La suite donc avec ce petit rendez vous ^^
Bonne lecture
Pov Magnus
"Je ne peux pas ce soir, on remet ça à une prochaine fois"
Une simple phrase, à peine quelques mots. Pas d'excuse, pas d'explication. Pour qui se prenait il pour ainsi me congédier et ce à peine une heure avant notre rendez-vous ? Il ne pouvait en être ainsi je m'y refusais. Si cet Alexander Lightwood comptait m'éconduire de cette manière, il allait devoir assumer et me l'annoncer en face. Je me sentait floué, dupé, il allait me payer de tels sentiments. C'était peut être la nouveauté de la chose qui me rendait si amère. Personne ne m'avait jamais ainsi rabroué. Au contraire, habituellement c'était plutôt moi qui lassé, me désintéressais rapidement d'autrui. La tristesse n'était pas un sentiment qui me convenais, je lui préférais la colère, oui j'étais en colère contre les yeux clairs si attachant.
J'avais dut batailler d'une main de maître pour obtenir son adresse, je soupçonnais même Raph de me l'avoir finalement cédé à bout de patience. Avoir les autres à l'usure était une de mes spécialités après tout.
Durant le trajet, je ruminais cherchant les mots précis à lui adresser, aussi cinglant que possible.
Arrivé devant le petit immeuble, je cherchais l'appartement adéquat. Je sonnais à la bonne porte puis fulminais en silence. Il allait sans tarder voir ce qu'il en coûtait de se payer ainsi ma tête.
Ma hargne retomba toutefois bien vite quand Alexander vint m'ouvrir. Les yeux gonflés, brillants et embués de sommeil, vêtu d'un pantalon lache et d'un sweat bien trop large pour lui, drapé encore dans une couverture. Ses cheveux en bataille, son nez rougis et son teint encore plus pâle qu'a l'accoutumé me faisait me sentir honteux. En effet, il ne pouvait venir à notre rendez-vous et pour une bonne raison. Il avait succombé au virus faisant rage ces temps si visiblement.
- « T'as pas reçu mon message ? »
Le ton était traînant et lasse. La voix légèrement enrouée. Il s'en retourna me laissant fermer la porte et le suivre. Je m'exécutais donc docilement, penaud.
- « Aucune importance, tout va bien ? »
Question stupide mais elle me semblait néanmoins importante à poser, juste pour être certain qu'il n'allait pas tomber dans l'instant. Il me jeta un regard presque amusé devinant mes pensées, du fin fond de son canapé. Une joli décoration vintage, des meubles en vieux cuir dépareillés, quelques photos de leur fratrie, il régnait ici une certaine chaleur.
- « je devrais pouvoir survivre, une simple grippe »
Le plaid bleu foncé dans lequel il était roulé, genoux plaqués sous sa mâchoire, accentuait encore la clarté de son regard. Je cherchais à reprendre le fil de la conversation pour reprendre contenance. Le voir ainsi me faisait l'effet d'une certaine intimité entre nous. Intimité nouvelle, mais qui ne me paraissant étrangement pas déplacée. Il frissonnait comme une feuille, se frictionnant les jambes cherchant à se réchauffer en vain. Je retins l'instinct qui me disait de le prendre dans mes bras pour lui offrir chaleur et réconfort.
- « Tu as pris des médicaments ? Tu as de la fièvre. Je peux aller t'en chercher au besoin »
- « Oui, mais chez moi la température monte vite, ne t'inquiètes pas tu peux rentrer »
- « Pas question de te laisser seul dans cet état, Jace rentre quand ? »
Il grimaça semblant chercher à déterminer s'il pouvait essayer ou non un mensonge. Il plongea son regard dans le mien. La vérité donc.
- « Il travaille ce soir et on est vendredi, le service risque de s'éterniser »
- « bien c'est donc décidé je reste »
Je me sentais toujours honteux d'avoir douté ainsi de lui, sans raison hormis l'habitude, me rendre utile allégerait sans doute ma conscience. Là était mon seul but évidement et puis la compagnie d'Alexander, même malade, ne m'étais pas désagréable. A l'accoutumé je ne prenais pas soin de autres pourtant je ne pouvais le laisser ainsi et s'il lui arrivait malheur? Non, inconcevable, je me devais de rester, par convenance.
