Titre : Un regard glacial.
Auteur
: Nandra-chan
Disclaimer
: Rien n'est à moi, sauf les prises de tête.

Note : Une fin alternative à l'arc d'Infinity. Je n'en dis pas plus pour ne pas gâcher le suspense. 12 chapitres.

Bah quoi ? C'est quoi ces têtes que vous faites ? Pourquoi y aurait que Fye qui devrait mourir hein ? Moi je suis pour l'égalité des chances et le partage… Heu… attendez ! c'est quoi ces regards là ? Pourquoi vous avez des gourdins à la main ? On peut en discuter si vous voulez, inutile de vous énerver comme ça :o) Allez, courage, on se rapproche de la conclusion. Je vais bientôt mettre un terme à vos souffrances. A toutes les souffrances.


La review des reviews :

Soren : Et elle rigole… Plus je les torture, et plus elle se gondole. Halala...

Molly : 'spice d'obsédée de la léchouille va, comment tu veux qu'il respire avec ça Kuro-chan ? Moi si Fye me faisait du bouche à bouche, je crois que je resterais en apnée pendant plusieurs minutes… juste pour faire durer
Yuushuu, Sedinette : Vous devriez discuter avec Molly, elle a ouvert un club de la léchouille :o)
Shini : attends, je vais trouver une revieweuse pour te réanimer, y a des fans du bouche à bouche ici.
PetiteSaki : ou bien Oiroke no Jutsu ?
Sakura Tsubaki : désolée de t'avoir déviée de tes activités :p (enfin, non en fait je suis pas désolée, j'en suis plutôt contente)
Etincelle : je crois que tout était dans ma réponse, donc, juste coucou en passant.
Sanji-kun : gomen… :o)

En tout cas : à tout le monde, MERCI !! trouver plein de reviews pour accompagner mon petit-déjeuner, j'ai a-do-ré !!!

Pour le lynchage, on clique sur reviews !!


Chapitre 10 – Agonie

Il faisait chaud et une odeur piquante d'herbes médicinales régnait dans la chambre baignée par la lumière des chandelles. La nuit était tombée. Kurogane reposait sur son lit, le teint cireux et de grands cernes violets sous les yeux. Le seul bruit qu'on pouvait entendre était celui de son souffle rauque, laborieux, et il faisait des efforts visibles pour s'obliger à respirer.

Il flottait dans un brouillard cotonneux qui atténuait ses perceptions. Il entendait des voix, distinguait des formes vagues : la princesse, un vieux type … Quelqu'un glissa un bol entre ses lèvres et lui fit avaler quelques gorgées d'un liquide brûlant et amer. Il toussa et en régurgita la moitié.

Il n'avait pas vraiment mal, simplement, ses poumons ne voulaient plus fonctionner d'eux-mêmes, et il était obligé de déployer toute sa volonté pour inspirer, expirer, et recommencer. Il avait l'impression que s'il s'endormait, sa respiration s'arrêterait immédiatement, et ce serait la fin.

Il glissait le long d'une pente douce, vers l'obscurité, et ne trouvait aucune prise pour arrêter sa chute. Il descendait lentement mais inexorablement vers une nuit, qui, il le savait, serait éternelle.

Mais il ne pouvait pas mourir tout de suite. Il lui fallait encore un peu de temps. Il avait encore quelque chose à dire au magicien. S'il était encore là. Il ne le voyait nulle part. Pourvu qu'il ne soit pas déjà parti… Il ne se souvenait pas de l'avoir aperçu ou entendu depuis qu'il l'avait ramené à sa chambre et déposé sur son lit. Il s'était penché sur lui, avait dit quelque chose que le guerrier n'avait pas entendu, puis il était sorti et il ne l'avait pas vu revenir.

- Fye…

Le médecin qui l'auscultait se releva, le visage sombre et fit un signe négatif de la tête à l'attention de la princesse qui se tenait à son chevet.

- C'est mauvais, dit-il. Ses poumons sont complètement congestionnés et il est à bout de forces. Ce serait miraculeux s'il passait la nuit.

Tomoyo blêmit et serra ses petites mains l'une contre l'autre, avant de lancer un regard de détresse en direction de l'homme qui s'était installé à même le sol, dans un coin sombre de la pièce. Fye n'avait pas fait un mouvement, ni prononcé un mot depuis qu'il été revenu avec elle, après avoir réanimé Kurogane à grand peine et l'avoir alertée.

