu'elle prenait un peu de temps pour se retrouver un peu seule, Sirius Black débarquait pour interrompre ses pensées. Il vint s'asseoir à côté d'elle, conscient à son sourire qu'il la dérangeait, mais il s'en fichait clairement. Willah lui lança un regard interrogatif, afin qu'il développe sa pensée.
- Je t'ai vue surveiller Lamar et Desrende qui discutait, et maintenant Tuder et James.
- Je m'assure juste que tout se passe bien pour mes amis, sourit doucement Willah.
- Je sais, je t'ai vue le faire parce que je faisais pareil pour les miens.
Willah ne put que rendre un mince sourire à celui carnassier de Sirius. Rien à voir avec le sorcier qui lui avait parlé le matin-même en cours de potion. Comme quoi, il suffisait de quelques verres pour faire oublier des problèmes à quelqu'un.
- J'espère que tes amis sont plus censés que les miens, lui dit Willah.
- Et bien, on en a deux qui ne le sont pas ensemble.
Sirius pointa du menton le couple que Willah observait depuis un petit moment, et elle ne put que hocher de la tête. Une chose était sûre, ils faisaient un très beau couple. Au loin, Willah vit Peter Pettigrow danser avec une Gryffondor de son année, qu'elle croisait souvent ensemble à la bibliothèque. Ils rigolaient ensemble et leur amusement se lisait sur leur visage. Si Willah avait été proche de l'un ou de l'autre, leurs sourires lui aurait chauffé le coeur.
- Et du coup, que font les autres maraudeurs ?
D'un haussement de sourcil, Sirius montra sa surprise face à la question de Willah qui sourit doucement. C'était incroyable à quel point le sorcier était un livre ouvert, elle pouvait savoir ce qu'il pensait rien qu'en le regardant.
- Tu es surpris que je m'intéresse à toi, Black ? s'amusa Willah.
- C'est l'alcool qui parle, non ? répondit Sirius sur le même ton.
- Je suis démasquée.
Sirius ne retint pas un sourire. Le sourire de Willah était joli et il repensa à la dernière fois qu'ils avaient discuté en soirée. C'était à Pré-au-Lard, et ils avaient été sur le point de danser avant d'être interrompus. Et Sirius hésita à faire une proposition à la Serdaigle.
- Je suis surprise de voir que tu es le seul maraudeur qui ne danse pas, Black. Et en plus, sans fille dans les bras. Tu as habitué les élèves de Poudlard à autre chose.
- Que veux-tu, Hale, je deviens raisonnable.
- Fais croire ça à quelqu'un, oui Black.
Willah se moquait de Sirius, et elle fut contente de voir qu'il en souriait. Pourquoi elle se sentait de l'embêter, elle n'en savait rien. L'alcool peut-être. Il y en avait que l'alcool faisait se jeter dans les bras de quelqu'un, Willah était plus tempérée.
- Toi et moi, on est cools, Hale ?
- C'est-à-dire, Black ?
- Je veux dire, pas de mauvaises pensées entre toi et moi ?
- Pas que je sache, répondit Willah sans cacher sa surprise. La pensée s'installa dans un coin de sa tête que le Gryffondor ne savait réellement pas comment se comporter avec elle, même quand ils rigolaient ensemble. Très profondément, Willah se demanda s'il n'y avait pas des choses chez elle qu'elle devrait revoir.
- Dans ce cas, t'accepterais de danser avec moi ? Vu que tu as si bien remarqué que j'étais le seul maraudeur qui ne dansait pas et je crois que tu me devais une danse.
Willah haussa un sourcil. Elle devait reconnaître qu'elle ne s'était pas attendue à ça. Si elle devait être franche, elle refuserait. Elle n'avait pas spécialement envie de danser, mais la main que lui tendait le Gryffondor et le sourire qu'il lui faisait l'incitaient à l'inverse. Et puis, elle pouvait bien accepter, se dit-elle.
Sans un mot, Willah finit son verre et posa sa main dans celle de Sirius dont le sourire s'agrandit quand il comprit qu'elle acceptait. Ils se levèrent et Sirius la guida vers la piste de danse. Il sentit des regards sur eux, et Sirius devait reconnaître qu'il se sentait fier. Il avait près de lui une des filles les moins accessibles de Poudlard, qui plus est était très jolie, et contrairement aux autres filles qu'il avait l'habitude de faire danser, Sirius n'avait aucune arrière-pensée. Tout ce qu'il voulait, c'était faire danser la jeune fille et la faire rire. Et alors qu'ils commençaient un rock qu'ils dansaient tous les deux très bien, Sirius savait qu'il atteindrait son objectif.
