Coucou tout le monde !

Et c'est parti pour le chapitre 9 !

Encore un grand merci à : chapou69 (toujours au rendez-vous), melle x contente que ça te plaise toujours !), Charliee3216, et Shostakovitch. Vos reviews sont toujours si agréables à lire...

Bonne lecture !

Bises

Peaseblossom


Chapitre 9

De mal en pis

Drago s'éveilla au son de la respiration d'Hermione. Un maigre rayon de soleil entrait par la fenêtre. Ils n'avaient pas fermé les rideaux la veille. Il tourna la tête. Hermione dormait encore. Elle lui tournait le dos et ses cheveux s'étalaient en vagues sur l'oreiller et sur ses épaules dénudées. Des images de la nuit lui revinrent à l'esprit. La robe de la jeune femme et ses propres vêtements gisaient en tas sur le sol. Il se surprit à sourire. D'une main, il joua avec une boucle brune. Il resta là un long moment, à observer son dos pâle.

Il n'arrivait pas à se rappeler quand tout avait changé. Un mois auparavant, ils étaient encore les ennemis de Poudlard. Elle était l'héroïne de guerre et lui le vaincu emprisonné. Elle était Granger, et il était Malefoy. Celui qui lui aurait alors dit que cela allait se terminer de cette manière, il l'aurait jugé bon pour Sainte-Mangouste.

Hermione remua et soupira. Elle se retourna et lui fit face.

« Bonjour, murmura-t-elle. Bien dormi ? »

Il sourit.

« Pas assez, je crois. »

Elle sourit à son tour. Elle ramena les couvertures sur ses épaules.

« Ça, c'est de ta faute. Ça va mieux ? »

Elle passa doucement la paume de sa main sur la pommette qu'elle avait soignée la veille. Il hocha la tête. La jeune femme se nicha contre lui et suivit du doigt sa clavicule jusqu'à l'épaule, où elle se mit pensivement à dessiner des arabesques. Il glissa une main sur sa hanche.

« Ce n'était pas une bonne idée, hein ? » souffla-t-il.

Pourtant, il n'avait pas la moindre envie d'y réfléchir. Il se sentait bien. Étonnement bien. Il ne voulait pas que cela cesse.

« Pas une bonne idée du tout, renchérit-elle. Ça pourrait jouer contre toi, à ton procès, si ça venait à se savoir. Ils pourraient même décider l'invalidité de la tutelle et te refiler à quelqu'un d'autre. Et moi, j'aurais un blâme.

– Tu te sens obligée de parler tout le temps ? Un oui ou un non m'aurait suffi. »

Elle lui tira la langue.

« Je ne regrette rien, tu sais, glissa-t-elle en recouvrant brusquement son sérieux. Mais il vaut mieux que personne ne sache. »

Elle avait raison bien sûr. Ç'aurait été stupide de tout gâcher maintenant.

« Je sais. En attendant... »

Un sourire sournois étira ses lèvres et il mordilla son oreille. Elle rit. Il dévora son cou, remonta jusqu'à son menton et embrassa ses lèvres. Soudain, elle se raidit.

« Par les caleçons de Merlin, il est déjà une heure ! » s'écria-t-elle.

Il s'écarta, sonné. Elle repoussa les couvertures, attrapa sa baguette et son peignoir vola vers elle. Elle enfila le vêtement et se leva. Elle courut vers la porte puis se ravisa. Elle revint s'asseoir au bord du lit, se pencha sur lui et l'embrassa.

« Désolée, mais j'ai promis à Andromeda de venir chercher Iris vers quatorze heures. Et il faut qu'on passe voir ta mère avant. »

Elle l'embrassa de nouveau et sortit. Il s'enfonça dans l'oreiller et ferma les yeux. Une minute après, il entendit la douche se mettre à couler.

Un miaulement impatient le tira de ses pensées. Il releva la tête. Pattenrond l'observait d'un regard désapprobateur, assis sur le seuil de la chambre.

« Qu'est-ce qui t'arrive, boule de poils ? »

Le chat miaula de nouveau. Drago leva les yeux au plafond.

