Bonjour à tous,
Ce mercredi est beaucoup plus long que je ne l'avais prévu au départ, j'espère qu'il vous plaira.
Nezumibook, bienvenue dans cette nouvelle histoire. Et oui, j'adore le go et j'aime beaucoup Hikaru. J'ai même eu le privilège de joueur contre l'auteur en tournoi :-) On est du même niveau.
Si tu es tentée, j'ai écrit mes premières fics sur Hikaru no go. Mon style a énormément évolué mais pas ma façon de construire mes histoires.
J'espère que ce mercredi te plaira.
Bonne lecture
Mercredi
4h03
Jonas erre dans les couloirs, incapable de dormir. Avec le décalage horaire, il devait être quelque chose comme midi voire une heure pour lui.
Comment avait-il atterrit dans son lit ? Et surtout comment avait-il atterrit dans cette chambre ?
Et il a rien mangé depuis des plombes.
Il reconnait sans peine l'hôtel et se dit qu'il allait tenter de trouver les cuisines. Au bout de quelques minutes, il tombe sur plein de boites et paquets remplis d'une écriture compliquée et décide de faire simple en sortant quelques œufs d'un frigo. Ça au moins, il est sûr de savoir ce que c'est. Il ne met pas longtemps à trouver une poêle et comment fonctionne la plaque devant lui.
Lorsqu'il entend des bruits de pas dans son dos. Il se retourne prudemment, prêt à défendre bec et ongle son prochain repas parce que oui, personne ne se mettra entre lui et sa future omelette.
Il est surpris de tomber nez à nez avec Aomine qui est visiblement trop nerveux pour dormir.
Ça lui rappelle son premier championnat sérieux, il était tellement sur les nerfs qu'il avait eu du mal à dormir. Mais pas avant que la compétition ne commence.
Magnanime, il sort deux assiettes et partage en deux son plat et Aomine attrape une chaise pour se poser face à lui. Dans la seconde qui suit, il se plonge avec voracité sur son assiette avant de se redresser visiblement très satisfait de son plat.
- Nerveux ?
Aomine le regarde et acquiesce. Jonas le regarde en soupirant.
- Tu comprends rien à ce que je te dis.
Aomine acquiesce avec la même énergie.
C'est bien ce que je croyais, pense Jonas.
- Tu sais, avant d'arriver, je pensais qu'on était pareil. Mais en fait on est très différent.
A vrai dire, le fait qu'il ne comprenne pas grand-chose à ce qu'il raconte l'arrange bien.
- Toi, t'as besoin de lever la tête vers un but pour progresser alors que moi, j'ai besoin des regards tournés vers moi pour me dépasser.
Il lui tend sa propre assiette qu'Aomine dévore comme si c'était la meilleure chose qu'il ait jamais mangé.
Je suis le dernier des arrogants, pense-t-il, et Louise a quand même réussi à me donner un rôle dans l'équipe, alors je ne doute pas qu'elle arrive à faire quelque chose de toi.
En pensant à Louise, une idée lui traverse la tête.
- Suis-moi, dit-il en accompagnant ses paroles d'un geste et d'un grand sourire idiot …
Salle commune
7h24
Louise regarde en serrant les dents la table et sa tasse désespérément vide. Tous les joueurs avaient pris une distance de sécurité plus que raisonnable et la moitié du personnel de l'hôtel avait défilé devant elle pour s'excuser platement.
Ils ne comprenaient pas comment tout leur stock de café avait mystérieusement disparu.
A la nième excuse, elle arrête le gérant de l'hôtel d'un geste et se lève brusquement de sa chaise et jette un regard effrayant à ses joueurs. Ils détournent tous la tête nerveusement. Les yeux plongés dans son bol de chocolat, Aomine est curieusement en train de sourire.
Et bien sûr, le coupable n'est pas encore levé.
- JONAS !
Quelques minutes plus tard, le grand ailier du Barça est obligé de s'excuser platement, en japonais phonétique, tête humblement baissée devant tous le personnel de l'hôtel sous le regard intransigeant de Louise qui tient sa tasse de café comme si sa vie en dépendait en menaçant Jonas de tout un tas de choses que ni Akashi ni Midorima ne comprennent.