- Du coup, je pense que je vais rentrer à mon dortoir.
- Je te ramène ?
Lucille secoua la tête négativement à la proposition d'Alex. Après la manière dont s'était terminée leur discussion dans la salle commune des Serdaigles, Alex avait retenté une approche quand ils étaient arrivés à la soirée de Forest, et Lucille avait décidé qu'il fallait au moins qu'ils soient capables d'avoir une entente cordiale, alors elle avait discuté avec Alex. Willah Hale s'était jointe à eux à un moment et pour une fois, Lucille ne s'était pas braquée contre le fait de discuter avec la jeune fille. Elle les avait laissés et ils avaient continué de discuter. Finalement, Lucille avait passé toute la soirée de Forest avec Alex. Elle avait passé un très bon moment avec lui, mais la dernière chose dont elle avait besoin, c'était qu'il se comporte avec elle comme à l'époque où ils étaient ensemble.
- Non merci, lui répondit doucement Lucille.
- Je sais ce que tu te dis, Luce, et je ne comprends pas pourquoi tu me rejettes autant. Toi et moi, on s'est aimé et tu restes importante pour moi. Je veux autant te protéger que quand on était ensemble, et je te veux autant heureuse que quand on était ensemble.
Ce n'était pas une discussion que Lucille voulait avoir, au milieu de cette soirée à laquelle était venu presque tout Poudlard. Lucille avait bu, Alex encore plus, et ce n'était de toute façon pas une discussion qu'elle voulait avoir, point barre. Et le voilà devant elle, un air déterminé sur le visage, comme s'il en avait marre qu'elle l'évite. Comme s'il pouvait comprendre.
- Je ne veux pas qu'on soit des étrangers, Luce.
- Tu ne comprends pas, souffla Lucille.
- Non, en effet, je ne comprends pas. Pourquoi tu mets autant de distance entre nous ?
- Parce que je suis comme ça, Alex ! finit par s'exclamer Lucille. Je suis distante parce que je me protège, et la dernière chose que j'ai envie d'entendre, c'est que tu veux qu'on soit amis. Parce que ça veut dire que t'es bien avec l'idée qu'on ne soit plus ensemble, que tu ne m'aimes plus. Sauf que ce n'est pas moi qui ai rompu, et que je t'aime toujours. Pourquoi tu ne me laisses pas prendre mes distances et accepter ton choix ?
- Bien sûr que je t'aime toujours, se défendit Alex.
- Et ça, ce n'est pas une discussion que je veux avoir, l'interrompit Lucille. Bonne soirée Alex.
Il fallait qu'elle sorte. Lucille n'attendit pas une réponse de la part du jeune homme, elle tourna les talons en direction de la sortie et eut enfin le sentiment de respirer quand elle sortit de cette pièce bondée. Heureusement qu'elle n'était que dans les sous-sols de sa tour, elle n'était pas loin.
Lucille se maudit. Pourquoi est-ce que cette discussion avait fini en dispute ? Pourquoi n'était-elle pas capable d'être calme et tempérée ? Pourquoi fallait-il toujours qu'elle s'énerve ? Parce qu'elle se protégeait. Parce qu'elle se protégeait et que le comportement d'Alex la rendait dingue. Il était incapable d'être catégorique. Il avait rompu avec elle après deux ans de relation parce qu'ils comptaient prendre des chemins différents en sortant de Poudlard, mais il continuait sans cesse de revenir vers elle en amitié. Et ça, Lucille ne le supportait pas. Elle, elle était catégorique. S'ils n'étaient plus ensemble, elle ne voulait plus de contact avec lui. C'était trop douloureux.
- Tes réflexions ont l'air de te faire souffrir, Desrende.
Lucille soupira en s'arrêtant de marcher. Elle connaissait cette voix, et elle commençait à en avoir marre d'entendre l'ironie qui l'habitait. Elle se retourna tout de même, pour voir Nott adossé au mur du couloir, la regardant d'un air amusé. Lucille ne lui avait pas adressé la parole depuis trois semaines, depuis la fois où il s'était énervé contre elle, et elle devait dire qu'elle s'en était très bien portée. Le sorcier était bien trop étrange pour elle, et elle savait qu'elle devait s'en tenir éloignée.
- Rien qui ne te concerne, Nott, répondit froidement la jeune fille.
