Il faisait si chaud...

Kelly-Ann passa paresseusement une main sur son front humide alors qu'elle scrutait le camp indien, quelques mètres devant elle. Elle se demandait pourquoi elle avait accepté d'être là, ridiculement accroupie derrière un groupe de buissons touffus et épiant tout aussi ridiculement les indiens du camp. Elle n'était absolument pas dans la bonne tenue pour ces activités - Irène allait la tuer lorsqu'elle verrait dans quel état elle avait mis le slim blanc ivoire qu'elle lui avait prêtée - et cela faisait bien plus de trois heures qu'elle était là. Et ses jambes étaient en train de lui faire remarquer qu'elles n'étaient pas faîtes pour servir de coussins. Puis, elle se souvint que c'était Sherlock qui lui avait demandé et cela répondit à sa question.

Elle jeta un regard agacé au soleil harassant et s'astreint à se concentrer sur les allées et venues du camp. Kay n'avait rien vu de suspect. Et elle devait avouer que ça l'angoissait un petit peu, vu que c'était elle qui avait trouvé cette '' piste ''.

En effet, aux vues des très TRÈS nombreuses heures qu'elle avait passé à lire les travaux de son père par dessus l'épaule de celui-ci, debout sur le tabouret qu'il mettait toujours derrière son fauteuil, justement parce qu'il savait qu'elle aimait lire les histoires des différentes histoires amérindiennes. Appuyée contre le dossier de l'immense siège de Oscar Watson, se tenant sur la pointe de ses petits pieds, Kay se souvenait parfaitement de tous ce qu'elle avait vu.
Et plus particulièrement les légendes Apaches.
C'était l'obsession de son père, qui lui avait valu beaucoup de boutades de la part de lady Saoirse Watson, la mère de Kelly-Ann.

Elle s'ébroua, repoussant ses souvenirs d'enfance. Ce n'était pas le moment du tout ! Elle plissa les yeux - ne voyant pas grand chose à cause du soleil qui s'amusait à l'éblouir - et continua d'observer les indiens de la plus petite réserve indienne d'Arizona. Il ne se passait rien d'intéressant. Rien du tout. Nada.

Il se passa encore un peu plus d'une demi-heure avant qu'elle n'aperçoive ce qui l'intéressait : l'exact réplique de la description que Leonard Harrisson avait faîte de leur nouveau. C'était pour cela que c'était elle qui avait été envoyée sur le terrain (les autres attendaient tranquillement dans une chambre d'hôtel climatisée) et pas John-le-médecin-militaire-du-5ème-régiment-des-fusillés-du-Northumberland-Watson. Ce n'etait pas Sherlock non plus car elle reconnaissait encore mieux les visages que lui - bien que celui-ci ne l'avouerait jamais - et en plus il était bien trop grand. Il ferait tâche dans la nature tandis que Kay - petite et rousse - se fondait mieux dans l'environnement sec et chaud d'Arizona.

Elle suivit des yeux quelques minutes supplémentaires l'Indien. Taille moyenne, musculature sèche, traits acérés, peau brune et yeux sombres. Il portait une chemise bleu et un jean délavé. Elle l'aurait plutôt imaginé vêtu d'une sorte de ponchi et fumant le calumet de la paix mais il semblait que c'était un cliché cinématographique...

Lorsqu'il pénétra dans une des maisonsen gros rondins de bois qui constituaient le camp, Kelly-Ann se dépêcha de se lever - elle grima à en sentant ses jambes protester - et fila à l'anglaise (lol) à l'opposé pour rejoindre le 4x4 qu'ils avaient loués. Elle couru jusqu'au véhicule, s'y reprit à deux fois pour démarrer - saletés de mains humides ! - et rejoignit rapidement la route. Sa concentration ne s'émoussa pas d'un pousse jusqu'à l'hôtel. En effet, c'était vraiment perturbant de rouler du côté droit... et en plus, officiellement, elle n'avait pas son permis de conduire... alors elle prit bien garde à rouler doucement, à rester sur la bonne file tout du long et vérifia une demi-douzaine de fois si elle avait bien attacher sa ceinture. Elle n'eu l'impression de respirer que lorsqu'elle stoppa le 4x4 sur le parking de l'hôtel et qu'elle descendit.

La porte de la chambre était ouverte. Kay monta les marches le plus lentement possible - il faisait bien trop chaud pour faire quels qu'exercices supplémentaires que ce soit - et goûta avec délectation à l'air conditionné de la chambre lorsqu'elle entra. Il était là, et rien que sa présence fit oublier à Kay qu'elle voulait se plaindre de la chaleur. Elle se contenta de sourire et s'approcher :

- J'avez raison, l'Indien est là-bas.

- Je n'en ai jamais douté, lui assura Sherlock, dans sa position habituelle, mais sur le lit d'hôtel.