Ils peuvent bien mettre les mots bout à bout, mais pas les comprendre.
Et une chose est sûre, vu la façon dont Jonas obéit, lui les comprend.
Terrain extérieur
8h13
Kise s'avance avec un petit sourire qu'il n'arrive même pas à réprimer. Une nouvelle matinée d'entraînement avec Kuroko et il sait déjà comment elle allait commencer et surtout comment elle allait finir.
Son sourire s'agrandit encore un peu plus.
Il allait copier les joueurs espagnols face à deux autres joueurs, Hyuga et Midorima aujourd'hui, pendant que Kuroko observerait chacun de ses mouvements. Puis au bout de deux heures, il ne tiendrait plus debout, ses deux adversaires seraient trop épuisés pour le ramasser et Kuroko qui n'avait pas bougé pendant des heures accourrait pour éviter qu'il ne tombe pour l'aider à atteindre la douche du gymnase.
Il avait toujours adoré entourer Kuroko de son affection débordante mais quand c'est lui qui l'aide à avancer, sincèrement inquiet de son état, c'est véritablement électrisant.
Il n'arrive même pas à se sentir coupable d'en profiter un peu.
Et oui, il est de plus en plus atteint.
Mais ce matin, il voit son petit stratagème s'effondrer quand Kuroko les rejoint sur le terrain.
- Kuroko ?
- Je crois que je suis prêt à tester ma nouvelle technique, dit-il en se concentrant sur le ballon.
Kise en perd son sourire une seconde. Mais la simple idée de voir une nouvelle technique de Kuroko le lui redonne bien vite.
Le joueur de l'ombre se place devant lui avec le sérieux des plus grands matchs, ce qui attise son amour du défi, de la compétition au plus haut point. Il a terriblement envie d'être à la hauteur.
- Je suis prêt !
Kuroko laisse un mince sourire effleurer ses lèvres devant son enthousiasme, aussi furtif qu'éblouissant aux yeux de Kise.
- Moi aussi, répond Kuroko.
Son ton est toujours aussi calme mais une flamme dévorante illumine son regard. Kise prend le style du pivot, celui qui possède le jeu le plus démarqué et personnel de l'équipe d'Espagne.
Concentre-toi ! se répète comme un mantra Kise en fixant Kuroko comme si sa vie en dépendait.
Il s'élance quand soudain…
Kuroko disparaît littéralement de sa vue.
Et il met une seconde à se rendre compte que son ballon aussi.
Second terrain extérieur
9h23
Jonas observe Kagami et Aomine qui tiennent à peine debout. Et pour être honnête, il commence à être lui aussi vraiment fatigué. Mais pas au point de perdre contre ses deux idiots qui semblent être plus que ravis de perdre duel sur duel.
Mais ça commence à devenir véritablement difficile de se battre sur les deux fronts. Et ces deux gamins ont de l'endurance à revendre.
Il s'arrête une seconde après un dernier dunk pour récupérer sa bouteille d'eau lorsque son portable vibre dans son sac. Curieux, il jette un œil à son écran et se précipite.
- Stéphane ! Ca fait un bail !
- Jonas, je parie que t'y es déjà ?
- Yep, depuis hier.
- Si j'avais pas un match ce soir, j'y serai déjà, répond-il.
- Je m'en doute, répond Jonas.
- Alors t'en pense quoi ?
Jonas rigole nerveusement un peu gêné.
- Pour être honnête, je ne me suis intéressé qu'aux deux ailiers forts.
- T'es le pire des éclaireurs, Jonas, soupire Stéphane.
Jonas rigole une seconde :
- Me dit pas que tu les prends autant au sérieux !
- Bien sûr que si, je les prends au sérieux, rétorque Stéphane. Ils ont trois gros avantages sur nous et…
- Trois…
C'est marrant, c'est exactement ce que disait Louise hier…
- Le premier, c'est le nombre. On est cinq contre une équipe entière. Si l'équipe est soudée, Louise pourra faire tourner les effectifs et tenir le match sur la longueur.