« Tu ne vas pas m'en vouloir pour ça, tout de même. Elle est aussi responsable que moi. »

Le chat l'ignora royalement et sortit en trottant. Il se leva. Il ramassa pensivement les vêtements abandonnés sur le sol et alla s'asseoir sur le fauteuil, face au grand miroir ovale.

Hermione et lui. Était-il amoureux ? Le mot sonnait tellement bizarrement à ses oreilles. Il n'avait jamais été amoureux, on ne lui en avait pas laissé le temps. Comment savoir ? Comment savoir si toute l'euphorie qu'il ressentait venait d'un manque enfin comblé ou d'un désir passager ?

Il n'avait pas bougé quand la jeune femme revint une dizaine de minutes plus tard, en peignoir, la peau encore humide.

« Tu peux y aller, indiqua-t-elle. Je t'attends dans la cuisine. »

Il acquiesça et se rendit dans la salle de bain, pleine de buée, emplie du parfum du gel douche d'Hermione. L'eau chaude dénoua ses muscles et il se laissa glisser dans une bulle de bien-être. En sortant de la douche, il jeta un œil à sa pommette. Il y avait toujours une légère ombre violacée, mais ce n'était pas douloureux.

Peu après, il rejoignit la cuisine où flottait déjà l'odeur du café. Ils prirent un brunch rapide, en silence. Mais ce n'était pas un silence pesant. De temps à autre, leurs regards se croisaient, et l'étincelle de malice qu'il voyait dans les yeux d'Hermione le faisait sourire. Il souriait trop, et comme un idiot, qui plus est. Il détestait ça. Mais c'était plus fort que lui.

Hermione laissa la vaisselle se faire et alla directement dans l'entrée, déterminée à partir le plus tôt possible.

Il était tard quand ils furent enfin prêts à partir. Trop tard. Et la jeune femme trépignait. Ils transplanèrent directement au manoir. Elle le laissa devant les grilles.

« Je vais chercher Iris. Je reviens tout de suite. »

Elle se détourna pour partir mais il la rattrapa par le bras.

« Hermione... »

Elle se mordit la lèvre, en jetant un regard autour d'eux.

« Pas ici, » murmura-t-elle.

Elle lui adressa un regard d'excuse et s'écarta.

« A tout de suite. »

Et il se retrouva seul, devant les grilles. L'idée de l'attendre là l'effleura. Mais au fond de son esprit traînait le souvenir de cet Ange de la Vengeance qui faisait justice lui-même. Un assassin rôdait tout seul dans la nature, et il se savait repéré. Attendre seul n'avait rien d'une bonne idée. Il remonta donc l'allée bordée de buis et heurta la porte de la grande demeure blanche.

Sa mère lui ouvrit, comme la veille au soir.

« Oh Merlin ! » murmura-t-elle.

Elle tomba dans ses bras, le serrant contre elle à lui en couper le souffle.

« Tu es revenu. J'ai cru...

– C'était un malentendu. Bonne année, Mère. »

Elle s'écarta et le regarda d'un œil suspicieux. Le léger hématome qui persistait sous son œil ne lui échappa pas.

« Ils t'ont blessé.

– Ce n'est rien. Ça aurait pu être pire. »

Elle le fit entrer et elle l'emmena directement au jardin d'hiver. C'était une vaste pièce, pleine de plantes plus ou moins exotiques, et d'orchidées multicolores. De temps à autre, un gazouillis d'oiseau emplissait la pièce de ses notes joyeuses. Une grande verrière au plafond laissait voir toute l'étendue du ciel nuageux où perçait parfois un froid rayon de soleil. Ils s'installèrent dans deux fauteuils de velours rouge passé et elle servit le thé.

« Je m'étonne qu'ils t'aient laissé sortir si rapidement, » remarqua-t-elle en lui tendant une tasse.

Il laissa les effluves odorants envahir son nez. Le thé que commandait sa mère était le meilleur du monde.

« C'est Hermione ... Granger, ajouta-t-il précipitamment, qui est venue me chercher. »

Elle ne répondit pas et se contenta de sourire. Elle avala une gorgée de thé et demanda :

« C'est elle qui t'a amené ? Je ne l'ai pas vue. »

Il acquiesça.