- Fye-san, ne pouvez-vous vraiment rien faire pour l'aider ?

- Je suis désolé, Princesse. Je n'ai pas ce pouvoir. Sinon je ne resterais pas là, à le regarder agoniser…

Le guerrier tressaillit un peu en entendant cette voix et sourit faiblement. Son magicien était en colère, Tomoyo ferait bien de mesurer ses paroles. Quand il employait ce ton froid, ça ne présageait rien de bon. Mais il était là. Quel soulagement…

- Bien sûr, pardonnez-moi. Je sais que vous vous inquiétez, vous aussi. Mais je ne comprends pas, reprit la jeune femme, la voix tremblante, en se tournant à nouveau vers le vieillard. Il avait l'air un peu fatigué mais… ça…

- Il a attrapé une pneumonie, et il n'a rien fait pour se soigner. Je pense qu'il a dû déployer beaucoup d'énergie pour dissimuler son état à tout le monde.

- C'est de ma faute. Si je ne lui avais pas donné cet ordre, si j'avais vu qu'il était malade…

Fye eut un petit sourire ironique. Ça faisait mal, hein, de se sentir responsable de la mort de quelqu'un qu'on aimait ? D'être impuissant à sauver un être cher, de savoir qu'on allait le perdre mais de ne rien pouvoir faire pour déjouer le destin. Il n'était pas heureux de la voir triste, mais il ne s'apitoyait pas non plus sur elle.

Tout comme il ne se mentait pas à lui-même sur sa responsabilité. Il savait que Kurogane était malade, et c'était en connaissance de cause qu'il avait accepté le duel.

Il ne n'avait pas cherché à tirer profit de l'état de son ami, il avait dit oui parce que le ninja venait de lui faire un cadeau, il lui avait offert ce qu'il voulait depuis toujours, le choix de disposer de sa propre existence. Et le guerrier l'avait fait en sachant que son corps ne tiendrait peut-être pas mais il avait décidé de tenter quand même sa chance, de se battre pour une cause qui lui était chère, avec tout ce qu'il avait.

Seulement, ça n'avait pas suffi, et la maladie l'avait rattrapé au plus mauvais moment.

- Je m'en vais, dit le médecin. Je lui ai donné quelque chose pour le soulager un peu, mais je ne peux plus rien faire. Ce garçon est à l'agonie, et il n'a plus la force de se battre. Il ne survivra pas, et je crois… je crois qu'il n'en a pas envie. Je suis navré.

La princesse posa sa main sur celle de son homme lige et lui fit un petit sourire.

- Je vais raccompagner le docteur. Je reviendrai te voir.

Elle douta qu'il l'ait entendue. Ils quittèrent la chambre, laissant le mage seul avec le malade.

Fye quitta son recoin et vint s'agenouiller près de lui. Il attrapa un linge et essuya la sueur qui perlait sur le front de son ami en retenant un tremblement de colère. Encore une fois, il était la cause de la mort de quelqu'un qu'il aimait.

Je savais que tu étais malade, mais je ne pensais pas que c'était à ce point. C'est pour ça que tu ne m'as pas obligé à me nourrir, depuis trois jours, tu ne voulais pas que je m'en rende compte. Je t'ai bien entendu tousser, une ou deux fois, mais je pensais que c'était juste un coup de froid et que tu t'en remettrais, tu es solide. Je t'ai sous-estimé. Au niveau de la dissimulation, tu n'as rien à m'envier, tu as été très fort.

Pourquoi tu ne me l'as pas dit ? J'aurais pu attendre que tu guérisses, quelques jours de plus ou de moins n'auraient fait aucune différence, tu le sais non ? Tu sais que je ne veux pas que tu meures, tu l'as très bien compris. Alors pourquoi tu ne m'en as pas parlé ? Je pensais qu'on avait fini par se comprendre.

Les paroles de la princesse lui revinrent en mémoire : C'est de ma faute. Si je ne lui avais pas donné cet ordre… Bien sûr. Il l'avait oubliée dans l'équation, mais elle avait dû en avoir assez de cette situation, et ordonner à Kurogane de trouver rapidement une solution. Et il lui avait obéi, il n'avait pas le choix. C'était pour cette raison qu'il s'était enfermé avec lui dans la cellule et qu'il avait provoqué ce combat.