Jonas acquiesce. Le gros problème des équipes amateurs, même les meilleures, est l'endurance.
- Le second, c'est leur sixième joueur. Quand Louise m'a dit qu'elle acceptait de s'occuper d'eux, j'ai regardé tous les matchs que je pouvais trouver et crois-moi ce gosse, il est dangereux. Avec Manu, on est restés scotchés devant ses techniques.
Manu Ginobili, l'équipier de Stéphane, le coach de l'équipe d'Argentine, l'un des meilleurs 6ème joueurs de toute l'histoire de le NBA, l'avait remarqué. Il faut qu'il s'intéresse de très près au phénomène.
- Le troisième, c'est Louise. C'est peut-être une partie d'entraînement mais elle mettra tout sur la table pour nous battre. Elle nous connaît mieux que personne et le mot défaite fait pas partie de son vocabulaire.
Jonas sourit parce qu'il n'avait pas vraiment envisager les choses ainsi. Ils allaient jouer contre Louise. Cette simple évidence le fait trembler d'impatience.
- Stéphane, est-ce que t'as réussi à conclure le deal ? demande Jonas en reprenant tout son sérieux.
Il ne répond pas tout de suite, mais Jonas devine sans problème son petit sourire discret s'épanouir sur son visage.
- J'ai fait bien mieux que ça, dit-il. Je t'expliquerai de vive voix demain.
Alors qu'il raccroche son portable, il se sent de nouveau plus que prêt à mettre une bonne raclée à ces deux gosses qui s'impatientent.
Il irait voir ce sixième joueur un peu plus tard.
Terrain extérieur
10h45
Sous les yeux de Hyuga et Midorima, le miracle se renouvelle à chaque fois. Kise s'avance ballon à la main et Kuroko se dresse devant lui. Et soudain, Kuroko disparait et vole le ballon avec une facilité incroyable.
- J'ai beau le savoir qu'il est hors norme, je suis toujours aussi surpris quand je le vois faire un de ses nouveaux tours de magie! s'exclame Hyuga.
Midorima encore choqué par la démonstration acquiesce en hochant la tête. Même lui, après avoir été son équipier pendant trois ans, il est vraiment étonné.
- Je me demande ce qu'il se serait passé, continue Hyuga, si Kuroko avait accepté la proposition de Kise.
- Quelle proposition ? demande Midorima curieux.
- Kise a débarqué au début de l'année au club de basket pour demander à Kuroko de rejoindre son club de basket. On commençait juste à comprendre le potentiel de notre ombre et sa proposition nous paraissait un peu étrange. C'était un membre de la génération miracle et il lui avait fallu moins d'une minute sur le parquet pour montrer sa supériorité sur notre as.
- Ca ne m'étonne pas, il a toujours eu le besoin de se donner en spectacle.
Mais pour être honnête, Midorima est surpris que Kise ait pu mettre sa fierté de côté pour demander à Kuroko de rejoindre Kaijo. Imaginer Kuroko portant le bleu de Kaijo ouvre tout un tas de possibilités terrifiantes.
- Pour sa défense, dit Hyuga, c'est Kagami qui l'avait provoqué.
- Ca ne m'étonne pas non plus, rétorque Midorima.
Tous les deux, dans un synchronisme parfait rehaussent leurs lunettes sur leur nez en soupirant.
Et Midorima n'est pas vraiment surpris quand il voit Kuroko dépasser ses limites et commencer à vaciller sur le terrain et Kise accourir avant qu'il ne tombe sur le sol.
Alors que Kuroko s'appuie sur Kise, il murmure quelques mots qui ne leur échappent pas.
- Je crois qu'avec un peu de travail, j'arriverai à faire ça devant n'importe quel joueur.
N'importe quel joueur, pense Midorima, une goutte de sueur perlant sur sa tempe.
Même Kise.
Ou lui.
Gymnase principal
11h10
Assise dans les tribunes, Louise regarde les joueurs se lancer dans une partie d'entraînement et elle observe avec attention Akashi.
Il lui avait demandé de pouvoir s'absenter à midi pour régler une affaire importante. Et ça avait l'air vraiment important.