« Oui, mais elle est partie chercher Iris chez tante Androméda. »

Ils échangèrent quelques badinages sans importance. Jusqu'à ce qu'on frappe à la grande porte d'entrée. Narcissa se leva pour aller ouvrir. Il entendit vaguement quelques échos de discussion, puis elle revint, suivie d'Iris et d'Hermione.

La petite fille regarda autour d'elle avec de grands yeux émerveillés. Elle toucha une fleur du doigt, et sautilla de ravissement en voyant soudain la fleur se transformer en oiseau minuscule, pour s'envoler au sommet d'un arbuste. L'oiseau laissa échapper un trille joyeux et disparut dans le feuillage.

Hermione s'installa à côté de lui, Iris sur les genoux.

« Sois sage, mon ange, » glissa-t-elle à l'oreille de la fillette.

Ce faisant, elle ramena les cheveux blonds d'Iris sur une épaule et embrassa sa joue.

« Elle est adorable, » glissa Narcissa en lui servant une tasse de thé.

La jeune femme sourit.

« Je sais. J'ai de la chance. »

Elle attrapa sa tasse et apprécia à son tour les volutes odorantes.

« Drago aussi à de la chance, de vous avoir, » ajouta Narcissa, en tendant une tasse de lait et un biscuit à Iris.

Hermione sursauta. Drago détourna le regard.

« Je... C'était naturel. Il... Il ne méritait pas ce jugement.

– Je suis d'accord avec vous. Mais vous avez fait beaucoup pour lui. Trop, aux dires de certains.

– Ça, c'est encore à moi d'en juger, se rebella-t-elle.

– Quoi qu'il en soit, je vous en remercie pour lui. Je sais que mon fils n'est pas très doué pour montrer sa reconnaissance.

– Mère ! » s'indigna-t-il.

Narcissa sourit par-dessus sa tasse et la conversation prit un tour plus anodin. Drago sut qu'elle savait. Peu importait comment. L'instinct de sa mère dans ce domaine était infaillible. Mais son sourire énigmatique quand elle les observait à la dérobée, ces sous-entendus adroitement glissés au fil de la discussion ne lui laissaient aucun doute. Elle savait qu'il se passait quelque chose entre Hermione et lui, et il ne savait pas s'il devait s'en inquiéter ou pas.

L'après-midi avança. La nuit tomba rapidement, et Iris commença se tortiller sur les genoux de la jeune femme et à montrer des signes de fatigue. Ils prirent donc congé de Narcissa.

« Encore une fois, laissez-moi vous remercier de m'avoir rendu mon fils, souffla-t-elle à Hermione sur le seuil.

–C'est surtout Harry qu'il faut remercier, para Hermione. N'hésitez pas à passer à la maison, à l'occasion. Je suis certaine que Drago serait ravi de vous y accueillir.

– Évidemment, » affirma-t-il avec un regard réprobateur pour la jeune femme.

Elle lui adressa un sourire en coin, et s'engouffra dans la cheminée, tenant fermement la main d'Iris. Les transplanages étaient déconseillés pour les jeunes enfants, et Narcissa leur avait gracieusement offert l'accès à la grande cheminée du salon. Hermione et la fillette disparurent dans une gerbe de flammes vertes. Il se retrouva seul avec sa mère. Elle lui sourit et l'attira contre elle.

« Elle fera l'affaire, » lui glissa-t-elle à l'oreille.

Il parvint à garder suffisamment d'emprise sur lui-même pour ne pas virer à l'écarlate. Il disparut à son tour dans la cheminée.

Il bouscula Hermione en atterrissant dans le salon. Elle tenait Iris fermement contre elle, lui cachant le mur d'en face qu'elle fixait avec effroi. Tout était dévasté. Les fauteuils éventrés. Les tiroirs retournés. Les meubles renversés. Les plantes arrachées. Les cadres en morceaux sur le sol. Le sapin de Noël à terre. Pattenrond se tenait assis au milieu du carnage, la fourrure pleine de sang, miaulant de douleur.

« Qu'est-ce qui... »

Il s'interrompit en voyant le mur. De grandes lettres sanglantes, rageuses, dégoulinantes. Il se raidit. Il ne savait pas si c'était du sang, mais ça en avait tout l'air.