Fye serra les poings. Une boule s'était formée dans gorge. Tout était, une fois de plus, de sa faute. S'il ne s'était pas trahi quand il avait découvert que Kurogane était malade, s'il ne s'était pas confié à lui, s'il ne l'avait pas écouté, s'il avait pris la fuite au lui d'accepter ce combat, s'il ne lui avait laissé aucun espoir, aucune prise…

Et si, et si, et si… Fye, tu es pitoyable, là. Il a choisi, il a mûrement réfléchi, et il t'a coincé, reconnais-lui au moins cette victoire, il a réussi à t'amener exactement là où il le voulait. Alors arrête de geindre et assume la décision que tu as prise quand tu as accepté ce combat. Chacun de vous a fait ce choix librement. Oui, librement.

Oui, pendant un bref instant, il avait voulu faire confiance à son compagnon, croire qu'il serait assez fort pour rester en vie malgré l'aura de malheur qui l'entourait, malgré la menace constante d'Ashura, qu'il serait capable de se protéger, et de le protéger.

Oui, pendant quelques secondes, il avait espéré perdre leur combat. Pas seulement celui des armes, mais celui qui avait commencé bien plus tôt, celui de leurs deux volontés. Et transformer cette défaite en victoire, la victoire de la vie, sa vie, sur la mort.

Oui, pendant un moment de faiblesse, il avait pensé à lui. Il avait égoïstement voulu que, quel que soit l'avenir qui se dessinerait, l'image que son compagnon garderait de lui ne soit pas celle d'un lâche et d'un traître. Il avait choisi de préférer leur relation à leur survie.

Quelle folie avait-il commise ? Comment avait-il osé penser qu'il pouvait enrayer son destin ? Après tant d'années de lutte et d'échecs, n'avait-il donc pas retenu la leçon ? Et fallait-il encore quelqu'un paye pour sa stupidité ? Non. Pas quelqu'un. Lui. Kurogane. Celui dont il avait tant admiré la force, le courage et la volonté inflexible.

Kurogane. Sa Némésis, celui qui l'avait fait douter, s'interroger, celui qui l'avait le plus profondément déstabilisé. La personne la plus proche de lui, qui le comprenait le mieux, qui savait lire ses silences, interpréter ses regards, voir ce qu'il ne voulait pas montrer, son pire ami. Son meilleur ennemi, celui qui n'avait jamais eu peur de lui, qui le poussait dans ses derniers retranchements, celui contre qui il n'avait encore jamais gagné.

Celui qui allait mourir, et emporter avec lui les derniers rayons de lumière, les dernières lueurs d'espoir qui demeuraient dans son cœur. Tout était terminé.

Le malade s'agita et il se concentra sur lui. Il ouvrit les paupières en sentant des mains douces sur son front. Il eut du mal à fixer ses yeux sur le visage de son ami. Il sourit faiblement. Le dieu de la mort penché sur lui avait les traits d'un ange et un regard très doux, mais si triste...

- Fye…

- Je suis là.

- Tu… J'ai perdu. Tu as gagné. Pourquoi tu es là ?

- Il neige à nouveau. Je déteste la neige. C'est pourquoi je suis resté.

- Menteur.

- Oui.

- Je ne vais pas pouvoir… te tuer… pardon. Je voulais…

Il tendit la main vers son sabre, mais celle du mage se posa sur son poignet, et y resta.

- Je ne te le demande pas. En revanche, je peux te sortir de cette chambre, et… je peux faire ça pour toi, si c'est ce que tu désires. Dehors, juste toi et moi.

- Non, Fye… Tu dois partir. S'il te plait. Pars… maintenant.

Un silence. Le dernier. Une peau claire, glissant sur une peau mate. Pour la dernière fois.

Un dernier regard, azur et grenat mêlés, et le magicien se leva, puis se dirigea vers la porte, qui coulissa presque sans bruit.

- Adieu, Kuro-chan. Et merci.

- Je m'appelle… Kurogane.

Le ninja attendit que l'huis se referme sur la silhouette de son ami pour fermer les yeux et se laisser glisser dans le sommeil. Il avait perdu son combat, il avait perdu son mage, il avait tout perdu. Il ne voulait plus se battre, il ne voulait plus souffrir. Mourir dans son lit, c'était pitoyable, non ? Mais ce serait tout de même un soulagement.