Après m'être débarrassé de mes affaires encombrantes, chaussures et manteau, je me dirigeais donc déterminé dans sa cuisine.
- « que ce que tu fais ? »
Toujours allongé il n'avait eu le courage de se redresser pour me poser sa question.
- « je te dérobe ta cuisine, repose toi. Recette spéciale Cat, tu vas voir c'est bon et efficace »
J'attrapais donc les précieux ingrédients, thym, citron, miel, lait, cannelle et clou de girofle. Parfait ils avaient tout. Pour preuve de son état, Alexander ne cherchait ni à me déloger, ni à remettre en question ma présence, il devait réellement se sentir mal. Il se contentait de m'arguer de temps à autres des regards hagards. Au bout de quelques minutes, je ne le vis plus jouer les suricates. Je me dirigeais donc sans bruit vers mon bel endormis, que je réveillais doucement en lui caressant le bras. Il semblait si paisible, si innocent en cet instant. Je ne pu retenir un sourire face à ce charmant tableau. Alexander roulé en boule sur son canapé trop petit pour lui. Il se réveilla non sans difficultés, posant doucement sa main sur la mienne. De ma main libre pour retrouver un semblant d'assurance, je lui tendais la boissons dûment préparé par mes soins. Je n'aurais sut dire combien de fois nous l'avait servit Cat, à chaque fois que l'un de nous toussait me semblait-il
- « bois ça tant que c'est chaud, tu verras tu te sentiras un peu mieux après »
Il se redressa, les genoux en tailleurs toujours blotti dans sa couverture. Il obtempéra de bonne grâce sans maugréer, un air reconnaissant au visage
- « c'est bon. Tu remercieras Catarina de ma part. Vous vous connaissez depuis longtemps ? »
La question me désarçonna quelque peu, je n'avais plus réellement l'habitude de parler de cette période, le plus souvent j'éludais simplement ce genre d'interogation. Mais pas cette fois, je ne sentais aucune curiosité malsaine chez lui, seulement une sollicitude sincère. Je pris place sur un large coussin non loin de lui.
- « Depuis un peu avant toujours. On c'est connu au foyer. Raph devait avoir à peu près six ans, j'en avais huit. Quand on est arrivés les plus grands nous embêtaient un peu et bien sur, on les provoquaient consciencieusement. Quelques semaines après notre arrivés, on a rencontrés Cat et Ragnor et on ne c'est plus quittés depuis. C'est ma famille »
Un sourire nostalgique naquit sur mes lèvres. Ça n'avait pas été une période facile, mais après tout sans eux, cela aurait pût être bien pire.
- « C'est une chose que je peux comprendre Jace a été adopté par mes parents à la disparition des siens, il avait 6 ans et moi sept. Je ne me souviens même pas de ma vie sans lui. Ils l'on recueillis au moins une chose qu'ils ont fait de bien, je suppose, ça et la naissance d'Izzie et Max»
Il y avait une certaine tendresse dans sa voix quand il parlait du blond, remplacée bien vite par l'amertume, quand il parlait de ses parents. Nous n'avions jamais été amener à discuter aussi librement. Le cadre s'y prêtant sans doute, il paraissait disposé à se livrer. Moi également. Assis sur le canapé, le regard rivé au mien, nous étions proche désormais, à quelques centimètres à peine.
- « relation compliqué? »
Je mettais autant de douceur qu'il m'en était possible dans mes mots.