Lucille s'était promis, après que Nott l'ait laissée en plan la dernière fois avec une menace, qu'elle ne montrerait pas qu'il pouvait l'impressionner. Elle avait été extrêmement en colère contre le Serpentard, elle avait voulu lui montrer qu'il n'avait aucun ascendant sur elle. Mais la vérité avait été qu'elle avait préféré s'en tenir simplement éloignée.
Le Serpentard eut un sourire amusé et se décolla du mur, les mains dans les poches, pour s'approcher de Lucille qui n'avait pas bougé. Il restait toujours grand face à elle, avec son rictus et ses yeux noirs, observateurs. Il était beau. Elle voyait cependant qu'il avait beaucoup bu, même s'il ne le montrait pas du tout.
- Je suis déçu de ta réaction, Desrende, moi qui pensais que tu te réjouirais de me voir.
- Je n'ai pas envie de jouer, Nott.
- Qui joue ?
Connor gardait son rictus, et ses yeux continuaient de dévisager chaque trait du visage de Lucille, et celle-ci ne se sentait pas à l'aise. Il était trop proche d'elle, et malgré qu'il ait gardé ses mains dans ses poches, elle ne se sentait pas rassurée. Et il le sentait.
- Je te fais peur, Desrende, constata Connor.
Lucille ne répondit pas. Elle réalisa qu'elle quittait la soirée assez tôt quand elle réalisa que personne ne sortait de la salle, que personne ne passait dans ce couloir, et elle trouva ça ironique de se retrouver avec Connor Nott dans un couloir désert alors qu'une centaine d'élèves se trouvaient dans la pièce à côté.
- Tu es en train de rater la fête, Nott.
- J'ai trouvé plus intéressant.
Le rictus s'était transformé en sourire prédateur, et Lucille ne réalisa qu'après l'avoir fait qu'elle avait expiré fort pour se calmer. Elle se demanda si esquisser un pas pour montrer qu'elle voulait s'en aller était une bonne idée.
- Tu veux rentrer non, Desrende ? Viens, je te raccompagne.
- NON !
Cette fois, Lucille ne s'était pas contrôlée. Il était hors de question que Nott la raccompagne, et à en voir son sourire, il s'était attendu à cette réponse. Elle venait de montrer qu'elle avait peur de lui, et il en était satisfait. Il était là pour ça, pour voir l'effet qu'il avait sur elle.
- N'aies pas peur, Desrende, mes mains restent dans mes poches.
Comme si ça rassurait Lucille. La jeune fille soupira et se mit en marche aux côtés de Connor Nott qui continuait de sourire. C'était impossible de savoir comment le jeune homme réfléchissait, rien ne pouvait se lire dans ses yeux, et tout lui semblait indifférent. Enfin, ça aurait été le cas s'il n'avait pas ce fichu rictus suspendu aux lèvres. Heureusement, et Lucille s'en félicita, ils n'étaient vraiment pas loin de la salle commune de Poufsouffle, à laquelle ils arrivèrent très rapidement.
- Pourquoi tu viens avec moi, Nott ?
- Parce que j'ai envie.
Ils s'arrêtèrent devant le tableau des Poufsouffles, et Lucille se demanda si Nott attendait quelque chose d'elle, s'il avait prévu d'entrer dans la salle commune des Poufsouffle pour une quelconque raison. De toute façon, ça n'arriverait pas.
- Bon. Bonne nuit, Nott.
Connor ne répondit pas. Il se contenta de dévisager Lucille des yeux, la trouvant très mignonne avec son maquillage de lionne. Il se doutait qu'on devait lui avoir forcé la main pour qu'elle se déguise, mais il trouvait ça mignon. Du peu qu'il connaissait de Lucille Desrende, il n'y aurait pu y avoir que sa sœur pour y arriver. Après tout, la Poufsouffle semblait être d'une indépendance particulière. Comme lui.
- Je t'ai connue moins fuyarde, Desrende.
Il la provoquait. Mais Lucille ne réagirait pas. Et pourtant, l'alcool la poussa à la franchise.
- J'ai un bleu qui est resté une semaine sur mon poignet, Nott.
- Il y a des sujets qui peuvent me mettre hors de moi, répondit simplement Connor.
- Et c'est donc à moi de ne pas les évoquer ? C'est plutôt à toi de te contrôler, Nott.
Le ton de Lucille avait changé, il était devenu défiant, et ce changement fit sourire Connor.
- C'est que tu n'as pas compris comment je marche alors, Desrende.
- Et c'est bien le problème, Nott. C'est à toi, de te contrôler.
- Je n'en ai jamais été capable. C'était le rôle de Nino.