Je te tuerai. Tu ne m'échapperas pas.

L'Ange se vengera

Il regarda autour de lui, guettant la menace. Mais il semblait qu'il n'y avait plus personne. Juste une présence menaçante et invisible, couvant dans chaque lettre sanguinolente. Un poids tomba dans son estomac.

« Maman, qu'est-ce que c'est ? protesta la petite fille.

–Tu ne regardes pas, Iris. Emmène-la, fit-elle en se tournant vers Drago. 23, impasse du Phénix. Tout de suite. »

Il prit la main de la fillette sans hésiter, saisit une poignée de poudre de cheminette, entra dans l'âtre et dicta l'adresse. S'éloigner. S'éloigner au plus vite de cette promesse de mort. Le salon ravagé s'effaça derrière un rideau de flammes vertes.

Ils atterrirent dans un autre salon, à la lumière tamisée. Il reconnut Potter à ses cheveux noirs, allongé sur le canapé, la chemise à moitié défaite, absorbé dans le décolleté de sa femme et la main courant sur son ventre proéminent.

D'une main, Drago cacha les yeux d'Iris et il toussa bruyamment. Ginny lâcha un cri. Potter se redressa brusquement et bondit sur sa baguette.

« Heureusement que je ne suis pas venu vous assassiner, » se moqua-t-il.

Mais le cœur n'y était pas. L'image de ces grandes lettres de sang s'était ancrée sur sa rétine.

« Mais arrête, Drago ! Je veux voir ! » s'indigna Iris.

Elle enleva la main de Drago et lui jeta un regard assassin. Puis voyant qu'il ne se passait plus rien, elle se tourna vers lui.

« Qu'est-ce qu'il faisait avec Ginny, Harry ? » lui demanda-t-elle.

Merlin tout-puissant, pourquoi fallait-il qu'elle lui pose la question à lui ? Il regarda vers Potter qui pouffait dans son coin en boutonnant sa chemise. Il le fusilla du regard.

« Heu... Est-ce que ta mère t'a expliqué comment on faisait les bébés ? » interrogea-t-il, gêné.

Elle secoua la tête.

« Ah. Alors tu lui demanderas. »

Aussitôt, une gerbe de flammes vertes embrasa la cheminée, et Hermione apparut, préoccupée, les bras encombrés de Pattenrond. Elle posa le panier au sol et le chat miaula.

« Maman, comment on fait les bébés ? » demanda Iris en se précipitant sur elle.

Elle rattrapa la petite fille au vol en fronçant les sourcils.

« Qu'est-ce que je suis censée comprendre ? » demanda-t-elle, en leur jetant un regard inquisiteur.

Personne ne répondit. Ginny étouffa un rire et Potter détourna la tête, en se mordant la joue pour ne pas rire.

« Écoute, trésor, marmonna Hermione, on verra ça plus tard. J'ai des choses importantes à régler.

– Importantes comment ? demanda Potter. Ça ne pouvait pas attendre demain ? »

Il jeta un regard rapide à Ginny.

« Non, Harry, répondit-elle avec un regard appuyé. Ça ne peut vraiment pas attendre demain.

– Oh. Un lien avec l'affaire ?

– Pas un lien, Potter, intervint Drago, une complication. »

Hermione se pinça l'arête du nez, Iris dans les bras. Ginny dut comprendre la gravité de la situation et adressa un sourire à la petite fille.

« Tu viens avec moi, Iris ? J'ai quelque chose à te montrer.

– Ginny, ce n'est pas la peine de te fatiguer, je peux... plaida Hermione.

– Je suis enceinte, pas malade, » ronchonna-t-elle.

La fillette se débattit pour retourner au sol et suivit la jeune femme aux cheveux flamboyants. Elle se déplaçait lentement, une main sur le ventre et Potter la suivit d'un regard inquiet.

« Bon, qu'est-ce que c'est que cette histoire ? demanda-t-il.

– Quelqu'un est entré chez moi, a retourné mon salon et a peinturluré mon mur avec du sang. Ça te suffit ?

– C'est pas vrai, soupira Potter. Tu penses que c'est lui ?