- « doux euphémisme, mes parents viennent de la noblesse et ne veulent surtout pas en sortir. Avoir un fils homosexuel et artiste ne fait pas bonne figure dans leur monde. Ils ont donc cherché à me changer, à me faire convenir à leurs précieuses exigences. En pure perte. Je n'ai pas voulu m'y plier, Jace m'a suivit et nous voilà. Isabelle ne reste que pour Max»
Un ton empli de rancœur qui ne lui ressemblait que bien peu et qui jurait tant avec l'affection qui perçait à chaque fois qu'il prononçait le prénom d'un des membres de sa fratrie. Renier son enfant pour si peu, voilà qui m'était bien étrange. Après tout aimer les hommes n'était pas un choix en soit. Je décidais d'enchaîner sur quelque chose de plus joyeux, après tout la fièvre pourrait l'amener à en dire davantage qu'il ne le voudrait et je ne voulais en rien l'effrayer. Il me faisait penser au renard du conte de Saint-Exupéry. Il était nécessaire d'être patient et de le laisser venir à soit pour qu'il accorde sa confiance et ouvre enfin son cœur.
Bien sûr, dit le renard. Tu n'es encore pour moi qu'un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. Et je n'ai pas besoin de toi. Et tu n'as pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi qu'un renard semblable à cent mille renards. Mais, si tu m'apprivoises, nous aurons besoin l'un de l'autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde... (1)
Je me sentais tout à fait l'âme d'un petit prince. Tu seras pour moi unique au monde. Je chassais bien vite cette simple pensée avant qu'elle ne s'infiltre trop profondément en moi.
- « Max et Izzie on fait bon voyage ? »
il m'offrit un sourire discret à mon changement de sujet. Il n'en paraissait pas offensé, au contraire, presque soulagé.
- « Oui ils sont rentrés hier, tout va bien merci pour eux. Ils reprennent tout deux l'école lundi »
J'avais en effet appris au cours de la soirée que nous avions passés ensemble, qu'elle était institutrice en maternelle. J'avais également appris de Cat que toute cette soirée avait été une mascarade orchestrée par elle deux et Althéa dans le but de me réconcilier avec Alexander et d 'encourager Jace et Raph à se parler. Si j'en croyais le sourire béat de Raph depuis, ils avaient fait plus que discuter. Quand au brun il m'avait semblait-il, pardonné mon comportement excessif. Victoire complète donc pour ces demoiselles. Il me faudrait les remercier. Alexander paraissait en effet aussi têtu que moi, je ne serais donc probablement pas dans son appartement sans leurs interventions. Des chocolats s'imposaient donc.
Il s'était confié à moi sans retenue et avec simplicité, je m'en sentais redevable. Comme si entre nous, l'échange équivalent était de mise.
- « Je pourrais dire que le foyer a été une période atrocement dure, parfois quand je raconte mon histoire, j'ai l'impression que c'est le discours qu'on attend de moi, pourtant il n'en est rien. J'ai eu une enfance heureuse, en d'autres circonstance elle aurait sans doute put être plus simple, mais je n'ai jamais manqué de rien. Je me suis choisi une famille et nous avons grandit ensemble. On se choyaient, se protégeaient. Les adultes du foyer étaient prévenant. Il en aurait peut être été différent si mes parents avaient été en vie, mais c'est ainsi, je n'y puis rien changé. »
Je haussais les épaules d'un air faussement abusé, mais Alexander ne s'y laissait pas prendre, je le savais. Bien sur, je résonnais avec pragmatisme et distance, maintenant. Enfant, ma réalité était tout autre. La période sans Cat et Ragnor et celle ou l'un de nous risquait l'adoption étaient les pires. Le sabotage en ces cas là était de mise. Il était déjà difficile de faire adopter ensemble de véritable fratrie, alors nous que le sang n'unissait pas, cela était impossible. Une rengaine mainte fois répétées. L'institution avait fait son choix, nous avions fait le notre. Rester ensemble. Au bout de plusieurs années, ils avaient même finit par arrêter d'essayer de nous trouver des familles. Puis nous étions partis à la majorité de Raph.
- « Et Raphaël tu as dit que vous étiez arrivés en même temps au foyer ? »
- « Oui, sa mère est morte en couche et elle avait désigné la mienne comme tutrice pour Raph, s'il lui arrivait malheur. Elles étaient amies d'enfance. Ma mère adorait Raph comme son fils, comme moi. C'était une mère aimante et j'ai hérité de mon père son entreprise à ma majorité, c'est pour ça qu'on a quitté New- York et qu'on a tous débarqué ici. »
Le silence c'était installé entre nous, paisible. Il n'avait exprimé aucun regret, aucune pitié face à l'histoire que je lui racontais. Je lui en étais infiniment reconnaissant, je n'avais besoin ni de l'un ni de l'autre. Il se contentait d'écouter, de m'écouter patiemment.