Ça n'avait été qu'un murmure dit dans un souffle. Ça avait été un propos dit pour lui-même et absolument pas pour Lucille. Mais elle avait entendu, et elle se sentit fléchir. Pendant l'espace de trois secondes, elle avait vu la vulnérabilité traverser le visage de Connor Nott, avant qu'il ne récupère son masque de dureté. Et pourtant, Lucille pouvait encore sentir la solitude qui habitait le Serpentard. Son instinct de grande soeur se réveilla et Lucille aurait fait un câlin au jeune homme juste pour voir cet air douloureux et vulnérable partir de son visage. A cet instant, elle n'avait pas peur de Connor Nott mais de la peine. Elle sentait la solitude et la douleur du jeune homme, et ça lui brisa le coeur sans réellement comprendre pourquoi.
- Ce qu'il s'est passé la dernière fois, reprit Connor, ça n'arrivera plus.
Ce n'étaient pas des excuses. Pourtant, Lucille avait le sentiment qu'elle pouvait les prendre comme telles. Ce qui était sûr, c'était que c'était une promesse qu'il lui faisait. Et Lucille se sentit soudainement moins tendue. C'était étrange, mais elle pouvait lui faire confiance. Pourquoi il lui disait ça maintenant, après trois semaines, elle n'en savait rien. C'était peut-être l'alcool. Ou l'occasion d'Halloween.
Halloween. L'année dernière, Lucille l'avait fêté avec Alex. Ils avaient mangé au banquet habituel, puis ils étaient allés se balader dans le parc et avaient fini la soirée dans le dortoir d'Alex où les autres Serdaigles étaient allés à la soirée habituelle de Forest. C'était pour ça qu'elle détestait Halloween cette année. Et Lucille se demanda ce que Nott avait fait pour Halloween l'année dernière, il devait sûrement être avec Antonin. C'était sûrement pour ça qu'elle sentait la solitude chez le Serpentard. Tous les deux, ils étaient abandonnés en ce soir.
- Bonne nuit, Desrende.
Connor n'attendit pas de réponse de la part de la Poufsouffle. Il échangea un dernier regard avec Lucille et tourna les talons, disparaissant au détour d'un couloir. Quant à Lucille, elle était totalement perdue. Que venait-il de se passer ? Pourquoi avait-elle de la compassion pour Nott, en cet instant ? Totalement perdue, elle ne comprenait pas. Mais Lucille décida qu'elle avait trop donné dans cette journée, elle préféra voir tout ça demain.
Lorsque Sirius émergea de son lit, il sentit sa tête bourdonner. Oh qu'il détestait le réveil, et encore plus avec une gueule de bois. Il ne parlait même pas du fait que les cours commençaient dans une heure. De mauvaise humeur, il se traina vers la salle de bains où Peter se brossait les dents, ignorant le fait que le lit de James était vide. Comme toujours, le dortoir des maraudeurs était silencieux le matin.
James, de son côté, se réveilla chez les Serdaigles. Il sentit une main se poser sur son torse et quelqu'un bouger à ses côtés. Il n'ouvrit pas les yeux, décollant son dos du matelas pour se mettre sur le côté et enserrer dans ses bras le corps de Joan qui lâcha un soupir d'apaisement. Il n'avait pas envie de se lever. Isolés du son du dortoir, ils n'entendirent pas Willah qui discutait avec ses autres camarades de chambre sur le sortilège qui ferait effacer les traces de maquillage de la veille qu'elles n'avaient pas encore enlevé.
Quant à Willah, elle ne souhaitait pas ouvrir les rideaux de son amie, sachant très bien que James s'y trouvait. Elle décida que si dix minutes après, ils n'étaient pas levés, elle les réveillerait. Mais elle espérait vraiment qu'elle n'aurait pas à le faire.
Du côté des Serpentards, Severus ouvrit les yeux avec violence. Quelque chose n'allait pas, il le sentait. Ce n'était pas l'alcool qu'il avait bu la veille à la soirée de Forest. C'était sûrement le fait de se lever de son lit et voir Connor assis en tailleur sur le sien, les mains sur ses jambes, les yeux rivés vers le sol. Puis Severus se souvint de ce qui n'irait pas aujourd'hui. Il ne comprenait juste pas pourquoi son ami se trouvait dans cet état.
- Connor ?
- Tu te souviens la nuit blanche, l'année dernière ?