– Potter, arrête de poser des questions stupides, tu connais déjà la réponse, coupa Drago. Ça m'est destiné, comme la dernière fois. »

Hermione fronça les sourcils.

« La dernière fois de quoi ? »

Son regard passa de Potter à Drago. Mais aucun ne répondit. Finalement, excédée, elle laissa tomber.

« Parfait, gardez vos confidences. Je m'en moque. Mais qu'est-ce qu'on fait ? Ça ne devait pas se passer comme ça.

– Rien ne se passe comme prévu, de toute façon, » soupira Potter.

Il se leva et se mit à faire les cents pas sur le tapis. Drago se laissa tomber dans un fauteuil et Hermione s'adossa au manteau de la cheminée.

« J'envoie une équipe chez toi, fit-il en se levant. Vous n'avez vu personne ? »

Ils hochèrent la tête d'un même mouvement. Non. Ils n'avaient vu personne. C'était pire.

« Attendez-moi là, je reviens. »

Il sortit. Hermione se tourna vers Drago. Il y avait du désarroi et du désespoir dans son regard. Un désespoir qui lui fit mal au cœur. Pourtant, elle ne craquait pas. Un tueur insaisissable s'était introduit chez elle, avait tout saccagé, mais elle trouvait encore le moyen de rester forte. Il s'en voulut. C'était indirectement de sa faute. S'il n'avait pas été là... S'il n'avait pas été là, elle n'aurait pas eu besoin de fuir sa propre maison.

Ils restèrent un long moment ainsi, seuls dans le salon des Potter, à écouter le tic-tac régulier d'une vieille horloge cabossée. Elle s'accroupit et posa une main rassurante sur la tête de Pattenrond, qui jeta un regard curieux à Drago. Comme s'il essayait de lui dire quelque chose. Quelque chose d'urgent. Le jeune homme fronça les sourcils. Qu'est-ce qu'il...

« Vous pouvez rester ici, » glissa doucement la voix de Ginny.

Hermione se releva.

« Harry m'a raconté. Il s'occupe de tout. Vous pouvez rester ici le temps que vous voudrez. »

Hermione lui adressa un maigre sourire reconnaissant.

« C'est gentil, merci. Où...

– Iris est dans la chambre du bébé. Je lui ai demandé de vérifier si nous n'avions rien oublié, expliqua-t-elle avec un sourire dans la voix. Elle prend son rôle très au sérieux. »

Hermione sourit. Elle avança vers son amie et la prit dans ses bras.

« Merci, » souffla-t-elle.

Ginny s'écarta. Elle prit la main de la jeune femme et la posa sur son ventre.

« Tu voudras bien être sa marraine ? demanda-t-elle. Nous voulions te le demander avec Harry après l'accouchement, mais je crois que tu as terriblement besoin de bonnes nouvelles, aujourd'hui. »

Un sourire franc éclaira le visage de la jeune femme.

« Évidemment, quelle question !

– Hermione ! »

Harry entra, l'air très grave. Il tenait une lettre à la main. Un mauvais pressentiment s'empara de Drago. Un très mauvais pressentiment.

« Blaise Zabini vient d'être retrouvé mort, dans la planque qu'on lui avait trouvée. C'est son sang qui est chez toi. »

Elle ouvrit de grands yeux horrifiés. Drago eut l'impression d'avoir reçu un coup de poing dans l'estomac. Blaise. Blaise mort. Putain Blaise... L'intention de l'Ange était claire, à présent. Il était le suivant sur la liste. Mais curieusement, il n'en avait rien à faire. Il ne voyait qu'un sourire et des yeux bleus qui s'étaient éteints.

Choqué, il sursauta quand une main trouva son épaule.

« Je suis désolée, » murmura Hermione.

Il aurait voulu dire que ce n'était pas grave. Mais il n'en pensait pas un mot. Sa main s'attarda sur sa nuque un peu plus longtemps que nécessaire avant de s'éloigner. Il appréciait son soutien. Mais il savait surtout que seul le temps panserait la blessure.