Akashi a l'air un peu plus serein que pendant leur conversation d'hier. Mais elle peut deviner sans peine les doutes qui s'agitent dans son esprit. Et cela se ressent un peu trop sur son jeu.
Lorsque les portes du gymnase s'ouvrent en grand sur Kise soutenant un Kuroko mal en point suivi de Hyuga et Midorima.
- Coach ! s'écrit Kise. Kuroko a réussi !
Midorima et Hyuga acquiescent d'un hochement de tête approbateur.
- Et il pense être capable de le faire pour n'importe quel joueur avec un peu de travail, annonce Kise avec fierté.
Louise est plus qu'étonnée. Mais elle remarque aussi que Kuroko n'est pas suffisamment en forme pour se tenir debout seul.
Ni protester devant l'enthousiasme de ses équipiers.
- Kise, t'amènes Kuroko à la douche et tu l'accompagnes jusqu'à sa chambre pour qu'il reprenne des couleurs et cette après-midi, il nous fera une petite démonstration.
Puis elle se tourne vers Midorima et Hyuga.
- Vous vous reprenez l'entraînement avec nous. Hyuga, tu prends la place d'Akashi, Midorima tu joues dans l'autre équipe. Kise, on t'attend.
Kise ne se fait pas prier pour amener Kuroko dans les vestiaires. Il le dépose avec délicatesse sur le banc et récupère une tenue de rechange dans ses affaires.
Encore hors d'haleine, Kuroko tente de reprendre son souffle et Kise s'assoit à ses côtés.
- Tu viens encore de me surprendre, ta technique est incroyable, dit-il.
- C'est grâce au coach, dit-il, avec ses conseils et ses exercices, et à toi avec tes copies incroyables.
Kise sourit en relâchant lentement son emprise sur Kuroko. Il est loin de minimiser son rôle ou celui des conseils de la coach dans cette technique mais il sait bien que c'est encore une preuve du génie du joueur de l'ombre.
- T'arrivera à prendre ta douche tout seul, s'inquiète Kise.
Kuroko réfléchit réellement à la question :
- Ca devrait aller.
- Je vais quand même garder un œil sur toi au cas où ? dit-il avec un sourire beaucoup trop grand.
Mais Kuroko ne l'écoute pas, trop appliqué à mettre ses dernières forces dans le simple fait d'enlever ses habits et se tenir debout sous le jet d'eau fumante.
Kise ne loupe pas une seule seconde du spectacle offert.
Il connaît tous les critères de la beauté d'un point de vue rationnel. C'est son travail après tout. La taille, la symétrie des traits du visage, les muscles harmonieux, il connait très bien tous les critères qu'on attend d'un mannequin, il y correspond parfaitement.
Tous ceux qui travaillent avec lui y correspondent et ils finissaient par tous se ressembler.
Kuroko n'a rien de tous ses critères.
Petit, fin, sans réel muscle, une peau diaphane, un regard clair et toujours impassible, un beau visage sans être époustouflant.
Et pourtant un seul regard sur ce petit corps fragile qui se dévoile devant lui et son cœur s'accélère brutalement.
Oui, il est complètement perdu. Et il constate un peu plus à quel point chaque jour.
La douche ne dure pas et Kuroko s'habille rapidement.
- Je peux y aller tout seul, tu n'as pas besoin de m'accompagner, dit Kuroko.
- La coach m'a dit de t'accompagner et je ne compte pas désobéir.
Ce qui pour une fois l'arrange bien, pense Kise en passant son bras sous ses épaules pour l'aider à se relever. Il regrette que l'hôtel ne soit qu'à cinq minutes du gymnase tout en forçant Kuroko à prendre appui sur lui.
Ce simple contact l'électrise et il repense à toutes ses nuits qu'il avait passées avec Kuroko dans les bras sans en profiter. Quel idiot !
Lorsqu'ils arrivent devant la porte de sa chambre, Kuroko cherche dans ses poches fébrilement à la recherche de ses clés.
- J'ai perdu mes clés ! s'exclame-t-il.
Et c'est uniquement parce qu'il le connait bien qu'il décèle la lueur de panique dans ses grands yeux. Kise lui sourit, sortant ses propres clés.