Severus soupira. Il s'y était attendu, mais il se sentait perdu. Hier, Connor avait réalisé qu'Antonin n'était pas là pour Halloween cette année, et qu'il ne sera pas là pour Noël, ni pour aucun de leurs anniversaires. Ca lui avait mis un sacré coup au moral, qu'il avait essayé de cacher, mais Severus l'avait bien vu, à la vitesse à laquelle Connor avait descendu ses verres. Ils étaient à peine arrivés à la soirée de Forest que Connor était déjà bourré. Et quand Connor avait quitté la salle à la suite de Desrende, Severus savait que ce n'était pas une bonne idée de le laisser, mais de ce que Connor lui avait raconté, il s'était tenu. Mais à cet instant, Severus soupirait. Il ne savait pas quoi faire pour aider son ami à accepter qu'Antonin ne serait plus là.
De son côté, Severus était quelqu'un de rationnel. Il avait de la peine mais il avait également accepté la mort de son meilleur ami. Chacun se battait pour la cause qu'il pensait juste, et ils savaient tous ce qui risquaient d'arriver quand ils ont choisi de se lancer dans leur combat respectif. Severus savait qu'il n'avait pas à s'apitoyer sur la mort de son ami mais continuer son chemin en tenant bon. Il était quelqu'un de rationnel, il avait accepté la mort de son ami. Severus fit une grimace le temps d'une seconde. Il essayait en tout cas de s'en persuader. Il le fallait, parce que Connor avait besoin de lui. Ce dernier pouvait le masquer autant qu'il le pouvait, mais Connor vivait entièrement par ses émotions qu'il ne contrôlait pas toujours, et ces derniers temps, c'était la peine que Connor ne contrôlait pas.
- Ouais, répondit Severus avec un petit sourire, on l'avait finie en haut de la tour d'Astronomie avec des bières.
- On était allés bourrés en cours. C'était bien drôle.
- Ouais, se contenta de répondre Severus qui ne voulait pas se laisser aller à la mélancolie. Allez Connor, on va manger.
A l'entente de cette information, Connor eut un sourire mauvais, et son regard changea. Le petit-déjeuner, pour rien au monde il ne le raterait ce matin, et Severus ne fit pas de commentaire, pris d'un malaise qu'il essaya de faire partir. Quand il pénétra la Grande Salle, le regard de Severus croisa celui de Lily qui lui fit un hochement de la tête. A côté d'elle, Remus se demandait où se trouvait le professeur Dumbledore et si lui aussi avait trop abusé de bonbons.
Ce fut Louise Desrende qui réagit la première, renversant son chocolat au lait au sol. Le bruit du verre se fracassant sur le sol résonna dans toute la pièce, mais peu de personnes y fit attention. Certains rigolèrent, mais la plupart avaient le nez dans leur journal, des chuchotements commençaient à s'élever. Certains portaient leur main à leur bouche et d'autres criaient des "quelle horreur". Nombreux commençaient à s'agiter.
Lucille vit Pliveile foncer sur son plat avec violence, mais la jeune fille ne fit pas attention à son hibou, se dépêchant de détacher le journal qui se trouvait à la patte de l'oiseau. Et ce qu'elle craignait arriva, la première page de couverture était encore une fois écrite à l'encre noire et épaisse, instable sur le papier. En photo, un corps féminin était exposé. La Gazette annonçait deux attaques, l'une sur le Chemin de Traverse, et l'autre dans un village anglais près de Londres. Peu de morts, mais une en particulier déclenchait l'inquiétude chez les sorciers, celle d'Astride Chantier, ministre de l'éducation. Après la mort d'un élève de Poudlard, c'était la ministre de l'éducation qui était assassinée.
Lucille sentit un frisson la traverser, et elle leva la tête, sentant un regard sur elle. Et en effet, on la regardait. Connor Nott la fixait du regard depuis la table des Serpentards. Fini l'air vulnérable, bien qu'il n'ait duré que trois secondes, fini le sentiment de solitude qui semblait l'habiter. Il avait un sourire sur les lèvres et semblait se délecter du choc de chacun.
Finie l'effervescence de la veille, Halloween était passé et n'avait pas laissé que des gueules de bois. Sirius échangea un air grave avec James qui venait de s'asseoir et de lire l'article de première page. A côté d'eux, Peter s'agitait sur son siège, il ne se sentait pas bien. Cela faisait un moment qu'ils n'avaient pas eu de telles nouvelles de la part de la Gazette, et le fait qu'un ministre ait été assassiné apportait la panique chez chacun.
Et le sentiment fut commun pour tous les élèves de Poudlard, ils avaient peur.