Durant toute la journée du dimanche, Hermione fut sur tous les fronts à la fois, et Drago la soupçonna fortement d'essayer de tout oublier dans le travail. Lui gardait un silence réservé. Il y avait des nouvelles dont on avait toujours du mal à se remettre. Quand ils rentrèrent chez Hermione, le dimanche soir, tout était nickel, même si l'accès au salon était scellé. Pourtant, quelque chose avait changé. La jeune femme vérifiait constamment autour d'elle. Il connaissait bien ce sentiment d'être étranger à sa propre maison. Cette nuit-là, il dormit très mal. Les cauchemars étaient revenus.

Il allait mourir. Une certitude. Une évidence. Comment aurait-il pu en être autrement ? Avec un tueur insaisissable dans la nature, qui semblait se jouer des murs et des hommes, que faire d'autre qu'attendre son tour, impuissant ?

o

Le retour au Ministère fut morose. Drago avait insisté pour retourner travailler, arguant que ça lui changerait les idées. Hermione était contre. Elle disait qu'elle ne voulait pas qu'il soit plus exposé. Pas après les événements du week-end. Mais il avait tenu bon. Et elle avait capitulé.

Tout à leurs soucis, ils ne remarquèrent pas les regards qui traînaient sur eux, les rumeurs qui s'amplifiaient sur leur passage. Jusqu'à ce que Drago trouve un exemplaire de la Gazette du Sorcier de la veille sur son bureau. Il fronça les sourcils. Ce n'était pas l'habitude. Puis il lut le gros titre.

LA LIAISON SECRETE DE DRAGO MALEFOY ET HERMIONE GRANGER : CE QU'ON VEUT NOUS CACHER, par Rita Skeeter. Tous les détails en p.6.

Une photo prise à la sortie du Ministère, le soir du Nouvel An s'étalait en première page. On y voyait Hermione attraper précipitamment sa main, puis les faire transplaner.

Il n'eut pas le temps de lire l'article. Hermione sortit en trombe de son bureau, le même exemplaire de la Gazette à la main. Son expression oscillait entre la fureur et l'incompréhension. Et il était dans le même état.

« Tu as vu ? » demandèrent-ils en même temps.

Ils se dévisagèrent, incrédules.

« C'est impossible, » marmonna-t-il.

La jeune femme s'adossa au mur, une main sur le front.

La porte donnant sur le couloir s'ouvrit en claquant et un Ronald Weasley déboula dans la pièce comme un taureau furieux. Ses cheveux roux volaient en tous sens. Il était cramoisi.

« C'est vrai ? hurla-t-il en tendant un doigt accusateur vers elle. C'est vrai ce qu'ils disent ? »

Il put sentir Hermione s'exhorter à la patience.

« Bonjour, Ronald. Je peux savoir de quoi tu parles ?

– De ce torchon ! Tu couches avec lui ? »

Il lui jeta la Gazette à la figure. Drago vit rouge. La goutte de potion qui fait déborder le chaudron. Il fondit sur Weasley, trop vite pour qu'il ait le temps de sortir sa baguette. Il le plaqua contre le mur.

« Tu ne traites pas Hermione comme ça, siffla-t-il.

– Ah, c'est Hermione maintenant, médit l'autre. Je vois.

– Non, tu ne vois rien du tout, coupa la jeune femme. Je fais ce que je veux de ma vie et tu n'as rien à y redire, Ronald. Dehors ! »

Drago lui asséna un regard mauvais et le relâcha. Weasley les dévisagea avec mépris.

« Tu me déçois, Hermione, cracha-t-il. Je ne pensais pas que tu tomberais si bas.

– Je ne veux plus te voir, » fit-elle sombrement.

Il sortit en claquant la porte.

Hermione chancela et Drago la rattrapa par le bras. Il l'escorta jusqu'à son bureau et l'obligea à s'asseoir.

« On n'avait vraiment pas besoin de ça, grogna-t-il. Tu n'as pas de l'eau quelque part ?

– Si, dans l'armoire. »

Pendant qu'il leur servait de l'eau à tous les deux, elle soupira :

« Quand est-ce que tout a commencé à se détraquer, au juste ?

– Quand on m'a sorti de prison ? proposa-t-il.

– Sûrement. »

Elle appuya ses coudes sur le bureau et se couvrit le visage de ses mains.