- Ne t'inquiète pas, on les retrouvera vite, dit Kise en ouvrant sa propre chambre.
Il pose Kuroko sur son propre lit sans lui laisser le temps d'ouvrir la bouche et rabat les couvertures consciencieusement.
- Reprend vite des forces, je retourne à l'entraînement.
Avant de quitter sa propre chambre, il jette un œil en arrière, Kuroko a déjà fermé les yeux et reste une seconde pour contempler le spectacle avec un sourire gourmand.
C'est pas exactement comme ça que je comptais te mettre dans mon lit, pense-t-il, mais c'est un début…
Gymnase principal
11h45
Louise observe l'affrontement avec intérêt. Himuro contre Hyuga. Comme elle s'y attendait, Himuro a un vrai talent pour mener une équipe. Pas au point de surpasser le capitaine de Seirin mais il se débrouille vraiment bien.
Perdue dans ses réflexions, elle sursaute lorsque son téléphone se met à vibrer. Elle regarde l'écran en souriant avant de décrocher :
- Joël ?
- Je suis paumé…
Quelque part dans le métro
Quelques minutes plus tôt
Et merde…
Un grand brun au regard clair soupire en arpentant les couloirs du métro. Non pas grand, immense, et il s'avance dans lune foule qui s'écarte rapidement des pas nerveux de ce géant étranger.
Il était sérieusement en train sur l'autel de quel Dieu colérique les ancêtres de ce peuple avaient craché pour qu'ils soient devenus tous aussi petits lorsqu'il avait tout simplement raté son arrêt.
Et après, les choses s'étaient compliquées.
Il s'arrête devant un plan du métro et tente de se repérer…
Et merde !
Il avait prévu d'arriver en avance et de surprendre Louise. Il avait bien noté le trajet pour se rendre à l'hôtel Okura. Il avait juste oublié un petit détail.
Un tout petit détail.
Non mais sérieusement, quelle civilisation censée pouvait bien choisir d'écrire avec des petits bâtons incompréhensibles ?
Ca faisait trop longtemps qu'il tournait en rond, il allait devoir se résoudre à appeler de l'aide !
C'est raté pour la surprise…
Quel idiot !
Il sort son portable d'un geste énervé et compose le seul numéro qu'il a jamais su par cœur.
- Joël ?
- Je suis paumé !
- Comment ça t'es paumé ?
- Je suis dans le métro.
- Comment ça t'es dans le métro…
- A Tokyo, enfin je crois…
Un long silence s'étire entre eux…
- Toi aussi, tu voulais me surprendre ?
- Comment ça moi aussi ?
- Envoie-moi la photo d'un plan et je viens te chercher.
- Non, dit-il un peu gêné, j'ai pas envie de perturber ton entraînement. Je t'envoie la photo et j'attends tes instructions.
Louise est plus touchée qu'elle ne serait le dire. Il avait toujours placé les intérêts de l'équipe au-dessus des siens. Et il fait la même chose avec cette nouvelle équipe, parce que c'est la sienne.
Louise regarde la photo qu'il lui a envoyé. Il n'est pas très loin de l'hôtel.
- Bouge pas Joël, je t'envoie quelqu'un.
- OK et comment je le reconnaîtrais ?
Louise jette un œil à Midorima avec un petit sourire.
- T'inquiète, tu pourras pas le louper.
Joël raccroche en soupirant, s'assoit sur le banc présent sur le quai en regardant les métros défiler, lorsqu'une petite fille s'assoit à ses côtés avec une crainte respectueuse dans le regard.
- Dis Monsieur, t'es un géant ?
Joël lui lance un regard blasé. La seule personne qui lui parle et dans un langage qu'il ne comprend pas, c'est une gamine haute comme trois pommes qui le prend pour un personnage sortit d'un conte de fées…
Sa mère catastrophée ne sait pas comment réagir. Et il finit par s'avouer vaincu devant l'enthousiasme naïf de la petite fille qui ne voit pas l'affolement de sa mère et continue à le regarder comme un être fabuleux sorti d'un monde imaginaire.