Elle ne sut pas s'il disait vrai, mais elle s'en fichait. Kelly-Ann avisa la bouteille d'eau posée sur la table, devant Lestrade qui étudiait une carte des environs, et se jeta dessus avec délectation. Elle avait si soif ! John passa une main dans ses cheveux en passant - elle en ronronna presque.

- Ça c'est bien passé ?

Elle hocha la tête tout en fixant Sherlock. Les mains closes sous son menton, il réfléchissait sûrement à la suite des événements tout en fixant le plafond miteux de la chambre. Il portait le peignoir qu'il avait apporté et son bas de pyjama et n'avait en ce moment pas grand chose d'un glorieux détective. Je l'observais encore, remarquant la façon dont ses boucles sombres tombaient sur son front, et à quel point ses mains étaient grandes. Elles devaient être froides aussi. Il ne l'avait jamais touchée. En tout cas pas sans gants, alors elle ne savait pas si sa peau était aussi douce qu'elle semblait l'être. Kay se demanda pourquoi il ne l'avait jamais touchée avant de se dire que c'était sans doute pour le mieux. Mieux valait cela que finir agenouillée dans la cuvette des toilettes comme ça lui était arrivé à maintes reprises à causes de mains trop entreprenantes. Un téléphone sonna soudainement dans la chambre et chacun sauta sur son téléphone.

C'était celui de John.

Il décrocha, la mine ravie.

- Bonjour, Marie... Oui, mais ici il est midi donc je dis bonjour... Ne dis pas ça... oui... oui... je vais bien et toi ?... Non, ça va... oui, ils sont tous là...

Les regards de Kay et Sherlock se rencontrèrent, à la fois perplexes et excités. Encore une ! Une nouvelle ! Le jeu allait pouvoir commencer, encore et encore ! Cette ''Marie'', donc John ne leur avait pas parlé - et qui, vu son air prudent lorsqu'il raccrocha - ne semblait pas vouloir le faire sans y être obligé, allait être leur nouvelle distraction lorsque cette enquête serait fini et que Sherlock s'ennuierait. Mais ils n'y étaient pas encore et pour l'instant le plus important était de résoudre l'enquête.

Ce que Sherlock semblait particulièrement pressé de faire alors qu'il sautait sur ses pieds pour embrasser du regards ses trois comparses. Vu son regard fiévreux, il allait leur sortir le plan le plus tarabiscoté et rocambolesque qu'ils aient jamais entendu. Il ouvra la bouche et Kay s'attendit dores et déjà à être étonné et à faire fonctionner ses neurones :

- J'ai besoin d'un calumet.

.

Ce n'était pas vraiment ce à quoi ils s'étaient attendus. Mais à quoi fallait-il s'attendre avec le facteur Sherlock dans l'équation ? Toujours est-il qu'ils étaient maintenant grimes comme jamais et patientant à l'entrée de la réserve. Ce camp était connu dans la région pour être petit et très secret, on ne savait pas vraiment ce qui se passait là-bas et on ne voulait pas savoir. Par contre, il était connu dans la police locale pour être un vrai nœud de problèmes en tout genres. Drogues, bagarres, alcools, et pratiques illicites dans la plupart des états d'Amérique (merci à la carte de visite de Mycroft qui délie beaucoup de langues). C'est pour cette raison que Sherlock était déguisé en junkie en manque, que John et Kay avait l'apparence de deux bikers revêches et que Lestrade conduisait tout ce petit monde sous les traits d'un dealer plus vrai que nature - il fallait que Kelly-Ann pense à lui demander ce qu'il faisait avant d'être flic.

- C'est ridicule, gromela Lestrade.

- Je vous assure que vous étés très crédible, dit Sherlock tout en observant tout ce qu'il voyait de l'entrée du camp. J'aurais presque peur de vous si je ne connaissais pas votre bêtise et votre incompétence. - regard noir de John - Excusez ma grossièreté, lieutenant, je dois être sur les nerfs.

Il marmonna quelques mots dans sa barbe. Kay était appuyée sur la moto qu'ils avaient loué à un vrai biker, en ville. Il faisait toujours chaud, et en plus elle était habillée comme une...flûte (oui oui j'ai bien mis le mot flûte à la place de pute). La suite promettait d'être affreusement excitante et elle s'efforça de se remémorer le comportement des poulettes de motards qu'elle avait espionné dans le bar, plus tôt dans l'après-midi. Facile, il suffisait de la fermer, de prendre un air méchant, et d'agir comme si on préférerais mourir plutôt que gâcher une seule goutte de whisky.

Lestrade était toujours en train de gromeler, puis il dit plus fort, commençant à être légèrement inquiet quant à la suite des évènements :

- Mouais, vous ne pouvez tout de même pas dire que...

- Taisez-vous ! ordonna à mi-voix le détective. Quelqu'un vient.

Les faces sombres de cinq indiens apparurent et se plantèrent devant eux, les jaugeant avec méfiance avant de dire :

- Le Grand Chaman vous attends.