- « Comment c'est passé ton enfance dans ta cage dorée ?
Il éclata d'un rire franc qui lui provoqua une quinte de toux.
- « Bien, mes parents n'étaient pour la plupart du temps pas là, ils nous laissaient au bon soin d'une nourrice. Margaery est un amour, elle s'occupe toujours de Max d'ailleurs, elle nous appels ses terreurs et nous faisait des petits déjeuners pancakes et gâteau au chocolat à chaque anniversaire. Elle me manque.
C'est à l'approche de mes treize ans que les choses se sont … corsées. Mes chers parents ont oubliés qu'ils ne nous connaissaient pas quand ils ont voulu nous présenter à leurs « amis », ils avaient décidés que nous étions tout trois en âges de les rencontrer. Ça n'a plus d'importance. Max passe la majeur partie de son temps chez Izzie et Margaery semble plus encline à s'interposer, l'âge aidant je suppose. Et elle n'a pas supporté leur manière de me traiter. Elle a faillit démissionner, mais Isabelle l'a convaincu de rester. Max avait besoin d'elle. »
Sa voix faiblissait et il semblait sur le point de s'endormir.
- « tu devrais aller te coucher, tu tombes littéralement de sommeil. Je reste jusqu'au retour de Jace »
- « D'accord. Merci d'être passé Magnus et merci aussi pour cette conversation ça me fait plaisir d'enfin avoir l'impression de mieux te connaître »
C'était agréable en effet d'avoir appris certaines informations sur ce jeune homme aux yeux clairs. Sa force de caractère s'imposait à moi avec une acuité nouvelle. Sa tendresse aussi.
Affectueusement, il déposa un baiser fugace sur ma joue et s'en alla. Je restais un instant les doigts posé à la place de ses lèvres, un sourire niais au visage. La soirée avait été étonnamment agréable.
J'émergeais difficilement, j'avais froid et mon dos me faisait souffrir. Ouvrant les yeux avec difficultés, je me souvenais. Je m'étais assoupis sur le canapé d'Alexander en attendant son frère. Une fine couverture m'avait été jeté encore plié, visiblement. Jace dans sa grande mansuétude supposais-je
- « Un café ? »
Alexander un sourire lumineux sur le visage préparait le petit déjeuner, vêtu uniquement de son pantalon large. Il n'avait plus froid apparemment. Moi non plus, maintenant. Je contemplais les lignes de son dos, ses muscles dessinés, la peau laiteuse, les grains de beauté ça et là. Un large tatouage ornait son dos, un majestueux cèdre. Il était parfaitement illustré et je soupçonnais même que c'était l'un de ses dessins. Je m'attendais à tout instant à voir les feuilles bouger sous l'effet du vent. Sur l'un de ses bras remontant vers son cou, des lierres s'entremêlés. Sur son ventre un renard joueur en origami me narguait. Je dissimulais le rougissement que je sentais poindre sur mes joues en m'étirant amplement. Un renard tiens donc j'avais touché juste visiblement. Sa peau en guise de toile, artiste oblige je suppose. J'avais envie d'en redessiner tout les coutours
- « Volontiers, tu te sens mieux ? »
Je prenais place près de lui, pas là traces du blond, il avait filé. Je ne devais tarder moi non plus travail oblige
- « Un peu et désolé pour hier, pour le ciné ce sera pour une prochaine fois »
Ses joues rosirent adorablement, il me proposait une prochaine fois.
- « remet toi d'abord, je peux attendre »
Je souriais au double sens non voulu de ma phrase, ce qui le fit rougir davantage. Oui pour lui j'acceptais d'attendre une éternité s'il le fallait.
(1)Petit passage tiré du petit prince de Saint-Exupery
Encore un peu de guimauve avec votre guimauve ? ^^