Il passe sa main dans ses cheveux noirs avec un petit sourire.
Café Bleu
11h57
Akashi prend une grande inspiration avant de rentrer dans le café.
Le regard froid du meneur espagnol l'avait hanté toute la nuit allant jusqu'à affecter son jeu ce matin. C'était subtil, les joueurs qui ne le connaissaient pas vraiment n'avaient rien remarqué. Heureusement que Shintaro, Daiki, Ryota et Tetsuya s'entraînaient à l'extérieur. Il n'aurait pas supporté leurs regards inquiets. Mais cela n'avait pas échappé à Atsushi, Ni à la coach.
Si tu te montres aussi pathétique devant eux, tu finiras par perdre de nouveau.
Cette voix froide et impitoyable qui naît des tréfonds noirs de son cœur ne fait que lui susurrer à l'oreille ses peurs les plus profondes.
Je n'ai plus peur de perdre.
Bien sûr que si, tu as peur de les perdre.
Les perdre.
Oui, il avait eu peur de les perdre et c'est pour cela qu'il avait commencé à changer. Il avait confondu la défaite avec le fait de perdre ceux qui étaient devenus ses amis. Ses premiers amis. Ses seuls amis.
Et même s'il n'est pas vraiment sûr de mériter encore le titre d'ami envers ceux qu'il avait tant fait souffrir, cette peur arrive encore à lui couper le souffle.
Il regarde sa montre avant d'entrer. Il est pile à l'heure, Akiko aussi. Il n'a pas de mal à la repérer avec ses cheveux blonds dans le café, assise à une table un peu à l'écart.
Elle le repère aussi facilement et lui retourne un grand sourire sincère qui le déstabilise une seconde. De la même façon que son frère, elle a deux sourires, celui qu'ils réservaient à leur travail, éblouissants mais mécaniques et faux. Et celui qu'ils réservaient à leurs passions et leurs amis.
Beaucoup plus rare et tellement plus beau.
Et s'il avait encore eu un doute sur le fait qu'il mérite encore le titre d'ami, il vient de fondre avec une petite partie de sa raison parce qu'il lui retourne le même sourire.
Mais Akashi peut sentir sa tension.
Et face à elle, comme la vision d'un jeu d'ombre, une jeune femme aux cheveux et aux yeux aussi noirs que ceux d'Akiko sont lumineux. Elles sont comme les deux faces d'une même pièce, l'une dans la lumière et l'autre dans l'ombre. Et lorsque la jeune femme se retourne vers lui pour le saluer, il constate que si elle ne ressemble en rien à son père, elle a le même regard.
Complètement impassible.
Il est absolument incapable de savoir ce qu'elle pense et les personnes qu'il ne déchiffrent pas facilement sont suffisamment rares pour être notées.
Il prend place à la table en observant attentivement la fille de son garde du corps qui leur parle du plan qu'elle avait mis en place.
- J'ai une proposition à transmettre de la part de l'entreprise de votre père, Akashi sama, une proposition qui pourrait arranger tout le monde.
Une proposition de son père.
Akashi est vraiment surpris et se méfie de tout ce que son père pourrait bien proposer. Il n'est sûr que d'une chose, cette proposition ne sera en rien désintéressée.
- Kise sensei, il vous propose de faire une démonstration de go et un cours au siège coréen de son entreprise à Séoul et en échange, il prendra à sa charge tous vos frais, mettra à votre disposition une assistante personnelle, moi-même, et réglera vos honoraires, dit-elle en lui donnant un contrat qui n'attend que sa signature.
Akiko observe avec attention le contrat avec étonnement. Elle sait très bien ce qu'une journée de travail pour une grande entreprise coûte, elle est dans le circuit depuis assez longtemps pour connaître les tarifs d'un pro. Et là, c'est presque indécent.
- Qu'est-ce que vous attendez de moi exactement pour une telle somme ?
- Rien de plus qu'une démonstration et un cours devant les cadres de l'entreprise pendant un séminaire qui se tiendra au siège le lendemain de la coupe Hokuto. Et je me chargerai personnellement de votre planning et de votre sécurité du moment où vous poserez un pied en Corée au moment où vous reviendrez au Japon.