Il s'assit face à elle et lut l'article. Un tissu de mensonges, en grande partie, mais certains faits énoncés étaient trop précis et indiscutables pour passer pour des inventions. Ils avaient dû être suivis, surveillés. Ça ne s'expliquait pas autrement.

C'est là que Potter les trouva.

« Ah. Je vois que vous êtes au courant. »

Drago jeta un regard agacé vers Potter et Hermione leva les yeux. Il évita de croiser le regard de la jeune femme.

« Cette fois, Skeeter dépasse les bornes, poursuivit-il. Un démenti va être publié et elle devra faire des excuses publiques. C'est du harcèlement.

– Maintenant que la rumeur est lancée... maugréa Drago.

– C'est le mieux qu'on puisse faire, assura Potter. En attendant, je ne suis pas venu pour ça. »

Il fit voler vers lui une chaise, s'assit et étala une épaisse chemise rouge vif sur le bureau. Drago balança le journal loin de lui et se pencha sur le dossier.

« Je pense qu'on tient quelque chose.

– Harry, ce n'est pas dans mes attributions, soupira Hermione. Ce n'est pas que ça ne m'intéresse pas, mais je n'ai pas le temps de...

– Attends au moins de m'avoir écouté. »

Il réajusta ses lunettes et sortit une photo du salon sans dessus-dessous d'Hermione. La jeune femme soupira, mais elle prit la photo, et la détailla attentivement.

« Ça, c'est un faux pas du tueur. C'est la première fois que ça arrive.

– Et ?

– Regarde bien. Il était en colère. Très en colère. Il a voulu vous faire payer quelque chose, à tous les deux. La menace, au mur, est clairement destinée à Malefoy, mais le reste, c'est pour toi, Hermione. »

Le regard de la jeune femme glissa de Potter à Drago, puis revint à Potter. Elle était plus perplexe qu'autre chose.

« Mais qu'est-ce que j'ai à voir avec... tout ça ?

– Justement, appuya Potter. Je pense que notre assassin te connaît Hermione, et te connaît très bien, même. Je ne sais pas de quoi il s'agit, mais il a voulu se venger de quelque chose que tu lui as fait.

– Est-ce que pourrait être à cause de moi ? » intervint Drago.

Hermione se leva et commença à tourner dans la pièce. Drago ne quitta pas Potter des yeux. Mais il sentait le regard de la jeune femme se poser sur eux de temps à autre.

« Possible, répondit Potter.

– Mais ça ne change rien, déclara la jeune femme, désespérée. Ça pourrait être n'importe qui.

– Et Weasley alors ? »

Deux regards se braquèrent sur Drago. Celui de Potter était même un peu effrayant. Il comprit qu'il s'aventurait en terrain miné.

« Qu'est-ce que tu veux dire ?

– Si tu l'avais vu arriver ce matin, tu ne poserais pas la question. »

Potter fronça les sourcils et se tourna vers la jeune femme, qui leur tournait le dos, absorbée dans la contemplation du mur.

« Hermione ?

– Il a lu l'article. Tu connais Ron, il prend tout au pied de la lettre. »

Potter grimaça.

« Et ?

– Et rien, soupira Hermione en se retournant. Il a cru qu'il pouvait toujours venir me demander des comptes.

– Il était très en colère, » précisa Drago.

La jeune femme leva les yeux au ciel et se rassit. Elle se rejeta au fond de son fauteuil et joua avec ses lunettes.

« Ce n'est pas lui. J'en suis sûre.

– Ron est impulsif, continua Potter, et même s'il est un bon stratège, ça ne colle pas avec la froideur méthodique des meurtres. Il y a de la préméditation là-dedans. Une envie consciente de voir souffrir.

– De toute façon, enchaîna Hermione, mon salon a été saccagé dimanche après-midi et l'article date de lundi. »

Potter rassembla sa paperasse et se leva. Hermione le rejoignit. Drago sortit rejoindre son propre bureau. La réunion de crise était terminée. La jeune femme raccompagna Potter jusqu'à la porte.

« Tu y réfléchiras, n'est-ce pas ? s'enquit-il.

– Bien sûr, mais je ne te garantis rien.