Elle prend une pause et fixe Akiko avec ses grands yeux noirs.
- Je ne vous quitterai pas d'une semelle et je ne laisserai personne vous approcher suffisamment longtemps pour vous importuner.
Akashi comme Akiko peuvent presque sentir la température de la pièce chuter de quelques degrés en entendant la voix froide d'Akane.
Elle se lève en les saluant en se penchant imperceptiblement.
- La décision vous appartient.
Sans un mot de plus, elle prend congé en laissant Akashi et Akiko sans voix.
- C'est un phénomène que tu m'as envoyé, dit Akiko en rigolant nerveusement.
- Tu acceptes ? lui demande-t-il plus sérieusement.
Akiko examine le contrat avec suspicion.
- C'est plus que généreux, dit-elle.
- Mon père sait que tu gagneras la coupe et ce n'est pas cher payé pour une démonstration de la capitaine qui permettra à l'équipe du Japon de gagner enfin la coupe Hokuto. La plupart des employés de Séoul sont des japonais expatriés en Corée, faire une démonstration avec toi au sein de son siège sera un symbole fort pour le groupe.
- Et si je perds ?
- Mon père ne fait jamais de pari qu'il n'est pas sûr de gagner. Mais si tu ne gagnes pas, c'est que ton adversaire se sera surpassé et que cette partie sera époustouflante. Et digne d'un cours.
Akiko lui retourne un grand sourire, prend le contrat, sort un stylo et le signe sans hésiter.
Et pour la première fois depuis longtemps, Akashi sent les murmures sombres qui hantent ses moments de doute se taire.
Métro
11h 52
Midorima avance vers la bouche de métro d'un pas rapide.
La coach lui avait demandé d'aller secourir, ses mots propres, secourir Joël Martin. Joël Martin ! L'arrière des Golden State Warriors, l'équipier de son joueur préféré, la star des tirs à trois points, Stephen Curry.
Et pour la première fois de sa vie, il se sent autant nerveux qu'impatient de rencontrer un joueur. C'est même la première fois de sa vie qu'il est impatient de rencontrer qui que ce soit.
Et qui dit impatience, dit espoir. Et lui qui n'a pas l'habitude de ce sentiment nouveau se demande bien ce qu'il est en droit d'espérer d'une telle rencontre. Il sait que sur le terrain, il ne sera pas déçu. Ce français mérite sa place dans l'une des meilleures équipes de la NBA. Il l'avait repéré bien avant de savoir qu'il aurait la chance de pouvoir l'affronter sur le terrain.
A cette seule idée, un frisson d'excitation lui fait trembler la main alors qu'il entre dans la rame de métro.
Alors pourquoi se sent-il si nerveux à l'idée de le rencontrer en personne pour le guider jusqu'à l'hôtel ? D'autant plus qu'il ne devrait pas se laisser aller à espérer échanger plus que quelques mots, il n'avait jamais eu le contact facile avec les gens comme Takao ou Kise.
Et lorsqu'il voit, assis sur un banc, l'immense Joël Martin regarder les passants il se sent le dernier des imbéciles lorsqu'il se lève d'un bond pour lui tendre la main avec un sourire désarmant.
- Shintaro Midorima, dit-il, mon sauveur.
Il prend sa main, se retenant difficilement de ne pas s'incliner. Ce joueur est intimidant mais sa présence n'est pas aussi écrasante que celle de Jonas.
- Suivez-moi, lui dit-il en lui indiquant la direction.
- Je me sens un peu idiot de m'être perdu comme un gosse dit Joël. J'ai loupé un arrêt et j'ai cru pouvoir revenir facilement sur mes pas mais ça ne s'est pas passé exactement comme je le voulais. Je suis désolé de perturber votre entraînement.
- Ce n'est pas grave du tout, dit Midorima sincère.
- Je vous ai vu jouer, dit Joël. Vous trois points sont impressionnants et votre combinaison avec votre meneur d'une précision incroyable. J'avais du mal à penser que je regardais un match amateur.
Alors qu'ils s'installent dans la rame, assis en face l'un de l'autre, Midorima perd un instant tous ses moyens devant le compliment si franc et direct. Un compliment sur ses trois points venant d'un des équipiers de Stephen Curry, c'est presque trop beau pour être vrai. Un instant, il se demande s'il n'a pas perdu son français et qu'il n'entend que ce qu'il a envie d'entendre.
Mais même dans ses rêves les plus fous, il n'aurait jamais pu imaginer entendre un compliment aussi flatteur. Il n'a pas assez d'imagination pour ça.
- Merci, dit-il du bout des lèvres affreusement gêné.
- Alors dites-moi, c'est Jonas qui est arrivé en premier, n'est-ce pas.
- Il est arrivé hier, répond-il.
- Je parie qu'il a déjà tout fait pour se faire remarquer.
Midorima repense à la petite scène du matin en hochant la tête.
- A ce point, soupire Joël avec un petit sourire amusé.
- On peut dire ça, dit Midorima.
Joël le fixe avec curiosité.
- Dites, ils parlent tous aussi bien le français que vous dans l'équipe. Parce que vous n'avez même pas d'accent.
- Oh non, dit Midorima. Akashi le maîtrise beaucoup mieux que moi.
Joël le regarde avec incrédulité avant de rire.
- Vous blaguez, dit-il. Vous parlez aussi bien que moi.
- Ma grand-mère est française, dit Midorima. J'ai appris le français avec elle.
Et peut-être un de ses jours la cuisine, pense-t-il en se rappelant que si son père est considéré par tous comme un véritable chef, c'est parce que sa propre mère lui avait tout appris.
- Ca explique pourquoi vous êtes aussi grand, dit Joël pensif, vous avez échappé à la malédiction…
Quelle malédiction ? pense Midorima soudain curieux.
- Dites, demande Joël, vous pensiez que je ne vous reconnaîtrais pas.
Il regarde la petite tour de Tokyo qu'il porte dans sa main droite. Une tour qui ressemble à s'y méprendre à la tour Eiffel.
- C'est mon porte bonheur, répond-il.
- Moi aussi, j'en ai un, dit Joël en lui montrant un bracelet de fortune qu'il porte à son poignet. Le jour où on a gagné la finale de la NBA avec Stephen, à la fin de la dernière partie, après que le stade se soit vidé, on s'y est faufilé comme deux idiots pour découper les filets des deux paniers. On en a fait des bracelets tressés pour toute l'équipe et depuis, je ne le quitte pas.
Joël rigole, perdu dans ses souvenirs et Midorima ne peut pas réprimer son sourire parce qu'il entend parler de son joueur préféré aussi simplement, par quelqu'un qui l'appelle par son prénom et qui le traite d'idiot comme seuls deux équipiers peuvent le faire.
- Ce qu'on savait pas à l'époque c'est qu'il y avait des caméras de surveillance un peu partout dans le stade. Je vous dis pas la gueulante qu'on a reçu du coach et je crois que la vidéo de Stephen perché sur les épaules de son idiot d'équipier pour découper proprement les filets a du faire le tour du net. On a été la risée du monde du basket pendant des semaines.
Midorima se surprend à se retenir de rire franchement en imaginant la scène.
- Mais curieusement, ajoute Joël, la côte de popularité de Stephen s'est mise à monter en flèche après cet incident. Alors on a décidé que ces porte-bonheurs n'étaient pas si mauvais tout compte fait.
Midorima acquiesce d'un hochement de tête.
Soudain, il regarde les portes du métro se fermer avec une petite goutte de sueur perlant sur sa tempe.
Perdus dans sa conversation, ils viennent de louper leur arrêt…
Note de l'auteur :
Stephen Curry est en train de battre tous les records de trois points de la NBA... il est vraiment impressionnant. Il vient de gagner le championnat de la NBA, de devenir le MVP de l'année et sa côte de popularité vient d'exploser il y a peu, passant même devant celle de LeBron James en 2015.
Vous pouvez voir sur le net certains de ses concours de trois points et c'est impressionnant! Et à l'entraînement, il a réussi 77 tirs à trois points d'affilés...