– Si tu peux, isole ceux qui travaillent au Ministère. Il n'y a qu'ici que quelqu'un a pu avoir accès à l'info pour la planque de Zabini. »

Elle acquiesça et il la prit dans ses bras. Elle le serra contre elle. Potter murmura quelque chose que Drago n'entendit pas et sortit. La jeune femme fixa soucieusement le sol, avant de s'approcher de lui. Il vérifia qu'il n'y avait personne aux alentours. Même la sorcière des tableaux n'était pas là. Il se leva et passa une main sur la joue d'Hermione. Il replaça une boucle derrière son oreille.

« Ça va s'arranger, murmura-t-il.

– De toute façon, ça ne pourrait pas être pire, » rétorqua-t-elle.

Il acquiesça en silence. Elle appuya son front contre son torse et ses épaules tressautèrent. Il glissa une main réconfortante sur son dos. Elle soupira. Elle releva la tête, les yeux brillants.

« Allez. Au boulot. On a perdu assez de temps comme ça.

– Pourquoi défends-tu toujours Weasley ? »

Elle se figea.

« Il n'a pas le droit de te traiter comme ça Hermione. Pourquoi le laisses-tu faire ? Après tout ce qu'il t'a fait...»

Elle s'écarta.

« Qu'est-ce que tu sais de tout ça, toi ?

– Tout, avoua-t-il. Potter m'a dit. »

Elle soupira et lui tourna le dos. Elle s'éloigna vers son bureau. Il crut qu'elle ne lui répondrait pas, qu'il l'avait blessée. Mais avant d'entrer dans son bureau, elle s'arrêta.

« Ça n'a jamais été facile entre Ron et moi, admit-elle. Mais on ne tire pas un trait sur une telle amitié, comme ça. Avec Harry, il est mon premier ami. »

Et elle fila dans son bureau. A son sens, ça n'expliquait rien. Ce type agissait comme un fumier avec elle. Il ne voyait pas d'amitié là-dedans. Juste de l'intolérance. Et il s'y connaissait en intolérance. Mais l'arrivage du courrier le dispensa d'y penser plus avant.

La journée aurait presque pu sembler normale, exceptées les Beuglantes et autres lettres dégoulinantes de mépris qui arrivaient sur son bureau. Visiblement, le monde sorcier n'avait pas mieux à faire que cracher sur lui, un Mangemort, un monstre qui avait ensorcelé Hermione Granger. Au moins, là-dessus, tout le monde était d'accord. Et chaque lettre, à peine ouverte, finissait à la corbeille.

L'avantage de travailler à la Collaboration magique internationale, c'était que la majorité des visiteurs étaient étrangers et n'avaient rien à faire de toute cette histoire. Ils n'étaient même pas au courant, et c'était aussi bien.

Hermione et lui travaillèrent tard ce jour-là. A 19h33 précises, la jeune femme sortit de son bureau et accompagna son visiteur, un émissaire saoudien, jusqu'au bureau des Transports, pour s'assurer qu'il aurait bien son portoloin.

En revenant, elle fixa, la salle d'attente, le regard vide. Elle avait l'air exténuée. Elle jeta un regard à l'horloge magique au mur. L'aiguille était dans le rouge et indiquait Heures Supplémentaires Dépassées : surchauffe, pause fortement conseillée.

« Tu n'as pas bonne mine, constata-t-elle.

– Toi non plus, » répliqua-t-il.

Elle soupira.

« Allez, range tes affaires, on rentre. Iris va nous attendre. »

Il acquiesça et ils partirent. Ils ne croisèrent pas un chat en quittant le Ministère. Drago en fut soulagé. Le seul point positif, dans cette histoire, c'était que cette information tonitruante avait noyé la nouvelle de la mort de Blaise, nouvelle victime du tueur qui terrorisait l'Angleterre. Nouvelle qui n'aurait pas manqué de mettre le feu aux poudres et de déclencher une émeute. Il pouvait toujours jouer les indignés, exigeant réparation. Mais il avait peur que ça ne fasse qu'amplifier la rumeur. Laisser couler était sans doute la meilleure solution.

On finirait bien par se lasser. Du moins, il l'espérait.